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Hommage à L'Atomium par 14 auteurs BD ( suite)
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EVER MEULEN : UNE ENFANCE PLACÉE SOUS LE SIGNE DE L’ATOMIUM

Alors qu’il avait 12 ans, Ever Meulen a visité l’Expo ’58 à trois reprises. Depuis, il retourne régulièrement observer l’Atomium. Il avait déjà intégré le monument dans certains dessins mais, cette fois, il l’orchestre avec d’autres passions issues du jardin de son enfance.

Ever Meulen parle avec émotion des sensations qui furent les siennes en découvrant l’Atomium. « C’était un été très ensoleillé, et je n’ai gardé de ces visites que des souvenirs positifs sur l’Expo ‘58. L’Atomium en était l’élément le plus spectaculaire. » En 1967, il quitte son village de Flandre occidentale pour venir étudier le graphisme à Bruxelles. « J’ai alors assez vite pris le tramway pour revoir l’Atomium. J’ai toujours bien aimé le plateau du Heysel, un site que j’avais fréquenté, gosse, lors de visites au Salon de l’automobile. » Enfant, le jeune Eddy rêve de faire le même métier que celui de ces auteurs dont il dévore le travail dans « Tintin » et « Spirou ». « Ces deux journaux étaient tellement importants pour la jeunesse, à cette époque. Cela m’a vraiment procuré beaucoup de joie et de bonheur. Je vivais dans un village isolé de Flandre occidentale et la bande dessinée, pour moi, c’était Bruxelles, et c’était francophone. En arrivant à la gare du Midi, j’étais confronté à la tête géante de Tintin, et en me baladant dans les rues de Bruxelles, j’étais constamment confronté à des images qui ressemblaient à du Franquin. » Avec la sérigraphie « Automium », Ever Meulen rend hommage aux passions héritées de sa jeunesse : automobiles, Expo’58, un trait « ligne claire » et une gamme de couleurs très « années ’50 ». « Après une période où je n’ai plus dessiné de voitures car tout le monde m’en demandait, je suis revenu à ce qui est toujours resté une passion pour moi. En combinant des formes pas évidentes à marier, je fais du « customising » automobile en dessinant. Je voulais faire de la bande dessinée parce que j’aimais bien dessiner les voitures, les architectures, les gens dans la rue… La bande dessinée était le moyen de faire tout cela. Je ne réalise pas de BD classique, mais je fais mes histoires dans mes dessins. » Le Maître Illustrateur voit l’Atomium comme une statue. « C’était très original, de faire cela à l’époque. Je l’ai montré à beaucoup de visiteurs américains ou autres, et tout le monde est impressionné. Même moi, je continue à l’être. J’y suis retourné début de cette année, c’était un jour très lumineux, avec un ciel ultra-bleu. C’était formidable d’être là, et je crois que cette sérigraphie bénéficie de ce que j’ai ressenti à ce moment-là. Je suis content que l’Atomium existe, que ce soit dans notre jardin, ici à Bruxelles. »

 

FRANK PÉ OFFRE UN FUTUR DU PASSÉ À L’ATOMIUM !

Frank Pé connaît les mystères de Bruxelles mieux que personne. Il apporte un regard inédit au mythe de l’Expo ‘58. Son image a la force de la scène initiale de 2001, Odyssée de l’Espace de Stanley Kubrick, qui voit l’arrivée d’un mystérieux monolithe au milieu des primates.

Pour l’auteur de « Broussaille », « l’Atomium est le symbole du monde juste avant ma conscience ! Je suis né en effet en 1956. En 1958, j’étais trop petit pour qu’on m’emmène visiter l’expo universelle. Mais qu’est-ce qu’on m’en a parlé après ! Et puis, quelques années plus tard, comme enfant, j’ai souvent été traîner sur les (jeunes) ruines de l’expo. Je me rappelle très bien de la Flèche du Génie Civil qui surplombait la Belgique en miniature. J’aimais beaucoup cet univers très sérieux, tout de béton et de métal, et en même temps très ludique, fou.» Tout cela apparaît donc très mystérieux au jeune Frank, comme des vestiges d’une civilisation disparue ! L’Atomium a survécu, le reste pas. « Pourtant, comme tous les grands symboles, après son heure de gloire initiale, l’Atomium a rejoint la cohorte des objets dépassés, démodés et ridiculement empoussiérés... Mais la restauration l’a remis au goût du jour, et là, il semble prêt à affronter l’éternité.» Il faut voir l’Atomium en vrai, comme la Tour Eiffel « ou les Gorges du Tarn, rajoute l’auteur de Zoo, parce que l’impact physique joue un rôle essentiel.» L’ombre de Pères fondateurs de la bande dessinée belge plane sur les années cinquante, et donc sur l’Exposition Universelle de Bruxelles de 1958 « Le style des années ’50 a été magnifié et transcendé par Franquin et Will qui l’ont vécu à fond, avec candeur et émerveillement. Rien de tout cela chez Hergé, qui m’a toujours paru bien en retard sur les modes.» Mais quelles sont les possibilités et difficultés graphiques qu’offrent l’Atomium à un dessinateur du début du XXIe siècle ? « C’est en le plaçant au centre de mon dessin que je me suis aperçu qu’il s’agit en fait d’une sorte de cube posé sur un de ses coins. Je ne l’avais jamais vu comme ça, auparavant ! » Le thème de la sérigraphie Le futur du passé s’impose rapidement.« J’aime remettre les grandes fièvres modernes dans un contexte plus large. Que représenterait l’Atomium pour un Homme néandertalien ? À coup sûr une fascination, un choc, un mystère.» Un mystère plane sur la composition graphique. « Il y a en effet une ambiguïté sur le temps. L’image brouille les pistes entre passé préhistorique et futur apocalyptique. Elle peut aussi être vue comme des “anciens belges” adeptes de la “Belgique de papa” redécouvrant avec vénération des morceaux de l’un des symboles les plus forts de leur monde disparu.» Le tout s’orchestrant autour du souvenir vedette de l’Expo ’58 : un petit hélicoptère tournant autour d’un Atomium miniature !

FRANCOIS SCHUITEN OU L’ODE AUX EXPOSITIONS UNIVERSELLES

François Schuiten connaît au mieux l’étrange mécanique des expositions universelles. Il a conçu le Pavillon du Grand-duché de Luxembourg à Séville 1992, le Pavillon des Utopies pour Hanovre 2000 et le Pavillon de la Belgique pour Aichi 2005. Mais, pour lui, l’Atomium reste un cas à part !

La première émotion « Expo ‘58 » du co-auteur des « Cités obscures » avait la forme d’une petite cuillère à sucre se terminant par un Atomium. « Sans doute mes parents l’avaient-ils achetée en visitant l’expo ? Un autre moment est lié à la Flèche du Génie civil. Jacques Moeschal, le sculpteur qui l’avait conçue, était un ami de mon père et, quand j’allais dans son atelier, je voyais des maquettes de cette réalisation qui me fascinait. J’avais deux ans quand l’Expo ’58 a eu lieu et, ce n’est qu’après, en relisant les hebdomadaires “Spirou” et “Tintin” de mon frère, que j’ai retraversé la période de construction de l’Atomium. Les deux hebdos accompagnaient à merveille l’euphorie de cette exposition.» Début des années ’80, « La nouvelle ligne claire » (avec Swarte, Chaland, Floc’h, Ted Benoit, etc.) revisite un style créé dans les années ’50, en Belgique. « J’étais étonné que ces gens venus d’ailleurs s’intéressent à quelque chose qui venait de chez moi. Nous étions tellement habitués que nous n’avions pas la même curiosité par rapport à cela. Leur regard nous apprenait à regarder autrement notre histoire.Cela m’a troublé de constater que nous, Belges, n’étions peut-être pas toujours les plus habilités à nous regarder.» Pour le dessinateur-scénographe, « l’Expo ’58 est sans doute ladernière qui incarne ce que pouvaient être les enjeux, l’utopie et les ambitions que ces manifestations voulaient incarner. Une exposition universelle est une façon de réunir le monde entier dans le même endroit, de concentrer toutes les cultures du monde. Cet aspect des choses va se perdre, puisque les voyages vont se démocratiser. Les avions, la télévision et Internet vont mettre les expositions en porte-à-faux. » C’est aussi une exposition qui est parvenue à créer un signe fort : l’Atomium. « Beaucoup d’expos n’ont pas eu cette chance. Ce n’est pas si évident, de construire un signe. On arrive parfois à faire coïncider les enjeux de l’époque avec une forme.» La sérigraphie Expositions universelles confronte l’Atomium aux signes de quelques autres grandes expositions universelles. Schuiten rend également hommage au sigle-étoile de Lucien De Roeck. « Il m’a aidé sur la typo de La fièvre d’Urbicande .C’était un remarquable dessinateur de lettres.» L’artiste concède que, si la tentation est grande de s’attaquer graphiquement à l’Atomium, « c’est très compliqué de se confronter à une icône qui a déjà été prise dans tous les sens.»

 

AVEC TED BENOIT, L’ATOMIUM SE MUE EN INSTALLATION ARTISTIQUE !

Ted Benoit, un des artisans du retour, moderne, de la « ligne claire », aime composer des images « habitées ». Fort des horizons ouverts par la collection « Atomium 1958-2008 », il a emmené le monument-culte de l’Expo ’58 dans un décor aussi futuriste que fascinant.

Le créateur de « Ray Banana » découvre l’Atomium, en photo, dès 1958, et le visite enfin en 1982. " C’est une des premières choses que j’ai vues lors de mon premier voyage à Bruxelles. J’ai même acheté deux ou trois souvenirs d’époque, dont un truc à ressort, un petit hélicoptère qui tournait autour d’un Atomium ; l’ensemble se rangeait dans une boîte ronde recouverte de tissu écossais.» Découvrir le monument en vrai modifie la perception. « En effet, cela a été capital de descendre à pied par les tuyaux car, dedans, ça ressemblait plus à Jules Verne qu’à Spoutnik.» Pour le dessinateur de deux « Blake et Mortimer » de superbe facture, l’Atomium n’est pas indéfectiblement rattaché à l’Expo ’58. « Oui bien sûr, et non parce qu’il a survécu, et pas l’expo. Ce qui lui donne une signification tout à fait différente. L’expo n’était que dans le présent, lui est maintenant aussi dans le passé. Un peu comme le morceau de la Statue de la Liberté émergeant des sables, que découvre Charlton Heston à la fin de “La Planète des Singes” » Une scène qui a été un des multiples déclencheurs (avec, entre autres, une photo « anodine » de deux jeunes visiteuses, l’architecture d’un pavillon, et la statuaire présents à l’Expo ’58) de la sérigraphie 21st Century Atomic Girls. Pour l’auteur de Vers la ligne claire, il est assez facile de rendre hommage à l’Atomium « car les rêves et les illusions qu’il symbolisait ont quelque chose de touchant. De plus, étant un objet plein de vide, il fait appel à une notion de l’espace, ce qui est une des choses les plus intéressantes à dessiner. » On dit toujours qu’une bonne image doit être séduisante, mais aussi raconter une histoire ou dégager une « petite musique ». « Ce n’est pas à moi d’expliquer cela, précise Ted Benoît. Une piste: le titre est une paraphrase d’une vieille chanson de “King Crimson” 21st Century schizoid man. Je ne l’aime pas tant que ça, mais j’ai été très frappé de la reprise d’une autre, du même album, dans le film Les fils de l’homme d’Alfonso Cuaron. Ce que raconte ce film (un des plus passionnants films récents) me semble très juste pour la compréhension des années à venir. L’Atomium est le XXe siècle, nous sommes au XXIe, il nous a aidés à comprendre les temps nouveaux, c’est tout. Pourquoi des petites filles ? Aucune idée. C’est la petite musique. »

 

YSLAIRE DESSINE LE CIEL AU-DESSUS DE L’ATOMIUM

Bruxellois, le créateur du XXe Ciel et du Ciel au-dessus de Bruxelles ne pouvait qu’être interpellé par l’Atomium et sa symbolique. Dans une composition graphique de haut vol, il associe passé et futur, car l’un boite souvent sans l’autre…

Pour Yslaire, l’auteur de « Sambre », l’Atomium est le rêve des années ’50. « La science va sauver le monde par le progrès. D’ailleurs, les neuf boules préconisent déjà la conquête spatiale. Par leur forme, elles évoquent autant les planètes du système solaire, que le “Spoutnik” parti dans la stratosphère un an auparavant. De l’atome à l’univers, l’infiniment petit rejoint l’infiniment grand. C’est magique. » Ce passionné de l’oeuvre de E-P Jacobs déclare, en souriant, que « un jour, l’Atomium va partir dans l’espace comme une fusée. Personne ne vous l’a dit, mais c’est un vaisseau spatial de “Blake et Mortimer” déguisé en monument. » Yslaire est né en 1957, au moment où l’Atomium était en construction. Il n’y voit pas un hasard. « J’ai l’impression que ce monument m’appartient, qu’il est né en même temps que moi. Que c’est chez moi. Peut-être même que je sors de son ventre d’acier… Fragile, ça ne peut pas tenir debout, huit boules qui reposent sur une seule!), majestueux (on se sent tout petit, quand on passe en dessous) et moderne (rien que ce mot fait déjà vieux). » Yslaire a choisi de réunir dans cette image les symboles forts de Bruxelles : l’Atomium, Saint Michel et Manneken Pis. « J’ai tout de suite vu le rapport de matière entre l’acier du monument et le métal de l’armure. » Il n’est pas étonnant de découvrir que l’auteur de « XXeciel.com » est autant passionné par la conquête de l’espace que le ciel. « J’aime bien cette idée d’associer un ange avec un gamin nu. Bruxelles est un savant mélange d’aspiration ambitieuse et de vulgarité réconfortante. En tout Bruxellois qui sommeille, il y a un ange combattant ses démons et un petit garçon joufflu qui pisse en souriant. Le spirituel et le prosaïque … » En associant le Spoutnik et les étoiles - clin d’oeil à celle qui fut dessinée par Lucien De Roeck pour le logo de l’Expo ’58, c’est un peu l’avenir qui se profile. « Et Saint Michel, patron de Bruxelles, complète l’artiste, évoque le passé moyenâgeux de ma ville natale. La conjugaison des deux donne, j’espère, un “instant d’année”, un petit moment d’éternité… »

 

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Publié le 19/08/2008.


Source : Graphivore-Valerie Constant

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