v2.5  


Error executing query!

Table 'graffivore.Puuube' doesn't exist
 

 
 
 
 
 
 
 

 
    avec DORISON - LAUFFRAY
 








Interview réalisée par Bruno Gilson à l'occasion de la sortie de "Lady Vivian Hastings", le premier épisode des aventures de Long John Silver paru aux éditions Dargaud.


 
Après une première réalisation commune parfaitement réussie dans le chef de Prophet, c'est au tour du thème de la piraterie d'être réinvesti par le duo à succès Xavier Dorison - Mathieu Lauffray. Premier album d'une quadrilogie annoncée, Lady Vivian Hastings entame la saga de Long John Silver d'une main de forban aguerri ! Profitons donc de l'occasion pour mettre sous les projecteurs une association de bienfaiteurs particulièrement rôdée... Voici livrés pour vous lecteurs, leurs secrets de fabrication et leurs visions rocambolesques d'une collaboration fusionnelle.

En route pour la découverte d'un monde nouveau...

Quels sont les raisons qui vous ont poussé à aborder le thème de la piraterie alors que vous en abordiez d'autres tels que la science-fiction ou l'anticipation ?
Mathieu Lauffray : Ces raisons sont ma foi fort simples. Xavier avait écrit une histoire il y a une bonne dizaine d'années. Et le thème de cette histoire collait exactement à la piraterie tel qu'il n'a pas été traité depuis. C'est-à-dire mettre en image la volonté individuelle d'hommes et de femmes tentant de s'échapper du carcan et du joug de la société au sein de laquelle ils vivent. Nous nous retrouvons dans une situation où les êtres décident d'échapper au social, d'échapper à la communauté pour vivre leurs aventures, pour essayer de vivre ce qu'ils sont vraiment. Ces personnes veulent découvrir le monde, ils veulent se découvrir. Là, on est totalement dans le thème de la piraterie autenthique, c'est-à-dire des gens qui veulent vivre leur liberté et ne pas subir la moindre règle.

Xavier Dorison : En dehors du fait que cette histoire a été commencée il y a presque 10 ans, bien avant la mode actuelle qui confond piraterie, folklore, humour et effets spéciaux, nous avons une approche réellement « old school ». Nous serions plutôt dans la tradition du film « L'île au Trésor » de Victor Fleming réalisé en 1944. C'est-à-dire un traitement scénique qui est volontairement premier degré, un retour entier à ce que l'on appelait à l'époque « la grande aventure ». L'humour peut bien provenir de situations mais les narrateurs que nous sommes souhaitaient avant tout raconter une vraie histoire de pirate sérieuse, dans un monde dans lequel les pirates sont des gens aussi effrayants que fascinants.


*

*        *


Parlez-nous justement de ces héros aux destins plus incroyables les uns que les autres.
Mathieu Lauffray : Ce qui nous a automatiquement plu dans cette aventure, c'est que nous faisons se rencontrer des personnages dont les destins n'auraient jamais dû se croiser. Et pourquoi se rencontrent-ils me direz-vous ? Parce qu'ils ont des tempéraments exceptionnels comme cette Lady Hastings qui en a marre de sa vie, qui ne voit pas son mari depuis 3 ans et quand elle le voit c'est encore pire. Elle veut donc absolument sortir de ce milieu car elle ne peut pas y vivre ses aspirations. Il lui est impensable de rester cloîtrée dans ce château à la merci de son mari pourtant absent. C'est pourquoi elle tente coûte que coûte de s'en échapper. Vivian Hastings décide donc d'employer la manière forte, quitte à rencontrer les pires brigands possibles et imaginables en la personne de Long John Silver dont elle ne connaît ni l'étendue de son pouvoir ni ses influences. En revanche, le docteur Livesey qui est un personnage que l'on a déjà mis en scène dans « L'île au Trésor » il y a bien longtemps, lui, connaît bien ce Long John Silver et ses comparses. Il a d'ailleurs beau la mettre en garde contre l'aspect extrêmement périlleux de son plan, Lady Vivian Hastings ne restera pas dans son château, et ce coûte que coûte.


*

*        *


Dans cet ordre d'idée, quel rôle campe le guide indien qui mène tout notre beau monde à la Cité de Guyanacapac ?
Mathieu Lauffray : Haaa!! L'Indien est un personnage qui passe pour l'instant pour un espèce de guide faire-valoir traînant sa dégaine un peu à droite à gauche. C'est un protagoniste sur lequel nous avons évidemment notre petite idée et qui va prendre de l'importance dans les tomes suivants. Le lecteur remarquera en seconde lecture que chacune de ses attitudes est assez légitime par rapport à son objectif réel en fait. Pour l'instant, il est vrai que personne n'est en mesure de l'appréhender. C'est d'ailleurs, à mon avis, ce qui est amusant avec cet album. Comme tout a été écrit à l'avance, on s'est permis d'implémenter des petites chose qui vont faire résonance à des faits qui ne surviendront que bien plus tard. Chaque personnage a sa structure psychologique personnelle et ses objectifs bien avant que le lecteur en soit informé. Il est donc normal que ce guide indien se comporte d'une manière parfois décalée par rapport à l'immédiateté de l'action. Moins le lecteur en sait, plus il en demande !

Xavier Dorison : Simplement, ce personnage est un indien qui est allé avec jusqu'à Guyanacapac, comme on le voit au début de l'intrigue, avec Lord Byron Hastings. Et c'est cet indien que Lord Byron Hastings a choisir pour revenir dans le nouveau monde avec une carte et dire à tous ces gens-là : « Venez donc nous rejoindre »! Drôle de mission pour un Indien n'est-il pas ? Donc voilà, je vous laisse vous poser des questions qui en découlent et qui se dévoileront en partie dans le tome 2.


*

*        *


Portons une attention particulière à votre fructueux tandem. Comment s'est déroulée votre collaboration sachant que tous les deux avez endossé aussi bien la casquette de scénariste que celle de dessinateur ?
Mathieu Lauffray : Sur Long John Silver, on est parti très vite et très fort parce qu'on se connaît par coeur. On savait parfaitement où aller. Nos objectifs étaient très clairs au même titre que notre vision du fantastique, de l'aventure et du romanesque. Nous savions que nous voulions faire une histoire romanesque épique, mais pas fantastique. Nous avions notre vocabulaire et avons donc décollé très rapidement. Xavier ayant écrit les 4 tomes, on s'est mis à collaborer tel qu'on l'avait fait sur Prophet, c'est-à-dire une collaboration remplies de moultes aller-retours, de discussions, de remises en causes, de réévaluations des scènes, de peaufinages ou encore de dialogues. Tout est en permance en mouvement hormis la base, la structure qui ne bouge pas. Idem pour l'évolution des scènes elles-mêmes, pour l'évolution des dialogues, des rapports psychologiques, pour la façon dont les personnages naissent ou surgissent, apparaissent ou au contraire disparaissent. Tout cela nait au fur et à mesure du débat que nous avons au quotidien pour essayer de tirer le maximum du scénario. Le plaisir est dans cette collaboration avant tout.

Xavier Dorison : Il est vrai que l'on a envie profondément tous les deux des mêmes choses. Mathieu voit ce que je ne vois pas et l'inverse est également vrai. En fait, cela tombe bien parce qu'il voit la moitié du spectre et moi l'autre. Ensemble, nous avond un spectre complet : c'est celui que nous cherchions tous les deux. C'est une complémentarité qui a mis des années à se développer parce qu'il faut du temps pour se découvrir et se connaître. Il y a un moment où l'on accepte et on assume totalement ce que l'on sait ou ne sait pas faire, les éléments sur lesquels on est percutant, sensible et les autres sur lesquels on fait l'impasse car on n'est pas omnipotent. Et quand on arrive à aimer des choses que l'on ne sait pas faire et à trouver quelqu'un qui, elle, sait le faire, c'est assez merveilleux. On arrive alors à un résultat qui est proche de la perfection. La rivalité disparaît et nos réponses vont dans un sens qui nous rapproche tous les deux de notre objectif commun. C'est exceptionnel et merveilleux au quotidien.


*

*        *


Peut-on parler de fusion entre les deux personnalités aussi opposées que sont un Xavier Dorison et un Mathieu Lauffray ?
Mathieu Lauffray : Cela fait 10 ans maintenant que Xavier et moi nous connaissons. On a fait nos premières armes sur une série difficile qui était « Prophet », que j'avais instaurée à la base. Mais Xavier m'a donné tellement de coups de main que l'idée n'était plus tellement de faire l'album mais bien d'apprendre à se connaître, à communiquer, d'aller plus loin dans notre étude de la dramaturgie, de l'histoire, de la communication d'auteur à auteur. On a appris à se connaître très fort jusqu'au moment où Xavier a décidé de se lancer dans des aventures personnelles. En ce qui me concerne, j'ai repris Prophet seul car il s'agssait d'une série très personnelle dans laquelle je suis allé aussi loin que possible dans l'exploration autobiographique du fantastique.Toutefois, on avait réalisé un tel travail de fond dans notre collaboration que l'on savait assurément que l'on repartirait sur quelque chose de plus cadré. Et de fait, Xavier ne pouvant se passer de moi (ndlr : rires bien gras ...), il est bien vite revenu à mes côtés avec un scénartio de pirate. Non seulement l'histoire m'a plu, mais l'idée de reprendre cette collaboration que l'on avait laissée en friche sur Prophet m'a particulièrement enthousiasmée. Force est de constater deux choses agréables : d'abord j'ai aimé ce que Xavier a écrit. Ensuite, il a aimé ce que j'ai pu faire dessus et l'influence que j'ai pu avoir sur le tome 1 de ce projet. Visiblement, cela a l'air d'entrer en résonance avec une partie du public qui comprend nos intentions. Et cela, c'est assez merveilleux. On a tenté de focaliser, sur une histoire, un certain nombre d'émotions que l'un et l'autre avons développé dans le but de réaliser un album doté d'un message qui porte. C'est la raison pour laquelle nous sommes très excités par ce projet.


*

*        *


Détaillez-nous la genèse de votre fructueuse collaboration.
Mathieu Lauffray : En fait Prophet a été, pour tout vous dire, une envie de travailler seul car j'avais eu une première expérience avec un scénariste qui s'était conclue très simplement : j'étais un emmerdeur. Je travaillais mal avec les gens parce que j'avais des idées très précises de ce que je voulais, de ce que j'aimais ou pas, et évidemment je n'avais pas les solutions pour les résoudre. Ca, c'est le pire : le mec chiant sur tous les éléments mais qui n'apporte pas les réponses pertinentes aux problèmes. Donc je me suis dit ok il faut que je fasse mes études seul. Xavier, qui était un monument de compréhension et de patience, que j'ai rencontré dans un autre contexte (Ndlr : recherche d'infos et questions car il montait le Troisième Testament avec Alice) cherchait des solutions car c'était son premier bouquin à l'époque. Donc là je faisais office de patriarche avec mes neufs mois d'avance et ma première réalisation.. De proche en proche, il m'a vu bataillé sur mon scénario. Xavier a remarqué que je m'essouflais et m'a donné un coup de main. Il venait un samedi, puis un autre samedi, puis encore un autre samedi. Puis de samedi en samedi, il est venu tellement souvent que j'ai absolument tenu à une co-scénarisation. Voici donc relaté le début de la belle aventure...


*

*        *


Parlez-nous donc de « Prophet », qui a l'air de tant vous tenir à coeur, et des raisons de votre « rupture » après la réussite du premier album de ce tryptique hors-norme.
Mathieu Lauffray : Prophet a un scénario compliqué. Pourquoi est-il compliqué ? Parce qu'il est hors genre, parce qu'il ne ressemble à rien. On ne peut pas dire que Prophet ressemble à quoi que ce soit. Il s'agit d'une oeuvre totalement personnelle crée de toute pièce et qui fonctionne sans référence. On a de solutions scénaristiques et dramaturgiques à rien. Il faut se l'avouer, on est dans un voyage intiatique auto-psychanalitique totalement barge, un peu dans l'idée de ce que pourrait se faire un David Lynch, et moi j'adore ça. J'explore, je m'amuse!. Xavier avait une mission impossible là-desssus, celle de cadrer et mettre une dramaturgie structurée sur un délir personnel. C'était impossible! Sur ce, Xavier m'a dit : «  Ecoute Mathieu, continue à faire l'andouille. Ca a l'air super mais bon, moi, j'ai d'autres projets. Là, ce n'est pas possible, on n'y arrive pas! » Par contre, dès que l'opportunité est venue de mettre toutes ces années d'étude, de recherches et de dialogue en application sur un projet gérable, on l'a fait.


*

*        *


Y a-t-il une technique de travail particulière qui structure votre dessin ?
Mathieu Lauffray : Là c'est vraiment artisanal de chez artisanal. On a fait des planches encrées au pinceau sur un des rares papiers que l'on trouve encore et puis ensuite je fais les couleurs. On a eu envie avec Xavier de les faire en manuel pour cet album de pirate. Lui et moi souhaitions quelque chose de baroque, de plus organique que le numérique, donc on s'est naturellement dit que la couleur manuelle à la peinture, avec ses défauts (un peu moins propre, un peu moins contrôlé à droite à gauche) aurait cette espèce de côté charnel, de côté riche dont on avait besoin. Et parfois ce côté un peu extrême et volontairement très tragique, très baroque et très matiéré. On est vraiment sur « du pur traditionnel à l'ancienne » si ce n'est que graphiquement il y a un mélange de beaucoup de choses comme Xavier a été beaucoup influencé par l'école américaine. Moi-même au niveau dessin, il est vrai que j'ai pas mal été influencé, longtemps par le comic book, maintenant un petit peu par le manga. Même si cela n'apparaît pas dans l'excitation humaine, il y a des système de découpage et de narration des systèmes graphiques qui sont empruntés aux découpages à tendance manga. C'est la synhtèse de ce que l'on essaie de faire avec ce que l'on aimé, ce que l'on a vu et ce que l'on a envie de dire globalement.


*

*        *


Si la possibilité vous était offerte, d'un coup de baguette magique, de camper un héros de bande dessinée, lequel incarneriez-vous ?
Mathieu Lauffray : Disons que j'ai la chance d'avoir réalisé un tome à forte connotation autobiographique dans mon propre questionnement. Je répondrai donc sans hésiter : Jack Stanton de Prophet. Il est exactement et totalement ce que je suis. Il s'agit d'un personnage qui me ressemble véritablement.

Xavier Dorison : Personnellement, j'avoue que cela dépend de l'âge en fait. En fonction des années mon archétype du héros change. Je pense que quand j'étais adolescent ou plus jeune, j'étais probablement quelqu'un comme Conrad de Marbourg (Ndlr : héros du Troisième Testament) par son côté absolument fanatique au surmoi absolument archi-développé. Le temps faisant son office, je suis peut-être devenu une sorte de Dr Lievesey. Mais aujourd'hui, je me vois bien en Reed Richards des 4 Fantastiques. Non parce que je suis élastique mais parce j'ai des amis costauds, un certain tout fou, une femme et des enfants... et j'essaie de gérer mon business un peu dans tout cela. En fait, c'est le moins intéressant des quatre, c'est même le plus chiant mais il est raisonnable.



 
Yann Lindingre