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Pauvre Jean-Pierre : intimité d’un anti-héros ordinaire et désormais intégral
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Pauvre Jean-Pierre : intimité d’un anti-héros ordinaire et désormais intégral

Après avoir éclairé notre été en toute simplicité, Grégory Mardon s’offre une intégrale chez Aire Libre autour de son pauvre, si pauvre Jean-Pierre. Plus pauvre encore que Lampil mais peut-être aussi méconnu en raison de son physique passe-partout, banal. Jean-Pierre, il a fait de la chanson de Jean Sablon Vous qui passez sans me voir sa ritournelle tristounette. Alors, en 2017, quand Dupuis tape sur le clou et nous offre l’intégralité des trois albums (« Corps à corps », le premier tome de la série avortée Incognito « Victimes parfaites » et dédiés à Jean-Pierre, on ne peut que réhabiliter ce personnage aussi banal que marquant.

 

 

 

 

 

 

 

© Mardon chez Dupuis

 

Résumé de l’éditeur : Cette première intégrale inédite est un juste hommage à cet auteur complet et à la vaste fresque qu’il entreprit de dessiner en l’honneur des petites gens de l’ordinaire, parmi lesquels ce « pauvre » Jean-Pierre. Un ouvrage proche de nous, qui prouve que les voix et les récits contemporains ne sont pas en reste au sein du label « Aire Libre ».

 

 

 

 

© Mardon chez Dupuis

 

Le temps a passé, les grands se sont levés, les plus puissants ont émergé, mais les petites gens sont restées des petites gens. Et à l’heure où l’on se cherche des héros avec toujours plus de super-pouvoirs et d’effets spéciaux, il est toujours bon de retrouver des anti-héros du quotidien, ceux dont on scrute les visages dans les trajets trop long en train, en bus et en métro. Ceux qui ne reteignent pas le regard, dont on a vite fait le tour, des marionnettes de la routine et d’une vie pas palpitante, pas folichonne. Jean-Pierre en est l’archétype-même. Inodore (pas qu’on ne sache pas le piffer, non non), insipide. C’est simple, dans ses trois albums, le héros pourrait presque être nous. Parce que Jean-Pierre est intervertible, on peut aisément prendre sa place, sous ses sparadraps, empoigner ce qui lui arrive.

 

 

 

 

© Mardon chez Dupuis

 

Mais, dans un ultime sursaut de ce qui lui reste d’orgueil, Jean-Pierre s’accroche et repousse case après case les quatre bords de celles-ci pour se maintenir en vie aux côtés des femmes qu’il envie, de son ami pas toujours recommandable. Pris dans les courants de l’existence, Jean-Pierre est un survivaliste, il brille contre toutes attentes d’être lui-même. Et en cela, ça en fait un héros intéressant dans cette société du paraître où les apparences sont souvent trompeuses (vous avez vu cette dame d’un certain âge qui force la chirurgie esthétique à outrance à tenter de lui en donner 20 ans de moins au rebond de ses seins et au lifting tellement tiré qu’on ne verrait pas ses larmes couler).

 

 

 

 

© Mardon chez Dupuis

 

Au gré de ses trois aventures (conçues indépendamment), Jean-Pierre, notre loser de première, tente de vivre sa vie, de s’épanouir. Il y a des histoires d’amour désuet avant même d’avoir commencé, des rendez-vous au café, des obsessions pour des muses aux formes avantageuses, la routine le jour comme secrétaire dans un cabinet médical, les errances la nuit dans la rue à chercher un destin bien mieux que le sien. Et forcément à trop croire en sa chance, à divaguer, il lui arrive des cracks, des coups de massue, à notre Jean-Pierre. Et, mine de rien, c’est sans doute ce qui fait qu’on s’y attache encore plus.

 

 

 

 

© Mardon chez Dupuis

 

Dans la troisième partie de cette intégrale, Mardon ne se contente plus de choper notre désormais ami à un moment de sa vie pour en dire le strict minimum. Non, il lui offre des souvenirs, ceux d’une campagne qui fleure bon la ferme et l’agriculture locale, les 400 coups à faire entre bois et prés et les tombolas pour la fête des écoles. Entre tout ça et ses petits camarades de classe pas toujours sympa, Jean-Pierre se rêve parfois super-héros (un peu comme P’tit Quinquin), comme dans les comics qu’il dévore, mais c’est oublié qu’il a des voisins zarbis et que quand la nuit tombe sur ce bled paumé, il faut avoir le coeur bien accroché.

 

 

 

 

© Mardon chez Dupuis

 

Parce que le personnage est récurrent mais qu’il n’y a pas forcément de lien entre les trois albums, Grégory Mardon se réinvente au fil des planches, ne bridant pas sa créativité de l’ordinaire pour l’explorer au plus loin, sans limite. Voilà sans doute pourquoi ces trois récits-là sont singuliers et si bien achalandé. Comme son personnage, Mardon semble avoir laissé faire le hasard lui souffler dans les pages. De quoi conférer à son héros si ordinaire un statut inestimable.

 

Titre : Pauvre Jean-Pierre

Intégrale

Scénario, dessin et couleurs : Grégory Mardon

Genre : Comédie dramatique et sociale

Éditeur : Dupuis

Collection : Aire Libre

Nbre de pages : 216

Prix : 32€



Publié le 02/11/2017.


Source : Alexis Seny

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