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Des sapins qu’ont du look, si t’y mets des artbooks #2: Vintage and badass, original et frontal; le cinéma des méchants, les vrais !
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Des sapins qu’ont du look, si t’y mets des artbooks #2: Vintage and badass, original et frontal; le cinéma des méchants, les vrais !

Sous le sapin, des livres à foison. Et la BD n’est pas en reste au gré de rééditions augmentées et festives mais aussi d’albums faisant la part belle aux coulisses et au making-of. Des artbooks qui invitent à prolonger l’expérience d’un album trop vite dévoré, par exemple, à découvrir un artiste autrement. Dans ce passage en revue, nous en évoquerons quelques-uns. Après avoir exploré le fantastique, on retourne dans l’esprit polar, noir comme jamais, fort de café et d’insomnie, pour s’immiscer dans l’imaginaire de Tyler Cross, ou plutôt celui, touffu et de longue haleine, qui a mené à la création de ce héros pour un public averti, cinéphile ou en voie de l’être.


 

 

 

 

 

 

 

© Nury/Brüno chez Dargaud

 

Résumé de l’éditeur : Chaque Tyler Cross puise une large partie de son imagerie dans une poignée de films qui traitent de l’univers précis dans lequel ils se déroulent. Fabien Nury et Brüno réunissent dans ce superbe livre toutes les inspirations scénaristiques et iconographiques qui ont procédé à la création de leur gangster. 76 chroniques illustrées qui dessinent en creux une certaine vision de l’Amérique et de ses mythologies, mais surtout une véritable déclaration d’amour au genre noir.

 

 

 

 

© Nury/Brüno chez Dargaud

 

À l’heure où je suis convaincu que la Culture nous sauvera et nous éduquera plus que l’Économie, les politiques et le populisme aux lois mortifères et appauvrissantes (intellectuellement); je plaide pour qu’un quota de jours de congés universels soit mis à disposition de tout un chacun en vue de se cultiver au fil d’oeuvres fondamentales et incontournables dans tous les domaines, les formats, les médias et les genres. Deux ans de vacances, par exemple, ce ne serait pas de trop. On pourrait ainsi, comme la télévision publique belge, faire dresser des listes des films, livres, spectacles à voir absolument. Au niveau des films noirs et des polars, Fabien Nury et Brüno ont fait leur part du travail. Et ma proposition ci-dessus n’est pas innocente : c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour engloutir la sélection drastique et pourtant bien fournie que proposent ces deux passionnés de ligne noire, sanglante mais aussi sociétale.

 

 

 

 

© Nury/Brüno chez Dargaud

 

Alors que Brüno est coutumier du fait, après avoir donné vie au numéro de la petite BDTK des savoirs dédié au Nouvel Hollywood; pas de bis repetita : le tandem explore un cinéma bien plus sombre et profond, amoral et incisif, fait de chefs-d’oeuvre oubliés et datés et pourtant intemporel et inoubliable. Tellement que Tyler Cross leur doit beaucoup et que la maestria des deux auteurs est d’autant plus spectaculaire qu’elle est nourrie par ses aînés, sans gêne d’adapter le génie des précurseurs à une bande dessinée on ne peut plus cinématographique (visez la couverture de cet album hors-série).

 

 

 

 

© Nury/Brüno chez Dargaud

 

Ainsi, dans les 200 pages vintages and badass, Fabien Nury, et son sens si particulier, poivré et salé, de la formule (jusqu’à un épilogue complètement fou), nous entraîne dans un monde que les moins de quarante ans peuvent ne pas connaître. Dans le Neuvième Art tel que conçu par des cinéastes qui en avaient, les Sturges, Wise, Powell, Argento, Chabrol, Sautet ou encore le Mann de la grande époque, et incarné par des héros (parfois malgré eux) auxquels Humphrey Bogart, Lee Marvin, Lino Ventura,  Paul Newman ou Charles Bronson ont prêté leurs légendaires traits.

 

 

 

 

© Nury/Brüno chez Dargaud

 

Et tant qu’à parler de trait, dans ce parcours d’artistes de papier et cette récréation, Brüno en appelle à ses souvenirs et ses émois de grand écran pour réinventer un monde fait de guns, de bolides, de tronches cassées et de suspense. C’est d’autant plus appréciable dans un format qui gagne en surface par rapport au volume de la BDTK (cette nouvelle incursion dans le  savoir cinéphile est quasiment quatre fois plus grande), Brüno a les moyens de ses ambitions et de cette collision d’univers. Dans des affiches revisitées, des double-planches qui tuent, des images chocs qui choquent, le dessinateur fait ce qu’il fait de mieux : son dessin lorgne vers la sérigraphie qui percute et vise droit nos rétines, tantôt en noir et blanc mais aussi en couleurs tranchantes et punchy. C’est du gros calibre. Et quitte à passer outre le cran d’arrêt de la technologie, on verrait bien toutes ses images faire un fameux quiz à la manière des jeux de logo qui faisaient fureur il y a quelques années sur les smartphones. Après Logorama, c’est un peu Polarorama, et ça a de la gueule !

 

 

 

 

© Nury/Brüno chez Dargaud

 

Et en osmose, comme un poisson dans une mare de sang, Fabien Nury n’est pas une petite frappe et profite des élans graphiques de son compagnon pour imager son écriture et raconter les films sans trop en dire. C’est fleuve, écrit comme on parle, pertinent et percutant. Mais, surtout, cet album n’est pas un produit dérivé de Tyler Cross. Non, ça participe à sa légende, lui qui est bien trop taiseux que pour dire d’où il vient. Cette somme de films, c’est son corps, ça le nourrit, ça fait de lui un être au physique emprunté et à la mémoire tortueuse, schizophrénique tant il doit à bien des illustres prédécesseurs. À l’heure où, dans tous les domaines, on crie au plagiat, Nury et Brüno rient au nez de ceux qui leur feraient un procès d’intention : bien sûr que Tyler Cross, en son âme et conscience mais aussi dans ses décors et ses contextes, ressemblent à d’autres. Mais c’est dans l’association de toutes ses inspirations, férues et pointues, totalement digérées, que Tyler Cross devient quelqu’un (pas quelqu’un de bien), original et frontal, une anomalie au XXIe siècle.

 

 

 

 

© Nury/Brüno chez Dargaud

 

Avec une telle liste de films à voir, à s’enivrer, on n’est pas sorti de l’auberge et du traquenard. De quoi augurer de nombreuses et infinies soirées dans une ambiance qui n’a plus cours. Pas tellement celle des héros, des vrais; mais des mauvais, les vrais.

 

Alexis Seny

 

Titre : Vintage and badass

Sous-titre : Le cinéma de Tyler Cross

Textes : Fabien Nury

Dessin et couleurs: Brüno

Genre : Anthologie, Artbook, Cinéma

Éditeur : Dargaud

Nbre de pages : 184

Prix : 29,99€



Publié le 27/12/2018.


Source : Bd-best

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