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Nouvelles relatives à la bande-dessinée ou au graphisme
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Coup de coeur : Novembre toute l'année

Né au début des années 1980 dans les pages du Journal de Spirou sous la plume de Frank le Gall, Théodore Poussin tient le rôle du héros que la destinée précipite dans une quête pleine d'aventure, de mystère et de poésie. Frank Le Gall, crée avec Théodore Poussin un personnage à part dans la bande dessinée d'aventures classique : inspiré du propre grand-père de l'auteur, ce personnage se trouve entraîné, presque sans le vouloir, dans une quête qui le mènera au bout du monde et au fond de lui-même, l'étrange ombre de Monsieur Novembre rivée à ses pas. Ce troisième et dernier volume de l'intégrale permet de (re)découvrir "La Terrasse des audiences", un récit en deux parties, "Novembre toute l'année" et "Les Jalousies", publiés entre 1995 et 2005.

 

 

 

 

 

Curieusement, quand les aventures de Théodore Poussin virent le jour sous forme d'albums dans la collection “repérages” de Dupuis, cette série ne m'avait pas attiré. Je n'accrochais pas aux couvertures, ni au dessin, et je m'étais limité à cette impression. Le graphisme de Frank le Gall me paraîssait décalé. Décalé par rapport aux autres titres de ce label peut-être, par rapport à ce que je lisais à l'époque, sans doute... et c'est avec la publication et puis l'achat du premier tome de cette intégrale que j'ai redécouvert la série, attiré par ce beau gros bouquin et le soin quasi palpable apporté à sa réalisation : maquette, choix du papier et copieux dossier complétant les 4 albums compris dans ce tome 1. Ce qui m'avait alors frappé, c'est que le côté décalé que j'attribuais à la série s'était mué en l'image d'un vrai “classique”. Théodore Poussin, la série, possède une véritable histoire, que l'on découvre par petits fragments dans le riche dossier concocté par Franck Buysse. Le personnage, emporté dans et par l'aventure, n'est pas sans rappeler certains portraits brossés par Pratt, et puis il y a l'extraordinaire Novembre et sa très grande part de mystère... Quelque part aussi, en filigrane, l'histoire très particulière d'un dessinateur qui, parfois, semble se confondre avec son personnage. Et puis ce dessin, qui ne cesse d'évoluer. Typé Spirou au départ, le trait se modifie s'affine, pour, au fil des albums, s'approcher de plus en plus d'une ligne claire que l'on découvre maîtrisée mais évoluant encore dans le Tome 3 de cette intégrale qui paraît aujourd'hui. Même la physionomie de Théodore n'a cessé d'évoluer. Avec le nostalgique la maison des Roses Frank Le Gall s'était essayé, parmi les premiers, à la couleur directe. Dans la Terrasse des Audiences, il glisse quelques pages de texte évoquant une pièce de théâtre... Le dossier d'une cinquantaine de pages nous livre ici l'image d'un auteur en proie au doute, mesurant, à 37 ans, qu'il lui est plus difficile de raconter des histoires et de les mettre en images qu'avant, blessé par certaines critiques faciles et une période de 10 ans d'absence des pages du journal Spirou aussi. Et pourtant, que dire de la première version des 10 premières planches de Novembre toute l'année ? Initialement prévues pour un album en format à l'italienne, on les découvre ici remontées de manière classique... Le résultat ne satisfaisait pas le dessinateur et il les a complètement recommencées. Pourtant, très nombreux sont ceux qui s'en seraient contentés avec bonheur... Les aventures de Théodore Poussin, lisibles à plusieurs niveaux gardent leur part de mystère. La série, son histoire et son auteur aussi et sans doute cela constitue-t-il également un de ses attraits. Cette formidable intégrale, un modèle du genre, nous en dit à la fois trop et pas assez sur Théodore Poussin. Peut-être l'imagination du lecteur suffira-t'elle à répondre aux questions laissées en suspens... A l'image des 2 premiers, ce tome 3 est exemplaire. Un très gros coup de coeur pour l'ensemble !

Pierre Burssens

Théodore Poussin, l'intégrale (T.3), Franck le Gall - Dupuis



Publié le 26/10/2012.


Source : Graphivore


Coup de coeur : Les Petites Gens ont leur histoire

Une ville, une rue, deux immeubles qui se font face et quelques personnages comme on en croise tous les jours. Ils sont emportés par leur vie, de la maison au bureau, de la crèche au cimetière. Parmi ces gens, certains fonctionnent moins bien que d'autres. Des petites gens. Ils sont là mais on ne les voit pas. Ils sont six à vivre leur petite vie. Vingt-quatre heures de la vie de deux femmes, trois hommes et un enfant... certains sont nostalgiques, d'autres tristes et d'autres encore pleins d'espoirs. Banal ? Attendez d'abord de voir ce qui se trame derrière leurs rideaux jaunis.... Parmi ces petites gens, quelques-uns ont l'air d'encore aimer la vie. Ils l'aiment assez pour essayer de lui donner un sens, d'y trouver le bonheur. On dirait des révolutionnaires. Silencieux et pacifiques.

 

 

 

 

Il y a Paul, employé aux chemins de fers, qui ne comprend pas que l'un de ses collègues sourie. Il y a Monsieur Armand, qui s'est improvisé bibliothécaire, et entend contribuer à la résolution des problèmes de ses voisins en leur proposant ses livres. Il y a Lucie, vieille technicienne de surface qui construit des maquettes, Louis et son papa qui n'arrivent pas à communiquer, et Irina une ancienne danseuse...

 

En offrant des premiers rôles à ces anti-héros, Vincent Zabus, homme de théâtre (on retrouve indirectement Shakespeare et une vieille et très belle salle de théâtre « squattée » par Irina), dénonce indirectement une société dans laquelle ces « petites gens » ne trouvent pas leur place. Un monde où la communication semble avoir la part belle alors qu'y règne l'incommunication. Qui n'a jamais pensé pouvoir communiquer dans le monde entier grâce au web alors qu'il ne connaît même pas ses proches voisins ? Comme le scénario, l'histoire de ses « petites gens » sans histoire s'est construite progressivement, et c'est le personnage de Lucie, qui, le premier, s'est imposé à l'auteur. Peu à peu, au long de ces 72 pages, les petites gens prennent corps, sortent de l'oubli ou de l'ignorance du regard. Ils évoluent, se croisent, se rencontrent, et apprennent à se connaître, vraiment, avec de jolies surprises à la clé. Avec un départ qui semblait sombre, alors que se précise le destin de ces quelques personnes, c'est un sourire un peu émerveillé qui, lui, se dessine sur le visage du lecteur. Plusieurs fois on a envie de s'exclamer « c'était donc ça ». Le poids de la vie des petites gens s'allège à mesure que les personnages trouvent leur chemin. On pense à « Amélie Poulain », on pense aux « Gens honnètes » de Durieux et Gibrat, mais les Petites gens ont peut-être quelque chose d'encore plus touchant parce que plus fragile. Aux antipodes des critères commerciaux classiques, Zabus et Campi nous offrent un plaisir rare avec cet album délicat. Thomas Campi, d'un trait frêle, répond à toute la sensibilité des petites histoires savamment entremèlées par Vincent Zabus. Celui-ci, surtout connu en BD pour Agathe Saugrenu et le monde selon François, séries clairement estampillées «enfants », fait ici son entrée dans un registre plus adulte, et au vu des prochaines parutions annoncées, nul doute que l'on reparlera de lui. A noter que parmi celles-ci se trouve une autre collaboration avec le même dessinateur. D'une douceur et d'une poésie rares, ce très bel album ressemble au rayon de soleil qui éclaire sa formidable couverture. Une BD qui fait vraiment du bien et qui s'immisce, petit à petit, dans votre coeur et dans vos yeux !



Pierre Burssens



Les Petites Gens, Vincent Zabus et Thomas Campi, le Lombard



Publié le 09/10/2012.


Source : Graphivore


Coup de coeur :  Le Tueur aux Mangas

Dans un parc de Bruxelles, la jeune Zoé fait une découverte macabre : un tronc humain sur lequel on a gravé quelques mots de japonais… Elle prend le cadavre en photo sur son téléphone mobile, mais, contre toute attente, ne s’adresse pas à la police : quel meilleur sujet d’enquête que ce vrai meurtre pour le Bruxelles Detective Ritual, le club de détectives amateurs qu’elle a créé avec une bande de copains ?

 

 

 

 

 

Très vite, les lycéens identifient une première piste : le texte japonais trouvé sur le corps peut se traduire par « Je suis Kroko ». Exactement la phrase-culte que prononce de façon récurrente le « méchant » de Lethal Pencil, très célèbre manga dont l’héroïne est elle-même… une dessinatrice de mangas.



C'est un fait divers sordide survenu à Bruxelles voici 5 ans qui est le point de départ de ce premier scénario de Yann chez Casterman. A l'époque, une équipe de la télévision japonaise avait même couvert l'événement, au sein duquel apparaissait une référence à l'univers de « Death Note ». Grand lecteur de mangas, le scénariste trouve ici l'occasion de faire mener l'enquête par un groupe de jeunes ados rassemblés sur le forum « Brussels Ritual Detectives ». Et c'est sans conteste une des très bonnes idées de ce premier volet d'un diptyque. Yann et Lamquet nous font renconter une bande d'ados très actuels, un peu geeks, qui m'a un peu fait penser à des « Goonies » grandis et adaptés à l'heure 2012. Autre élément séduisant, l'action se déroule à Bruxelles et la place qu'occupe la ville dans l'histoire et dans l'album est bien plus importante que celle d'un « simple » décor. On y retrouve des endroits familiers et même quelques fresques BD... Chris Lamquet (qui a lui-même travaillé pour un éditeur japonais au cours des années 90'), de son trait réaliste précis, y ajoute de nombreux clins d'oeil. On découvre ainsi les auteurs au hasard de l'une ou l'autre case, un avion de la compagnie « Castair » à l'aéroport, une pizzeria Attanasio ou encore un policier nommé Vandersteen qui ne lit que Bob et Bobette. Côté décors aussi, les cases sont truffées de références très actuelles... Au-delà de l'aspect « polar » tout de même bien sombre et présent mais que les auteurs n'alourdissent jamais inutilement, au-delà d'un suspense bien mené, c'est un premier album porteur d'un gros capital sympathie et d'une fraîcheur plutôt rare dans le genre que l'on découvre avec ce Tueur aux Mangas. Yann parvient encore à se renouveler, le dessin très soigné de Chris Lamquet traduit ça de manière épatante et l'album nous offre en plus une forme de dépaysement très...locale. De quoi séduire un large public, et de mon côté, c'est fait !

 

Pierre Burssens

 

Le Tueur aux Mangas Tome 1 par Chris Lamquet & Yann, Casterman.



Publié le 19/09/2012.


Source : Graphivore


Alter Ego, Ultimatum

Les révélations fracassantes qu'ont réunies Camille et Miep sur la nature de cette énigme n'ont pas encore éclaté au grand jour. Elles lancent un ultimatum à Urasawa et à la milliardaire Grynson. Mais c'est sans compter sur le pouvoir financier et logistique dont dispose Urasawa, désormais lié, que cela lui plaise ou non, à Noah, le fils du président des USA... Lequel semble avoir perdu toute mesure, uniquement obsédé par le profit et le pouvoir que les découvertes de la U-Tech peuvent lui assurer.

 

 

 

Rappelons d'abord le concept d'”Alter Ego” imaginé par Pierre-Paul Renders, réalisateur et scénariste. Une série de six albums pouvant être lue dans n'importe quel ordre, chaque tome comprenant des éléments croisant les autres, l'ensemble, tel un puzzle, constituant une intrigue globale. Concept novateur dans sa forme mais aussi dans sa réalisation puique pour mener à bien le projet, c'est un studio virtuel de neuf personnes qui a travaillé ensemble, entre la Belgique, la France, l'Espagne et l'Italie, grâce à la magie du web : un créateur scénariste (Pierre-Paul Renders), un scénariste (Denis Lapière), un dessinateur directeur artistique (Mathieu Reynès), quatre dessinateurs (Benjamin Benéteau, Luca Erbetta, Efa, Emil Zuga), une coloriste (Albertine Ralenti) et son assistant. Le défi était de permettre la publication des six albums dans un délai relativement limité. La série a d'ailleurs été couronnée du prestigieux prix Saint Michel pour son scénario l'an dernier.

 

 

 

 

Une petite année après la sortie de “Jonas”, c'est la pièce manquante du puzzle qui est enfin disponible. “Ultimatum” éclaircit nombre de pistes lancées dans les six premiers tomes. Plutôt qu'une « fin » dans une forme linéaire, par rapport à la construction globale de la série, on y verra plutôt un élément central vers lequel convergent les six albums précédents. C'est l'occasion de retrouver tous les personnages principaux ou presque rencontrés précédemment et d'en apprendre (beaucoup) plus sur certains... Tendu de la première à la dernière case, le scénario renferme à nouveau une surprise dans sa construction, puisqu'il est rythmé par un compte à rebours. On ne vous livrera pas l'aboutissement de l'histoire, tant la trame installée est riche et complexe tout en restant parfaitement accessible. On ne s'ennuie pas une seconde au long des 64 pages d'Ultimatum. Action, retournements de situations, révélations importantes permettent aussi de prendre la mesure de tout ce qui a été décrit dans les volumes initiaux, qu'il est, cette fois, quasi indispensable d'avoir lu avant d'aborder celui-ci. La saison 1 d'Alter Ego se termine en apothéose, et c'est vraiment ce que l'on pouvait souhaiter de mieux à cette série hors du commun, véritable défi dans sa conception et sa réalisation qui aboutit sur une constante de qualité et d'intelligence. Saison 1 ? En effet, comme nous l'a confirmé Benjamin Benéteau en interview, une Saison 2 d'Alter Ego, déclinée sous forme de 4 albums devrait faire son apparition en 2013. Pierre-Paul Renders m'avait dit avoir très très envie de la raconter et au vu de la première saison, sans doute est-on déjà en droit d'en attendre beaucoup. Alter Ego n'a pas encore livré tous ses secrets, tant mieux !

 

Pierre Burssens

 


Alter Ego - Ultimatum

Série : Alter Ego

Auteurs : Renders, Lapière, Reynès, Benéteau

Prix : 12 €

Date de sortie : 21/09/2012

Nombre de pages : 64

Catégorie : Thriller

Type de reliure : album cartonné

Editeur : Dupuis

Collection : Dupuis « Grand public »

 

 



Publié le 14/09/2012.


Source : Graphivore


Coup de coeur : Maudit Mardi tome 2

Isolé sur une île, Achille passe son temps à scruter l'océan, avec pour certitude qu'il va mourir un mardi. Les autres jours il ne peut rien lui arriver. Mais est-il aussi indestructible que cela ? Un événement dramatique remet en cause cette certitude : Achille échappe de peu à la noyade. Ebranlé et sous le choc, Achille décide de briser sa solitude et de partir pour Hawkmoon, la mégapole, y retrouver Rebecca son amour d'antan qui a quitté l'île il y a bien longtemps. Tant d'années ont passé depuis son départ...qu'est-elle devenue ? L'attend-t-elle vraiment ?

 



Ce tome 2 clôture un diptyque totalement hors du commun. Si on connaissait Nicolas Vadot pour ses dessins de presse parfois ressentis comme cruels et pour Norbert l'imaginaire (avec Guéret - intégrale annoncée pour fin octobre au Lombard), Maudit Mardi a véritablement révélé un talent aussi précieux qu' original tout en offrant à l'éditeur participatif Sandawe et à sa « tribu d 'édinautes » une très belle carte de visite. Si le tome 1 a autant dérouté que séduit, il a aussi installé un rythme et un univers dans lesquels on se replonge avec plaisir et curiosité dans ce nouvel opus, avec l'espoir aussi de trouver réponse aux nombreuses questions posées précédemment. Le moins que l'on puisse dire est que l'on n'est pas déçu. On s'est vite attaché à Achille, cet « homme de bois » et à son étrange odyssée et on comprend ici quelle est véritablement sa quête. Vadot installe toute une symbolique autour d'un personnage qui rompt ses amarres de routine à la recherche de sa liberté (intérieure) et c'est un itinéraire métaphorique et onirique que l'on suit. Achille est confronté à un tueur en série, partie sombre de lui-même plutôt que « jumeau » (comme évoqué), dont il se débarasse, et si par moments ses prothèses de bois « bourgeonnent », elles évoquent surtout ses doutes et ses hésitations... Graphiquement, je trouve que cet album a quelque chose d'aérien, ce qui peut sembler paradoxal pour l'histoire d'un personnage littéralement enraciné au tout début de son aventure. Sans doute parce que Vadot prend son temps et n'hésite pas à occuper l'espace de grandes et parfois mêmes très grandes cases aux cadrages très originaux. Dans un très beau dessin, sensible et d'une extraordinaire lisibilité, il associe traits encrés et crayonnés. Une étonnante double page qui constitue la réelle conclusion de l'histoire en est l'exemple parfait. Alors que la mode actuelle semble être aux petits formats souvent très chargés, le dessinateur nous offre, outre plein d'espoir, une formidable respiration graphique. Ca pouvait paraître évident, cinématographique, mais il fallait y penser, et il fallait surtout oser... Tout comme cette colorisation qui fait la part belle à de larges aplats. En complétant ce diptyque, ce second volet confirme la qualité et l'originalité globales d'une oeuvre inclassable et fascinante. On peut encore innover et surprendre en BD sans pour cela choisir la provocation ou se réclamer d'une tendance « branchée » ou « pointue » dont la caractéristique première est souvent la prétention. Avec Maudit Mardi, Vadot a, lui, choisi la poésie. Et on préfère ça...

 

Pierre Burssens

 

Maudit mardi t2 par Nicolat Vadot, 58 pages édité par Sandawe au prix de 15 €



Publié le 11/09/2012.


Source : Graphivore-Pierre Burssens


Flic

Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, Lieutenant de police publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. 
Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, Bénédicte Desforges brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine.

 

 

 

 

 

« Les gens ont toujours bien aimé les histoires de flics, mais les gens n'aiment pas les flics ». En une phrase, Bénédicte Desforges dévoile un des moteurs de son bouquin et de l'asptation BD qui en a été faite par Sera. En effet, si certains aspects du livre peuvent, par exemple, faire penser au cinéma d'Olivier Marchal (lui-même ancien policier), pour le reste c'est essentiellement le journal d'un policier en uniforme, dans la rue, que nous font partager les auteurs, et ce bien loin des archetypes cinématographiques, télévisuels ou chers à nombre d'amateurs de polars. Autour de l'héroïne gravite tout un petit monde. D'une part celui de la rue auquel elle est confrontée : sdf, travestis, prostituées, casseurs ou maris violents, et d'un autre côté celui de ses collègues parfois à bout ou basculant progressivement vers des comportements « borderline ». Un dénominateur commun : la détresse sous différentes formes. Parfois, la violence éclate, imprévisible et aveugle... A d'autres moments, heureusement, un sourire peut apparaître, mais rarement longtemps. Et pourtant, contre vents et marées, elle l'aime, son métier, malgré toute son amertume ou les sales coups encaissés. Autant de choses que nous fait découvrir le beau texte de Bénédicte Desforges, passant sans vraiment de transition d'une histoire à une autre, des petites histoires qui s'enchaînent et qui sont le quotidien ordinaire de ce drôle de métier qui s'apparente souvent, dans les grandes villes comme, dans ce cas, à Paris, à du travail social. Les deux livres de Bénédicte Desforges que cette déclinaison dessinée donne envie de découvrir sont d'ailleurs sous-titrés « chroniques de la police ordinaire ».

Graphiquement, le travail de Sera sert parfaitement le sujet. Ses cases combinant différentes techniques illustrent plus qu'elles ne racontent, s'appuyant parfois sur des coupures de journaux ou des couvertures et gros titres de magazines. Le dessinateur parvient à la fois à traduire le déroulement des événements mais également tout l'impact « intérieur » qu'ils peuvent avoir sur les personnages. On pouvait difficilement imaginer une forme de BD « classique » pour une telle adaptation sans justement basculer dans des clichés trop ressassés. Ici, on ne peut que souligner l'alchimie réussie entre le texte (très majoritairement livré sous forme de narratifs) et les images. Un résultat hors du commun pour un livre-témoignage hors du commun (pour lequel on regrettera juste l'une ou l'autre petite faute d'orthographe ayant échappé au correcteur).

Pierre Burssens

 

 

 

Flic par Sera & Bénédicte Desforges, album broché,96 pages, 18 € Edité par Casterman, collection Univers d'auteurs.



Publié le 11/09/2012.


Source : Graphivore


Coup de coeur de l'été : Speedbirds

Il existe entre automobile et aviation, une même passion pour le mouvement, la vitesse, mais aussi pour la création – celle qui nous transporte au-delà des frontières du connu – la liberté en somme. Stéphane Janin, Yann Jarsalle, François Leboine, Antony Villain, Laurent Negroni, une «bande de copains», tous designers chez Renault, se sont livrés à leurs heures perdues à la renaissance de la Coupe Schneider disputée à douze reprises entre les années 1913 et 1931. Ils ont entretenu le mythe en réalisant de magnifiques représentations des hydravions bolides qui se sont illustrés dans cette course hors norme. Ne s’arrêtant pas à cet hommage, ils ont aussi donné vie à leurs héritiers imaginaires.


Condensé de créations les plus folles et spectaculaires, d’hier et de demain, qui sait, l’ouvrage que vous tenez entre vos mains restitue nombre des qualités et valeurs indispensables à tout aux designers: la passion, la maîtrise absolue du dessin, l’esprit d’équipe et enfin, cette substance rare et mystérieuse dans son origine qu’est le talent.
Un talent qui nous saute au visage page après page pour un plaisir pur et à chaque fois renouvelé, celui d’un voyage dans le «fantastique».

 

 

 

 

Les éditions paquet nous font la bonne surprise de rééditer les recueils de SpeedBirds décliné dans leur version 1.1 et 1.2.

 

Un livre en deux parties, qui permet de confronter les “racers” de l’histoire de l’aviation à ce que feraient les designers aujourd’hui. En effet, la première partie se penche sur quelques avions et hydravions mythiques du monde des courses aéronautiques du début du siècle, à travers forces dessins, plans et croquis. Dans un deuxième temps, les auteurs, issus du design automobile, laissent libre cours à leur imagination pour réinventer ces avions de courses, avec des lignes modernes, tout en mettant un soin particulier à peaufiner le côté rétro et racé de leurs créations…

 

L' édition originale en 2009 était éditée au format à l'italienne avec des parties dépliantes qui pouvaient être fastidieuses à manipuler. Ici, c'est à la façon Artbook que sont déclinés ces deux tomes.

 

 

 

 

Le tome 1.1 reprend la partie dite historique de l'ouvrage original et le 1.2 quand à lui propose la partie prototype et concepts.

 

Speedbirds c'est surtout un sujet avionique et aussi automobile très passionnant. Les vedettes des airs sont représentés de manière remarquable. C'est aussi la course aéronautique inventée par Jacques Shneider en 1912 qui est le principal fil rouge de ces ouvrages. Cette course à vu s'affronter les plus grands pilotes que la planète entière ai jamais vu voler dans le ciel. C'est aussi une course technologique effrénée au fil des compétitions. Le graphisme somptueux des auteurs à réussi à s'adjoindre à l'esthétisme des automobiles de légendes, sorte de mariage heureux des mécaniques, sorte d'hommage à un métier noble. Le contenu des ces pages enivrera les aficionados, les amateurs de belles mécaniques volantes et roulantes, les amateurs de techniques et de beaux livre. L'éditeur nous enchante donc par cette bonne idée de réédition en un seul volume, du grand art que je ne puis que vous conseiller à vous procurer au plus vite.

 

 

 

 

Speedbirds 1.1 & 1.2, paru aux éditions Paquet, deux ouvrages de 80 pages au prix chacun de 19.50 €

 

 



Publié le 11/07/2012.


Source : Graphivore


Coup de coeur : Les Chevaux du Vent Tome 2

Après un périple long, dangereux et épuisant, Calay, embauché par les anglais comme espion cartographe, est enfin parvenu à rejoindre le monastère de Garphu où vit depuis quinze ans son plus jeune fils. Mais à l'heure des retrouvailles, il est arrêté par Kansa, un policier spécialisé dans la traque et la capture des espions. Quand Resham, le fils aîné de Calay, engagé dans l'armée anglaise, apprend que son père a entrepris ce dangereux voyage au Mustang, il choisit de déserter pour partir à sa recherche. . Aidé d'un Amchi, un médecin népalais qu'il a sauvé des griffes d'une bande de brigands sur la route, il décide de le faire évader. S'évader de prison est une chose ; sortir du Mustang en est une autre...

 

 




Comme l'explique Christian Lax dans la passionante monographie qui lui a été consacrée aux éditions Mosquito, il avait depuis longtemps envie de travailler avec Jean-Claude Fournier. L'arrêt des « Crannibales » a été l'occasion de lui proposer le scénario des Chevaux du Vent. Fournier/Lax, une association qui en a surpris plus d'un, à commencer par Claude Gendrot, alors directeur de la collection Aire Libre. Et à l'arrivée, lors de la parution de la première partie des Chevaux du Vent, voici 4 ans déjà, c'est le résultat de cette association qui a surpris, et séduit. Séduction toujours effective avec cet attendu tome 2. En effet, graphiquement, on a l'impression d'avoir affaire à un autre Jean-Claude Fournier qu'à celui qui présida un temps à la destinée de Spirou et Fantasio. Pas de trait typé « Marcinelle » pour cette belle aventure humaine sur le toit du monde, mais un dessin épuré, faussement simple, qui, à la rigueur, évoque celui de Will dans ses ultimes albums à l'orientation plus adulte. Un dessin quelque part intemporel, puisqu'il pourrait parfaitement s'inscrire dans un courant de BD dite plus « moderne » ou actuelle.

 

 

 

 

Et quand parfois, ce trait s'estompe pour laisser la couleur directe pleinement s'exprimer, notamment pour les paysages, c'est à un lecteur admiratif que l'on offre l'ascension de l'une de ces montagnes, presque autant personnages que décor. Comme de coutume, on sent Christian Lax, ici uniquement scénariste (comme pour Amère Patrie dans la même collection), proche de ses personnages, avec un scenario qui au-delà de l'aventure et du dépaysement est également une belle histoire, dramatique, humaine et sensible, véritable marque de fabrique de l'auteur dans ce registre. Sans recherche de spectaculaire à tout prix, sans retournements de situations invraisemblables, en douceur et presque discrètement, mais avec un coeur « gros comme ça », Fournier et Lax cosignent un vrai petit bijou. L'attente de ce tome 2 a certes été longue, mais leurs Chevaux du Vent (drapeaux de prières multicolores) voleront longtemps dans nos yeux.

A noter que le tome 1 est réédité simultanément sous une nouvelle couverture.

 

Pierre Burssens

 

Les Chevaux du Vent T.2, 72 pages au prix de 16.50 € édité chez Dupuis.



Publié le 05/07/2012.


Source : Graphivore


Midnight Crossroad

États-Unis, 1934...
Cachés dans un wagon de marchandises, Suzy et Huck, deux êtres liés par leurs fantômes. Le jeune garçon fait un serment : sauver son ami Charley Williams de la pendaison, car par sa faute, celui-ci est injustement accusé d'un meurtre qu'il n'a pas commis. Malheureusement, la trace de Charley, alias Lucius No Fingers, l'homme qui cherchait la gloire et le mythique "crossroads" dans les cordes de sa guitare, s'est effacée sous la poussière des rues de "Memphis la Belle". Là, débute un dangereux jeu de piste parsemé de cadavres et de questions sans réponses. Charley est-il encore en vie ?

 

 

 

 

On se dit parfois que certaines séries mériteraient plus, plus de reconnaissance critique, plus de succès public, plus de présence en librairie. O'Boys en fait certainement partie. En effet, depuis «le sang du Mississipi », c'est avant tout à un incroyable voyage dans une époque qui nous est relativement méconnue, à nous, européens, que nous invitent les auteurs. Celle de l'après krach de Wall Street, celle des hobos (O'Boys) qui voyageaient clandestinement de ville en ville dans les trains de marchandises, celle de la grande récession... Celle aussi de la naissance et d'un début de reconnaissance du blues. Et le blues, il n'a jamais été aussi présent que dans ce tome 3. Midnight Crossroad fait en effet référence à la légende de Robert Johnson qui aurait vendu son âme au diable rencontré à minuit à un croisement (même Arthur de Pins joue avec ça dans « Zombillenium »), la grande majorité de l'épisode se déroule à Memphis et l'album fourmille de clin d'oeils et de références musicales plus ou moins déguisées (les « Moon Studios » plutôt que « Sun Studios » etc.) et on mesure que la personnalité de Lucius No Fingers a vraiment pris le pas sur celle de Charley Williams. Les retournements de situation se succèdent, les personnages sont toujours aussi attachants (et Suzy est bien jolie...) et si par moments, vu le contexte, on nage en pleine noirceur, Midnight Crossroad comporte aussi une belle dose d'humour (l'entrée de Suzy au « Stan's fried chicken » est une scène d'anthologie, l'expédition « maquillée » dans les « juke joints » et « les noirs ne sentent pas le cirage » sont aussi à retenir...). Des sourires qui sont peut-être un peu renforcés par la reprise du scenario par Stephan Colman que l'on n'attendait pas forcément dans un registre aussi réaliste mais qui boucle ce premier cycle avec brio. Côté dessin, Steve Cuzor déploie à nouveau les grands moyens, dans un style à rapprocher de celui de Giraud (et parfois un peu de Blanc-Dumont), nous offrant une impressionnante série de portraits mais également le portrait d'une époque au sein de planches aussi soignées que documentées (l'édition N/B du premier tome mettait d'ailleurs extraordinairement en valeur le travail du dessinateur). Comme les deux premiers tomes, on retrouve dans Midnight Crossroad tous les ingrédients d'une très solide série classique. On grimpe dans le wagon de ses héros pour ce qui constitue surtout une très belle histoire d'amitié, on ne s'ennuie pas une seconde et on apprend beaucoup... Difficile de demander plus, hormis peut-être un délai plus court d'ici le tome 4 !

 

Pierre Burssens

 

O'Boys, tome 3 "Midnight Crossroad, Dargaud.



Publié le 27/06/2012.


Source : Graphivore


Les Dieux du Nil, à la découverte du Panthéon Egyptien

C'est la fête à Per Bast, où les célébrations de la déesse Bastet ont même attiré la royale famille du Pharaon. Mais pour les chats, c'est autre chose ! Leur grande prêtresse vient de traverser le Noun et il leur faut élire sa remplaçante. Le babouin Apoua a entendu parler d'une chatonne blanche qui ne peut qu'être l'élue. Pour la chatte Néfertiti, c'est une nuit de périples aux mille dangers qui commence...

 

On le sait depuis « Ishanti », Crisse nourrit une véritable fascination pour la mythologie égyptienne. Amoureux de ce panthéon protéiforme, où les animaux humanisés le disputent aux sculpturales déesses, il a conçu ce nouveau livre comme une balade. Celle de Néfertiti, sa nouvelle héroïne, élégamment rythmée par des croquis aussi expressifs que charmants. Mais nous sommes également invités à nous balader parmi ces somptueuses illustrations en pleines pages, fabuleusement rehaussées par Fred Besson, Coloriste attitré de Crisse, celui-ci confère une touche on ne peut plus disneyienne à ce panthéon, pour un résultat époustouflant et totalement unique en son genre.

 

 

 

Pour le néophyte, partir à la découvertes du panthéon des dieux égyptiens et périphériques est un véritable ravissement. Et cela dit même les connaisseurs reconnaîtrons le travail accompli dans ce bel opus. D’Horus à Isis, de Râ à Osiris, vous vous délecterez des histoires et anecdotes qui entourent ces dieux et déesses mythiques. L’Égypte fascinante vous est délivrée par des artistes de talents. Un bel écrin qui renferme un cadeau supplémentaire aux lecteurs,  un étui en troisième de couverture contenant quatre superbes illustrations. Rendez-vous sur le Nil et laissez-y voguer votre imagination par le truchement des œuvres de Crisse et Besson.

 

 

 

Les Dieux du Nil, sortie le 15 juin 2012 chez Lombard, 96 pages au prix de 34,95 €



Publié le 06/06/2012.


Source : Graphivore


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