?>

En images et en bulles
Flux RSSFlux RSS

1·2·3·4·5·6·7·8·9·10·11·12·13·14·15·16·17·18·19·20


Durs à suivre, les Vikings givrés et pourtant échaudés d’Ivan Brandon et Nic Klein

« Tu ne sais pas combattre. » « Non, Gyfl. La seule chose que je sache faire, c’est survivre. » Alors que nous parlions récemment (avec Fabienne Pigière, Rudi Miel et Paolo Grella) des pirates, parties intégrantes de l’ADN de la BD franco-belge depuis des décennies, on s’est rendu compte que les Vikings, féroces en diable, n’étaient pas en reste. Sans doute d’autant plus dangereux que complètement frappadingues (Odin n’y a pas été de main morte avec son marteau, se dit-on. Du moins, dans l’histoire concoctée par Ivan Brandon et Nic Klein, c’est le cas. Attention, ça éclabousse.

 

 

 

 

 

 

 

© Brandon/Klein chez Image Comics

 

Résumé de l’éditeur : Scandinavie, IXe siècle. Finn et Egil sont deux frères habitués aux sales combines : racket, vol et pillage en tout genre. Si l’un est mauvais, l’autre est encore pire. Derrière eux, ils ne laissent rien à part un sillage de mort. Mais si tout allait pour le mieux dans le pire des mondes, leur destin bascule lorsqu’ils décident de s’en prendre au roi Bram et à sa fille Annikki… Leur penchant pour la violence risque bien de se retourner contre eux.

 

 

 

 

© Brandon/Klein chez Image Comics

 

Avant toute chose, n’allez pas croire que ce recueil de comics est en lien avec la série télévisée du même nom qui est bien ultérieure au récit graphique proposé par Ivan Brandon et Nic Klein. En effet, les deux auteurs commettaient ce voyage givré en territoire scandinave, en 2009. Entre-temps, le duo a composé son space-opéra-post-apocalyptique avec Drifter et gagné les côtes européennes. C’est sans doute ce qui nous vaut cet assaut tardif des Vikings sans vergogne.

 

 

 

 

© Brandon/Klein chez Image Comics

 

Passé un début sans queue-ni-tête et difficile à suivre de par ses dialogues, on se laisse vite entraîner dans l’univers glacé et sanglant de ces Vikings décérébrés. Le dessin et les couleurs, c’est assez rare que pour le signaler dans un pays des comics où toutes les tâches sont soigneusement décortiquées, de Nic Klein ne sont pas pour rien dans l’emprise qu’exerce ce comics sur nous. Totalement imparfait mais imposant des ruptures graphiques, partant tantôt en véritables toiles et tantôt totalement en live dans les caricatures de têtes morbides, désarçonnées de leurs pauvres victimes. Ce trait, il fusionne avec toute cette tension qui émane de cette aventure désespérée. Cette tension entre la richesse et la famine, l’affrontement et la fuite, le deuil et la furie meurtrière, la folie et la raison.

 

 

 

 

© Brandon/Klein chez Image Comics

 

Pourtant, tout se gâte, car le scénario reste inextricable et c’est en soupirant qu’on assiste aux passations de pouvoir de ces héros qui ne jure que par l’ulfberht et les giclées de sang. L’histoire vacille, incompréhensible, pour se retrouver être à l’image de ses héros, brouillons et bipolaires sur les bords (de planches et de cases), un peu trop fous que pour qu’on parvienne à les suivre dans ce délire hard-boiled où les drakkars se font rares. On ne s’étonne finalement pas de rester plus de glace que de feu. Pas étonnant qu’au bout de cinq épisodes et un cycle, les Vikings s’en soient allés mouillés ailleurs que dans le monde éditorial du comics.

 

Alexis Seny

 

Titre : Viking

Sous-titre : Un long feu de glace

Récit complet

Scénario : Ivan Brandon

Dessin et couleurs : Nic Klein

Traduction: Alex Nikolavitch

Genre : Aventure

Éditeur : Glénat

Nbre de pages : 144

Prix : 19,95€



Publié le 24/06/2017.


Source : Bd-best


Petit Vampire, et si les nouvelles aventures étaient les premières ?

Résumé de l’éditeur : Avoir 10 ans éternellement, c’est vraiment dément !!! Sauf qu’en vivant enfermé dans une grande villa, même entouré d’une joyeuse bande de monstres, de pirates et de morts-vivants, au bout de trois cents ans, on commence à s’ennuyer ! Petit Vampire rêve de découvrir le monde. Mais quand il décide de partir explorer la ville, d’obscures forces se réveillent… Et si les vampires pouvaient finalement être morts-morts ? Petit Vampire aurait-il mis toute sa famille en danger ?

 

 

 

 

 

 

 

© Sandrina Jardel/Joann Sfar/Brigitte Findakly chez Rue de Sèvres

 

Si l’encéphalogramme d’un vampire doit être résolument plat, cela faisait un moment que nous n’avions plus eu de nouvelles de Petit Vampire, et ça nous inquiétait. Sa lumière dans ce monde de brutes aux dents longues nous manquait. À Joann Sfar aussi: il l’a avoué. Et douze ans après sa dernière apparition, voilà que Petit Vampire volette vers de nouvelles aventures. Enfin, nouvelles… Entendons-nous, ce que Joann Sfar propose, c’est un prequel, un retour en arrière reprenant quelques éléments de la rencontre de Michel et de son nouveau copain spécial. Mais fouillant le passé et la légende de ce vampire miniature et plus attachant que Dracula et autres Nosferatu.

En effet, jamais, Joann Sfar n’avait levé le voile sur le mystère des origines de ce petit bonhomme vampirisé. Il aurait pu ne pas le faire et laisser planer de doute, les histoires d’origines (dont sont adeptes les super-héros) pouvant parfois tourner court. C‘était sans compter… Joann Sfar ! Joann Sfar que la poésie de l’univers créé il y a près de vingt ans ne semble pas avoir lâché d’une semelle. Peut-être même s’est-elle renforcée. Toujours est-il que Sfar (accompagné de Sandrina Jardel au scénario et de Brigitte Findalky aux couleurs marquant si bien la fantasmagorie de ce récit tout public) est allé voir ailleurs, larguant les amarres pour ramener de ces envies une histoire de pirates (des figures mythiques de l’histoire de la BD que l’auteur n’avait abordées jusqu’ici que dans son roman Le plus grand philosophe de France ou, plus loin encore, dans le livre illustré de la collection « J’aime Lire » L’île aux pirates).

 

 

 

 

© Sandrina Jardel/Joann Sfar/Brigitte Findakly chez Rue de Sèvres

 

Bref, c’est une première pour l’auteur qui a déjà navigué dans bien des genres, et la confrontation entre ces marins des airs sans pitié et la famille vampire (au coeur de laquelle se retrouve un Michel un peu déboussolé) tient toutes ses promesses. Pour le plaisir (et quel plaisir !) du lecteur, nous ne vous dirons rien du pourquoi du comment. Si ce n’est que la bagarre de monstres à laquelle se livrent les turbulents enfants monstrueux, sous le regard décontenancé de Pandora qui essaie d’asseoir sa légitimité pourtant naturelle, pourrait bien passer du jeu à la réalité. Dans les 60 premières pages de ce qui devrait être un triptyque, on retrouve tous les ingrédients qui nous ont fait aimer Petit Vampire et en ont fait un formidable compagnon de vie : de l’aventure, des bons sentiments pas trop dégoulinants, de la poésie et surtout un énorme capital sympathie qu’on n’avait jamais éprouvé pour un vampire.

 

 

 

 

© Sandrina Jardel/Joann Sfar/Brigitte Findakly chez Rue de Sèvres

 

Des vampires d’autant plus séduisants qu’un réel enjeu de vie et de mort pèse sur eux, comme une épée de Damoclès, en dépit de l’insouciance de Petit Vampire. Et comme si le bonheur n’était pas déjà à son comble, le petit héros connaîtra bientôt des aventures sur grand écran.

 

Alexis Seny

 

Série : Petit Vampire (Nouvelles aventures)

Tome : 1/3 – Le Serment des pirates

Scénario : Sandrina Jardel & Joann Sfar

Dessin : Joann Sfar 

Couleurs : Brigitte Findakly

Genre : Aventure, Fantastique

Éditeur : Rue de Sèvres

Nbre de pages : 68

Prix : 13€



Publié le 22/06/2017.


Source : Bd-best


Caméléon, Emmanuel Reuzé rentre dans le lard et dans l’art (plus si) invisible qu’est le Neuvième Art

Coco, cocotte, tu pensais tout savoir sur la bande dessinée depuis les célèbres romans graphiques et documentaires de Scott McCloud. Tssssss, minute papillon. Parce que l’art n’a rien d’invisible, le cousin de Scott, Scott McCrawd, s’associe à l’excellent Emmanuel Reuzé pour visiter la partie moins visible de l’iceberg et explorer les sujets qui fâchent au pays des phylactères. D’un Tintin la tchole à l’air en passant par l’anatomie des héros et un concours de dessin en apnée opposant Trondheim et Sfar. Sans oublier de parler en long et en large de tous ceux qui font du mal à la BD.

 

 

 

 

 

 

 

© Emmanuel Reuzé chez Fluide Glacial

 

Résumé de l’éditeur : L’Art du 9e Art est l’ouvrage de référence pour apprendre tout ce qu’il faut savoir (ou pas) sur la bande dessinée : dessiner avec un Boeing, réaliser une BD en apnée comme Joann Sfar, étudier l’anatomie de Gros Dégueulasse de Reiser ou réussir une BD autobiographique de fille. Tous les libraires BD connaissent le fameux livre L’Art de la BD de Duc ainsi que les best-sellers de Scott McCloud. Autant d’opuscules insignifiants comparés à l’ambitieux L’Art du 9e Art de l’immense Reuzé !

 

 

 

 

© Emmanuel Reuzé chez Fluide Glacial

 

Mine de rien, Emmanuel Reuzé a bien creusé son sillon, au-delà des chemins faciles et balisés. Si bien qu’après quinze années d’une bibliographie intéressante à plus d’un titre et toujours en quête de nouveautés, Reuzé est toujours imprévisible. Et l’arrivée de l’auteur chez Fluide Glacial semble lui avoir donné des ailes et des envies de creuser sa veine corrosive et un cynisme appréciable. Avec de l’esprit… du mauvais esprit.

 

 

 

 

© Emmanuel Reuzé chez Fluide Glacial

 

Et quand le défi s’est matérialisé dans une parole de Scott (ersatz bedonnant et alcoolisé, pavé de mauvaises intentions, de l’autre Scott), « De qui pourrait-on dire du mal?« , Reuzé ne s’est pas fait prier pour livrer une bible de 130 pages qui oublie en chemin le pompeux si souvent à l’oeuvre dans de telles entreprises. Non ici, le B de Bible est aussi celui de Blague et Reuzé nous fait naviguer à vue mais aussi à l’aventure dans l’Histoire de la Bande dessinée des temps anciens à nos jours, de la tapisserie de Bagieu au Lookbook de Salch.

 

 

 

 

© Emmanuel Reuzé chez Fluide Glacial

 

Fort d’une connaissance impeccable (dans l’art du foutage de gueule, surtout), Reuzé se fait ainsi caméléon pour choper les styles de divers auteurs, se les approprier et les amener là où on ne les attendait pas. Un cocasse pastiche qui ne fera pourtant pas se retourner les auteurs dans leurs tombes tant Reuzé met dans cet exercice de style la passion et le plus grand des respects. C’est un travail de dingue auquel s’est adonné l’auteur qui ferait rougir de jalousie les maudits marchands qui tentent de vendre sur Ebay ou 2ème main des faux Hergé ou Uderzo à la pelle et en toute vulgarité. Ici, c’est du travail d’orfèvre qui prouve que Reuzé pourrait reprendre Corto Maltese comme Pif et Hercule (mis à contribution dans une leçon tripante variant sur « comment faire une critique de BD totalement vide de sens ») ou encore Blake et Mortimer. Sans compter qu’il n’a pas son pareil pour s’immiscer dans le monde des blogs… autobiographiques.

 

 

 

 

© Emmanuel Reuzé chez Fluide Glacial

 

Mais l’usage de tous ses héros classiques n’a rien de gratuit et sert à propulser les chapitres concoctés par Reuzé et… McCrawd. Des chapitres qui mettent tout le monde à contribution (plus loin que Jean-Luc Coudray, Vincent Haudiquet, Pascal Fioretto venus en renfort sur certaines parties) et égratignent… tout le monde. Des lecteurs aux chroniques, des méchants aux gentils et des éditeurs aux auteurs qu’ils soient jeunes ou vieux, en manque d’inspiration et en mode « recyclage » (et donc populaires) ou dans une démarche plus auteuriste (et donc moins populaire). Au-delà des raccourcis faussement innocents, L’art du Neuvième Art est comme la bière, se déguste avec sagesse tout en sachant ne pas se prendre toujours au sérieux.

 

 

 

 

© Emmanuel Reuzé chez Fluide Glacial

 

Pourtant, dans cet album, rien n’est anodin et tout nous ramène à ce monde en mutation qu’est la bande dessinée en 2017, entre les succès faciles et d’autres plus fragile, sans oublier les projets ambitieux et pourtant refusés. Entre ceux qui en vivent et ceux qui en crèvent. Et en conservateur totalement impliqué de son musée de la BD qui n’appartient qu’à lui, Reuzé fait éclater un peu plus son talent, impertinent et pourtant tellement pertinent.

 

Alexis Seny

 

Titre : L’art du Neuvième Art

Récit complet

Textes, dessin et couleurs : Emmanuel Reuzé

Genre : Parodie, Pastiche, Humour, Essai

Éditeur : Fluide Glacial

Nbre de pages : 128

Prix : 18,90€



Publié le 20/06/2017.


Source : Bd-best


Tout tout tout, vous saurez tout sur le bébé, aussi extra-terrestre soit-il et en BD, s’il vous plait !

Dur dur d’être un bébé. Mais être parents, ce n’est pas plus facile. Car si les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus, selon la formule bien connue de John Gray, d’où peut bien venir ce petit habitant tout juste libéré de sa matrice dans un cri ? Véritable extraterrestre que ce nouvel arrivant dont on ne sait encore rien, et dont on a autant de choses à apprendre que lui en a de nous. Peut-être vient-il de Saturne, selon l’hypothèse de Sylvia Douyé et Giorgio Sommacal (et d’autres bien avant eux) qui signent un guide de vulgarisation drôlement documenté et bien fichu, un manuel de survie quand on a un bébé dans les bras (ou pas encore, mais c’est en approche) et qu’on n’y comprend résolument rien.

 

 

 

 

 

 

 

© Sylvia Douyé/Giorgio Sommacal chez Vents d’ouest

 

Résumé de l’éditeur : Pourquoi la maman d’un nourrisson ne doit pas changer de coiffure au cours de la journée ? Quel est le vêtement mode qui fait fureur chez les nouveau-nés ? Un bébé peut reconnaître un objet qu’il n’a jamais vu ! Comment est-ce possible ? Si les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus, alors il n’y a aucun doute : les bébés viennent de Saturne ! Car sinon, comment expliquer que ce petit être fraîchement débarqué sur Terre soit capable dès son plus jeune âge de compter, parler plusieurs langues, tirer des conclusions, prévoir des événements futurs, chercher des explications et même faire des expériences ?

 

 

 

 

© Sylvia Douyé/Giorgio Sommacal chez Vents d’ouest

 

Par où commencer quand bébé pointe le bout de son nez ? Sans doute, la question n’a-t-elle pas lieu d’être posée car vous n’aurez le temps de faire uniquement ce que vous pourrez… c’est à dire improviser. Alors, histoire de préparer le terrain avant le grand saut, il y a ce petit bouquin qui vient de sortir chez Vents d’Ouest. Pas question de gâcher le plaisir mais de tordre le cou aux idées (fausses) reçues et de donner des pistes pour vous épanouir, vous et la relation que vous nourrirez avec ce petit être qui risque bien de vous faire passer par toutes les couleurs.

 

 

 

 

© Sylvia Douyé/Giorgio Sommacal chez Vents d’ouest

 

Véritable objet de dédramatisation et de vulgarisation scientifique, … et les bébés viennent de Saturne se propose de compiler quelques « saviez-vous? » mais aussi des questions fréquemment posées par des parents en détresse ou simplement avide d’en savoir plus sur le mystère « bébé » et une ligne de temps sur laquelle sont décortiquées les différentes caractéristiques que l’enfant va développer au fil des mois. Et mine de rien, il faut vous accrocher car ça évolue très très vite ces affaires-là !

 

 

 

 

© Sylvia Douyé/Giorgio Sommacal chez Vents d’ouest

 

Cette bande dessinée, c’est finalement une invitation à se mettre à la place du petit d’homme/d’femme et de comprendre un peu mieux comment il arrive à se situer dans l’espace, ce à quoi il fait attention pour reconnaître quelqu’un, comment il perçoit la manière dont vous lui parlez (et pour être optimale, celle-ci doit-elle être gagatisée ou pas ?), de quelles performances est capable sa mémoire. Ainsi, on y apprend que des scientifiques d’Harvard ont découvert que si bébé crie la nuit, c’est l’expression d’un instinct de survie primaire et une garantie que papa et maman ne feront pas l’amour et ne lui donneront pas un petit-frère ou une petite-soeur de sitôt. Pas bête, le mioche.

 

 

 

 

© Sylvia Douyé/Giorgio Sommacal chez Vents d’ouest

 

Au fil des pages, il y a bien d’autres choses et astuces (parfois très bêtes mais auxquelles on est loin de penser) pour mettre toutes les chances de son côté pour bien vivre les premiers mois du petit bout de chou. Par exemple, si maman habitue le futur-bébé à entendre une berceuse fréquemment dans les dernières semaines avant le terme, il se pourrait bien qu’une fois à l’air libre et au coeur d’un gros chagrin, le retour de cette berceuse (même si ce n’est pas forcément maman qui la chante) le calme immédiatement et lui ramène la sérénité.

 

 

 

 

© Sylvia Douyé/Giorgio Sommacal chez Vents d’ouest

 

Et si cet album évite de ressembler à un texte scientifique bien assommant, il multiplie les sources pour étoffer son propos et nous dresser l’historique de quelques expériences, sur les 150 dernières années, qui ont permis de mieux connaître et comprendre Monsieur Bébé. Côté dessin, Giorgio Sommacal agit en illustrateur, n’hésitant pas à s’éloigner du texte pour réussir à mieux le rendre percutant… et amusant, surtout. Le propos est tout ce qu’il y a de plus sérieux et recoupé mais le dessin y amène une touche d’humour métaphorique bienvenue. De quoi décomplexer les plus terribles appréhensions face à un petit être pas plus haut que trois pommes mais qui risque bien de vous en faire baver… autant que lui.

 

Alexis Seny

 

Titre : … et les bébés viennent de Saturne (Page FB)

Récit complet

Scénario : Sylvia Douyé

Dessin et couleurs : Giorgio Sommacal

Genre : Vulgarisation scientifique, Humour, Documentaire

Éditeur : Vents d’Ouest

Nbre de pages : 144

Prix : 15€

 



Publié le 16/06/2017.


Source : Bd-best


Cobalt : Papi ne fait plus seulement de la résistance mais se retrouve au coeur de la lutte

Oui, on sait, en ces temps wolveriniens, ça fait un moment que l’adamantium est tendance. Mais il ne faudrait pas négliger les autres métaux pour autant. Et en l’occurrence le cobalt, qui donne son nom au héros créé par les deux Argentins Pablo De Santis et Juan Saenz Valiente. Ou comment un pharmacien vieillissant va se retrouver mêlé à un complot dans les hautes sphères, où s’entrecroisent magnifiquement espionnage et fantastique.

 

 

 

 

 

 

 

© De Santis/Saenz chez Michel Lafon

 

Résumé de l’éditeur : M. Cobalt, un pharmacien sexagénaire, est en réalité un agent « endormi » depuis longtemps. M. Cuivre, une vieille connaissance, se rend à la pharmacie et lui demande de réaliser une toute dernière mission, éliminer quatre personnes ! Cobalt n’a aucune envie de reprendre du service mais il comprend vite qu’il n’a pas le choix car la situation est désespérée…

 

 

 

 

© De Santis/Saenz chez Michel Lafon

 

Encore un héros vieillissant et ayant fait le deuil de ses « années de service » qui se retrouve à devoir le reprendre de gré ou de force. C’est vrai, signe des temps qui changent et d’un vieillissement de la population qui va toujours plus fort, les jeunots n’ont plus le monopole de l’action et des combats. Les Expendables, Harry Brown, The Last Contract, Impitoyable, Au fil de l’eau et autres Vieux Fourneaux sont venus prouver que Papi ne fait plus seulement de la résistance mais se retrouve au coeur de la lutte. Et, ici, avec M. Cobalt, ça ne manque pas.

 

 

 

 

© De Santis/Saenz chez Michel Lafon

 

Le règne des ténèbres approche, la ville est de plus en plus obscure et voilà que son ancien employeur, Zinc, a décidé de rappeler Cobalt à l’ordre pour faire la clarté sur ces sinistres événements. Comme s’il n’y avait pas de sang neuf disponible, on lui demande à lui, sexagénaire aussi méthodique et flamboyant soit-il, de rempiler une dernière fois. Pour quatre contrats, ni plus ni moins. Et selon Zinc, son domaine de prédilection, la pharmacologie, pourrait bien aider l’ancien tueur à gage pour vaincre le mal qui semble ronger la cité.

 

 

 

 

 

© De Santis/Saenz chez Michel Lafon

 

Baraqué en diable, Cobalt pourrait très bien être joué au cinéma par l’impressionnant chanteur Rover. Mais comme on est en bande dessinée, les deux auteurs jouent des codes de celle-ci pour offrir un fantastique album, lancinant et obstinément magnétique. Un monde en sépia, presque, au charme vintage pour mieux figer la temporalité. Quand cette histoire se passe-t-elle ? Hier ou avant-hier ? Et où ? Le doute et le mystère planent pourtant l’histoire inventée par Pablo De Santis fait vite sons chemin jusqu’à nos esprits et notre imagination, jurant que le lecteur n’a pas besoin d’en savoir de trop. C’est d’ailleurs ce qui crée l’effet de surprise, imbibé de fantastique. Quant au dessin de Juan Saenz Valiente, si on y croise l’esthétique qui fait la luxuosité d’un Brüno ou d’un Victor Santos, il est assez particulier que pour n’appartenir qu’à lui. Architectural, vif, inventif, lorgnant vers les jeux vidéo et leurs boss à toute épreuve. De quoi graver dans le marbre ce bien joli univers tragique et mélancolique, dans lequel la quête de la jeunesse éternelle n’est pas loin. C’est désespéré, ni rose ni noir, éprouvant et émouvant à la fois, mémorable.

 

Alexis Seny

 

Titre : Cobalt

Récit complet

Scénario : Pablo De Santis

Dessin et couleurs : Juan Saenz Valiente

Genre : Polar, Espionnage, Fantastique

Éditeur : Michel Lafon

Nbre de pages : 56

Prix : 13,95€



Publié le 16/06/2017.


Source : Bd-best


Tizombi : si mignon qu’on lui ferait des free hugs mais attention, il met les… dents !

Le genre fantastique n’a de cesse d’être partie intégrante de la BD depuis ses premières heures, oscillant entre l’horreur pure et dure ou l’humour ensanglanté (ou pas d’ailleurs), arrivant à marier les deux parfois. Et si les Croquemitaines nous sont revenus en pleine poire comme un uppercut visuel et que les Walking Dead squattent pour encore quelques années nos TV (ils font même un caméo réjouissant dans l’un des albums présentés, ici), d’autres créatures n’ont pas fini de nous emmener au pays des rêves ou des cauchemars.

Résumé de l’éditeur : Même s’il est le plus mignon de tous, Tizombi n’en reste pas moins un zombie à l’appétit insatiable. Véritable trou sans fond, il dévore, avale, gobe et croque tout ce qui passe à portée de sa dentition acérée. Tout, sauf la jeune Margotik qui écrit un livre sur lui : elle est fascinée par celui qui reste le seul zombie à être né zombie !!!

Bon, des sorcières et des vampires attachants, passe encore, mais des zombies… Voyez-vous ça. Outre quelques exceptions notoires, surtout au cinéma (le décalé et tellement génial Le zombie au vélo, Warm Bodies pas mal du tout dans son genre), les zombies tels qu’on les connaît dans leur acceptation la plus commune ont plus tendance à nous faire rebrousser chemin qu’à nous jeter sur eux pour leur faire des free hugs. Puis, Tizombi est arrivé, comme un cheveu dans la bouillie de cervelle, et tout a changé.

 

 

 

 

© William Maury

 

Tizombi, c’est ce nouveau (enfin, il est né de l’imagination de William Maury il y a plus de huit ans et avait même fait l’objet d’un premier album auto-édité sur lequel on espère mettre un jour la main) héros qui prend un peu plus vie sous l’inspiration de Christophe Cazenove, William et Élodie Jacquemoire. Un héros tout « mimi » mais que son estomac perpétuellement dans les talons pousse au crime. Inexorablement et plusieurs fois par jours.

 

 

 

 

© Christophe Cazenove/William Maury/Élodie Jacquemoire chez Bamboo

 

Si les cimetières font office de planque de luxe pour la lie de la société, devant celui de Tizombi, mieux vaut passer son chemin ou y pénétrer à ses risques et périls. Résolument, il ne fait pas bon être motard, livreur de pizza ou autre âme en peine aux abords de ce cimetière maudit, sous peine de passer de vie à trépas en un coup de mâchoire bien senti. Une seule humaine est tolérée dans le domaine des morts. Exaspérée par les disputes incessantes de ces deux parents qui n’ont même pas remarqué qu’elle avait fugué depuis plusieurs jours, la jeune fille s’est fait de nouveaux amis avec ces morts-vivants parfois bien décérébrés.

 

 

 

 

© Tizombi dans son premier album autoproduit

 

Le casting est bien trouvé et on sent tout le plaisir des auteurs qui non contents de trouver des gags plus gore les uns que les autres (dans une série qui parle tout de même aux enfants, à l’heure qu’il est ils en ont vu d’autres !) tout en mouillant la chemise de certains de leurs collègues dans des caméos très drôles. Ainsi Stédo, Fenech mais aussi Hulk, des personnages de Retour vers le futur font les frais des sinistres appétits de cette bande de mange-sans-faim.

 

 

 

 

© William Maury

 

Dans cette horreur mortifère, le charme opère mine de rien et lève très vite les appréhensions qu’on aurait pu avoir face à une série qui de loin pouvait ressembler à un cross-over entre Walking Dead et Pierre Tombal. Cazenove fait preuve de jugeote et troque le gloss des séries à gags belles mais sans identité contre la poésie du gore. La maîtrise de William et ses trouvailles graphico-caustiques font le reste, augmentés par Élodie Jacquemoire qui réussit, de ses couleurs, à faire ressortir les personnages de l’ambiance poisseuse de ce cimetière maudit.

 

 

 

 

© Christophe Cazenove/William Maury/Élodie Jacquemoire chez Bamboo

 

Pas question de gribouillage, donc, les monstres humoristiques de ces planches ne feraient pas tache dans un album nettement plus sérieux, et vice-versa. Le décalage est maître et au bout de 44 planches, on se retrouve comme Tizombi à ne pas être rassasiés, tant la série a du potentiel.

 

Alexis Seny

 

Série : Tizombi

Tome : 1 – Toujours affamé

Scénario : Christophe Cazenove

Dessin : William (Maury)

Couleurs : Élodie Jacquemoire

Genre : Gag, Humour, Horreur, Fantastique

Éditeur : Bamboo

Nbre de pages : 46

Prix : 10,60€



Publié le 14/06/2017.


Source : Bd-best


Ça sent le roussi pour Mélusine, la sorcière rousse pourtant incendiaire

Résumé de l’éditeur : Catastrophe ! Tous les dragons de l’école ont disparu ! Le mage Epispontex tente de calmer le directeur affolé : ils reviendront ! En effet, comme tous les 300 ans, c’est l’année du dragon. Tous les dragons s’envolent vers un endroit secret pour donner naissance à une nouvelle génération de l’espèce. Plus grave pour l’école, Song Hui, le fournisseur officiel de l’école de magie de Mélusine, a cessé toutes ses livraisons. Les potions doivent être chauffées au feu de dragon pour avoir des propriétés magiques, et Song Hui préfère attendre le retour de la nouvelle génération de dragons avant de reprendre ses livraisons. Alors que l’école de magie tourne au ralenti, le vol d’un philtre d’illusion chez Song Hui va propulser Mélusine dans une nouvelle mission sur la trace des dragons en phase de reproduction.

 

 

 

 

© Clarke/Cerise chez Dupuis

 

Vingt-cinq tomes au compteur et pas une ride ! Sans doute la jolie rousse a-t-elle trouvé le philtre de jouvence pour ne pas prendre un seul cheveu blanc (pourtant au vu des aventures stressantes et abracadabrantesques, elle aurait pu). Pourtant, depuis cinq albums aux commandes de la série, Clarke lui a donné un tour inattendu, se lassant de l’immuabilité des choses pour les faire avancer, évoluer et maturer. Quitte même à commettre l’irrémédiable, à faire un pas en arrière pour faire un grand bond en avant et faire entrer la série dans une nouvelle ère, sans la dénaturer.

 

 

 

 

© Clarke

 

Ainsi, dans une grande interview, Clarke nous confiait que jamais plus Mélusine ne serait une série d’albums à gags. La tendance se confirme avec une grande aventure, une nouvelle fois, avant un diptyque (après un récit complet d’une centaine de pages et intitulé Les Danois). Mais revenons à nos moutons, ou plutôt nos dragons. Car comme le titre, L’année du dragon, l’indique, ce 25ème tome prend la tradition chinoise au mot et ce n’est pas de la rigolade ! Imaginez un peu que ces dragons, qui fonctionnent finalement comme certains animaux et élisent comme maître le premier être dans leur champ de vision, deviennent les fidèles serviteurs d’un être malintentionné. Une puissance de feu qui pourrait bien asservir le monde des sorciers. Aïe, aïe, aïe…

 

 

 

 

© Clarke

 

Heureusement que Mélusine et… Mélisande ont des ressources ignifuges pour sauver une nouvelle fois le monde magique et pallier au manque de collaboration des Chinois. S’épanouissant dans de nouveaux décors, Clarke fait intervenir une série de personnages triée sur le volet (quitte à laisser au repos certains classiques de la série) pour remuer ciel et terre avec, comme dans toute quête contée, des adjuvants et des opposants dans lesquels l’auteur met toute son originalité (à partir de ce jour, vous apprendrez à vous méfier des origamis). Avec un bémol, en dépit des qualités graphiques redoutables (et les couleurs de la fidèle Cerise sont au diapason) et d’une fin on ne peut plus « what the fuck », ça se lit beaucoup trop vite et on reste un rien sur notre faim, arrêtés net dans la vivacité de cette histoire. Une raison de plus pour attendre de pied forme le diptyque annoncé.

 

Alexis Seny

 

Série : Mélusine

Tome : 25 – L’année du dragon

Scénario et dessin : Clarke

Couleurs : Cerise

Genre : Fantastique, Aventure, Humour

Éditeur : Dupuis

Nbre de pages : 48

Prix : 10,95€



Publié le 13/06/2017.


Source : Bd-best


La fille du Z, José-Luis Munuera s’en donne à cœur joie avec un des méchants les plus caricaturaux du 9ème art

  « - Je suis la fille d’une caricature du méchant d’un film de James Bond… Je veux juste faire ce que font toutes les filles de mon âge… »

            « - Tu n’es pas comme toutes les autres, Zandra… Tu es un exemplaire unique, irremplaçable. Je n’ai pas de copie de sécurité. S’il t’arrivait quelque chose, je… »

            « - Il faudra bien que tu surmontes ça, papa. Désolée, mais je n’ai pas l’intention de vivre isolée et seule dans une prison. Si tu veux moisir dans ton paradis technologique, libre à toi…mais ne compte pas sur moi pour que je te tienne compagnie !!! »

 

Lorsque l’on est la fille de Zorglub et que l’on ne peut pas se faire une petite sortie ciné avec un jeune homme sans que ça ne tourne au grand burlesque, il y a de quoi être en colère. Et quand, accidentellement, le méchant papa déclenche par erreur son grand projet expérimental de rayon Z, Zandra ne va quand même pas le laisser tomber. Même s’il ne les maîtrise pas, les inventions de Zorglub font des envieux. Zandra va devoir aider son père et apprendra que toutes les vérités ne sont pas forcément faciles à entendre.

 

 

 

 

 

 

José-Luis Munuera s’en donne à cœur joie avec un des méchants les plus caricaturaux du 9ème art. Après s’être fait la main sur la série mère Spirou et Fantasio, et avoir été remercié par les éditions Dupuis, le dessinateur ibérique revient seul aux commandes sur cette série spin-off autour de Zorglub. Il aborde la tâche avec un atout : il s’est fait la main et connaît le malfrat jusqu’à sa source (cf. Aux sources du Z, cinquantième album de Spirou et Fantasio). Munuera est ici beaucoup plus libre. Cette reprise est son choix et il y est libéré de la quasi-totalité des contraintes incombant à la série du groom. L’histoire commence même par des allusions se moquant des diverses reprises et des multiples spin-off foisonnant au cinéma (et en BD) ces dernières années.

 

Sedyas colore les différentes scènes avec des tons modernes et tranchés, dynamisant le dessin déjà survolté de Munuera.

 

Zorglub, tu as bien fait d’attendre, ton heure est arrivée ! Eviv Bulgroz !

 

 

Laurent Lafourcade

 

Série : Zorglub

Tomes : 1 - La fille du Z

Genre : Aventure fantastique

Scénario & Dessins : Munuera

Couleurs : Sedyas

Éditeur : Dupuis

Nombre de pages : 64

Prix : 10,95 €

ISBN : 9782800170138



Publié le 13/06/2017.


Source : Bd-best


Infinity 8, blacksploitation et mini-Woodstock pour un space-psychédélique opera organisé par le club des 27

Après avoir échappé de justesse aux kornaliens nécrophages, à un Fuhrer ressuscité et cosmique et aux desseins cupides de pilleurs de tombes détournant une quête quasi-biblique à leur avantage, voilà l’équipage de l’Infinity 8 en route vers de nouvelles aventures. Enfin, nouvelles, on se comprend, puisque usant de boucles temporelles, on repart à zéro dans un quatrième reboot qui entraîne l’ersatz d’Angela Davis dans une guérilla symbolique. Un happening auquel contribuent cette fois Kris, toujours aux côtés de Lewis Trondheim, et Martin Trystram pour une odyssée pop qui trimbale le parfum des héroïnes de la Blacksploitation.

 

 

 

 

 

 

 

© Kris/Trondheim/Trystram chez Rue de Sèvres


 

Résumé de l’éditeur : 5 ans d’infiltration fichus en l’air d’un seul coup de fil ! Quand le Capitaine de l’Infinity convoque Patty Stardust au risque de griller sa couverture, l’agente est furieuse : sa mission au sein de la Guerilla symbolique était sur le point d’aboutir ! Mais Patty connaît-elle vraiment ce groupe d’artistes psychédéliques ? Quand elle comprendra que le happening organisé par leur gourou risque de coûter la vie à une bonne partie des passagers du vaisseau, l’agente va devoir revoir ses priorités !

 

 

 

 

© Kris/Trondheim/Trystram

 

Un nouveau Woodstock dans l’espace ! C’est un peu ce dans quoi surnage Patty depuis cinq ans, entouré de doux (si ce n’était que ça) fous illuminés. Pas qu’elle aime expérimenter les fumées bleues et ces drôles de happenings prônés par le gourou et artiste déluré Ron (alias… Alejandro Jodorowsky ! signe que Martin Trystram s’est fait plaisir dans son casting) mais qu’elle est en mission top-méga-secrète sur le point d’aboutir. Sauf que…

 

 

 

 

© Kris/Trondheim/Trystram chez Rue de Sèvres

 

Sauf qu’après trois reboots insatisfaisants, l’Infinity 8 se prépare à aborder, avec toujours plus d’appréhension, son quatrième. Et devinez qui va être de la revue ? Patty, évidemment, qui sous sa coupe afro enrage sérieusement. Mais on ne peut rien refuser au capitaine, d’autant plus que ce sera l’occasion de se débarrasser de Moosh l’agaçant blogger qui tient plus du paparazzi instagrammé que du reporter tout terrain. Même si pour cela elle doit subir les avances misogynes et perverses du capitaine. Enfin, faut prendre son mal en patience, bientôt Patty sera seule dans l’espace (quoique…) entre les maudits souvenirs de son collègue mort sur le terrain et le but vital qui lui a été assigné, explorer la gigantesque nécropole qui lui tend les bras… décomposés.

 

 

 

 

Une planche finalement réorganisée et recolorisée pour l’album © Kris/Trondheim/Trystram

 

Une nouvelle fois dans cette octologie de science-fiction, c’est le foutoir, le bazar dans cet univers aussi barge qu’inquiétant. Pourtant, les auteurs savent où ils veulent en venir et ce qui paraît sans queue-ni-tête a un sens très aiguisé et pas si éloigné (loin des années lumières, en tout cas) de ce que nous vivons au jour le jour dans notre modernité. L’hyperconnectivité est dans les gênes de la série depuis le début (quoiqu’encore un peu plus présente ici) et, cette fois, c’est à la course à l’audience ainsi qu’à l’activisme et à la communion artistique borderline que la part belle est faite. Une sorte de secte pas bien méchante (sauf si…) qui place ses rêves les plus fous dans un club des 27 enfin réunis. Et les effluves rockeuses et psychédéliques de parfumer cette histoire sans temps mort qui finit dans un bain de sang explosif.

 

 

 

 

© Kris/Trondheim/Trystram chez Rue de Sèvres

 

C’est tripant, osé, formidablement maîtrisé par un Martin Trystram plus que jamais dans son élément (et dans les couleurs ménagées avec Hubert pour aller comme un gant à cette épopée pas si rose que ça) pour imposer sa marque tout en assurant l’héritage des trois premiers tomes de cette série résolument inouïe. Et dire qu’on est qu’à mi-chemin.


 

Alexis Seny

 

Série : Infinity 8

Tome : 4 – Guérilla symbolique

Scénario : Lewis Trondheim et Kris

Dessin : Martin Trystram

Couleurs : Martin Trystram et Hubert

Genre : Space opera, Science-fiction

Éditeur : Rue de Sèvres

Produit par : Comix Buro

Nbre de pages : 96

Prix : 17€



Publié le 12/06/2017.


Source : Bd-best


Du feu de l’instant au feu de l’action, au pays des purs, la photo à l’épreuve des balles

Cela fait déjà un bon paquet d’années que la photographie et la BD sont liées, tant ces deux arts peuvent en dire long l’un sur l’autre. Tout le monde a en mémoire Le photographe d’Emmanuel Guibert, Didier Lefèvre et Frédéric Lemercier. Mais plus récemment, le processus s’est intensifié, par une collection comme Magnum Photo, notamment. Mais les autres éditeurs ne sont pas en reste. Cette fois, la Boîte à Bulles nous emmène au Pays des Purs, le Pakistan, dans les traces de la photographe tout risque Sarah Caron, croquée par Hubert Maury alors que l’esprit de Benazir Bhutto, vivante ou morte, est partout.

 

 

 

 

 

 

 

 
© Hubert Maury chez La Boîte à Bulles

 

Résumé de l’éditeur : Le 27 décembre 2007, la ville de Rawalpindi, au Pakistan, est la proie de violentes émeutes, suite à l’assassinat de Benazir Bhutto, principale opposante au régime en place. Dans la foule, Sarah Caron, photographe française, saisit avec son appareil les moindres détails de la scène. Mais très vite, la jeune femme est repérée et se retrouve poursuivie, craignant pour sa vie.

 

 

 

 

© Hubert Maury chez La Boîte à Bulles

 

Quand on est photographe française free-lance et adepte des grands-reportages, c’est peu de dire qu’on est soumis au courant d’air imprévisible d’une actualité qui peut changer de direction à tout moment. Et quand le vent souffle vers vous, il vous faut opérer très vite quitte à négliger votre propre sécurité. Le feu de l’action, le feu de l’instant.

 

 

 

 

© Hubert Maury chez La Boîte à Bulles

 

Début novembre 2007, Sarah Caron profite d’un moment de tranquillité, dans le jardin de son hôtel de Katmandou. Un moment de battement, de « blues », qui ne durera pas elle le sait. Pourtant, après avoir suivi à la semelle et pendant des semaines les guerriers népalais de l’armée britannique, les Gurkhas, Sarah ne sait vers quelles aventures demain l’emportera. Demain ou… le plus tôt possible, à la quête de l’événement qui aura besoin de son regard photographique, de son déclic. Et cet événement ne se fait pas attendre. Le lendemain, l’état d’urgence est déclaré au Pakistan et Musharraf devient titulaire des pleins pouvoirs. Et forcément l’opposition ne se fait pas attendre, notamment par la voix de Benazir Bhutto, une icône en devenir aux initiales BB.

 

 

 

 

© Hubert Maury chez La Boîte à Bulles

 

Réactive, l’info titille la photographe et fait vite son chemin : le Pakistan sera la nouvelle destination de la Française qui se retrouve à l’aéroport sans ses bagages (ça arrive à tout le monde) sauf le plus important, le matos photo. Pas le temps de s’apitoyer, la ville gronde et Sarah est tout de suite dans le bain avec comme mission de pouvoir s’entretenir avec Benazir et de lui tirer le portrait… jusque dans la prison dorée (y’a même du homard ! ) au Musharraf l’a assignée.

 

 

 

 

© Hubert Maury

 

Le pays des purs, qui est en réalité emprunté au surnom donné au Pakistan, c’est une Aventure avec un grand A qui se déroule sur seulement quelques semaines, tâtant des extrêmes, entre l’intelligentsia et les Talibans, entre la face publique de Benazir Bhutto et ses aspérités guère reluisantes de femme de pouvoir autrefois corrompue. Il ne faut pas se fier les apparences, encore moins derrière un appareil photo. Le cliché doit être représentatif mais aussi juste et sincère par rapport à la réalité qu’il représente, qui se joue parfois entre le noir et le blanc, dans le gris. D’ailleurs, Hubert Maury (étonnante reconversion pour ce dessinateur qui, dans une première vie, a eu une fructueuse carrière militaire et diplomatique) fait usage de noir et de blanc, deux couleurs qui prennent l’ascendant dans le tumulte de l’attentat qui coûta la vie à Benazir et engendra une grosse frayeur à Sarah, « l’étrangère » pourchassée par une meute hostile. Mais au-delà de cette dichotomie anti-chromatique, Clémentine Louette va aussi chercher des teintes « sable » pour donner du relief à ce qu’il relate et y mettre de l’authenticité, comme sur ces documents un peu jaunis mais révélant une mine de trésor.

 

 

 

 

© Hubert Maury

 

Quelque part entre Chaland et la spécialiste du biopic Catel, Hubert Maury réussit là un premier roman graphique qui réussit à trouver un peu d’humour dans les faits dramatique et n’a pas grand-chose à envier à la force de conviction d’un Guy Delisle. Il incarne les choses. Et même dans les moments de relâche, la tension vient toujours récupérer sa part. Et si cette histoire date d’il y a dix ans, par leur intensité mais aussi leur recul, leur science du terrain, la photographe et le dessinateur prouvent que rien de ce qu’ils racontent ne s’est démodé et que des Benazir et des situations de quasi-guerre civile, il y en a eu tant d’autres depuis.

 

Alexis Seny

 

Titre : Le pays des purs

Récit complet

D’après l’histoire de Sarah Caron

Adaptation et dessin : Hubert Maury

Bichromie : Clémentine Louette

Genre : Autobiographique, Guerre, Histoire, BD Reportage

Éditeur : La boîte à bulles

Collection : Contre-Coeur

Nbre de pages : 176 (+ 16 pages de dossier photos)

Prix : 25€



Publié le 12/06/2017.


Source : Bd-best


1·2·3·4·5·6·7·8·9·10·11·12·13·14·15·16·17·18·19·20


©BD-Best v3.5 / 2017