v2.5  


Error executing query!

Table 'graffivore.Puuube' doesn't exist
 

 
 
 
 
 
 
 

 
    avec PHILIPPE DELABY
 








Interview réalisée par Héloïse Dautricourt, Bruno Gilson et Philippe Charpiot à l'occasion de la sortie de l'album "Le Sang des Bêtes", le 6ème épisode des aventures de Lucius Muréna (paru aux éditions Dargaud).

A lire également "Le dossier Jérémy Petiqueux" le coloriste de Philippe Delaby.


Muréna

Dédicace de Philippe Delaby (Juin 2007)
 


Le sang des Bêtes, Sixième tome de la série Murena vient de sortir. Pourriez-vous nous le présenter ?

Philippe Delaby : Le Murena 6 est l’album charnière de la série. En effet, c’est l’album central des 12 tomes de Murena qui sont prévus. C’est une histoire où les personnages sombrent quasiment tous « du côté obscur ». Aucun n’est épargné et particulièrement pas Lucius Murena que l’on retrouve plus au devant de la scène que d’habitude alors qu’il était précédemment plus en retrait, plus un confident, un complice d’autres personnages… Un personnage assez neutre.

Cette fois, il est plus présent, il ressort avec un physique et un caractère transformés à cause de tous les évènements qu’il a subis. C’est un album essentiel de ce côté-là.

Au niveau décorum, on passe du chaud vers le froid, de l’Italie vers la Gaule. Il y a un changement aussi bien au niveau visuel qu’au niveau du tempérament des personnages qui deviennent plus durs, plus âpres.

C’est aussi l’album le plus violent et le plus triste de tous les Murena que j’ai faits jusqu’à présent.



*

*        *



On voit effectivement la personnalité de Murena évoluer. De spectateur, il devient nettement plus acteur. Est-ce vous ou Jean Dufaux qui avez fait ce choix ?


Philippe Delaby : Commun ! Nous avions très envie de faire changer ce personnage et que pour une fois, le nom de la série soit mis en avant. La murène…Murena…Le personnage qui se transforme littéralement et qui devient plus vindicatif, carnassier, dur… C’était voulu de part et d’autre !

Nous nous sommes posé des tas de questions, comme nous le faisons toujours pour cette série, quant au futur des personnages. Bien sûr, certains sont des personnages historiques pour lesquels le destin est déjà tracé, mais que fait-on des autres ? Vont-ils continuer ou mourir ? La grande question s’est posée pour Murena. Il va probablement survivre à tout cela jusqu’à la fin de cette série… Mais dans quelles conditions ? Dans ce sixième album, il est carrément changé et il ne fera plus marche arrière. Il ne retrouvera plus jamais son apparence de jeune patricien, propre et élégant avec une belle toge en rentrant à Rome. Il est définitivement transformé.



*

*        *



Comment s’est passée votre relation avec cette série ? Comment a-t-elle été créée ?

Philippe Delaby : C’est dû à une rencontre il y a plus ou moins 10 ans avec Jean Dufaux. A l’époque, j’étais sur l’ Etoile Polaire, et, à l’occasion d’une exposition dans une librairie, le libraire m’a fait la surprise de faire venir Jean que je ne connaissais qu’au travers de ses œuvres. Ce fut un coup de foudre professionnel ! Le courant est très vite passé, il avait envie de travailler avec moi. On s’est donné rendez-vous dans un restaurant italien qui est d’ailleurs toujours notre QG actuellement et, quand nous nous sommes mis à table, il m’a posé des tas de questions : il m’a demandé ce que je faisais quand j’étais adolescent, les films que j’aimais, on est venu sur plusieurs points communs, entre autre l’Italie que nous aimons tous les deux.

Nous voulions faire quelque chose dans ce décor mais nous ne savions pas encore à quelle époque. Nous étions partis sur la seconde moitié du 19ème siècle mais nous n’étions pas vraiment emballés. Puis mes yeux se sont posés sur une louve romaine accrochée au mur, j’ai parlé des péplums et le regard de Jean Dufaux s’est éclairé ! Il m’a dit : « J’ai un truc génial pour toi, on se revoit d’ici un mois ou deux !!!»

Quand j’ai vu le scénario, cela a été le début de l’aventure. Cela m’a plu immédiatement.



*

*        *



La version collector de l’album est sortie avec un DVD. D’où est venue cette idée et comment cela s’est-il passé ?

Philippe Delaby : Dans un premier temps nous en avons discuté ensemble avec les gens de Dargaud, Jean, mes proches… Pourquoi ne pas se lancer dans ce projet un peu particulier ?

Je voulais vraiment expliquer comment on fait une BD, comment se passe la rencontre, comment on travaille ensemble, dans quelle ambiance… Je voulais aussi que le lecteur réalise qu’un album ne se fait pas facilement et que cela prend du temps. On a essayé de l’éclairer sur tout cela avec le DVD.

On y a mis un peu de nous-mêmes, on s’est montré dans notre cadre familial pour donner un côté chaleureux, bon enfant à cette interview.

La télévision locale de Tournai s’est proposée pour réaliser ce reportage, ce qu’ils ont fait avec beaucoup de sincérité et de professionnalisme. Il s’agit vraiment de gens passionnés. La réalisation de ce documentaire a pris plus ou moins un an.

Le DVD est basé essentiellement sur le travail de l’album. On voit les crayonnés, les recherches, les découpages.

Jean et moi avions cette envie commune pour le DVD et nous en sommes très contents.



*

*        *



Vous expliquez dans ce DVD que vous n’êtes jamais allé à Rome. Comment vous y êtes-vous pris pour donner à la BD l’atmosphère de cette ville ?

Philippe Delaby : C’est très curieux en effet ! Par les films, documentaires, livres, BD… Que ce soit les péplums romains ou les films italiens tels que réalisés par Visconti ou Fellini, de ce côté Dolce Vita, ils m’ont fait découvrir Rome. Ce n’est pas juste Rome dans l’Antiquité mais Rome en général dont je suis tombé amoureux.

C’est vrai que je n’y ai pas encore mis les pieds, mais bientôt cela sera chose faite. Cela changera probablement quelque chose dans la BD mais je dois dire que j’ai tenté de m’approcher de ce que je ressentais et beaucoup de gens qui y sont allés m’ont dit qu’ils retrouvaient la même ambiance dans Murena.



*

*        *



Dans le cadre de la sortie de ce nouvel album de Murena, une figurine représentant Agrippine est sortie ?

Philippe Delaby: En effet ! C’est la première d’une série de 6 figurines qui sortiront à raison de deux ou trois par an. Elles devraient être toutes sorties d’ici la fin 2008 et représenteront les différents protagonistes importants de la série.

Parmi les sorties, il est prévu qu’en 2008, Murena paraisse également en latin. Les deux premiers tomes sont en cours de traduction ce qui devrait être fini d’ici la fin de l’année.



*

*        *



Quel est votre avis sur la série Rome ?

Philippe Delaby : Je l’ai vue une première fois à la télévision ensuite, je ne me suis pas fait prier pour acheter le coffret. Je me prépare à suivre la saison deux avec intérêt !

Je trouve qu’il y a vraiment quelque chose de fort dans cette série qui a par ailleurs des similitudes avec Murena. Son côté intimiste, par exemple, très proche des gens et de la vie quotidienne en est une. Cette série est très bien faite, jouée par des acteurs extrêmement talentueux même s’ils ne sont pas très connus… Ils sont bluffants!



*

*        *



Nous voyons Néron passer de l’emprise de sa mère à celle de la favorite. Laquelle des deux à votre préférence ?

Philippe Delaby : Dans leur côté négatif, ni l’une, ni l’autre ! Je serais plus attiré par Poppée personnellement. C’est quelqu’un de très sulfureux, si on lui enlève son côté diabolique, manipulateur, en quête de pouvoir. Mais elle reste attirante, plus que le personnage d’Agrippine si je dois trancher. D’un point de vue graphique, ma préférence va également à Poppée.



*

*        *



Vous avez obtenu récemment une récompense première en son genre pour la BD, le grand prix 2007 du livre de la jeunesse, décerné par la « Société des Gens de Lettre de France ». Qu’est-ce qui, selon vous a motivé le choix du jury ?

Philippe Delaby : Ca, c’est la grande question ! Nous avons été très surpris tous les deux. Quand je l’ai appris, j’étais à Paris pour le bon à tirer de l’album. Nous étions donc à l’imprimerie quand Monsieur Schlirf (NDLR : Responsable de Dargaud Benelux) a téléphoné pour me féliciter de ce titre très prestigieux qui nous touche beaucoup.

Je ne sais pas ce qui les a motivés à choisir Murena, mais quand nous avons été reçus, au-delà des gentillesses qui nous ont été dites, nous avons ressenti quelque chose de sincère et de naturel. C’est un prix qui existe depuis 170 ans et c’est la première fois qu’il est remis à une BD. C’était impressionnant car il y avait une foule immense oscillant entre les 60 et 80 ans. Je ne pouvais d’ailleurs pas faire de discours tant l’émotion était forte. Jean qui a su mieux gérer cela que moi s’en est occupé avec talent.

Je ne sais pas ce qui les a séduits dans Murena, est-ce une ambiance, une époque, un trait, une façon d’écrire ? D’après ce qu’ils nous ont dit, ce serait le ton avec lequel est décrite la Rome Antique qui les a séduit.



*

*        *



Différenciez-vous le travail de dessinateur du plaisir de dessiner ? Autrement dit, vous sentez-vous au travail?

Philippe Delaby : Oui et non. C’est un travail car le dessin me permet de gagner ma vie, mais à côté de cela, chaque fois que je monte dans mon atelier, c’est un bonheur.

Depuis que je suis enfant, j’adore dessiner. Quand je me mettais à dessiner, je restais dans mon coin et on ne m’entendait plus. J’ai continué par passion, passion qui Dieu merci, ne s’est pas altérée.

Bien sûr, il y a des difficultés comme dans tous les métiers, il y a des moments où on se sent moins inspiré mais dans l’ensemble, je suis quelqu’un de privilégié. Même si il y a des contraintes du type planning à respecter, tout un agenda à gérer ce qui n’est pas toujours évident. Je m’en sors car j’ai la chance d’être bien entouré, par ma femme qui m’aide beaucoup, Dargaud, ma maison d’édition qui me soutient très fort et bien entendu Jean Dufaux qui m’épaule très bien. Je n’ai absolument pas à me plaindre.

Dessiner, c’est un métier fait avec passion comme une sorte de loisir, et pas simplement un boulot.



*

*        *



Si vous étiez un personnage de BD, quel serait-il ?

Philippe Delaby : Dur ça ! Les trois quarts de mon temps, je suis Gaston Lagaffe car je l’avoue, je suis le roi de la gaffe !



*

*        *



Quel est votre prochain projet ?

Philippe Delaby : Je me suis attelé à la suite de la Complainte des Landes Perdues. J’arrive tout doucement à la dixième planche. L’album sortira en septembre 2008.

Je ne travaille plus en couleur directe car il m’a fallu 26 mois pour faire l’album précédent auquel on ajoute le trois mois de fabrication, et rien à faire deux ans et demi c’est trop long. C’est Jérémy Petiqueux (cfr le dossier que le Graphivore lui a consacré) qui fera les couleurs tout comme pour les tomes 5 et 6 de Murena. Il est très bien dans l’ambiance quand on voit ses essais qui sont bluffant ! Vous ne serez pas déçus !



*

*        *




Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

Philippe Delaby : De nombreuses BD encore ! Je sais qu’il y a Murena et la Complainte des Landes Perdues, mais nous avons encore d’autres projets. Puisse Jean Dufaux vivre encore 300 ans !



*

*        *





 
Lemmens - Nihoul