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Entre sang neuf et héritage, les monstres d’aujourd’hui n’ont rien à envier à ceux d’hier #9 : du Danemark au Krakatoa, il n’y a qu’un… Cri de Munch

Plus d’un mois avant la date fatidique et mortelle, les magasins s’habillaient déjà de leurs plus frissonnants atours et mettaient en vitrine des costumes plus halloweenesque les uns que les autres. Les monstres sont de retour. Et même si leur âge d’or est passé depuis longtemps, ces créatures, nouvelles ou archaïques, n’ont pas dit leur dernier mot. Alors que Universal se prépare à réveiller un peu plus les monstres les plus incontournables du cinéma avec son Dark Universe, la bande dessinée n’est pas en reste. Petit tour d’horizon des parutions récentes, histoire que vous soyez fin prêts pour le 31 octobre. Pour l’épisode 9, faisons coup double en plongeant dans les entrailles de la terre. Qui sait dans quel état nous en ressortirons.

 

 

 

 

 

 

 

© Alcante/Gihef/Brahy/Rieu chez Delcourt



Résumé de l’éditeur : 1890, Copenhague. Edvard Munch, déjà fragile mentalement, est interné en secret suite à la mort de son père. Face à la détresse d’une amie du peintre, le directeur demande l’assistance d’un jeune médecin ouvert aux nouvelles théories psychanalytiques. Ensemble, ils pensent avoir découvert l’origine du traumatisme de Munch et décident de l’emmener au bout du monde se confronter à son propre cauchemar.

 

 

 

 

© Alcante/Gihef/Brahy/Rieu chez Delcourt



Alors que le Chat, les Bidochons et d’autres héros populaires ont pris l’habitude de visiter les musées dans des ouvrages souvent faciles, Alcante et Gihef nous ouvrent pour la deuxième fois les portes du Dark Museum en ralliant à leur cause Luc Brahy et Delphine Rieu. Après American Gothic, les quatre auteurs ont trouvé un autre tableau incontournable pour assouvir leur soif de secrets fantasmés et terrifiants : Le Cri d’Edvard Munch. L’oeuvre la plus chère et la plus glauque du monde possédait dans son ciel torturé et surtout dans ce visage de l’effroi tout l’ADN pour nous entraîner dans la fièvre et le sang, dans une histoire qui dépasse l’entendement et les lois humaines.

 

 

 

 

© Alcante/Gihef/Brahy/Rieu chez Delcourt

 

Après un premier tome qui nous file encore des frissons rien que d’y penser, Alcante et Gihef récidivent dans le monde des arts et du bizarre. Cette fois, c’est Alcante qui a pris le tableau par les cornes du diable (American Gothic était un peu plus l’idée de Gihef) et qui nous emmène dans son antre, serrés par l’étreinte de la folie. Retrouvant Edvard Munch dans un asile et en proie aux pires tentations, comme mu par une force qui le dépasse, un esprit surhumain. Plutôt que d’aller lui chercher un exorciste, le duo de scénaristes offre au peintre torturé une balade de santé au bon air de l’Indonésie, lui proposant de soigner le sang par les cendres et la lave du… Krakatoa.

 

 

 

 

© Alcante/Gihef/Brahy/Rieu chez Delcourt

 

Ça en jette comme pitch, non ? Et vous n’allez pas être déçu par la suite. Comme toujours, l’aventure (car c’en est une réelle et baignée dans l’horreur) ne se révélera pas de tout repos et les embûches auront tôt fait de tomber un à un les membres de cette véritable expédition aux frontières de l’humainement acceptable. Liant l’homme et le tableau à de noirs desseins qui les dépassent, la joyeuse troupe de conservateurs du musée des horreurs réussit à égaler la force du premier tome.

 

 

 

 

© Alcante/Gihef/Brahy/Rieu

 

Dans un autre registre graphique, Luc Brahy succède à l’impérial Perger et réussit à nous emporter avec son dessin incandescent capable de passer d’Indiana Jones à Kon-Tiki (avec une superbe planche muette et pourtant criante de la détresse d’un voilier mis à mal par des requins) et de marier les ambiances glaciales du Copenhague de 1890 avec, quelques planches plus tard, la sueur et la tension palpable dans la jungle indonésienne. Delphine Rieu fait peser les ombres sur le visage de Munch et donne toute sa puissance au feu de la colère qui ravage le final de l’album. Le fantastique mène la danse, macabre et irréversible car rien ne sera jamais comme avant.

 

 

 

 

© Alcante/Gihef/Brahy/Rieu

 

La collection n’est pas temporaire et la vraie vie qui se cache derrière les tableaux se grave dans le marbre, dans la tête, dans les yeux. Qu’on soit sur la digue et sous ce ciel brûlant ou dans son fauteuil sous un lustre tamisé, on se prend la tête entre les mains, le cauchemar ne fait que commencer quand arrive le mot fin. Bonne nuit (ou pas).

 

Alexis Seny

 

Série : Dark Museum

Tome : 2 – Le Cri

Scénario : Gihef et Alcante

Dessin : Luc Brahy

Couleurs : Delphine Rieu

Genre : Horreur, Aventure

Éditeur : Delcourt

Collection : Machination

Nbre de pages : 56

Prix : 14,95€



Publié le 23/10/2017.


Source : Bd-best


Jerôme K Jerôme Bloche, chaque personnage possède son caractère propre, avec son passé, ses fêlures et sa part de mystère

« - Qu’est-ce qui ne tourne pas rond dans cette famille pour qu’une enfant de onze ans s’enfuit comme ça de chez elle ?

-  Ça va, Maman ! On le sait que tu ne portes pas Antoine dans ton cœur, mais ça peut arriver à n’importe quels parents ce genre de chose. Va savoir ce qui peut se passer dans la tête d’une gamine de cet âge !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Dodier - Dupuis

 

 

-  N’empêche ! Deux jours et bientôt deux nuits passées dehors, ça commence à être sérieux comme fugue, surtout par ce temps ! (…) Alors, si même les recherches des gendarmes n’ont rien donné, je ne vois pas ce que je pourrais faire de plus. »

 

Pourtant, tu es détective privé, Jérôme. Alors, si on t’a demandé de résoudre l’énigme, c’est que tu en as les compétences.

 

La fille d’Antoine, patron d’industrie à Bergues, a disparu du collège devant lequel sa mère l’a déposé. Antoine dirige l’usine dans laquelle travaille l’oncle du détective. Qui plus est, Jérôme était à l’école avec Adrien le fils d’Antoine. C’est comme cela qu’il s’est retrouvé sur l’affaire. Par conséquent, deux nouvelles pour Babette : annulation du week-end à Venise et direction Bergues avec son chéri pour des « vacances » (?) en famille dans les Hauts-de-France.

 

 

 

 

© Dodier - Dupuis

 

 

A partir d’un fait divers banal, Alain Dodier, qui est à la bande dessinée policière ce que Georges Simenon est au roman du même genre, coud une intrigue dans laquelle chaque personnage possède son caractère propre, avec son passé, ses fêlures et sa part de mystère. Les conversations alternant humour et tension sont dignes des plus grands dialoguistes du cinéma ou de la littérature.

 

Dodier, prince du suspens et roi du « Whodunit », signe, avec sa série  Jérôme K. Jérôme Bloche, une désormais longue collection d’enquêtes plaçant son privé au rang d’Hercule Poirot, Nestor Burma ou autre Ric Hochet.

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

Série : Jérôme K. Jérôme Bloche

Tome : 26- Le couteau dans l’arbre

Genre : Policier

Scénario & Dessins : Dodier

Couleurs : Cerise

Éditeur : Dupuis

Nombre de pages : 60

Prix : 12 €

ISBN : 9782800170435

 



Publié le 23/10/2017.


Source : Bd-best


Image de la Femme, pollution des océans et inquiétudes pour leurs retraites, la relecture de Valérian et Laureline par Lupano et Lauffray est canon !

Après un Pilote spécial sorti à l’occasion du film et invitant pas mal de pointures à donner au format court leur vision des deux personnages et de leur univers créés par Christin et Mézières, place au format long en compagnie de Wilfrid Lupano et Mathieu Lauffray. Les Shingouz ont foiré et voilà que la mission de Valérian et Laureline qui devait n’être qu’une simple formalité est détournée. C’est rien de moins que la planète Terre qui est menacée !



 

 

 

 

 

 

 

Recherches © Mathieu Lauffray

 

Résumé de l’éditeur : À la suite d’une malencontreuse partie de cartes, les shingouz perdent la propriété de leur société, La Shingouzlooz.Inc. Or il se trouve que cette société, à cause d’une approximation dans l’interprétation des lois intergalactiques, est détentrice de la Terre ! Valérian – par ailleurs très préoccupé par sa future retraite d’agent spatio-temporel – et Laureline doivent rattraper cette bourde et convaincre le nouveau propriétaire, un certain Sha-Oo, « l’Assoifeur de monde », de la restituer à Galaxity.

 

 

 

 

L’antre de l’assoifeur © Wilfrid Lupano/Mathieu Lauffray


 

On a beau retourner le problème dans tous les sens, on arrive toujours à la même conclusion : c’est un véritable festival que nous offrent les deux auteurs pour cette reprise. On n’aime jamais tant les reprises et hommages que quand ceux-ci sont décomplexés, qu’ils résistent à la tyrannie et l’oppression de faire comme les auteurs originaux, de ne pas trop dévier des chemins qu’ils ont balisés. Je ne pense pas que la réussite soit toujours affaire de fidélité exacerbée.

 

 

 

 

© Lupano/Lauffray

 

Je ne comprends d’ailleurs pas que, quand reprise il y a (à la suite du décès des auteurs originels ou d’un départ à la retraite) que certains auteurs puissent brider, briser leur trait pour continuer une oeuvre de mimétisme au lieu de tirer les personnages à eux (de ce côté-là, on est donc plus Spirou qu’Astérix). Soit, là n’est pas la question puisque Lupano et Lauffray évitent les pièges avec brio (et, franchement, connaissant ces deux créateurs protéiformes plus que caméléons, on n’en doutait pas).
© Lupano/Lauffray chez Dargaud

Burlesque, inattendu et toujours aussi aventureux (mais pas à n’importe quel prix, et pas forcément pour une retraite de misère, hein Valérian ?), le tout dans un décor édifiant qui porte la marque Lauffray, ce Shingouzlooz Inc. est un grand cru qui suit la trace du Lucky Luke de Bonhomme mais aussi de celui de Bouzard, pour ne parler que de l’homme qui tire plus vite que son ombre. Une réinvention, une réappropriation mais avec le talent de retrouver aussi le bon goût des ingrédients qui nous ont fait aimer une série. Et cet apport moderne et actuel que Christin et Mézières n’ont eu de cesse de prôner dans leurs albums.

 

 

 

 

 

© Lupano/Lauffray chez Dargaud

 

Ainsi, bien qu’à des années-lumière de notre bonne vieille planète bleue (qui risque de moins l’être si la bande de vampires stellaires de l’Assoifeur se décide à lancer l’assaut et les sceaux), si celle-ci est en danger, elle n’est pas une planète parmi tant d’autres et nos deux héros (ceux renfermés dans l’album mais aussi ceux qui l’ont conçu) sont concernés ! En ce, ils ont toujours le don de nous parler de nos problèmes, de la pollution, des paradis fiscaux, du rapport à la privatisation de la planète, de notre rapport à l’image de la Femme (tiens, tiens, par les temps qui courent) quand on apprend que Laureline pourrait prêter son effigie à des clones très sexy. Des allusions par petites touches, par des gags, une réplique ça ou là, c’est anodin et pourtant bien présent et remarquablement fluide car si cela nuance et enrichit l’aventure, ça n’empêche en rien sa tenue fun et à sensations fortes.

 

 

 

 

© Lupano/Lauffray chez Dargaud

 

C’est fluide et étincelant. En 54 pages, Lupano et Lauffray, par leur vision, permettent à Valérian (un tant soit peu loser magnifique, ici) et Laureline de faire un bond en avant, de ne pas être dénaturés mais de s’offrir des nouvelles têtes, du sang neuf et un univers qui s’étend d’un coup. Tout est parfait, jusqu’à ce maniement malin des paradoxes temporels. Le genre d’album qui nous fait dire sans nous forcer : « vive les reprises »!

 

Alexis Seny

 

Série : Valérian, vu par…

Tome : Shingouzlooz Inc.

D’après l’univers de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières

Scénario : Wilfrid Lupano

Dessin et couleurs : Mathieu Lauffray

Genre : Science-fiction, Aventure, Humour

Éditeur : Dargaud

Nbre de pages : 56

Prix : 13,99€



Publié le 20/10/2017.


Source : Bd-best


Avec Benjamin et Benjamine, les explosifs Goscinny et Uderzo fignolaient la grammaire et la recette de leur chef d’oeuvre

C’est le Jour J, le nouvel album d’Astérix, celui qui l’entraînera dans un périple Transitalique, est sorti. Les médias nous en parlent depuis des mois, vous n’allez quand même pas me dire que vous ne tiendrez pas un jour de plus ? Si ? Bon, soyons francs, on ne peut rien pour vous, on ne l’a pas encore lu… Par contre si vous voulez patienter et passer après le rush sachez que, de derrière les fagots, les Éditions Albert René viennent de sortir, dans leur format si reconnaissable, l’intégrale de Benjamin et Benjamine. Un chaînon manquant (deux albums seulement avaient été publiés dans les années 90) mais désormais ressoudé, dans l’ère Goscinny-Uderzo, entre Luc Junior et celui qui allait définitivement leur donner leurs lettres de noblesses, le valeureux petit Gaulois dont tout le monde connait désormais le nom. Pourtant, couple de BD comme l’était Modeste et Pompon et comme le sont toujours Bob et Bobette (même à l’ombre d’eux-mêmes), Benjamin et Benjamin possédait déjà l’ADN et la marque de fabrique des deux auteurs et légendes du Neuvième Art.

 

 

 

 

 

 

La toute première planche, inédite © Goscinny/Uderzo aux Éditions Albert-René

 

Résumé de l’éditeur : Ils sont fous, ces héros ! Un fer à repasser volant, un conflit survolté entre les redoutables « Boudtchous » et les redoutés « Bobohs », des billets de banque qui tombent du ciel… Chaque jour amène son lot d’aventures incroyables au duo constitué par Benjamin et Benjamine !

 

 

 

 

© Goscinny/Uderzo aux Éditions Albert-René

 

Ils ont beau ne rien demander à personne, dès qu’il y a un petit souffle d’aventure, ils s’y engouffrent, Benjamin et Benjamine. Et comme le hasard et la (mal) chance (qu’ils font de toute façon toujours tourner à leur avantage) leur filent des coups de pouces, il ne faut pas s’étonner que le duo se retrouve toujours dans des péripéties abracadabrantes. Benjamin, Benjamine. Au-delà de l’accord des noms, voilà un couple qui s’est bien trouvé, toujours à se relancer mutuellement pour le meilleur et pour le… rire.

 

 

 

 

© Goscinny/Uderzo aux Éditions Albert-René

 

Il faut dire que leurs deux papas n’ont pas ménagé les intrigues souvent explosives: les bousculant pour qu’ils soient le couple royal des Boudtchous (cette secte qui attribue à ces « merveilles » un hochet de majesté et croule sous les richesses malgré le conflit insoluble qui les oppose aux Bobohs), leur faisant gagner le gros lot (empoisonné qui les transformera en véritable héros du Far West moderne ou les faisant devenir les assistants d’un savant fou mais néanmoins adorable qui se voit pousser des ailes. Voilà le menu consistant des trois aventures (plus une courte dans  laquelle les deux héros sont enrôlés à l’insu de leur plein gré pour prendre un vol avec un colis… piégé) de longue haleine que nos nouveaux-anciens amis vivront entre 1957 et 1959.

 

 

 

 

© Goscinny/Uderzo avant restauration

 

Deux années bien chargées, donc, pendant lesquelles René Goscinny et Albert Uderzo ébranleront de rire et de frénésie un peu plus un monde de la BD qui n’a pu se passer de leurs histoires et de leur héritage. Pourtant, cinq ans après leur première collaboration, Goscinny et Uderzo sont encore des jeunes loups, brillants mais élaborant toujours plus la grammaire impossible à enrayer qui allait faire d’eux des légendes.

 

 

 

 

© Goscinny/Uderzo aux Éditions Albert-René

 

Pour moi, Benjamin et Clémentine, c’est un peu le Spirou, le Benoît Brisefer de nos deux as du Neuvième Art. Il y a cette même modernité de la fin des 50’s, ce charme vintage des villes épanouissantes et tranquilles, cette envie de progrès (technologiques notamment) aussi tout en restant simple, direct et efficace, sans chercher la sophistication ni la complexification du propos. Notez quand même, que les histoires racontées par notre duo magique n’ont pas réussi à devenir désuètes et restent quand on y pense d’une certaine actualité. Ces récits sont inébranlables et intemporels.

 

 

 

 

© Goscinny/Uderzo aux Éditions Albert-René

 

Mais c’est vrai qu’en ce temps-là, « la BD, c’est pour les enfants » disent la majorité des grands. Et ça s’en ressent dans Benjamin et Clémentine. Le ton reste bon enfant, nos deux auteurs restent des gamins et ne pensent pas forcément aux adultes qui s’en accommodent pourtant (il suffit de voir les BD’s puérils qui sortent de nos jours et dans lesquelles les parents n’ont pas intérêt à mettre les pieds sous peine de s’en mordre les doigts). Benjamin et Benjamine, c’est du tout public, comme Astérix mais sans avoir trouvé la force de parler d’une part aux grands et d’autre part aux têtes blondes. Ça allait venir.

 

 

 

 

© Goscinny/Uderzo aux Éditions Albert-René

 

Pas de quoi bouder notre plaisir pour autant : Goscinny est déjà aiguisé, Uderzo fulgurant et le cocktail qu’ils concoctent est rocambolesque à souhait, complètement voué à l’humour et à l’aventure, au comique de situation et de répétition ainsi qu’aux personnages plus attachants les uns que les autres et délirant. De ce représentant en cravates reconvertis en garde du corps débonnaire en passant par l’Inspecteur Potiron très collant, puis un précurseur de Kiçàh (le fakir de Rahazade) et des colères monumentales (mais vite passées, on vous rassure) qui ne font qu’augurer les célèbres désaccords nez-contre-nez entre Astérix et Obélix. Tout l’ADN de ce qu’il se passera quelques mois plus tard (et les années qui suivront) est là, peut être encore éparpillé mais empli d’une belle énergie prête à tout emporter de la morosité pour la sacrifier au roi rire haut en couleurs… restaurées, qui plus est.

 

 

 

 

D’une version à l’autre © Goscinny/Uderzo aux Éditions Albert-René

 

Mais puisqu’il y a un avant et un après Benjamin et Benjamine, il serait dommage d’oublier que cette intégrale est aussi composée d’une trentaine de pages d’introduction bien documentée sur le contexte de la naissance de ce joli couple de héros de BD. Puis, en fin d’ouvrage, quand il y en a plus, il y en a encore, et deux courtes séries du tandem inépuisable prolongent le plaisir.

 

 

 

 

© Goscinny/Uderzo aux Éditions Albert-René

 

Poussin et Poussif qui voit un pauvre chien devoir veiller sur un bébé qui ne tient pas en place (le chien a l’air d’être plus grand qu’Idéfix, la filiation est de mise d’autant plus avec ce gamin qui, balancé dans une autre époque, pourrait très bien être… « le fils d’Astérix) et la famille Moutonet-Cokalane, véritable product-placement pour Pétrole-Hahn mais pas galvaudé pour autant. Des chouettes bonus pour un album patrimonial incontournable.

 

Alexis Seny

 

Titre : Benjamin et Benjamine

Intégrale

Scénario : René Goscinny

Dessin et couleurs : Albert Uderzo

Genre : Aventure, Humour

Éditeur : Albert-René

Nbre de pages : 224

Prix : 20,5€



Publié le 19/10/2017.


Source : Bd-best


Zombillénium transforme le cinéma en parc d’attractions horrifiques et révèle toute la fourmilière d’artisans qui lui a donné vie dans un artbook

« Faites-nous rêver », le message est équivoque et ne peut mieux résumer nos attentes, énormes, au sujet du film Zombillénium qui sort ce 18 octobre et prête un peu plus vie à ce parc infernal et maudit du Nord où les monstres sont plus vrais que nature. On l’attend de pied ferme, d’autant plus que son créateur, le phénoménal Arthur De Pins, s’est fait plutôt rare dans le monde de la bd, laissant la suite du tome 3 de Zombillénium en jachère pour s’engouffrer corps et âme (au diable) dans la préparation de ce film à petit budget (13,4 millions) par rapport à ses ambitions et ce qui se fait dans le monde de l’animation (Pixar et les autres). Alors, nous n’avons pas encore vu le film, ce sera chose faite très vite mais, en attendant, un an après l’artbook Vectorama (une vraie gourmandise calorique et riche à souhait pour patienter, voilà que sort l’artbook du film. Un vrai making-of compilant plein de visuels, des balbutiements au rendu final.

 

 

 

 

Zombillénium Art par Von Kummant © Dupuis

 

Résumé de l’éditeur : À l’automne 2017, préparez-vous à frissonner au cinéma : Zombillénium, la série diablement drôle d’Arthur de Pins, sort dans les salles obscures ! Pour l’occasion, cet album propose une véritable plongée dans les coulisses de l’adaptation cinématographique à travers des interviews inédites de l’auteur et d’Alexis Ducord, son coréalisateur, des images exclusives et une foule d’anecdotes et d’infos sur les processus de création. Pour ceux qui meurent d’envie de découvrir le film, et tous les autres !

 

 

 

 

Zombillénium Art par De Pins © Dupuis

 

De la difficulté d’adapter en bonne et due forme une BD déjà culte, le tout avec un petit budget. Le sous-titre de cet album accompagnant le film pourrait aisément celui-là. Mais si l’argent est le nerf de la guerre… et de la débrouille, surtout, force est de constater qu’il n’a pas empêché Zombillénium de claquer à l’écran. Sans voir le film, ça saute aux yeux, du clip du Nameless World de Skip The Use en 2013 (pour être un vrai bon pilote) à la bande-annonce, Zombillénium le film donne assez d’indices sur sa capacité à se nourrir de l’imaginaire développé sans trahir sa 3D sur un plan pourtant plane, sans ombre au tableau.

 

 

 

 

Zombillénium Art par De Pins © Dupuis

 

Ce n’est pas pour rien que le film a mis plus de six ans à se faire, des envies de départ (toujours avec Maybe Movies malgré des propositions de pas mal de producteurs, dont des Américains aux sommes astronomiques) au résultat final. Aussi, dans les 120 planches qui composent ce bonus littéraire, Marion Tornicelli et Gérard Viry-Babel (le Gégé Babel de Fluide Glacial) ont essayé de rendre au mieux, et en oubliant le moins possible ses acteurs, la réalité des coulisses, sur les quatre sites de productions du film.

 

 

 

 

Zombillénium Art par De Pins © Dupuis

 

Cela passe beaucoup d’interviews des têtes connues comme Arthur De Pins (forcément), son co-réalisateur Alexis Ducord (qui avait été chef-storyboarder sur le fascinant Avril et le monde truqué) et Mat Bastard (qui a signé les chansons de la BO d’Éric Neveux et prête sa voix à Sirius, le squelette syndicaliste) mais aussi des hommes et femmes de l’ombre : Henri Magalon le producteur-aventurier, Sabine Hitier qui a supervisé la 3D, David Nasser qui a dirigé l’animation, Florent Masurel au colorboard mais aussi David Berthier et Simon Andriveau aux storyboards, Sébastien Rossi qui a supervisé les effets spéciaux 3D, les lumières de Bruno Lesieur et le rendu et les compositions de Philippe Jarland. Sans oublier Thomas Von Kummant qui donne sa couverture (grandiose) à cet album et signe quelques concept art à couper le souffle. Et tous les autres, tous ceux qui ont fait que ce petit monde s’anime, ce qui ne doit rien au hasard, propulsé au rythme de huit secondes par… semaine. Pas de risque de se faire flasher, vous me direz pourtant ce rythme de production est élevé par rapport à la plupart des films d’animation.

 

 

 

 

Zombillénium Art par De Pins © Dupuis

 

Et si le film perd de la dimension plus adulte de la BD pour être avant tout dirigé vers les enfants, cet ouvrage se destine surtout aux plus grands, aux curieux qui veulent tout savoir sur le passage, pas anodin du tout, d’une BD au grand écran et en animation. Serré par la contrainte budgétaire (ici, on prend vraiment conscience du poids et de l’impact de l’argent dans un film par rapport à une BD où tout peut être fait dans les limites de l’art de son auteur) mais porté par le savoir-faire et le fier sentiment de participer à une aventure phénoménale. Ça s’en ressent dans les interviews, c’est communicatif… même si l’ensemble des textes aurait gagné à être un peu toiletté, reformulé et mis en relation tant on n’a parfois l’impression que certains racontent un peu la même chose que d’autres.

 

 

 

 

Zombillénium Art par De Pins © Dupuis

 

Pas de quoi de nous mettre véritablement de mauvais poil (de loup-garou, évidemment) mais c’est dommage parce qu’il manque ça pour que l’ouvrage soit parfait, tant il contient beaucoup de riches informations à sélectionner dans cette tempête de thèmes pas zombifiants du tout et de petits secrets allant de Pierre Bachelet repris façon « Catherine Lara » à un cerbère à trois têtes (berger allemand, doberman et… yorkshire) en passant par les tatoos de Gretchen (la vampirette badass du groupe) et le pourquoi du remplacement d’Aurélien (le héros de la BD) par Hector, l’homme qui voulait fermer le parc d’attractions mais va en devenir un résident.

 

 

 

 

Zombillénium Art par De Pins © Dupuis

 

Sans parler de l’apport visuel, de l’arrière à l’avant-plan. Et comme vous savez que, dans nos chroniques, on aime toujours vous servir des bonus, des étapes qu’on ne voit pas toujours dans les albums finis; on est servis. Amplement. On est ravi d’avoir des extraits de storyboard, de croquis d’Arthur et des autres (à se mettre sous la dent (de vampire, bien sûr). Puis, il y a cette quantité folle d’images issues de film, les recherches et characdesign autour des nombreux personnages (dont il a fallu parfois limiter le temps de parole au fil des cinq ou six versions du scénario). Un must donc qui s’admire et fait l’effet d’un ultime teaser pour nous donner la grande envie de voir ce film qui semble avoir la ferveur des premières critiques.

 

 

 

 

Zombillénium Art par De Pins © Dupuis

 

Notons encore qu’Arthur De Pins et l’équipe du film exposerent leur travail à la Galerie Arludik jusqu’au 11 novembre.

 

 

Alexis Seny

 

Titre : L’art de Zombillénium

Auteur : Marion Tornicelli et Gérard Viry-Babel

Genre : Making-of, Artbook

Éditeur : Dupuis

Nbre de pages : 120

Prix : 32€



Publié le 19/10/2017.


Source : Bd-best


All Star Batman, La tête du Dark Knight mise à prix et un Double Face avec plus d'un tour dans son sac

Fans et amateurs de Batman, Préparez-vous à encaisser du lourd avec le retour de votre héro favoris sous la houlette de Scott Snyder, John Romita et Declan Shalvey. Voici une nouvelle version qui décoiffe et envoie du métal. Avec un premier tome d'une nouvelle série qui nous promet encore plus de dynamisme, d'action et de violence, cette nouvelle équipe à prit le pari de moderniser l'homme chauve-souris.

Résumé de l'éditeur : Batman est chargé de transporter Double-Face hors de Gotham City mais le criminel a plus d'un atout dans sa manche.
En mettant un prix sur la tête du justicier, il lance à leurs trousses tous les assassins et chasseurs de primes du pays, sans compter les citoyens ordinaires ! Menottés l'un à l'autre, Batman et Double-Face n'ont plus qu'un objectif : survivre à ce « road trip » en enfer !

 


 

 

 

 

© Scott, Romita & Declan - Urban Comics - DC Comics

 

DC Rebirth est une collection qui propose un nouveau point d'entrée pour découvrir les super-héros, comme l'annonce l'éditeur avec un héritage retrouvé de DC Comics. Ce premier opus mets donc en scène Batman chargé de convoyer Harvey Dent pourchassé de toutes part par une horde de super-vilains. Double Face dispose de moyens terribles pour mettre à mal le Dark Knigth.  Le côté sombre des personnages est ici poussé à son paroxysme. Le basculement d'une partie non négligeable de protagonistes dans les côtés les plus sombres de l'âme humaine se déroulent ici avec une déconcertante facilité.

 

 

 

 

© Scott, Romita & Declan - Urban Comics - DC Comics

 

 

A noter aussi certains passages croustillants via des dialogues tels que Batman s'adressant au super-héro de noir et jaune vêtu : "Duke essaie d'être un peu plus rock and roll, que diable..." permettant ainsi au lecteur de découvrir ce dernier face à une quête de lui-même. Ce All Star ne laisse pas de temps mort, il ne fait pas dans la dentelle. Il apporte cependant des éclaircissements sur les rapports antérieurs entre Wayne et Harvey.

 

 

 

 

© Scott, Romita & Declan - Urban Comics - DC Comics

 

Le graphisme est clair et très lisible tout comme le découpage et la mise en scène. Les scènes d'actions sont un délice visuel. Scott Snyder à donné à son scénario un subtil mélange de cascades et baston, de gadgets nombreux et de flashback. La recette fonctionne très bien et l'humour n'est pas en reste.
Un premier tome très prometteur pour une série qui devrait en toute logique avoir un bel avenir devant elle.

Damien Caste



Titre : All Star Batman

Tome : 1

Collection : DC Rebirth

Scénario : Scott Snyder

Dessin : Romita Jr John & Shalvey Declan

Genre : Aventure

Éditeur : Urban Comics

Nbre de pages : 200

Prix : 17,50 €

ISBN : 9791026811831



Publié le 19/10/2017.


Source : Bd-best


Le (plus long) chemin de l’école en mode Vertical Limit sur l’Himalaya

Dans nos habitudes, on oublierait assez facilement que l’école est un luxe pour nos enfants. Encore plus quand elle est à proximité, à 15 minutes à pied ou 30 en bus. Et même si c’est un peu plus, on n’est pas (si) pressé, si ? Je me souviens des récits de mes grands-parents qui, en Belgique, devaient se lever dès potron-minet, avant même le jour, pour être sûr d’atteindre leur classe dans les temps. On était admiratif. Ils sont toujours un peu nos héros, quelque part. Mais quand on pense à ce qu’il se passe les jours précédant la rentrée en plein Himalaya, on est obligés de rester bouche bée.

 

 

 

 

 

 

 

© Javoy/Garreta/Chrétien chez Dargaud

 

Résumé de l’éditeur : C’est la rentrée des classes, 8 enfants quittent leur village pour rentrer au collège. Mais leur école est à Katmandou et pour s’y rendre, ils doivent marcher pendant 6 jours au coeur de l’Himalaya, dormir en pleine nature, et vivre des aventures incroyables.

 

 

 

 

© Javoy/Garreta/Chrétien chez Dargaud

 

L’histoire commence avec un travail de longue haleine sur un film documentaire qui fait un incroyable succès allant même jusqu’à récolter un César. Le film, qui suit le périple de quatre enfants jusqu’à leur école parfois de fortune, ne s’arrête pas là : la coscénariste Marie-Claire Javoy prolonge l’aventure et la complète avec quatre autres destins d’écoliers dans un livre. D’autres histoires, d’autres rencontres sont venues s’y greffer dans une série sur France 5.

Les chemins de l’école peuvent se révéler riches. C’est ainsi qu’une quatrième oeuvre emboîte le poids aux trois premières, avec sa propre grammaire, son propre pouvoir à parler du réel : une bande dessinée enneigée dans les neiges éternelles du terrible Himalaya.

 

 

 

 

© Javoy/Garreta/Chrétien chez Dargaud

 

Ainsi Renaud Garreta (habitué, entre autres, à la mer et aux moteurs et à la grande Histoire) et Marie-Claire Javoy nous ont-ils concocté un docu-fiction impressionnant dans lequel l’humain, et encore plus l’écolier, se perd comme un petit flocon dans un matelas de glace. La montagne, là-bas, dieu qu’elle est peut-être belle, mais qu’elle est dangereuse. Pourtant Sherab, Sonam, Urgen, Dawa et Passang accompagnés par Pemma, l’adulte qui donnera du sens et de l’expérience à ce qui nous parait déraisonnable et fou vu d’ici, doivent bien se résoudre à la traversée de Ting Kyu à Katmandou s’ils veulent s’enrichir de savoir. La chance que leurs parents n’ont souvent pas eue.

 

 

 

 

© Javoy/Garreta/Chrétien chez Dargaud

 

De l’école et de Katmandou, nous ne verrons rien ou si peu. Non, l’objet de cette histoire un rien fictionnalisée mais plongée sur les pentes vertigineuses du réel, c’est le périple et rien que lui. Celui qui vous fait traverser un désert mortifère et pourtant si magnifique où pas une âme ne vit à des kilomètres à la ronde si ce n’est peut-être une de ces vénérables et monstrueuses panthères des neiges.

 

 

 

 

© Javoy/Garreta/Chrétien chez Dargaud

 

La menace est bien là qu’elle vienne d’en haut, de flanc ou d’en bas. Il faut regarder où l’on met les pieds, ne jamais être trop loin d’un abri en cas de tempête et toujours éviter de prendre froid. Ça pourrait paraître anodin pour des alpinistes et randonneurs expérimentés (Renaud Garreta doit en faire partie tant il maîtrise les éléments), mais qu’en est-il pour des gosses qui sont encore au temps de l’innocence et des jeux.

 

 

 

 

© Javoy/Garreta/Chrétien chez Dargaud

 

L’histoire raconté par notre tandem (que dis-je le trio, puisque Léa Chrétien vient soutenir les dessins par ses couleurs d’importance) est dingue, les paysages à couper le souffle et puisqu’un tel voyage resserre les liens, on en apprend beaucoup en regardant et en écoutant (oui, oui, même si c’est une BD) parler les enfants. Pour le coup, c’est nous qui sommes à l’école, bien au chaud face à ces épatants petits héros de l’autre bout de la Terre.

 

Alexis Seny

 

Titre : Le plus long chemin de l’école

D’après Les chemins de l’école

Scénario : Marie-Claire Javoy

Dessin : Renaud Garreta

Couleurs : Léa Chrétien

Genre : Documentaire, Aventure

Éditeur : Dargaud

Nbre de pages : 60

Prix : 12,99€



Publié le 18/10/2017.


Source : Bd-best


Entre sang neuf et héritage, les monstres d’aujourd’hui n’ont rien à envier à ceux d’hier #8 : des mines graves et des mondes qui changent

Plus d’un mois avant la date fatidique et mortelle, les magasins s’habillent déjà de leurs plus frissonnants atours et mettent en vitrine des costumes plus halloweenesque les uns que les autres. Les monstres sont de retour. Et même si leur âge d’or est passé depuis longtemps, ces créatures, nouvelles ou archaïques, n’ont pas dit leur dernier mot. Alors que Universal se prépare à réveiller un peu plus les monstres les plus incontournables du cinéma avec son Dark Universe, la bande dessinée n’est pas en reste. Petit tour d’horizon des parutions récentes, histoire que vous soyez fin prêts pour le 31 octobre. Pour l’épisode 7, faisons coup double en plongeant dans les entrailles de la terre. Qui sait dans quel état nous en ressortiront.

 

Résumé de l’éditeur : Le monde de la mine se divise en deux catégories : ceux qui sont avec le Patron, et ceux qui creusent. Lucien creuse… Jusqu’au jour où les entrailles de la terre lui révèlent un monde peuplé de créatures aux proportions effrayantes.

 

 

 

 

© Romain Baudy chez Casterman

 

 

 

 

 

 

 

 

© Romain Baudy chez Casterman

 

Radicalement différents puisqu’ils mesurent la force de leur propos en piochant dans des genres totalement divergents, cet album bien plus dans l’air du temps qu’il n’y parait à déjà le mérite de prouver qu’on peut dépoussiérer (et dieu sait que dans les tunnels des terrils exploités tant en documentaires qu’en fiction depuis des lustres et des acres) sérieusement une thématique qu’on pensait usée jusqu’à la corde. Autre point commun, cette manière de faire d’un récit un acte politique.

 

 

 

 

© Romain Baudy

 

Dans son « grandeur nature » Souterrains, Romain Baudy puise dans les références, quelque part entre le Géant de Fer et les Ewoks pour consolider son incursion très dangereuse vers le centre de la terre. Tout au long de ces 144 pages, on frôlera l’héroïc fantasy… mais après que les humains aient réglé leurs comptes. Car quand arrivent les machines plus sophistiquées, les robots plus volontaires et courageux, les mineurs sentent bien que le vent, le grisou, est en train de tourner.

 

 

 

© Romain Baudy

 

Et sans besoin de régner pour mieux diviser, voilà que le groupe solidaire se disloque. Entre ceux qui croient à l’avenir aussi automatisé soit-il et ceux qui préfèrent rester dans le passé, à la sueur et dans le fracas musculaire, pour ne pas perdre leur place et leurs revenus. Mais à quoi bon, de toute façon, comme on dit chez moi, « c’ est todi les ptits k’ on spotche » (c’est toujours les petits qu’on écrase), à moins qu’une poignée de révolutionnaire en pétard viennent contrebalancer l’adage ? Tandis que sous terre, par le jeu d’un miroir pertinent, la loi du plus fort n’a pas forcément gagné, mais n’en disons pas plus.

 

 

 

 

© Romain Baudy

 

Souterrains, c’est une oeuvre entièrement dévolue à porter son auteur à la lumière. Romain Baudy domine incontestablement son sujet qui a tout l’air d’un Goliath face au petit David qu’il est. Il y a un peu de steampunk, de l’idée et de la suite dans les idées, de chapitre en chapitre, pour arriver à cette oeuvre impressionnante qui se tisse entre des personnages bien réels, un élan fantastique et la dure réalité. Souterrains fait partie de ses fresques qui se laissent lire d’une traite (la dernière fois qu’on a eu cette impression, c’était face au Siegfried d’Alex Alice, et il y a un peu de cette maîtrise ici, excusez du peu). Les entrailles du Monde grognent et nous, on souffle (plus le chaud que le froid) devant le talent de Romain qui prouve, sans marteau-piqueur, tout son pouvoir de persuasion et de conteur.

 

Alexis Seny

 

Titre : Souterrains

Récit complet

Scénario, dessin et couleurs : Romain Baudy

Genre : Drame, Fantastique, Aventure

Éditeur : Casterman

Nbre de pages : 144

Prix : 20€



Publié le 17/10/2017.


Source : Bd-best


Rabaté-Kokor, à l’abri des bruits du monde, invite l’essentiel à rentrer dans la ronde

Quand on aime la BD, on sait aussi que certains ne l’aiment pas. Sans doute, est-ce moins le cas qu’il y a quelques décennies quand la BD était destinée « aux enfants » ? Et pourtant, je suis sûr qu’il y en a qui considèrent que si on ne mélange pas les torchons et les serviettes, la littérature ne peut frayer avec la bande dessinée. Pour ceux-là, voilà un uppercut de première signé Rabaté et Kokor bien en phase pour mettre tout le monde d’accord.


Résumé de l’éditeur : « Alexandrin de Vanneville, poète des campagnes et des villes, arpentant les chemins et les villes, de terre ou de bitume, par vent et par la pluie, sans me taire et sans amertume, je survis en proposant ma poésie ». Poète ambulant, Alexandrin survit en faisant commerce des vers qu’il compose ; un aristo sans le sou, mais à la noblesse d’esprit et celle du coeur qui décide d’initier un adolescent en fugue aux arts de la poésie et de la débrouille.

 

 

 

 

 

 

© Rabaté/Kokor chez Futuropolis

 

Une rue normale au petit jour, un homme banal fait son grand tour, à l’ombre des grandes tours, le décor semble muet et sourd. Bon, d’accord, je n’ai pas le talent de Pascal Rabaté et Alain Kokor pour camper une ambiance paisible (deux planches sans un mot, mais ça va venir et vous n’allez pas être déçus) et aussitôt l’ébranler. DING DONG. « Bonjour, mon brave Monsieur, j’espère ne point vous déranger sous ces cieux. Je me présente, Alexandrin de Vanneville, pète des campagnes et des villes arpentant les chemins de terre et de bitume, par le vent et par la pluie, sans me taire et sans amertume, je survis en proposant ma poésie. » L’acteur (on aurait bien vu le délicieux Jean Rochefort dans ce rôle) s’élance et la tirade en dit long sur la saveur poétique qui va donner le la à ces 94 planches savoureuses.

 

 

 

 

© Rabaté/Kokor chez Futuropolis

 

C’est déjà l’automne dans cet album sorti le 25 août, les couleurs tire sur l’orange et les feuilles volent entraînant les mots avec eux, légèrement mais pas innocemment. Alexandrin, c’est le digne représentant de la tradition orale, celle qui bien avant l’écriture (et ne parlons pas des mails et autres viber) a permis de faire survivre de grandes épopées avec les âges. Alexandrin porte bien son nom, ne fait pas de fautes dans sa prose et croit sérieusement, qu’en échange de quelques petits sous, il pourra réchauffer les coeurs les plus hostiles.

 

 

 

 

© Rabaté/Kokor chez Futuropolis

 

Rien ne vaut une voix chaude et humaine quand on est bercé par la voix du GPS ou de Siri dans votre smartphone, n’est-ce pas ? Bon, à voir le fusil qu’on vient de dégainer sous le nez de notre semeur de rimes, tout le monde n’est pas tout à fait rangé du côté de la beauté des mots. Tant pis, Alexandrin continue sa route et vient de se trouver un allié, Kévin, pas plus haut que trois pommes mais mu par un grand besoin de liberté. Après tout, on a toujours besoin d’un plus petit que soi. Et Kévin est plutôt direct : « Tu serais pas un pédophile par hasard? » Bien sûr que non. La glace est brisée, la chaleur humaine de s’insinuer, du sage qui n’a l’air de rien à l’héritier qui n’est pas si vaurien.

 

 

 

 

© Rabaté/Kokor chez Futuropolis

 

À l’instar de ces deux inconnus jusque-là, dans l’équilibre des mots de Rabaté et des merveilleux dessins de Kokor, ce sont deux poésies qui s’allient, se renforcent et s’envolent. C‘est riche et certainement pas anodin. Pas à l’heure où l’on veut faire disparaître les plus démunis de nos beaux centres de ville. Pas à l’heure où les fautes d’orthographe s’alignent sur les réseaux et où la langue française est malmenée. Pas à l’heure où le métro-boulot-dodo tente (en vain!) de briser la créativité et d’empêcher les hommes d’être eux-mêmes en toute originalité. Pas anodin mais tellement universel, simple. Alexandrin ou l’art de faire des vers à pied, c’est le tourbillon de la vie sur lequel on met des mots, des dodus, des maigrelets, des grands, des petits, des graves et des insouciants. Des mots par-dessus tout, comme un cadeau, un partage, une preuve inébranlable que si chaque langue a sa vision du monde, celle des coeurs de Rabaté et Kokor(qui ont eu du pain sur la planche sur cet album, exigeant, mais ont la délicatesse de ne pas le faire savoir) mérite l’universalité. Le parti des poètes n’est résolument pas celui de la défaite et ses plus dignes représentants, sans avoir rien, sont peut-être les plus riches.

 

 

 

 

© Rabaté/Kokor chez Futuropolis

 

Voilà comment dans un rêve à perte de vue, sans savoir quand, je me suis retrouvé dans la rue, à faire ding dong aux portes hostiles, pour partager quelques rimes qui s’enfilent, maladroitement, infiniment.

 

Alexis Seny

 

Titre : Alexandrin ou l’art de faire des rimes à pied

Récit complet

Scénario : Pascal Rabaté

Dessin et couleurs : Alain Kokor

Genre : Poésie, Fable moderne

Éditeur : Futuropolis

Nbre de pages : 96

Prix : 22€



Publié le 17/10/2017.


Source : Bd-best


La BD ouvre la porte d’autres mondes : de la préhistoire à Lovecraft en passant par une nuit de Grande Ourse et beaucoup de kawaii #2

I hate Fairyland : cons de contes…

Résumé de l’éditeur : Trente longues années de captivité et de bain de sang durant lesquelles sa seule motivation a été de rentrer chez elle. Bienvenue au royaume de la reine Claudia, des hommes-champignon, des faunes zombies et des haches géantes. Bienvenue à Fairyland.

Les lapins kawaii de FRNCK vous ont mis en appétit ? Vous n’avez pas peur de l’overdose de « glauquebi »-boulga ? Si un niveau de Candy Crush vous donne du fil à retordre depuis des mois, que vous avez envie de casser du Télétubbies et de sortir le bâton du cul de Jiminy Cricket décidément bien trop gentil, on a ce qu’il vous faut ! I hate Fairyland est une série déjà bien implantée au pays de l’Oncle Sam et des comics et voilà que le deuxième volume des aventures de Gertrude la terrible gentille petite fille débarque chez nous. Une chose est sûre, l’histoire que déroule Skottie Young n’est pas piquée des vers !

 

 

 

 

© Young/Beaulieu chez Image Comics

 

Cela dit, après un premier tome dans lequel on ne savait où donner de la tête, Skottie Young fait comme les auteurs de FRNCK et freine un peu (mais pas trop) la cadence pour mieux explorer ce monde laissé en cendre et en sang par sa nouvelle reine. De longues années de despotisme y auraient-elles contribué ? Pas du tout, il n’a fallu que vingt pages à Gertrude pour faire de ce havre de paix, un calvaire, un coupe-gorges (aussi jolies soient-elles).

 

 

 

 

© Young/Beaulieu chez Image Comics

 

Voilà que le monde sans ombre au tableau devient sans vergogne. Et au milieu de tout ça, Gertrude cherche toujours la porte de sortie. Et peut-être (on dit bien peut-être) que Duncan, le gentil enfant-dragon, arrivé à Fairyland par la force de la… ch(i)asse, sera d’une grande aide dans cette quête. Encore plus dans l’arène constituée pour gagner sa liberté par le vieux Nick Neuf (pour le coup, Skottie crée la surprise et invite, en 3D, Jeffrey « Chamba » Cruz).

 

 

 

 

© Young/Chamba chez Image Comics

 

Vous l’aurez compris, Skottie ne s’interdit  et encore moins le pire, le cynisme, la noirceur des contes de fée puis défaits. Un régal jusqu’à l’overdose rose bonbon.

 

Alexis Seny

 

Série : I hate Fairyland

Tome : 2 – Sur le trône

Scénario et dessin : Skottie Young (Facebook)

Dessin additionnel : Jeffrey « Chamba » Cruz

Couleurs : Jean-François Beaulieu

Traducteur : Julien Di Giacomo

Genre : Fantastique, Aventure, Humour, Trash

Éditeur : Urban Comics

Collection : Urban Indies

Éditeur VO : Image Comics

Nbre de pages : 152

Prix : 15 €



Publié le 13/10/2017.


Source : Bd-best


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