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    avec ANDRÉ JUILLARD ET YVES SENTE
 








Interview d'Yves Sente et André Juillard réalisée par Frédéric de Haan.


Sente et Juillard (Avril 2008)
 
Vous avez adopté, tous les deux, il y a un peu plus de 8 ans, deux enfants âgés de 54 ans. Lourd défi surtout que vous succédiez, non seulement à EP Jacobs mais également à l'équipe composée alors par Jean Van Hamme et Ted Benoît sans oublier le bref relais de Bob De Moor. Vous semblez pourtant aujourd'hui et par la force des choses, aussi malheureuses soient-elles, être l'équipe la plus "stable" et la plus "rapide" pour proposer la suite des aventures de ces deux héros... Yves Sente, aviez-vous imaginé en 1998, lors de votre fameux coup de bluff (un anonyme, qui n'était autre qu'Yves Sente remet une idée de scénario pour un nouvel album de Blake et Mortimer) qu'en une dizaine d'années près d'1/4 des albums des aventures de Blake et Mortimer proviendraient de votre cru ?
Yves Sente : Non, évidemment non, je suis arrivé un peu par hasard dans cette belle aventure et puis elle a bien fonctionné par rapport à la satisfaction du public à l'éditeur et par rapport à la rencontre qu'on a fait André Juillard et moi.

Après la première collaboration, il y avait une petite frustration. En effet, l'histoire était écrite avant et André (ndlr Juillard) n'a pas vraiment eu le temps d'en discuter avec moi, de se préparer car il y avait une certaine forme d'urgence et ça s'est très bien passé mais à la sortie de l'aventure on avait envie de rééditer la chose dans un cadre plus serein, en discutant l'histoire ensemble au préalable, en se préparant, en étant moins dans l'urgence. Et puis voilà, les choses se sont enclenchées de manière un peu … chaotique sur le plan de l'organisation peut-être, il y a eu des événements malheureux qui sont arrivés, comme vous l'avez dit mais on est surpris tant l'un que l'autre de se retrouver ici alors que l'aventure a commencé il y a dix ans si on parle du moment ou on a lancé le projet par rapport à la sortie.


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Yves Sente et André Juillard, faire du Blake et Mortimer aujourd'hui, c'est devoir respecter les codes fondamentaux de la série (dans la manière d'écrire, dans le phrasé ou la manière dont les personnages se parlent, dans la structure graphique en trois strips). Défi ou défaut selon vous ?
Yves Sente : Défi, certainement pas défaut, on me demanderait de casser les codes, je refuse et je passe la main à quelqu'un d'autre. Mon plaisir est justement de retrouver l'émotion de la lecture d'enfant, de la retrouver dans ce qu'on fait aujourd'hui et les codes ne sont pas une contrainte, c'est pour moi une motivation, un défi dans le jeu. On joue un jeu et le défi est celui de gagner la partie en respectant les règles. Quand on ouvre un Blake et Mortimer la première impression qu'on a est une certaine forme de densité, une certaine forme de cadrage, ça fonctionne en trois strip, il y a dix à douze cases, il y a beaucoup de texte, un langage légèrement "poolé", du vouvoiement partout, il y a un tas de choses comme ça qu'on s'attend à trouver et qu'il faut trouver. S'il n'y a pas ça, on n'a pas l'impression d'être dans du Blake et Mortimer avant même d'avoir commencé à lire la première page.



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Quelle est la liberté qui reste alors aux auteurs à partir du moment où tous ces codes sont impératifs ?
André Juillard : Il y a une liberté justement à l'intérieur de ces contraintes d'imaginer des récits, d'inventer des personnages. Simplement, il y a des règles du jeu et on les respecte.


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On sent chez vous une volonté d'humaniser Blake et Mortimer. Il semble en effet logique qu'ils aient eu une jeunesse, des amis, qu'ils aient fait des études. Ces moments d'émotion que vous privilégiez, pensez-vous que Jacobs y aurait accordé la même importance ou est-ce votre expérience à vous qui vous pousse à le faire ?
Yves Sente : A l'origine, c'est André qui a eu l'excellente initiative de m'envoyer la biographie des personnages écrite par Jacobs et c'est vrai que quand je les ai lues, je me suis dit qu'il y avait un vrai potentiel. Jusque là, je pensais peut-être que Blake et Mortimer étaient deux personnages de papier qui sauvaient le monde à chaque coup et en lisant ça, ils prenaient tout d'un coup une dimension, une consistance psychologique. Ils devenaient vrais, ils avaient un passé, ils avaient des parents, ils avaient fait des études, ils étaient comme tout le monde mais avec un destin exceptionnel et je trouvais qu'il fallait exploiter cela. Les sarcophages étaient prévus en un tome au début et puis, c'est devenu deux grâce à ça.


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André Juillard, vous avez vos propres héros de papier, comment voient-ils la venue de ces deux beaux-frères adoptifs qui quoiqu'on en dise doivent prendre pas mal de place dans la famille ?
André Juillard : Oui, ils prennent certainement de la place mais pour moi, c'est une nouvelle flèche que j'ai dans mon carquois et qui n'empêche pas les autres de marcher. En vieillissant, le temps passant et le temps qui reste étant de plus en plus restreint, j'ai envie de toucher à tout et je n'ai pas envie de faire Les sept vies de l'épervier ou Plume aux vents jusqu'à la fin de mes jours, j'ai fait une autre bande dessinée totalement inédite avec Pierre Christin (ndlr : Le voyage de Léna), j'ai un autre projet avec Yann qui sera tout aussi inédit et par contre, j'ai cette vieille famille très ancienne que j'adore retrouver de temps en temps. C'est vrai qu'on ma proposé un temps de dessiner tout Blake et Mortimer en ce compris les scénarios de Van Hamme, d'autres éventuellement mais ce n'est pas mon truc, pour moi c'est vraiment une récréation.


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Et cette récréation, vous y consacrer combien de temps ?
André Juillard : Réaliser un album de Blake et Mortimer, ça me prend un an, comme un autre


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Et ce, en tenant compte de la faculté d'adaptation que vous devez avoir pour réaliser du Blake et Mortimer ?
André Juillard : La faculté d'adaptation, c'est surtout au premier album que j'ai du faire cet effort. Je ne suis d'ailleurs pas très satisfait du début, de la première partie de La machination Voronov, les personnages, c'est pas tout à fait ça. Petit à petit, ça s'améliore, j'ai l'impression que je m'améliore en tout cas dans le dessin des personnages, enfin ils ressemblent de plus en plus à ce que j'aimerais qu'ils soient dans mon imagination d'amateur, d'ancien lecteur. Je me sens beaucoup plus à l'aise donc fatalement, je dessine plus vite et au bout du compte, c'est du dessin.
 


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Cela laisse augurer beaucoup de bonnes choses pour l'avenir ?

André Juillard : J'espère.

 


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Concernant le dernier album (seuls les lecteurs ayant déjà lu l'album sont invités à prolonger l'interview



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Bluffant et culotté ont été les deux premiers mots auquel j'ai pensé en refermant l'album. Dans l'affaire Francis Blake, le colonel se rapproche de l'ennemi public numéro 1, Olrik. Cette fois-ci, c'est le professeur Mortimer qui se retrouve engagé dans un véritable "corps à corps" avec ce dernier.
Yves Sente Sourire


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On constate également que ce nouvel album est inséparable des deux tomes précédents (Les sarcophages du sixième continent).
Yves Sente : On peut le lire de manière indépendante car il y a un moment où on résume ce qui s'est passé et qu'il est important de connaître dans l'album précédent, donc, le lecteur pourrait le lire de manière indépendante mais c'est clair que s'il relit la fin du sarcophage tome 2, il aura un nombre d'indices en plus qui lui permettront de comprendre d'où on vient et où on est allé sans en dire plus.


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La logique voulait pourtant que La malédiction des trente deniers (aventure en deux tomes) du tandem Van Hamme / Sterne paraisse avant cet album-ci ? Comment cet album-ci se serait t'il positionné si cette logique n'avait pas été tragiquement perturbée par le départ de René Sterne ?
Yves Sente :C'est vrai mais eux, leurs histoires se passent en 1955. Nous, nos histoires se passent avant Sato (ndlr. Les trois formules du professeur Sato) qui a lieu dans les années 70 donc, dans tous les cas de figure, la chronologie des récits doit être refaite par le lecteur et à, nous ne nous embarrassons pas vraiment de cet aspect là même s'il fat en tenir compte pour la facilité du lecteur mais Van Hamme avait décidé de reprendre à partir de La Marque Jaune donc dans les années 55, moi, ma première idée s'est faite sur base de ces deux pages avec la rencontre Lennon - Mc Cartney donc en juillet 57 et après, logiquement, j'ai poursuivis dans le temps, donc, je me suis retrouvé en 58 et voilà. De toute façon, nos histoires sont postérieures à celles de Van Hamme.


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Donc ici, si je comprends bien, la pression, c'est vous qui l'avez, vous serez toujours obligé de vous influencer de ce que Van Hamme et ses dessinateurs mettent dans leur récit et d'en supporter les conséquences ?

Etre plusieurs à réaliser du Blake et Mortimer, cela entraîne donc de nombreuses péripéties et un sens d'adaptation aigu, voire même une véritable obligation de synergie entre les différents acteurs ? Van Hamme a t'il déjà perturbé Sente et/ou vice versa ?
Yves Sente : Perturbé non, enrichi oui dans le sens ou Van Hamme et Benoit ont inventé le personnage d'Honeychurch et quand dans le scénario de Voronov qui est postérieur, le scénario nécessitait un adjoint au capitaine nous avons appelé Jean Van Hamme pour savoir si ça l'ennuyait si nous reprenions Honeychurch, il nous a dit "non". On aurait pu en créer un autre mais on trouvait ça plus intéressant de constituer, de renforcer l'esprit de famille entre les albums en reprenant des personnages qu'ils ont créés.

En sens inverse, dans le prochain scénario de Jean Van Hamme (La Malédiction des trente deniers, album à paraître), il y a une brève allusion, à un moment donné, dans l'appartement à Park Lane, à la jeunesse indienne de Mortimer, leur rencontre à Simla, il y a une photo dans leur album qui est en fait basée sur un dessin d'André.


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Donc, il y a une bonne synergie à ce niveau-là.
Yves Sente : Eh bien, on s'entend tous très bien et on prend plaisir à jouer le même jeu donc ce ne sont pas deux parties de Monopoly à deux, c'est une partie de Monopoly à 4, il faut le voir comme ça plutôt.


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Et vous avez justement…
Yves Sente : Moi, j'ai le pion rouge (rires) et toi (à André Juillard) tu as lequel, le bleu, le vert.

André Juillard : Le jaune (rires)


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Dans la machination Voronov, vous avez introduit un personnage féminin dans la série : Nastasia...
Yves Sente :Oui, nous avons créé ce personnage et j'ai eu envie de la reprendre dans ce récit car je l'ai trouvé extraordinaire une fois que je l'ai vue sur le papier mais au départ, c'était un personnage qui vraiment ne faisait que servir l'histoire. Nous avions besoin d'une espionne et donc nous avons pris une espionne mais à partir du moment où elle existe physiquement, qu'elle nous plait et qu'on s'y attache, c'est à ce moment là qu'on a envie de faire rejouer certains personnages. Il y en a d'autres qui servent une fois et puis ça ne viendrait à personne l'idée de les réutiliser car ils sont plus fonctionnels qu'attachants.


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Dans ce nouvel album donc, Nastasia confirme son rôle de personnage secondaire mais nous en apprenons encore un peu plus sur la jeunesse amoureuse de Mortimer qui vécut même une aventure avec une femme de dix ans son aînée. On vit donc d'une certaine manière dans les années 50 mais à la "mode" des années 2000.
Yves Sente : Oui, tout à fait. On écrit pour un lectorat de 2008. Si on faisait exactement l'histoire comme Jacobs, cela semblerait être soit du plagiat soit du pastiche soit un truc totalement emmerdant parce que le lectorat d'aujourd'hui, s'il aime bien relire les albums de Jacobs c'est parce qu'il y a le côté nostalgie qui vient envelopper la lecture, ce qui nous arrive à nous aussi mais une histoire telle quelle, premier degré, écrite comme si on état dans les années 50 aujourd'hui, moi je suis sûr que ça ne passe pas du tout. On est obligé d'écrire en se disant que nous sommes en 2008 mas en même temps en respectant le besoin de nostalgie dans les codes dont on parlé, dans la forme, l'importance des textes, le phrasé le vouvoiement et des choses comme ça qui donnent l'impression que c'est du Jacobs mais ce n'est pas du Jacobs, on fait du Blake et Mortimer.

Quand j'ouvre l'album, ça me donne l'impression que c'est du Blake ou pas tout de suite avant de commencer à le lire. Et s'il n'y a pas assez de texte même si c'est très bien fait, plus moderne et tout ce qu'on veut, pour moi, ce n'est pas du Blake et Mortimer mais, enfin je ne sais pas ce que tu en penses (à Juillard) mais il a un aspect visuel avant tout.
André Juillard : Moi, dessinateur, je suis parfois gêné par cette abondance de texte, ça fait quand même des bonnes surfaces, il faut se débrouiller avec ce qui reste mais je crois que Yves est parfois gêné avec le nombre de pages qu'on lui propose pour faire un album. C'est vrai que La machination Voronov devait faire au départ 64 pages.

Interrompu par Yves Sente "66 pages, on en a retiré quatre."

Et donc, tout ce qu'il avait à dire, il fallait bien le mettre. Pour la seconde aventure, Les sarcophages il nous a paru plus sage à l'un et à l'autre que cet album s'étale sur deux épisodes sinon, c'aurait été encore pire ou alors il aurait fallu supprimer toute cette séquence de flash-back qui nous paraissait très intéressante à introduire dans l'univers de Blake et Mortimer. Là on avait impression de faire œuvre de renouvellement.
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C'est clair qu'un album de Blake et Mortimer, c'est un album qui se lit à son aise, dans un fauteuil avec, à la limite avec un fond de musique classique et …
Yves Sente ... un whisky ! (fou rire général car c'était là ce que tout le monde pensait sans oser le dire)


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Justement, j'aime beaucoup cette transition car Blake boit habituellement du sherry, Mortimer du whisky, Olrik semble avoir, pour sa part, opté pour le gin ?
Yves Sente : Olrik prend du Gin ??? (Rires), on ne peut pas tout dévoiler. C'est effectivement un des indices voulus, bien sûr pour amener le lecteur à de temps en temps lever le sourcil au fur et à mesure du récit. Quand on prépare un retournement de situation dans une histoire, une BD, un roman, un film, peu importe, le terme des américains pour cette technique s'appelle le planting, c'est dire qu'on plante littéralement des petits jalons, des petits indices que notre cerveau va percevoir mais sans en comprendre l'utilité. Par contre, quand le retournement arrive, si on a bien fait ce planting, notre cerveau, tout de suite se dira "ah bien oui, tac, tac, tac, tac" et d'un seul coup, ça crédibilise le tout, ça ne paraît pas téléphoné, on se rend compte que ce n'est pas tout d'un coup l'auteur qui se réveille, qui a une lubie, on se rend compte que tout ça est bien préparé et je crois que c'est un lectorat qui aime ce genre de jeu.
André Juillard : Il y a par exemple une page qui est tout à fait ambiguë quand "Olrik" qui est le personnage barbu, comme tout le monde l'aura deviné, se met à défendre un gamin et on s'imagine qu'Olrik n'aurait jamais ait un truc pareil, pendre la défense du faible par rapport au fort alors cette séquence sert pour la suite mais c'est un moment un peu insolite par rapport aux caractères censés être ceux des personnages.


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Seul le lecteur ayant lu l'album comprendra cette question mais, hormis le coup du Gin transformé en Whisky, la réflexion de Mortimer après avoir couru pour rattraper son bus "Eh bien professeur, ce n'est pas un corps d'athlète que vous avez là", et le fait qu'Olrik prenne la défense des plus faibles, y a t'il d'autres signes permettant de réveiller l'attention du lecteur sur cette machiavélique machination ?
André Juillard : Dans la fin de l'album précédent, il y a déjà Mortimer qui a des maux de tête, des pertes de mémoire. Il y a surtout une autre chose qui semblait inacceptable, c'est Mortimer qui tire dans le dos et qui tue une femme en lui tirant trois coups de feu dans la fin des Sarcophages et on nous l'a reproché à la sortie de cet album en disant Mortimer ne fera jamais, même pour sauver Nasir…


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Mortimer aurait-il laissé tuer Nasir ?
Yves Sente :Non, mais il aurait tiré sur l'arme plutôt que dans le dos. Je ne sais pas, mais il n'aurait jamais tiré dans le dos, le scénariste aurait trouvé autre chose. (rires)

Il y a plein de petits trucs qu'à mon avis je suis seul à connaître. Quand j'écris (NDLR : il cite la deuxième case de la page 15)

-Mortimer "… vous revoir n'était pas pour me déplaire. Le souvenir que je garde de vous est si…"
-Sarah Summertown "Le mien est celui d'un jeune homme beaucoup plus timide. Mais je ne vous en veux pas, Philip, au contraire".
-Mortimer "Au contraire ?"
-Sarah Summertown embarrassée "Oui… enfin je veux dire que…".


C'est Olrik qui est là; Olrik, c'est un aventurier, c'est un dragueur. Mortimer est un gentleman, jamais il n'aurait dit "au contraire ?", enfin, je ne crois pas.



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Même chose quand dans la troisième case de la page 41 il la rattrape dans ses bras.
Yves Sente : En effet, c'est pareil quand il la rattrape quand elle tombe, il lui fait une sorte de petit compliment machin, ce n'est pas du gentleman britannique.
André Juillard : C'est du baroudeur.
Yves Sente : (Rire) Oui, c'est du baroudeur venu d'un pays de l'Est d'après Jacobs. Au début quand il ne veut pas de nanas avec lui, c'est parce qu'il ne veut pas avoir des gens dans les pattes. S'il veut retrouver cette civilisation perdue ? C'est parce que dès les premières pages on lui dit "C'est de l'or gainé de diamants". Pinks, bingo, c'est à partir à moment là que lui veut partir, l'archéologie, il n'en a rien à faire.
André Juillard : Il y a aussi tout plein de toutes petites choses. Quand le gars se présente pour prendre l'avion avec eux, c'aurait été Mortimer, on l'imagine avec un grand sourire "mais bien sûr, cher ami, bien sûr que nous allons vu aider".
Yves Sente : C'est pareil dans l'avion quand il essaie d'interrompre la conversation entre ce bizarre Monsieur Bowler et Nastasia qui commence à lui en dire un peu trop sur le but de leur voyage et donc il essaie de les couper. Et comme ça, à plein d'endroits, si on relit l'histoire, il est très cohérent, enfin, c'est vraiment Olrik quoi. J'adore bluffer le lecteur comme j'adore être bluffé quand je suis moi-même lecteur ou spectateur. Le sixième sens (NDLR. : film de M Night Shyamalan avec Bruce Willis) moi j'étais sur mon derrière, j'ai adoré ce film et ce film m'a donné l'envie de réussir ce défi-là en BD. En BD, c'est plus difficile parce qu'au cinéma, les images défilent, vous n'avez pas le temps d'arrêter alors qu'en BD, si le type a un doute qui est trop fort, il peut s'arrêter et réfléchir et c'est très dangereux parce que s'il réfléchit trop et qu'il comprend, on lui gâche la fin de sa lecture.


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C'est bien en ce sens là que j'entendais les qualificatifs "bluffant et culotté".
Yves Sente:La scène la plus compliquée de l'album pour moi est celle ou Olrik, le faux Olrik rencontre le Bezendjas (Voir : "Le Mystère de la grande pyramide") qui le reconnaît mais c'est Mortimer en fait donc, il faut que la scène tienne la route, que le Bezendjas ne se rende compte de rien, que Mortimer à qui on prête une rapidité de réaction fulgurante (enfin c'est un héros, il est fait pour ça) mais il faut quand même que les souvenirs qu'il a avec les petites infos qu'il vient d'apprendre de la bouche même du Bezendjas collent suffisamment pour qu'il puisse répondre ce qu'il répond et pour ça, il faut retourner dans Le mystère de la grande pyramide et voir où il était, dans la fameuse villa au moment où la police arrive et que les autres s'enfuient et tout ça doit coller.


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Comment André Juillard et Yves Sente voient-ils Blake et Mortimer dans 10 ans ?
André Juillard: Jacobs ne les a pas vieillis et donc il n'y a pas de raison que nous le fassions. Les héros sont éternels
Yves Sente: De toute façon, tu les as déjà vieillis.
André Juillard: C'est vrai que je l'ai déjà fait, et par deux fois en plus (rires).


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Mais comment se profile l'avenir de Blake et Mortimer vu par le duo Sente et Juillard ?
Yves Sente:Des histoires, il peut y en avoir encore dix, vingt, trente dans les années 50. Il a des histoires de Jacobs tel Le piège diabolique ou SOS Météores qui se passent en deux trois jours. Ce n'est pas parce qu'une histoire se passe pendant deux trois jours dans l'année 1958 que l'année 1958 est grillée. Des possibilités dans les années 50, fin 40 ou début 60, il y en a tant qu'on veut donc là n'est pas le problème, il y a plein de lieux à visiter encore, plein de thèmes à aborder et moi, ce que j'aimerais, c'est petit à petit continuer, par petites couches, à explorer leur personne, savoir de plus en plus qui ils étaient.
André Juillard :Jusqu'ici, on a quand même un peu privilégié Mortimer, on a peut être envie d'en savoir un petit peu plus sur Blake. Voilà, pourquoi pas, voici peut-être une piste…


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Vous sentez-vous plutôt Blake ou Mortimer (voire Olrik) et pourquoi ?
André Juillard: (Rire) Olrik, je le trouve franchement un peu encombrant mais j'aime bien le dessiner alors, je crois que c'est plutôt un problème pour le scénariste, ce personnage qui devient quand même un petit peu pathétique à force de perdre dans ses entreprises. Mais bon, en fait, ce que j'aime, c'est la famille, c'est Blake plus Mortimer. J'avoue que j'étais un peu frustré dans cet épisode d'abandonner certain temps, Blake mais je ne peux pas m'identifier à l'un ou à l'autre, pour moi, c'est les deux, les deux de préférence ensemble et ce que j'aime beaucoup dans cette série, c'est revenir sur les lieux mythiques de la série que Jacobs n'a dessiné qu'une seule fois, c'est à dire l'appartement de Park Lane et le Centaure Club et si c'est un parcours obligé au début d'un album pour attaquer l'histoire, ce sont des choses qui me plaisent beaucoup.
Yves Sente: On partage vraiment la même opinion là-dessus. Quand j'écris, si c'est l'un qui parle, je suis lui, si c'est l'autre, je suis l'autre. J'essaie de rentrer dans la peau de chacun mais ça ne se limite pas à eux, les personnages secondaires sont très importants et si on leur donne plus de personnalité, la famille va s'agrandir mais je ne privilégie pas plus l'un que l'autre, c'est le scénario qui décide en règle générale. Ici, puisque tout le monde a lu l'histoire, on comprendra pourquoi il n'y a pas Blake. Si Blake était au côté de Mortimer, il le connaît si bien et depuis si longtemps qu'il est évident qu'il découvrirait la supercherie avant tout le monde, c'est pour ça qu'au début de l'histoire on apprend qu'il était (Ndlr : Blake), dès le retour de l'Antarctique parti à l'étranger pour des missions. Il ne faut pas qu'ils se côtoient sinon la supercherie ne marche pas…
André Juillard: Là j'ai du me rendre aux raisons du scénariste qui m'a bien expliqué que Blake ne pouvait pas être présent…


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Longue vie à Blake et Mortimer façon Sente et Juillard.
Yves Sente Ca eux, ils vivront plus longtemps que nous, c'est sûr, les personnages sont éternels, enfin j'espère…