Nouvelles relatives ŕ la bande-dessinée ou au graphisme
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2019 au pied du sapin. La sélection de l’année par BD-Best.

 

 

            Comment choisir 10 albums sur une année de lecture de plus de 300 titres ? Forcément, le résultat est subjectif, mais il est là. Choisir, c’est renoncer. Voici donc, sans classement, la sélection des dix albums retenus pour vous et qu’il est encore temps de déposer au pied du sapin.

 

 

 

 

 

 

 

 


Comment une jeune fille de 15 ans a modifié l’Histoire de l’Amérique.

Noire, la vie méconnue de Claudette Colvin

 

            Claudette Colvin a 15 ans. Comme tous les jours, elle a pris le bus pour rentrer chez elle. Il s’est rapidement rempli. Une femme blanche lui a demandé de lui céder son siège. Claudette a refusé. Le chauffeur est alors descendu pour interpeller deux policiers. Ils ont frappé l’adolescente et l’ont évacuée du bus. C’est comme cela que Claudette Colvin s’est retrouvée quelques jours plus tard devant une cour de justice de l’Alabama. Elle plaide non coupable et entame ainsi un combat national aux côtés de Rosa Parks, Jo Ann Gibson Robinson et Martin Luther King.

De sa naissance à l’abolition de la ségrégation, on suivra les pas de Claudette Colvin, encore vivante aujourd’hui, et l’on apprendra pourquoi son nom a quasiment disparu des tablettes.

            Alors que tout le monde connaît l’histoire de Rosa Parks, celle de Claudette Colvin est beaucoup plus méconnue. Cette biographie dessinée les fait se croiser et démontre le rôle primordial de la seconde dans l’évolution du changement des mentalités dans une Amérique raciste.

            A l’heure où les montées de partis politiques extrémistes progressent comme des armées de démons, la vie de Claudette Colvin donne un coup de pied dans la fourmilière. Ce livre témoignage montre d’où l’on est parti, du gouffre qu’on dû franchir les comportements pour devenir tout simplement « civilisés ». Il invite à ne pas revenir en arrière, avec quelque communauté que ce soit.

            Le graphisme d’Emilie Plateau est fin, délicat, minutieux, sensible. Son album n’est pas une bande dessinée classique. Il n’y a justement pas de bandes. Il n’y a pas de cases. Il y a, certes, plusieurs dessins par page. Ils sont effectués dans un minimalisme efficace. Sur fond blanc, une fois le lieu installé, les personnages réagissent dans des situations dépouillées de tout le superflu. Quelques scènes sur fond noir rappellent le désarroi de Claudette dans un monde xénophobe où l’on veut la faire passer du rôle de victime à celui de coupable.

            Le trait d’Emilie Plateau, c’est quelques lignes de finesse dans un monde de brutes. L’autrice est admirative du travail de Claire Brétécher. On y retrouve le désir d’aller directement et uniquement à l’essentiel. Pour synthétiser, si on effectue un grand écart, le style graphique de Noire, c’est un peu Agrippine à Persépolis.

            Noire est l’adaptation du roman éponyme de Tania de Montaigne. Emilie Plateau se l’approprie pour le transformer en biographie dessinée dans un style inédit, efficace et percutant. Indispensable.

 

 

One shot : Noire, la vie méconnue de Claudette Colvin 

Genre : Biographie

Scénario, Dessins & Couleurs : Emilie Plateau

Éditeur : Dargaud

Nombre de pages : 136

Prix : 18 €

ISBN : 9782205079258

 

 

 

 

 

Une série qui redéfinit la notion de super-héros. 

Irena 4 - Je suis fier de toi

 

            Varsovie, février 1944. Après son évasion, Irena a trouvé refuge chez sa mère. Aujourd’hui, après trois mois d’enfermement, la résistante a hâte de reprendre les affaires. Mais dans la clandestinité, ça va être encore plus compliqué. Le fidèle Antoni est toujours là pour lui donner un coup de main. Ensemble, ils ravitaillent les juifs cachés dans les endroits les plus improbables comme le zoo de Varsovie ou les sous-sols des bars. Irena croisera d’autres héros comme le jeune Martin, qu’elle soigne dans un hôpital de fortune, et qui a bravé tous les dangers, pris tous les risques pour vivre et survivre en se lançant dans un trafic de marché noir pour faire rentrer de la nourriture dans le ghetto.

            Parallèlement, en 1983, Irena raconte sa vie au mémorial de la Shoah à Yad Vashem à Jérusalem, dans l’allée des Justes.

 David Evrad varie les découpages comme jamais. On y trouve un dessin de Varsovie bombardée sur une double page, incrusté de plans rapprochés. Il y a deux planches se faisant face dont l’une est composée uniquement de cases horizontales et l’autre de cases verticales. Leur écho est puissant. On profite même d’images pleines pages. Le tout est mis en scène dans le graphisme rond et enfantin de David Evrard qui, contre toute attente depuis le début de l’aventure, a décuplé l’impact émotionnel d’un scénario comme celui-ci.

 Jean-David Morvan et Séverine Tréfouël nous immergent dans la Pologne de 1944, au plus près d’Irena, de son courage, de ses craintes, de ses peurs, de ses doutes. Irena est altruiste et philanthrope. Dans cet épisode, les scénaristes creusent un peu plus ses sentiments. Irena y parle pour la première fois de la dépression, de la culpabilité de survivre jusqu’à l’acceptation d’avoir survécu.

 La série redéfinit la notion de super-héros. Ce n’est pas avec des super-pouvoirs que l’on sauve le monde, mais avec une âme.

 « Je suis fier de toi. » murmure le fantôme du père à sa fille Irena. « Nous sommes fiers de vous. » pouvons nous murmurer aux auteurs de cette indispensable biographie dessinée à ranger à côté du Maus d’Art Spiegelman.

 

Série : Irena

Tome : 4 - Je suis fier de toi

Genre : Drame historique 

Scénario : Morvan & Tréfouël 

Dessins : Evrard 

Couleurs : Walter 

Éditeur : Glénat

Nombre de pages : 72 

Prix : 14,95 €

ISBN : 9782344031117

 

 

 

 

 

 

Le dernier western. 

Hollywood Menteur

 

            Mapes Hotel, juillet 1960. Arthur Miller et Marylin Monroe viennent d’arriver à Reno. Le tournage des Misfits, les « paumés », traduit en France par Les désaxés, va débuter. Miller en a signé le scénario, Marilyn en est la star. Ils ne se doutent pas encore que le projet va se transformer en chant du cygne d’un âge d’or. Avec des acteurs encore plus torturés que les personnages qu’ils jouent, la réalisation du film va s’avérer complexe. Le metteur en scène John Huston devra jongler avec les états d’âme de chacun. Il apprendra que les chevaux s’apprivoisent plus facilement que les acteurs. Entre une Marilyn Monroe dépressive, un Clark Gable alcoolique et un Montgomery Clift ayant dû mal à faire accepter son homosexualité, The Misfits rentrera à peine dans ses frais et mettra des années à devenir le film culte qu’il est aujourd’hui.

            Clark Gable mourra quelques jours après la fin du tournage. Marilyn Monroe n’achèvera pas son film suivant. Montgomery Clift quittera quelques années plus tard Hollywood pour New-York à cause du regard de l’industrie cinématographique sur ses penchants. Seul Eli Wallach tirera son épingle du jeu, avec à la clef une belle carrière couronnée par un Oscar d’honneur en 2011 et par son rôle du truand dans Le bon, la brute et le truand.

            Luz semble enfin sorti du drame Charlie Hebdo pour retrouver son statut d’auteur « libre », si tant est que cela soit possible. Toujours est-il qu’on le sent immergé dans cette histoire de l’histoire d’un film. Projet à la base prépublié dans Les Cahiers du Cinéma, Luz a lié les séquences pour en faire un récit fluide.

            Hollywood Menteur fait figure de tragédie antique. Il y a du Racine dans ce drame. Mais Luz n’oublie pas qu’il est humoriste. Paula Strasberg, la dame de compagnie et coach de Marilyn, est finalement la meilleure actrice parmi les stars de l’époque. Elle apporte un comique réaliste et crédible, assénant des vérités et des sentences aussi courtes que transparentes. Elle est finalement la seule à dire la vérité, à être la vérité.

            Luz fait des yeux de Marilyn le miroir intime d’une femme perdue, comme si elle était déjà morte. Sa pupille et son iris se transforment en disque microsillon sur lequel se jouent les dialogues du film qu’elle regarde se tourner de l’intérieur comme si quelqu’un d’autre agissait à sa place.

            La post-face de Virginie Despentes apporte un éclairage et une justification au récit. Intitulée Sainte Marilyn, vierge des désirs défoncés…, elle montre comment Luz a ouvert le capot de l’usine à rêves. On y assiste à la crucifixion des mythes, à la chute des anges et à l’auto-destruction d’un monde en carton-pâte.  Despentes, avec tout son talent littéraire, compare Marilyn à une adolescente d’aujourd’hui, encore plus photographiée qu’une instagrammeuse addict.

            En ajoutant Hollywood menteur à sa bibliographie, Luz s’installe définitivement comme un futur grand prix potentiel du festival international de la BD d’Angoulême.

            « Rouler en décapotable avec la clim à fond, ça, c’est le rêve américain. » Mais de l’autre côté du rêve, la face cachée recèle les tourments.

 

One shot : Hollywood Menteur

Genre : Drame 

Scénario & Dessins : Luz 

Éditeur : Futuropolis

Nombre de pages : 112

Prix : 19 €

ISBN : 9782754824224

 

 

 

 

 

Le jeu d’une vie qui n’en est pas un.                                  

Le fils de l’Ursari

 

            En combattant contre un ours sur les places des villages, Lazar Zidar pensait affronter le plus grand danger qu’il pouvait rencontrer. Il ne se douter pas que lui et sa famille allaient devoir faire face à des individus beaucoup plus sauvages. Les Roms sont considérés comme des voleurs de poules dans ces pays de l’Est qui tentent de se racheter une conduite. La famille est exfiltrée vers la France. Ciprian, sa grande sœur et son grand-frère, sa mère et son père, vont se retrouver dans un camp de migrants, un bidonville en banlieue parisienne. Forcés à payer des sommes astronomiques à des malfrats profitant de leur situation, ils vont devoir vivre de ferraille, de mendicité et de rapines. C’est en jouant les pickpockets au jardin du Luxembourg que Ciprian va se mettre à observer deux personnes se retrouvant pour des parties d’échecs et se prendra de passion pour ce jeu. Cip, le fils de l’Ursari, l’enfant du montreur d’ours, ne sera plus le même.

            Du camp de réfugiés au jardin du Lusquembourg, comme dit Ciprian, le petit Rom navigue de l’enfer au paradis. Du racket des monstres des bas-fonds aux parties de « Lézéchek », l’enfant devra devenir adulte plus vite que prévu. Réussira-t-il à garder son innocence tout en réalisant un « Tchéquématte » ?

            En adaptant le roman de Xavier-Laurent Petit, Cyrille Pomès signe l’un des plus beaux albums de l’année. L’histoire est émouvante et passionnante. Les personnages sont redoutables ou attachants. Ça, c’est grâce à Xavier-Laurent Petit. Le découpage est ultra efficace. Les planches sont dynamiques. Le graphisme est original. Ça, c’est grâce à Cyrille Pomès. Les couleurs sont tantôt inquiétantes et angoissantes, tantôt apportent la lumière et l’espoir. Ça, c’est grâce à Isabelle Merlet. On dit souvent que 3 est le chiffre parfait. L’association de ces trois auteurs fait un strike inattendu. Et quand des albums qu’on ouvre parce qu’ils nous tombent sous la main et qu’on ne les avait pas vraiment vu venir procurent cet effet là, on atteint une extase de lecture.

            Pomès a un style de dessin qui n’appartient qu’à lui. Il déforme les membres de ses personnages pour mieux accompagner la lecture de chaque action. Leurs grands yeux vecteurs d’émotions nous immergent au cœur de leurs âmes. Entre les planches dites « classiques », le dessinateur propose des compositions jamais vues comme ce dessin où le corps de Ciprian traverse l’image en renversant les pions d’un échiquier à l’effigie de sa famille et de ses ennemis. Une tour Eiffel en toile de fond surplombe la scène soutenue par un ours chapeauté ouvrant les bras. Ma-gni-fique.

            L’histoire a également le mérite de mettre sur le devant de la scène les héros du quotidien qui aident les immigrés à s’intégrer dans un monde étranger et hostile. Ainsi, Louise, l’institutrice qui apprend à lire aux enfants, symbolise leur espoir.

            Par certains côtés, « Le fils de l’Ursari » adopte la méthode « Irena » en dépeignant des événements dramatiques dans un graphisme plus enfantin que l’ambiance sombre de l’histoire racontée. D’autre part, l’ours emprunte son allure aux superbes représentations animales de René Hausman.

            Avec cet album, Cyrille Pomès change inéluctablement de catégorie d’auteurs pour entrer dans celle des grands créateurs de bandes dessinées.

 

One shot : Le fils de l’Ursari

Genre : Aventure

Scénario : Petit

Dessins : Pomès

Couleurs : Merlet

Éditeur : Rue de Sèvres

Nombre de pages : 130 

Prix : 16 €

ISBN : 9782369817802 

 

 

 

 

 

Hollywood a trouvé sa vedette. 

El Chipo

 

            El Chipo est comédien. M. Gottferdom le reçoit en entretien d’embauche. En effet, c’est la panique dans les bureaux californiens de la Subway Indian Meyer TM. L’acteur principal de la nouvelle superproduction en tournage est en garde à vue pour détention, usage et promotion de stupéfiants. Le réalisateur, quant à lui, vient d’être arrêté pour attentat à la pudeur. Et pour le reste de l’équipe de production, ce n’est pas la panacée non plus. Toujours est-il que pour l’instant, il est urgent de trouver l’acteur qui pourra remplacer la vedette. Et pour cela, qui mieux que El Chipo pourrait faire l’affaire ? El Chipo, est une saucisse, c’est une doublure confirmé. A son tour à présent d’être dans la lumière.

            Il y a des OVNI qui tournent dans le ciel et il y a les OVNI qui se lisent. El Chipo est de ceux là. Voici un album qui ne ressemble à aucun autre, à rien de ce qu’on avait pu lire jusqu’ici. Voilà une histoire avec un héros formidable, épatant, exceptionnel : une saucisse, autrement dit une chipolata, mais tout le monde l’appelle El Chipo.

            Witko signe un album jouissif, l’un des plus drôles de ces dernières années. L’auteur promène sa saucisse tout au long de son aventure. C’est si bien fait qu’on en oublie sa condition… jusqu’au moment où, par un émouvant flash-back, l’auteur raconte comment son héros en est arrivé là. Et l’on y croit ! On le prendrait même au sérieux, le bougre.

            Les gags en quatre cases forment un récit qui se déroule et met en boîte non seulement l’industrie cinématographique, mais aussi l’Amérique des soixante dernières années, de la guerre du Vietnam à la moumoute de Donald Trump.

            Des tableaux parodiques mettent en scène El Chipo sur des couvertures d’albums ou des affiches de cinéma. L’indien des Village People, c’était lui. Sur le célèbre tableau Nighthawks d’Edward Hopper, c’était aussi lui. Sur le lit de Pulp Fiction et sur le banc de Forrest Gump, encore lui. Et les affiches publicitaires de Monsieur Propre ou de Banania? Toujours lui.

            Avec El Chipo, la collection Pataquès des éditions Delcourt propose un barbecue de franche rigolade. Attention à ne pas faire tomber la saucisse entre les grilles.

 

One shot : El chipo

Genre : Humour déjanté

Scénario, dessins & couleurs : Witko

Éditeur : Delcourt

Collection : Pataquès

Nombre de pages : 104

Prix : 9,95 €

ISBN : 978243012429

 

 

 


 

 

Le fils de Captain Biceps et de Shrek. 

Raowl 1 - La belle et l’affreux

 

La petite princesse enfermée dans le donjon ne va pas faire la difficile bien longtemps. Pour la sauver de l’invasion des trolls et des barbares qui assiègent le château, elle n’a pas d’autre choix que de se laisser embarquer par Raowl.

 Une fois libérée, le sauveur va la ramener chez son père. Mais la belle est exigeante. La « jeune et belle » veut de la passion et du merveilleux. Elle ordonne à Raowl de lui trouver un prince charmant. Mais des fois on va chercher à des lieux des choses que l’on a sous les yeux.

Raowl n’en restera pas là. Il trouve une deuxième belle princesse sur son chemin et ne compte pas la laisser prisonnière au milieu d’un château en plein océan.

Shrek peut aller se rhabiller. Le nouveau héros des contes de fées détournés moyenâgeux, c’est une sorte de gros matou barbare : Raowl. Prêt à tout pour défendre les princesses esseulées, il ne faut surtout pas l’énerver. Ah, non, surtout pas ! Et quand il éternue, c’est la « métamorphose ».

Le papa de ce matou tout punch, c’est l’homme qui faisait caca dans les cases de l’atelier Mastodonte : le grand, le seul, l’unique, le formidable Tebo.

Tebo apporte un vent de fraîcheur dans la BD moyenâgeuse tout public. Quand Captain Biceps va faire un tour chez Johan et Pirlouit, ça donne quelque chose comme Raowl. Les personnages disproportionnés de Tebo (grosses têtes petit corps) sont les acteurs d’une comédie hilarante dans laquelle l’auteur fait la part belle au dessin. Tebo soigne les décors et s’étale dans de grandes cases, allant jusqu’à des doubles pages comme celle où le héros pourfend un dragon ou un combat contre un monstre marin.

Au niveau du scenario, Tebo aborde des thèmes contemporains. Il a lu Lisa Mandel et présente une nouvelle approche de thèmes chers à l’autrice. N’est pas prince charmant de qualité supérieure qui veut.

Raowl n’est pas un simple butor. Il est aussi fleur bleue. Il possède un bucolique jardin enchanté et rêve de bisous, fatalement baveux, pour réveiller des princesses.

Avec Raowl, les coups déboulent et l’amour se déroule...

 

Série : Raowl

Tome : 1– La belle et l’affreux

Genre : Aventures humoristiques moyenâgeuses

Scénario, Dessins & Couleurs : Tebo

Éditeur : Dupuis

Nombre de pages : 72 

Prix : 12,50 €

ISBN : 9791034730384

 

 

 

 

 

 

Sensible et émouvant, un album touché par la grâce. 

Les fleurs de grand frère

 

            Une famille unie, un père, une mère, deux frères. Un jour, des fleurs ont poussé sur la tête de grand frère. Après avoir voulu les couper, il décide de les appréhender, les toucher, les sentir. Il s’en inquiète, mais comme tout le monde dans sa famille les trouve belles, il s’en accommode. Parfois même, elles lui parlent. Mais il va y avoir une épreuve à passer : celle de la rentrée et du regard des autres.

            Gaëlle Geniller livre un récit tout en sensibilité, en délicatesse et en émotion, une belle histoire d’amour comme on n’en avait pas lue depuis longtemps, et surtout d’un genre qu’on n’avait tout simplement jamais lu. Fable sur le passage de l’enfance à l’adolescence, c’est aussi une histoire de deuil, celui du garçon qui doit dire au revoir au petit enfant qu’il était. L’autrice emploie tout son talent à dédramatiser la situation, à mettre en évidence la tolérance, non seulement des autres, mais aussi de soi pour soi.

            Aucun personnage n’a une once de méchanceté. Le monde est uni pour aider grand frère à affronter ses fleurs et en filigrane sa puberté, et avec elle les tourments associés. Gaëlle Geniller montre que chacun a les cartes en main pour décider de son destin et qu’il ne faut pas avoir peur ni de ses choix, ni du regard des autres.

            Dans un graphisme en couleurs directes, le dessin est aussi émouvant que l’histoire. Quand grand frère cauchemarde, voulant arracher les fleurs qui l’envahissent, on ressent une angoisse oppressante. Quand maman serre grand frère dans ses bras, il y a tellement d’amour qui transparaît du trait que ça fait quelque chose aussi dans le cœur du lecteur.

            Signer un tel premier album à 23 ans à peine propulse Gaëlle Geniller au rang de meilleur espoir de l’année pour la bande dessinée.

 

One shot : Les fleurs de grand frère

Genre : Chronique familiale 

Scénario, Dessins & Couleurs : Geniller 

Éditeur : Delcourt

Nombre de pages : 64

Prix : 14,95 €

ISBN : 9782413012436 

 

 

 

 

 

« Les obscurantismes recèlent en eux-mêmes les mécanismes qui les mènent à leur perte. » 

La fin du monde en trinquant

 

            1774, à Saint-Petersbourg, l’astronome Nikita Pétrovitch vient de découvrir qu’une météorite va s’écraser sur le territoire soviétique faisant des milliers de morts. À la chancellerie de l’académie et de l’université des sciences, le chancelier Nikolaï Troubeskoy n’a pas l’air de se sentir concerné par la catastrophe annoncé. Pétrovitch a sous son aile, comme assistant, Ivan, le fils de la maîtresse de Troubeskoy. Le jeune chien fou a pour ambition d’embrasser une carrière scientifique, mais en a-t-il seulement les capacités ? Toujours est-il que l’apprenti et son maître vont traverser le territoire de l'impératrice Catherine II de Russie jusqu’aux alentours de Vanavara pour alerter la population locale de la chute de la météorite sur leur tête. Mais tout ne va se passer comme prévu et les deux compères vont être kidnappés et retenus prisonniers dans un village d’autochtones peu civilisés.

            Krassinsky a obtenu ses lettres de noblesse dans la bande dessinée avec Les cœurs boudinés, paru en 2005 chez Dargaud. Il est également connu pour sa participation à Fluide Glacial, mais aussi à Spirou avec la série trop vite arrêtée Sale bête.

            Dans un graphisme enlevé et en couleurs directes, Krassinsky signe un one shot animalier décapant. Les personnages sont tout sauf politiquement corrects. Les grandes affaires se règlent au lit et chacun avance pour sa pomme. Tous pourris. On se croirait presque dans un épisode de Canardo au siècle des Lumières. Le dessinateur, comme dans une pièce de théâtre, insiste sur les personnages et se soucie peu des décors, souvent esquissés, en jouant sur les tons.

            Macherot, chantre du récit animalier en bande dessinée, aurait certainement adoré cette version de la fin du monde dans laquelle il est montré que c’est en humanisant les animaux qu’on les rend plus cruels qu’ils ne le sont. À méditer.

One shot : La fin du monde en trinquant 

Genre : Tragédie animalière 

Scénario, Dessins & Couleurs : Krassinsky 

Éditeur : Casterman

Nombre de pages : 232 

Prix : 25 €

ISBN : 9782203161610

 

 

 

 

 

Comme si Basil Rathbone était de retour. 

Dans la tête de Sherlock Holmes 1– L’affaire du ticket scandaleux

 

            Un bobby londonien amène chez Holmes et Watson un quidam qui errait dans la rue. Celui-ci prétend connaître Watson. Le docteur approuve, il s’agit bien d’un confrère à lui. Victime d’une amnésie de quelques heures, il ne sait pas ce qui lui est arrivé. Analysant indice sur indice avec une précision scientifique, Sherlock Holmes remonte le trajet de l’individu. Le ticket de spectacle d’un « Amazing Magician » un certain Wu-Jing, va les entraîner dans une enquête complexe que le fin limier va tenter de démêler avec tout son savoir-faire.

            Cyril Liéron signe un scénario méthodique que n’aurait certainement pas renié Sir Arthur Conan Doyle. Loin d’une enquête conventionnelle, les différents rebonds font du mystère une impressionnante toile dont le scénariste se tire avec rigueur. L’ambiance londonienne, brouillard du soir et lune éblouissante, immerge le lecteur dans ce polar fin XIXème. Holmes y est dépeint sans concession, avec les failles qu’on lui connaît concernant la consommation de stupéfiants. Watson, la tête sur les épaules, suit son modèle qu’il idolâtre.

            Le graphisme anguleux de Benoît Dahan rappelle l’époque cinématographique dans laquelle le personnage était incarné par le grand Basil Rathbone. L’homme qui endossa onze fois le trench coat du détective, plus une douzième avec la voix de Basil détective privé dans le dessin animé des studios Disney, restera à jamais le meilleur interprète du résident de Baker Street. Sans vouloir copier ses traits, Dahan donne à son personnage l’âme de l’acteur. Les décors minutieux de la capitale anglaise sont aussi fins et précis que l’est l’enquête d’Holmes.

            Outre un scénario en béton et un dessin pointilleux, c’est par un remarquable découpage hors du commun que se distingue cette série. Tout est dit dans le titre : Dans la tête de Sherlock Holmes. Ce n’est pas une métaphore. Quand Sherlock réfléchit, le personnage navigue de case en case dans une planche cadrée dans sa tête. La collecte des informations se fait dans son esprit comme s’il était une machine dans laquelle on entre des données qui en ressortent une fois analysées. Quand Sherlock est sous l’effet de la cocaïne, son rêve est une maison déstructurée.

            Aucune planche ne ressemble à une autre. Les mises en scène mettent en avant les indices que trouve le détective et à partir desquels est construite toute l’architecture de la double page. Les déplacements dans les différents quartiers s’effectuent sur fond de cartes de la ville.

            Cette « affaire du ticket scandaleux » nous laisse en plein suspens dans l’attente d’un tome 2 pour conclure l’enquête. Elle est une des grandes bonnes surprises de l’année. Comme quoi, il est encore possible d’étonner avec un personnage et un thème battus et rebattus, tout cela grâce à un traitement complètement inédit du genre. Elémentaire !

 

Série : Dans la tête de Sherlock Holmes

Tome : 1– L’affaire du ticket scandaleux

Genre : Polar 

Scénario : Liéron 

Dessins & Couleurs : Dahan 

Couleurs : Cerise

D’après : Conan Doyle

Éditeur : Ankama

Nombre de pages : 48

Prix : 14,90 €

ISBN : 9791033509721

 

 

 

 

 

Pour le crépuscule des cow-boys, ne vous attachez à personne. 

Jusqu’au dernier

 

            Russel conduit de gigantesques troupeaux pendant six mois à travers les états pour les mener aux abattoirs de Chicago. Jusqu’à il y a peu, la survie de tout l’Ouest dépendait de types comme lui. Mais avec l’avènement et le développement à vitesse grand V du chemin de fer, les rails sur la prairie sont en train de causer la disparition de la profession. « Demain, les cow-boys, c’est fini. » Accompagné de Kirby, vacher comme lui, et de Bennett, jeune homme naïf qu’il a recueilli à la mort de ses parents, Russel va devoir se résoudre à se payer un ranch pour se sédentariser. C’est une toute nouvelle vie qui s’annonce pour le trio, jusqu’à ce qu’une halte dans un village voit leurs destins pulvérisés par un événement irréversible.

            Jusqu’au dernier rappelle les meilleurs films de John Ford et de Clint Eastwood. Le scénario de Jérôme Félix est impitoyable. Paul Gastine a mis trois ans pour dessiner l’album. L’ensemble est… parfait ! Le découpage, les dialogues, tout et rien semble pesé, réfléchi, pertinent. Tout, parce qu’en creusant un peu on descelle tout le travail qu’il y a derrière. Rien, parce que rien ne peut arrêter la lecture de l’album. On se trouve embarqué dans une histoire que l’on ne peut pas quitter avant de l’avoir terminée. Le scénariste et son dessinateur sont dans une alchimie magique intégrant le lecteur.

            Même le titre semble touché par la grâce. « Jusqu’au dernier ». Jusqu’au dernier ? La locution est polysémique et mystérieuse. Jusqu’au dernier cow-boy, la profession vivant ses dernières années ? Jusqu’au dernier survivant ? Jusqu’au dernier train ? Jusqu’au dernier instant ? Au lecteur de le découvrir…

            Le dessinateur n’a pas hésité à recommencer des planches jusqu’à trouver la composition idéale des cases. Jamais dans la démonstration mais toujours dans la justesse, ses images sont à la bande dessinée ce que le cinémascope a été au septième art.

            Aurait-on pu se douter que Russel a failli croiser Lucky Luke ? Oui, oui, avec son troupeau, ils ont hésité à passer par le guet de P(a)inful Gulch pour couper la route, l’endroit même où le plus célèbre cow-boy de la BD a eu à faire avec des « rivaux ». Fermons ici cette (involontaire ?) parenthèse humoristique.

            Félix et Gastine avaient déjà signé ensemble les quatre tomes de L’héritage du diable. Ils ne vont pas s’arrêter là puisqu’ils préparent déjà un deuxième western : A l’ombre des géants.

            Laissez-vous surprendre par le déroulé du récit. Juste un conseil : ne vous attachez à personne, vous risqueriez de ne pas vous en remettre…

 

One shot : Jusqu’au dernier 

Genre : Western 

Scénario : Félix 

Dessins & Couleurs : Gastine 

Éditeur : Bamboo

Collection : Grand angle

Nombre de pages : 72

Prix : 17,90 €

ISBN : 9782818967003

 

 

 

© Le Gall - Delcourt

 

            En choisir dix, c’est en laisser sur le carreau dix autres qui, à un cheveu près, auraient pu se trouver dans cette sélection. Si le Père Noël est généreux, il peut rajouter à la liste ci-dessus les albums suivants qui font partie des albums indispensables de l’année :

 

 

Des leçons de vie de femmes réfugiées : Et pourtant elles dansent…, par Djinda aux éditions Des ronds dans l’O.

 

Deux époques, un passage… On se retrouvera : The Black Holes, par Gonzalez aux éditions Dargaud.

 

Adorablement fou : Saint-Rose, par Micol aux éditions Futuropolis.

 

« C'est la mort que vous réclamez. Pas la justice. » : L’abolition, le combat de Robert Badinter, par Kerfriden et Gloris-Bardiaux-Vaïente aux éditions Glénat.

 

Une « autre » quête : Un putain de salopard 1 – Isabel, par Pont et Loisel aux éditions Rue de Sèvres.

 

L’humour est une maladie attrapée dès l’enfance : Le roman des Goscinny, par Catel aux éditions Grasset.

 

« Le crime en local clos est le seul mystère dont la raison accepte avec plaisir le défi. » : Le Detection Club, par Harambat aux éditions Dargaud.

 

Tout n’est pas perdu quand il reste l’imagination : L’ours est un écrivain comme les autres, par Kokor aux éditions Futuropolis.

 

Un petit manga auto-édité qui a tout d’un grand : Red Flower Stories, par Loui aux éditions Loui.

 

Spirou au cœur de l’histoire par un auteur berlinois : Spirou à Berlin, par Flix aux éditions Dupuis.

 

 

Laurent Lafourcade



Publié le 15/12/2019.


Source : Bd-best


La claque de cette fin d’année.  Blueberry 1 - Amertume Apache

« - Sir !

- Blueberry… Vous venez m’annoncer quelque chose de grave, mh ? Naturellement !... Si vous êtes dans cet état, c’est que vous avez trempé dans quelque catastrophe.

- J’ai été témoin d’un incident qui risque d’embraser la région, Sir…

- Les apaches…

- Amertume, Sir…

- Ouch.

- Et la communauté de la mine de…

- Oui, les dingues, je sais qui c’est. Des dingues contre des sauvages… Lieutenant, je finis par me demander si vous ne portez pas la poisse. »

 

 

 

 


 

            Trois cow-boys, une fille et deux garçons, dont deux sont des enfants du prêcheur polygame R.G.Dahlstrom, viennent d’assassiner sauvagement la fille et femme d’Amertume, guerrier apache. La hache de guerre est déterrée. Blueberry, témoin du double meurtre, vient annoncer la nouvelle au Lieutenant-Colonel Benjamin Tyreen, commandant du Fort Navajo. L’officier voit sa partie d’échec contre un automate perturbée par l’événement qui risque d’embraser la région.

 

 

 

 

© Blain, Sfar - Dargaud

 

 

            Prendre la suite de Giraud et Charlier n’était pas une mince affaire. On attendait Sfar et Blain au tournant, certains se délectant d’avance du costume qu’ils allaient pouvoir leur tailler. Les « hateurs » n’auront pas d’os à ronger. Cet album est une pure réussite.

 

 

 

 

© Blain, Sfar - Dargaud

 

 

            Joann Sfar synthétise tout ce qu’il y avait de meilleur chez Charlier pour sortir un scénario parfait. Son Blueberry est à la fois dans une continuité et une symbiose entre celui de son créateur et Jerry Spring. L’ombre de Jijé, qui planait sur Gir, veille aussi sur Sfar et Blain. Mais un autre grand dessinateur complète la trinité Gir-Charlier-Jijé, c’est Franz, auteur trop tôt disparu qui a signé avec le scénariste Festin la seule reprise de Jerry Spring avec un album oublié, un « incunable » paru au début des années 90, intitulé…. Colère Apache ! De la colère à l’amertume, il n’y avait qu’un pas à franchir, ce qu’a fait Sfar pour son ami Blain. Dans Colère Apache, Jerry Spring tentait de maintenir la paix entre les apaches et les hommes de main du maire de la ville. Dans Amertume Apache, Blueberry occupe exactement la même fonction en servant, ou en tentant de servir, de médiateur entre les différentes parties. Mais devant la violence et la haine, est-il possible d’apaiser des esprits assoiffés de sang ?

 

 

 

 

© Blain, Sfar - Dargaud

 

 

            Christophe Blain n’est pas un novice dans le western. Son premier album, La révolte d’Hop-Frog en 1997, en était déjà un. Vingt-deux ans plus tard, Blain a acquis la maturité qui lui permet de réaliser cette reprise. Il ne joue pas dans la même cour qu’un Ralph Meyer ou un Paul Gastine. Tout en rendant hommage à Giraud, le dessinateur ne trahit pas son trait qui garde sa spécificité. Avec des mises en scène mettant en valeur le média BD comme la sublime planche 50, Blain s’installe définitivement comme un « grandprixmable » à Angoulême.

 

 

 

 

© Blain, Sfar - Dargaud

 

 

            Amertume Apache traite à la fois de sujets classiques de la grande époque du western, mais aussi de préoccupations modernes. Depuis les années 60, la place de la femme dans la société n’est plus la même. Ruthy, la femme du Lieutenant-Colonel, joue à la fois le rôle de l’épouse modèle et de la femme qui cherche à s’émanciper. Pour autant, les femmes n’ont pas toujours la part belle à l’instar de Bimhal, qui n’a ni remords ni regrets sur ses actes irréversibles.

 

            Cet album n’est ni un Blueberry « vu par... », ni un one shot. Il se termine comme à la belle époque en plein suspens, la dernière case annonçant de façon alléchante l’implacable titre de la suite : Les hommes de non-justice. En attendant, goûtez cette amertume qui n’a jamais eu aussi bon goût.

 

 

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

Série : Blueberry

 

Tome : 1 - Amertume Apache 

 

Genre : Western 

 

Scénario : Sfar 

 

Dessins : Blain

 

D’après : Giraud & Charlier 

 

Éditeur : Dargaud

 

Nombre de pages : 64

 

Prix : 14,99 €

 

ISBN : 9782205077988

 



Publié le 09/12/2019.


Source : Bd-best


Invitation à faire les plus beaux rêves du monde, la réédition de la plus belle et loufoque « feel good » série.  Olivier Rameau Intégrale 1

« - Pardon, conducteur… C’est bien vous, l’autobus qui doit nous conduire à destination ?

- Attention : à notre destination précise pour être exact…

- Montez, jeunes gens ! Je suis le conducteur Parfait Poinçon, et je n’ai jamais encore conduit de voyageurs autre part qu’à destination ! En voiture !

- Tout de même… Il me paraît bizarre, à moi, cet autobus…

- Mais puisque nous nous sommes informés auprès du conducteur et qu’il dit que tout va bien… Et puis, la nature est si belle, Monsieur Pertinent. Profitons donc de ces petites vacances, laissons-nous aller…

- Oui, mais vers où ? »

 

 

 

 

 

            Olivier Rameau et Maître Pertinent, clercs de notaire de Maître Codicille, viennent porter un important dossier à un habitant de Turelurette, mais le drôle d’autobus sur rail qu’ils viennent d’arrêter va les amener à Hallucinaville, capitale du pays de Rëverose. En chemin, la sublime Colombe Tiredaile, secrétaire du lapin Théobald, va embarquer avec son patron. Tous rejoindrons le palais des trois Ziroboudons qui ont un grave problème à leur exposer. L’oiseau Razibus sème la terreur dans le pays ! Ainsi débute La merveilleuse odyssée d’Olivier Rameau et de Colombe Tiredaile au pays de Rêverose.

 

 

 

 

© Dany, Greg - Kennes

 

 

            Deux autres grands récits complètent cet opus.

 

            Avant d’écrire le succès littéraire qui a fait sa renommée, Marc Lévy a certainement lu La bulle de Si-c’était-vrai. Sauf qu’ici, pas question d’ectoplasme, mais d’une épidémie de hoquet. Le chevalier Grinssan de Samankeduile garanti qu’il ramènera à temps et sans délai la bulle extraordinaire qui guérira les populations décimées. En échange, il demande la main de Colombe Tiredaile, ce qui n’est pas du goût d’Olivier Rameau. Les deux prétendants vont se battre dans une course effrénée.

 

 

 

 

© Dany, Greg - Kennes

 

 

            Le château des quatre lunes est la demeure de l’astronome Le Grand Pas Sage Ebouriffon. Alors que des escrocs tentent de vendre tout et n’importe quelle demeure aux habitants d’Hallucinaville, nos amis vont prendre les arnaqueurs à leur propre jeu en leur proposant une affaire sur le château du Grand Pas Sage.

 

 

 

 

© Dany, Greg - Kennes

 

 

            Connu pour ses albums de gags gentiment osés, il ne faut pas oublier que Dany a une sacrée bibliographie à son actif, que ce soit dans le domaine réaliste avec la série d’espionnage Arlequin (rien à voir avec les livres du même nom) et le cultissime Histoire sans héros, ou bien encore dans la bande dessinée tout public populaire avec Olivier Rameau, série qui compta onze albums entre 1970 et 1987, puis un douzième plus tard en 2005. Au fil des albums d’Olivier Rameau, son graphisme évolue vers une maîtrise exemplaire d’une ligne franquinienne.

 

 

 

 

© Dany, Greg - Kennes

 

 

            Avec cette série, Greg s’est offert une récréation. Réponse, hommage ou affiliation au Philémon de Fred, Olivier Rameau est une série indispensable des années 70-80. Ces deux séries sont les plus beaux hommages au rêve, mais Olivier Rameau a un côté kawaï supplémentaire. Les noms des personnages sont des poèmes à eux tout seuls. Ode au Magicien d’Oz, s’y mêlent sans se poser de questions une danseuse étoile, un lion, un ramoneur, un épouvantail qui ne fait peur à personne, une otarie garde-champêtre, une cloche sentinelle, un nain de jardin ne quittant jamais sa brouette et bien d’autres personnages loufoques.

 

 

 

 

© Dany, Greg - Kennes

 

 

            Les pérégrinations éditoriales de cette série sont incompréhensibles. Pur produit du journal Tintin, et donc des éditions Le Lombard-Dargaud, la série est reprise par P & T Productions en 1997, puis Joker. En 2010, ces dernières entament une intégrale en quatre volumes mais dont les couvertures ne donnent pas à la série l’attirance qu’elle mérite. Aujourd’hui, les éditions Kennes reprennent les choses en main, dans une belle présentation, à l’occasion des cinquante ans de la série dont on aimerait tant un retour avec de nouvelles histoires.

 

            On voudrait s’endormir et rester pour toujours à Rêverose avec les gens qu’on aime.

 

Laurent Lafourcade

 

 

Série : Olivier Rameau

 

Tome : Intégrale 1 

 

Genre : Aventures poétiques 

 

Scénario : Greg 

 

Dessins : Dany 

 

Éditeur : Kennes

 

Nombre de pages : 160

 

Prix : 19,95 €

 

ISBN : 9782875808097

 



Publié le 08/12/2019.


Source : Bd-best


Les couleurs de la ville, la ville de toutes les couleurs.  Bienvenue chez moi

 

 

  

« C’est vrai qu’au début, ce ne fut pas facile de m’habituer car la ville est très bruyante. Il y a des voitures dans tous les sens et les gens courent sans cesse d’un endroit à l’autre.  Les rues sont toujours en pagaille, mais au milieu de ce chaos, j’ai réussi à trouver ma place. »

 

 

 

 

 

 

 

Plus qu’une histoire d’amour à New-York, ce livre est une histoire d’amour avec New-York. Des gratte-ciels étourdissants aux allées de Central Park, les klaxons des voitures nous percent les tympans mais les musiciens de rue jouent des notes de jazz. Comme un élan œcuménique, toutes les races cohabitent dans une sérénité exemplaire. Des animaux de toutes sortes vivent avec eux sans crainte et avec naturel.

 

 

 

 

© Pang, Tanco - L’agrume

 

 

On reconnaîtra les symboles de la culture jeunesse américaine que sont Elmo, le poilu tout rouge de Sesame Street, ainsi qu’un Mickey personnalisé. On croisera même Andy Warhol et on verra E.T. faire du hip-hop. Du marché aux puces, on pourra ramener une figurine de Donald ou de R2-D2.

 

Le Musée d’art moderne se mélange avec le Musée d’histoire naturelle pour montrer La Danse d’Henri Matisse et le squelette d’un diplodocus. Le Flatiron building, « fer à repasser » entre la 5ème avenue et Broadway, trône fièrement dans la nuit éclairée par une lune pizza.


            Et lorsqu’à la fin on apprend qui est le narrateur de cette belle visite, on n’a qu’une envie, recommencer l’album à une autre « hauteur ».

 

 

 

 

© Pang, Tanco - L’agrume

 

 

Les illustrations de Miguel Pang sont dans la digne lignée du Pop Art. Les personnages aux visages oblongues déambulent dans des rues pastels et des lieux familiers au fil de la journée et au fil des saisons. Les courts textes de Miguel Tanco vont juste à l’essentiel, comme pour ne pas perturber la visite guidée.

 

L’Agrume est une maison d’édition portée par l’amour de l’illustration et le désir de rendre les livres vivants, à l’image de notre société en perpétuel mouvement. Explorant les genres, nous avons donné naissance à 3 collections, qui sont autant de formes d’expressions différentes et complémentaires : des bandes dessinées d’auteurs venus des quatre coins du monde, des livres pour enfants, innovants et spectaculaires et une revue de société thématique, Citrus.

 

 

 

 

© Pang, Tanco - L’agrume

 

 

Bienvenue chez moi, album à mettre devant tous les yeux et entre toutes les mains, n’a qu’un seul défaut : il est trop court ! Il se déguste comme un cupcake garni de pépites de sucre de toutes les couleurs.

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

One shot : Bienvenue chez moi 

 

Genre : Visite guidée

 

Textes : Miguel Tanco 

 

Dessins & Couleurs: Miguel Pang

 

Éditeur : L’agrume

 

Nombre de pages : 32 

 

Prix : 18 €

 

ISBN : 9791090743960

 



Publié le 04/12/2019.


Source : Bd-best


Et si le roi des singes n’avait pas été vaincu...  The Kong Crew 1 - Manhattan Jungle

« - Les services de renseignement nous ont confirmé que les deux individus dans la « zone » sont le professeur Jonas Parker et le journaliste Irvin Stone. Bref, un biologiste suicidaire et un fouteur de merde. Notre mission sera de survoler Manhattan afin de les localiser. Ordre de rester en périphérie de la zone. Personne n’y entre. Alors, ne jouez pas les héros. Suis-je clair ? Si vous avez des questions, c’est maintenant.

- Colonel ? Nos avions de chasse sont armés pour ça, alors si par hasard on s’écartait… On pourrait peut-être tester nos munitions ?

- Bradley Turner, vous étiez affecté dans le Pacifique, avant… Laissez-moi vous expliquer la situation. Votre ennemi, c’est onze tonnes de muscles, de nerfs et d’instinct de prédation. Il y a quatorze ans, en 1933, Kong nous a mis une branlée… »

 

 

 

 

 

1947, Sandy Hook, pointe nord du New Jersey. Un groupe d’aviateurs de l’US-Air-Force est réuni à Fort Hancock pour se préparer à sauver deux individus qui ont pénétré dans Manhattan. Depuis que Kong en est le maître, la zone a été évacuée. Malgré toute l’énergie déployée pour vaincre la bête, le gorille reste le maître des lieux. Fort, malin, violent, Kong a appris à se méfier de ses chasseurs. New-York est son domaine, Manhattan est sa jungle.

 

 

 

 

© Herenguel - Ankama

 

 

Virgil Price est le héros américain par excellence. Un poil macho, un brin tête brûlée, il est au premier rang des missions dans lesquelles on l’envoie. Son survol de Manhattan ne va pas se passer comme prévu. Sortira-t-il indemne de la jungle urbaine ? Spit le teckel est la mascotte de l’escadron. Saucisse de joie, une telle recrue sera-t-elle de taille à lutter contre des dinosaures ? Le journaliste Irvin Stone se pense invincible derrière son crayon. « Le poids des mots, le choc des photos », comme disait l’autre.  Le poids qu’il s’apprête à avoir en face va être un peu plus lourd que celui des photos. Jonas Lazarus Parker est le Tournesol de l’aventure. Vieillard émerveillé par tout ce qu’il découvre, ses yeux d’enfants lui font prendre des risques inconsidérés. Se rendra-t-il compte des réels dangers qui l’entourent ? Ajoutons à cela des amazones et il ne manque plus qu’un Johnny Weissmuller pour sauter de lianes en lianes.

 

 

 

 

© Herenguel - Ankama

 

 

Eric Herenguel n’a plus rien a prouver. Après ses débuts chez Zenda, il se fait connaître en succédant à Laurent Vicomte dans Balade au bout du monde. Autant dire qu’il était attendu au tournant; mais il a parfaitement négocié son virage. Les succès se sont alors enchaînés avec parmi eux Edward John Trelawnay, Krän, Lune d’argent sur Providence, ainsi qu’une incursion dans le monde de Troy avec Nuit Safran. The Kong Crew s’annonce comme un blockbuster. La série réunit tous les ingrédients pour y parvenir : une histoire prête à séduire plusieurs générations, des personnages détestables ou attachants, une bonne dose de mystères et un graphisme coup de poing.

 

 

 

 

© Herenguel - Ankama

 

 

The Kong Crew n’est pas une totale nouveauté. Les deux chapitres qui composent ce titre ont été publiés respectivement en janvier 2018 et 2019 aux éditions Caurette en format Comics en noir et blanc. Herenguel y ajoute des couleurs et Ankama une édition de belle qualité.

 

 

 

 

 

© Herenguel - Caurette

 

 

Dans un dossier final de l’album, outre de magnifiques illustrations de l’auteur reproduites dans la Manhattan Gallery, on apprend qu’une adaptation en série animée est déjà à l’étude. Sous la houlette de Sonia Demichelis qui a pris en charge le design graphique, les bases de travail sont posées. Le contexte uchronique permettra des digressions par rapport à la BD et s’axera peut-être sur d’autres personnages.

 

Avec The Kong crew, Herenguel fait son Skull Island mâtiné de Rampage. Ça pulse, on ne s’ennuie pas une seconde. Vite, la suite !

 

 Bande annonce :

 

 

 

 

 

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

Série : The Kong Crew

 

Tome : 1 - Manhattan Jungle

 

Genre : Uchronie

 

Scénario, Dessins & Couleurs : Herenguel

 

Éditeur : Ankama

 

Nombre de pages : 54

 

Prix : 15,90 €

 

ISBN : 9791033511274

 



Publié le 03/12/2019.


Source : Bd-best


Faites entrer l’accusé.  René Goscinny et la brasserie … des copains

 

 

 

« - En Mai 1968, il s’est effectivement passé un truc lamentable… dont je fus l’un des lamentables acteurs. Nous nous sommes réunis avec quelques dessinateurs et nous sommes tombés dans le piège de la contestation à tous crins. Goscinny est tombé dans un véritable traquenard car, à l’époque, il représentait le patron. » Jean Giraud.

 

 

 

 

 

 

 

 

Que s’est-il passé le 21 Mai 1968 et qui est resté dans les mémoires de la bande dessinée ?

 

Christian Kastelnik a réalisé un véritable travail d’investigation. Simple, précis, objectif, ce petit livre est un exemple de travail journalistique. Préfacé par Nikita Mandryka, il décrit avec minutie tout ce qui s’est déroulé ce jour où René Goscinny a été convoqué par des auteurs du journal Pilote dont il était le rédacteur en chef dans la brasserie de la Rotonde des Tuileries en Mai 1968. Mezières, Christin, Giraud, Le Goff, Charlier et tous les autres membres de la vie de l’hebdomadaire deviennent les personnages d’une enquête menée, minutée et décryptée par l’un des plus grands spécialistes de l’histoire du journal Pilote.

 

 

 

 

© Kastelnik - Scup-La déviation

 

 

En quatre chapitres, l’« affaire » n’aura plus de secrets pour personne. Le chapitre 1 est une immersion dans l’époque et l’air du temps : Mai 1968, un mois et une année qui sont dans toutes les mémoires. Le chapitre 2 raconte la fameuse réunion. Les acteurs sont introduits un à un. La crise monte crescendo jusqu’à son paroxysme et son issue. Le chapitre 3 recense les témoignages des uns et des autres. On y descelle les caractères de chacun des protagonistes. Celui qui résume le mieux la situation est certainement Christian Godard qui résume l’événement de façon décalée, drôle et peut-être de la manière la plus proche de la réalité qu’il soit. Enfin, le chapitre 4 donne quelques clefs supplémentaires dont surtout le point de vue de Christian Kastelnik lui-même. L’auteur est un amoureux de Pilote, il le prouve, il le justifie. En deux pages, il désamorce un conflit qui n’en a été un que parce que des acteurs externes se sont immiscés dans une réunion qui ne les concernait pas.

 

 

 

 

© Kastelnik - Scup-La déviation

 

 

« René Goscinny et la brasserie… des copains » : ce titre, avec ces pointillés le rythmant, n’est pas anodin. Il ne pouvait pas être mieux choisi. Depuis des années, on a entendu tout et n’importe quoi sur ce qui c’est passé ce jour-là rue des Pyramides : des vérités, des contre-vérités, des on-dit et des carabistouilles. Ce 21 mai, tout un tas de malentendus ont déstabilisé une équipe de copains. Des choses à changer, il y en avait. Des maladresses et des regrets, il y en a eu. Des blessures aussi. Mais il y avait aussi de l’amour, de l’amour pour un métier, celui d’auteur de BD, de l’amitié entre des gens qui se respectaient mais qui n’ont peut-être pas toujours trouvé les bons mots pour le dire au bon moment. Des copains, ces gens là étaient avant tout des copains et il fallait qu’ils le restent.

 

 

 

 

© Mandryka - Scup-La déviation

 

 

Ce petit livre est aussi bien fait qu’un « Que sais-je ? » de la grande époque de la collection. Il pourrait être le socle d’une nouvelle collection dans laquelle on imaginerait trouver des titres comme : Yvan Delporte de Spirou au Trombone Illustré, Hergé et les tourments blancs du Tibet, Vaillant/Pif et le communisme dans tout ça, ou bien d’autres affaires qui ont émaillé la grande histoire du neuvième art.

 

Kastelnik prépare un ouvrage sur la « préhistoire » du journal Pilote et on ne saurait que vous conseiller la page Facebook des Amis du Journal Pilote. René Goscinny et la brasserie … des copains est un petit livre captivant. Il aura fallu attendre 51 ans pour avoir une version réaliste des faits.

 

 

 

 

René Goscinny

 

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

One shot : René Goscinny et la brasserie ... des copains

 

Genre : Chronique d’une journée particulière

 

Auteur : Christian Kastelnik

 

Préface : Mandryka

 

Éditeur : SCUP-La déviation

 

Nombre de pages : 100

 

Prix : 10 €

 

ISBN : 9791096373246

 



Publié le 03/11/2019.


Source : Bd-best


Un petit manga auto-édité qui a tout d’un grand.  Red Flower Stories

 

 

« - Ce soir, notre peuple célèbre l’arrivée du printemps dans l’ombre de Ilgwe, notre père vénéré… Vous pratiquerez le Katafali pour montrer à tous que vous avez compris notre doctrine la plus fondamentale, que vous êtes dignes de devenir adulte, et d’obtenir le privilège d’adorner vos cheveux avec des perles. Ceux qui souhaitent intégrer la garde du roi et consacrer leur vie au Katafali devront particulièrement se démarquer. »

 

 

 

 

 

Une histoire au plus profond de la jungle… Un jeune homme fait sa quête initiatique et souhaite entrer dans la cour des grands, celle des gardes du roi. Jeune chien fou présomptueux, il devra apprendre à se canaliser et à se contrôler pour mériter ce privilège. Il s’appelle Kéli. Il fait partie du peuple de Bao’re. Il est jeune, il est beau, la vie lui tend les bras. Saura-t-il les saisir ?

 

 

 

 

© Loui - Loui

 

 

Red Flower Stories nous amène sur les traces du peuple Bao’Re à travers trois histoires : Katafali raconte le combat de Kéli pour faire partie de la garde du roi. Elle permet à Loui de montrer ses compétences en traitement des combats, l’un des poncifs du manga. Fourmis rouges et gorilles montre l’attaque du village par un gorille blanc. C’est une histoire qui démontre que la malice peut vaincre la force. Loui y met en scène un puissant primate qui fait trembler les planches, au sens propre comme au sens figuré. Enfin, si Les histoires de grand-mère, le troisième récit, ne vous arrache pas une larme, c’est que vous n’en avez pas compris les tenants et les aboutissants de ce passage de témoin entre une grand-mère et sa petite fille. C’est un hommage vibrant aux histoires qui ont fait de nous tous des lecteurs ou des raconteurs. Loui y prouve l’amour qu’il a de son métier. Touchant.

 

 

 

 

© Loui - Loui

 

 

Pour un manga auto-édité, Red Flower Stories fait montre d’un professionnalisme à faire pâlir de jalousie bien des productions éditées dans de grandes maisons. Le graphisme abouti de Loui peut rivaliser avec plus d’un mangaka. Qui plus est, le garçon sait raconter des histoires et il le fait avec passion. En un seul volume, il expose trois types de récits dans un même univers mais tout à fait différents.

 

 

 

 

© Loui - Loui

 

 

Seule preuve du côté « amateur », quelques toutes petites fautes d’orthographe ou de syntaxe subsistent. Mais on peut aussi en trouver chez les pros. Pour le reste, même la facture, la maquette et la qualité d’impression du livre sont parfaites.

 

 

 

 

© Loui - Loui

 

 

L’intro et l’outro du manga sont présentés par un sorcier, personnification d’Anansi, personnage célèbre dans la culture ouest-africaine, griot qui nous promet encore et encore des histoires. La jungle luxuriante dans laquelle se situe l’action est matière à bon nombre de rebondissements. Oui, oui, oui, on en veut encore. Parions que ces aventures paraîtront un jour ou l’autre chez un grand éditeur. Mais le prix de l’indépendance n’est-il pas aussi celui de la liberté ?

 

 

 

 

© Loui - Loui

 

 

Même si c’est symbolique, nous décernons à Loui le Prix BD-Best d’Or Avenir 2019. C’est sa mère qui va être contente. (Seuls comprendrons ceux qui ont rencontré l’auteur en dédicace)

 

 

 

 

© Loui - Loui

 

 

Vous pouvez vous procurer l'album en contactant l'auteur sur sa page facebook : https://www.facebook.com/justlouiart/ ou en envoyant un mail à : justlouicomics@gmail.com.

 

Ce n'est pas un hasard si le financement de l'album sur Ulule a atteint les 296 % ! Red Flower Stories est une des bonnes surprises de l’année, comme une pépite qu’un orpailleur déniche dans un endroit où il ne pensait rien trouver.

 

 

Laurent Lafourcade

 

Série : Red Flower Stories

 

Genre : Contes exotiques

 

Scénario & Dessins : Loui

 

Éditeur : Loui

 

Nombre de pages : 100

 

Prix : 7 €

 

ISBN : 9782956972600

 



Publié le 29/10/2019.


Source : Bd-best


Tout n’est pas perdu quand il reste l’imagination.  L’ours est un écrivain comme les autres

 

« - J’ai cru comprendre qu’Arthur Bramhall s’était fait bâtir un nouveau chalet avec l’argent qu’il a touché de l’assurance… Vous le saviez ?

- En effet ! Il y réécrit son roman.

- Sacré Bramhall, rien ne l’arrête.

- Le perte de son manuscrit dans l’incendie, c’était affreux.

- Affreux oui, quel sale coup pour un type qui a tendance à broyer du noir. »

 

 

 

 

 

 

 

 

Arthur Bramhall n’a pas fini de broyer du noir. Après avoir perdu un manuscrit dans l’incendie de son chalet, l’auteur trouve la force de se remettre à l’écriture. Ne comptant pas se faire avoir deux fois, alors qu’il vient de finir son nouveau tapuscrit, il décide de le cacher dans une valise au pied d’un grand épicéa et d’aller fêter ça en ville. De retour sur place, il n’a plus qu’à constater le drame. La mallette a disparu, subtilisée par un ours affamé. « Désir et destinée » - c’est le titre du roman - pourrait lui rapporter un bon paquet de pots de miel. Pendant que Bramhall va se morfondre dans sa forêt du Maine, l’ours va gagner New-York. A lui la ville, les médias, les paillettes et tout ce qui va avec.

 

 

 

 

© Kokor - Futuropolis

 

 

Loufoque ! Cet album est délicieusement loufoque ! A mi-chemin entre un roman comme Le pingouin d’Andréï Kourkov et un personnage comme Paddington, L’ours est un écrivain comme les autres est un OVNI. Dans une histoire où personne, absolument personne, n’est surpris d’entendre un ours prononcer des mots, le quotidien fait place à l’absurde. Loin d’un grand n’importe quoi, les situations se passent et s’enchaînent avec un naturel déroutant.

 

 

 

 

© Kokor - Futuropolis

 

 

Exprimant au début ses réflexions par des pictogrammes, l’ours acquiert petit à petit du vocabulaire. Dans une scène cocasse, tout au fond d’un wagon de train, il dévore des céréales et trouve le pseudonyme qui fera son succès : Dan Flakes. Il finira même par prononcer des morceaux de phrase. C’est tout un système de vases communicants qui s’opère lorsque l’on observe le devenir d’Arthur Bramhall en parallèle.

 

 

 

 

© Kokor - Futuropolis

 

 

William Kotzwinkle est l’écrivain américain du roman adapté ici par Kokor. L’auteur de la série Walter le chien qui pète a publié cette histoire d’ours en 1996 : The bear went over the mountain.

 

Après Alexandrin ou l’art de faire de vers à pied avec Pascal Rabaté, Kokor s’approprie un roman en l’adaptant librement. Mais là où la littérature peut envelopper une histoire extravagante d’un certain sérieux, une exposition graphique de situations loufoques aurait pu s’avérer périlleuse. Dans une monochromie orange, Kokor rend tout cela plausible, avec des cadrages originaux, osant les découpages éclatés et les focales en cases intégrées. Le dessinateur glisse également un vibrant hommage à Bip-Bip et Vil Coyote, bible de situations humoristiques.

 

On ne peut pas savoir s’il y a un paradis pour les poules pondeuses, mais il y a en tous cas un destin hors du commun pour un ours, écrivain comme les autres : celui d’un album incontournable.

 

 

 

 

 

 

Laurent Lafourcade

 

One shot : L’ours est un écrivain comme les autres

 

Genre : Loufoque

 

Scénario, Dessins & Couleurs : Kokor

 

D’après : William Kotzwinkle

 

Éditeur : Futuropolis

 

Nombre de pages : 128

 

Prix : 21 €

 

ISBN : 9782754824262

 



Publié le 20/10/2019.


Source : Bd-best


Comme si Basil Rathbone était de retour.  Dans la tête de Sherlock Holmes 1– L’affaire du ticket scandaleux

« - Bonjour, gentlemen. Agent Sparks, station de police de Bishopsgate Street. Dr Watson, cet olibrius bien mal en point affirme être votre confrère… S’il dit vrai, je ne serai pas mécontent de vous le laisser…

- Diantre, Herbert !! Votre clavicule est fracturée ! Que diable vous est-il arrivé ?!

- Vers trois heures du matin, nous l’avons trouvé, hagard… Il courait dans Wentworth Street, en plein Spitalfields, vêtu de façon peu orthodoxe, prétendument incapable de se remémorer sa soirée. Il a été placé en cellule au poste jusqu’à ce qu’il parvienne à convaincre mon supérieur, qui connaît la réputation de Mr Holmes, ainsi que la vôtre, Dr Watson.

- Eh bien, « officer », je vous certifie qu’il s’agit bien du Dr Herbert Fowler, qui occupe mon précédent cabinet dans Paddington.

- Ouch ! Ma déchéance est totale, Watson !!! Il faut que vous m’aidiez ! »

 

 

 

 

 

 

 

 

Un bobby londonien amène chez Holmes et Watson un quidam qui errait dans la rue. Celui-ci prétend connaître Watson. Le docteur approuve, il s’agit bien d’un confrère à lui. Victime d’une amnésie de quelques heures, il ne sait pas ce qui lui est arrivé. Analysant indice sur indice avec une précision scientifique, Sherlock Holmes remonte le trajet de l’individu. Le ticket de spectacle d’un « Amazing Magician » un certain Wu-Jing, va les entraîner dans une enquête complexe que le fin limier va tenter de démêler avec tout son savoir-faire.

 

 

 

 

© Liéron, Dahan - Ankama

 

 

Cyril Liéron signe un scénario méthodique que n’aurait certainement pas renié Sir Arthur Conan Doyle. Loin d’une enquête conventionnelle, les différents rebonds font du mystère une impressionnante toile dont le scénariste se tire avec rigueur. L’ambiance londonienne, brouillard du soir et lune éblouissante, immerge le lecteur dans ce polar fin XIXème. Holmes y est dépeint sans concession, avec les failles qu’on lui connaît concernant la consommation de stupéfiants. Watson, la tête sur les épaules, suit son modèle qu’il idolâtre.

 

 

 

 

© Liéron, Dahan - Ankama

 

 

Le graphisme anguleux de Benoît Dahan rappelle l’époque cinématographique dans laquelle le personnage était incarné par le grand Basil Rathbone. L’homme qui endossa onze fois le trench coat du détective, plus une douzième avec la voix de Basil détective privé dans le dessin animé des studios Disney, restera à jamais le meilleur interprète du résident de Baker Street. Sans vouloir copier ses traits, Dahan donne à son personnage l’âme de l’acteur. Les décors minutieux de la capitale anglaise sont aussi fins et précis que l’est l’enquête d’Holmes.

 

 

 

 

© Liéron, Dahan - Ankama

 

 

Outre un scénario en béton et un dessin pointilleux, c’est par un remarquable découpage hors du commun que se distingue cette série. Tout est dit dans le titre : Dans la tête de Sherlock Holmes. Ce n’est pas une métaphore. Quand Sherlock réfléchit, le personnage navigue de case en case dans une planche cadrée dans sa tête. La collecte des informations se fait dans son esprit comme s’il était une machine dans laquelle on entre des données qui en ressortent une fois analysées. Quand Sherlock est sous l’effet de la cocaïne, son rêve est une maison déstructurée.

Aucune planche ne ressemble à une autre. Les mises en scène mettent en avant les indices que trouve le détective et à partir desquels est construite toute l’architecture de la double page. Les déplacements dans les différents quartiers s’effectuent sur fond de cartes de la ville.

 

Cette « affaire du ticket scandaleux » nous laisse en plein suspens dans l’attente d’un tome 2 pour conclure l’enquête. Elle est une des grandes bonnes surprises de l’année. Comme quoi, il est encore possible d’étonner avec un personnage et un thème battus et rebattus, tout cela grâce à un traitement complètement inédit du genre. Elémentaire !

 

 

 

 

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

Série : Dans la tête de Sherlock Holmes

 

Tome : 1– L’affaire du ticket scandaleux

 

Genre : Polar

 

Scénario : Liéron

 

Dessins & Couleurs : Dahan

 

D’après : Conan Doyle

 

Éditeur : Ankama

 

Nombre de pages : 48

 

Prix : 14,90 €

 

ISBN : 9791033509721

 



Publié le 19/10/2019.


Source : Bd-best


« Le crime en local clos est le seul mystère dont la raison accepte avec plaisir le défi. »  Le Detection Club

 

 

« - Bienvenue chers amis, bienvenue ! Ha ha ! Capital ! Capital ! Ha ha ! Mes amis, je vous connais si bien ! Les reines du crime, les philosophes du roman à énigme, les aventuriers du mystère… Je suis Roderick Ghyll ! Bienvenue à la Briarcliff villa. Vous êtes ici chez moi, vous êtes ici chez vous ! Ha ha ! Quelle joie de vous recevoir toutes et tous ! Capital ! Capital ! Venez, venez ! Please, veuillez me suivre ! Please ! Laissez-moi vous montrer la voie ! Ha ha ha ! »

 

 

 

 

 

 

Années 30 : les professionnels du coup de théâtre vont devoir se préparer à une surprise de taille. Si le milliardaire Roderick Ghyll a invité les sept membres du Detection Club dans son domaine sur une île des Cornouailles, c’est pour leur présenter la dernière de ses inventions. Avec le professeur Zumtod, il a conçu Eric, un automate-détecteur qui démêle les fils des intrigues et défait le mécanisme des polars. Il suffit de lui lire le synopsis d’un « detective novel » pour qu’il donne le nom du coupable. Epatant ! Mais quand on réunit les meilleurs auteurs de romans policiers britanniques de la première moitié du vingtième siècle dans un lieu clos, en l’occurrence une île, s’il n’y avait pas un mystère insoluble à résoudre, ça ne servirait à rien.

 

 

 

 

© Harambat, Rouger - Dargaud

 

 

Fondé par Anthony Berkeley Cox, le Detection Club a réellement existé. Il compte parmi ses membres fondateurs Agatha Christie, Dorothy L. Sayers, G. K. Chesterton, Freeman Wills Crofts, John Rhode et la Baronne Orczy. Les auteurs réunis se retrouvent régulièrement lors de dîners pour disserter sur les codes et techniques du genre littéraire qu’ils pratiquent. L’un de leurs membres, le père Ronald Knox, rédigea un code de déontologie permettant de donner aux lecteurs des chances de démasquer le coupable. Ce « cahier des charges » en dix règles d’or est repris ici par Harambat. Dans l’histoire ici présente, on retrouve certains des membres fondateurs : Chesterton, Christie, Orczy, ainsi que le premier prêtre écrivain de romans policiers qui a justement rédigé le fameux code, auxquels se sont joints Dorothy L. Sayers, le major Mason et John Dickson Carr, le premier auteur non britannique à intégrer le groupe. Ce « club » existe encore aujourd’hui.

 

 

 

 

© Harambat, Rouger - Dargaud

 

 

Après le remarquable et remarqué Opération Cooperhead, Jean Harambat change son fusil d’épaule pour rendre hommage à un genre qu’il affectionne tout particulièrement : le roman policier anglo-saxon. En utilisant des créateurs pour protagonistes principaux, Harambat prend du recul  et analyse le genre. Il se complexifie la tâche car il ne peut se permettre aucune erreur. Au final, il offre une enquête originale de laquelle il se sort avec brio, pouvant grâce à cela prétendre à intégrer lui-même le cercle du Detection Club. Qui plus est, il manie l’art du dialogue avec un grand talent. S’il y avait un prix du dialogue, quelque chose qui serait tout à fait justifié de créer, Jean Harambat l’emporterait cette année.

 

 

 

 

© Harambat, Rouger - Dargaud

 

 

Le graphisme juste essentiel de l’auteur est d’une finesse et d’un charme british incroyables. Dans une ligne claire qu’on pourrait penser enfantine, il utilise des codes particulièrement efficaces. Les vaguelettes de la mer, les ustensiles de laboratoire, tout prend vie et place sans surcharge et avec précision. Les personnages jouent et se déplacent comme des acteurs de théâtre afin de mieux attirer le lecteur. Les couleurs de Jean-Jacques Rouger rendent à merveille les tons des salons où l’on cause , des nuits d’orage et des après-midi aux abords d’une falaise.

 

Un décor digne des Dix petits nègres, une énigme à la hauteur d’une certaine Chambre jaune, Le Detection Cub est une élégie à tous les maîtres du mystère. On n’avait jamais vu et lu une telle « ambiance » depuis Albany de Floc’h et Rivière.

 

 

 

 

 

Laurent Lafourcade

 

One shot : Le detection club

 

Genre : Polar

 

Scénario, Dessins : Harambat

 

Couleurs : Rouger

 

Éditeur : Dargaud

 

Nombre de pages : 138

 

Prix : 19,99 €

 

ISBN : 9782205079432

 



Publié le 09/10/2019.


Source : Bd-best


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