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Rencontre avec Van Hamme et De Spiegeleer
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Rencontre avec Van Hamme et De Spiegeleer

A l’occasion de la parution de La malédiction des trente deniers, Jean Van Hamme et Chantal De Spiegeleer ont bien voulu m’accorder une interview exclusive. La première partie de ce diptyque raconte comment un berger fait une découverte archéologique sans précédent dans une crypte du Péloponnèse: les manuscrits de Nicodemus et un coffre contenant un des trente deniers que Judas avait reçu pour sa trahison. Cette trouvaille va intéresser Mortimer invité en Grèce par le docteur Markopoulos qui attribue un pouvoir maléfique au denier trouvé. Mais, le richissime homme d’affaire Beloukian compte sur la valeur spirituelle de ces pièces pour devenir le maître du monde. Pour l’aider dans cette quête, il organise l’évasion d’Olrik du pénitencier de Jacksonville. Afin d’élucider le mystère des trente deniers, tous les protagonistes se lancent à la recherche du tombeau de Judas. Huit ans après L’Etrange Rendez-vous, Jean Van Hamme signe à nouveau un scénario riche en rebondissements d’une aventure des héros d’Edgar P. Jacobs. Il a choisi un thème propre à enflammer les imaginations: Judas et ses deniers. L’action est menée tambour battant. La Malédiction des trente deniers est chargé d’émotions puisque son dessinateur, René Sterne est décédé en 2006 alors qu’il n’était qu’à la moitié de l’album. Avec sa ligne claire, il avait parfaitement épousé le style de Jacobs. Sa compagne, Chantal De Spiegeleer, a voulu terminer l’album. Elle est parvenue à trouver le même esprit graphique et la même précision. Il aura fallu attendre cinq ans pour voir cette aventure – maudite ?- achevée, mais le résultat dépasse toutes les espérances.

 

Marc Bauloye: Y a-t’il des impératifs à respecter pour écrire un Blake et Mortimer ?

Jean Van Hamme: Les impératifs que je me donne moi-même. Il n'y en a aucun de la part de l'éditeur. Simplement, comme un comédien à qui l'on propose un rôle, il faut se préparer à interpréter ce rôle. Je suis le seul à m'être donné des contraintes.

 

MB: Faut-il relire toute la série avant de se lancer ?

VH: Je me suis contenté de relire les trois premiers qui, pour moi, sont la quintessence du talent de Jacobs. J'ai relu les autres à tout hasard. Mais, ce sont surtout les trois premiers où l'on retrouve toute la magie de Jacobs dans son côté théâtral et dans l'essence même des personnages. Oui, on se donne forcément les impératifs nécessaires à respecter le rôle qu'on s'est donné.

 

MB: Comme vous est venue l’idée de baser votre histoire sur Judas et ses deniers ?

VH: Parce que j'avais déjà abordé le contre-espionnage dans L'Affaire Francis Blake et la science dans L'Etrange Rendez-vous. Il me fallait encore traiter l'archéologie qui est la passion de Mortimer. J'ai simplement estimé que l'époque chrétienne, le christ, judas représentent ce qu'il y a de plus connu. Et, donc ce qui demande le moins d'explications. J'aurais parlé de Sumériens, d'Hittites, d'Etrusques, il aurait fallu se lancer dans de nombreuses commentaires. Ce n'était pas le but recherché. Pour la majorité des lecteurs, nous sommes donc en terrain connu.

 

 

 

MB: Pourquoi Blake passe-t-il au second plan ?

VH: Blake est toujours passé au second plan. Dans la mesure où, sauf peut-être dans SOS Météores où c'est Mortimer qui disparaît la plupart du temps, Blake est toujours là pour venir au secours de son ami Mortimer. Et, n'oubliez pas que le métier de Blake est le contre-espionnage en Angleterre. Donc, en principe, il n'a pas à se trouver ailleurs. Mais, il reprendra un rôle de premier plan dans le second volume.

 

MB: L’infâme Olrik a-t-il trouvé en Beloukian plus abject que lui ?

VH: Oui, probablement parce qu'Olrik est un mercenaire. C'est la première fois qu'on voit Olrik se faire engager par le méchant. Donc, il se demande dans quoi il tombe. Lui, tout ce qui l'intéresse, c'est le mélange argent/pouvoir. Il se demande un peu ce que sont ces espèces de mystiques, adeptes du mal. Mais, tout ce qui l'intéresse, il l'acceptera à partir du moment où il pourra en tirer un profit.

 

MB: Donner un des premiers rôles à une femme, Eleni, n’est ce pas déroger à l’esprit de Jacobs?

VH: D'abord, elle n'a pas le premier rôle. Elle a un des rôles importants. Bien sûr, c'est déroger à l'esprit Jacobs puisqu'à l'époque il était malvenu de mettre une femme au premier plan. Disons que c'est la touche moderniste dans ces vieilles recettes que sont Blake et Mortimer. Cela me semblait indispensable.

 

 

 

MB: C’est votre dernier Blake et Mortimer ?

VH: Il paraît que non. Parce que, lors d'un cocktail récent, ma femme, après trois verres de champagne, a promis au directeur éditorial que j'allais encore en faire un. De deux choses l'une, où bien je fais défaut à la promesse qu'à faite mon épouse, où bien, je l'honore. Mais, en fait, je crois que cela va m'amuser d'en faire encore un quatrième

 

MB: Quels sont vos projets ?

VH: Mes projets, c'est de vivre assez longtemps pour pouvoir réaliser tous les projets que j'ai encore en tête. C'est mon essentiel projet de vie.

 

MB: Où avez-vous trouvé l’énergie pour terminer ce que René avait commencé ?

Chantal De Spiegeleer: C'était un peu l'énergie du désespoir parce que René aurait aimé que je le termine. Parce que c'était son album. C'est vraiment ce qui m'a motivé.

 

MB: Comment arrive-t-on à épouser le style de Jacobs ?

DS: Je n'ai pas cherché à faire le style de Jacobs mais à faire du Blake et Mortimer. En rentrant vraiment dans les personnages; en faisant passer les personnages avant le dessin.

 

MB: Comment s'est passé la collaboration avec Jean Van Hamme ?

DS: Très bien. C'était très sympa, avec un scénario très limpide et de la bienveillance. Tout allait bien. Et, il s'entendait bien avec René aussi.

 

MB: Pourquoi passer la main à un autre dessinateur pour le second épisode ?


DS: J'ai refusé de le faire parce que je ne pouvais pas le réaliser dans des temps raisonnables. Je ne voulais pas mettre l'éditeur dans l'embarras étant donné que c'est un double album. Et puis, c'était trop difficile pour moi. J'ai fait le premier parce que René l'avait commencé.

 

 

 

MB: Y a-t-il une scène que vous trouvez particulièrement réussie ?

DS: La planche 37 pour ce que Jean y a mis. Elle était très difficile à réaliser, et je crois que j'y suis finalement arrivée. C'était un casse-tête avec des personnages d'origines différentes, assis et portant des loups sur le visage, tous alignés en perspective dans l'abside d'une église de forme polygonale. Cette scène est cruciale. Elle souligne que le totalitarisme, sous toutes ses formes, est universel.

 

MB: Quels sont vos projets ?

DS: Avant la mort de René, le Lombard m'avait proposé de refaire de la BD. Le projet consiste en quatre albums dont le thème est une éclipse totale de soleil. Je fais cela avec Juan d'Oultremont. Je vais donc continuer. Il y a déjà un album terminé mais pas encore publié.

 

Propos recueillis par Marc Bauloye

 



Publié le 23/11/2009.


Source : Marc Bauloye

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