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    avec MIRALLES - RUIZ
 








Interview d'Ana Mirallès et Emilio Ruiz réalisée dans le cadre de la sortie du septième tome de Djinn intitulé "Pipitku" paru chez Dargaud.


 
C'est dans une salle feutrée et intime de la fondation Raymond Leblanc, que nous retrouvons Ana Mirallès et Emilio Ruiz, couple d'auteurs espagnols, très complices et souriants. C'est accompagné d'un accent chantant que nous allons mener un entretien de 30 minutes, qui nous permettra de mieux découvrir ces deux auteurs.

Ana Mirallès, bonjour, merci de passer faire le bonjour au graphivore, à l'occasion de votre album Djinn, tome 7, dont le titre est Pipitku. 7ème album, mais aussi 3ème du second cycle. Avez-vous eu du plaisir à le dessiner, puisqu'on est presque à la fin, mais pas tout à fait ?
Ana Mirallès : Je pense que nous sommes au milieu de l'histoire. En discutant avec mon scénariste (Ndlr : Jean Dufaux), nous partirons peut-être sur un troisième cycle, en Inde, peut-être 3, 4, 5 tomes, en fonction de la situation. Mais en principe, 4.


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Justement, ce cycle indien, on en entend souvent parler. Vous avez donc vécu le cycle ottoman, le cycle africain, chacun à son style et ses couleurs. L'Inde sera également particulière.
Ana Mirallès : Je préfère ne pas y penser, je suis déjà paniquée à l'idée des choses que je devrai dessiner. Si je ne me trompe pas, il me faudra dessiner des palais, des bijoux et des maharani (NdG : maharaja au féminin). Tout cela va être compliqué, mais bon, c'est magnifique et je ne proteste pas (rires).


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Vous parlez de difficultés, mais quelle est la partie qui vous fait le plus peur ? Les personnages, peut-être les décors ?
Ana Mirallès : Les décors ! Les personnages, s'ils étaient seuls, sans décors, çà m'irait bien. Avec les personnages, je me débrouille bien. La psychologie, la personnalité, pour moi, trouver tout cela est pour moi très agréable. Ce n'est pas toujours très facile, mais très agréable. Par contre, les décors m'ennuient un peu. Il faut y investir plus de temps que pour un portrait et cela reste à l'arrière des personnages. Mais il en faut.


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Puisque c'est assez complexe, comment vous documentez-vous ? Sur base de photos, de votre imagination ?
Ana Mirallès : La plupart du temps, il faut des photos ; c'est pour les renseignements autour de la série, les vêtements, la rue, les voitures. Et même pour la forêt, c'est plus facile avec des photos !

(étonnement)

Oui, la forêt aussi, bien sûr (apparemment, Ana Mirallès est très marqué par cette étape). Les crocodiles, les animaux… Mais pour les personnages, c'est mieux de les imaginer.


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2 points intéressants : les habits et les personnages. Vous faites des habits d'une manière très volatile, très aérienne, auriez-vous aimé être styliste ?
Ana Mirallès : Ca m'intéresse beaucoup. Les tissus, la mode, connaître l'historique, comment l'humanité s'est vêtue au cours des siècles. Je pense que, si je n'avais pas fait de la BD, peut-être que la mode m'aurait attiré. Surtout pour apporter de nouvelles choses, des créations. Peut-être.


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Vous faites également de la peinture ?
Ana Mirallès : Oui, mais très occasionnellement, surtout pendant mes études (NdG : Ana Mirallès a fait les Beaux-Arts). Je préfère l'aquarelle, la gouache, l'huile, (elle interroge son mari) du pastel aussi ? Bref, un peu toutes les techniques. Je peux toucher à tout, mais surtout l'aquarelle.


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Vous êtes donc « complète », qu'en est-il de la sculpture ?
Ana Mirallès : J'en ai fait seulement une année, mais j'ai oublié beaucoup de choses. Pour dessiner, il faut avoir un sens de la 3D. Quand je dessine, j'ai l'idée du personnage en 3 dimensions, ma façon est assez sculpturique.


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Peut-être est-ce de là que vos personnages sont vraiment beaux ? Les femmes sont sublimes (rires de AM), mais même les hommes sont beaux, bien dessinés, souvent légèrement barbus.
Ana Mirallès : Ils ne sont pas rasés, parce qu'ils sont dans des caves (Ndlr : cf la scène de la fosse du tome 7 de Djinn). C'est compliqué pour se raser (rires), surtout dans cet album.


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Finalement, les hommes ne font que souffrir dans 'Djinn'.
Ana Mirallès : Ce n'est pas ma faute ! C'est celle du scénariste, c'est lui qui a quelques problèmes avec les hommes (rires). Non, c'est l'histoire… Et çà ne me dérange pas du tout. Je suis capable de tout dessiner, même si je n'aime pas trop. J'ai beaucoup de discipline, et pour une histoire, il faut tout dessiner.


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Toujours sur les hommes ; vous dessinez des femmes nues, mais également des hommes nus. Ce n'est pas très courant !
Ana Mirallès : Si l'histoire en a besoin, pourquoi pas. C'est une partie de la nature, de la vie. Le plus grand problème est quand il faut faire un homme nu de front. Il y a peut-être une auto-censure. Il faut toujours penser au public, en grande surface, les gens sont en famille, et il faut éviter les problèmes. Mais ce n'est pour moi pas un problème de dessiner, mais çà l'est pour certaines personnes.


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Et vous travaillez sur photos ?
Ana Mirallès : Non, j'ai une bonne mémoire (rires et sourire discret de son mari). J'ai beaucoup travaillé sur modèle et je travaille toujours, que ce soit au cinéma, en regardant un match, je dessine, j'imagine, j'analyse le corps que je vois. C'est une façon de toujours garder la main agile.


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Vous analyser, et cela vous a amené à faire évoluer votre style. Que ce soit de l'époque 'Fontana' à maintenant, laquelle préférez-vous ? Ou aimez-vous passer de l'un à l'autre ?
Ana Mirallès : J'essaie de devenir de plus en plus expressive. Actuellement, je ne peux pas faire ce que je faisais avant, parce que j'étais occupée à chercher des choses que j'ai peut-être trouvées. Je pense qu'il faut toujours avancer. Je suis dans une période où j'évolue, et il ne faut pas regarder en arrière.


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C'est vrai que votre dessin est de plus en plus abouti, de plus en plus expressif. Mais cela reste de la BD franco-belge. Vous êtes espagnole, avez connu l'époque Franquiste. Comment en êtes-vous à faire imprimer le premier 'Djinn' aux Pays-Bas pour un éditeur belge (Dargaud) ?
Ana Mirallès : C'est grâce aux personnes, les scénaristes sont souvent en contact. Ils ont plus de temps libre que les dessinateurs pour créer des relations. J'y suis arrivé par mes travaux, d'autres auteurs connaissaient un peu ma carrière, et c'est une porte ouverte, à travers 'Eva Medusa', 'A la Recherche de la Licorne' et aussi 'Yves Schlirf'.


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Dans tout ce que vous avez dessiné, depuis 'Eva Medusa' à 'Djinn', quelle est votre scène préférée, celle où vous vous êtes dit « C'est parfait » ?
Ana Mirallès : La scène où le héros, ou l'héroïne dit « Je veux sortir de cette BD ». L'héroïne qui nous regarde, des clins d'œil au lecteur. Un contact avec le lecteur.


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lecteur, vous en êtes de plus en plus connue. Pour une dédicace, il y a foule. Est-ce que cela vous fait peur, vous dérange ou vous dites-vous que c'est super ?
Ana Mirallès : sors 4 à 5 fois par an, alors j'adore. Tout les week-end, je ne sais pas… Quelques jours dans l'année, pour un festival ou une promotion, c'est bien. C'est l'occasion d'avoir un contact direct avec le lecteur et c'est toujours très intéressant.


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Dans votre lectorat, il y a beaucoup de femmes, des jeunes filles. Pensiez-vous que Djinn allait être une BD qui allait les toucher ?
Ana Mirallès : Oui, il me semble. Les femmes qui ont lu 'Djinn' se sont identifiées avec les personnages, elles ont aimé différentes choses de la BD, les habits, les bijoux, en général les tenues. Ou l'histoire tout simplement, beaucoup de femmes aiment les histoires de 'Jean Dufaux'. C'est une bonne leçon et ca me fait plaisir, beaucoup. De plus en plus de femmes arrivent dans la BD, c'est une répétition à travers 'Djinn'. Elles ont commencé à lire parce que l'héroïne est précisément une femme, dessinée par une femme.


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Revenons à votre passé. Avec Emilio Ruiz, vous formez un couple à la ville et au travail. 'A la Recherche de la Licorne', ou 'Corps à Corps', comment voyez-vous cette relation ?
Ana Mirallès : C'est très amusant !

Emilio Ruiz : Oui !

Ana Mirallès : A : Nous sommes très proches et créatifs (confirmation absolue d'Emio Ruiz). Je peux parler de ce que je veux pendant le petit-déjeuner, en étant à la maison. Les idées viennent « Je vois cette case ainsi, avec cela ». C'est très créatif et pour nous, c'est parfait. Nous sommes plongés dans le même style, les mêmes projets. Emilio est de bon conseil.

Emilio Ruiz : Ca ne nous embête pas du tout.

Ana Mirallès : Nous avons les tiroirs pleins de projets. Le jour où Jean Dufaux aura terminé, il restera plein de projets tout prêts. Il est scénariste et il a la tête emplie de ces choses. En ce moment nous faisons « De Mano Mano », un premier album. Si nous réussissons à le terminer correctement, dans les temps, si on publie, si on nous lit, cela fait beaucoup de si… il y en aurait un deuxième.


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Vous feriez également les couleurs ? 2 albums par an, Djinn devant sortir…
Ana Mirallès : 'Djinn' a sa place, et je dédie à 'Djinn' tout le temps qu'il mérite. Ensuite il y a l'autre projet, plus rapide et dans un autre style, pour changer un peu. Djinn sera toujours en couleurs directes et 'De Mano Mano' sera fait à l'aide de l'informatique pour les couleurs. Emilio les fera, toujours parfait.


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Vous faites donc le scénario, les couleurs, quelle étape est la plus dure ?
Emilio Ruiz : A 100% la couleur. Le scénario m'est facile à imaginer. C'est ma tête, ce sont mes idées, ce n'est donc pas un problème. Par contre, pour la couleur, il faut beaucoup de temps et c'est un défi. Ana fait très bien la couleur et c'est à l'ordinateur, qui devrait apporter des éléments supplémentaires. On verra.

Ana Mirallès : (pour soutenir son mari) Tu es à tes débuts en couleurs. Quand nous aurons terminé cet album, tu maîtriseras déjà beaucoup plus.


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Vous craignez la comparaison ?
Ana Mirallès : (d'un regard complice à Emilio Ruiz) Exactement.

Emilio Ruiz : Ana apportera les retouches, parce qu'elle maîtrise les procédés.

Ana Mirallès : Nous partons d'une idée de base, la couleur dominante. De là, Emilio travaille comme il le souhaite.

Emilio Ruiz : Les détails, les ombres par exemple, elle me donne un calque sur lequel je rebondis pour avancer. Ce calque est à sa manière, je le retravaille.


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On sent que vous êtes fière de votre mari. Pour 'A la Recherche de la Licorne', vous aviez fait l'adaptation d'un livre, 'En busca del Unicorno' de 'Juan Galán'. N'est-ce pas trop complexe d'adapter ?
Emilio Ruiz : Au début, je n'étais pas très sûr de moi, mais en le faisant, j'ai eu le soutien de l'écrivain. Ca m'a apporté un supplément de vitalité et je suis finalement très content. On peut faire mieux, bien sûr. Il y aura d'ailleurs une nouvelle édition, sous forme d'intégrale chez Dargaud. On y refera les couleurs.

Ana Mirallès : À l'ordinateur ! (nouveau clin d'œil à Emilio)

Emilio Ruiz : Nous y changerons quelques petites choses. Le précédent format était trop petit, et pour permettre une respiration, nous y ajouterons quelques illustrations (Ndlr : inédites donc). Le récit manquait d'espace et était étouffé. Seulement 4-5 dessins, pour ne pas trahir le dessin intérieur.

Ana Mirallès : Le tout sera accompagné de croquis, et nous espérons que l'écrivain nous donnera son avis, et écrira une préface. Ce sera chouette !


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Pour résumer, vous faites dans l'adaptation autant que dans l'imagination. Dans quel domaine êtes-vous le plus rassuré ?
Emilio Ruiz : Je préfère mes histoires, c'est mon univers, ma personnalité, c'est plus facile. D'un autre côté, je suis très content de faire des adaptations car si la base me plaît, çà me sera facile également. Faire une adaptation littéraire est toujours très attirant. Par exemple, les dialogues (Ndlr : de 'A la Recherche de la Licorne'…) sont de ma création, le format du roman étant totalement différent, une sorte de manuscrit ancien. C'est le personnage qui a survécu qui raconte son histoire. Je m'imaginais l'histoire.

Ana Mirallès : Ce qui est bien, c'est que l'esprit de l'histoire n'a pas été trahi. Dommage que cette histoire soit restée inconnue. Nous avons un second essai !


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Si vous pouviez adapter un livre, lequel serait-ce ?
Emilio Ruiz : Le 'Vaisseau des Morts', de 'Traven', qui a également écrit la 'Sierra Madre', un roman sur fond d'actualité politique Nous avons déjà quelques idées et même déjà un petit story-board. Quand nous l'avons lu, nous avons remarqué que ce récit est encore actuel et nous a parlé.


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Vous faites donc de tout, de l'humour avec 'Kim et Ka', du torride avec 'Corps à Corps', de l'historique avec 'A la Recherche de la Licorne', du fantastique avec 'Eva Medusa'.
Ana Mirallès : Je fais de tout, c'est agréable de se rappeler tout cela. J'ai dessiné des livres illustrés pour la jeunesse et je voudrais recommencer, c'est nécessaire, c'est le côté fou du dessinateur. 'Je Bouquine' était très BD, mais les illustrations allaient du livre d'enfant au bouquin de mathématique pour les examens. Ca reste une expérience sympa.


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Pour la conclusion, nous allons revenir à Djinn. Nous pouvons résumer cette série par trois mots : Sensualité, Arabesque et Couleur. Peu importe le case, il y a au moins un de ces trois éléments. Est-ce une démarche réfléchie ?
Ana Mirallès : J'en ai besoin, l'arabesque, je l'introduis dans mon style. C'est une façon de décrire aussi beaucoup de choses. Ca m'intéresse. C'est un rapport culturel. Tous les dessins dépendent d'une arabesque, qui place le lecteur dans le récit. Il y en a donc parti.


Un tout grand merci pour cet entretien, nous espérons apporter à de nouvelles personnes le goût de votre travail.



 
François Miville-Deschênes