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Nouvelles relatives à la bande-dessinée ou au graphisme
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Kid Lucky, un cow-boy en herbe

Plus qu'un point cardinal, plus qu'une direction...L'OUEST. Un cow-boy traverse ces contrées arides en chantant le célèbre " i'm poor lonesome cow-boy". Ce cavalier solitaire se nomme Sam. Sur sa route, il découvre une caravane renversée sur le flanc, détruite, la fumée qui s'en dégage encore témoigne de la violence du combat qui s'est déroulé. Il n'y a plus rien à faire et il ne peut que constater le drame qui vient de se produire et passer son chemin quand Soudain... il entend un cri strident, le pleur d'un enfant, caché certainement dans les rocher par ses parents durant l'attaque. Sam s'empare du bébé et décide de l'amener chez le Shérif de Nothing Gulch qui ne saura trop quoi en faire de ce petit braillard. C'est finalement Martha, la tenancière du saloon qui se chargera du petit. Il lui donnerons le prénom de Luke...surnommé, Luke le chanceux.

 

 

 

 

La genèse d'un géant de l'ouest

Suivre les aventures d'un personnage aussi célèbre que celui de Lucky Luke est déjà un plaisir immense en soi. Découvrir les origines de ce cow-boy solitaire en est un autre tout aussi savoureux. Vous en rêviez ? Le dessinateur et scénariste Achdé l'a réalisé pour vous avec brio. Une approche de la jeunesse de Lucky Luke avait déjà été faite par Morris, Leturgie & Pearce grâce à l'album Oklahoma Jim. Depuis lors plus rien n'avait été tenté ou envisagé. C'est donc chose faite en cette année 2011. Achdé nous offre avec son trait fidèle à celui de Morris, cette genèse du petit cow-boy facétieux sous forme de gags en une page. Ce petit cow-boy en herbe qui rappellons-le, tire avec sa catapulte plus vite que son ombre. Nous faisons aussi la connaissance des petits camarades de Kid Lucky, ajoutant à cet album la fraîcheur que l'on est en droit d'attendre dans ce genre de bande dessinée qui prend le thème de la "jeunesse de" très à la mode ces derniers mois. Kid Lucky, c'est de l'humour omniprésent, distillé à bonne dose et qui vous fera remuer quelques fois les zygomatiques. En guise de supplément, vous trouverez en bas de page des anecdotes en une phrase sur le monde du far west écrite sur un ton frivole mais intéressantes pour la culture générale. Vous ne serez donc ni déçu par les gags, ni par le graphisme efficace d'Achdé. Un premier tome qui démarre sur les chapeaux de roue et qui se destine à tout public. Le bon plan en guise de cadeau de noël ou tout simplement pour se faire plaisir.

Aurélien Garance

Kid Lucky, l'apprenti Cow-Boy, 46 pages, Lucky Comics.



Publié le 26/11/2011.


Source : Graphivore


Coup de coeur sur Jonathan-une autobiographie en BD

Ni héros ni anti-héros, Jonathan, dès son apparition dans le journal Tintin, a incarné une bande dessinée nouvelle, où l'aventure est aussi intérieure. Cette singularité, Jonathan la doit à son créateur, Cosey, qui lui a prêté ses sentiments, ses interrogations, ses impressions de voyages et ses goûts artistiques, réalisant ainsi une sorte de fiction autobiographique. Entre art-book, monographie, recueil d'entretiens et carnet de voyage, « Jonathan, une autobiographie imaginaire en BD » revient sur cette oeuvre aussi unique que personnelle.

 

 

 

 

 

On le sait, pour nombre de cinéphiles, les « bonus » (boni ?) de certains dvd ou blu-ray particulièrement soignés justifient quasi à eux seuls l'achat de ceux-ci. On peut imaginer qu'il en est de même pour les bédéphiles face aux dossiers enrichissant certaines intégrales. Seulement voilà, quand on aime une série, on achète généralement les albums à leur parution, sans attendre l'hypothétique sortie de ce genre d'ouvrage. On ne peut donc que saluer l'excellente initiative du Lombard de nous proposer cette « autobiographie imaginaire en BD » de Jonathan, rassemblant les différents dossiers contenus dans la belle intégrale consacrée au personnage emblématique de Cosey.

Rares sont les auteurs qui en viennent à se confondre avec leur héros (ou l'inverse), et si on pense évidemment à l'incontournable Hugo Pratt (entretenant soigneusement sa légende), bien plus discrètement et délicatement, Cosey et Jonathan sont de ceux-là. A travers le parcours de ce personnage littéralement tombé du ciel, amnésique, dans les pages du journal Tintin en 1975, déjà esquissé bien avant dans l'atelier de Derib par Bernard Cosendai, alors apprenti et coloriste, c'est bien celui de Cosey que l'on suit. Parcours géographique, car l'auteur est voyageur et ouvre la route de son personnage, évolution artistique et progression intérieure aussi. Côté images, on en prend plein littéralement plein les yeux : photos, croquis sur le vif, crayonnés, travaux préparatoires, documents ramenés de voyages placés sous le signe de la rencontre, autant d'ingrédients qui contribuent à cette alchimie toujours renouvelée donnant naissance à un album BD. De réflexion en souvenir, de croquis en photo de repérage, d'aquarelle en référence culturelle, Cosey nous ouvre les portes de la création de Jonathan, et ce pour notre plus grand plaisir. Sorti quasi simultanément que « Atsuko », 15ème album de la série, ce très bel ouvrage comble en outre une importante lacune, très peu de livres ayant été jusqu'ici consacrés à cet important auteur. On pourra évidemment regretter que ses autres créations ne soient pas abordées, mais après tout, il s'agit de l'autobiographie imaginaire de...Jonathan, non ? Un bouquin lumineux (à un prix très intéressant, qui plus est !) qui trouvera idéalement place au pied du sapin de Noël !

 

Pierre Burssens

Jonathan, Une biographie imaginaire en BD, Lombard.

 



Publié le 18/11/2011.


Source : Graphivore


Coup de coeur : Marsu-Kids

 

Deux jeunes membres de la tribu des Chahutas, en dépit de l'interdiction de leur ainé chassent au loin dans la forêt Palombienne. Soudain le petit frère de Ptipo entre en collision fortuite par le biais de son crâne infortuné avec une œuf tombé d'un arbre. Ce petit œuf au demeurant à la dureté exceptionnelle. Quelques instant plus tard ce même œuf arrive à éclosion et dévoile une bien étrange créature au nez bleu...un petit Marsupilami ! Ceci est justement le nom que lui donne le petit indien au facétieux petit être jaune et noir. Ensuite, une rencontre inattendue avec un crocodile vindicatif et affamé fera surgir papa Marsupilami qui en découdra avec le gros lézard agressif. Ptipo en profites pour restituer le petit imprudent "nez-bleu" à son paternel. De retour au village les deux protagonistes racontent leur rencontre avec les Marsupilami lorsque se présentent à eux trois chasseur à la dégaine plutôt burlesque...

 

 

 

 

Une belle naissance

Prenez une une bonne dose de talent, une once d'originalité, une pincée de génie, une mesure d'inventivité le tout agrémenté d'une bonne cuillerée de finesse et de justesse, mélangez le tout et déguster sans retenue ce merveilleux cocktail nommé Marsu kids. Le premier tome des aventures de cette progéniture de Marsupilami est une véritable surprise. Ces petits malicieux vivent là leur premiers pas en bande-dessinée sous le trait expert et avisé de Conrad et de la plume de Wilbur. Le graphisme de Didier Conrad, nerveux et efficace approche de manière troublante celui de Franquin. Les fans de ce dernier seront donc ravis par ce digne héritier. Ici nous avons affaire à un grand spécialiste qui à déjà collaboré mainte fois par le passé avec le maître. Sa maîtrise est due également et entre autre à ses travaux dans le domaine du dessin animé et s'ajoute au dynamisme et à l'action prodiguée dans ce premier opus. Conrad constitue par conséquent cet élément indispensable à la réussite de cet album, un choix judicieux de Marsu-Productions. Wilbur à su respecter à la lettre toute la magie de l’œuvre originale. La mise en scène est excellente, le découpage à couper le souffle si comme moi vous êtes attentif au moindre détail. De nombreux superlatifs me viennent en tête mais je vous épargnerai cet étalage de vocabulaire. Je vous dirai en un mot : Génial ! Aucun doute ne doit germer dans votre esprit, courrez chez votre libraire si vous aimez ces adorables bestioles, hâtez-vous à vous procurer ce fabuleux premier tome des marsu-kids.

 

Aurélien Garance

 

Marsu Kids " sortit de l'oeuf"  Marsu-productions

 

Images © Marsu-productions 2011



Publié le 31/10/2011.


Source : Graphivore


Les coups de coeur de Pierre Burssens : Wotan

Septembre 1939, en France. Le jeune Louison est un enfant étrange. Amnésique, rejeté par les autres enfants, il parle en allemand dans son sommeil, se passionne pour la préhistoire et entretient de longs échanges imaginaires avec Du Guesclin. Placé dans une famille d'accueil, il fuit, et finit par être recueilli dans un campement de gitans. Au même moment, Etienne Murol, un jeune artiste, de retour de l'Académie de Vienne, retrouve Paris en proie à la fièvre des préparatifs de guerre. Mobilisé, il est envoyé en casernement à la ligne Maginot. La tête pleine de sentiments contradictoires, il ne peut se défendre d'une certaine exaltation face à l'idéologie nazie. Sans qu'ils le sachent, le destin de cet enfant et de ce jeune homme sont liés, tandis que s'abat sur l'Europe l'ombre des idéaux du IIIème Reich.

 

 

Mon premier contact avec le style de Liberge n'avait pas été des meilleurs. J'avais trouvé les deux premiers tomes des « Corsaires d'Alcibiade » littéralement à la limite du lisible, couleurs trop denses, dessin chargé... L'univers très particulier de « Monsieur Mardi-Gras Descendres » ne m'avait dès lors guère attiré non plus. Et puis voilà ce premier tome de « Wotan » qui apparaît en librairie, et sa couverture graphiquement extraordinaire et qui ne peut laisser indifférente. Déjà l'idée de faire figurer le titre de la série sur ce drapeau brandi par l'un des héros... Et j'ai entamé la lecture de Wotan, et je me suis pris une sérieuse claque ! Le premier mot qui m'est venu à l'esprit est tout simplement « oeuvre », car ce que nous propose Liberge déborde, pour moi, du simple cadre de la BD. Au-delà de l'histoire de ses personnages (peut-on vraiment parler de héros ?), Liberge fait oeuvre de mémoire. Jamais, à ma connaissance, cette période très sombre de notre Histoire n'avait été abordée de cette manière. Alors que plusieurs albums se déroulant pendant la seconde guerre mondiale sont sortis récemment,  Wotan immerge véritablement le lecteur dans une ambiance. Atmosphère de violence présente dès la première planche, de désespoir et de folie qui baignent tout l'album. Un peu à la manière d'un Guillermo del Toro dans ses films «l'échine du diable » et « le labyrinthe de Pan », les éléments que l'on pourrait qualifier de fantas(ma)tiques et qui apparaissent ici discrètement (relation de Louison avec Du Gesclin, les hommes préhistoriques, vision des « âmes »...) s'avèrent finalement presque rassurants face à une réalité qui s'emballe et à la direction qu'elle prend. Seul espoir illusoire pour certains : les prétextes « culturels » brandis par les nazis et leurs sympathisants..sans imaginer ce qu'ils entraîneront !

Oeuvre, oeuvre de mémoire et oeuvre d'art ! Liberge nous conte cette histoire de manière unique. Ses planches, au découpage éclaté et faussement déstructuré méritent vraiment d'être abordées et détaillées une par une. Il y intègre des photos, des documents d'époque sur lesquels il redessine. Le tout est enrobé de tons gris, ocres, d'éclats parfois lumineux qui sont souvent le pendant de traînées sanglantes. Et puis il y a cette narration, très particulière. Cette illusion pour ses personnages de tenter de maîtriser leurs destins alors qu'ils sont emportés, comme tant d'autres, pareils à des fétus de paille dans cette tempête de violence et de folie. Et quelque part, ce n'est qu'un début pour eux comme pour l'Histoire. L'ensemble de Wotan se déclinera en effet sous forme de trilogie. Les tomes 2 et 3 sont repectivement annoncés pour janvier et septembre 2012. Et l'auteur annonce, dans son très bel avant-propos, qu'ils traiteront des « Einsatzgruppen », responsables de massacres sur le front de l'Est, et de l'  « Ahnenerbe » (déjà discrètement abordé dans ce premier volume) « société pour la recherche et l'enseignement sur l'héritage ancestral nazi » créée par Himmler, qui, au départ d'études de certaines mythologies, en arrivera aux « expérimentations médicales » pratiquées dans les camps de concentration...

Loin d'une BD de distraction, et loin d'être abordable par tous, ce premier volet de Wotan est un véritable album coup de poing dont il est impossible de sortir indifférent. Il peut également constituer un point de départ idéal pour une réflexion sur les extrémismes et fanatismes toujours présents et vivaces. Le dossier qui le complète, composé des témoignages des parents de l'auteur et d'une conversation entre celui-ci et son père ajoute encore une pierre à cet édifice unique à classer sans le moindre doute parmi les albums de l'année !





Publié le 28/10/2011.


Source : Graphivore


Coup de coeur sur un enchantement.

Exceptionnellement fermé au public ce soir-là, le Louvre accueille une réception mondaine donnée en l'honneur d'un homme politique qui quitte ses fonctions. Ecoeuré, ce dernier s'éclipse discrètement, une bouteille dans chaque main, vers les salles voisines. Face à la « Vierge en Majesté » de Duccio, il rencontre une jeune femme, les mains devant les yeux...

 

 

 

 

« Il y a trop d'images ici, trop de belles choses... C'est presque étouffant tant de belles choses... Je fais un tri. J'en choisis une et je fais le noir avec mes mains. Quand je les ouvre, je ne vois plus que ce que j'ai choisi. Le reste s'est estompé...je peux voir pleinement... » C'est à une magnifique et mystérieuse rencontre que nous confie Christian Durieux, avec « Un enchantement » qui prend place dans cette belle collection offrant carte blanche à des auteurs de BD pour donner leur vision du Louvre. Peut-on imaginer plus belle reconnaissance du 9ème Art que face à pareille institution ? Loin d'une réception officielle et des jeux des courtisans, un homme politique sur le départ, qui n'est pas sans faire penser à François Miterrand, rencontre cette jeune femme, le temps d'une parenthèse nocturne joyeuse et sereine... Difficile d'en dévoiler plus sans rompre le charme de cet album d'une extraordinaire délicatesse. Christian Durieux, à travers un dessin faussement simple, s'y entend pour traduire émotions et sentiments. Si, comme moi, vous aviez été séduits par « les gens honnètes » (scén. Gibrat – Dupuis), vous ne pourrez que répondre à cette invitation à parcourir le Louvre de manière si légère, presque éthérée. L'occasion aussi de redécouvrir quelques-uns des chefs-d'oeuvre qui y sont exposés, mais là n'est certainement pas le principal propos de cet album d'exception, auquel un traitement dans des couleurs ocres ajoute encore chaleur et douceur. Le format de la collection, quasi carré, singularise encore ce beau livre. Des moments d'une rare poésie, et un album qui porte merveilleusement son titre : un enchantement !

 

Pierre Burssens

Un enchantement, Christian Durieux, Futuropolis



Publié le 27/10/2011.


Source : Graphivore


Coup de coeur : Libre de choisir

Libre de choisir commence comme une chronique familiale et provinciale des années 50. L’histoire gravite autour de deux amies, Anna et Isa, de leurs copains d’école, de leurs familles respectives, et retrace les principales étapes de leurs années d’enfance et d’adolescence. Il flotte un parfum de bonheur simple et très moral – car la morale, dans ces années et ces milieux en pleine ascension sociale, est une chose qui compte. En 1971, Anna a quinze ans. Elle sort avec Julien, un étudiant un peu plus âgé qu’elle qui l’initie à la musique et à l’esprit communautaire du moment. Elle en est amoureuse, mais leur relation n’excède pas les limites du flirt adolescent. Mais un soir, au retour d’un concert, Julien la viole. Et Anna est enceinte. Terriblement traumatisée, la jeune fille veut se débarrasser du foetus. C’est le début du chemin de croix d’Anna. Elle va découvrir que dans cette France de la fin des années 60 et début des années 70, avorter n’est pas seulement illégal : aux yeux de presque toute la société, c’est un crime odieux…


Pour débuter, je vous conseille vivement de lire la préface signée par Gisèle Halimi. Voici un livre dont on ne sort pas sans indemne, entraînant le lecteur à la réflexion. Un livre qui devrait être intégré dans le programme scolaire avec possibilités données aux adolescents de s’exprimer sur le sujet délicat abordé (Interruption Volontaire de Grossesse). Scénariste et dessinateur choisissent de plonger le lecteur dans la France du début des années 70. Le scénario reflète parfaitement bien la réaction populaire de l’époque vis-à-vis de ce sujet (tabou). Le tout est remarquablement illustré par Wachs  qui nous transporte dans le personnage d’Anna.  Sans prendre position, nos deux complices arrivent à nous livrer un chef d’œuvre accessible à tous ! La note maximale et même plus pour ce livre qui ne laissera personnes sans avis. A noter que l’IVG est toujours moralement interdite par les principaux courants religieux.

 

 

 

En France, il y a annuellement environ 200 000 interruptions volontaires de grossesse (227 054 en 2007). L'avortement clandestin est resté un phénomène significatif jusqu'en 1995, date où il a commencé à régresser. Par contre, malgré la diffusion massive de la contraception médicale (pilule et stérilet), le recours à l’IVG est resté étonnamment stable depuis 1975. Cette stabilité globale masque cependant une hausse des taux chez les jeunes femmes de moins de 25 ans.

En Belgique, la loi dite « Lallemand-Michielsen » proposant la dépénalisation conditionnelle de l'avortement est adoptée le 3 avril 1990. Le roi Baudouin, inspiré par ses convictions religieuses, refuse de la signer. Pour éviter une authentique crise de régime et à la demande même du Souverain, le Parlement étudie différentes pistes en la matière. Sur base d'une interprétation de l'article 82 de la Constitution, le conseil des ministres du gouvernement Martens constate alors que le roi est « dans l'impossibilité de régner » ce qui permet de sanctionner la loi avant que les chambres réunies du parlement ne rétablissent le roi dans ses fonctions le 5 avril 1990. Le Roi venait de créer un dangereux précédent en faisant passer son objection de conscience personnelle avant son devoir constitutionnel de signer des textes de loi votés démocratiquement par les deux Chambres et voulus par une large majorité du pays. Une fois la loi sanctionnée, la Chambre et le Sénat réunis approuvèrent la proposition pour mettre fin à l'incapacité de régner du Roi, par 245 oui et 93 abstentions.

Petit rappel: L'article 317 du Code pénal français de 1810 déclare que l'avortement est un crime passible de la Cour d'assises. En 1923, il en fait un délit, afin de mieux le poursuivre. En 1942, la loi considère l'avortement comme un crime contre l'État passible de la peine de mort. ( Marie-Louise Giraud et Désiré Pioge sont guillotinés en 1943 pour avoir pratiqué des avortements). Le 29 décembre 1967, la loi Neuwirth autorisant la vente des produits contraceptifs est votée. Jusqu'à 21 ans (la majorité légale à l'époque), une autorisation parentale est nécessaire pour la délivrance de la pilule. Cette loi ne sera appliquée qu'à partir de 1972  à cause de nombreux freinages de l'administration. Publication dans Le Nouvel Observateur du 5 avril 1971 du « Manifeste des 343 salopes » dans lequel 343 femmes (des personnalités du spectacle, de la littérature et de la politique) déclarent avoir avorté. Aucune poursuite n'est engagée par le gouvernement Messmer. En juillet 1971, création de l'association Choisir, par Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir dans le but de défendre les personnes accusées d'avortement. Le 28 juin 1974, l'Assemblée nationale vote le projet de Simone Veil, ministre de la Santé, qui libéralise totalement la contraception. La Sécurité sociale rembourse la pilule. Les mineures ont droit à l'anonymat. Fin novembre 1974, des débats houleux ont lieu à l'Assemblée nationale sur le projet de dépénalisation de l'interruption volontaire de grossesse présenté par Simone Veil. En janvier 1975, la loi Veil est mise en place pour une période de cinq ans et sera reconduite définitivement en novembre 1979. A partir de mars 2001, les infirmières scolaires sont autorisées à délivrer la pilule du lendemain (Norlevo). La loi Aubry de juillet 2001 dépénalise l'avortement, porte à 12 semaines le délai légal de l'IVG et supprime l'autorisation parentale pour les mineures. En décembre 2003 le gouvernement Raffarin repousse la proposition du député Jean-Paul Garraud (UMP) instituant un délit d'interruption involontaire de grossesse.



Publié le 26/10/2011.


Source : Graphivore


Coup de coeur : Triangle rose

Dessinateur de publicité et professeur de dessin, Andreas est homosexuel. Pas une “grande folle” travestie mais un homosexuel discret, joyeux et romantique, dans le Berlin des années 30. Mais la peste brune envahit peu à peu les rues, la cité, les institutions. Des lois sont promulguées. Andreas fait l’expérience de la violence, physique ou morale. On l’envoie en prison du fait de sa préférence sexuelle, puis dans un camp de concentration. Survivant aux mauvais traitements, la libération et l’après-guerre ne lui apporteront pas plus de repos. Fait prisonnier de droit commun, un nouveau combat s’engage pour sa réhabilitation. Ce combat, qui semble perdu d’avance, se gagnera par la résignation et la trahison de son identité. Comme beaucoup d’autres homosexuels, il travestira son histoire, se dira « triangle rouge » ; se conformera à la société civile en se mariant avec une lesbienne et éduquera l’enfant qu’elle eut (de force) avec un sous-officiers nazis.

 

 


Un sujet encore jugé délicat abordé par Michel Dufranne, Maza, et Christian Lerolle : le sort des déportés homosexuels lors de la Seconde Guerre mondiale. Une bande dessinée historique & pédagogique. Sans grand discours et au fil d’une intrigue efficace, on y apprend que les homosexuels vivaient, à Berlin du moins, sans trop de soucis avant l’accession au pouvoir des nazis.

Félicitations aux auteurs et aux éditions Quadrants d’avoir accompli ce devoir de mémoire, avec un récit accessible au plus grand nombre de lecteur, porté par un dessin aux tons sépias empreint d’une sincérité profonde.

Une note maximale pour un livre qui a osé et dont les ventes ne sont pas le premier objectif !

Le triangle rose était dans l'univers concentrationnaire nazi le symbole utilisé pour "marquer" les homosexuels masculins. La déportation des homosexuels par les nazis s'inscrivait dans une logique de répression des "indésirables" (asociaux, criminels, ...)  Étaient généralement déportés les homosexuels condamnés pénalement deux fois, dont une fois au moins au titre du paragraphe 175. La mémoire de la déportation homosexuelle est assez récente. Le 25 septembre 2010, une plaque en mémoire des "victimes de la barbarie nazie, déportées pour motif d'homosexualité" a été inaugurée dans le camp du Struthof (Alsace).  Ailleurs dans le monde, des plaques ou monuments rappellent la déportation des homosexuels par les nazis. On peut citer les villes d'Amsterdam, Berlin, Bologne, La Haye, Francfort, Cologne, Anchorage, Sydney, San Francisco et Montevideo. Le dernier survivant connu de cette déportation était Rudolf Brazda qui fut déporté presque trois ans à Buchenwald, faisant suite à deux condamnations au titre du paragraphe 175. Il décède le 3 aout 2011 à l'âge de 98 ans.
L'article 175 du Code pénal allemand a condamner l'homosexualité masculine entre 1871 et 1994. « La fornication contre nature, pratiquée entre personnes de sexe masculin ou entre gens et animaux, est punie de prison. » C'est au nom de ce paragraphe que plusieurs dizaines de milliers d'homosexuels ont été arrêtés et envoyés dans les camps de concentration sous le régime nazi subissant un taux de mortalité des plus élevés parmi les catégories de prisonniers, avec celui des Juifs. Le même paragraphe a également permis avant 1933 et jusqu'aux années 1970 de poursuivre les homosexuels devant la justice. Les déportés homosexuels ne bénéficièrent pas de la compassion ou de la culpabilité des populations après la découverte des camps et continuèrent à subir la réprobation sociale. Le paragraphe 175 ne fut modifié qu'en 1969, l'homosexualité cessa d'être un motif d'emprisonnement, et fut finalement abrogé en 1994 dans l’Allemagne réunifiée (mais en 1988 dans l’ex-RDA). Traduit en France sous l’article 331 du Code pénal dans le régime de Vichy, il ne sera supprimé qu’en 1982 !

 

Niala S.

 

Triangle Rose, Quadrants, sortit le 17 octobre, 144 pages, 17 €



Publié le 18/10/2011.


Source : Graphivore


Coup de coeur du Brüsel

Ce one-shot ne fera pas scandale comme ce fut le cas pour l'histoire dont il s'inspire et qu'avait écrite Eugène Sue en 1831, mais gageons qu'elle fera beaucoup parler d'elle.
La première chose qui frappe, c'est le dessin. Quand on n'arrive pas à en imaginer un autre pour mettre en scène un récit et porter des personnages, c'est qu'il est vraiment costaud.
Atar Gull, l'esclave arraché à sa terre pour être vendu en Jamaïque, crève littéralement la page. Comme un acteur, l'écran. Il a une de ses présences, waouh!! Mais il n'est pas le seul. Le pirate Brulart est terrifiant. La rencontre entre ces deux là, dans la cale du Brick la Catherine, est un grand moment. Une autre scène se révélera, elle aussi, fondatrice et déterminera la suite: celle de la découverte du cadavre du père, le chef de la tribu des Petits Namaquas, pendu à un arbre sur ordre de son propriétaire: Tom Will.
A partir de ce terrible moment, Atar Gull le devient, acteur. Dans le sens où il va faire semblant et, peu à peu, d'une façon qui fait froid dans le dos, gagner la confiance du planteur et de sa famille.
Mais Atar Gull n'a qu'un maître: la vengeance, à qui il sacrifiera tout, devenant davantage son esclave que celui de l'homme blanc. Il n'y a évidement pas que le dessin, la couleur et les cadrages. La tension, tout au long de ce récit, est palpable. Le rythme soutenu et les dialogues, impeccables. A la fin, la gorge se sert. On a dû mal à avaler. On se surprend même à essuyer la larme qu'Atar Gull, enfant, s'était interdit de verser.

Corine Jamar

Atar Gull ou le destin d'un esclave modèle
par Brüno et Nury
Editions Dargaud



Publié le 14/10/2011.


Source : Graphivore


Le coup de coeur du Brüsel, la belle image

Qui n'a jamais rêvé de changer de tête, d'apparence? Pour un mieux s'entend. Raoul Cérusier s'éteint chaque jour davantage du dépit de ne pas plaire, de ne pas susciter l'envie ou la passion dans les yeux de ses semblables. Il est pourtant marié à une fort jolie femme, a de superbes enfants et une situation confortable. Oh!, il ne cherche pas l'aventure, ou plutôt il n'en n'a pas le courage. Vu sa tête, il sait que ce serait simulé, arrangé. Ce qu'il veut, c'est de l'amour, du vrai. Du torride, de l'irraisonné.

Un jour qu'il fait la file à un guichet, le rond de cuir ne le reconnaît pas, malgré son courroux. De qui se moque t'on? Il est Raoul Cérusier et n'aime pas qu'on se paie sa tête!

Mais celle-ci a bel et bien changé, pas son apparence ni sa voix, mais son visage est devenu...beau et attirant.

Bonin adapte un superbe récit de Marcel Aymé qui propose une subtile réflexion sur la véritable personnalité, sur les envies, les attentes.

A votre avis, que va faire Raoul de ce nouveau costume si seyant?

 



Publié le 10/06/2011.


Source : Reynold Leclerc


Le coup de coeur du Brüsel,

Kampuchéa Démocratique. Cela, le pays le doit à ces soldats habillés de noir de la tête au pied et dont le nom ne fait pas le moine puisqu'ils se nomment: Khmers rouges. "Habitants de Phnom Penh", annoncent-ils à la radio, "notre capitale vient d'être libérée par nos vaillantes et victorieuses forces armées". En fait de libération, la ville est surtout évacuée. Vidée de ses habitants qui seront ensuite regroupés selon leur classe sociale, leur métier, leur passé, leur identité.


A gauche, les anciens fonctionnaires de l'état, les médecins, les ingénieurs, les intellectuels, en un mot les bourgeois, qui se feront massacrer sur le bateau, en plein milieu de la traversée. Khim, sa femme Lina qui vient de mettre au monde un bébé, sa famille et des amis devaient en faire partie. Ils seront sauvés in-extremis par un ancien employé de la fabrique de glace dont Kongcha était le patron.
A droite, ceux qui auront l'insigne honneur de participer à la reconstruction du pays pour autant, bien sûr, qu'ils obéissent scrupuleusement aux ordres. Et à condition, selon le vieil adage, qu'ils "plantent du Kapokier et du palmier autour de la maison" c'est-à-dire: qu'ils ne voient rien, n'entendent rien et ne disent rien.
L'auteur a décidé de faire exactement le contraire en racontant la tragédie qu'a vécu sa famille l'année de la prise de pouvoir des Khmers rouges, l'année du lièvre… Dans ce témoignage sobre, qui va à l'essentiel, il retrace cette première année passée sous la botte d'Angkar, l'organisation qui s'est donné pour mission de réformer la société à coups de mauvais traitements, d'exécutions sommaires, de travaux forcés, de privations et de camps de la mort. Mais le premier volet de cette apocalypse Khmère (d'après le titre du récit de Somanos Sar, paru aux éditions Jean Picollec en 2003 et consacré au même sujet) s'arrête page 120, devant un poste frontière et un Khmer qui pointe sur eux sa mitraillette en les sommant de le suivre. "Ne vous inquiétez pas", le titre du tome 2, sonne comme une menace…

Corine Jamar



Publié le 07/05/2011.


Source : Graphivore


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