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« C’est un mécanisme le strip, c’est une façon de penser. C’est 1,2,3. C’est tout. On entre, on fait quelque chose, on sort. Un début, un milieu, une fin. Mais le problème, c’est qu’entre le début, le milieu et la fin, c’est le temps d’un claquement de doigts ».
François Corteggiani
Max l’explorateur et son créateur Guy Bara sont à l’honneur de ce pavé hommage à un artiste injustement oublié et à son personnage fétiche. L’album raconte la vie de Bara et propose une large sélection des meilleurs strips de Max.
Fils de diplomate, Guy Bara naît à Riga en Lettonie en 1923.
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De la famille des Peynet, Sempé, Trez ou Lassalvy. il publie dans divers journaux parisiens et notamment la revue médicale Ridendo, concentré d’humour de salle de garde. Au milieu des années 50, Bara tombe malade et doit rester chez lui pour une longue convalescence. C’est à ce moment-là qu’il créé le personnage de Max l’explorateur. Le 31 mars 1955, il devient une vedette du poids lourd de la presse de l’époque : France-Soir, plus fort tirage et plus forte vente de tous les journaux français.
Max l’explorateur, comme son nom l’indique, est le cliché de l’explorateur. Il vit des aventures sous forme de strips sans parole, laissant une large place à la poésie. Il a un short et un casque colonial.
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Certaines situations reviennent comme des marronniers. Ainsi, on retrouvera plusieurs fois Max en train de gravir l’Everest, d’avoir fort à faire avec l’écho de sa voix, de tenter de quitter une île déserte, … A chaque fois, les chutes sont différentes.
Max l’explorateur vit en pleine période de la décolonisation, mais il est plus proche de l’aventurier du XIXème siècle que du touriste moderne. Haroun Tazieff, Alain Bombard et Maurice Herzog ont trouvé leur alter ego.
Max fit les beaux jours du Journal de Spirou de 1964 à 1985.
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Pour Philippe Bercovici, Bara a créé une complicité avec ses lecteurs, maintenant avec eux le fil de la communication. Selon Anne, sa seconde épouse, son cartooniste de mari était le Raymond Devos du crayon, avec des dessins souvent plus touchants que comiques. L’homme était un rêveur, un optimiste naîf. Il n’aimait pas les héros.
Trez explique que Bara mettait beaucoup de lui dans ses dessins : « On ne dessine que ce qu’on est. ». Pour Corteggiani, Guy était curieux. Il n’était pas militant : « Max est un clown, il n’a pas de nez rouge mais un chapeau blanc, il est balancé dans un monde d’une certaine époque. »
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Contrairement à Franquin, Guy Bara dessinait en dilettante. Il n’était pas un gros bosseur. Avec Jijé, Bara proposa une série à quatre mains pour le magazine Paris-Flirt, mais elle ne vit malheureusement jamais le jour.
Le génial Maurice Rosy, ainsi que Vicq, a tenté une incursion dans le monde de Max et de Bara. Il les a embarqués dans du grand format classique, de longues histoires en paroles. Ces deux grands récits n’ont pas rencontré le succès escompté. Bien qu’honorables, ce n’était plus du Max. Bara ne se sentait pas à l’aise dans les idées des autres.
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Le dernier chapitre de ce bel ouvrage est consacré à l’humour noir. On y raconte comment Bara, après l’échec de son transfert au Journal Tintin, a tenté de créer un périodique de dessins d’humour. L’histoire s’achève par la production de quatre cents micro-épisodes de Max l’explorateur en dessin animé au milieu des années 80 et la retraite de son créateur dans le sud de la France.
On en trouve quelques-uns cachés sur la toile, mis en ligne par un fan grec, en suivant les liens ci-dessous. La qualité des copies n’est pas toujours au rendez-vous mais on voit que l’esprit y est bien conforme à celui des strips.
La saga de Max s’achève en 1997 après 13000 strips. Son langage universel lui a permis de conquérir de nombreux pays.
Guy Bara, à l’instar de Charles Degotte, Paul Deliège ou Jacques Devos, fait partie de ces artistes de second plan qui ont contribué à ce qu’est la bande dessinée aujourd’hui. Il est grand temps que des livres comme celui-ci remettent ce type d’artistes sur le devant de la scène.
Laurent Lafourcade (500ème !)
One shot : Max l’explorateur
Genre : Humour poétique
Scénario & Dessins : Bara
Éditeur : Dupuis
Nombre de pages : 376
Prix : 55 €
« - Annabelle Babble ! ça alors, quelle bonne surprise !
- Mathilde ! Alfred ! ça fait si longtemps !
- Annabelle, toi ici ! Tu t’es lancée dans la restauration à ce qu’il paraît ?
- Oui, et voici mes associées.
- Sacrée Annabelle, toi qui rêvais d’évangéliser les indiens ! (…) Nous sommes désolés ! Cette fusillade ne vous était pas destinée.
- A qui alors ? Que se passe-t-il ? Vous avez des ennuis ?
- C’est notre fille Jessie Jane qui nous cause du souci avec nos voisins.
- Jessie Jane ! C’est vrai, où se cache ma filleule ? Elle doit avoir bien grandi maintenant.
- Hélas ! »
© Mazel - Frydman pour Dupuis
Lorsqu’avec mes deux compatriotes, la bourrue irlandaise Alma et la délicate intellectuelle Alexandrine Dumas, nous arrivâmes au ranch Parsons, nous ne nous attendions pas à trouver les parents de ma filleule dans un tel désarroi. Je ne savais pas que cette dernière était devenue l’égérie de la plaine, la pin-up du Far-West, sexy oui, mais au colt acéré. Je ne l’avais plus vue depuis ses six ans.

© Mazel - Frydman pour Dupuis
Nous sommes cantinières. A bord de notre food-truck, ou plutôt chariot-cantine comme on l’appelait à l’époque, nous parcourions l’ouest américain. Dans « Flirt à la Winchester », nous avons hérité de la surveillance de Jessie. Ses prétendants sont un tantinet envahissants. Ses parents refusent de la laisser se rendre seule chez Parsifal Brown. Elle a été promise en mariage à son fils, mais les parents Parsons se sentent trop vieux pour l’accompagner. En plus de marraine, ils m’ont attribué la lourde charge de témoin. J’ai donc l’idée de la conduire à destination dans la carriole de mes associées. Ha, elle va en manger la jolie Jessie du potage de consommé de fayots, des fayots en gelée, des paupiettes de fayot et de la macédoine de fayots ! Mais à nous la charge de ne pas laisser les jolis cœurs s’approcher trop près. Entre amoureux transis, vils cow-boys et braves pieds-jaunes, les flings vont pétarader.

Dans « Le shérif à quatre étoiles », nous allons nous trouver confrontés à un groupe de malfaisants opprimant une ville où plus personne n’ose représenter la loi. Avec Jessie et mes collègues, nous allons arborer l’étoile de la justice. Prenez garde à vous Ron Reg, Willie le veinard, Chuck Bradfer et Bullet Mackintosh. Vos hold-ups sont comptés !
Nos deux grandes aventures sont réunies dans cette belle intégrale, accompagnées d’un court récit « enplumé ». L’introduction de Patrick Gaumer nous en apprend énormément sur la genèse, la vie et la disparition de cette série qui avait tout pour devenir un incontournable de chez Dupuis, et qui s’est retrouvée fauchée en plein vol, ou plutôt en pleine plaine.
Gérald Frydman, le scénariste, vient du milieu du cinéma. Il insuffle à la série une énergie spécifique toute faite pour l’envolée du graphisme de Mazel. Frydman ne s’est pas attardé dans le neuvième art. Outre Jessie Jane, il fait une incursion chez Pilote où il travailla avec Touïs sur Sergent Latterreur, aujourd’hui réédité chez Le Coffre-à-BD.
Luc Mazel est un dessinateur hors pair dans le style franco-belge grande époque. Les personnages secondaires ont des trognes tout droit sorties des westerns à la papa avec John Wayne. Jessie Jane est sexy, belle et rebelle. Les chevaux sont maîtrisés. Bien sûr, certaines scènes pourraient se trouver dans un épisode de Lucky Luke, comme celle où des indiens tournent autour de chariots placés en formation arrondie. Mais la série aurait offert un joli parallèle au monde de Morris sans marcher sur ses plates-bandes. D’ailleurs, le cow-boy qui tire plus vite que son ombre avait déjà quitté la maison Dupuis au moment où la belle cow-girl arpentait les plaines du Far-West.

© Mazel - Frydman pour Dupuis
Les caractères apparemment antagonistes de Charles Dupuis et de Luc Mazel ont empêché chacune de ses séries de se transformer en succès. Et pourtant… Aussi bien Câline et Calebasse, les mousquetaires, que Boulouloum et Guiliguili, les jungles perdues, réunissaient toutes les conditions, au même titre que Jessie Jane, pour devenir de grandes collections dans le catalogue de l’éditeur, à l’égal des Tuniques Bleues, des Petits Hommes ou du Scrameustache. Dans le cas précis de la série ici concernée, Patrick Gaumer raconte qu’un auteur maison se serait plaint auprès de Monsieur Dupuis que Jessie Jane risquerait de faire de l’ombre à son héroïne. Ainsi fut-elle enterrée alors que le scénario du troisième épisode était prêt à être dessiné.
Bref, des conséquences de cette mésaventure, il reste cette magnifique intégrale, chevauchée humoristique et aventure dynamique. Allez, Jessie, ta marraine te ramène au ranch !
Série : Jessie Jane
Tome : Intégrale
Genre : Western
Scénario : Frydman
Dessins : Mazel
Couleurs : Léonardo
Éditeur : Dupuis
Collection : Dupuis Patrimoine
Nombre de pages : 160
Prix : 28 €
ISBN : 9782800170266
- Bonjour, Madame ! C’est pour le relevé de votre compteur de gaz. Excusez-moi de vous déranger mais d’ordinaire, les gens mettent à la fenêtre la petite carte avec le relevé et… - Evidemment que je n’ai pas mis la carte à la fenêtre, sinon vous n’auriez pas sonné ! - Pourrais-je voir votre compteur ? - Suivez-moi à la cuisine. - ?! A la cuisine, vous êtes certaine ? D’ordinaire, le compteur est à la cave. - En effet. Mais comme cela, j’évite de me faire à chaque fois un tour de reins en vous remontant, vous et vos collègues. Ce pauvre agent du gaz va se faire avoir, comme les autres. Les Ducroc vont l’bouffer. Si je vais prévenir la police, ils vont encore m’interner. Si je tente de le sauver, je risque de leur servir de repas… Fournier et Zidrou ont fait les jours gras du journal Spirou pendant 10 ans, de 1995 à 2005. Huit albums sont parus, aux titres édifiants : A table !, On mange qui, ce soir ?, Pour qui sonne le gras ?, L’aile ou la cuisse ?, Crannibal Pursuit, Abracada…Miam !, Crunch ! ou encore La pêche au gros. Je suis un peu la Madame McCluskey de « Desperate Housewives ». Si vous ne savez pas qui vient chez vous, moi, je le sais. Je passe mon temps à observer mes voisins, à essayer de sauver des vies, ainsi que la mienne. Tous ! Pas un seul membre de la famille n’a pas, au moins une fois, voulu que je leur serve de repas. Les parents Mireille et Christian Ducroc sont les plus violents…euh…gourmands. Hachoir, rouleau à pâtisserie, mixeur sont autant d’armes redoutables entre les mains de Madame « la » cordon bleu ! Maillet, canne à pêche, lasso sont autant de moyens qu’emploie le papa pour attraper, assommer ou occire les futur repas. Ces goinfres ont trois enfants. Betty, elle est mignonne, Betty. Ha, elle peut en ramener des prétendants à la maison ! Mais aucun d’eux n’en repartira, si ce n’est par l’intermédiaire de la fosse sceptique. Popol, son petit frère, est un râleur invétéré, un vrai Schtroumpf grognon. Il n’est jamais content du repas servi. Remarquez, sur ce coup-là, je le comprends ! Puis enfin, il y a Bébé. La relève est assurée…malheureusement… Et que peut-on attendre du chien d’une famille de crannibales ? Qu’il le soit lui aussi ! Ce brave Ratiche aime bien ronger les nonos. Enfin, il y a Hanka, fils adoptif vietnamien des Ducroc. Mieux vaut pour lui que le garde-manger soit toujours plein, sinon il peut commencer à numéroter ses abattis ! Chaque gag est titré du nom d’un plat original. Comme on ne peut pas bien les lire car chaque album a été concrètement croqué, un menu récapitule la liste à la fin. Pêle-mêle, on pourra déguster un huissier saisi à point, une toutourte de voisine ou un double homme burger, frites, maxi milk-cheikh. Les deux auteurs n’ont pas hésité à se mettre en scène, une mise en abyme de la série. Ils se sont retrouvés dans le frigo des Ducroc. Fournier a aussi été attaqué par Christian et Mireille sortant de sa planche à dessin dans un roman-photo ouvrant le dernier album. Rarement une série aura été aussi subversive, aussi politiquement incorrecte dans le beau journal de Spirou. Cette série a été le plus gros « choc » depuis Pierre Tombal. Foie…euh…Foi de Folichon, je ne vais pas me laisser faire. Ils ne réussiront pas à me faire devenir fou ! A quoi ça sert que je me décarcasse pour ces Ducroc ? Laurent Lafourcade
Moi, c’est Gros Lulu. Je suis un gros toutou en tee-shirt jaune, pantalon, veste bleue et petit bob sur la tête. Mon copain, c’est Wofi, un petit chien blanc tendre et courageux. Je suis peut-être un peu brut de décoffrage, mais si Wofi ne m’avait pas pour l’épauler dans ses aventures, il serait bien embêté. Nos autres compagnons sont Mam’zelle Cléo, la promise (?) de mon poto, le docteur Placébo, le journaliste Robbie, le capitaine Caporn et dans les tout débuts Zaza, une toute petite grenouille.
Avec Wofi, nous avons vécu deux vies sous la plume d’Albert Blesteau, digne acteur et héritier de l’école Peyo. Nous avons en effet été les héros de gags en une ou deux planches avant de vivre quelques grandes histoires.
Comme dans toute série anthropomorphique (Chlorophylle, Beany le raton,…), on en apprend beaucoup sur les relations animales…euh…humaines.

Dans nos gags débutés en 1976 (repris dans l’album 0 « On va s’éclater »), mon ami Wofi vit sa vie de célibataire dans son petit pavillon. La jolie Cléo lui tourne autour. Elle a un sacré caractère. On ne sait pas trop si elle ne serait pas secrètement amoureuse de Wofi sans jamais l’avouer. Toujours est-il qu’elle ne lui pardonne aucune maladresse. Wofi semble également bien l’aimer, mais il a surtout envie de continuer sa vie pépère. Moi, je suis un grand enfant. J’habite avec ma maman, qu’on ne voit jamais. Wofi me donne des conseils de vie, mais constate parfois qu’il a le même genre de soucis. Je suis très gourmand, voire goinfre, et peux avoir un penchant pour l’alcool. Au fil des gags, mon air tristounet disparaît au profit d’une attitude « bonhomme ».
Après trois ans de gags, 1979 voit la transformation de notre série en grandes aventures dans la plus pure tradition du franco-belge.
Ha, il va en avoir besoin de son Gros Lulu, le Wofi. Ce n’est pas seul que l’on peut affronter des malfrats. Fable et attrapes est un mystérieux conte campagnard. Avec Cléo et Zaza, nous partons quelques jours nous mettre au vert dans la petite bicoque isolée que Wofi vient d’acheter. Mais notre arrivée ne semble pas plaire à tout le monde. Entre menaces, sabotages et étranges trous creusés un peu partout, il va nous en falloir du courage pour rester et percer le mystère qui nous entoure. Aidés par le sympathique Docteur Placébo, nous allons nous trouver au milieu d’une affaire de famille dont les membres sont plus bêtes que méchants, un peu dégénérés comme dans « Massacre à la tronçonneuse », sauf que ceux d’ici sont moins dangereux. Ma force et mon courage vont remettre les choses en place. Quand j’ai faim, rien ne peut m’arrêter.

L’escadrille des becs-jaunes nous plonge dans une ambiance qui peut faire un peu penser à La voiture immergée, le chef-d’œuvre de Tillieux. L’histoire commença bien mal pour moi puisque ma mère m’a fichu à la porte car je ne faisais rien… Allez donc y comprendre quelque chose… Bref, j’en ai profité pour aller faire un tour en mer avec Wofi qui voulait faire des photos à la réserve d’oiseaux de l’Ile Blanche. Le père Caporn devant y livrer du poisson, il nous y amena en barque…mais c’était nous qui ramions. Arrivés sur l’île, Wofi a failli se faire écraser par un gros roc lancé par un oiseau géant. Nous allions découvrir qu’une communauté de mercenaires avait pris possession des lieux, faisant faire des expériences hormonales sur les macareux à l’ornithologue qui habitait l’île. Nous devions débrouiller cette affaire grâce à deux éléments : l’aide de notre ami le Docteur Placébo, et ma faim légendaire qui, tel Obélix, est la meilleure motivation pour décupler mes forces. Dans cette histoire, on va aussi rencontrer Robbie, un journaliste du Clairon à qui nous donnons parfois un coup de main.
Dans Le clan des dix-doigts, nous faisons l’amère expérience que les chasses aux champignons ne sont pas toujours de tout repos. Une espèce de Grosbouf des bois enlève Wofi pour l’entraîner dans une grotte. J’ai bien tenté de le sauver mais de drôles de petits robots s’en sont mêlés et nous nous sommes retrouvés au cœur d’une société secrète qui peuplait la terre autrefois : des hommes ! Leur particularité : ils ont dix doigts, alors que nous, nous n’en n’avons que huit. Cette société est divisée en deux clans, l’un pacifique et l’autre voulant reconquérir le monde. Non, mais, ça va pas ? On veut garder notre place. Le Capitaine Caporn va nous aider à pacifier les choses.
Wofi prend le maquis, pour être clair, aurait pu s’appeler Wofi en Corse. Ambiance Coquefredouille. Pour le journal Le Clairon, Robbie doit faire un reportage sur le Bel-Canto (le pays, pas la chanson). Il nous y envoie tous frais payés afin de faire quelques photos. Nous allons nous retrouver au cœur d’un coup d’état militaire, fomenté par le fils du gouverneur, qui sera lui-même pris à son propre jeu. Au pays de la sieste, des saucisses et de l’apéritif, un Gros Lulu ne peut pas être dépaysé. Mais je n’ai pas trop eu le temps d’en profiter. Comme je l’ai dit plus haut, le Bel-canto semble ni plus ni moins être la Corse. On pourrait se croire dans la vallée de la Restonica. On va admirer une tour génoise. Un beau dépaysement. C’est le meilleur album de la série, mais peut-être souffre-t-il trop de la comparaison que l’on peut faire avec certaines aventures de Chlorophylle ? Parue dans Spirou en 1987, cette histoire aurait dû être éditée par MC Productions sous le titre Le fils du gouverneur en Mai 1989 : annoncée, jamais parue. Elle devra attendre fin 2012 pour que l’éditeur La vache qui médite lui rende les honneurs en publiant 300 exemplaires.

Notre dernière grande aventure, Wofi contre Krocodilos, a eu un parcours encore plus mouvementé puisqu’elle est restée inédite jusqu’en 2013. Dans cette aventure, Wofi et moi sommes engagés comme détectives dans l’agence Minouchet, dont Cléo est secrétaire. Nous allons nous trouver confrontés à des bandits sans scrupules prêts à tout pour faire main basse sur un hôtel de montagne. Accompagné d’un nabot muet Monsieur Bémol, l’infâme Krocodilos possède une bague qui transforme les gens visés en la chose ou l’animal dont ils viennent de prononcer le nom. Wofi en fera les frais. Quant à moi, je vais prendre de la drogue pour du sucre en poudre… Cette aventure pleine d’action finira par une scène mémorable digne de l’usine à chewing-gums dans Les aventures de Rabbi Jacob.
Notre auteur Albert Blesteau avait prévu notre retour sous une forme originale. Plus vieux, à la retraite du Clairon, Wofi me racontait ses souvenirs de jeunesse. Wofi junior : Elle est pas belle la vie ? Ceci restera un projet avorté, une histoire courte dont on peut lire l’ébauche dans la réédition du Clan des dix-doigts, toujours chez La vache qui médite.
Comme vous l’aurez compris, nos aventures ont été éditorialement très mouvementées : deux albums chez Dupuis, le troisième, prépublié dans Spirou, a été édité bien des années plus tard chez MC Productions (Soleil), le quatrième, également prépublié dans Spirou, ainsi que le cinquième, totalement inédit, ont été récemment édités par La vache qui médite, qui a aussi sorti l’album numéro 0 reprenant l’intégralité de nos gags.
Trop d’influences ? Trop de références ? Un manque de direction précise ? Pourquoi Wofi n’a-t-il pas rencontré son public ? La série avait tout pour réussir. C’est un fleuron méconnu de la BD franco-belge qui, comme Bizu, comme Aurore et Ulysse, comme le Flagada, comme plus tard Donito, comme tant d’autres…, aurait pu, ou plutôt aurait dû, faire partie de la famille des grands classiques.
Laurent Lafourcade
Spirou & Fantasio par Yoann & Vehlmann Acte 4.
L’aventure commence en Aswana, dans la province de Nyaba. Un ex-dictateur en disgrâce se fait repérer à cause d’une envie pressante. Et boum le refuge ! Dans une prison, en entendant la nouvelle, Don Contralto, prisonnier semblant avoir un régime de faveur, appelle son neveu pour lui confier une mission « très particulière ». Dans leur grande maison qui fait un peu penser à un Moulinsart petit format et devant laquelle on peut admirer les deux modèles de la turbotraction, Spirou et Fantasio s’apprêtent à déjeuner en commentant les événements. C’était sans compter qu’un hôte bien connu allait s’inviter à leur table : le méchant, le fourbe, le malchanceux Don Cortizone, dit Vito-la-Déveine. Celui-ci est le neveu du prisonnier en question. Vito fait appel à ses meilleurs ennemis car son oncle archéologue, depuis sa cellule, aurait découvert l’emplacement du légendaire trésor d’Alexandrie. Mais comment allait-il les convaincre de l’aider ? Le malfrat a Seccotine en otage.
Yoann est extrêmement à l’aise. Cet album finira de convaincre les derniers réfractaires que Dupuis a fait le bon choix il y a quelques années en lui confiant, avec son scénariste Vehlmann, le destin du groom. Et leur contrat vient d’être renouvelé ! Yipi !
Après une aventure à Champignac, un space-opéra et un angoissant suspens financier, Vehlmann plonge Spirou et Fantasio dans une aventure avec un grand A. Le groom se retrouve dans un pays en guerre, mais l’humour reste bien présent. Ajoutons une pincée d’Indiana Jones et les références sont complètes.
Les auteurs ont maintenant deux missions : d’une part, intégrer le personnage le plus mythologique de l’histoire du monde de la bande dessinée (voir plus bas), et d’autre part, créer des personnages et des événements qui deviendront des références pour de futurs repreneurs. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, c’est ce deuxième challenge qui est le plus difficile.
On attend donc avec impatience Spirou/Fantasio par Yoann/Vehlmann Acte 5 avec un animal jaune et noir qui a une queue gigantesque. Ça vous dit quelque chose ? Le dernier strip de l’album est une mise en bouche mystérieuse…
Laurent Lafourcade
Spirou & Fantasio 54 "Le groom de Sniper Allley" par Yoann et Velhmann, Dupuis
48 pages, 10.60 €
ISBN : 9782800160290
Je m’appelle Tapalouf. J’étais Maréchal-Ferrant à Curé-la-Flûte, village français qui se trouvait du mauvais côté de la ligne de démarcation pendant la guerre.
Pour une histoire, ce n’est plus une histoire, c’est « de l’Histoire »…Et quelle histoire ! Avec mes amis Monsieur le Curé, le Docteur et l’Oiseau (ce n’est pas une bestiole, mais bien un humain), nous en avons connu des aventures pendant la deuxième guerre mondiale. Alors que le monde rend hommage à la Grande Guerre en ces temps de centenaire, rappelons-nous de cet autre conflit qui s’est déroulé hier à peine.
Les habitants de Curé-la-Flûte, autour d’un bon verre chez Abel, se racontent les périlleux événements qu’ont vécus leurs parents en 40. « On s’en fiche comme de l’an 40 ! » C’est cette expression employée mal-à-propos qui déclencha les discussions. Monsieur le Curé, tout minot, avec son oncle dans les ordres (une affaire de famille), et quelques habitants du village, dont moi, étions en vadrouille en mai 40 en Belgique. Quelle belle époque pour faire du tourisme en autocar ! Mais lorsque nous fûmes réveillés une nuit par des bombardements, après quelques heures passées dans une cave, il fallait bien se décider à rentrer chez nous. Avec un bus explosé, ça allait être plus compliqué que prévu. Nous prîmes la route, chargés comme des mulets, en essayant d’éviter les pièges de la guerre. Messerschmitts en attaque, gares détruites, perroquet teutonique aux réflexions belliqueuses,… Pas une seconde de répit ne nous aura été accordée. Et puis, Monsieur l’Curé, ‘faut pas l’énerver ! Il n’hésitera pas à prendre les armes pour nous tirer d’affaire. C’est drôle comme en des temps dangereux la réalité rejoint la farce : fausses bonnes sœurs, cortège funèbre mascarade, tout était bon pour tromper l’ennemi ou que l’ennemi nous trompe. Et puis, malheur de malheur, à dix bornes de la frontière française, on nous annonça que la France était en feu. Peu importe, nous avions décidé de regagner nos pénates coûte que coûte.
Pour notre deuxième grande aventure, exit l’époque contemporaine avec nos descendants, nous nous retrouvons directement au village durant l’hiver 41-42, grande époque du marché noir et des bottes à clous, comme l’indique le titre de cette histoire. Monsieur le Curé fume le chanvre de son fauteuil, roule sur les jantes avec sa vieille bicyclette, ameutant tout le village à chacun de ses déplacements. Mais ce malin réussit à nous dégotter un porcelet. Avec nos amis le Docteur et l’Oiseau, nous décidâmes de l’engraisser dans le clocher de l’Eglise. Vu le sort que nous lui réservions, l’appeler Adolf nous évitait bien des regrets. A part la mission attribuée à l’Oiseau, travaillant aux chemins de fer, de trouver des pneus pour le vélo du prêtre, mon principal objectif fût d’aider des aviateurs anglais malencontreusement parachutés avant le crash de leur avion de sortir du village occupé. Ce fût de loin ma mission la plus périlleuse, déguisé en romanichel, à bord d’une carriole menée par un cheval alcoolique et complètement déjanté (comme le vélo du Curé).
Outre ces deux grands récits, six courtes chroniques ont raconté la vie sous l’occupation allemande à Curé-la-Flûte dans le journal Spirou de 1979 à 1985.
La série Curé-la-Flûte a connu des dérives éditoriales qui l’ont empêché de s’épanouir. Le premier album est paru dans la collection fourre-tout « Les meilleurs récits du journal de Spirou ». Dupuis n’a jamais édité la suite, hormis une publication dans Spirou. Quelques années plus tard, MC Productions et Soleil ont repris la série en publiant le deuxième épisode sous le n°1 et le premier sous le n°2. De quoi perdre le lecteur : 41, c’est bien avant 40 ? C’est dommage. Laudec y montrait des talents certains de metteur en scène et de décoriste. Mittéï pouvait quant à lui s’exprimer dans une série créée par ses soins et qui avait un potentiel narratif à exploiter.
Laurent Lafourcade
Va encore falloir les nourrir… Ils lui tournent autour. Le cadavre d’un zèbre git sur le sol sec de la savane. La bête est morte depuis six jours et commence à pourrir sous ce ciel de plomb. Leur vol se rapproche. Ces volatiles vont bientôt s’attaquer à la dépouille. Leurs becs vont lacérer les chairs. Les lambeaux de gras vont être arrachés des os. Les tripes vont se retrouver disputées entre eux…. Hé, là ! Stop ! Rewind ! C’est quoi, ça ? On n’est dans un film d’horreur ou quoi ? Faut rigoler, voyons ! Vous croyiez qu’avec Raoul Cauvin aux manettes on allait se retrouver dans une épouvantable histoire glauque ou dans un pompeux documentaire animalier ? Vous vous fourrez l’aile dans le gésier.
Je m’appelle Yvo. Y comme hibou et Vo comme vautour. Mon père Balthazar est un vautour, ma mère Annie est très « chouette ». Les vautours n’hésitent pas à transgresser les lois de la nature. Tonton Melchior n’en crut pas ses oreilles lorsque mon père lui apprit que j’allais naître d’une union contre nature. Mon problème est que je ne suis à l’aise pour chasser ni la nuit, ni le jour, mais seulement au crépuscule. Pas facile pour la vie de famille. Et devinez donc avec qui je copine ? Les chauves-souris ! Mon métabolisme est un peu détraqué au grand dam de papa : imaginez un vautour dormant la tête en bas… Ajoutez à cela que j’attrape les poissons avec la prouesse d’un martin-pêcheur et mon père se demandera s’il a été le seul oiseau de la vie de ma mère. Cerise sur le gâteau, j’aurai à mon tour des amours complexes et vous comprendrez pourquoi mon père a les fils qui se touchent.
Parlons un peu à présent des caractéristiques des oiseaux de la race de mon paternel. « Vorace » qualifie celui ou celle qui mange, qui dévore avec avidité. Le vautour fait partie de cet ordre là. Bien obligé, sinon ce sont les autres qui bouffent tout à sa place. Le vautour bouffe tout. Oui, mais seulement ce qui reste. Imaginez ce qu’il peut rester d’un bagnard évadé, après le passage des lions, de leurs familles, des hyènes et des chacals. Quelques lambeaux de chair ? Quelques miettes de moelle d’os ? Nenni ! Les prédateurs n’auront laissé que le boulet. Pourtant, un vautour mange vraiment de tout : du cul-de-jatte, du curé, du missionnaire et même du schtroumpf.
L’appareil digestif du vautour est relativement simple. Ayant repéré l’entrée et la sortie des aliments, le reste n’est pas compliqué : c’est rectiligne.
La partie encyclopédique de la série expose également tous les types de vautours existants. Sandrine Arcizet et Elodie Ageron, les deux animatrices des « animaux de la 8 », doivent y puiser les renseignements pour leur émission animalière. C’est certainement en lisant les voraces qu’elles auront appris qu’il existe le vautour de France, le vautour d’Espagne, le vautour Malet ou le Paris-Roubaix.
Un des défauts du vautour est qu’il n’a pas l’esprit de famille…pour sa survie. En effet, une famille volant en V se fera prendre pour des canards sauvages. Une autre entièrement posée sur une branche d’arbre pas trop robuste de la savane se retrouvera rapidement à terre.
Le vautour ne peut voler ni la nuit, ni par temps couvert. Les obstacles sont nombreux : arbres et girafes perchent haut.
Les amours des rapaces sont tumultueuses. La méthode Gabin ne fonctionnant pas (« T’as d’beaux yeux, tu sais ! »), le mâle doit user de tous ses charmes pour une parade amoureuse imparable…lorsque ça marche. Mais attention, dans la savane, tous les œufs ne sont pas des œufs de vautour : crocodiles ou autres serpents sont aussi ovipares.
Pour élever sa progéniture, l’oiseau le prend sous son aile afin de l’aider à surmonter les dures épreuves de la vie. Ainsi, le vautoureau apprendra que s’il tombe à terre il devra se relever instantanément s’il veut continuer à vivre. Dans la savane, tout corps au sol est un potentiel cadavre. Il faut en croire l’expérience de papa.
Hyènes et vautours jouent parfois une carcasse à pile ou face. Mais quand on n’a pas de monnaie, il est nécessaire de trouver une solution de remplacement. Petit vautour s’en souviendra.
Les auteurs donnent régulièrement des informations entomologistes sur le vautour. L’humour de Raoul Cauvin est servi par le dessin très expressif de Glem, capable d’exposer pas moins de vingt-cinq regards différents des volatiles. Un vautour à construire plume par plume se trouve même dans un album.
Au fil du temps, bien qu’ils n’aient pas évolué depuis l’ère primaire, les vautours ont dû apprendre à cohabiter dans le ciel avec les avions, les hélicoptères, les montgolfières et même les anges.
Comme le camion d’immondices, le vautour participe à l’équilibre de la nature. Comme l’éboueur, le vautour, s’il disparaît, laisse une nature en forme de dépotoir. Heureusement, ça ne risque pas d’arriver, les vautours sont là pour un bon moment et ont toujours faim.
Et là où ils sont les plus drôles, c’est lorsque ces oiseaux se moquent de la condition humaine. Ainsi, chez le notaire, comme leurs congénères humains, ils viendront partager les restes.
Pendant des années, ma famille a aussi fait jouer les lecteurs du journal Spirou avec mots-mêlés, rébus ou autres amusements dans la rubrique « Les voraces et les coriaces ».
En cinq albums, Glem et Cauvin ont bouclé l’analyse de vie de ces pensionnaires de la savane. Nous avons remisé nos becs, nos serres et nos plumes en laissant cette encyclopédie amusante. Mieux vautour que jamais.
Laurent Lafourcade
« Pleins gaz, Derby ! » En une bulle, tout est dit. L’ADN de la série est résumé dans cette case.
Je m’appelle Tim Toronto ; je suis journaliste au Clairon. J’ai rencontré Rock Derby à cause d’une stupide panne d’essence. Il tenait la station service Presto avec son frère Skip, en pleine montagne canadienne. Greg nous a créés en 1960, grâce à l’augmentation de la pagination du journal Tintin. Pendant quatre ans, Rock vivra sept grandes aventures. Il reviendra plus tard pour un revival express. Mais je m’éloigne. On y reviendra plus tard. Je reprends le récit de ma rencontre au moment où je demandais aux frères Derby le meilleur moyen pour moi de gagner le plus rapidement possible l’aéroport. J’avais rendez-vous avec un passager devant débarquer d’un avion…que nous vîmes se poser en catastrophe dans la montagne ! Je devais récupérer une mystérieuse mallette, également convoitée par des truands. Plus de peur que de mal dans l’accident qui ne fait que quelques blessés légers. Dans cette mallette, se trouvent les preuves de matchs de boxe truqués. Ces requins du ring auront fort à faire face à un Rock Derby qui n’hésitera pas à prendre les gants pour décocher quelques directs et uppercuts.
Nous avons ensuite affronté des voleurs de poupées. Colossus, un antiquaire tout ce qui semble de plus banal, a vendu sept poupées péruviennes. J’en avais une, on me l’a volée. Les collectionneurs sont aux abois. Avec Rock et skip, nous tentons de piéger les voleurs sans succès. Pourquoi ces pantins venant de Costar-Impec sont-ils si convoités ? L’une d’entre elles contenait un bracelet de diamants. Mais grâce à la force, au courage et à la malignité –et oui, on n’est pas héros de BD pour rien- de Rock Derby, tout finira bien, après une belle poursuite en voiture. Quand on pense que Greg trouvait sa série mal dessinée. J’ai aussi failli finir empoisonné dans cette histoire.
Panique au paradis : Quelques semaines plus tard, direction Halahaki, le « jardin de corail », une des stations balnéaires les plus élégantes d’Hawaï. Deux palaces se font face et concurrence. L’un d’eux, le Flamingo, a invité des athlètes de tous les coins du monde, si tant est que le monde ait des coins, pour son inauguration. Son propriétaire, Tony Aloha, est le principal rival de Johnny Cargo, le patron du « Paradis ». ce dernier semble prêt à tout pour avoir le monopole de cette industrie touristique. Mais quelqu’un tire les ficelles deriière tout ça, quelqu’un qu’avec Rock, nous connaissons bien. Ça sera ma dernière aventure, ainsi que celle de Skip, avec le garagiste canadien. Dès le récit suivant, nous serons remplacés…
Hé oui, par Baba et moi, Pedro Arara. Nous sommes brésiliens. Il est mince et noir ; je suis enrobé et blanc. Ce n’est pas pour me vanter, mais Baba restera un troisième rôle bien fade, figurant sans réelle consistance.
Dans La rivière de diamants, nous aidons Rock Derby à ouvrir une route en pleine forêt amazonienne, une aventure pas franchement écologique, un scénario qui aurait peut-être du mal à passer de nos jours. Rock nous a sorti du poste de police, où nous faisions une petite garde à vue de rien du tout. Entre la prison et les coupeurs de tête d’Amérique du Sud, nous avons vite fait notre choix : nous nous sommes lancés dans cette aventure pleine de testostérone aux allures de Salaire de la peur.
En Californie, une étoile a disparu. Sweet Melody, le célèbre acteur des studios Thunderbros est aux abonnés absents, volatilisé de sa villa de Mabuli-Beach. Il devait commencer le tournage d’une superproduction historique : « le Gaulois masqué ». Parallèlement, les pensionnaires de Sweethome, maison de retraite pour vieux comédiens, sont en passe d’être expropriés. En véritable héros de BD, nous allons gérer les deux affaires d’un coup. Sans vouloir me vanter, depuis que j’ai débarqué dans la série, les gags que je provoque amènent un équilibre entre aventure et humour, qui sera une des marques de fabrique de notre auteur. Notons que ce récit est à la base une histoire du détective Félix, rachetée à Tillieux par Greg. Celui-ci aurait-il pensé à Allume-Gaz, faire-valoir de Félix, pour me créer dans l’aventure précédente ?
L’or des Navajos me permet de montrer tout mon talent dans le rodéo. Pour le centenaire de Tomahawk City, la ville a décidé de revivre l’époque glorieuse de ses débuts. Pour trois jours, le vieil Ouest renaît. Mais comme au bon vieux temps, la banque est cambriolée. Rock va faire son Chick Bill pour tout remettre en ordre…et me permettre de rembourser quelques dégâts que j’ai causés.
Le défi de l’invisible, en 1963, est notre dernière grande aventure. Un mystérieux bandit, se faisant appeler l’homme invisible, provoque le shérif de flat Creek. Les habitants de la ville voient ce voleur partout. Il apparaît et disparaît lors de courses poursuites. Nous étions dans une réelle énigme à devenir fou, un mystère digne de Gaston Leroux.
Nous reviendrons pour deux rebonds.
Le premier, en 1981, Quatuor pour une fausse note, est un court récit dessiné par Dimberton, un « Whodunit » dans un hôtel américain. J’y suis seul avec Rock, Baba n’est plus avec nous. Enfin, en 1997, Le mystère de l’aéroport est un bref album publicitaire destiné aux aéroports de Paris.
Au milieu des années 60, Greg créé Les As pour le journal Vaillant, devient rédacteur en chef du journal Tintin, commence à fournir de plus en plus de scénarii pour ses confrères. Ce touche-à-tout regrettera plus tard de ne pas s’être occupé de nous plus longtemps. Cependant, il mettra des ingrédients de Rock Derby dans Bernard Prince, Chick Bill ou autres de ses multiples héros. C’est en relisant nos aventures qu’on s’en rend compte à posteriori.
« Trois compagnons s’en allaient sur la rou-oute… » Ainsi se terminaient certaines de nos aventures. Nous sommes maintenant sur la route des héros éternels. Qui sait ? Peut-être recroiserons nous un jour celle des lecteurs…
Laurent Lafourcade
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Intégrale disponible chez Lombard. 256 pages, 25.50 € ISBN : 9782803632954
Dans la rubrique Case à Part, cette fois il s'agit de Bidouille et Violette vu par le père de Bidouille.

Ce n’est pas facile d’élever un gosse quand on est tout seul et qu’on tient une baraque à frites pour joindre les deux bouts. C’est même très difficile quand c’est un adolescent un peu replet et pas forcément très bien dans sa peau. Mon prénom n’est jamais cité. Peut-être parce que je suis un Monsieur Tout-le-monde.
C’était du temps où Yslaire s’appelait Hislaire, c’était dans le Nord, à Mayon. Mon fils venait d’intégrer le lycée Machain où tous les garçons n’avaient d’yeux que pour une fille : la belle, fluette et délicate Violette, la fille du fleuriste, en cours à l’institut Saint-Tutty. Bidouille a voulu lui aussi tenter sa chance. Mais comment faire quand on est trop gros, trop timide et trop tout pour être son Roméo, à Violette ?
Samedi Sam, vendeur à la sauvette de l’édition spéciale, est un poète philosophe, le Jiminy Cricket de la série. Il va aider Bidouille à gravir des montagnes, lui faire prendre conscience qu’aucune ascension n’est impossible. Et si Juliette ne s’appelait pas tout simplement Violette ? A dater de ce jour, Bidouille va prendre son destin en mains. Un cornet de frites va faire rougir Violette bien plus que klaxons et vrombissements des mobylettes en chasse des loulous du quartier.
Puis viendra le temps du premier rendez-vous, en pleine période d’examens, sur un banc public si cher à Georges Brassens. Mais Bidouille est encore loin de la chanson. C’est encore le temps des silences éloquents. A la maison, ce ne sont pas les silences, mais les premiers reproches. Mon fils est amoureux mais ne travaille plus. Ça ne me plaît pas. Je vais essayer de le faire rentrer dans le droit chemin, avec la maladresse d’un père esseulé qui veut tout faire mais qui ne peut rien. Ni mon fils, ni moi, ne savions que pendant ce temps Violette rédigeait son journal intime où elle décrivait tous ses sentiments pour lui. Les vacances arrivent allaient-elles les aider à dépasser leur timidité respective ?

Violette est embarquée par sa copine Noisette, aux beaux yeux de la même couleur, en vacances à Deauville, la ville du romantisme lelouchien, la plage d’Un homme et une femme. Max, loubard lui aussi amoureux, amène Bidouille retrouver sa belle, alors que je signale sa disparition à la gendarmerie. On a beau comprendre son fils, un père reste un père. Dans la boîte de nuit de la station balnéaire, Hislaire commence à laisser exploser son talent. Textes et notes des chansons du dancing deviennent des éléments clefs de l’histoire. L’auteur continue à jouer avec la taille des lettres des mots quand mon fils crie tout doucement son amour à sa belle. Les gendarmes me ramèneront mon fils. Mais je suis si maladroit face à cette idylle naissante. Ce n’est pas facile d’être père. Ce qui me rassure, c’est que les parents de Violette, dans un autre style, sont tout aussi maladroits que moi. Mon fils prétextera des problèmes de maths à résoudre chez un copain les samedis après-midis pour rejoindre sa chérie en cachette.
Les saisons défilent, des premiers mots jusqu’aux jours sombres. La chronique mélancomique de ce premier amour s’écrit au fil du temps.
L’histoire de Bidouille et Violette, c’est aussi un romantisme épistolaire désuet. Ce n’était pourtant pas il y a si longtemps que ça. Les lettres raturées, faites et refaites, relues et déchirées. Autant de petits bonheurs que les e-mails d’aujourd’hui ne permettent plus. Mon timide de fils est un des derniers poètes des temps modernes.
Puis, comme dans toute histoire d’amour, vint le temps des malentendus, les quiproquos des rendez-vous manqués, les scènes équivoques volées par la fenêtre et qui laisseraient penser des sentiments qui ne sont pas. Bidouille est jaloux mais exprime gauchement son désarroi. Mais Samedi Sam aidera les amoureux dans leur cheminement. Moi, à mon âge, je ne comprends plus. Violette essaiera de me le faire entendre : « Si à notre âge vous avez commis les mêmes crimes, dites-moi pourquoi est-on coupable d’aimer à seize ans ? » Les questions que l’on crie n’ayant jamais de réponses, je mettrai Violette à la porte car l’avenir d’un fils est le plus grand souci d’un père.
Je le sais, moi, qu’un amour tout jeune reste parfois trop jeune. Je me recueillerai auprès de la photo de Madeleine, ma femme décédée, pour qu’elle me conseille. C’est vrai, je ne suis qu’un vieux schnock. De son côté, Samedi Sam console mon fils. « Il y a des jours comme ça où tout va mal, où tout se goupille mal et ne finit pas bien… Mais quand s’accumulent les jours sombres, il faut que les nuages crèvent en orage… (…) Demain…d’autres couleurs !... »
La Reine des Glaces est peut être le chef-d’œuvre d’Hislaire, le récit où les sentiments prennent corps. Le père de Violette a toujours voulu lui faire aimer les fleurs. Il en vend, c’est sa vie, les roses. Mais sa fille, sur les toits de Mayon, sait que la vie ne l’est pas, rose. C’est sa sœur Zeff qui la comprend le mieux. Son cousin Lazone sert parfois d’intermédiaire avec ses parents, mais la différence de mentalités est là. De mon côté, je tente la méthode inverse. J’invite mon fils au cinéma, qui, bouche bée, préfère retourner s’enfermer dans sa chambre. Le cœur de cette Reine des Glaces est un rêve que fait Violette et qu’elle raconte à Tom, son journal intime, après la lecture de la Reine des Neiges, le conte de fées d’Andersen. L’ophtalmologiste rencontré l’après-midi se transforme en diable manipulateur, marionnettiste tirant les ficelles des destins. Ce rêve permet à la jeune fille de revoir Bidouille, Samedi Sam, la glace, la ville en couleurs et le rose en hiver. Un des récits les plus poétiques de l’histoire de la bande dessinée.
La Ville de Tous les Jours semble commencer aujourd’hui. Alors que je me rase dans ma salle de bains, le poste annonce que c’est la crise. En amour aussi, c’est la crise. Je refuse toujours que mon fils voit sa promise. Ça l’empêche d’étudier. Qu’il aille à l’école ! Au lieu de ça, je le retrouve à la télévision. Il escalade les immeubles de la ville avec Violette. Les pompiers viennent à leur secours. Même à son âge, je n’ai jamais fait de bêtises pareilles ! Puis, chez la jeune fille, comme à la maison, c’est un véritable conflit de générations. Avec mon fils, nous en viendront aux mains. Jusqu’à sa fugue dans une scène poignante.
Une fin ouverte. Le succès de Sambre et d’Yslaire a laissé Violette en voiture en partance pour le ski et Bidouille en bien mauvaise posture sur le bord d’une route pluvieuse. Nous ne mordrons pas au travers ; la suite est sûrement chez la reine des Glaces qui doit être la seule à la connaître…
D’aucuns diront que Sambre est le chef-d’œuvre de l’auteur. Pourtant, si l’on y regarde en profondeur, Bidouille & Violette est tout autant poignant. Ce n’est pas facile d’élever un gosse…
Laurent Lafourcade.
Case à part, la rubrique du patrimoine de la BD s'interesse cette-fois à la série culte créé par Seron : Aurore & Ulysse qui sont cette fois, vu du côté de Zeus lui-même.

Chassés de l’Olympe pour désobéissance, Aurore et Ulysse, les centaures, errent dans le monde des mortels à la recherche d’une porte qui leur permettrait de rentrer chez eux. Trois pointes noires indiquent l’existence d’une porte vers un autre monde. Mais elles sont nombreuses et situées à toutes les époques de l’humanité. Ainsi a été ma sentence, la sentence de Zeus. On n’est pas dieu des dieux pour rien !
Vous savez ce qu’ils ont fait ? Non, mais vraiment ! Vous savez ? Non ! Et bien, vous n’avez pas besoin de le savoir. C’est comme ça. Un point, c’est tout. Non, mais, qui c’est le chef, ici ? C’est peut-être parce qu’ils sont partis d’eux-mêmes galoper chez les humains. Chassés, échappés ? Dans les premiers récits, l’un ou l’autre des arguments est avancé. Seron a créé la série, aidé sur quelques courts récits au scénario par Desberg ou Mittéï.
Aurore et Ulysse sont deux centaures, frères et sœurs mi-humains mi-chevaux, perdus dans les temps et les lieux. Lorsque débute La porte du néant, j’ai déjà banni les centaures de l’Olympe. Aurore, dans le monde contemporain, est blessée par un chasseur. Ulysse la sauvera, mais un méchant rabatteur pour cirque tente de les kidnapper. C’est à la même époque, dans Le visiteur, qu’Ulysse, seul, doit accomplir une mission mystérieuse, à la grande satisfaction de son père.
Les hommes des bois amènent Aurore et Ulysse au temps somptueux des Rois de France et des combats au fleuret, pour déjouer une conspiration.
Les deux histoires suivantes marquent leur retour dans le XXème siècle. Ces téméraires bestiaux n’hésitent pas à s’engager dans le monde des humains sans savoir s’ils pourront aisément rentrer chez eux. Le trophée du bestiaire est un concours de déguisements animaliers, ce qui leur permettra, pour une fois, de passer inaperçus. Trésor de guerre les met aux prises avec des allemands revenant dans la campagne française pour récupérer un magot caché.
L’étoile du Nord est aussi une histoire de guerre, mais de Sécession celle-ci. Les centaures se retrouvent en 1864, aidant un jeune esclave noir à fuir les confédérés pour porter une précieuse sacoche aux tuniques bleues. Cette histoire aux accents du Nom de la Rose est antérieure au livre et au film du même nom. Elle date de 1979, alors que le livre est paru en Italie en 1980 et le film date de 1986. Umberto Eco a donc certainement lu Seron.
Puis, c’est Attelage de rêve, court récit de Noël où Aurore et Ulysse rendront bien service à un vieillard barbu… Pas moi… L’autre ! Cette histoire et la suivante La dent couronnée sont totalement inédites en album. On peut cependant lire la première sur le web à l’adresse : http://www.bdoubliees.com/journalspirou/sfigures1/centaures/index.html.
Vint ensuite l’époque de trois longs récits, la trilogie de l’heure de gloire, au milieu des années 80. Cela correspond aux albums Dupuis 2, 3 et 4, aux couvertures toutes plus belles les unes que les autres.
Commençons par Le loup à deux têtes, en 1346, sur les terres du comte de Selenvrac dont les armoiries sont craintes de tous et représentent une tête de loup sur fond rouge. L’histoire nous apporte la certitude que si les centaures traînent sur terre c’est bien parce que je les ai chassés de l’Olympe, et non parce qu’ils en sont partis d’eux-mêmes. Toujours est-il qu’au Moyen-âge, gueux et bouseux les prennent pour des démons. Le comte sanguinaire les poursuit jusqu’à une « porte » et sa vie va changer. Ses cheveux bleuissent ; il est pris d’une amabilité indéfectible. Oui, mais…en passant par la porte, ce qui était mauvais s’est séparé de lui et s’est matérialisé en un second lui-même, très cruel. Pour sauver Aurore, j’ai exceptionnellement permis à Ulysse de venir chercher ses frères centaures, dont le célèbre Chiron, aux portes de l’Olympe, pour combattre les soldats du mauvais Selenvrac.
Dans L’Odyssée, co-scénarisée par Homère (Vous connaissez ? Il paraît qu’il a écrit un livre dont on parle un peu.), Aurore et Ulysse tombent dans une crevasse qui les conduit dans l’antique et mythologique bassin méditerranéen. Dès le début, cet idiot d’Ulysse se met à dos des sirènes qui n’en resteront pas là. Je vais personnellement confier aux centaures une grande mission : rapporter au « vrai » Ulysse un objet destiné à Pénélope qu’il a oublié chez Calypso. Mais le chemin sera parsemé d’embûches, de la rencontre avec Polyphème le cyclope jusqu’à l’envoûtant chant des sirènes.
Les Amazones opposent Aurore et Ulysse à une tribu de femmes guerrières, au plus profond de l’empire des Hittites. La confrontation avec cette société, aux haines tout autant externes qu’internes, demandera aux centaures de développer leurs capacités de dialogue, d’astuce et de diplomatie, avec Alexandre le Grand au beau milieu de tout ça. En fin de récit, j’interviendrai à la demande d’Ulysse pour l’aider face à un dangereux ennemi casqué.
Le frère et la sœur feront face aux Châtiments d’Hermès dans leur aventure suivante. Mégalomane, facétieux et paranoïaque, le messager des dieux est jaloux de la notoriété des -pourtant punis- centaures. Hermès va garder Aurore en otage et imposer à Ulysse des épreuves plus sadiques les unes que les autres. L’intervention de ma douce Athéna leur évitera le pire.

J’apparais encore une fois au début du Volcan d’or, cross-over (comme on le dit dans les séries américaines) entre les deux séries de Seron : Les centaures et Les petits hommes. Paru dans le journal Spirou sous le titre Uwélématibukaliné, j’envoie dans cette histoire Aurore et Ulysse au XXème siècle pour secourir une tribu africaine retenue en esclavage et à qui j’avais promis de venir en aide. Ils seront épaulés dans la tâche par les habitants d’Eslapion : Renaud et ses camarades petits hommes. Je m’occuperai de l’action finale.
Dans Kelvinhator III, ce sont les petits hommes qui voyageront dans l’Egypte du XVIIIème siècle avant notre ère. Renaud aidera les centaures à sauver le fils de Pharaon, dont tout le monde ne souhaite pas la guérison.
La dernière aventure d’Aurore et Ulysse est un court récit sans titre complétant l’album des Châtiments d’Hermès. Au Vème siècle avant Jésus-Christ, près de Persipolis, un prince tyrannique reçoit une bonne leçon des dieux. Une belle petite histoire de rédemption.
La série est restée ouverte. Aurore et Ulysse n’ont pas regagné leurs pénates. Ils errent encore dans les époques. Peut-être atterriront-ils un jour chez une bonne âme désireuse de relancer leur quête et de mettre un peu d’ordre dans leur aventure éditoriale. Quatre albums, cinq, six ou sept ? Selon qu’on comptabilise les différentes séries, collections ou éditeurs, on tombe sur des résultats différents. Il y a eu en effet quatre albums dans la collection Les centaures…Aurore et Ulysse chez Dupuis. Un cinquième album chez le même éditeur est paru dans la collection Les petits hommes (Le volcan d’or). MC productions, Soleil, puis Jourdan ont complété ou réédité dans le désordre le plus total certains titres de la collection…mais pas tous, Les Amazones n’en faisant pas partie.
Sur le web, quelques belles illustrations d’Aurore et Ulysse, signées Richard Sirois pour Square Enix, démontrent l’aura que les centaures pourraient avoir sur une nouvelle génération : Key bearers of Olympus.
C’est vrai que je n’ai pas fait de cadeaux à mes deux petits centaures préférés, mais c’était pour votre plus grand plaisir, n’est-ce pas ? Finissons sur cette phrase qui résume la série et le bonheur que le lecteur a à la lire : « Tout être qui franchit « la porte » la haine au cœur ressort la paix dans l’âme. »
Laurent Lafourcade.
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©BD-Best v3.5 / 2019 |