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Le long chemin du deuil dans Rosalie Lightning de Tom Hart : de battre mon coeur s’est… ébranlé

Lightning, ça veut dire la foudre, l’éclair mais aussi la chance. Aussi éphémère soit-elle. L’auteur de bande dessinée, Tom Hart et sa femme Leela Corman vont malheureusement s’en rendre compte à travers ce qui est sans doute l’une des épreuves les plus rudes sur cette Terre : la perte de leur petite fille, Rosalie, âgée de même pas deux ans. Une mort subite, sans aucun signe avant-coureur… à moins que ? Dans un passionnant essai sur la douleur, sur sa douleur, Tom Hart tente de remonter le fil d’Ariane de son labyrinthe et de se raccrocher au fil de sa vie. Bouleversant.

Résumé de l’éditeur : « Nous avons perdu Rosalie il y a quelques jours. » Elle est décédée soudainement une nuit de novembre 2011, sans aucun symptôme avant-coureur. Rosalie avait deux ans, elle était en parfaite santé. Son père, Tom Hart, décide alors de mettre en texte et en image le long processus que lui et sa femme Leela ont éprouvé au lendemain de cet événement tragique. Que fait-on quand on perd un enfant ? – On tombe dans un trou.

 

 

 

 

© Tom Hart chez St. Martin’s Press

 

« Mon corps est plus triste à l’horizontale qu’à la verticale », comment glisser vers la lumière quand toutes les lumières se sont éteintes et que la vie semble bien infime ? Comment dormir quand le cauchemar se vit déjà éveillé, quand le futur coïncide déjà avec le passé, les remords, l’incapacité à ranimer les morts et à se sentir à nouveau vivants. Comment Tom et Leela ont-ils pu en arriver là ? Ce n’était pas la grande vie, plus proche de la banqueroute que du gros lot, mais Rosalie Lightning illuminait tout ça à la faveur de son apprentissage, ses premiers pas. Les premiers mots, aussi, maltraités mais tellement mignons : l’agnégné, la gande lune, oh gad agan didodo… Des codes secrets auxquels seuls les parents sont initiés, et c’est ce qui fait le sel de cette relation privilégiée, de parents à enfant. Et puis, le drame.

 

 

 

 

© Tom Hart

 

« Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé » écrivait Lamartine comme synthèse d’une douleur à vif. Sans doute la douleur est-elle immensément plus forte, plus dure, quand cet être est votre propre petite fille si malicieuse, si rayonnante. Un sourire avant le gros dodo et le lendemain matin, plus rien, un corps inerte, bleu. Rosalie est partie comme une éclipse de bonheur. Ne reste que les tourments, les torrents, et ce sentiment d’injustice : « Qu’a-t-on fait pour en arriver là ? »

 

 

 

 

© Tom Hart

 

Probablement rien mais rien n’y fera : quand un bâtiment s’éboule, il faut du temps pour le reconstruire, pour ôter l’amertume, pour que la vie soit plus forte que la mort. Pour preuve, on en veut le pavé de Tom, aujourd’hui édité par l’Association. Un pavé comme premier pas vers la rédemption et l’épreuve enfin surmontée, vers la reconstruction. « Il y a trois semaines, n’étais-je pas un père ? » Une reconstruction guère facile puisque si de battre le coeur de Rosalie s’est arrêté, l’environnement du couple en deuil ne leur a pas laissé de répit. Un appartement qui ne se vend pas, un bouquin à terminer et le ramdam banal d’un quotidien devenu extraordinaire tant toute charge est désormais un effort surhumain. Et avancer quand on a de cesse de vouloir reculer et métamorphoser le passé, ça n’aide pas à se hisser au-delà du ravin, du trou béant qui ne demande qu’à vous dévorer. "Pourrions-nous installer ici nos vies dénuées de sens ?"

 

 

 

 

© Tom Hart

 

Pour retrouver ce sens qu’il pense à jamais perdu, Tom et Leela vont devoir accomplir un chemin initiatique, de déménagement en déménagement provisoire, de la Floride (dont le ciel semble n’avoir jamais été aussi triste) jusqu’au Nouveau-Mexique. Mais aussi un chemin spirituel pour lequel Tom va faire feu de tout bois de Ponyo sur la falaise à Totoro en passant par Roland Barthes, Werner Herzog et Oum Kalsoum et Paul McCartney. Sans oublier les contes de la crypte et d’autres revenants et l’exploration consciente de toutes ces histoires où un enfant disparaît. Un bagage culturel mis à pied d’oeuvre pour retrouver son chemin et reprendre sa vie par le bon bout.

 

 

 

 

© Tom Hart chez St. Martin’s Press

 

Rosalie Lightning fait partie de ces livres réalisés dans la fureur (de vie mais aussi de mort) et l’incompréhension. Grand maelstrom d’émotions et de réflexions, le livre de Tom Hart est déstructuré. Comme ses héros de la vie de tous les jours, il ne sait sur quel pied dansé, entre rêve et réalité, entre demain et hier.

 

 

 

 

© Tom Hart chez St. Martin’s Press

 

D’un symbolisme fort et jamais pathétique, voilà un ouvrage labyrinthique (comme ce parc de loisir que Rosalie ne verra finalement jamais) dont la force du propos et de l’expérience émerge pour faire un tout cohérent et émotionnellement intense. Car du « Non » au « Oui », quand il s’agit de répondre « stop ou encore » à la vie, le pas est parfois beaucoup plus grand qu’on ne croit. Une colossale leçon de vie.

 

Alexis Seny

 

Titre : Rosalie Lightning (Tumblr)

Scénario et dessin : Tom Hart

Noir et blanc

Traduction : Fanny Soubiran

Genre : Autobiographique

Éditeur : L’association

Collection : Ciboulette

Nbre de pages : 272

Prix : 25€



Publié le 22/03/2017.


Source : Bd-best


Udama chez ces gens-là, quand penser à soi tient moins de l’égoïsme que du besoin de se sentir en vie

On connaissait Zelda, Zebda, mais jamais nous n’étions tombés sur une BD signée par Zelba (alias Wiebke Petersen, un nom qui met la puce à l’oreille sur ses origines allemandes). Il faut un début à tout. En l’occurrence, Udama chez ces gens-là. L’exotisme d’un nom qui côtoie la formule tant répétée de Brel et voilà une histoire singulière qui tranche par rapport aux grands héros et à leurs qualités enviables. Car ça se passe ici et aujourd’hui et qu’il faut parfois penser à soi.

 

 

 

 

 

 

© Zelba

 

© Zelba

 

Résumé de l’éditeur : Claire et Hervé sont parisiens et habitent un appartement cossu, au pied de la Tour Eiffel. Ensemble, ils viennent d’avoir une petite fille, Rose, mais pour Claire, pas question de délaisser sa carrière : il faut engager au plus vite une nounou. Udama, elle, est malienne. Elle vit en périphérie de la capitale, dans une mansarde minuscule et insalubre, avec sa cousine et ses enfants. Répondant à leur annonce, la jeune femme sonne à la porte de Claire et Hervé. C’est elle qui s’occupera de Rose, quitte à tout accepter et à négliger ses propres enfants.

 

 

© Zelba chez La boîte à bulles

 

 

© Zelba chez La boîte à bulles

 

Il y a « New York, New York » mais Paris, Paris, comme rêve un peu plus accessible, c’est pas mal non plus. Enfin, bon, n’allez pas dire ça à Udama que la Ville-Lumière n’a pas mis longtemps à recracher dans l’ombre de la miséreuse piaule qu’elle occupe avec sa cousine et leurs quatre enfants. Udama pouvait rêver mieux mais, dans son malheur, elle a la chance d’être plutôt bien intégrée et d’avoir un caractère sociable et maternel qui va plaire à Claire et Hervé. Claire qui, sous la pression de son emploi d’agente immobilière, ne compte pas user et abuser de toute la durée de son congé de maternité.

 

 

© Zelba chez La boîte à bulles

 

 

© Zelba chez La boîte à bulles

 

Pourtant dieu sait qu’elle en aurait bien besoin au vu de sa fatigue, de la mélancolie qui semble l’avoir agrippée et de la tragédie dont les plaies du couple sont loin d’être refermées. Et même si Hervé tente de la raisonner, rien n’y fera, Claire veut se réfugier dans le boulot. Remarquez, ça fait les affaires d’Udama même si elle va vite se rendre compte que son confort personnel et sa vie familiale vont être remis en jeu, d’horaires tardifs en avances malsaines mais peut-être rentable.

 

 

© Zelba

 

 

© Zelba

 

La boîte à bulles n’a pas tort en présentant son mois de février comme social et sociétal. Avec les aventures d’Udama, c’est exactement ça, mais peut-être pas forcément dans le sens où on l’entend habituellement. S’offrant une plongée sans pathos dans le monde des nounous mais aussi dans les failles d’un couple qui tente de tenir bon et dans le revers du rêve européen, Zelba réussit à brasser une multitude de thèmes sans en faire de trop et avec une simplicité redoutable. Redoutable comme cette héroïne qui, à force de ne plus penser à elle, va revenir au « chacun sa pomme » pour ne plus jamais transiger sur son bonheur et celui des siens, et profiter des opportunités qui se profilent devant elle sans, pour cela, avoir peur de passer pour une égoïste.

 

 

© Zelba chez La boîte à bulles

 

 

© Zelba chez La boîte à bulles

 

Égoïste, elle ? Plutôt mue par le besoin de mener sa vie du mieux qu’elle peut, et tant pis si cela fait des déçus. Ainsi, Zelba s’amuse à esquisser un triangle amoureux et à faire quelques mauvais coups derrière le dos des seconds-rôles. Un bien, un mal ? Moins que ça et plus que ça à la fois, tant on a dépassé depuis bien longtemps le manichéisme simpliste et tronqué. Car si la vie est faite de hauts et de bas, elle compile aussi des moments où l’on peut être fier ou pas de soi, des moments où l’on tend la main et d’autres où on la replie sur soi.

 

 

© Zelba chez La boîte à bulles

 

 

© Zelba chez La boîte à bulles

 

Et Zelba réussit, à l’heure des beaux discours et des (trop) belles valeurs utopiques, à livrer un récit fait de nuances, de réalisme, qui remet les choses à leur place, dans leur juste valeur et joue aux jeux des sept (mais il y en a bien plus) différences. Dans la forme et dans le fond, Zelba manie gracieusement de bonnes idées de composition. Dans les pas d’une femme qui tente juste de vivre un peu plus fort. Car, chez ces gens-là, Monsieur, avant tout, on vit !

Alexis Seny

Titre : Udama chez ces gens-là

Récit complet

Scénario, dessin et couleurs : Zelba

Genre : Chronique sociale

Éditions : La boîte à bulles

Collection : Hors champ

Nbre de pages : 104

Prix : 20€



Publié le 20/03/2017.


Source : Bd-best


Erased 8 , Kei Sanbe répond à toutes les questions laissées en suspens

« J’ai un avantage sur lui ! Je sais ce qu’il manigance ! Je peux anticiper ses actions…pour avoir un coup d’avance ! On finira…par le faire tomber ! »

 

L’heure de l’ultime face-à-face entre Satoru et Monsieur Yashiro va bientôt sonner. Dans un jeu du chat et de la souris, les chemins du bourreau et de son poursuivant vont se croiser. Le piège va-t-il se refermer sur l’instituteur assassin ? Où les failles temporelles dans la vie du jeune japonais vont-elles le laisser ?

 

Dans ce huitième et dernier volume d’Erased, Kei Sanbe répond à toutes les questions laissées en suspens. Un tome complémentaire réunissant des scènes auxquelles le mangaka a dû renoncer devrait clore complétement l’aventure.

 

 

 

 

 

 

Loin des séries fleuves qui semblent ne jamais connaître de fin, Sanbe propose des récits qui se closent rapidement : entre autres, 4 tomes pour l’excellente Île de Hozuki, 6 tomes pour le terrifiant Berceau des esprits, 8 tomes pour l’énigmatique et original Erased.

 

Graphiquement, même si certaines représentations de visages de ¾ laissent anormalement un œil absent (c’est récurrent chez l’auteur), le mangaka fait de nets progrès. Il ose des scènes complexes, comme le face-à-face sur un pont suspendu avec un arrière-plan de feu d’artifice. Certes, il n’est pas au niveau des plus grands et loin d’une délicatesse à la Hoshino (D-Gray-Man), mais son travail plus que correct sert honorablement le récit.

En outre, il se sort avec brio d’une construction scénaristique avec flash-backs, ellipses et imbroglios temporels  qui aurait vite pu se transformer en labyrinthe inextricable.

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

Série : Erased

Tome : 8

Genre : Fantastique

Scénario & Dessins : Sanbé

Éditeur : Ki-Oon

Nombre de pages : 210

Prix : 7,65 €

ISBN : 979-1032700570



Publié le 20/03/2017.


Source : Bd-best


Lynchéen et Baudelairien, Gustave Babel inaugure impeccablement des contes d’un nouveau genre… tentaculaire

Attention bijou impensable, pas cataloguable pour un carat, OVNI dantesque et tentaculaire. Tentaculaire, le mot est lâché, et en appelant sa nouvelle série (de one-shot?) Les contes de la pieuvre, Gess avait forcément cette idée en tête. Se renouvelant sans cesse, le premier papa de Carmen McCallum, qui nous avait aussi offert une belle évocation du 11 janvier avec Serge Lehman, nous revient dans un genre qui lui va comme un gant, à un jet d’encre du fantastique. À écouter, pourquoi pas, au son des Pixies. Where is my mind.

 

 

 

 

 

 

 

© Gess chez Delcourt

 

Résumé de l’éditeur : Juillet 1913 : La Pieuvre envoie Gustave Babel abattre un homme, mais quand il arrive, ce dernier est déjà mort. Décembre 1913 : nouveau contrat, mais cette fois, l’homme se suicide sous ses yeux. 1914 : infiltré dans les rangs de l’armée allemande, Babel voit sa cible disparaître sous des tirs d’artillerie. Profondément déstabilisé, il va devoir affronter visions et cauchemars qui le mèneront tout droit à un passé enfoui et à son pire ennemi : L’Hypnotiseur.

 

 

 

 

© Gess chez Delcourt

 

Dès la couverture (luxueuse), le ton est donné. Est-ce un arbre ou une pieuvre qui hante l’arrière-plan ? Peu importe. Toujours est-il que le dénommé Gustave Babel semble peser le pour et le contre, le stop ou l’encore du revolver qui l’a accompagné dans ses aventures meurtrières. L’attribut d’un sujet en bout de course traqué jusque dans ses nuits sous le poids d’immondes cauchemars. Gustave est en sursis.

 

 

 

 

© Gess chez Delcourt

 

Et quitte à entamer son dernier voyage, autant le démultiplier au fil des souvenirs et des séjours à l’étranger… facilités par une connaissance incroyable de toutes les langues du monde. Dans un Paris populaire en diable comme à Port-Saïd (dans lequel on jurerait apercevoir un Indiana Jones) ou en Argentine, Gustave qui porte bien son nom est comme un poisson dans l’eau, même s’il s’empoisonne l’esprit par de sombres pensées. Il faut dire que depuis qu’il rate successivement les gages que la pieuvre lui pro… lui impose, Gustave sait que son temps est compté.

 

 

 

 

© Gess chez Delcourt

 

Explorant le premier quart du vingt-et-unième siècle, c’est un récit impressionnant que nous livre Gess, se servant de thèmes mafieux et criminels pour mieux explorer la manière dont un être peut basculer de l’ombre à la lumière, et vice-versa surtout. Animé par les poètes comme Baudelaire, aidé par un sosie officiel de Gérard Depardieu, Gustave (qui, lui-même possède des traits très Lynchiens) pérégrine dans ce monde qui va déjà trop vite pour lui.
Depardieu en invité de bon aloi © Gess chez Delcourt

Avec cet ouvrage indescriptible où se marie magie, chimères et aventure au long cours, entre mille autres choses, encore plus quand on sait que le présent album était déjà annoncé en… 2011, Gess semble n’avoir vécu jusqu’ici que pour donner vie à ces contes aussi macabres que vivifiants. À l’image de ces couleurs qui, en un clignement d’yeux, permettent de restituer l’ambiance de ces années-là dans ces pays-là.

 

 

 

 

© Gess chez Delcourt

 

Cela faisait très longtemps que Gess n’avait pas été l’auteur complet d’un récit. Ça tombe bien, cela faisait aussi très longtemps que nous n’avions pas lu un roman graphique aussi prenant et cinglant, mariant si bien esprit, forme et fond. D’une classe infernale.

 

 

Alexis Seny

 

Série : Un récit des contes de la pieuvre

Tome : La malédiction de Gustave Babel

Scénario, dessin et couleurs : Gess

Genre : Aventure, Polar

Éditeur : Delcourt

Collection : Machination

Nbre de pages : 200

Prix : 24,95€



Publié le 15/03/2017.


Source : Bd-best


Des armes aux arts, Peru et Lorusso lèvent le voile sur Cosme de Médicis, bienfaiteur autant que bourreau de Florence

Aaaaaaaaaah l’Italie et ses grandes et belles villes. Rome, Venise, Amalfi et incontournablement… Florence. Florence si belle et pourtant… il n’en a pas toujours été ainsi. Et longtemps la cité des nénuphars, des lys et surtout des arts a cherché à mettre un toit, que dis-je, un dôme à la hauteur de ses ambitions et de la cathédrale Santa Maria del Fiore. Un temps de tous les possibles où commence l’épopée des Médicis. De la boue au marbre, Olivier Peru, Giovanni Lorusso et Élodie Jacquemoire nous content cette histoire qui commence par un duel de longue haleine avant quatre autres tomes.

Résumé de l’éditeur : Le jeune Cosme porte un nom de famille encore inconnu. D’origine roturière, fils d’un banquier de Florence, il ne voit dans l’argent qu’un moyen de s’élever au-dessus des nobles, de sortir sa cité et le reste du monde du Moyen-Âge. Il nourrit les ambitions d’un roi. Mais en un temps où les grands de Florence, le Pape et les seigneurs d’Italie s’affrontent au moindre prétexte, lui qui n’a jamais brandi d’épée va devoir livrer des batailles nouvelles… Celles qui se gagnent par la patience et l’esprit. Ainsi seulement le nom des Médicis épousera les lumières de l’Histoire.

 

 

 

 

© Peru/Loruso

 

Cosme, l’homme qui tutoyait Florence et Florence qui tutoyait cet homme. Dans les rues du changement, entre l’archaïque et le novateur, les auteurs ont ici choisi de donner voix à Firenze, la ville de Florence, pour faire oeuvre de narrateur et commencé l’odyssée tout sauf tranquille de la famille Médicis. Médi… quoi ? Vous avez raison, en 1407, le nom de ces incroyables révolutionnaires n’est pas encore très connu. Tout juste sont-ils de puissants banquiers, mais pas de quoi passer à la postérité. D’autant que celui qui est appelé à régné sur la ville, Rinaldo degli Albizzi, entend bien se débarrasser de ce qui pourrait être une épine dans son pied de titan tyran. Rinaldo, c’est la méthode forte et armée. Cosme Médicis, lui, joue d’intelligence et de ressources insoupçonnables. Tous les coups sont permis et les deux hommes, enfin surtout Rinaldo, ne vont pas se retenir. Dans un duel à l’issue bien incertaine.

 

 

 

 

© Peru/Loruso

 

D’entrée de jeu, tous les ingrédients sont réunis pour un duel au sommet, d’anthologie : une ville comme théâtre tragique, deux bretteurs qui font office de chaud et de froid et une populace qui se fait juge et partie en fonction de ce qu’on lui promet avec des armes ou des sous (c’est ainsi depuis que le monde est monde, cela dit). Simple, efficace et historique.  Et on ne peut s’empêcher de penser à la série de Boisserie, Guillaume et associés : La Banque. On peut jouer les comparaisons, bien sûr, mais on est sûr de trouver dans les deux aventures un intérêt certain, d’autant que l’époque n’est pas la même.

 

 

 

 

© Peru/Loruso/Jacquemoire chez Soleil

 

En 52 planches volubiles, ça se déguste comme un bon vain, et portées par le sens du monumental de Giovanni Lorusso, ce premier tome dissèque admirablement le duel qui va donner naissance au mythe Médicis. Pas question pour autant d’en faire une opposition entre un abominable homme d’Hier et un héros de demain. Pourtant, Médicis n’est pas blanc comme neige et va se durcir sous l’impact des coups bas de son épique ennemi, se faisant bourreau de la ville dont il était le bienfaiteur. Et une machination en entraîne une autre, jusqu’à ce que mort s’ensuive. De l’un ou de l’autre. Des deux, peut-être?

 

 

 

 

© Peru/Loruso

 

À l’ombre mais aussi dans la lumière (qui jaillissent de l’inspiration d’Élodie Jacquemoire) de Santa Maria del Fiore, Olivier Peru et Giovanni Lorusso (sous la direction de Jean-Luc Istin, souvent dans les bons coups) livrent un début de série palpitant, fastueux et détaillé, réussissant à être bavarde sans, à aucun moment, assommer son lecteur. Notamment par sa richesse graphique (des plongées, contre-plongées de bon aloi et une 37ème planche grandiose dont on ne s’est toujours pas remis) Médicis, dans la pure tradition des grandes séries de Soleil, manie arts et armes, architecture et grands combats d’idées pour faire son oeuvre et son charme.

 

Alexis Seny

 

Série : Médicis

Tome : 1 – Cosme l’ancien

Scénario : Olivier Peru

Dessin : Giovanni Lorusso

Couleurs : Élodie Jacquemoire

Genre : Historique, Saga familiale

Éditeur : Soleil

Collection : Aventure

Nbre de pages : 52

Prix : 14,99 €



Publié le 15/03/2017.


Source : Bd-best


Toujours dans les mauvais coups, Fabien Nury entraîne Sylvain Vallée dans le Katanga des diamants sanglants

À peine remis d’une incursion dans la Guyane fantasmée et cauchemardesque des orpailleurs sans pitié (une série écrite pour Canal + qui a eu un succès honorable), Fabien Nury ne lâche pas son dada qu’il chevauche depuis un bon moment : la fascination des hommes pour ce qui brille et ce qui rapporte gros, quelle que soit l’époque dans laquelle cette quête féroce prend place. Et d’un horizon à l’autre, voilà que l’as des as entraîne son complice d’Il était une fois en France, Sylvain Vallée, dans l’intranquillité de la bouche d’un Katanga violent et sanguinaire. Tout ce que nous aimons, en fait !

 

 

 

 

 

 

 

Teaser © Fabien Nury/Sylvain Vallée

 

Résumé de l’éditeur : En 1960, après quatre-vingts ans passés sous la domination coloniale belge, le Congo proclame son indépendance ; moins de deux semaines après, la riche province minière du Katanga fait sécession. Le Congo et le Katanga entrent immédiatement en guerre ; au coeur du conflit : la possession des territoires miniers. De nombreux massacres et exodes de civils s’ensuivent. L’ONU impose alors sa médiation et l’envoi de Casques bleus sur place… Dans le même temps, une horde d’ignobles mercenaires est recrutée pour aller libérer les exploitations minières occupées… Et un domestique noir, Charlie, tord le cou au destin en mettant la main sur un trésor inestimable : 30 millions de dollars de diamants… ce qui fait de lui le Noir le plus recherché du Katanga.

 

 

 

 

©Nury/Vallée/Bastide

 

Lingots, pépites ou diamants, c’est comme si tous avaient attendu sagement leur heure, en sûreté dans leur cachette, que Fabien Nury vienne les saisir avec maestria. Remarquez, quand il s’agit de donner vie et brillant à ces casses de papier, Sylvain Vallée est fortiche aussi, sur tous les plans et dans tous les décors. Ou comment passer des heures sombres de la France à celles que d’aucuns pensaient être les plus lumineuses de l’Histoire (avec un grand H) du Congo, après des lustres sous le joug européen, comme jardin des rois belges. C’était sans compter le revers de la médaille.

 

 

 

 

©Nury/Vallée/Bastide chez Dargaud

 

Mais ce serait se méprendre que de croire que l’histoire commence là. Non, elle commence quelques décennies auparavant, dans les prémisses de la deuxième partie du XIXème siècle. À l’origine de la violence en compagne de Msiri, parfait exemple du self-made man, répudié par sa tribu mais forgeant sa vengeance dans la fièvre, le sang et le sexe au coeur de son harem de 1200 femmes. Sans compter les richesses accumulées. Msiri, premier mercenaire et fier de l’être dont l’engeance s’est répandue comme une traînée de poudre, jusqu’à ces fatidiques mois d’après-indépendance.
©Nury/Vallée

Après un prologue accumulant les images fortes et imbibant les esprits; Nury et Vallée, tels un tandem de malfrats bien rodé (ce qu’ils sont puisque Katanga est leur septième album commun), nous mettent tout de suite dans le jus, quelques jours après l’indépendance du Congo, en plein dans la sécession du Katanga. Une première course-poursuite bien funeste, des tractations en haut-lieu et pourtant bien secrètes et puis la formation d’une équipe de choc pour se mettre en piste et trouver le magot dont le montant ferait tourner la tête à bien des hommes.

 

 

 

 

Recherches pour Gunther Geysel ©Nury/Vallée

 

Et ces hommes-là, réunis malgré leurs différences, ne sont pas des tendres : des « vieux copains » mais aussi un malabar ancien SS, un assassin pur et simple, un fils à maman dont la naturelle distinction est vite oubliée quand il joue du lance-flamme, sans oublier l’aviateur chevronné et un peu fêlé. À la présentation de ce team de feu, on ne peut s’empêcher de sourire et de repenser à notre dernière rencontre avec le gangster par excellence de la bd franco-belge. En rigolant, il nous avait dit qu’il préparait une suite au tonitruant Comment faire fortune en juin 40 et qu’il pourrait décliner cette thématique dans divers lieux et époques historiques. Ce n’était pas si bête car Katanga cultive les relents de ce parfum d’aventure tragico-comique et cette idée d’Expendables de BD beaucoup plus intelligents et attachants que ceux du grand écran.

 

 

 

 

©Nury/Vallée/Bastide chez Dargaud

 

Et même si c’est un peu reparti comme en 40, on pense aussi, tous azimuts, aux films noirs avec des Lino Ventura et de sacrées bouilles de truands, au Looping de l’Agence tout risque ou à Une affaire d’État du trop rare Éric Valette. Fabien Nury aime à montrer qu’il ne s’est pas fait sans un sérieux bagage culturel mais aussi documentaire. Même si le ton est résolument à la fiction, Fabien Nury décrit cet album comme « aussi inoffensif qu’une carte postale de vacances » au regard de ce qu’il a lu et vu. Il y a quelques clins d’oeil, mais le scénariste s’en émancipe très vite pour imposer sa patte et sa frappe, ne laissant rien au hasard et provoquant les explosions. Si certains scénaristes sont vus comme des limousines de la BD, Fabien Nury en serait plutôt la puissance de feu.

 

 

 

 

©Nury/Vallée

 

D’autant plus que Sylvain Vallée est on ne peut plus affûté sous les couleurs infernales de Jean Bastide. Se servant du cocktail de feu de son acolyte, Sylvain Vallée épate encore une fois la galerie, à tombeau ouvert et avec un découpage qui ne laisse aucun répit au lecteur. Promenant ses personnages semi-réalistes (et avec des gouailles d’enfer) dans un Katanga intense et venimeux, on est bien en peine de dire où ce périple jusqu’au bout du carnage s’arrêtera. Lourd et brutal, caustique et comique (un peu), ce premier tome (d’un diptyque, apparemment) est un jeu (de massacre) qui en vaut la chandelle. Et pour Nury-Vallée, c’est reparti pour la gloire, la dure, la vraie.

 

Alexis Seny

 

Titre : Katanga

Tome : 1/2 – Diamants

Scénario : Fabien Nury

Dessin : Sylvain Vallée

Couleurs : Jean Bastide

Genre : Aventure, Thriller politique

Éditeur : Dargaud

Nbre de pages : 74

Prix : 16,95€



Publié le 13/03/2017.


Source : Bd-best


Les fées de Cottingley, un fabuleux conte adolescent aux allures de roman gothique

La collection métamorphose nous a déjà surpris avec ces récits poétiques et fascinants. Après nous avoir offert une Alice au Pays des Merveilles plus gothique que jamais, la collection nous gâte à nouveau en nous livrant la fantasmagorique histoire des fées de Cottingley. Porté par les superbes illustrations de Sophie De La Villefromoit, ce magnifique livre de Sébastien Perez fascine autant qu’il pose question.

 

Derrière ce récit fantastique se cache un fait divers bien connu. L’affaire des fées de Cottingley défraya la chronique au début du XXème siècle et alla même jusqu’à susciter l’intérêt d’un écrivain écossais, un certain Sir Arthur Conan Doyle. Elsie Wright et Frances  Griffiths ont 10 et 16 ans lorsqu’elles font la rencontre d’un ce petit peuple maintes fois imaginé mais rarement observé et encore moins prouvé. Les deux cousines se photographient en compagnie de fées et les cinq clichés qu’elles livrent sont sans équivoque ; les deux fillettes posent bel et bien avec des fées. La presse s’empare de l’affaire, les filles sont interrogées, le public est partagé. Certains pensent que les photos sont authentiques, d’autres les disent truquées.

Quant au père de Sherlock Holmes, il s’intéressera de près à l’affaire, convaincu d’avoir trouvé la preuve de l’existence des fées. L’éminent spiritualiste sera d’ailleurs un fervent défenseur de l’existence réelle des fées de Cottingley. Le voile ne sera jamais totalement levé sur cette affaire qui passionne autant qu’elle frustre. Alors âgées de 80 ans, les deux cousines avoueront les supercherie. Les images ont été truquées par leur soin, à partir de fées en cartons découpées dans un livre et fixées au sol au moyen d’épingles à chapeau. Elles certifieront néanmoins que le dernier des cinq clichés est quant à lui en tout point authentique.

 

 

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En se plongeant dans cet ouvrage illustré, il ne faut certainement pas s’attendre à une énième adaptation de ce fait divers. Ici, Sébastien Perez nous raconte une histoire un peu différente, racontée du point de vue de Francès. Il prend des libertés et revisite avec intelligence la célèbre affaire des fées de Cottingley. Il nous plonge ainsi dans la vie d’une petite fille de 10 ans qui débarque avec sa mère chez sa tante Polly alors que son père a rejoint le front. Elle fait alors la connaissance de sa cousine Elsie, une adolescente très renfermée entretenant une certaine crainte envers son père. La raison est simple, Elsie, comme sa mère, croit dur comme fer à l’existence des fées. Croyance qui aux yeux de son père n’est que pure sottise. Mais c’est sans compter cette mystérieuse Kate, à la peau étonnamment opaline, qui, cachée dans les bois, leur assure avoir vu les fées. Mieux encore, elle se trouverait sous leur protection. Elsie et Francès décident de réaliser des clichés truqués de ces fameuses fées. Vint alors la notoriété et, avec elle, s’installe une certaine rivalité entre les deux cousines et l’énigmatique Kate.

 

 

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L’enfance, l’adolescence, la vieillesse… Ces trois périodes se suivent et s’entremêlent tout au long de ce récit presque initiatique, oscillant entre conte et littérature fantastique, sans jamais tomber dans l’un ou l’autre extrême. L’onirisme imprègne le roman de bout en bout et se partage constamment entre merveilleux et monstruosité. On est bien loin de ces adorables fées qui vivent dans cet imaginaire niais que l’on inculque aux enfants dès leur plus jeune âge. Les fées de Cottingley sont bien plus ambiguës, fascinent et effraient à la fois. Elles sont ici davantage inspirées de la mythologie celtique dans laquelle les fées ne sont finalement ni bonnes, ni foncièrement cruelles. Elles peuvent faire preuve d’une générosité sans pareille, comme d’une monstruosité acerbe. Envisager ces créatures magiques de la sorte amène un côté bien plus sombre et permet une plus grande prise de liberté ; ainsi le merveilleux peut se heurter au gothique, et ce en toute légitimité !

Une atmosphère glauque enveloppe donc cette histoire tandis que tout semble vouloir nous pousser à ne pas croire Elsie et Francès. Et pourtant, le doute finit bien par s’installer dans les dernières pages. Le lecteur est perdu, qu’est-ce qui est réel, qu’est-ce qui relève du rêve ? Et le mystère s’il plane en continu, est porté par cette ambiance anxiogène, presque étouffante qui se tisse peu à peu autour de nous comme autour des deux petites filles, qui tente de nous faire perdre pied avec la réalité.

 

 

 

 

Très perturbée par la présence de son père sur le front, Francès est hantée par des visions tantôt extraordinaires, tantôt sinistres. Et toute la singularité de cet ouvrage repose justement sur cet onirisme captivant, tant dans le texte de Sébastien Perez que dans les splendides dessins de Sophie De La Villefromoit. La dessinatrice prend plaisir à nous égarer dans des illustrations parfois sombres et glaçantes mais aussi douces et enivrantes, habitées par une nature foisonnante presque personnifiée. Parfois le rythme du texte est rompu, les mots ne sont plus nécessaires et laissent les images prendre le pas ; prouvant à quel point texte et illustrations peuvent se servir l’un l’autre, sans jamais se phagocyter.

Avec comme point de départ un fait divers surexploité, le récit est en réalité bien plus étoffé qu’au premier coup d’œil. Page après page, l’histoire de Francès et Elsie se trouve dépoussiérée, les faits sont réinterprétés, appuyés par un imaginaire infini, envahi de symboles et de poésie. Réalité, imaginaire, adolescence difficile, psychologie, rêverie ; nul doute que cette revisite audacieuse a de quoi ravir les amateurs de roman merveilleux ou de roman gothique, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes !

 

Alexy Seny

 

Titre : Les Fées de Cottingley

Roman graphique

Scénario : Sébastien Perez

Dessin et couleur : Sophie De La Villefromoit (Page Facebook)

Genre : Conte, fantastique

Éditeur : Editions Soleil

Collection : Collection Métamorphose

Nombre de pages : 152

Prix : 22,95€



Publié le 13/03/2017.


Source : Bd-best


Magic 7 tome 3 :  les auteurs embarquent les lecteurs dans une aventure à la Harry Potter

« - Tu es sûr de ne pas avoir faim ? »

            « - Sûr. Pourquoi t’es parti ? »

            « - (…) Ha ! J’ai tellement de choses à te dire que je ne sais pas par où commencer. »

            « - Par le début ? »

            « - Bien… Mais le début date d’il y a bien des siècles. Ça risque d’être long… »

 

            Léo retrouve son père. Celui-ci lui apprend que le combat entre une créature maléfique et sept magiciens est imminent. En effet, selon la prophétie, la bête reviendrait en même temps que la magie. Il n’y a plus de temps à perdre. Les Magic 7 doivent se réunir… mais ils ne sont pour l’instant que 6. Il manque encore un enchanteur.

 

            Avec un rythme de parution soutenu, les auteurs embarquent les lecteurs dans une aventure à la Harry Potter qu’on n’a pas envie de lâcher. Kid Toussaint finit de mettre en place son monde imaginaire. Il aura fallu trois albums pour présenter tous les personnages, mais cela a évité un long catalogue rébarbatif. Ils apparaissent au fil de l’action lorsque le scénario l’exige.

 

            Le graphisme à quatre mains de  La Barbera et Quattrocchi gagne en cohérence. Les influences disneyennes s’éloignent pour créer un style hybride. Un peu plus de puissance dans les scènes d’action finaliserait bien l’ensemble.

 

 

 

 

 

 

            Magic 7 est à ranger entre Harmony et Frnck dans les belles surprises apportées à Spirou par Frédéric Niffle pendant ce renouveau qu’il impulse depuis qu’il en est rédac ’chef. (Ceci a déjà été dit dans la chronique sur frnck et sera rappelé dans la prochaine sur Harmony)

Vérités, quatrième tome de la série, est déjà prévu pour le mois prochain.

 

Laurent Lafourcade

 

Série : Magic 7

Tomes : 3 - Le retour de la bête

Genre : Aventure fantastique

Scénario : Toussaint

Dessins : La Barbera & Quattrocchi

Couleurs : Marcora

Éditeur : Dupuis

Nombre de pages : 48

Prix : 9,90 €

ISBN : 9782800167060



Publié le 13/03/2017.


Source : Bd-best


Cath et son chat, Yrgane Ramon enveloppe le monde de Cath de son trait délicat

« - Regarde, je suis sûre qu’il complotent quelque chose ! »

            « - T’as raison, sinon pourquoi ils feraient toutes ces cachotteries ?! »

            « - C’est quoi vos messes basses ? Qu’est-ce que vous nous cachez ?! »

            « - Ce ne sont pas des messes basses, ton père me dit plutôt de belles choses… »

            « - Venise est la ville des amoureux… Alors forcément l’ambiance fait que… ça favorise… »

 

Favorise, favorise… « Laisse les gondoles à Venise, le printemps sur la Tamise. On n’ouvre pas les valises. On est si bien. ». C’est ce qu’aurait pu chanter Papa à sa nouvelle amoureuse Samantha. Mais quand on séjourne dans la ville italienne avec Cath et son chat Sushi, ainsi que le jeune Virgile et la tante Philomène, l’ambiance est nettement moins romantique. La petite famille y fera un bref séjour avant de revenir à domicile, ou plutôt au nouveau domicile, celui de Samantha, où tout le monde va cohabiter.

 

 

 

 

 

 

 

Yrgane Ramon enveloppe le monde de Cath de son trait délicat, courbe, féminin et rassurant, le tout servi par des couleurs pop, sucrés et fluides.

 

Richez et Cazenove font évoluer leurs personnages doucement, mais juste ce qu’il faut pour une série de gags tous publics. L’essentiel est de faire sourire, d’amuser, de distraire, et de plaire au plus grand nombre. Le pari est réussi, puisque la série va être adaptée en série mi-filmée, mi-animée, un concept hybride original dont on peut voir quelques images sur https://www.monkeyeggs.fr/cathetsonchat.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Laurent Lafourcade

 

Série : Cath et son chat

Tomes : 6

Genre : Humour

Scénario : Cazenove & Richez

Dessins : Ramon

Couleurs : Ramon & Grosjean

Éditeur : Bamboo

Nombre de pages : 48

Prix : 10,60 €

ISBN : 978-2-81894-001-3



Publié le 08/03/2017.


Source : Bd-best


Bloody Words : et si le sort de la guerre froide ne tenait qu’aux… cauchemars d’un enfant

Dans un esprit rétro, la guerre froide que se sont menés les USA et l’URSS, et par conséquent la CIA et le KGB, reste encore dans toutes les mémoires et continue de nourrir bien des imaginaires. De près ou de loin. Mais qui aurait pu croire que le sort de cette guerre sans coup de feu (ou quasiment) pourrait se jouer quelque part dans un coin perdu de l’Amérique de 50’s, à Jackson Hole dans le Wyoming ? Dans Bloody Words, Frédéric Marniquet, Jean-Blaise Djian, Alain Paillou et Tatiana Domas nous emmènent dans une histoire aux frontières du réel.

 

 

 

 

 

 

 

© Djian/Marniquet/Paillou/Domas chez Cerises et Coquelicots

 

Résumé de l’éditeur : Automne 1958 aux Etats-Unis, quelques années après le maccarthysme. Après plus de 2000 miles en voiture, Stan Coleman, chroniqueur littéraire pour un magazine newyorkais, arrive enfin à Jackson Hole dans le Wyoming.  Il vient interviewer Jim Norton, un romancier populaire à succès, qui vit près de la Snake River, dans le parc national du Grand Teton. Norton est un homme secret et c’est la première fois qu’un journaliste parvient à l’approcher d’aussi près…

 

 

 

 

© Djian/Marniquet/Paillou/Domas chez Cerises et Coquelicots

 

Mais qu’est-ce qu’un obscur journaliste et un écrivain, aussi en vue soit-il malgré l’intérêt tout relatif de la littérature de gare qu’il produit, viennent faire entre KGB et CIA. Passé une couverture pas si loin de Stranger Things et fracassante (on ne voudrait pas être à la place des deux passagers de la voiture qui vole en éclat dans le ravin), tous les doutes sont permis. Dieu que tout cela est bien mystérieux. Et Dieu qu’il est difficile de vous faire passer l’envie sans vous en dire trop.

 

 

 

 

© Djian/Marniquet/Paillou/Domas chez Cerises et Coquelicots

 

Il faut dire que l’interview banale et néanmoins valorisante Stan Coleman va vite tourner court (plus secret que Jim Norton, tu meurs) mais se parer d’un tout autre enjeu. Jim Norton cache quelque chose, et même s’il doit se grimer et prolonger son séjour dans ce trou perdu, Stan compte bien enquêter et rapporter du croustillant à la rédaction de son journal. Pourquoi Jim a-t-il choisi de se retrancher dans une maison encore plus loin que Jackson Hole, seul au monde et avec sa famille. Une famille protégée à tel point que personne ne sait que Jim et son épouse ont en fait… un fils, Eddy, que personne n’a jamais vu. Sauf Stan, et ce « scoop » qui l’amène à approcher le gamin lors de parties de chasse, alors que son père est parti pour un de ses étranges déplacements, va mettre la vie du journaliste en danger. Mais le secret en vaut la peine.

 

 

 

 

© Djian/Marniquet/Paillou/Domas chez Cerises et Coquelicots

 

Évoquant un peu le Charly de Lapière et Magda mais aussi Harmony de Mathieu Reynes, Eddy et Bloody Words s’en éloignent très vite pour développer une histoire aussi intrigante qu’original. Mêlant drame familial, pratiques d’agents secrets, mystère ambiant et une petite dose de fantastique, l’intrigue établie par Frédéric Marniquet et Jean-Blaise Djian tient bien mieux la route que la voiture cabossée de la couverture. Tant mieux, on n’en attendait pas moins. D’autant que si le suspense s’épaissit, les auteurs prennent leur temps pour le résoudre, en étalant l’histoire sur deux tomes. Cauchemars en est le premier, même si, aux premiers abords, on a du mal à croire à ce titre anxiogène tant on est séduit par ce mélange de chutes d’eau et de nature à perte de vue. Un décor sans histoire que la cruauté humaine et les enjeux politico-militaires viennent rattraper et faire sombrer.

 

 

 

© Djian/Marniquet/Paillou/Domas chez Cerises et Coquelicots

 

Sans esbroufe et en accord avec l’ambiance des 50’s américaine, Alain Paillou donne vie à ce suspense, travaillant les ombres sur les visages de ses héros, dans une tradition héritée des Jacobs et consorts qui va bien à cet ouvrage très diversifié qui fait le son entre les avions de chasse, les bureaux de la CIA et la nature contemplative et abrupte dès qu’il s’agit d’escalader les rocs du Parc National du Grand Teton. Précis et documenté, le dessinateur se fait aussi sec dès qu’il s’agit d’instiguer l’action et un parfum de sang et de meurtre. L’ensemble, rehaussé par les couleurs de Tatiana Domas sous la pluie drue ou dans le feu des explosions spectaculaires, se tient bien. Ces auteurs-là ne sont pas des novices, et toute leur expérience fait foi dans ce suspense inédit et bien senti.

 

Alexis Seny

 

Titre : Bloody Words

Tome : 1/2 – Cauchemars

Scénario : Frédéric Marniquet et Jean-Blaise Djian

Dessin : Alain Paillou

Couleurs : Tatiana Domas

Genre : Suspense, Mystère, Politique

Éditeur : Cerises et Coquelicots

Nbre de pages : 48

Prix : 15€



Publié le 08/03/2017.


Source : Bd-best


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