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Aux frontières des drames du monde, une contemplation. Prendre refuge.
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Aux frontières des drames du monde, une contemplation.  Prendre refuge.

« - Une bratwurst qui marche ! Une ! Avec un petit pain ? Moutarde ?

-          Ecrasante ?

-          Je… Je ne suis pas sûr de comprendre.

-          Jaune et puissante.

-          Ha ha ha ! La moutarde ! Jaune, oui. Pas trop forte, non. On dit forte… Vous êtes syrienne ?

-          Oui, de Syrie.

-          Ah ! Bienvenue à Berlin ! »

 

 

 

 

 

 

Futile… La scène est futile. 2016, au cœur de l’Allemagne, une jeune femme achète un sandwich dans la rue. C’est ainsi que Neyla rencontre Karsten. Vivre en allemand, c’est bien, mais parler la joliment complexe langue allemande, c’est mieux. Alep devenu gris, au centre au gris de cendres, il a fallu quitter le pays pour voir de nouveau les étoiles briller. Le vendeur de rue va prendre sous son aile l’enseignante réfugiée. Sous l’œil ironique de son amie Elke, Karsten prône la tolérance et l’accueil.

Leur histoire est entrecoupée de celle d’Anne-Marie Schwarzenbach qui, en 1939 en Afghanistan, vit une histoire d’amour avec Ella Maillart. L’écrivaine a un peu voyagé, entre Pékin et le Cachemire. Sous l’œil de bouddhas de pierres, dans une pureté innocente, les deux femmes apprennent que le monde est en train de prendre feu.

 

 

 

 

© Enard, Abichared - Casterman

 

 

 

            Mathias Enard, prix Goncourt en 2015 avec le roman Boussole, signe un premier scénario de BD dans le style qui lui est propre : érudit et esthétique, sensible et amenant à la réflexion. Le scénariste navigue entre les deux périodes de son histoire, dont le point commun principal est la rencontre d’un amour dans une époque destructrice. Il montre que le monde ne pourra être sauvé que grâce à l’altruisme, la passion et la solidarité.

 

Cet album est à mettre en écho avec Zenobia, de Morten Dûrr et Lars Horneman, paru chez Marabulles en début d’année, racontant la fuite de Syrie d’Amina, 10 ans, sur un boat people.

 

 

 

 

 

© Enard, Abichared - Casterman

 

Zeina Abirached n’est pas une dessinatrice, c’est une poète du graphisme. Son pinceau danse des arabesques dans des planches géométriques. Des ciels étoilés aux plans de rues, de tables garnies aux cartes du monde, d’un orage déchirant le ciel aux flammes encerclant un scorpion, Abirached redéfinit des codes. Evidemment, on ne peut s’empêcher de penser au trait de Marjane Satrapi. L’auteur de Persépolis a fait école. Mais la dessinatrice, au service de son scénariste, pousse la métaphore entre le texte et le graphisme encore plus loin. Lorsque des éclairs se transforment en larmes, ils sont les barreaux d’une prison. Lorsqu’un phare de bicyclette éclaire la lune, E.T. voudrait rentrer chez lui.

 

 

 

 

 

© Enard, Abichared - Casterman

 

 

 

            Prendre refuge est une histoire d’amour au sens noble du terme : amour de l’autre, amour du monde, amour de la paix. « L’amour mon amour est un beau poème bordé sur la lune. »

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

One shot : Prendre refuge.

 

Genre : Drame.

 

Scénario : Enard.

 

Dessins : Abirached.

 

Éditeur : Casterman.

 

Nombre de pages : 344.

 

Prix : 24 €.

 

ISBN : 9782203148611

 

 



Publié le 09/10/2018.


Source : Bd-best

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