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Nouvelles relatives à la bande-dessinée ou au graphisme
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Coup de coeur : Louca

L'adolescence est une période horrible pour beaucoup de monde. Pour Louca, c'est pire ! Paresseux, mauvais élève, menteur (pour épater son petit frère), maladroit avec les filles, ce type est vraiment une catastrophe ambulante. Mais, c'est décidé : dès demain, il va changer ! Mais c'est plus facile à dire qu'à faire (surtout quand, en plus, on est versatile).
Heureusement, Louca va recevoir un coup de main d'un dénommé Nathan : beau garçon, super doué au foot, intelligent... ce Nathan a vraiment l'air d'être le mec idéal et le coach rêvé pour Louca. À une petite exception près : Nathan est mort et c'est son fantôme qui va aider Louca...

 

 

 

 

 

 

 

 



Je n'ai jamais vraiment compris l'engouement pour le foot, encore moins les fortunes orbitant autour du ballon rond. Heureusement, cette nouvelle série signée Dequier, c'est bien plus que cela. Louca, c'est d'abord une belle histoire, avec suffisamment d'émotions et de sourires pour séduire un public bien plus large que celui des terrains de foot. Une histoire très joliment mise en images aussi. Bruno Dequier travaille dans l'animation (Moi, moche et méchant 1 et 2, le Lorax, un Monstre à Paris...) et a créé Louca parallèlement à cette activité. Il semble appliquer en dessin certaines recettes employées dans l'image animée. Résultat : des personnages dotés d'une expressivité hors du commun, la priorité à l'efficacité (pas de détails inutiles), de l'espace dans les cases et une lisibilité assez extraordinaire. Côté scénario, même chose, là aussi l'efficacité prévaut. L'auteur construit une intrigue prenante en mettant en scène un nombre très limité d'acteurs un peu à la manière de Matthieu Reynès pour sa « Mémoire de l'eau », et ce Coup d'envoi fonctionne à merveille. Initialement prépublié dans Spirou, ce tome 1 a été largement retravaillé et complété pour sa sortie en album. Ce qui explique le délai relativement important écoulé depuis cette première découverte, mais ce qui nous vaut aussi, pour un premier album, un joli volume de 80 pages complété par la présentation des personnages principaux. Un bonus sympa qui fournit certaines clés pour une compréhension plus fine de cette histoire...et de sa suite (les tomes 2 et 3 sont respectivement annoncés pour juin 2013 et janvier 2014). Quant à l'aspect fantastique (et fantômatique) des aventures de Louca, si, de prime abord, on peut avoir tendance à le rapprocher de celui de Mon Pépé est un fantôme de Taduc et Barral, la comparaison s'arrètera là tant les univers des deux séries sont différents. Si un début d'année doit correspondre à une forme de renouveau, Louca nous offre, en BD en tous cas, un très joli moment de fraîcheur. Quant à Bruno Dequier, plutôt qu'avec un coup d'essai, c'est avec un très beau tir au but qu'il fait son, entrée sur le terrain du neuvième art. Goal !



Pierre Burssens

 

Louca par Bruno Dequier, 80 pages au prix de 12 €, édité chez Dupuis.





Publié le 07/01/2013.


Source : Graphivore


Coup de coeur : L'armée de l'Ombre, l'Hiver Russe

Fin 1942, Ernst Kessler ayant terminé sa formation de soldat au sein de la Wehrmacht est envoyé sur le front russe.  La réalité de cette guerre qu'il ne percevait qu'à travers les journaux se révèle brutalement toute autre.  Ernst Kessler doit affronter non pas un ennemi, celui auquel il s'attendait, mais deux ! En effet, l'hiver Russe s'avère un adversaire aussi redoutable que les Russes eux-mêmes.

Ce premier tome retrace le périple de Kessler traversant la Russie d'Ukraine jusqu'à Stalingrad.  Lui et ses nombreux camarades devront lutter tant contre l'ennemi, contre les partisans attaquant les colonnes de ravitaillement Allemande et contre un climat hostile et complice de la victoire Russe.

 

 

 

 

 

 

Une armée en débacle.

Cet album marque le retour d'Olivier Speltens. Une nouvelle série ou l'on sent qu'il s'y trouve parfaitement à l'aise. En effet, il y signe scénario, dessin et couleurs. Il s'agit d'un album magnifiquement bien travaillé. Bien qu'il soit difficile de proposer une histoire vue du côté des allemands de la seconde guerre mondiale, Olivier Speltens parvient à nous faire oublier ces ressentiments et réussi le pari de nous émouvoir du sort de ces soldats qui, en réalité, n'avaient rien avoir avec les redoutables et démoniaques Waffen SS. Nous abordons ici l'armée régulière, soit la wehrmacht. Nous suivons le périlleux périple de ces jeunes combattants, en proie au terrible hiver russes, aux embuscades des partisans et aux attaques répétées d'un ennemi déterminé poussé par le fanatisme Stalinien. Ces jeunes hommes, dont la mission est de pourvoyer au support des forces qui tente de pénétrer les lignes de défenses de Stalingrad, payeront le prix de leur inexpérience et feront face à de nombreux danger dont ils n'avaient jusque là aucune conscience. L'armée de l'Ombre est un récit ou le lecteur sera particulièrement captivé, page par page, grâce à un découpage efficace et une mise en scène qui n'a rien à envier aux films du genre les plus aboutis. Les drames et rebondissements prennent carrément aux tripes. On perçoit également le formidable travail de documentation de l'auteur qui grâce à cela à pu dépeindre avec justesse cette période dramatique du front de l'Est. Le graphisme et les couleurs constituent les éléments fort qui complètent à merveille ce premier opus. L'éditeur à donc eu le bon feeling de démarrer sa nouvelle collection "Mémoire" avec le tome 1 de l'Armée de l'Ombre. Il ne nous reste donc plus qu'à espérer que le temps passe vite et que nous puissions nous plonger dans le second tome et d'ainsi découvrir la suite de ces faits historiques narré avec brio par un Olivier Speltens décidément très en forme.

 

B. Gilson.

 

L'amrée de l'Ombre par Olivier Speltens, édité chez Paquet.



Publié le 18/12/2012.


Source : Graphivore


Coup de coeur : Jim Henson's Tale of sand

Mac, jeune américain ordinaire, se voit confier par le shérif d’une petite ville tout droit sortie d’un western, une étrange mission : rejoindre coûte que coûte « la montagne de l’aigle ». Pour y parvenir, il ne dispose que d’une vieille carte, d’un sac à dos, d’une injonction en forme de conseil « cours, petit, cours ! » et de 10 minutes d’avance. Sur qui, sur quoi ? Mac sortira-t-il indemne de cette aventure ? Un phénomène outre-atlantique, à peine quelques semaines après sa sortie aux États-Unis, Jim Henson’s

 

 

 

 

 

 

Une course fantastique

Jim Henson est connu de par le monde pour être le créateur des célèbre Muppets. Il est aussi reconnu pour sa réalisation du non moins culte film "Dark Crystal". Mais connaissez-vous l'adaptation en BD d'un de ses scénarios qui fut oublié par l'auteur lui-même pendant quelques temps. Non ? Et bien voila cette lacune comblée par les éditions Paquet. Tale of Sand fut récompensé mainte fois au Eisner Award ( 3 Eisner Award (meilleur roman graphique, meilleur dessin/couleur, meilleure conception/édition) ; 1 Joe Shuster Award (auteur de bande dessinée exceptionnel) ; 2 Harvey Award (meilleur album original et meilleur one-shot) et il était donc logique que cette adaptation trouve son chemin dans notre francophonie. Tale of Sand c'est une histoire en quelques sortes parfaitement écrite pour la BD. Une fuite endiablée d'un protagoniste qui subit les événements malgré lui, ou son chemin l'amène vers l'inattendu, l'improbable et pourtant !...

 

L'absurde, le non-sense semble le fil conducteur dans ce scénario écrit, tout naturellement, de main de maître. Le lecteur se voit entrainé dans des situations à couper le souffle. On aurait mal imaginer pouvoir dans ce cas, transposer cette histoire au cinéma, à l'époque ou le scénario à été écrit. Mais pour le monde du neuvième art, cela ne pose aucun problèmes. Le dessin de Ramón K. Pérez est sublime et effleure la perfection. Il parvient à maintenir en un tout ce voyage onirique. Tale of sand est une de ces réussite de l'année de la part d'un éditeur qui n'a cessé de nous surprendre en cette année 2012 et qui nous promet d'autres surprises d'ici l'année à venir.

 

Tale of sand, par Jim Hensonn Juhl & Ramón K. Pérez, édité chez Paquet.



Publié le 14/12/2012.


Source : Graphivore


Coup de coeur : Saria tome 1 & 2

Venise. Le prince Assanti se meurt. Il confie à sa fille naturelle, Saria, un coffret contenant trois clefs qui, utilisées sur la Porte de l'Ange, donnent accès l'une au Paradis, l'autre aux Enfers, et la troisième au Néant. Escortée par Orlando, un fidèle serviteur, la petite fuit loin du palais royal et de ses dangers. Six ans plus tard, la jeune femme, surnommée la Luna, se prépare à affronter son destin...

6 anx plus tard, surnommée La Luna par le peuple de Venise, Saria s'apprête à affronter son destin. Elle va se confronter au frère du défunt, le doge, ainsi qu'à l'ange Galadriel, tous deux à la recherche des clés.

 

 

 

 

 

Des tandems surprenant

Ce premier tome de la trilogie bénéficie du tandem Dufaux-Serpièri. Il fut à la base édité chez Robert Laffont intitulé « Les Enfers ». Les éditons Delcourt proposent ici une nouvelle maquette dessinée par Riccardo Federici, auteur des épisodes suivants. C'est également une révision de la mise en page ainsi qu'un changement de titre : « Saria ». Maestro de la BD érotique italienne, Serpieri lui donna sa noblesse et son art. Il s'agit d'une histoire ou les genres se mélangent. Nous avons un intéressant mélange de science-fiction et d'ésotérisme ou mœurs glauques et technologie parachève ce mélange aux relents théologiens. C'est un récit qui ressemble en quelque sorte à notre société, décadente, pernicieuse. Jean Dufaux nous surprend une fois de plus. Cet homme qui se sent à l'aise dans tous les thèmes aime, visiblement, celui qu'il nous propose dans ce triptyque foisonnant de rebondissements.

Le tome 2, assuré donc par la continuité de Frédérivo Federici, conforte que l'école italienne est un vivier inépuisable de talent. Bien que le contraste de style graphique soit catégoriquement différent, le lecteur s'y adapte très vite et se plonge dans la suite de l'histoire ou persécuté par Galadriel, l'ancien détenteur des clés, Orlando est fait prisonnier par l agarde du doge et soumis à la torture. Un mal étrange le ronge et l etransforme peu à peu en monstre.Pour le sauver, Saria n'hésitera pas à faire appel au major Sirroco qui, banni par le doge, vit reclus dans les Eaux du repentir.

Saria est une saga mystique, futuriste et comme je le disais plus haut, ésotérique. Un subtil mélange prodigué par de fabuleux talent du neuvième art.

 

Lucien Piron

 

Saria, "les trois clés" tome 1 64 pages et "la porte de l'ange" tome 2, 56 pages, édité par Delcourt au prix de 14.30 €

 

 

 



Publié le 29/11/2012.


Source : Graphivore


Coup de coeur : Les Amazones

Obtenir le pouvoir au prix de la dignité Octobre 1854. La Guerre de Crimée est déclarée. James Gordon Parker, un officier anglais borné et arrogant, est à la tête d’un détachement qui patrouille pour nettoyer la zone. Très vite, ils sont faits prisonniers par des guerrières Koumanes au service de l’armée russe. Ces amazones sans pitié utilisent les mâles comme main d’œuvre ou comme « étalons »… La réaction de Parker à cette situation difficile est inattendue : il s’autoproclame chef du groupe des prisonniers et continue à les diriger dans une discipline de fer ! Lui et son scout Bachir, le seul osant s’opposer à lui, se retrouvent alors au sein d’une lutte de pouvoir entre la chef de la tribu et son second. Une lutte où chacun des protagonistes va assurer sa domination sur les autres, quel que soit le prix à payer.Un diptyque terrible et parfaitement mené, qui nous emmène dans les pires recoins de l’âme humaine.

 

 

 


Voici une intéressante combinaison de talent que sont Clarke (le prolifique auteur aussi doué tant au dessin qu'au scénario dans sa carrière) et Ludovic Borecki, dessinateur au combien talentueux également. Une patiente et judicieuse mise en place nous plonge progressivement dans cette histoire de Koumanes (tribu amazone) confrontée à la venue des anglais. Une histoire de choc de cultures centralisée dans ce premier tome sur deux protagoniste, en l’occurrence le général et son lieutenant. Au fil des pages le lecteur sera dubitatif, enclin aux questionnement divers. Cet tome 1 à été volontairement écrit dans ce sens, titiller son lectorat jusqu'au dénouement salvateur d'une page ou tout s'éclaircit. Cet album est une véritable réussite ainsi que son tome 2 dont je vous parle ci-dessous

 

Octobre 1854. La Guerre de Crimée est déclarée. James Gordon Parker, un officier anglais borné et arrogant, est à la tête d’un détachement qui patrouille pour nettoyer la zone. Très vite, ils sont faits prisonniers par des guerrières Koumanes au service de l’armée russe. Ces amazones sans pitié utilisent les mâles comme main d’œuvre ou comme « étalons »… La réaction de Parker à cette situation difficile est inattendue : il s’autoproclame chef du groupe des prisonniers et continue à les diriger dans une discipline de fer ! Lui et son scout Bachir, le seul osant s’opposer à lui, se retrouvent alors au sein d’une lutte de pouvoir entre la chef de la tribu et son second. Une lutte où chacun des protagonistes va assurer sa domination sur les autres, quel que soit le prix à payer.Un diptyque terrible et parfaitement mené, qui nous emmène dans les pires recoins de l’âme humaine.

 

 

 

 


 

Un tome 2 qui lui n'a nul besoin de mise en place des personnages. L'éditeur à eu la bonne idée de le faire paraître en même temps que le tome 1, nous donnant ce véritable plaisir de lecture confortable. La course au pouvoir est décrite magistralement dans ce second opus et la guerre de Crimée y est dépeinte avec une certaine efficacité. Clarke nous donne poursuit son histoire sans faille et Borecki sublime ce tandem qui frise la perfection. Quand au couleurs employées par Cerise, une des coloristes très en vogue à 'heure actuelle, elles ajoutent à cette série cette ambiance particulière, captivante pour un récit grave au dénouement surprenant. Une véritable réussite dont on parlera longuement et à coup sûr dans le monde du neuvième art, un des must de l'année 2012.

J'ajoute que le petit bonus graphique, une fois que vous avez en mains les deux albums, consiste à les mettre les couvertures côte à côte pour former le personnage central d'une fresque représentant en son milieu, le lieutenant.

 

Gil.

 


Les amazones, tome 1 & 2, par Clarke & Borecki, deux albums de 48 pages chacun, édité par Glenat au prix de 13.90 € l'exemplaire.

 

 

 



Publié le 26/11/2012.


Source : Graphivore


Coup de coeur : Magasin général T.8

Après que le charleston, ramené de Montréal par Marie, ait déferlé sur Notre-Dame-des-Lacs, les hommes ont finalement repris le chemin de la forêt pour y travailler tout au long de la saison froide. Le calme peut enfin revenir sur le village. Mais rien ne dit que ce soit pour très longtemps… Car Marie, après avoir partagé sa couche avec Ernest et son frère Mathurin, se découvre enceinte, sans trop savoir qui est le père – elle qui s’était toujours pensée stérile ! Pendant ce temps, Réjean, le jeune curé du village, s’est réfugié chez Noël, toujours affairé à la construction de son bateau : il se montre si perturbé par ses interrogations intimes et existentielles qu’il n’est plus en mesure d’assurer son service religieux.

 

 

 

 

 

Initialement prévue en 4 tomes, la formidable chronique villageoise de Régis Loisel et Jean-Louis Tripp double aujourd'hui ce cap au large de Notre-Dame-des-Lacs. Pas de violence, pas d'intrigue compliquée tirée par les cheveux, mais les petites choses de la vie et une véritable tendresse pour leurs personnages ont permis aux auteurs de réaliser un sans-faute tout au long de cette remarquable série. L'enchantement se poursuit avec ce tome 8 qui donne encore une fois au lecteur l'envie de se blottir au coin du feu quelque part dans ce petit bout du Québec. Marie se rend compte qu'elle est « en famille » alors que la vocation du curé Réjean vacille, plus attiré qu'il est par la construction du bateau de Noël que par celle du royaume de Dieu sur terre. A nouveau, les grandes lignes de cet épisode semblent tellement simples, et à nouveau, on est scotché par les talents conjugués de Régis Loisel et Jean-Louis Tripp qui nous bâtissent autour de celles-ci un très beau moment de lecture tout en délicatesse et en humanité. Graphiquement, l'association des deux auteurs est à nouveau décrite via une planche en ouverture d'album, et le travail réalisé est une fois de plus splendide, valorisé par les très belles couleurs de François Lapierre. Les dialogues adaptés par Jimmy Beaulieu en « Quebecois pour tous » sont des plus savoureux, mais parfois, en quelques cases muettes ou presque, les auteurs réussissent le petit exploit de faire passer de profondes émotions. Certains silences peuvent, en effet, être très « parlants ». Peut-on évoquer des « personnages secondaires », tellement chaque « rôle » est bien campé et défini ? Et tous les amoureux des animaux observeront aussi, presque de case en case, les jeux d'un petit chien, d'un chaton, d'une oie ou de l'ourson Roger Roger qui constituent quasi une histoire dans l'histoire. Cette fois, pourtant, il semblerait bien que ce tome 8 soit vraiment l'avant-dernier épisode de Magasin général. Nul doute que les amoureux de la série auront alors du mal à refermer le prochain album, mais qu'ils pourront toujours revenir à Notre-Dame-des-Lacs pour un « party charleston »... Un album et une série d'une richesse exceptionnelle que certains n'hésitent pas à qualifier de chef-d'oeuvre et qui méritait assurément de figurer dans nos coups de coeur !

 

Pierre Burssens

 

Magasin général T.8 – les Femmes, 88 pages au prix de 14.95 € édité chez Casterman dans la collection Univers d'Auteurs.





Publié le 21/11/2012.


Source : Graphivore


Coup de coeur :

Stephen a échoué dans sa tentative d'assassiner Kathryn... On ne s'improvise pas meurtrier. Il sait pourtant que c'est le prix à payer pour sauver sa femme malade du cancer... « Une vie contre une vie ». Ce qu’il ignore, c’est que d’autres se sont vus offrir la même proposition : Kathryn doit contrevenir à son serment d’Hippocrate en tuant Alex, qui doit assassiner le sénateur Philip Cooper, qui lui, doit faire disparaître Stephen. S’ils savaient qu’ils font partie d’une chaîne infernale, cela changerait-il quelque chose ? Aucun d’eux n’est véritablement un tueur, mais est déterminé à aller jusqu’au bout pour sauver la vie d’un être cher, y perdant leur âme au passage. Et c’est bien cela qui réjouit le diabolique maître du jeu…

 

 

 

 

 

 

A couper le souffle !

Je vais vous avouer que, cette fois encore et plus que jamais, les auteurs ont fait fort. Et je dirais même que ce troisième tome est encore plus réussi que les précédents. Callède et Gihef, un tandem qui à fait ses preuves, nous entraine une fois encore dans des rebondissements et des scènes d'une intensité rare, haute et prenante. Une épée de Damoclès pèse sur les protagonistes et nous avons le souffle coupé au fil des pages qui se succèdent. les auteurs imposent au lecteur, avec une maestria subtile, le questionnement sur le fait gravissime de savoir à quel point notre conscience pourrait aller pour sauver ce à quoi nous tenons le plus ! Les interactions entre les personnages sont haletante donnant un excellent dynamisme à cet opus. Le suspense n'est pas en reste non plus et vous prend aux tripes. Gihef est plus en forme que jamais au dessin. Son trait de plus en plus contrasté captive, nous plonge directement dans l'ambiance. Et avec les années, je trouve personnellement qu'il s'est affirmé dans sa technique et devient de plus en plus performant. C'est un auteur qui l'on s'en doute, se remet tout le temps en question et cela se ressent dans la qualité de son travail qui est de plus en plus pointue. Les couleurs de Cerise ajoutent ce goût fin à ce merveilleux gâteau BD. Je manque de superlatif à mon vocabulaire pour vous donner une idée de la force de qualité de ce troisième tome de la deuxième saison des enchainés. Cela étant dit, je ne peux que vous conseiller vivement de vous procurer cet album et de passer un moment de lecture génial de "châtiments", le joyaux de la saison deux des enchaînés.

 

Lucien Piron

 

Enchaînés - Saison 2 - Tome 03 : Châtiments, édité chez Vent d'Ouest.

 

 



Publié le 19/11/2012.


Source : Graphivore


Coup de coeur : Novembre toute l'année

Né au début des années 1980 dans les pages du Journal de Spirou sous la plume de Frank le Gall, Théodore Poussin tient le rôle du héros que la destinée précipite dans une quête pleine d'aventure, de mystère et de poésie. Frank Le Gall, crée avec Théodore Poussin un personnage à part dans la bande dessinée d'aventures classique : inspiré du propre grand-père de l'auteur, ce personnage se trouve entraîné, presque sans le vouloir, dans une quête qui le mènera au bout du monde et au fond de lui-même, l'étrange ombre de Monsieur Novembre rivée à ses pas. Ce troisième et dernier volume de l'intégrale permet de (re)découvrir "La Terrasse des audiences", un récit en deux parties, "Novembre toute l'année" et "Les Jalousies", publiés entre 1995 et 2005.

 

 

 

 

 

Curieusement, quand les aventures de Théodore Poussin virent le jour sous forme d'albums dans la collection “repérages” de Dupuis, cette série ne m'avait pas attiré. Je n'accrochais pas aux couvertures, ni au dessin, et je m'étais limité à cette impression. Le graphisme de Frank le Gall me paraîssait décalé. Décalé par rapport aux autres titres de ce label peut-être, par rapport à ce que je lisais à l'époque, sans doute... et c'est avec la publication et puis l'achat du premier tome de cette intégrale que j'ai redécouvert la série, attiré par ce beau gros bouquin et le soin quasi palpable apporté à sa réalisation : maquette, choix du papier et copieux dossier complétant les 4 albums compris dans ce tome 1. Ce qui m'avait alors frappé, c'est que le côté décalé que j'attribuais à la série s'était mué en l'image d'un vrai “classique”. Théodore Poussin, la série, possède une véritable histoire, que l'on découvre par petits fragments dans le riche dossier concocté par Franck Buysse. Le personnage, emporté dans et par l'aventure, n'est pas sans rappeler certains portraits brossés par Pratt, et puis il y a l'extraordinaire Novembre et sa très grande part de mystère... Quelque part aussi, en filigrane, l'histoire très particulière d'un dessinateur qui, parfois, semble se confondre avec son personnage. Et puis ce dessin, qui ne cesse d'évoluer. Typé Spirou au départ, le trait se modifie s'affine, pour, au fil des albums, s'approcher de plus en plus d'une ligne claire que l'on découvre maîtrisée mais évoluant encore dans le Tome 3 de cette intégrale qui paraît aujourd'hui. Même la physionomie de Théodore n'a cessé d'évoluer. Avec le nostalgique la maison des Roses Frank Le Gall s'était essayé, parmi les premiers, à la couleur directe. Dans la Terrasse des Audiences, il glisse quelques pages de texte évoquant une pièce de théâtre... Le dossier d'une cinquantaine de pages nous livre ici l'image d'un auteur en proie au doute, mesurant, à 37 ans, qu'il lui est plus difficile de raconter des histoires et de les mettre en images qu'avant, blessé par certaines critiques faciles et une période de 10 ans d'absence des pages du journal Spirou aussi. Et pourtant, que dire de la première version des 10 premières planches de Novembre toute l'année ? Initialement prévues pour un album en format à l'italienne, on les découvre ici remontées de manière classique... Le résultat ne satisfaisait pas le dessinateur et il les a complètement recommencées. Pourtant, très nombreux sont ceux qui s'en seraient contentés avec bonheur... Les aventures de Théodore Poussin, lisibles à plusieurs niveaux gardent leur part de mystère. La série, son histoire et son auteur aussi et sans doute cela constitue-t-il également un de ses attraits. Cette formidable intégrale, un modèle du genre, nous en dit à la fois trop et pas assez sur Théodore Poussin. Peut-être l'imagination du lecteur suffira-t'elle à répondre aux questions laissées en suspens... A l'image des 2 premiers, ce tome 3 est exemplaire. Un très gros coup de coeur pour l'ensemble !

Pierre Burssens

Théodore Poussin, l'intégrale (T.3), Franck le Gall - Dupuis



Publié le 26/10/2012.


Source : Graphivore


Coup de coeur : Les Petites Gens ont leur histoire

Une ville, une rue, deux immeubles qui se font face et quelques personnages comme on en croise tous les jours. Ils sont emportés par leur vie, de la maison au bureau, de la crèche au cimetière. Parmi ces gens, certains fonctionnent moins bien que d'autres. Des petites gens. Ils sont là mais on ne les voit pas. Ils sont six à vivre leur petite vie. Vingt-quatre heures de la vie de deux femmes, trois hommes et un enfant... certains sont nostalgiques, d'autres tristes et d'autres encore pleins d'espoirs. Banal ? Attendez d'abord de voir ce qui se trame derrière leurs rideaux jaunis.... Parmi ces petites gens, quelques-uns ont l'air d'encore aimer la vie. Ils l'aiment assez pour essayer de lui donner un sens, d'y trouver le bonheur. On dirait des révolutionnaires. Silencieux et pacifiques.

 

 

 

 

Il y a Paul, employé aux chemins de fers, qui ne comprend pas que l'un de ses collègues sourie. Il y a Monsieur Armand, qui s'est improvisé bibliothécaire, et entend contribuer à la résolution des problèmes de ses voisins en leur proposant ses livres. Il y a Lucie, vieille technicienne de surface qui construit des maquettes, Louis et son papa qui n'arrivent pas à communiquer, et Irina une ancienne danseuse...

 

En offrant des premiers rôles à ces anti-héros, Vincent Zabus, homme de théâtre (on retrouve indirectement Shakespeare et une vieille et très belle salle de théâtre « squattée » par Irina), dénonce indirectement une société dans laquelle ces « petites gens » ne trouvent pas leur place. Un monde où la communication semble avoir la part belle alors qu'y règne l'incommunication. Qui n'a jamais pensé pouvoir communiquer dans le monde entier grâce au web alors qu'il ne connaît même pas ses proches voisins ? Comme le scénario, l'histoire de ses « petites gens » sans histoire s'est construite progressivement, et c'est le personnage de Lucie, qui, le premier, s'est imposé à l'auteur. Peu à peu, au long de ces 72 pages, les petites gens prennent corps, sortent de l'oubli ou de l'ignorance du regard. Ils évoluent, se croisent, se rencontrent, et apprennent à se connaître, vraiment, avec de jolies surprises à la clé. Avec un départ qui semblait sombre, alors que se précise le destin de ces quelques personnes, c'est un sourire un peu émerveillé qui, lui, se dessine sur le visage du lecteur. Plusieurs fois on a envie de s'exclamer « c'était donc ça ». Le poids de la vie des petites gens s'allège à mesure que les personnages trouvent leur chemin. On pense à « Amélie Poulain », on pense aux « Gens honnètes » de Durieux et Gibrat, mais les Petites gens ont peut-être quelque chose d'encore plus touchant parce que plus fragile. Aux antipodes des critères commerciaux classiques, Zabus et Campi nous offrent un plaisir rare avec cet album délicat. Thomas Campi, d'un trait frêle, répond à toute la sensibilité des petites histoires savamment entremèlées par Vincent Zabus. Celui-ci, surtout connu en BD pour Agathe Saugrenu et le monde selon François, séries clairement estampillées «enfants », fait ici son entrée dans un registre plus adulte, et au vu des prochaines parutions annoncées, nul doute que l'on reparlera de lui. A noter que parmi celles-ci se trouve une autre collaboration avec le même dessinateur. D'une douceur et d'une poésie rares, ce très bel album ressemble au rayon de soleil qui éclaire sa formidable couverture. Une BD qui fait vraiment du bien et qui s'immisce, petit à petit, dans votre coeur et dans vos yeux !



Pierre Burssens



Les Petites Gens, Vincent Zabus et Thomas Campi, le Lombard



Publié le 09/10/2012.


Source : Graphivore


Coup de coeur :  Le Tueur aux Mangas

Dans un parc de Bruxelles, la jeune Zoé fait une découverte macabre : un tronc humain sur lequel on a gravé quelques mots de japonais… Elle prend le cadavre en photo sur son téléphone mobile, mais, contre toute attente, ne s’adresse pas à la police : quel meilleur sujet d’enquête que ce vrai meurtre pour le Bruxelles Detective Ritual, le club de détectives amateurs qu’elle a créé avec une bande de copains ?

 

 

 

 

 

Très vite, les lycéens identifient une première piste : le texte japonais trouvé sur le corps peut se traduire par « Je suis Kroko ». Exactement la phrase-culte que prononce de façon récurrente le « méchant » de Lethal Pencil, très célèbre manga dont l’héroïne est elle-même… une dessinatrice de mangas.



C'est un fait divers sordide survenu à Bruxelles voici 5 ans qui est le point de départ de ce premier scénario de Yann chez Casterman. A l'époque, une équipe de la télévision japonaise avait même couvert l'événement, au sein duquel apparaissait une référence à l'univers de « Death Note ». Grand lecteur de mangas, le scénariste trouve ici l'occasion de faire mener l'enquête par un groupe de jeunes ados rassemblés sur le forum « Brussels Ritual Detectives ». Et c'est sans conteste une des très bonnes idées de ce premier volet d'un diptyque. Yann et Lamquet nous font renconter une bande d'ados très actuels, un peu geeks, qui m'a un peu fait penser à des « Goonies » grandis et adaptés à l'heure 2012. Autre élément séduisant, l'action se déroule à Bruxelles et la place qu'occupe la ville dans l'histoire et dans l'album est bien plus importante que celle d'un « simple » décor. On y retrouve des endroits familiers et même quelques fresques BD... Chris Lamquet (qui a lui-même travaillé pour un éditeur japonais au cours des années 90'), de son trait réaliste précis, y ajoute de nombreux clins d'oeil. On découvre ainsi les auteurs au hasard de l'une ou l'autre case, un avion de la compagnie « Castair » à l'aéroport, une pizzeria Attanasio ou encore un policier nommé Vandersteen qui ne lit que Bob et Bobette. Côté décors aussi, les cases sont truffées de références très actuelles... Au-delà de l'aspect « polar » tout de même bien sombre et présent mais que les auteurs n'alourdissent jamais inutilement, au-delà d'un suspense bien mené, c'est un premier album porteur d'un gros capital sympathie et d'une fraîcheur plutôt rare dans le genre que l'on découvre avec ce Tueur aux Mangas. Yann parvient encore à se renouveler, le dessin très soigné de Chris Lamquet traduit ça de manière épatante et l'album nous offre en plus une forme de dépaysement très...locale. De quoi séduire un large public, et de mon côté, c'est fait !

 

Pierre Burssens

 

Le Tueur aux Mangas Tome 1 par Chris Lamquet & Yann, Casterman.



Publié le 19/09/2012.


Source : Graphivore


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