?>

En images et en bulles
Flux RSSFlux RSS

1·2·3·4·5·6·7·8·9·10·11·12·13·14·15·16·17·18·19·20


De la peinture sur les bords des cases : la BD prolonge les rêves de Monet et du méconnu Vidal Balaguer

Dans l’étendue de l’Histoire picturale, il s’en est fallu d’un cheveu, d’un poil de pinceau, parfois pour que certains passent de l’ombre à la lumière tandis que d’autres, malgré l’étendue de leurs talents, traînaient les toiles dans l’anonymat. Car la reconnaissance, cette quête plus souvent inassouvie qu’assouvie, est une géométrie variable pour laquelle il convient parfois de forcer la chance et de respecter les dogmes prisés par ses contemporains ou avoir le tempérament de les envoyer balader. Mais entrons dans le vif du sujet sous les pas et les traits de deux guides de luxe, Claude Monet et Vidal Balaguer, servis par deux dessinateurs espagnols qui sentent la peinture puisqu’il leur arrive fort souvent de tâter du chevalet.


Résumé de l’éditeur : Du Salon des Refusés au mouvement des Impressionnistes, de jeune peintre désargenté à grand bourgeois tutoyant les huiles, du mari à l’amant… la vie de Claude Monet fut pour le moins plurielle. Chef de file, à son coeur défendant, d’un mouvement qui bouleversa la vision de la peinture au XIXe siècle, l’homme n’est finalement resté fidèle qu’à une seule quête : celle de la lumière absolue, qui viendrait éclairer toute son oeuvre de sa perfection.

 

 

 

 

© Rubio/Efa chez Le Lombard

 

Monet, sacré Claude Monet. On pourrait tirer encore et encore sur sa barbe blanche fort reconnaissable, qu’on ne saisirait jamais qu’un petit bout de l’âme de ce peintre mémorable. Ça tombe bien, Salva Rubio et Efa n’ont pas prétention de tisser une toile exhaustive de la vie et de l’oeuvre de Monet.

 

 

 

 

© Le Lombard
© Rubio/Efa

 

Bien sûr, dans cette biographie aux couleurs chaudes et vivantes, comme pour ramener de loin le goût des nénuphars et des impressions d’un soleil qui n’a pas fini de prendre la pose, les deux auteurs parcourent les grandes lignes de l’éternel résident de Giverny. Et dès les premières planches, l’heure est grave : trois jours de noir lui tendent les bras et lui ferment les yeux. Un insupportable noir pour un homme qui n’a eu de cesse de rechercher la plus belle des lumières, celle qui le ferait passer à la postérité et donnerait un sous-titre tout trouvé à cet album : « Nomade de la lumière ».

 

 

 

 

© Rubio/Efa chez Le Lombard

 

Et si on la suit, dans la grâce des dessins d’Efa qui retrouve l’ombre de Claude dans quelques-uns de ces tableaux emblématiques. Le résultat est splendide, à la hauteur du maître. Et même si les puristes qui connaissent tout de Monet n’y trouveront rien de neuf, cet album qui lie peinture et bd se révèle être une porte d’entrée fabuleuse dans le monde de ce perpétuel chercheur de beauté.

 

Alexis Seny

 

Titre : Monet

Sous-titre : Nomade de la lumière

Scénario : Salva Rubio 

Dessin et couleurs : Efa

Genre : Biographie, Histoire de l’art

Éditeur : Le Lombard

Nbre de pages : 94 (+18 pages de dossier)

Prix : 17,95 €



Publié le 05/05/2017.


Source : Bd-best


Du poing levé en petite main du Premier ministre, la désintégration en BD du conseiller Matthieu Angotti

À l’heure où la France se divise, se clive et que les électeurs sont bien obligés de choisir leur camp, « entre peste et choléra » commentent beaucoup, sillonnant entre les amalgames et les clichés, certains ne peuvent s’empêcher de confondre l’ensemble de la politique française avec les deux visages du duel final. Pourtant, au-delà des apparences, ou plutôt dans leur ombre, c’est tout le travail de petites mains ne comptant pas leurs heures qui se joue. Quitte à être réduites à néant au moindre remous chahutant le navire républicain.

 

 

 

 

 

 

 

© Angotti/Recht chez Delcourt

 

Résumé de l’éditeur : « Le jour de mon entrée au cabinet du Premier ministre, Robin Recht m’a demandé de prendre des notes, le temps que durerait l’aventure. Les voici mises en images, dessinant le quotidien d’un conseiller, avec ses hauts et ses bas, ses espoirs, ses découragements, sa solitude parfois… Ce livre raconte la réforme manquée de la politique d’intégration, comme une lucarne sur les rouages du sommet de l’État, du côté de ses discrets artisans… » Pendant dix-huit mois, Matthieu Angotti a travaillé aux côtés du Premier ministre Jean-Marc Ayrault, et c’est ce qu’il raconte ici.

 

 

 

 

© Angotti/Recht chez Delcourt

 

Désintégration, ça n’aurait pu être qu’un jeu de mot facile sur la thématique casse-gueule et pourtant portée à bout de bras par Mathieu Angotti : l’…intégration. Pourtant, ce titre fort, qui prend le contre-pied des aspirations de Mathieu, est on ne peut plus représentatif de ce qui durant dix-huit mois et 136 pages fera office de schéma destructeur. Bien plus que créateur.

 

 

 

 

© Angotti/Recht chez Delcourt

 

En voyant arriver Désintégration, on s’est d’abord dit: « Tiens, voilà un ersatz d’Arthur Vlaminck (le héros malgré lui du formidable Quai d’Orsay de Lanzac et Blain) ». C’est vrai qu’il est difficile pour toute chronique politique en BD de désormais exister aux-côtés de cet encombrant chef d’oeuvre. Pourtant, qu’on ne s’y trompe pas, dès les premières planches, Désintégration se dégage de l’étreinte de son aîné dont il se révèle ô combien complémentaire. Et là où Quai d’Orsay montrait un héros étouffé par son milieu, le récit d’Angotti et Recht montre un personnage certes dépassé par les événements mais tentant de renouer ou, en tout cas, de ne pas perdre de vue sa vie, celle qui tente de s’émanciper de la sphère politique mais sur laquelle, sans cesse, le surplus de travail déborde. Là où Quai d’Orsay tirait en longueur… le nez de Villepin et trempait les faits réels dans la parodie, Désintégration bâtit son propos sur une un dessin nettement plus sérieux et trouvant sa candeur dans la précision réaliste de ces décors. Dans le fond et les enjeux sociétaux qui sont amenés de manière synthétiques et totalement pertinentes.

 

 

 

 

© Angotti/Recht chez Delcourt

 

Inlassablement, Robin Recht découpe ses planches en neuf cases régulières. Et là où ce curieux mécanisme aurait pu lasser, il est en réalité fondateur de toute la puissance du dessinateur. Dans les bureaux, les portraits, les moments critiques, la désintégration est au fond comme à la forme et c’est puissant ! D’autant que ce voyage, heureusement pas sans retour, au coeur de Matignon, de ses secrets et de ses tractations (de ses castrations, aussi), est loin d’être de tout repos. Le sujet est chaud et le combat de taille : lutter pour que ne se confonde plus immigration et intégration.

 

 

 

 

© Angotti/Recht chez Delcourt

 

Matthieu Angotti, l’invisible qui appelait le Ministre à se réveiller, se retrouve de l’autre côté des calicos et se rend compte que rien n’est facile dans ce monde de requins où les volte-face les plus insoupçonnables se règlent en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. De réunions de crise en mots de ministre bafouant le travail colossal en amont puis en désaveu ultime. Et, entre les sujets brûlants que sont les Roms ou le burkini, la question de se répandre, lancinante et désespérante : que va devenir ce travail basé sur tant d’heures de boulot et tant d’années d’expérience ? Que va devenir cette expertise du terrain ?

 

 

 

 

© Angotti/Recht chez Delcourt

 

Désintégration, c’est un constat d’impuissance et de faiblesse là où auraient pu s’établir la suprématie des belles et grandes idées, celles qui changeraient le monde si seulement le microcosme politique n’y était pas imperméable. Caramba encore raté. Mais ce n’est pas faute d’avoir essayé et d’en finir …lessivé. Et on s’étonnera que tout soit encore qu’un éternel recommencement. Tout en espérant que les rouages ne viendront jamais à bout de ces personnes qui humanisent l’appareil politique et tentent de lui faire accepter des concepts qui, peut-être, ne conviendront pas au marketing politique mais seront assez forts que pour percer la nébulosité du pouvoir. Un jour, peut-être. Mais, quand on voit la simplification et les raccourcis qui peuplent les discours d’une Le Pen ou d’un Macron, ça n’a pas l’air d’être demain la veille.

 

Alexis Seny

 

Titre : Désintégration

Sous-titre : Journal d’un conseiller à Matignon

Récit complet

Texte : Matthieu Angotti

Dessin et couleurs : Robin Recht

Genre : Documentaire, Politique, autobiographique

Éditeur : Delcourt

Nbre de pages : 136

Prix : 17,95€



Publié le 05/05/2017.


Source : Bd-best


Starve, chronique d’une téléréalité culinaire à côté de laquelle Top chef et consorts sont de la gnognotte !

Il y a quelques jours à peine, l’énième édition de Top Chef livrait son grand verdict. Vous êtes restés sur votre faim ? Pas de souci, ne rangez ni les assiettes, ni les couverts, accrochez-vous bien à votre table, car c’est le grand frisson que nous offrent Brian Wood, Danijel Zezelj et Dave Stewart en revêtant leurs toques de maître pour imaginer ce que sera la télé-réalité culinaire d’un futur plus que proche. Ou quand le petit écran se détraque et que l’audience et la recherche du buzz ne font plus bonne pitance.

 

 

 

 

 

 

 

© Wood/Zezelj

 

Résumé de l’éditeur : Dans un monde où les inégalités ont achevé de fracturer la société en deux, puissants comme laissés pour compte se réunissent autour d’un programme de télé-réalité culinaire : Starve. Créé par le célèbre chef Gavin Cruikshank, Starve met en scène une série de défis tous plus obscènes les uns que les autres, de la préparation du dernier espadon pêché en mer à l’accommodation de la viande de chien pour la table des plus riches. En exil choisi depuis plusieurs années, le chef Gavin décide de revenir mettre de l’ordre dans son émission en enseigner à l’élite une leçon qu’elle n’est pas prête d’oublier.

 

 

 

 

© Wood/Zezelj

 

De longues années sont passées depuis que Gavin Cruikshank a claqué la porte de sa cuisine et de son foyer pour aller respirer l’air d’ailleurs. Pourtant, aujourd’hui, qui pourrait dire pourquoi le ténor d’art de l’assiette, celui qui aurait pu être à la tête d’un empire gigantesque s’il n’avait été une tête brûlée incontrôlable, revient ? Pour montrer qu’il est toujours l’incontestable maître de la gastronomie pour les riches et forcément impayable ? Pour renouer avec sa fille et enfin consumer le divorce avec son (ex-)femme ? Pour retrouver la sensation d’un Manhattan qui ne fait plus vraiment rêver ?

 

 

 

 

© Wood/Zezelj

 

En tout cas, Gavin doit reprendre du collier, avant tout, pour s’immerger une nouvelle et dernière fois dans la fosse aux lions qu’est Starve, un combat des chefs où la différence ne se joue plus uniquement dans l’assiette mais aussi dans les poings et les pires trahisons. Mais bon, Gavin devait une saison à la chaîne, reine des audiences grâce à cette arène. Mais jusqu’où un spectacle sans limite comme celui-là peut-il aller ?

 

 

 

 

© Wood/Zezelj/Stewart chez Image Comics

 

Starve aurait pu être un versant gore aux émissions « éminemment sympathiques » que nous proposent les chaînes de télé quelles qu’elles soient, un album forcément corrosif mais plus divertissant qu’autre chose. Pourtant, ce que nous lâchent ici Brian Wood, Danijel Zezelj et Dave Stewart, c’est une bombe qui éclabousse tout et tous sur son passage. Des magnats des médias au petit spectateur devant son tout petit écran, des cuisines étoilées au boui boui des quartiers malfamés. Une attaque bien affinée contre cette industrie du spectacle télévisuel. Mais pas que.

 

 

 

 

© Wood/Zezelj

 

Car Starve, c’est avant tout l’histoire d’un revenant, pas forcément attachant. Gavin, un homme qui, s’il a disparu des écrans et des radars, n’est pas complètement mort et a encore quelque pas à faire pour tomber au plus profond. Un mec gangrené par ses défauts, qui peut replonger à tous moments, mais qui nourrit, plus fort que tout, l’envie de faire tomber l’engrenage infernal de ce menu télévisé. Un père aussi qui, piètre guide qu’il est, fera tout pour renouer avec sa fille et l’entraîner loin des pas chaotiques qu’il a pu faire, quelques années auparavant.

 

 

 

 

© Wood/Zezelj

 

Ce personnage, on le verrait bien incarné par Johnny Depp mais ne nous y trompons pas ces plats prestigieux servis sur les ondes ne sont pas que du cinéma, il y a là une réalité inquiétante que déchirent avec brio le trio Wood-Zezelj-Stewart. Un pavé de grande et belle facture face à la dictature du petit écran.

 

Alexis Seny

 

Titre : Starve

Sous-titre : Cuisine & Dépendance

Récit complet

Scénario : Brian Wood

Dessin : Danijel Zezelj (Facebook)

Couleurs : Dave Stewart

Traduction : Benjamin Rivière

Genre : Thriller, Anticipation

Éditeur : Urban Comics

Collection : Urban Indies

Nbre de pages : 256

Prix : 22,5€



Publié le 03/05/2017.


Source : Bd-best


Un léger bruit dans le moteur mais une furieuse envie de meurtre dans le carburateur

Il était une fois, dans un village isolé où seul le facteur jouait les agents de liaison, un enfant pas comme les autres. Élevé sans sa mère, morte en couche, dans ce bled où planait l’ombre tout comme ces corbeaux de mauvais augure, on ne pouvait que faire peu de cas de ce gamin mal luné et qui très tôt pris l’horreur et la méchanceté éclaboussante comme religions. Bien au-delà des attentes, ce petit garçon-là n’allait pas faire dans le détail ni dans la dentelle, quitte même à la faire baigner… de sang.

Résumé l’éditeur : Dans une petite et sinistre communauté villageoise isolée, un gamin se prépare à commettre le pire: décimer tous ceux qui l’entourent. Il enchaîne alors les victimes sans soulever le moindre soupçon. Mais le passage d’un véhicule dans cet endroit perdu pourrait changer les choses… Du coup de couteau au coup de foudre : l’histoire d’un enfant qui tue les gens.

 

 

 

 

© Gaet’s/Luciani/Munoz chez Petit à petit

 

Une épicerie, une église, une famille d’origine africaine, une pute et forcément des enfants. Bref, des vies et un village tout ce qu’il y a de plus normal, quoi ! Mais ajoutez-y un soupçon de damnation, un inceste par-ci, une infidélité par-là, et vous obtiendrez un hameau dans lequel les habitants se réunissent dans le vice, ne choisissant pas entre la peste te le choléra. D’ailleurs, il y a ce gamin pas comme les autres et qui cache bien son jeu, qui à lui seul fait écho à tous les démons exacerbés.

 

 

 

 

© Gaet’s/Luciani/Munoz chez Petit à petit

 

Comment s’appelait-il déjà ce gamin ? L’Histoire est peuplée de criminels sans vergogne et aux regards allumés par la haine ou la folie, mais pour que l’Histoire retienne cette lie de la société, il faut un nom à se remémorer à chaque anniversaire barbare. Pourtant, notre fieffé gamin n’a pas de nom. Heureusement, Gaet’s et Luciano Munoz ont assisté à tout ce qui s’est passé dans ce village lui aussi sans nom.

 

 

 

 

 

© Gaet’s/Luciani/Munoz chez Petit à petit

 

Et ce n’est pas rigolo. Ce n’est pas pour les enfants, non plus. On est un peu sur la face B complètement obscure de Ces gens-là de Brel, sans espoir, sans beauté… Enfin si, l’esthétique de Luciano Munoz est parfaite pour transmettre ce récit noir de noir, sans sursaut de lumière, désespéré comme on n’ose jamais beaucoup en créer. Dans cette histoire de serial killer de prime jeunesse, on est avalé tout rond pour n’être recraché qu’à la dernière case tel un Pinocchio digéré par sa baleine et encore chamboulé par ce qu’il vient de lire. C’est à dire un album aussi exécrable que fascinant, flattant les bas instincts pour n’en ressortir que le mal personnifié dans l’insouciance crasse d’un petit bonhomme.

 

 

 

 

© Gaet’s/Luciani/Munoz chez Petit à petit

 

La vérité c’est qu’Un léger bruit dans le moteur nous a pris par surprise, à revers, comme le sourire angélique du gamin qui ne cachait que celui du démon. Véritable histoire pour… ne pas dormir, cet album, même s’il a pour héros des enfants bien sympathiques (sauf un, vous l’aurez compris), ne connaît pas la pédale de freinage et met plein gaz sur le trash et le politiquement incorrect. Sans oublier le sang prêt à éclabousser le sépia qui suspend l’atmosphère de la majorité des planches.

 

 

 

 

© Gaet’s/Luciani/Munoz chez Petit à petit

 

En adaptant le roman de Jean-Luc Luciani, Gaet’s et Munoz imposent leur art des contrastes entre « le tout est beau et merveilleux » et l’horreur la plus pur et dur. Ça aurait très bien pu faire un film au cinéma. Mais comme le Septième Art a son Damien, le Neuvième s’est réservé le privilège de ce Gamin. Une bonne pioche dans un univers glauque qui fait tache et mouche. Une belle réédition des Éditions Petit à petit.

 

 

Alexis Seny

 

Titre : Un léger bruit dans le moteur

Récit Complet

D’après le roman de Jean-Luc Luciani

Scénario : Gaet’s

Dessin et couleurs : Jonathan Munoz (Facebook)

Genre : Épouvante-horreur

Éditeur : Petit à petit

Nbre de pages : 124

Prix : 16,02 €



Publié le 01/05/2017.


Source : Bd-best


Treize ans après, le Chili de l’Araucaria sous le crayon de Baudoin n’a pas pris une ride

Comme ces cartes d’État-Major qui malgré les GPS sont toujours aussi précieuses et pointilleuses, quand ils sont bien faits, les carnets de voyage ne s’oublient pas et restent en mémoire. Encore plus quand au-delà de la description généreuse du territoire découvert, ces notes éparses et ces dessins improvisés sur le vif ramènent quelque chose d’authentique, un supplément d’âme. Alors forcément quand on s’appelle Baudoin, on accommode les deux avec moult délicatesse.

 

 

 

 

 

 

 

© Baudoin chez L’Association

 

Résumé de l’éditeur : « C’est un arbre qui a comme des mains au bout. Des mains qui offrent. C’est un des arbres les plus vieux de la planète. » L’arbre décrit ici par Baudoin, c’est l’araucaria, un arbre originaire du Chili, pays qu’il va découvrir un mois durant, en 2003. Invité par la bibliothèque de l’institut franco-chilien, il est là pour donner des cours de dessin, et pourtant, il découvre et apprend autant qu’il enseigne.

 

 

 

 

© Baudoin chez L’Association

 

Santiago, Valparaiso, Pinochet ou Allende, puis Neruda, le puissant poète, face à un héritage pareil, comment Edmond Baudoin aurait-il pu ne pas voir plus loin que le bout de son nez ou de ses pieds. Près de quinze ans après son voyage, les effluves du Chili ne se sont pas évaporés et reviennent comme si de rien n’était, comme si le temps passé depuis ne s’était calculé qu’en quelques secondes. Les images comme le trait se reforment au fil des premières pages et très vite, on fait le voyage, de ce début de printemps urbain aux barques qui attendent de prendre la mer, d’une idée de « libertad » au désert qui guette la route panaméricaine.

 

 

 

 

© Baudoin chez L’Association

 

C’est un fait, Baudoin n’a pas son pareil pour faire parler les paysages mais aussi les gens qui y vivent et les esprits qui s’y promènent. Comment faire abstraction du poids du passé. Tour à tour détaillé ou plus difficile à suivre, ce petit album (presqu’au format poche) d’Edmond Baudoin propose un voyage partiel, absolument pas exclusif, mais tellement porteur. Porteur car Edmond Baudoin pourrait venir en sa qualité d’expert-dessinateur dans cette bibliothèque qui l’invite, il n’en est rien et sa curiosité métamorphose le cours de dessin qu’il donne et qui aurait pu être unidirectionnel mais n’en est rien. Voilà un ouvrage qui fourmille de pistes pour explorer le Chili et n’a rien perdu de son actualité. Comme une preuve, on en veut les douze pages qui augmentent cette édition 2017.

 

Alexis Seny

 

Titre : Araucaria

Sous-titre : Carnets du Chili

Carnet de voyage

Scénario et dessin : Baudoin

Noir et blanc

Genre : Voyage, Réflexion, Histoire

Éditeur : L’Association

Collection : Ciboulette

Nbre de pages : 56

Prix : 13€



Publié le 01/05/2017.


Source : Bd-best


La malédiction de Smenkhare, la relève d’Indiana Jones en BD plutôt qu’au cinéma ?

La bande dessinée, c’est une affaire de traits. Dans certains cas, il en faut beaucoup mais parfois quelques-uns suffisent allègrement à faire « passer le message ». Avec « La malédiction de Smenkharê (on a mis un moment avant de bien savoir le prononcer, rassurez-vous), son premier album, Anthony Auffret réalise une bande dessinée d’aventure et d’archéologie sur lequel plane l’esprit d’Indiana Jones mais avec un dessin minimaliste qui n’appartient qu’à lui. D’emblée, étonnant, détonnant même parfois. Dans la lignée des jeunes et talentueux auteurs que Casterman tente de sortir de l’anonymat depuis quelques mois (avec Les lâmes d’Apretagne et Boca Nueva, notamment).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Anthony Auffret chez Casterman

 

Résumé de l’éditeur : La sépulture du prédécesseur de Toutankhamon, Smenkharê, vient d’être découverte. Des terroristes sont prêts à tout pour s’emparer des richesses et des pouvoirs maléfiques du pharaon maudit. Alexandra détient la clef du tombeau et ne les laissera pas faire !

 

 

 

 

© Anthony Auffret chez Casterman

 

C’est parfois des zones d’ombre de l’histoire que naissent les bonnes idées d’histoires. À n’en pas douter, le destin de Smenkharê avait tout pour plaire à Anthony Auffret, jeune diplômé d’histoire de l’art et grand amateur de l’école classique belge mais aussi de la culture pulp. Smenkharê, de mes petits restes de grand amateur de l’Égypte ancienne, je n’en avais jamais entendu parler. Et pour cause, pharaon fantôme dont on ne sait même pas s’il a réellement régné, Smenkharê est le sujet par excellence si vous voulez générer une foire d’empoignes entre égyptologues. Personne ne sait avec précision qui était cet homme qui vécut dans les années 1300 avant J.-C. Et sa maigre histoire de s’écrire avec une multitude de points d’interrogation.

 

 

 

 

© Anthony Auffret chez Casterman

 

Ce n’est pas bien grave pour nous, puisqu’Anthony y a trouvé une belle occasion pour en faire une grande aventure avec un point d’exclamation… et totalement moderne puisqu’en homme bien informé qu’il est, il nous apprend que si les terroristes de l’EI ne détruisent pas les cités antiques pour le plaisir mais plutôt pour assouvir leur quête du pouvoir dévastateur du pharaon Smenkharê. Les nazis ne sont pas là mais on ne peut s’empêcher de penser aux Aventuriers de l’Arche perdue et à l’Arche d’alliance.

 

 

 

 

© Anthony Auffret chez Casterman

 

Sauf que le récit d’Auffret va se révéler nettement plus barré entre serpents, vieilles pierres et las vagues d’une mer vraiment rouge. Dans des décors qu’on dirait dessiné par Brüno et avec des personnages aux traits brouillés (quelque part entre Mique Beltran, Mignola ou le Hergé des Soviets), l’auteur nous entraîne mine de rien dans une aventure fort plaisante même si son dessin, au-delà de sa personnalité, n’évite pas une certaine redondance nous empêchant de prendre intégralement notre pied. D’autant plus que les personnages manquent quelque peu de charisme, qu’est-ce qu’on aimerait mieux les connaître. Rien qui n’enlève cependant l’audace et n’obstrue l’impeccable découpage d’un premier album au charme pulp et vintage? Tout n’est pas encore maîtrisé mais le style est redoutablement imposé.

 

Alexis Seny

 

Série : Les archéologues de l’interdit

Tome : La malédiction de Smekharê

Scénario, dessin et couleurs : Anthony Auffret

Genre : Aventure

Éditeur : Casterman

Nbre de pages : 48

Prix : 13,95€



Publié le 01/05/2017.


Source : Bd-best


En revisitant Antigone, Régis Penet frappe bien plus fort que n’importe quel éclair de Zeus

La mythologie, elle tient en dix lignes ou dans un livre-fleuve, c’est sans doute ce qui lui a permis de traverser les âges et d’exercer, encore aujourd’hui, une fascination sans nom, intemporelle et à la fois moderne. La preuve, depuis quelques temps, le monde de la BD a renoué avec ce patrimoine légendaire gréco-romain, alignant les albums mythologiques, en veux-tu en voilà. Avec des oeuvres remarquables et d’autres moins enthousiasmant. Dans la première catégorie, l’un des derniers en date est la révision spectaculaire et crépusculaire de l’Antigone de Sophocle que nous a offerte (en sacrifice ?) le formidable Régis Penet.

 

 

 

 

 

 

 

© Régis Penet

 

Résumé de l’éditeur : Antigone, fille d’Œdipe, s’apprête à braver l’interdit du roi de Thèbes en accomplissant les rites funéraires destinés à son frère, le paria Polynice. Pour ce geste, elle risque la mort. Mais c’est le prix à payer pour ce qu’elle estime être son devoir : envers l’amour qu’elle porte à son frère, envers les dieux. Son propre oncle, le roi Créon, ira-t-il jusqu’à la condamner en dépit des lois divines, non écrites et éternelles ? Antigone, son fiancé Hémon et le devin Tirésias parviendront-ils à le faire changer d’avis ?

 

 

 

 

© Régis Penet chez Glénat

 

On parle toujours d’Oedipe mais il n’y a pas de raison que sa fille, Antigone, ne lui vole pas la vedette de temps en temps. D’autant plus que si l’on connaît son nom, peut-être a-t-on eu tendance a oublié son histoire qui revêt tous les apparats de la tragédie grecque intense et immortelle. C’est donc une excellente idée qu’a eue Régis Penet en nous la remémorant en pleine face au terme d’une fresque graphique à tomber… de haut. Comme son héroïne qui n’avait pour garantir sa survie qu’à la mettre en veilleuse et à se tenir tranquille. Mais ce n’est pas de ce bois-là que se forgent les héros, les engagés.

 

 

 

 

© Régis Penet chez Glénat

 

On entre dans cet album comme on entre dans une époustouflante exposition, dans le sens où chaque page est un tableau et se vit intensément. L’Antigone de Penet, c’est une fresque peinte par l’huile et sur le bois, qui va chercher toute la puissance de ses espoirs et de son désespoir dans la gravité graphique que l’auteur complet y instaure entre la fureur et le poids des attentes d’un peuple qui veut que le Créon tienne son rôle. Antigone, c’est plus qu’un album, c’est un objet d’art dans lequel Régis Penet a tout donné, repoussant les limites de son art, faisant corps avec son récit comme si celui-ci s’était passé hier.

 

 

 

 

 

© Régis Penet chez Glénat

 

Il n’y a pas de grain de sable dans la mécanique (même si les planches semblent sablées et patinées) et la poussière de cette oeuvre millénaire est tombée. L’antiquité perd de sa splendeur et ne reste que le dilemme, celui auquel s’enjoignent des dizaines de visages défaits et d’où l’humanité ne sortira pas forcément gagnante. En choisissant Antigone comme messagère venue de loin pour nous servir un message universel, Régis Penet frappe fort, bien plus que n’importe quel éclair de Zeus. C’est prodigieux.

 

Alexis Seny



Publié le 26/04/2017.


Source : Bd-best


Hey Jude de Sandrine Revel, une bd qui a du chien et de la tendresse à revendre !

Un chien, ça change la vie, ça y met de la lumière, de l’enthousiasme, de la… vie, quoi ! Alors quand on a appris que la fantastique Sandrine Revel (j’ai toujours en tête le coup de foudre que j’avais eu pour son album sur Glenn Gould) consacrait un album à une amitié qui joint la main à la patte, on n’a pas résisté. On a bien fait. Un voyage tout en tendresse et en spontanéité, mais pas avare d’exubérance, entre une fille et un chien, les meilleurs amis du monde.

 

 

 

 

 

 

 

© Sandrine Revel chez Casterman

 

Résumé de l’éditeur : Julie a tout pour être heureuse. Un papa qui l’aime fort, des copains extras et Nours, l’ours-robot qui la protège et lui cuisine des cookies. Enfin, quand même, elle aimerait bien avoir un vrai chien aussi ! Un chien qui joue avec elle, un chien avec un cœur qui bat au même rythme que le sien, un chien qui mange les chaussettes et qui peut faire de sacrées bêtises si on ne le surveille pas… Mais voilà Jude qui pointe le bout de son museau. Hey Jude, Julie, Nours ! C’est parti pour l’aventure !

 

 

 

 

© Sandrine Revel chez Casterman

 

Meilleur ami de l’homme, le chien ? Pas sûr. Mais d’une petite fille plutôt. Car c’est peu dire qu’en dépit de Julie qui le tanne, son papa n’entend pas céder. Elle a déjà un ours-à-tout-faire et robotisé, que lui faudrait-il de plus? C’est sans compter la force de persuasion de sa gamine, d’autant plus que c’est son anniversaire. Alors, très vite, sur un air des Beatles, voilà que la maison accueille un nouveau petit habitant. Au poil mais pas forcément conciliant avec l’ordre qui régnait jusque-là. De visites précipitées chez le vétérinaire en passant par la jalousie de ceux « qui étaient là avant » et par de grands moments d’amitié et de générosité passés avec ce petit bouledogue français qui tient plus de la tête brûlée que du molosse.

 

 

 

 

© Sandrine Revel

 

Quelque part entre le Petit Nicolas de Sempé et les héros de Nob, Sandrine Revel livre un album hautement coloré dans lequel étincelle la frénésie des personnages tous chamboulés par l’arrivée de ce petit être pour le pire comme le meilleur. Inspirée par son propre compagnon à quatre pattes, la talentueuse autrice n’a pas son pareil pour nous emmener dans son univers touchant et délirant. Si bien que Sandrine évite l’écueil du « guide d’éducation canine amélioré » pour forcément livrer quelques conseils sans pour autant que ceux-ci parasitent cette grande et belle aventure.

 

 

 

 

Portrait réaliste © Sandrine Revel

 

Tous les amis de près ou de loin des chiens de tous bords (on sent d’ailleurs tout l’amour que Revel a dépensé pour représenter, ne fut-ce que le temps de quelques cases, une multitude de races) se reconnaîtront. On est séduit par cet élan de tendresse, cette histoire d’amitié entre l’homme et l’animal qui se vit à 200%. Sur ce, ça m’a donné envie de jouer avec le mien, un boxer, et d’en prendre soin. Par-dessus tout, d’en prendre soin. En bonus, il y a même des recettes de biscuits pour chiens.

 

Alexis Seny

 

Titre : Hey Jude

Histoire complète

Scénario, dessin et couleurs : Sandrine Revel (Facebook)

Genre : Familial, Jeunesse

Éditeur : Casterman

Nbre de pages : 64

Prix : 14€



Publié le 24/04/2017.


Source : Bd-best


Des horreurs aux aurores boréales : premier tour de piste sur la banquise pour le drôle de duo, Arsenio et Barny

On connaissait Starsky et Hutch, Sherlock et Watson, Adamsberg et Danglard ou encore Mulder et Scully et, plus récemment, Rust Cohle et Martin Hart (inoubliables enquêteurs de la première saison de True Detective). Preuve que les bonnes histoires ne tiennent pas toujours à un héros solitaire comme pas un, les grandes aventures policières, sur les traces de suspects coriaces, mettent toutes les chances de leur côté en dédoublant les forces en présence. Et avec Arsènio et Barny, nous ne sommes pas au bout de nos surprises. On fait les présentations avant la sortie du deuxième tome qui changera totalement de décor. Pour l’heure, rallumer le poêle à bois, n’oublier pas l’alcool qui revigore bien comme il faut, Olivier Matejka et Bruno Issaly s’occupent du reste, ça va cailler !

Résumé de l’éditeur : C’est l’horreur à North Pole, Alaska ! Les cadavres surgissent de partout… Et comme si cela ne suffisait pas, cette gentille petite bourgade du «père Noël» perdue entre lacs et forêts n’a plus de chef de la police, celui-ci s’étant donné la mort accidentellement en nettoyant son fusil de chasse. Barny Petrovski, l’adjoint au shérif de North pole, n’a pas le choix, il est obligé de suivre la procédure et prévient ses supérieurs pour qu’on lui détache un nouveau chef : Arsènio “Zoop“ Mc Doherty.

 

 

 

© Matejka/Issaly chez Cerises et Coquelicots

 

Ah l’Alaska, cette neige, ces lacs glacés, ces hommes givrés sans oublier les ours et les caribous. Charmantes contrées n’est-il pas. Ajoutez-y une pincée de sel, non pour faire fondre la glace mais pour y faire couler le sang meurtrier, et vous obtiendrez le combo parfait qui nous fait dire que North Pole a besoin d’un homme, un vrai, qui a les épaules pour subir le froid et débusquer le mystère des talus enneigés. Pourtant, Barny n’est pas franchement convaincu qu’Arsènio sera ce téméraire allié qui lui manque tant. C’est son petit doigt qui lui a dit en parcourant le dossier… à charge de son nouveau partenaire.
Des premières recherches en 2011 témoignent que le projet a mis du temps à faire son chemin

 

 

 

 

© Matejka/Issaly


Tant pis, s’il faut faire connaissance, c’est sur le tas et sur la glace endeuillée qu’il faudra ce faire. Car le crime n’aime pas attendre, et le corps de la jeune fille retrouvé, par hasard par Arsènio lors d’un jogging de découverte, est déjà bien froid. Le duo a déjà du pain sur la planche. Et si Barny connaît plus ou moins son affaire, Arsènio va, en plus de devoir s’acclimater (ce qui n’est pas rien), très vite conjuguer réalité et cauchemar. Alcoolique tentant vaille-que-vaille de se défaire de son addiction, Arsènio n’a pas volé son surnom, Zoop traduisant finement le mal dont il souffre : la Zoopsie.

 

 

 

 

© Matejka/Issaly chez Cerises et Coquelicots

 

Soit une sorte de delirium tremens qui n’entend pas lâcher d’une semelle Arsènio lui faisant engager la conversation avec un ours ou un poisson et être sujet à d’autres plaisirs hallucinatoires. Mais Arsènio ne s’appelle pas Yakari (même si à North Pole, il y a encore quelques Indiens) et il doit se rendre à l’évidence, ce n’est pas ça qui va faire avancer son enquête. Quoique…

 

 

 

 

© Matejka/Issaly chez Cerises et Coquelicots

 

Sur la pente glissante dont leurs deux héros doivent se méfier, Olivier Matejka et Bruno Issaly s’entraînent sur les traces du Insomnia de Christopher Nolan tout en soignant leur originalité et en troublant les pistes entre réalité, fiction et vapeurs d’alcool. Baignés par le vert boréal plus que par le soleil, les deux auteurs jouent ainsi malicieusement sur les terrains, égarant volontairement le lecteur mais se gardant bien de le perdre, tant il peut toujours se raccrocher aux traits bonhommes et sympathiques des deux héros. En une septantaine de planches, Matejka et Issaly mettent North Pole sens dessus dessous et chamboulent le lecteur avant un affrontement final qui tient bel et bien ses promesses.

 

 

 

 

© Matejka/Issaly chez Cerises et Coquelicots

 

La suite de leurs aventures conduira Barny et Arsènio dans un tout autre milieu, puisque c’est autour du spectaculaire site de Nazca que les deux auteurs les feront se retrouver. Finie l’intrigue nordique, il fera caliente dans ce polar sud-américain qui arrivera pour octobre et qui nous garantit un graphisme toujours plus maîtrisé.

 

 

Alexis Seny

 

Série : Arsènio & Barny (Facebook)

Tome : 1 – Les aurores de North Pole (Blog)

Scénario : Olivier Matejka

Dessin et couleurs : Bruno Issaly

Genre : Polar, Mystère

Éditeur : Cerises & coquelicots

Nbre de pages : 72

Prix : 15€



Publié le 18/04/2017.


Source : Bd-best


Élections 2017 : Marine Le Pen devient LA Présidente, et après ? Du bleu Marine au bleu Azur

Dans le rush pré-premier tour, François Durpaire et Farid Boudjellal, ainsi que l’éditeur Laurent Muller qui a mis un peu plus la main à la pâte, concluent leur trilogie présidentielle avec La vague, un titre qui en rappelle un autre mais en prend le contre-pied en proposant enfin un peu d’air mais sans s’ôter la moindre once de réalisme.

 

 

 

 

 

 

 

© Durpaire/Muller/Boudjellal aux Arènes



 

Résumé de l’éditeur : L’heure est à la surveillance globale et totale. En échange de cette aide, la Présidente, va accorder des concessions énormes aux géants du net. Nous voilà plongé dans une dictature inédite, régit par des règles algorithmiques… Mais, la situation économique et sociale se détériore de manière très alarmante. Le peuple descend dans la rue, manifestant son opposition au gouvernement. Marine Le Pen est rappelée au pouvoir. Le clan Le Pen s’entête dans leur idéologie nationaliste.

 

 

 

 

© Durpaire/Muller/Boudjellal aux Arènes

 

Cafouillage à l’Élysée. C’est un fait, depuis l’élection de Marine Le Pen à la tête de la France, ses mesures retentissantes et ne faisant pas forcément l’unanimité, la descente aux enfers mettant Marion Maréchal-Le Pen en pole position pour prendre le pouvoir, François Durpaire (à qui l’homme de l’ombre, Laurent Muller, est venu porter main forte dans l’écriture) et Farid Boudjellal n’ont pas ménagé leur système, toujours en prenant soin de l’étoffer d’un réalisme aussi implacable qu’il fait froid dans le dos. Progressivement, là où le premier tome se voulait être une application quasi « dur comme fer » du programme du FN en vue des élections de ce mois d’avril, les auteurs s’en sont affranchis pour passer de l’essai prédictif au récit d’anticipation politique à ficelles scénaristiques plus que crédibles.

 

 

 

 

© Durpaire/Muller/Boudjellal aux Arènes

 

Nous voilà désormais aux portes de 2023, un nouveau tournant se prépare. Car si le pouvoir est resté dans les mains du FN, en dépit des combats de coqs (français, bien sûr) et de la chute de Marine, le vent change encore. Marine n’a pas dit son dernier mot tandis que Marion consolide sa collaboration avec la Russie de Poutine et l’Amérique de Trump (qui, « malheureusement », ne peut se représenter aux élections). L’heure est aux Big Data, et tandis que la liberté d’expression des rues de France est cadenassée et aidée par les drones et autres caméras de surveillance, le Triumvirat et viral (surtout viral) jette les bases de son sinistre et machiavélique plan dans la Silicon Valley, conseillé par Google et ses sbires… du pire. Car si les trois as(s hole) complotent, il en va de leur volonté d’asservir le peuple comme de vulgaires moutons, bêtes à manger du foin.

Au-delà de la convoitise des informations et données du web sur nos pratiques, nos comportements (y compris à risque), le trio infernal parle d’une refonte du système éducatif : finie l’école, remisés les professeurs garant du savoir critique, place à l’enseignement à domicile promettant un salaire pour les mères qui s’en occuperaient via des programmes strictement uniformisés et sans danger pour le pouvoir. Sans oublier ces bibliothèques universelles et virtuelles promettant de rassembler l’intégralité des livres écrits depuis l’invention de la couverture mais ne mettant en vitrine que ceux appuyant (ou, du moins, ne risquant pas d’être nocif) pour la politique en place. Tout comme la hiérarchisation de l’information circulant sur internet via les réseaux sociaux ou les moteurs de recherche. Par exemple, recherchez l’opposante et humaniste Christiane Taubira et vous ne tomberez que sur « des sites apparentés à nos valeurs [frontistes] et ayant la même estime que nous pour Christiane Taubira. » Bref, plus pernicieux, plus insidieux mais bien plus fort que la censure.

 

 

 

 

© Durpaire/Muller/Boudjellal aux Arènes

 

Sauf que rien ne se passe jamais comme prévu et si le vent change, il souffle aussi de plus en plus, attire le gouvernement dans l’oeil de cyclone du fait d’une résistance qui a pu s’organiser depuis 2017. Une résistance qui a choisi ses leaders : un binôme fédérateur Taubira-Macron. Tandis que la répression continue, y compris en temps de JO parisiens auxquels des sportifs de premier plan refusent de participer en solidarité à d’autres qui se sont vus refuser leur visa. Le clash est en marche.

 

 

 

 

© Durpaire/Muller/Boudjellal aux Arènes

 

Le clash est en marche et le temps est venu du dénouement (même si on sait que l’Histoire est un éternel recommencement). Si l’on n’est un peu déçu que les dessins (basés fidèlement sur des photos) de Farid Boudjellal ne marquent pas plus le temps qui est passé sur les visages des protagonistes (et 2024 ressemble finalement fort à 2017), difficile de lui en vouloir tant la fresque politique est percutante. Les auteurs n’ont pas ménagé leurs effets, tout est crédible, implacable. Et si certains veulent mettre des freins à la connaissance, ils n’en mettront jamais à l’imagination et à l’esprit de la liberté, de la tolérance, du vivre-ensemble qui tôt ou tard se rallume, se ravive.

 

 

 

 

© Durpaire/Muller/Boudjellal aux Arènes

 

Le récit de Durpaire, Muller et Boudjellal va dans ce sens, prenant habilement le contre-pied du film glaçant auquel ce troisième acte a emprunté le nom. La Vague, pas celle qui monte toujours plus haut et nourrit les tsunamis, mais celle qui va calmer les choses dans le clapotis doux des plages, qui ramène d’improbables trésors qu’on ne pensait jamais voir resurgir du coeur noir de la mer, de l’amer. Sonnant ainsi la fin d’un cauchemar en trois tomes et près de 400 pages qui comptera dans les annales de la BD.

 

Alexis Seny

 

Série : La présidente

Tome : 3 – La vague

Scénario : François Durpaire (Facebook) et Laurent Muller

Dessin : Farid Boudjellal (Facebook)

Noir et blanc

Genre : Politique-fiction, Anticipation, Thriller politique

Éditeur : Les Arènes

Nbre de pages : 110

Prix : 22,45€

 



Publié le 18/04/2017.


Source : Bd-best


1·2·3·4·5·6·7·8·9·10·11·12·13·14·15·16·17·18·19·20


©BD-Best v3.5 / 2017