?>

En images et en bulles
Flux RSSFlux RSS

1·2·3·4·5·6·7·8·9·10·11·12·13·14·15·16·17·18·19·20


Tango : Matz et Xavier passent à l’action dans ce petit coin de désert bolivien, entre lézards et lamas, était décidément trop tranquille

Tango, ce n’est pas une bière (belge, s’il vous plait) avec de la grenadine, encore moins du petit lait. Non, c’est du sérieux dans un cadre de rêve pour célébrer la rencontre entre Matz et le tandem Philippe Xavier/Jean-Jacques Chagnaud. Car même si vous fuyez les ennuis à l’autre bout du monde, dans un océan de pierre où ne vivent que quelques âmes, il y a de grandes chances qu’ils vous rattrapent et que les choses vous échappent. En un claquement de doigt et le fracas des détonations.

 

 

 

 

 

 

 

© Matz/Xavier/Chagnaud chez Le Lombard

 

Résumé de l’éditeur : Après avoir volé des millions à un cartel de la drogue, John Tango s’est installé dans un village perdu de Bolivie, pensant avoir trouvé le coin idéal pour prendre sa retraite. Mais le hasard fait bien mal les choses, son nouveau voisin et son fils semblent fuir eux aussi un passé compliqué. Quand ces derniers sont attaqués par trois hommes armés, Tango prend leur défense et tue les assaillants. Il l’ignore encore mais il vient d’attirer l’attention de deux puissants groupes armés. Le coin le plus tranquille de la Cordillère des Andes ne va pas le rester longtemps.

 

 

 

 

© Matz/Xavier/Chagnaud chez Le Lombard

 

 

 

 

© Philippe Xavier

 

Seul au monde ou presque. Tango, cet étranger dans cette Bolivie ensablée, n’a jamais eu peur de la solitude. On ne vogue pas sur les flots loin des terres, sinon… Troquant son eau contre le sable à perte de vue, Tango a gagné sa retraite, profitant de l’occasion pour s’éloigner du bruit du monde, pas forcément recommandable, pour commencer une seconde vie sereine et souriante, sincère et bénéfique face aux lamas, aux lézards et aux quelques vivants de ce village aéré (ça tranche avec ses buildings l’un sur l’autre) près de Potosi, la montagne d’argent.

 

 

 

 

© Matz/Xavier/Chagnaud chez Le Lombard

 

Tango se rachète une vie (il a de quoi voir venir après avoir filé entre les pattes de ses patrons) près de la belle et incendiaire Agustina mais aussi de Diego et son père, Anselmo. Ici, le coeur n’est pas aussi sec que son environnement. Ces existences au milieu de nulle part semblent être insoupçonnables et pourtant, sans doute ce trou perdu de toute beauté était-il trop petit et trop gros que pour accueillir deux hommes au passé trouble. Et forcément, ça va dégénérer.

 

 

 

 

© Matz/Xavier chez Le Lombard

 

Après l’Hyver et les croisades, le dépaysement est total dans ce rêve aride à perte de vue. Parce que mine de rien, c’est facile d’implanter une histoire à des lieues d’ici mais si on n’y croit pas. Ici, tous les éléments sont réunis pour croire et accéder à la réalité de ce western contemporain dans lequel les opposés s’attirent et où il n’est pas inscrit dans le marbre que les ennemis le seront à jamais.

 

 

 

 

© Matz/Xavier/Chagnaud chez Le Lombard

 

Et c’est quand le jeu de dupes tombe, que les protagonistes se retrouvent face à face et face à eux-mêmes, que la vraie partie commence. Éblouissante dans des paysages indomptables qu’aucun coup de fusil ne parviendra à ébranler. Les hommes peuvent s’entretuer, la montagne ne cillera pas. Mais le lecteur, lui, attendra avec impatience la suite.

 

Série : Tango 

Tome : 1 – Un océan de pierre

Scénario : Matz

Dessin : Philippe Xavier

Couleurs : Jean-Jacques Chagnaud

Genre : Aventure, Thriller

Éditeur : Le Lombard

Nbre de pages : 64 (+ 6 pages de carnet de voyage)

Prix : 14,45€



Publié le 17/11/2017.


Source : Alexis Seny


À l’heure où les super-héros américains prennent le gros coup, les z’héros de Justices prennent le gros nez dans un esprit bon enfant, pas à l’abri des tempêtes de… neige en plein été

Les super-héros américains tentent d’envahir nos vies et nos écrans. Plus raisonnables, les super-héros franco-belges ont pourtant du vent dans les plumes et un beau coup à jouer. Et s’il y en a eu de tout temps, plus ou moins bien mis en valeur, ces dernières années ont vu une jolie galerie se créer loin des modèles des Marvel et DC Comics, et c’est ce qui les rend intéressants. Comme le grand Fox-Boy, C.R.A.S.H. mais aussi Justices qui, au roman comme à l’image, développe un bel univers. Sous les tropiques mais aussi dans un froid polaire qui ne peut être que suspect.

 

 

 

 

 

 

 

© De Vriendt/Gihef/Daviet chez Kennes

 

Résumé de l’éditeur : Pour d’obscures raisons, les deux ligues de justiciers sont accusées et mises en prison sans le moindre procès. Comment prouver son innocence alors qu’on est enfermé dans le plus horrible pénitencier de tous les temps ? Heureusement, Camille ne perd pas espoir. Bravant le froid et les forces de l’ordre, il tente de libérer ses amis et de déjouer le terrible complot dont ils sont victimes. Accompagné de l’ourson P-L, son éternel compagnon, Camille affronte tous les dangers. Mais les deux amis ne sont pas au bout de leurs peines : à Nova City, on ne sait jamais à qui on peut faire confiance…

 

 

 

 

© De Vriendt/Gihef

 

À Nova City comme dans nos contrées, le temps se refroidit. Étrange, il y a quelques heures il faisait pourtant si chaud, sans un nuage à l’horizon. L’hiver en plein été. Bizarre, vous avez dit bizarre ? Pas faux, il y a quelque chose qui cloche et Justice pour tous comme Justice d’élite semblent bien ne pas être étrangers à cette affaire météorologique, envers et contre les apparences. Car un super-vilain excentrique en veut à tous les super-héros de Nova City, les attaquant de manière détournée. En insinuant l’idée que les justiciers créent les situations délicates et nécessitant leur intervention pour en faire un business juteux. Nous aurait-on donc menti ? Le doute  fait son chemin et dans ce deuxième tome de la série adaptée des romans de Renaud De Vriendt, c’est un peu Civil War, toutes proportions gardées et nos super-héros sont traqués pour être emprisonnés.

 

 

 

 

© De Vriendt/Gihef/Daviet chez Kennes

 

Rien de neuf sous le soleil si ce n’est cette insouciance et cette non-prétention qui réussissent bien à cette série avant tout pour les enfants et les ados. Pas si loin de Cosmic Patrouille de Mauricet et avec un côté Bob et Bobette qui lui va bien, Justices tient la route avec ses personnages adorables et son sens de l’aventure et du divertissement. Gihef est comme un poisson dans l’eau pour animer ces super-héros un brin médiocres et d’autant plus sympathiques. Sans melon ni grosse tête mais avec de gros nez et des références (un super-méchant entre Sean Connery et le Jordan Collier des 4400, un autre qui ressemble à Gru), ces super-héros-là et leurs super-pouvoirs pas forcément enviables sont bien dans leurs pompes, s’assument et ça fait plaisir à voir.

 

 

Série : Justices

Tome : 2 – Zéro absolu

D’après la série de romans de Renaud De Vriendt

Scénario et dessin : Gihef

Couleurs : Véra Daviet

Genre : Fantastique, Super-héros, Humour

Éditeur : Kennes

Nbre de pages : 48

Prix : 10,95€



Publié le 15/11/2017.


Source : Alexis Seny


Justice League Anthologie, Les justiciers de A à Z chez Urban Comics

La sortie du film ce 15 novembre 2017 donne l'occasion aux éditeurs de sortir ou ré-éditer quelques comics et autres produits dérivés. C'est de bonne guerre. Cependant, dans le cas qui nous intéresse, Urban Comics vient d'éditer un bien intéressant recueil.

En effet si vous cherchiez une anthologie digne de ce nom pour vous retrouver dans le labyrinthe des productions de La Ligue des justiciers, cet imposant pavé est fait pour vous. Sur 400 pages, l'éditeur vous propose de rentrer dans les détails et fait le pari de vous donner l'occasion d'y voir plus clair.

Ils sont les plus grands super-héros de la Terre, rassemblés en une équipe surpuissante afin de repousser toutes les menaces qu'ils ne peuvent combattre seuls.

 

 

 

 

 

 

 

À partir de 1960, la Ligue de Justice a évolué depuis ses débuts où elle réunissait sept membres fondateurs : elle a ensuite évolué, est devenue internationale et s'est dissoute et reformée plusieurs fois. Pierre angulaire de l'Univers DC, sa série a été supervisée par les auteurs les plus célèbres. Cette anthologie propose onze récits complets évoquant les différentes versions et époques de la Ligue de Justice, réalisées par une multitude d'artistes légendaires.

 

 

 

 

Pléthore d'auteurs constituent le contenu de ce bel ouvrage et relate les changements successifs au sein de la Ligue. Divisée en quatre partie avec "Fondations", "Incarnations", "Mutations" et "Révolutions" et fortement documenté, ces chapitres vous permettrons de bien appréhender l'univers de cette franchise. Un bon compromis qui nous permet de bien saisir les évolution de la Ligue et de s'attarder sur le noyau dur Superman-Wonder Woman-Batman.

 

 

 

 

Le Contenu vo : _ « Starro, the Conqueror » (THE BRAVE AND THE BOLD #28, 1960) par Gardner FOX et Mike SEKOWSKY : La première apparition de la Ligue de Justice. _ « And So, My World Ends » (JUSTICE LEAGUE OF AMERICA #71, 1969) par Dennis O'NEIL et Dick DILLIN : J'onn J'onzz demande l'aide de la Ligue pour sauver sa planète natale, Mars. _ « A League Divided » (JUSTICE LEAGUE OF AMERICA #200, 1982) par Gerry CONWAY et George PÉREZ, Pat BRODERICK, Jim APARO, Dick GIORDANO, Gil KANE, Carmine INFANTINO, Brian BOLLAND et Joe KUBERT : Les recrues de la Ligue affrontent les membres fondateurs, manipulés par les créatures d'Apellax. _ « The End of the Justice League » (JUSTICE LEAGUE OF AMERICA ANNUAL #2, 1984) par Gerry CONWAY et Chuck PATTON : Dissoute par Aquaman, la Ligue se reforme à Detroit et accepte de nouveaux membres. _ « Apokolips No ! » (DC RETROACTIVE: JUSTICE LEAGUE AMERICA – THE 1990s #1, 2011) par Keith GIFFEN, J.M. DeMATTEIS et Kevin MAGUIRE : La Ligue de Justice Internationale tente de sauver New York d'un de leurs ennemis modifié par une arme d'Apokolips. _ «Born Once Again » & « Pawns » (JUSTICE LEAGUE AMERICA #61-62, 1992) par Dan JURGENS, Rick BURCHETT et Jackson GUICE : Superman dirige une nouvelle Ligue de Justice qui fait face au Maître d'Armes. _ « The Bigger They Come... » (JLA #27, 1999) par Mark MILLAR et Mark PAJARILLO : La Ligue de Justice est en pleine période de recrutement quand elle est attaquée par Amazo, l'androïde surpuissant. _ « Two-Minute Warning » (JLA #61, 2002) par Joe KELLY et Doug MAHNKE : Après la disparition d'Aquaman, des créatures mythologiques apparaissent au large de l'Océan Atlantique. _ « Yesterday, Today, Tomorrow » (JUSTICE LEAGUE OF AMERICA V2 #0, 2006) par Brad MELTZER, Eric WIGHT, Ed BENES et Dick GIORDANO, Tony HARRIS, George PÉREZ, J.H. WILLIAMS III, Luke McDONNELL, Gene HA, Rags MORALES, Ethan VAN SCIVER, Kevin MAGUIRE, Adam KUBERT, Dan JURGENS, Jim LEE, Howard PORTER, Andy KUBERT et Phil JIMENEZ : l'histoire de la Ligue vue à travers les yeux de Batman, Superman et Wonder Woman. _ « First Impressions » (JUSTICE LEAGUE #51, 2016) par Dan ABNETT et Paul PELLETIER : Peu après les débuts de la Ligue de la Renaissance et son combat contre Darkseid, Batman présente à l'équipe son partenaire, Robin. _ « Legacy » (TITANS ANNUAL #1, 2017) par Dan ABNETT et Minkyu JUNG : Les héros de la Ligue de Justice et leurs anciens partenaires, les Titans, se retrouvent prisonniers d'un de leurs plus grands ennemis, l'occasion de se pencher sur leurs relations.

Comme vous le voyez, c'est aussi l'occasion de découvrir scénaristes et dessinateurs et de pourquoi pas, compléter votre collection grâce à cette mine de renseignements.


Remerciements particuliers à Yann Graf qui tout au long de cet impressionnant bouquin nous éclaires sur la sélection d'épisode au moyen d'une brillante documentation. Un must have du moment pour tout amateurs des Justiciers.

 

Titre : Justice League Anthologie

Éditeur : Urban Comics

Scénariste : Jurgens Dan, Fox Gardner, Abnett Dan, Johns Geoff, Collectif -

Dessinateur : Jurgens Dan, Pérez George, Collectif

Collection : DC Anthologie
    
Pagination : 400 pages

EAN : 9791026811848

Prix : Prix : 25 €



Publié le 15/11/2017.


Source : Damien Caste


Les vieux fourneaux reviennent, francs à la relance (économique) et prouvant qu’il n’y a pas d’âge pour jouer les apprentis sorciers

Alors qu’ils sont déjà promis à une belle destinée cinématographique sous les traits d’Eddy Mitchell, Pierre Richard et Roland Giraud, il serait trop facile pour Les vieux fourneaux de se reposer sur leurs lauriers et de lâcher leur si cher Neuvième Art. Non contents d’être un véritable phénomène d’édition (de société aussi, cela dit tant ils sont emblématiques d’une vitalité qui repousse les limites de la vieillesse), les voilà plus jeunes que certains jeunes pour expérimenter encore et toujours ce que leur réserve cette vie qui leur donne un sursis qui, on l’espère, sera le plus éternel possible. Mais trêve de plaisanterie, à bond de sauterelle, nos trois larrons (enfin deux, le dernier est en voyage) ont du pain sur la planche dans ce quatrième tome.


Résumé de l’éditeur : Après une tournée d’été du théâtre du « Loup en slip », Sophie et Antoine rentrent au bercail… pour découvrir leur charmant village en pleine effervescence ! Le projet d’extension de l’entreprise Garan-Servier, qui relancerait l’économie de la région, est menacé… par une mystérieuse « magicienne dentelée » occupant le terrain. Branle-bas de combat pour les zadistes ! Cela dit, c’est un coup de bol pour les vieux fourneaux, qui peuvent enfin partir à la recherche de leur trésor oublié… Quant à Sophie, elle apprend une délicate vérité au sujet de son père…Confidence pour confidence, révélera-t-elle enfin l’identité du père de sa fille, Juliette ?

 

 

 

 

© Lupano/Cauuet/Gom chez Dargaud

 

Mine de rien, ça lui a fait du bien à notre Antoine de suivre sa fille dans sa tournée d’été : campagne, quiétude, liesse populaire et soleil au menu, sans compter l’adorable petite Juliette qui a bien grandi. Pourtant la tournée du Loup en slip se termine (et il aurait dû prendre une doudoune, car il se les gèle dans le deuxième tome de ces aventures) et les ennuis recommencent. Alors qu’Antoine se réjouissait de voir Garan-Servier enfin s’étendre (et il est bien l’un des seuls à s’être prononcé aussi fièrement), toute une série de déconvenues pointe à l’horizon.

 

 

 

 

© Lupano/Cauuet/Gom chez Dargaud

 

À commencer par la magicienne dentelée, sauterelle incapable de bondir mais néanmoins protégée. Pas une des sept plaies d’Égypte qui anéantirait les prés et champs souriants de ce coin de Tarn-et-Garonne mais assez que pour mettre des bâtons dans les roues de Garan-Servier. Et s’il n’y avait que ça ! Non résolument, les vacances sont passées, les tracas sont de retour.

 

 

 

 

© Lupano/Cauuet/Gom chez Dargaud

 

Plus que l’Astérix en roue livre proposé par Ferry et Conrad sans doute, la fresque du banal trépidant offerte par Wilfrid Lupano, Cauuet et Gom est clairement, pour moi, l’événement éditorial de cette rentrée 2017. C’est tellement, infiniment bien fagoté, cet âge de déraison en roue libre (et à contre-clichés, hollywoodiens notamment) pour donner lieu à des péripéties toujours hautes en couleur mais trempée dans le réel (Gom est fortiche), profondément. Parce que plus que jamaisLupano et Cauuet font la paire et l’accord parfait pour dépeindre avec sérieux un récit rocambolesque mais pas totalement invraisemblable.

 

 

 

 

© Lupano/Cauuet/Gom chez Dargaud

 

Parce que dans ce monde fictif au bord duquel les auteurs se sont installés tels un Francis Cabrel, notre monde à nous se révèle à chaque planche. Dans la fin de l’innocence et le mal que voit cette mère partout une fois confrontée à un petit théâtre éveilleur de conscience avec son loup en slip et pourtant inoffensif. Dans cette peut d’avancer. Dans les jours sans lendemain, une fois que les sociétés veulent prendre leurs cliques et leurs claques. Dans les secrets de famille complexes et enfermés dans le silence. Dans ce désert médical qui s’étend dans la ruralité (Jean-Jacques est à a retraite, place à Madame Gheorgiu). Dans une quête du… wi-fi et de la connexion permanente aussi (avec un second-rôle formidable). Et dans bien d’autres choses encore.

 

 

 

 

© Lupano/Cauuet/Gom chez Dargaud

 

Lupano (qui nous a offert une superbe relecture de Valérian) et Cauuet ne lésinent pas sur les couches qu’ils mettent et remettent mais la mécanique est si bien huilée et aérée qu’elle entraîne tout sur son passage, dans une chasse au trésor menée plus à l’instinct que dans la préparation en bonne et due forme. Tout est laissé à l’euphorie et aux éclats de rire, dans les seconds-rôles éclatants (Le Zébu !). Quel plaisir, à l’heure où certains de nos aînés ont oublié de vivre, ce retour de la vitalité aux cheveux blancs mais au moral intact orchestré par ces auteurs est imparable.

 

Série : Les vieux fourneaux

Tome : 4 – La Magicienne

Scénario : Wilfrid Lupano

Dessin : Paul Cauuet

Couleurs : Gom

Genre : Chronique sociale, Aventure, Humour

Éditeur : Dargaud

Nbre de pages : 56

Prix : 11,99€



Publié le 13/11/2017.


Source : Alexis Seny


Maxime Valmont : Seiter et Manunta mettent l’aventure dans son plus simple appareil sans s’arrêter au cul et en y mettant du QI

Il a la fougue d’Indiana Jones et le sex-appeal de James Bond, pourtant Maxime Valmont n’est ni l’un ni l’autre. Préférant le luxe de son hôtel particulier du Quai d’Anjou et les pointes qu’il pousse jusqu’à la salle de ventes aux enchères (c’est mieux qu’Ebay mais bon), il y avait peu de chance que le jeune homme tombe sur l’aventure au coin de la rue. C’était sans compter ses deux fieffés papas, épris de grandes péripéties, Roger Seiter et Giuseppe Manunta qui signent une première collaboration « originale » après avoir emmené Sherlock Holmes en terres alsaciennes.


Résumé de l’éditeur : 17 juillet 1918, villa Ipatiev. Un détachement de l’Armée Rouge exécute Nicolas II et sa famille. Quant à la montre du tsar, un modèle unique, elle disparaît dans la tourmente. Paris, janvier 1927. Rien ne saurait tirer le jeune et brillant Maxime Valmont de sa confortable routine de dandy. Rien, sauf une chasse à la montre… surtout lorsque sa partenaire est une jolie comtesse russe ! Mais la magnifique pièce d’horlogerie est très convoitée. De la France à l’Egypte, le parcours qui mène jusqu’à elle est semé d’embûches…

 

 

 

 

© Roger Seiter/Giuseppe Manunta aux Éditions du Long Bec

 

Un objet pour catalyser le mystère et lancer des pistes pour guider une folle course, ce n’est pas la première fois (et certainement pas la dernière) que le procédé est utilisé comme trame scénaristique. Et si l’on vous dit, que les morts se succèdent sur la route de Paris à l’Égypte en passant par les steppes glacées, vous comprendrez que cette montre de Nicolas II fait bien des envieux malgré les sinistres et sanglantes circonstances dans lesquelles elle s’est évaporée dans la nature.

 

 

 

 

© Roger Seiter/Giuseppe Manunta aux Éditions du Long Bec

 

Indiana Jones, Alan Quatermain ou encore Benjamin Gates étaient au repos, c’est donc Maxime Valmont qui s’y colle, sans se dévêtir des références (mais bien d’autres choses) comme la couverture, qui fait déjà se soulever la poussière, le souligne d’emblée. Prêt à en découdre.

 

 

 

 

© Roger Seiter/Giuseppe Manunta aux Éditions du Long Bec

 

Ce n’est pas révolutionnaire (même si certains personnages voudraient bien la faire, la révolution, et que Roger Seiter se remémore un thème exploité au temps de Fog) mais ça a assez d’atouts que pour sortir du fan service dont certaines oeuvres se targuent sans supplément d’âme. Et si Manunta est doué pour déshabiller ses héros (toujours à leur avantage), force est de constater que les deux auteurs ont su rester soft pour faire passer le QI de leur récit avant le cul et ne pas faire de celui-ci un prétexte de lecture (malgré une scène devant laquelle, les amis, vous allez décrocher la mâchoire!). Il y a de l’amour du travail bien fait, au fil des planches.
Les lecteurs du quotidien Dernières Nouvelles d’Alsace ont eu le plaisir de découvrir Maxime Valmont en primeur… avec quelques modifications et un peu d’auto-censure de la part des auteurs.

 

 

 

 

© Seiter/Manunta aux Éditions du Long Bec

 

Pour le reste, ça flingue à bon escient, et dans ces cases de cartes postales vieillies mais authentiques, les deux acolytes associés contre le crime mais également pour l’Aventure font souffler un vent délicieux et dépaysant. Sans être un incontournable du genre, ce one-shot installe un héros qu’on se verrait bien fréquenter plus loin qu’un seul album.

 

 

Titre : Maxime Valmont

Scénario : Roger Seiter

Dessin et couleurs : Giuseppe Manunta

Genre : Aventure, Thriller

Éditeur : Éditions du Long Bec

Nbre de pages : 54 (+ 2 pages de croquis)

Prix : 15,50€

 



Publié le 10/11/2017.


Source : Alexis Seny


Sacha Guitry en BD et dans l’engrenage des amours éphémères et des envies de conquêtes toujours plus lancinantes

Toujours présent au moins une fois par semaine parmi les citations (il faut dire qu’il en a eu des bons mots, au fil de sa carrière) des Grosses Têtes, Sacha Guitry a marqué son époque et est toujours un monument impossible à déclasser des lettres et des arts de la scène en France. Alors que ses pièces continuent d’être reprises un peu partout, soixante ans après sa mort, le dramaturge aux origines russes fait son entrée dans un diptyque en BD de Noël Simsolo et Paolo Martinello. Malheureusement pas un nouveau testament.

 

 

 

 

 

 

 

© Simsolo/Martinello chez Glénat

 

Résumé de l’éditeur : Après son divorce, le comédien Lucien Guitry enlève Sacha, son fils de cinq ans et l’emmène plusieurs mois à Saint-Pétersbourg où il se produit devant la cour impériale. C’est ainsi que l’enfant Sacha Guitry débute sur scène devant le Tsar Nicolas. Ces premiers pas sur les planches lui donnent le goût du théâtre. Très jeune, et malgré une scolarité désastreuse, il écrit et interprète ses propres pièces à Paris et connait ainsi la gloire. Ami de Sarah Bernhard, Colette, Alphonse Allais, Jean Cocteau, Georges Feydeau, il connait un destin fabuleux qui l’amène à être le roi de Paris.

 

 

 

 

© Simsolo/Martinello chez Glénat

 

Roi de Paris, légende immortelle, les qualificatifs ne manquent pas pour qualifier cette personnalité hors-norme, ce surdoué du théâtre (et sous-doué à l’école) au destin remarquable. Mais peu de traits l’avaient incarné jusqu’ici. Alors, à l’heure où cinéma et littérature (en mots ou en dessins) aiment faire écho des récits de vies anonymes ou célèbres, Sacha Guitry avait toute sa place dans le vaste monde du Neuvième Art (plutôt deux fois qu’une puisque Delcourt vient de lui consacrer un roman graphique). C’est pourquoi, au-delà de l’icône et de l’esprit, Noël Simsolo (lui-même acteur, réalisateur, écrivain, historien du cinéma et auteur, en 1988, d’un essai sur Sacha Guitry) et Paolo Martinello s’intéressent en profondeur à celui qu’ils surnomment le bien-aimé mais dont ils se gardent bien d’enjoliver l’existence, prise dans l’engrenage des amours éphémères et des envies de conquêtes toujours plus lancinantes.

 

 

 

 

© Simsolo/Martinello chez Glénat

 

C’est vrai, la vie trépidante de Sacha Guitry n’a rien à envier aux feuilletons télévisés qui n’en finissent plus, il y a toujours à dire, il y a toujours un rebondissement. Et ses pairs ont tellement du mal à le suivre, dans ses grandes qualités mais aussi ses immenses défauts. Un homme avec ses failles, quoi, un joli coeur qui aimait trop les femmes mais auquel on pardonnait tous les excès une fois qu’il grattait le papier de cette plume formidable.

 

 

 

 

© Simsolo/Martinello chez Glénat

 

L’éclat de cet homme moderne, les deux auteurs peinent à rivaliser avec lui. L’histoire se suit mais là où l’Italien Paolo Martinello nous séduisait sur la couverture, il pioche un peu plus tard, sans parvenir à trouver la force de sortir de ce qui se contente d’être finalement une biographie convenue, sobre et un peu terne malgré quelques cases et des premières planches fascinantes, fortes en ambiance. Et quand on se frotte à un virtuose scénique, ça ne pardonne pas. « Citer les pensées des autres, c’est regretter de ne pas les avoir trouvées soi-même », mettait pourtant en garde l’homme dont il est question ici.

 

Titre : Sacha Guitry

Tome : 1/2 – Le bien-aimé

Scénario : Noël Simsolo

Dessin et couleurs : Paolo Martinello

Genre : Biopic

Éditeur : Glénat

Nbre de pages : 66

Prix : 14,95€



Publié le 09/11/2017.


Source : Alexis Seny


Marini règne en maître sur Batman dans un Gotham qui cherche désespérément à ne pas perdre l’enfant qui est en lui

Un Batman par Marini, waow. À vrai dire, on a commencé à en rêver le jour où cette annonce est tombée tant on ne pensait pas qu’un jour, au-dessus de Gotham, planerait un grand M dessiné par la lumière d’un projecteur en détresse. Bien sûr, on voyait des dessins, des dédicaces défiler sur le mur de l’auteur décidément insatiable (et qu’est-ce qu’on l’aime ainsi) mais on pensait que c’était pour le fun, l’hommage pas pour le bluff et pour nous prendre de court. Car oui Marini a fait son Batman, on en attendait du coup énormément. Enrico a fait mieux que tout ce qu’on pouvait imaginer. Gotham’s calling, the dark prince (is) charming.


Résumé de l’éditeur : Quel lien secret Batman et le Joker partagent-ils avec une jeune fille mystérieuse ? Kidnappée par le Joker, le Chevalier noir doit plonger dans les profondeurs de Gotham City et s’engager dans une course contre la montre pour la retrouver. Les enjeux sont importants, et pour Batman, c’est personnel !

 

 

 

 

© Marini chez DC Comics

 

Comme un gosse dans un magasin de jouet… voilà l’effet que fait cette incursion de Marini dans le monde (pas si loin du nôtre complètement fou) de l’homme chauve-souris. C’est vrai, Marini a pris son pied, époustouflant, et le plaisir du lecteur en sort décuplé. Comme un gamin, vraiment, qui oublie tout et plonge dans cette ville dantesque dans laquelle les héros qu’ils s’appellent Bruce, Selena, James ou… Enrico auront toujours et à jamais fort à faire.

Et c’est d’ailleurs par l’intermédiaire d’un enfant comme pierre angulaire que le papa du Scorpion ou de Marcus et Arminius va nous impliquer dans la pire des horreurs. Celle qui se matérialise quand quelqu’un de malintentionné ose toucher à un cheveu d’une de nos têtes blondes.

 

 

 

 

© Marini chez Dargaud

 

Et quand ce quelqu’un n’est nul autre que le Joker en question… et que cette petite fille semble être la fille illégitime d’un Bruce Wayne qui semble tomber des nues face à cette paternité insoupçonné, la tension psychologique a vite fait de s’y installer. Dieu que ce diable de Suisse sait s’y prendre, sans trémolo, tout en justesse, dans son histoire mais aussi dans la détente des corps qui se déploient tout au long de l’album.

 

 

 

 

© Marini chez Dargaud

 

Marini et Batman, c’est plus qu’une histoire d’amour, passionnée et passionnelle, c’est l’éloge de la beauté du geste dans ce décor tentaculaire, tenant moins du carton-pâte que du réalisme troublant.

Ce premier acte (sur deux prévus), c’est une prison psychologique, dans la droite lignée de ce qu’a pu faire un Miller avec The Dark Night. Désespéré , au bord du précipice. Batman est, en force, toujours supérieur à tout le monde (et c’est ce « pauvre » Killer Croc qui en fait les frais) pourtant dans le vacillement pétri par les déséquilibrés, le chevalier noir n’en mène pas large.

 

 

 

 

© Marini chez Dargaud

 

Pour le plus grand bonheur du Joker et de sa clique (tout un cirque) réunis pour fêter l’anniversaire d’une Harley Quinn complètement démente. Et là aussi, Marini prouve que s’il sait se placer du côté du héros, sa folie est intacte pour convoler avec les fous, par des bons mots et une expressivité radicale.

 

 

 

 

 Les clowns de légende se rencontrent ! © Marini

 

 

Le trip de Marini à Gotham, sur ce premier tome, c‘est à la fois du sur-mesure et du hors-norme, du vertige et de la voltige, un exercice réussi emmené à 200 à l’heure auquel on aimerait tant que l’helvète flamboyant, dans le deuxième acte de ce théâtre super-héroïque, amène un personnage (un méchant, par exemple? enfin cela dit l’auteur s’occupe déjà d’étoffer de manière très mignonne le merchandising du Joker!) rien qu’à lui ! Qui vivra verra.

 

Titre : Batman – The Dark Prince Charming

Tome : 1/2

Scénario, dessin et couleurs : Enrico Marini

Genre : Comics, Thriller, Action

Éditeur : Dargaud & DC Comics

Nbre de pages : 72

Prix : 14,99€

Date de sortie : le 01/12/2017 (le 03/12/2017 pour une édition collector et limité avec 12 pages de croquis en plus)



Publié le 07/11/2017.


Source : Alexis Seny


Seule à la récré : si l’école est un luxe, elle devient lutte quand le harcèlement s’y immisce mais Ana et Bloz en rient à bon escient

Deux mois après la rentrée, alors que les vacances de la Toussaint se terminent, celles-ci étaient l’occasion pour nos têtes blondes de s’octroyer un peu de détente, de se relâcher des tensions qu’ils peuvent subir au quotidien. Car oui, il ne faut pas être angélique, l’école peut être infernale et la cour de récré peut défaire des réputations sous les coups de bluff de crâneurs. Pourtant, loin d’être un différent que seuls les « ennemis » jurés peuvent régler, nous sommes tous impliqués, d’un côté comme de l’autre de la barrière du harcèlement. Et avec Seule à la récré, la jeune Ana (tout juste 18 ans mais passionnées de BD de longue date), Bloz, David Lunven et Mirabelle cristallisent les expériences dans l’humour plus que dans le pathos, mais en éveillant les consciences qui auraient mis des œillères face à cette problématique bien réelle.
© Ana/Bloz/Mirabelle/Lunven chez Bamboo

Résumé de l’éditeur : La vie pourrait être parfaite pour Emma. Mais voilà, il y a Clarisse. Et Clarisse lui fait vivre un enfer à l’école. Elle a même réussi à monter les autres élèves contre elle. Ses parents ne remarquent presque rien, si ce n’est son changement de comportement, et les maîtresses ne prêtent pas attention à ce que l’on pourrait prendre pour « des jeux », mais qui relève de quelque chose de beaucoup plus grave.

 

 

 

 

 

 

 

© Ana/Bloz/Mirabelle/Lunven chez Bamboo

 

Ça commence par une pique, anodine et pourtant perforante, et ça n’en finit plus, cautionné par des (faux?) amis qui n’osent pas sortir des rangs et se plient à la tyrannie du leader. Ça se répand vite, comme un venin, ces choses-là et, pire, on pense que ça n’arrive qu’aux autres. Dans cette histoire faite de gag, on se rend très vite compte de l’engrenage très rapide lancé à toute allure par Clarisse sur la pauvre Emma qui n’avait rien demandé. Et très vite, l’école n’est plus un luxe mais une lutte, à n’importe quel moment, sans répit, jusque dans les nuits.

 

 

 

 

© Ana/Bloz/Mirabelle/Lunven chez Bamboo

 

Se gardant de parler des réseaux sociaux, cette jungle où les plus chétifs sont croqués par les prédateurs, Ana ne préserve pas pour autant ce qui est un peu son ersatz (Ana a elle aussi eu à subir les affres de l’acharnement gratuit) qui en perd l’appétit et se retrouve cabossée de partout. Sans oublier qu’il lui arrive de répercuter ce qu’elle vit sur son petit-frère, chamboulant l’équilibre familial devant ses parents médusés de ne pas savoir de quel étrange mal elle souffre. Et chez les instituteurs et la directrice de l’école, vous croyez que c’est mieux ? « Du harcèlement ici, mais non, c’est impensable! » Et pourtant…

 

 

 

 

© Ana/Bloz/Mirabelle/Lunven chez Bamboo

 

Outre la prise de conscience plus ou moins latente, Seule à l’école n’en fait pas pour autant des caisses et conserve son statut de divertissement cependant nourri avec du fond, évitant le larmoyant mais aussi le manichéisme. Après tout, Clara n’est pas méchante, hein, mais à force de suivre, il n’est pas forcément exclu qu’elle soit idiote ! Un peu comme nous. Car, mine de rien, je suis sûr qu’en cherchant un peu, on s’est tous retrouvés plus ou moins poltrons face à une situation de harcèlement ou assimilée, à fermer notre bouche en attendant que ça se passe. Et face à cette bande dessinée, on est aussi en position passive, seulement observateur de ces scènes de cruauté banale, en attendant que vienne le dossier de décryptage. Et si Emma passe plus qu’un sale quart d’heure, on est heureux de voir qu’elle s’en sort, au final, la tête haute, en s’ouvrant aux autres et en osant parler de ce problème que certains ont eu tôt fait de ranger et classer au premier rang des invisibles. Un bon exemple dans des planches de gags qui évitent la facilité éculée.

 

Titre : Seule à la récré

Scénario : Ana et Bloz

Dessin : Bloz

Couleurs : Mirabelle et David Lunven

Genre : Gag, Humour, Société

Éditeur : Bamboo

Nbre de pages : 48

Prix : 10,60€



Publié le 05/11/2017.


Source : Alexis Seny


Pauvre Jean-Pierre : intimité d’un anti-héros ordinaire et désormais intégral

Après avoir éclairé notre été en toute simplicité, Grégory Mardon s’offre une intégrale chez Aire Libre autour de son pauvre, si pauvre Jean-Pierre. Plus pauvre encore que Lampil mais peut-être aussi méconnu en raison de son physique passe-partout, banal. Jean-Pierre, il a fait de la chanson de Jean Sablon Vous qui passez sans me voir sa ritournelle tristounette. Alors, en 2017, quand Dupuis tape sur le clou et nous offre l’intégralité des trois albums (« Corps à corps », le premier tome de la série avortée Incognito « Victimes parfaites » et dédiés à Jean-Pierre, on ne peut que réhabiliter ce personnage aussi banal que marquant.

 

 

 

 

 

 

 

© Mardon chez Dupuis

 

Résumé de l’éditeur : Cette première intégrale inédite est un juste hommage à cet auteur complet et à la vaste fresque qu’il entreprit de dessiner en l’honneur des petites gens de l’ordinaire, parmi lesquels ce « pauvre » Jean-Pierre. Un ouvrage proche de nous, qui prouve que les voix et les récits contemporains ne sont pas en reste au sein du label « Aire Libre ».

 

 

 

 

© Mardon chez Dupuis

 

Le temps a passé, les grands se sont levés, les plus puissants ont émergé, mais les petites gens sont restées des petites gens. Et à l’heure où l’on se cherche des héros avec toujours plus de super-pouvoirs et d’effets spéciaux, il est toujours bon de retrouver des anti-héros du quotidien, ceux dont on scrute les visages dans les trajets trop long en train, en bus et en métro. Ceux qui ne reteignent pas le regard, dont on a vite fait le tour, des marionnettes de la routine et d’une vie pas palpitante, pas folichonne. Jean-Pierre en est l’archétype-même. Inodore (pas qu’on ne sache pas le piffer, non non), insipide. C’est simple, dans ses trois albums, le héros pourrait presque être nous. Parce que Jean-Pierre est intervertible, on peut aisément prendre sa place, sous ses sparadraps, empoigner ce qui lui arrive.

 

 

 

 

© Mardon chez Dupuis

 

Mais, dans un ultime sursaut de ce qui lui reste d’orgueil, Jean-Pierre s’accroche et repousse case après case les quatre bords de celles-ci pour se maintenir en vie aux côtés des femmes qu’il envie, de son ami pas toujours recommandable. Pris dans les courants de l’existence, Jean-Pierre est un survivaliste, il brille contre toutes attentes d’être lui-même. Et en cela, ça en fait un héros intéressant dans cette société du paraître où les apparences sont souvent trompeuses (vous avez vu cette dame d’un certain âge qui force la chirurgie esthétique à outrance à tenter de lui en donner 20 ans de moins au rebond de ses seins et au lifting tellement tiré qu’on ne verrait pas ses larmes couler).

 

 

 

 

© Mardon chez Dupuis

 

Au gré de ses trois aventures (conçues indépendamment), Jean-Pierre, notre loser de première, tente de vivre sa vie, de s’épanouir. Il y a des histoires d’amour désuet avant même d’avoir commencé, des rendez-vous au café, des obsessions pour des muses aux formes avantageuses, la routine le jour comme secrétaire dans un cabinet médical, les errances la nuit dans la rue à chercher un destin bien mieux que le sien. Et forcément à trop croire en sa chance, à divaguer, il lui arrive des cracks, des coups de massue, à notre Jean-Pierre. Et, mine de rien, c’est sans doute ce qui fait qu’on s’y attache encore plus.

 

 

 

 

© Mardon chez Dupuis

 

Dans la troisième partie de cette intégrale, Mardon ne se contente plus de choper notre désormais ami à un moment de sa vie pour en dire le strict minimum. Non, il lui offre des souvenirs, ceux d’une campagne qui fleure bon la ferme et l’agriculture locale, les 400 coups à faire entre bois et prés et les tombolas pour la fête des écoles. Entre tout ça et ses petits camarades de classe pas toujours sympa, Jean-Pierre se rêve parfois super-héros (un peu comme P’tit Quinquin), comme dans les comics qu’il dévore, mais c’est oublié qu’il a des voisins zarbis et que quand la nuit tombe sur ce bled paumé, il faut avoir le coeur bien accroché.

 

 

 

 

© Mardon chez Dupuis

 

Parce que le personnage est récurrent mais qu’il n’y a pas forcément de lien entre les trois albums, Grégory Mardon se réinvente au fil des planches, ne bridant pas sa créativité de l’ordinaire pour l’explorer au plus loin, sans limite. Voilà sans doute pourquoi ces trois récits-là sont singuliers et si bien achalandé. Comme son personnage, Mardon semble avoir laissé faire le hasard lui souffler dans les pages. De quoi conférer à son héros si ordinaire un statut inestimable.

 

Titre : Pauvre Jean-Pierre

Intégrale

Scénario, dessin et couleurs : Grégory Mardon

Genre : Comédie dramatique et sociale

Éditeur : Dupuis

Collection : Aire Libre

Nbre de pages : 216

Prix : 32€



Publié le 02/11/2017.


Source : Alexis Seny


Bidou, le petit chien bleu et vagabond a traversé l’océan avec un joli goût de Brésil

Il y a quelques jours, nous avons adopté un petit chiot. Est-ce ça qui nous a conduits vers la lecture de Bidou, Une vie de chien ? Forcément, ça a dû jouer. Bidou, pour le moment, n’a pas encore trouvé d’adoptant. Il erre dans la ville et ça lui convient très bien vu du terrain vague où il fait sa loi. Pourtant, Bidou, petit Idéfix des temps moderne, il ne pèse pas lourd et n’est pas plus haut que trois pommes. Et du petit roquet qu’il est en réalité, il va vite en prendre conscience.

 

 

 

 

 

 

 

© Damasceno/Garrocho

 

Résumé de l’éditeur : Bidou est un petit chien solitaire vivant dans un terrain vague plutôt tranquille. Dormant sur le toit d’une voiture abandonnée, il profite pleinement de sa liberté pour vagabonder dans le voisinage et mener ses petites affaires. Mais un beau matin, sa vie sereine bascule brutalement par l’apparition d’un énorme bouledogue qui le chasse de son territoire ! Après quelques jours d’errance à travers les rues, Bidou est recueilli et placé dans un refuge.

 

 

 

 

© Damasceno/Garrocho chez Glénat

 

Des chiens abonnés au vagabondage, il y en a plein nos rues, pourtant Bidou en a fait du chemin pour parvenir jusqu’à nous… et du temps. Car sous ses airs de jeunot, celui qui s’appelle là-bas Bidu a 58 ans et il nous vient du Brésil. Pour le coup, les éditions Vents d’Ouest n’ont jamais aussi bien porté leur nom. Bidu, c’est un des nombreux personnages de l’univers fertile de Mauricio de Sousa. Le tout premier (du moins, réussi) qui donna son emblème de petit chien bleu tout guilleret à ce qui deviendrait Mauricio de Sousa Produções et Editora. Un personnage culte en Amérique du Sud qui n’a jamais vraiment traversé l’océan… jusqu’à aujourd’hui. Mauricio n’est plus à la barre et ce sont Eduardo Damasceno et Luis Felipe Garrocho qui se retrouvent à initier ce qui est une sorte d' »origin story » (éh oui, y’a pas que les super-héros qui peuvent s’en targuer).

 

 

 

 

© Mauricio De Sousa

 

Bidou, une vie de chien ne brille pas franchement par une originalité éclatante, pourtant sur le dos de ce chien de gouttière, on se laisse porter, avec notre âme d’enfant, dans ce décor urbain et brésilien.

 

 

 

 

© Damasceno/Garrocho chez Glénat

 

C’est vrai qu’il faut trouver ses repères, retrouver les codes, car le ton et l’impact visuel sortent de l’ordinaire. Parce que le dessin et les couleurs alternatives de Garrocho s’apprécient une fois qu’on les a acceptés. Alors, sous une pluie merveilleusement torrentielle (tellement qu’elle s’épanouit sur une superbe double-planche) ou dans les égouts, l’aventure insufflée nous souffle, dans tous les bruitages dont elle est capable.

 

 

 

 

© Damasceno/Garrocho chez Glénat

 

Le texte est réduit au strict minimum, les chiens, du plus petit au plus gros, parlent par images, ce n’est pas toujours de la plus grande des clartés mais c’est tellement poétique. Et, au-delà de l’aspect mignon, Bidou nous offre un monde de sensations qui pourraient bien se poursuivre. La série compte plusieurs épisodes en espagnol.

 

Titre : Bidou

D’après le personnage créé par Mauricio de Sousa

Scénario : Éduardo Damasceno

Dessin et couleurs : Luis Felipe Garrocho

Genre : Jeunesse, Aventure, Animalier

Éditeur : Vents d’Ouest

Nbre de pages : 72

Prix : 13,50 €



Publié le 01/11/2017.


Source : Alexis Seny


1·2·3·4·5·6·7·8·9·10·11·12·13·14·15·16·17·18·19·20


©BD-Best v3.5 / 2017