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Troukens et Bardet, forbans moderne de la BD : « La belle image du bandit d’honneur, c’est de la théorie; quand vous glissez une balle dans un pistolet, il y a inévitablement l’idée de tuer ! »

Saint Nicolas n’a peut-être plus de crosse (du moins en Belgique, selon un débat stérile) mais il a les armes pour se venger. Saint Nicolas, cette année, c’est un peu François Troukens, ancien gangster réconcilié en raconteur d’histoire ne manquant ni d’ampleur ni d’ambition. Ce 6 décembre, en Belgique, mais aussi en France, sort Tueurs, un film de braqueurs très contemporain et filant à toute allure sur le ring de Bruxelles mais aussi d’un cinéma franco-belge qui ne voit plus souvent ça. Avant de découvrir ce film, dans la même veine qui laisse gicler l’encre à profusion (plutôt que le sang, le moins possible en tout cas), François Troukens forme un tandem éblouissant de noirceur mais aussi de poésie avec Alain Bardet pour Truand, un roman graphique nerveux, avec un look de story-board (mais n’ayant rien à voir avec le film précité) et une efficacité redoutable. Nous avons rencontré ces deux nouveaux as du casse graphique !

(Photos de une signées Aline Fournier et Gaëtan Chekaiban)

 

 

 

 

 

 

 

© François Troukens/Alain Bardet chez Le Lombard

 

Bonjour Alain, bonjour François. Après Caïds, avant Tueurs, vous signez Forbans. Les méthodes de tout ce petit monde sont parfois expéditives, comme vos titres !

François : C’est vrai que je ne m’en étais pas rendu compte mais un seul mot suffit. Cela dit, au départ, mon titre était plus long. Le mot Forban était déjà présent et il est resté, je suis un fan de Surcouf. Je trouve qu’un mot en plus, ça fragilise les choses.

Alain, vous êtes Suisse, François, vous êtes Belge, comment vous êtes-vous rencontré ?

François : Mon histoire avait d’abord été signée chez Dupuis. Alain était en attente d’un projet chez Le Lombard où il avait été repéré par un éditeur mais ses essais n’avaient pas convaincu Dupuis, sans doute plus commercial et pas forcément enclin à voir une histoire en noir et blanc, très artistique et tenant finalement plus du storyboard. C’était plus dans la démarche du Lombard qui a récupéré le projet, étant dans le même groupe que Dupuis. Il suffisait de monter un étage.

Alain : Je suis très versatile dans mes styles. Je fais de l’illustration, de la peinture, je ne me mets aucune barrière mais je ne veux pas gratter à toutes les portes pour trouver un projet.

Cela dit, ce projet-ci est plutôt bien tombé. Je suis un grand fan des univers de gangsters, c’était du pain béni renforcé par le côté poétique donné par François.

Alors, du coup, on ne s’étonnera pas de retrouver Lino Ventura dans les traits d’un de vos personnages !

Alain : Je ne peux pas le cacher, c’est une de mes inspirations.

 

 

 

 

 

© François Troukens/Alain Bardet chez Le Lombard

 

Vous, François, on vous voit à l’école du crime, d’abord dans les lectures de certains gangsters qui vous ont précédé. Qui étaient-ils ?

François : François Besse qui a écrit « Je suis un bandit d’honneur ». J’étais fasciné par ce type de personnage, plus discret que Mesrine, qui dénonçait la violence. Je voyais en lui le côté « bandit social », d’extrême gauche. Puis, je lisais les romans de Borniche. Au cinéma, c’était Melville, Sautet. Les Simenon, aussi.

Vous écrivez mais vous dessinez aussi ! Vous avez pensé à faire vous-même la partie graphique de cet album ?

François : Je suis plus un homme de plume, porté par l’amour des mots, je n’ai pas le talent d’Alain. J’ai énormément lu. J’ai grandi dans une famille qui avait enlevé la télévision. Quand j’étais petit, je noircissais des carnets. J’avais 10-12 ans quand j’ai écrit mon premier roman. J’ai fait un écart, pour rentrer dans la peau du hors-la-loi. Ce monde me fascinait et je devais trouver une justification à faire ça. J’ai choisi l’exclusion volontaire, j’ai traversé le miroir pour toucher du doigt cette réalité qui faisait peur à d’autres.

 

 

 

 

 

© François Troukens/Alain Bardet chez Le Lombard

 

Quelle était votre conception du hors-la-loi ?

François : Comme un corsaire, on y revient, qui peut attaquer qui il veut, ces salauds d’Anglais qui pillent sans vergogne. À la réflexion, je me suis rendu compte que j’étais dans le faux, je suis revenu à la vie. C’est très difficile de vivre et rattraper ses fantasmes. C’était l’aventure pour la liberté. Se faire tuer ou tuer. Mais moi, je ne voulais pas tuer, c’était la limite à ne pas franchir.

 

 

 

 

 

© François Troukens/Alain Bardet chez Le Lombard

 

Pourtant, il est bien dur de ne pas la franchir !

François : C’est une utopie. À partir du moment où on glisse une balle dans un pistolet, c’est pour tuer ! Quand on met un couteau en poche. Ne dit-on prendre les armes ? Inconsciemment, je devais avoir accepté ça même si je m’y refusais. Oui, il y avait ce risque de tuer un innocent. La belle image du bandit d’honneur, ce n’était que de la théorie. Et quand bien même, les gens qui se font braquer n’ont pas conscience que vous ne voulez pas les tuer. Mais la violence extrême a une force de fascination. Le panache de Lino Ventura, De Niro dans Heat qui est limite plus droit que le policier campé par Al Pacino. Il ne boit pas, il est dans la gestion, a des règles morales. C’est ça aussi être un voyou. Ce sont des gens qui s’octroient des droits et beaucoup n’aiment pas ça.

Alain : Le code d’honneur qu’on prête à Franck dans l’album, il était primordial de le respecter. Il y a un travail instinctif en amont. Des discussions se sont mises en place. Mais la liberté était importante. Je pouvais créer ce que je voulais.

 

 

 

 

© François Troukens/Alain Bardet chez Le Lombard

 

François : En fait, les gens transgressent la loi depuis la nuit des temps. Lisez Homère. Forban, c’est une tranche de vie, un reflet dans la glace, un échantillon pour analyser la vie à un moment bien précis. Le polar, c’est ça, un moyen de raconter de l’intérieur une vie qui va changer, des gens transpercés par ce qu’il va se passer.

Cette BD, elle est très cinématographique d’ailleurs, non ?

François : Alain joue et rend tout ça très vivant.

 

 

 

 

© François Troukens/Alain Bardet chez Le Lombard

 

Avec une voix off omniprésente.

François : Elle était importante, et Alain a bien joué le coup pour que cette voix ne raconte pas l’image, que l’image raconte autre chose. Ce qu’on voit n’est pas ce qu’on lit. Alain a aussi transmis un côté nerveux, il casse le code mais use d’une perspective parfaite, il brise les angles mais rend tout ça rond. Cette voix off, elle était nécessaire pour comprendre le personnage qui a tout pour réussir mais décide de s’exclure de manière volontaire. La voix off, c’est un processus très littéraire, chez Hugo, Céline, Eden ou Gray. Mais elle est aussi très utile au polar qui est très silencieux, elle permet de raconter une poésie hors du dessin.

Finalement, Forban n’est pas une autobiographie mais il y a pas mal de vous quand même. Et si on jouait aux jeux des différences.

François : Si j’ai des capacités artistiques, je ne suis pas musicien, la trompette (ndlr. qui donne l’une des plus belles séquences de cet album, soit dit en passant). Mais j’ai failli faire le conservatoire ! Mais j’ai voulu me distancier, Franck ne me ressemble absolument pas, il véhicule une certaine tristesse Et Alain a bien réussi à alterner des planches plus tristes et d’autres plus joyeuses. Après, la fiction est plus intéressante pour raconter le grand banditisme.

Qui est ?

François : Ce n’est pas la banlieue, ça n’a rien à voir avec les Kaïra. C’est un panache qui alterne les personnages, qu’ils soient Delon ou Ventura. C’est aussi un carnet d’adresses, comme ceux de Francis le Belge ou Marcel Habran qui était coutumier de rencontres avec des grands de ce monde.

Avec ce paradoxe qui embarque l’album dans une autre dimension : et si on nous avait laissés commettre nos braquages ? Notamment pour abolir le cash et amener tout le monde à utiliser sa carte de crédit. Et c’est, plus loin, l’obsession de votre film aussi !

François : À l’époque, il devait y avoir une attaque par semaine. Et oui forcément, on se dit quand les coups sont trop faciles, que la police n’a peut-être pas tout tenté pour nous arrêter, que cela arrangeait bien certain. Et si on nous avait laissé quelques libertés pour créer un climat anxiogène et détourné les gens du cash pour privilégier le cash. Cela ne pouvait-il pas être du racket organisé par les cartels ?

Après, encore aujourd’hui, la camaraderie et l’injustice sont potes. Regardez Nethys, ceux qui ont accepté de se taire en touchant du fric au conseil d’administration ou ailleurs.

 

 

 

 

© François Troukens/Alain Bardet chez Le Lombard

 

Venons-en à Franck, alors, s’il n’est pas exactement comme vous ?

François : C’est un peu un fantasme imaginaire, un Robin des bois. Il a envie d’une répartition plus juste, de dénoncer certaines pratiques. Il rêve de transparence.

Et finalement, après sa vie de bandit, il va à nouveau passer de l’autre côté du miroir.

François : Je déteste le mot « repenti », la « réinsertion ». À cela, je préfère la réconciliation. Aujourd’hui, je veux devenir acteur, par ma plume, poser des actes, amener le débat par mon expérience et éveiller les consciences.

Avec Tueurs, je montre le processus qui mène à la création d’un ennemi public. Et les journalistes n’y sont pas étrangers. C’est une réflexion sur l’instrumentalisation.

Alain, vous avez réagi comment quand vous vous êtes dit que vous alliez rencontrer un bandit et peut-être même collaborer avec lui ?

Alain : François m’a tout de suite mis à l’aise. Pourquoi le passif poserait-il problème. Ce n’était pas un gangster que je rencontrais mais un homme de valeurs, de beaucoup de valeurs.

Quelles sont vos influences, finalement ?

Alain : La BD franco-belge mais surtout la BD en anglais, les comics de Sienkiewicz, McKean, Kent Williams. J’aime avoir une grande liberté de mouvement, passer de la planche à la peinture.

 

 

 

 

© Alain Bardet

 

François : Alain s’est élevé à briser son style. Forban, c’était une carte blanche. J’ai évolué après l’avoir rencontré, j’ai scénarisé en fonction de son dessin, avec un découpage plus à l’aise : j’avais trouvé un super-chef op’ ! Ça a pris du temps, le dessinateur était suisse (ils rient) mais on a fait ce qu’on voulait. Pas pour être médiatique, ce n’est d’ailleurs pas le genre de format qui marche le mieux, mais pour porter au mieux l’histoire, avec des traits poétiques.

En 2013 et 2014, j’ai dû retourner en prison, (ndlr. en vue de ses projets, il avait côtoyé d’anciens détenus, comme Joey Starr, ce qui était interdit parmi les conditions de sa libération). L’éditeur venait me voir, je lui passais mon scénario pour Alain. J’ai retravaillé la scène de prison depuis ma cellule, d’ailleurs. Alain, il joue le personnage, il lui rend la vie et crée son univers tout en l’harmonisant avec le texte.

Alain : Entre 2012 et 2017, j’ai trouvé mon style, j’ai fini par le prendre comme il était. Les dernières planches sont plus vives.

 

 

 

 

© François Troukens/Alain Bardet chez Le Lombard

 

Et la suite ?

François : On a envie d’y retourner ! Peut-être avec des couleurs. Mais aucune envie d’être élitiste. J’écris beaucoup plus naturellement. Un mot ou rien peuvent suffire. Il ne faut pas écrire pour dire : « hey, regardez, j’existe ». Non, il faut servir l’oeuvre.

Travailler avec Olivier Gourmet sur Tueurs a également été une expérience très riche. Face aux pages de dialogues prévues, il a pris son stylo et a commencé à élaguer. « Ça, je ne dis pas ». J’étais en stress, je le voyais réduire son texte à peau de chagrin. Je me disais : « Ah merde, il enlève tout ça! » Mais il faut arriver à s’effacer. D’autant plus qu’au final, il avait raison ! Au montage, je suis même permis de couper certains passages pour ne garder parfois qu’un regard, raconter le dialogue dans l’oeil ou la gestuelle. C’est génial si un dialogue peut exister dans le silence. On se raconte plein de choses, on s’invente sans besoin de 10 lignes chiantes et non-nécessaire.
L’affiche du film de François Troukens et Jean-François Hensgens dessinée par Alain Bardet

Et vous Alain, vous faites l’acteur ?

Alain : En tout as, je me joue les scènes afin de choisir les angles les plus judicieux, j’utilise des références, des photos.

François : Il n’est venu qu’une fois à Bruxelles et ça ne se voit pas. Comme pour dessiner le trompettiste, l’embouchure. Alain, il est chef-op et comédien à la fois, ce qu’il fait c’est du spectacle vivant.

 

 

 

 

© François Troukens/Alain Bardet chez Le Lombard

 

 

Le spectacle, il a été plus fort que le braquage ?

François : Je suis fasciné par le spectacle. J’ai trempé dans un univers tellement noir : l’artistique, c’est magique. Je n’ai pas eu une expérience de vie qui le favorise. Le monde des arts, pour moi, c’est le haut de la pyramide. Et ce n’est pas évident d’y trouver sa place, il n’y a qu’un seul Hugo, qu’un seul Mozart. Finalement, comme la famille, l’art a été le plus fort pour matérialiser ce que j’avais volé.

Au fond, je rêve d’avoir une petite ferme, deux-trois vignes, un cerisier… une chambre de bonne à Paris pour profiter des spectacles. Une vie simple. En fait, l’argent ne rend jamais heureux. Je préfère l’associatif qui est concret et nourrit la vie. Après, je n’ai pas envie d’utiliser le grand banditisme pour faire de l’argent médiatique.

 

 

 

 

© François Troukens/Alain Bardet chez Le Lombard

 

Toujours ce goût pour la provoc et dénoncer ce qui ne va pas, donc ?

François : Quand on a eu le premier financement pour le film, avec une pointe d’humour cynique, j’avais cliqué qu’on avait réussi le casse du siècle. Bon, certains ont dit que j’aurais dû m’abstenir. Mais la vérité était là : c’était mon plus beau butin.

Et on vous en souhaite beaucoup des butins comme celui-là ! Merci à tous les deux et bonne continuation.

 

Propos recueillis par Alexis Seny

 

Titre : Forban

Récit complet

Scénario : François Troukens

Dessin : Alain Bardet

Noir et blanc

Genre : Polar, Thriller

Éditeur : Le Lombard

Nbre de pages : 112

Prix : 17,95€



Publié le 05/12/2017.


Source : Bd-best


Dans ma hotte de Noël, il y a…  Episode 1 : Une fresque historique  Mattéo 4 – 4ème époque

« - Alors, maintenant qu’on n’a plus que des copains dans cette ville, on va pouvoir proposer notre bonne volonté combattive…

-          On est venus pour se battre, on est bien d’accord… Contre qui, c’est facile, mais avec qui ? Socialistes, communistes, anarchistes ?

-          Personnellement, après ma petite expérience de 17, j’élimine les bolcheviks.

-          Mais ce ne sont pas les mêmes, ici…

-          Ah, parce que tu crois que c’est une question de géographie ? Pourquoi pas de climat tant que tu y es ? Les communistes veulent tout partager, sauf le pouvoir…

-          Un peu comme toi avec le blanc… »

 

1936 : Mattéo et ses compagnons sont en Espagne. A Barcelone, ils s’engagent auprès des combattants. Mais Roberto et Mattéo n’ont pas les mêmes opinions politiques. Amélie choisit de suivre ce dernier dans un idéal anarchiste. Combattre pour qui ? Combattre pour quoi ? A cette heure, l’action précède la réflexion. Après tout, du moment que l’on fait la révolution.

 

 

 

 

 

 

C’est une fresque historique que nous propose Gibrat. A travers l’histoire de Mattéo, l’Histoire s’écrit sous les yeux du lecteur. L’originalité est que cela ne se fait pas autour d’un événement ou d’un lieu, mais par le biais d’un voyageur, qui, refusant de rester spectateur des aventures d’un siècle, choisit de prendre son destin en mains et d’assumer des choix.

 

            Gibrat est un des meilleurs dessinateur réaliste contemporain. Les décors nous entraînent dans l’Europe du milieu XXème. Ses personnages féminins se ressemblent ? Et alors ? Elles sont si belles…

 

 

 

 

 

Gibrat est le maître de la couleur directe. Pour autant, il ne privilégie pas l’esthétisme, mais la vitalité, grâce aux coups de crayons qui restent apparents sous des tons divers. Et personne mieux que lui ne peut représenter ombres et lumières sous le chaud soleil catalan.

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

Série : Mattéo

Tome : 4 – 4ème époque (août-septembre 1936)

Genre : Histoire

Scénario, Dessins & Couleurs : Gibrat

Éditeur : Futuropolis

Nombre de pages : 60

Prix : 17 €



Publié le 05/12/2017.


Source : Bd-best


Le théatre « Le Quai » héberge la nouvelle cuvée du Festival Anger BD

19ème édition organisée par l'association Angers-BD

Au programme : Expositions, animations, conférences, jeux et séances de décicaces.

Auteurs invités :

A'DN, Bazot, Béchu, Benoit, Calmejane, Ceyles, Chamblain, Cornette, Dav-Augereau, De Vincenzi, Despujol, Dimat, Djet, Du Peloux, Farace, Forton, Froissard, Gaignard, Hoyas Christophe et Rodolphe, Iris, Ivars, Juszezak, Krystel, Le Bihan, Le Bras, Le Roux, Lupatelli, Lyfoung, Martin, Moca, Monier, Moretti, Neyestani, Ogaki, Pieri, Police, Pujol, Quin, Renier, Richemond, Sanoe, Sejourné, Supiot, Tenuta, Theo, Thibert, Torrents, Vallee, Vandaële, Vanyda, Vieillard, Wagner

Entrée : 5€, passeport pour deux jours à 7€ et gratuit pour les moins de 12 ans.

Horaires : Samedi de 10h à 18h30 et Dimanche de 10h à 18h30

Lieu : Théatre Le Quai - Cale de la Savatte

Contact : Jean-Michel Expert par mail j.m.expert@wanadoo.fr

Web : angersbd.fr


Pays : France

Date de l'événement : du 09/12/2017 au 10/12/2017.

Publié le 04/12/2017.


Source : Bd-best


Jean Bastide et Christophe Cazenove mettent Boule et Bill en musique : « Chez Roba, chaque élément est à sa place, tout est codé jusqu’aux brins d’herbe »

Il y a des heureuses coïncidences. Ce jour-là en amenait une sacrée et plaisante. Alors que je devais les rencontrer quatre heures plus tard à Bruxelles, c’est sur le quai de la gare de Gembloux que j’ai rencontré Christophe Cazenove et Jean Bastide. Leur accent du sud réchauffait l’atmosphère d’un hiver en avance et les deux comparses venaient de mettre plein d’étoiles dans les yeux d’élèves d’une classe de primaire. Des étoiles comme sans doute ils en ont eux quand on leur a proposé de présider au destin de deux fameux héros bientôt sexagénaires. Pourtant le temps n’a filé aucune ride à Boule et Bill. Ils sont intemporels et, prenant le temps d’un voyage en train, nous en avons longuement discuté.

 

 

 

 

 

 

 

© Cazenove/Bastide/Perdriset chez Dargaud

 

Bonjour à tous les deux. Si je comprends bien, vous sortez tout juste d’une classe primaire de Gembloux.

Christophe : C’était bien et sympa, les enfants étaient vraiment mignons.

Jean : Un super esprit.

Christophe : On a expliqué comment on travaillait, ils ont pu poser leurs questions. Des questions mignonnes d’enfants, d’autres plus axées sur le travail des auteurs en lui-même. Sur le dessin. Des questions assez pertinentes sur comment Jean fait, comment on apprend à dessiner.

 

 

 

 

© Cazenove/Bastide

 

Tous connaissaient Boule et Bill ?

Jean : Oui, ils étaient assez concernés et impliqués.

Christophe : Sous la menace, ils ont du s’y mettre (il rit). On est rentré dans la classe, tous les albums étaient mis sur le pupitre, c’était très touchant.

Jean : C’est marrant de voir une série comme Boule et Bill transcender les générations. Ça fait des années, des décennies que ça dure et ce n’est pas près de s’arrêter. Tant mieux. Il y en a un qui nous a demandé si on nous reconnaissait dans la rue. C’était mignon mais… comment dire… non !

Christophe : Je devrais peut-être m’habiller avec une salopette bleue, remarque !

 

 

 

 

© Cazenove/Bastide/Perdriset chez Dargaud

 

Justement, c’est votre deuxième album en compagnie de ces deux héros mythiques. Mais comment vous sont-ils arrivés dans les mains ?

Jean : Grâce à Pauline Mermet, directrice de collection chez Dargaud et notamment de la série Boule et Bill. Elle a contacté Christophe, d’abord.

Christophe : Elle avait apprécié une autre de mes séries et avait un univers à me proposer. On s’est donné rendez-vous à Angoulême en 2015. J’ai été la voir en sachant pertinemment que je refuserais ce qu’elle me proposerait. Je me sentais bien chez mon éditeur et n’étais pas tenté d’aller faire une création ailleurs. Mais je ne m’attendais pas du tout à cette proposition. J’ai dit oui tout de suite. Une semaine après, j’envoyais dix découpages pour voir si ce que je proposais pouvait convenir. Et on a ensuite cherché un dessinateur.

 

 

 

 

© Cazenove/Bastide

 

Après quelques essais avec des dessinateurs humour que je connaissais, Pauline a eu le flair de se tourner vers Jean qui n’était pas du tout dans cet univers.

Jean : Apparemment, Philippe Ostermann avait également pensé à moi. Encore aujourd’hui, vu tout ce que j’avais fait auparavant, je me demande comment ça a bien pu leur venir à l’esprit.

Christophe : Je lui avais demandé et elle m’avait répondu que par rapport à tes précédents albums, tu avais la capacité à changer de style. De mon côté, ce que j’ai pu remarquer avec les dessinateurs humoristiques que je connais, c’est qu’ils ont un dessin très propre. Philippe Larbier, s’il fait Boule et Bill, ils auront l’air crétin; avec William, des Sisters, Bill aurait l’air trop sérieux. Un dessinateur humoristique a toujours un style très personnel. Le dessin humour oblige à caractériser très fort.

Jean : J’ai du reprendre d’une page blanche, j’ai du réapprendre. C’est plus facile, je pense, qu’un dessinateur humoristique qui a déjà ses propres codes. Ainsi, j’ai pu m’approcher du trait de Roba, ce qui était la volonté de Madame Roba, assez vindicative à ce propos. Comme l’a fait Laurent Verron qui était très proche au début avant de se distancier un peu. C’est le cahier des charges.

 

 

 

 

© Cazenove/Bastide/Perdriset chez Dargaud

 

Mais n’est-ce pas un peu frustrant ?

Jean : En fait, non. Je le prends comme un exercice. C’est formidable d’avoir un tel maître pour t’apprendre à dessiner. Il est décédé, malheureusement, mais j’ai eu la chance d’avoir accès à toute sa production, avec des scans d’excellente définition. J’arrive ainsi à comprendre comment il s’y prenait, comment il tenait sa plume, son attaque. Ça me fait énormément progresser. C’est une opportunité, en plus je suis payé pour progresser. (rire)

C’est ce qu’on voit avec Astérix repris par Conrad, on sent avec son troisième album qu’il se dégage de l' »emprise graphique » d’Uderzo. Ça pourrait vous arriver ?

Jean : C’est particulier, Uderzo est encore vivant et ça doit être très compliqué de reprendre un monument sous l’oeil de son auteur.

Christophe : Et le naturel peut revenir au galop. On peut se forcer à le chasser sur un album puis…

Jean : Chaque fois que je fais une page, j’ai toujours quelques planches de Roba à côté pour éduquer mon oeil. Pour être sur une espèce de rail. Parce qu’on peut très vite dévier. On a tous des tics graphiques. Il faut s’obliger à rester dans la ligne, c’est le jeu, ça fait partie des efforts à fournir. Après, si j’ai la chance d’en faire dix, ça évoluera peut-être.

 

 

 

 

© Cazenove/Bastide/Perdriset chez Dargaud

 

Mais j’y trouve mon compte dans cet exercice. L’analyse scrupuleuse du trait, c’est intéressant. Je n’ai aucun problème.

En disant oui tout de suite ?

Jean : Ah, oui… enfin pour l’essai. Rien ne disait que j’allais le réussir. Christophe, toi, tu as été engagé direct ?

Christophe : Quand j’ai dit oui à Angoulême, je voulais très vite envoyé mes découpages, ne pas leur faire perdre de temps. Après, Pauline m’a dit oui assez rapidement. Mais, on n’a pas le même rapport avec cette série. Moi, je la lis depuis que je suis gamin. C’est un rêve, c’est spéc’ et curieux de se retrouver derrière les personnages avec lesquels j’ai grandi.

 

 

 

 

© Jean Bastide

 

Jean : Tandis que moi, ce n’est pas ma culture. Je ne suis pas issu de cette BD-là. Si je connaissais Boule et Bill, je ne suis pas sûr d’en avoir lu quand j’étais gamin. Ou très peu. Moi, j’étais plutôt dans le manga, rien à voir. Et ce que j’ai fait après, ça n’avait rien à voir non plus avec Dragon Ball.

Après, je fais partie d’une génération de dessinateurs qui a tout de suite dû être performante. On ne peut pas tout apprendre en un coup. Nous devions être d’abord des techniciens avant d’être des créateurs d’univers, d’histoires. Du coup, sur le tard, on développe sa propre patte. Alors que les Franquin et les autres avaient des magazines sur lesquels compter et des dizaines d’années pour façonner leur style, sans l’obligation d’arriver à faire un truc qui tuait tout de suite. Étant donné le nombre que nous sommes aujourd’hui, ça égraine, il n’y a que les meilleurs qui sont pris. Tout est trop axé sur l’aspect technique et ça a tendance à asservir le contenu. Des albums sont souvent bien dessinés sans pour autant incarner et raconter quelque chose. Nous sommes des dessinateurs-caméléon.

Christophe : Pour moi, il y a eu deux bonnes surprises. Boule et Bill, d’abord. Puis le suivi de l’éditeur. Comme je changeais d’éditeur pour cette série, je ne savais pas comment ça allait se passer. Je pensais que comme nous étions dans le domaine du patrimoine, tout serait très directif. J’ai eu mon petit cahier des charges, Pauline m’a demandé d’axer les gags sur les parents-Bill-Boule-Pouf-Noisette-Caroline… et c’est exactement ce qui me plaisait. À part ça, on montre les pages, on a des retours, tout se passe agréablement bien.

 

 

 

 

© Cazenove/Bastide/Perdriset chez Dargaud

 

Paul : C’est un métier dans lequel le facteur humain importe beaucoup. On serait tombé sur une autre personne, ça ne se serait peut-être pas passé ainsi.

Christophe : Je connais des personnes qui ont fait des reprises, qui sont partis dans une belle aventure pour qu’au final, ça se passe mal. À tel point que ça devient difficile pour l’auteur de travailler sur quelque chose que… pourtant il aime.

Justement, par rapport au cahier des charges, pas envie d’ajouter des portraits à la galerie ?

Christophe : Non, juste une jeune fille. J’essaie vraiment de rester sur le noyau dur tant que nous n’avons pas besoin de faire venir de nouveaux personnages. Le prochain album sera plus axé sur les chiens. Il y en a beaucoup dans les albums de Roba. Ce sera le thème, amener pas mal de copains chiens. J’adorais ça quand j’étais gamin, ces planches où Bill magouille pour filer des os ou des morceaux de jambons à ses amis. On va essayer de retrouver cet esprit. Il y a pire quand même comme travail que de chercher des gags dans lesquels des animaux font des bêtises.

Et comme Bill réfléchit, comment se met-on dans la tête d’un chien ?

Christophe : Je me sers beaucoup de mon chien, un corniaud qui a du caractère mais pas de race. Comme la première planche de ce tome 37, elle est à l’image de ce que la plupart des chiens font. Je m’allonge sur le canapé, il se met sur moi. Comme je n’arrive pas à lire, je le chasse. Du coup, il se met sur mes pieds, il est collant. Dans mes deux tomes de Boule et Bill, pas mal de choses sont des choses vécues avec mon chien. Toujours dans le tome 37, lors d’une promenade, Bill s’arrête. Impossible de le faire avancer. En fait, il a une petite épine dans la patte. Et c’est quelque chose que mon chien fait souvent. Je dois m’arrêter et soulever ses pattes l’une après l’autre. Souvent, ce n’est rien, ce n’est même pas douloureux mais ça le gêne.

 

 

 

 

© Cazenove/Bastide/Perdriset chez Dargaud

 

Et vous, Jean, vous avez un chien ?

Jean : Non… et je pense que je n’en aurai pas car j’ai déjà deux enfants, c’est du taf (il rit). Je n’ai jamais eu beaucoup d’animaux à la maison. Je n’ai pas la fibre comme Christophe. C’est vrai que ça aurait pu m’aider pour dessiner, pour les postures.

Christophe : Mais tu as tes enfants pour dessiner Boule !

Est-ce plus facile d’animer les humains ou les chiens ?

Jean : Au fil des mes albums, j’ai eu la possibilité de dessiner beaucoup d’humains. Les animaux, je les découvre, c’est un dessin très humoristique, hyper-agréable à faire. Il n’y a pas d’obligation de respecter les proportions. Dans le cadre de l’humour, c’est différent, on peut délirer mais pour dessiner des humains, on doit toujours faire par rapport à ce qu’on connait.

Christophe : Et ils sont super-marrants, ses chiens, il les tient bien !

 

 

 

 

© Cazenove/Bastide/Perdriset chez Dargaud

 

Puis, il y a les oiseaux bleus, Caporal le chat de la voisine…

Christophe : Lui, j’avais presque fini mon tome 1 quand la directrice de collection m’a dit que ce serait bien de faire intervenir Mme Stick et son chat Caporal. Je les avais zappé. Elle m’énervait quand je lisais Boule et Bill, elle était sévère, antipathique, militaire. Et quand j’ai écrit ce premier gag avec elle, je suis reparti dans le passé, je me suis revu petit lecteur de Boule et Bill en train de détester Mme Stick. Pauline m’a aussi demandé de faire un gag juste d’amitié, sans besoin de suite drôle, juste de l’affection. Luce Roba m’a aussi demandé de me rapprocher du parler de Boule et Bill, période Roba. Je me suis demandé comme j’allais faire, j’ai feuilleté les anciens tomes. Je suis à l’écoute des demandes et des conseils de Jean pour orienter mes gags et que ça nous plaise à tous les deux.

Jean : Au fur et à mesure, je relis les albums. Et cette mécanique du gag, Christophe l’a bien comprise. C’est naturel. C’est fluide, sans différence dans la façon de raconter.

Christophe : Après, je ne fais que du jeunesse, ça aide…

Jean : À tel point que ses scénarios, je les reprends tel quels, j’ai besoin de ne rien changer. Ça facilite la vie.

Christophe : Et s’il y a des trucs à changer, ce n’est pas grave, c’est le principe d’une collaboration. Avant Boule et Bill, on ne se connaissait pas, on s’entend bien. Je n’arrive pas à travailler avec quelqu’un avec qui il n’y a pas de contact. Se faire des retours mutuels, c’est la meilleure façon d’avancer. Puis, je demande toujours à Jean les thèmes qui pourraient lui plaire. Comme la pétanque dans notre premier tome, la musique dans le tome 38. Il y avait tellement peu de chance que le boudègue, ce drôle d’instrument qui ressemble à une cornemuse se retrouve sur une couverture de Boule et Bill.

Jean : C’est insensé.

Christophe : Il m’a présenté un de ses amis à Angoulême. Pour une raison qui m’échappe aujourd’hui, il nous a parlé du boudègue, avec sa consonance provençale, et ça a fini en couverture.

Jean : Un concours de circonstance.

Christophe : Il doit exister plus de mille gags de Boule et Bill et, malgré tout, il faut trouver des histoires inexploitées. Le meilleur moyen d’y arriver, c’est de se servir de nos expériences, de regarder autour de nous. Le pire serait de faire un gag déjà fait par Roba. Je les connais tous mais je n’ai pas des pare-feux pour chaque page. Il faut mettre à notre sauce sans que le but soit que ça nous ressemble à nous mais à du Boule et Bill. Mais si on peut renouveler les gags avec des choses qui nous sont personnelles, tant mieux, on le fait.

 

 

 

 

© Cazenove/Bastide/Perdriset chez Dargaud

 

Et pas de barrière entre les personnages, pas de gsm, pas de console…

Christophe : On en avait parlé avec Pauline et on était d’accord. La maman de Boule a une tablette mais pour le reste je ne trouve pas qu’il serait opportun de montrer Boule sur sa console. Ce qui est important dans cette série, c’est la relation entre Boule et Bill, celle qui donne son titre à la série. Et quand on a une relation avec son chien, pas besoin de tablette mais d’une balle. Un principe très simple.

Jean : On évite les marqueurs temporels très forts. Il y a très peu d’intervention avec la technologie, le téléphone, c’est pas plus mal et ça rejoint le fait qu’il y a plein de choses qui ne sont pas dites dans Boule et Bill. On ne sait rien d’eux, pas même leurs prénoms. Ce n’est pas le propos, le propos, c’est cette relation enfant-chien et les personnes qui gravitent.

Christophe : Ce ne serai pas intéressant de dire qu’ils sont dans telle ville. Le papa de Boule, je crois me souvenir qu’il est dans la publicité. La maman, on ne sait pas. Mais c’est vrai qu’elle, j’essaie de ne pas en faire une maman au foyer. Ce qui n’a rien de péjoratif mais j’essaie d’être plus dans l’air du temps.

 

 

 

 

© Christophe Cazenove/Jean Bastide

 

Jean : Moderniser l’image de la femme. Parce que c’est vrai que dans les années 50, c’était très différent, la ménagère et tout cet imaginaire.

Christophe : Dans le nouveau tome, on voit la maman sur sa tablette et le papa qui fait la vaisselle. Ce n’est qu’un détail mais c’est par des détails qu’on y arrive.

Jean : Les habits aussi, on a un peu renouvelé sa garde-robe.

Christophe : Il ne faut pas qu’elle n’ait qu’un rôle décoratif, mais qu’elle ait sa personnalité et que le couple soit moderne. Qu’il y ait des impulsions.

Puis, pas besoin de Wikipédia, il y a des encyclopédies puis le savoir Do-it-yourself (pas forcément concluant) du papa.

Christophe : Le plus important, c’est Boule et son cocker mais il y a de la place pour les autres, pour des interactions. J’aime bien montrer le côté gaffeur du papa mais aussi sa volonté d’apprendre des choses à son fils. Je l’ai toujours vu moins comme un gaffeur que comme un papa très gentil. Avec un gag que j’avais beaucoup aimé, notamment : le jour de son anniversaire, Boule va au grenier et en ramène une antique tenue de son grand-père. Entre-temps, la maman dit au papa : « quoi que ce soit, tu acceptes. » Et avec ce vieux costumes, il part au travail. C’est formidable, c’est un papa en or et généreux.

 

 

 

 

© Cazenove/Bastide/Perdriset chez Dargaud

 

Jean : Aimant.

Christophe : … et qui subit les facéties de Bill.

Jean, si je comprends bien, vous vous étiez tenu éloigné de Boule et Bill. Par quoi avez-vous commencé ?

Jean : La première page d’essai, je l’ai faite avec mes vagues souvenirs. Je n’avais pas d’album sous la main. Ma première page n’était pas folichonne. Mais j’avais le mérite, comme Christophe, d’avoir été assez réactif, dans les quelques jours qui ont suivi. Du coup, Pauline a du se dire que j’étais motivé.

L’important dans ce genre de trait, ce sont tous les petits détails, la façon de faire. Ce que je n’avais pas. J’ai du potasser, apprendre la mécanique. En fait, chez Roba, chaque élément est à sa place, a une forme particulière, tout est codé, même les brins d’herbe, il y a une façon de les faire. C’est dingue. Du coup, j’ai commencé avec les scans qu’on m’a envoyé. J’ai voulu faire en traditionnel sur papier comme lui mais je n’en ai jamais été capable. Il me fallait une vivacité de trait, une technicité au niveau de la plume dont j’étais incapable. Ça m’aurait pris des années. Je suis revenu à l’ordi, j’ai pris les scans de Roba en très haute définition et je me suis fabriqué une palette s’approchant le plus de la plume et ses effets. Ça s’appelle Plume Roba, d’ailleurs.

Je me suis aussi acheté un stylet spécial qui reproduit la rotation là où les stylets Wacom ne réagissent qu’à l’inclinaison et à la pression. Avec ce stylet, je pouvais reproduire exactement la même gestuelle. Du coup, avec ces outils, je pouvais me rapprocher de Roba. J’avais le matériel, si je n’y arrivais pas, c’est que j’étais mauvais. Je me suis donc entraîné. Sur le tome 37, j’ai du batailler, il y a des planches foireuses que j’ai du redessiner.

Christophe : C’est bien aussi, un dessinateur qui n’a pas peur de revenir sur son dessin.

Jean : Il faut être humble, aussi.

Christophe : Mais ce n’est pas le cas de tous.

Jean : Quand ça ne le fait pas, il faut. Je ne permets pas de servir quelque chose qui serait à moitié bien. Et encore, il y a certaines planches du 37 que je suis incapable de regarder. Le 38, ça me convient déjà mieux. Il est plus homogène, plus maîtrisé. Petit à petit. Mais on sent que je suis assez jeune dans ce style de graphisme. C’est une attention de tous les instants à avoir. J’ai toujours deux-trois planches de Roba à côté. La façon de faire des hachures, les grilles optique, c’est bête mais si tu tiens ton stylet d’une certaine façon, tu ne feras pas la même hachure que Roba. Ce ne sera pas assez fin, trop espacé. C’est bête mais c’est toute une série de détails qui participent à un vocabulaire, une écriture. Ça participe à la ressemblance. Sinon autant prendre un bête stylo. C’est pour ça que j’adore faire ça.

 

 

 

 

© Bastide

 

Christophe : C’est vachement pointu l’analyse que tu fais là ! Moi, j’en suis incapable, je suis plus dans le ressenti.

Jean : Moi, si j’avais du faire ça au feeling, ça aurait été pourri. Puis, le dessin et le scénario, c’est différent. Avec le dessin, on ne peut pas tricher.

Christophe qui avale de travers : Ah bon…

Jean (cherchant à se tirer du mauvais pas) : Je ne dis pas que tu triches, hein (rires). Mais tu ne peux pas aller au bluff. C’est exigent, il faut être scrupuleux encore plus sur ce genre de licence. On ne peut pas tenter le diable, se dire qu’ils n’y verront que du feu. Il y a cette impression de facilité avec des scènes courantes… mais c’est bien plus dur que les BD’s réalistes que j’ai pu faire. On pourrait croire, pourtant. Mais non, je n’ai jamais galéré autant que sur ces deux bons vieux Boule et Bill. Tout le monde sait jouer de la flûte à bec mais qui sait bien en jouer ? Pas beaucoup.

 

 

 

 

© Cazenove/Bastide

 

La musique, justement, c’est votre apport. Mais comment représente-t-on la musique en BD, sans le son ?

Jean : C’est très compliqué, il y a les onomatopées, des petites notes de musique. J’ai regardé comment Roba faisait mais il y a très peu d’éléments musicaux dans sa série. C’est assez peu représenté. En général, ce sont des petites portées. Mais, là encore, je n’ai pas pris de liberté, j’ai calqué sa façon de faire sur à peu près tout. Ça me va très bien, il avait tout élaboré, tout est bien tenu, et je ne vois pas spécialement l’utilité de développer des choses. Peut-être que ça viendra mais le style de Roba est parfait. Les années 80-90, il était au sommet de son art, un virtuose. On parle énormément de Franquin et Morris, bizarrement assez peu d’Uderzo et de Roba, mais ils étaient des maîtres, géniaux.

 

 

 

 

© Cazenove/Bastide/Perdriset chez Dargaud

 

En relisant les albums, vous êtes-vous aperçu que vous aviez manqué quelque chose ?

Jean : Ce n’est pas spécialement le type de lecture que j’adore mais il faut reconnaître que c’est ultra-plaisant à lire. C’est haut en couleur, léger. La Guerre des Sambre, pour le coup, c’était ultra-dépressif. On faisait ça dans une cave avec mon collègue, durant nos études en Belgique. Sans fenêtre, ni rien, vraiment dans l’atmosphère. Maintenant, j’ai de grandes fenêtres là où je travaille, c’est différent.

Finalement, comment expliquez-vous, tant au niveau du dessin que du scénario, que Roba et ses deux héros aient traversé les âges et qu’en 2017, ils soient toujours aussi présents ?

Christophe : C’est une famille : le papa, la maman, le chien, le gamin… euh pardon, le gamin et le chien. (il rit) Ça parle à tout le monde, c’est intemporel, sans date. Tout le monde est concerné et peut se repérer même si on n’est pas rouquin et qu’on n’a pas de chien. Au-delà du fait que le dessin de Roba est génial, très attractif. Là où j’ai des difficultés pour imaginer des gags, parce que c’est très quotidien, c’est cet aspect fantastique : tout ce que Bill est capable de faire avec ses oreilles. Quand Bill volait comme un avion grâce à ses oreilles. Ainsi, je lui fais faire le ventilateur.

 

 

 

 

© Cazenove/Bastide/Perdriset pour Spirou/Dupuis

 

Jean : Qu’est-ce qu’elles sont dures à animer les oreilles de Bill. Christophe me fait un crobard, tiens débrouille-toi. Je fais des croquis, c’était pourri, j’ai refait. Roba a tellement fait de Bill qu’il y a un moment donné où je me suis dit : « Ah je pourrais reprendre tel truc ». En fait, Roba avait déjà tout fait !

 

 

 

 

© Cazenove/Bastide/Perdriset chez Dargaud

 

Christophe : Au rayon « compliments », je ne me pose pas de question quand j’écris le scénario, je ne me demande pas si Jean ou un autre va y arriver ou pas. Je pars du principe que oui ! C’est un bon dessinateur. On connait les difficultés de ses dessinateurs, j’y fais attention.
Le découpage d’une planche de Christophe Cazenove

Qui dit Boule et Bill dit forcément dédicaces, quel est votre rapport à elles ?

Christophe : Moi, ça m’a changé mon public. Depuis que je travaille sur Boule et Bill, je n’ai plus seulement que des enfants mais aussi des gens plus âgés qui ont grandi avec ces deux héros, des mamies avec des cockers. Pas mal de personnes ont adopté un cocker grâce à Boule et Bill.

Beaucoup d’auteurs se plaignent aussi qu’une dédicace, aussitôt réalisée, se retrouve vendue avec intérêt sur Ebay et consorts. Et j’imagine qu’avec des héros pareils, on n’est pas à l’abri !

Jean : Intrinsèquement, avec des collectionneurs, ça peut valoir des sous. Le rapport à l’argent confère toujours un côté malsain. Et dès qu’une série devient populaire, il y aura toujours des gens pour tenter de s’en mettre plein les poches sur le dos des gens.

Christophe : Après, c’est quand même une série jeunesse, on a beaucoup d’enfants en festival et pas énormément de chasseurs. Moi, je fais des petits dessins mais ça ne s’est jamais vendu sur Ebay… je ne sais pas pourquoi !

 

 

 

 

Un découpage de Christophe Cazenove

 

Jean : Après, avant Boule et Bill, j’avais fait un tirage de luxe de Notre-Dame, mon adaptation de Notre-Dame de Paris, en grand format et couleurs. Ça coûtait assez cher. Un gars, super-sympa, était venu à BDFugue à Lyon, je m’en souviens très bien. On avait parlé, je m’étais appliqué avec mes aquarelles. Le lendemain, je vois l’album sur Ebay, deux fois plus cher que le prix vente. Et il est parti ! Quel salopard ! En soi, c’est pas illégal mais moralement, c’est pas top ni cool.

Christophe : Je comprends que le problème se pose, c’est dommage.

Jean : Une dédicace, c’est une discussion, un partage. Une signature. Ça n’a pas de valeur en soi, c’est le plaisir de rencontrer la personne. Il m’est déjà arrivé d’avoir en face de mon stand des gens avec quatre ou cinq bouquins sous le bras. « Je vous le laisse, je vais voir untel ». Et il s’étonnait de voir que je n’avais pas dédicacé son bouquin en revenant. Je ne le faisais pas. « Vous ne l’avez pas fait? » « Ben non, vous n’étiez pas là! » Le mec s’excitait presque sur moi. C’est fou. Et ce n’est pas arrivé qu’une fois.

Puis, il y a ceux qui prennent femme et enfant et dispatchent !

Jean : Ohlala, pitié… Ça m’est arrivé aussi.

Christophe : Il ne faut pas que ça fasse oublier tous les gens sincères et heureux qu’on croise. Parfois, j’ai l’impression que sur Facebook, on peut se laisser aller à beaucoup de véhémence. Quand je vais en festival, je me dis qu’on touche pas mal d’enfants et je ne voudrais pas laisser un mauvais souvenir à un gamin qui va être content de la rencontre. En plus, en BD jeunesse, on n’a pas de gens qui nous demandent des trucs tarabiscotés, pas de collectionneurs.

Jean : Eux, c’est différent. Faut dire qu’ils ne sont pas nombreux les collectionneurs. Ils sont peut-être une vingtaine qui ont des milliers de BD chez eux et passent leur vie à ça. Ce sont des fadas mais ils ne sont pas méchants. Par conte, ceux qui m’embêtent plus, c’est ceux qui y voient l’opportunité de faire du fric, qui vont acheter dix tirages de tête pour les faire dédicacer et se faire 500€ sur ton dos sans rien en avoir à cirer de la BD. Là, c’est un autre domaine, de l’ordre du placement financier. Ils sont très peux mais ceux-là obscurcissent un milieu qui est fait d’une majorité de gens qui aiment la BD et la rencontre qui en naît.

 

 

 

 

Un crayonné de Jean

 

Christophe : Pour les auteurs agacés par ces comportements, rien ne les oblige non plus à faire des dédicaces. On n’est pas tenu d’y aller. J’y vais par plaisir, pour les rencontres avec les lecteurs mais aussi avec d’autres auteurs avec qui je pourrais collaborer. J’aime beaucoup cet exercice.

Quels sont vos projets ?

Jean : Christophe en a plein, il fait quinze albums par an. L’avantage d’être scénariste.

Christophe : Sur quoi, suis-je ? Je termine TiZombi avec William après quoi on attaquera le tome 13 des Sisters, puis j’ai quelques séries chez Bamboo. J’ai toujours des nouveaux projets mais des projets en l’air, tout le monde en a mais je préfère en parler quand ils intéressent au moins quelqu’un, un éditeur. Si c’est pas pris, c’est pas la peine. Je n’en ai pas eu l’année passée, avec Boule et Bill qui prenaient du temps. Mais maintenant, j’ai deux-trois séries qui se sont arrêtées, ça laisse de la place.

Jean : La problématique n’est pas la même. Un dessinateur, sauf exception, ne peut pas mener plusieurs projets de front. C’est pour ça que Laurent Verron a arrêté, il n’avait pas le temps de faire d’autres projets. C’est beaucoup plus contraignant et prenant. Le prochain album me prendra six mois. Ça coupe l’année en deux. Alors, je fais des couleurs pour des amis. Comme Katanga, plutôt cool à faire. Je me suis régalé. Le démarrage est sympa. Puis, je fais de la musique, de la peinture, de la pétanque. Puis, Boule et Bill nous ont quand même amené un confort de vie et une sécurité. Avec ma compagne, on est moins pris à la gorge. On a quand même passé des années compliquées. Et Christophe plus que moi. On était smicards, les fins de mois étaient difficiles.

Christophe : La BD a changé ma vie, c’est sûr. J’ai travaillé en grande surface pendant quatorze ans, à attendre que mes projets soient pris. Et c’est sûr que quand on se voit l’opportunité grâce à un éditeur de reprendre une grande série, c’est curieux. Je n’ai pas encore vraiment retouché terre. Quand je pars promener mon chien et que je rentre chez moi en disant : je vais faire du Boule et Bill, il y a quelque chose de bizarre dans la phrase ! Il y a un élément qui me perturbe.

Jean : Moi, non plus ! Pour le coup, même si j’ai beaucoup moins d’étoile dans les yeux que toi, je sais que c’est du patrimoine. Et je m’en rends compte de jour en jour au fil des rencontres avec les jeunes lecteurs, les enfants. C’est un truc qui me dépasse. Encore plus avec les outils marketing. Des PLV, des banderoles, je n’en avais jamais eus !

Christophe : On n’avait jamais été à Gembloux ! (Rire)

Jean : C’est quand même la ville réputée pour son… attends… agronomie…

Christophe : … et sa coutellerie ! Puis, ce soir, on rencontre Luce Roba, ça nous tenait à coeur en tant que repreneurs de Boule et Bill, on ne l’a encore jamais rencontrée.

Éh bien, que la rencontre soit belle alors ! Merci à tous les deux et bonne fin de voyage… en train !

 

Série : Boule et Bill (Facebook)

Tome : 38 – Symphonie en Bill majeur

D’après les personnages créés par Jean Roba

Scénario : Christophe Cazenove

Dessin : Jean Bastide

Couleurs : Jean Bastide et Luc Perdriset

Genre : Humour, Gag, Famille

Éditeur : Dargaud

Nbre de pages : 48

Prix : 10,95€



Publié le 04/12/2017.


Source : Alexis Seny


Exposition Urban à la galerie Octopus

La galerie Octopus accueille pendant 1 mois l'exposition Urban
Au cours de cette exposition, vous pourrez découvrir les planches originales mais aussi le processus de création de Roberto Ricci (recherches de personnages, storyboard, croquis préparatoires...), et bien entendu rencontrer Roberto Ricci et Luc Brunschwig lors du vernissage le jeudi 7 décembre à partir de 19h !

Luc Brunschwig et Roberto Ricci signent avec Urban une grande série d'anticipation. Dans un futur pas si lointain, il nous convie à Monplaisir, le plus grand parc d'attraction de la galaxie où tout fait l'objet d'un jeu... même la mort. ...


Galerie Octopus
69, rue Saint Jacques, 75005 Paris

Web : www.galerieoctopus.com  -  https://www.facebook.com/galerieoctopus/


Pays : France

Date de l'événement : du 07/12/2017 au 05/01/2018.

Publié le 01/12/2017.


Source : Bd-best


Calypso, cinégénique et BDgénique, Cosey rattrape le temps perdu à courir des chimères pour suivre une petite sirène qui a bien vieilli

Après le péril jeune, c’est bien au péril vieux que nous devons faire face. Les Expendables, les braquages à l’ancienne, les vieux Rambo ou même dans Amour de Hanneke, les rides défilent sur les écrans. Et la BD intègre l’âge d’or, souvent avec bien plus de finesse qu’Hollywood. Regardez les Vieux Fourneaux, les sept héros et tous les autres. Dans son oeuvre d’après Grand Prix d’Angoulême, entre Septième et Neuvième Arts, Cosey ranime les rêves, ceux qui faisaient danser la Calypso infiniment.

 

 

 

 

 

 

© Cosey chez Futuropolis

 

Résumé de l’éditeur : En Suisse, dans les montagnes. Après leur journée, deux ouvriers se retrouvent au comptoir. À la télé, passe « Calypso », avec la mythique Georgia Gould. Gus apprend à son collègue que lorsqu’il avait 15 ans, Georgia s’appelait Georgette. C’était son premier amour. Quelques jours plus tard, Georgia est de retour au village, internée dans la luxueuse clinique dirigée par son mari. Dépossédée de tous ses biens, l’actrice déchue en est prisonnière. Gus est prêt à tout pour la libérer.

 

 

 

 

© Cosey chez Futuropolis

 

L’âge d’or est passé, l’autre âge d’or est venu, loin des sirènes, cette fois dans la quiétude des montagnes qui étouffe les détresses et étrangle la jeunesse. On peut la quitter mais elle semble toujours plus vous ramener à elle. Enchaînés que vous êtes. Encore plus quand vous creusez des trous à longueur de journée dans les rocs. Une vie de douleur et de sueur, surtout quand on a passé l’âge, mais heureusement qu’il reste le godet à partager, le soir venu. Dans ce bar où les hommes empoussiérés retrouvent forme humaine, l’improbable va se passer matérialisé en une créature de rêve luttant par sa cinégénie à travers les âges et les décennies.

 

 

 

 

© Cosey chez Futuropolis

 

Ah, Calypso, c’était quand même le bon temps, celui des fantasmes, celui où une simple fille des montagnes, tout edelweiss soit-elle, pouvait devenir une étoile. Cette femme, Gus la connaissait, la fréquentait, rêvait d’autre chose… qui ne s’est jamais réalisée. Sauf que Georgia est redevenue Georgette dans un hospice de luxe (aussi isolé que l’hôtel Overlook dans Shining!) qui, au-delà des apparences, est une prison dorée où finir des jours maudits à l’ombre d’une carrière qui a duré moins longtemps que prévu. Comme celle de Copenhague, la sirène a vendu son âme au diable; C’est sûr, peu importe le prix, il faut la sortir de là, la faire évader. Mais sera-t-elle partante, elle qui est désormais clouée sur une chaise roulante ?

 

 

 

 

© Cosey chez Futuropolis

 

Ce qui est bien avec Cosey, le lieu qu’il a choisi, la simplicité et la pureté qui s’en dégagent, c’est qu’il ne peut offrir qu’une histoire autrement que cash. Sans besoin de fleurs, d’envolées, d’effets spéciaux. Brut de décoffrage. Ces personnages, ils parlent vrai et ne perdent pas cette immense qualité lorsqu’il s’agit de passer à l’action. Éh ouais, ils ne sont pas rouillés les vieux et ils ont encore des ressources. Et ces héros différents, plus matures tu meurs (quoiqu’en fait, est-on vraiment mature quand on se lance dans une telle aventure ?), ils valent tout l’or du monde, toute la testostérone des chiens fous. Avec ça, on ne peut que céder au chant de la sirène même si celle-ci s’est écaillée.

 

Titre : Calypso

Récit complet

Scénario et dessin : Cosey

Noir et blanc

Genre : Chronique sociale, Drame

Éditeur : Futuropolis

Nbre de pages : 102

Prix : 20€



Publié le 01/12/2017.


Source : Alexis Seny


Charlie Chan Hock Chye, une vie dessinée de Sonny Liew, un album et un auteur multi récompensé

Après les Eisner Awards, le magazine LIRE a dévoilé son palmarès des meilleurs livres de l'année, sacrant Charlie Chan Hock Chye, une vie dessinée de Sonny Liew, meilleure BD de l'année.

Quelques heures auparavant, le festival de la bande dessinée d'Angoulême avait dévoilé sa programmation, annonçant une exposition autour de l'ouvrage de Sonny Liew, " véritable prodige singapourien [qui signe] une œuvre étonnante qui s'impose d'emblée comme un classique"

Meilleure BD de l’année par la rédaction de Lire

En sélection officielle angoulême 2018

Prix Millepages et trois Eisner awards 2017 Meilleur Roman graphique, Meilleur auteur Complet et Meilleur Design

 

 

 

 

Le palmarès annuel du magazine LIRE a sacré Charlie Chan Hock Chye, une vie dessinée de Sonny Liew meilleure bande dessinée de l’année. Une fausse autobiographie d’un vrai artiste virtuose, qui nous éclaire sur la vie à Singapour et l’évolution de la bande dessinée ces cinquante dernières années

L’ouvrage

Charlie Chan Hock Chye, né en 1938 à Singapour où il vit toujours, est auteur de bande dessinée depuis l’âge de 16 ans. À 70 ans passés, il revient sur ses 50 ans de carrière. Ses récits se déroulent sous nos yeux en un éblouissant éventail de genres et de styles graphiques dont l’évolution reflète à la fois celle de la bande dessinée mais aussi celle du paysage politique et social de son pays natal.

Composée des extraits de publications, illustrations, croquis et peintures originales de l’artiste fictionnel, cette fausse autobiographie a permis à son véritable auteur, Sonny Liew, de questionner l’Histoire de son pays et de créer avec Charlie Chan Hock Chye l’artiste de bande dessinée dont Singapour aurait pu rêver. En imaginant cette histoire alternative de la bande dessinée singapourienne, l’auteur offre en parallèle une exemplaire leçon de bande dessinée à travers l’évolution de ses codes et de ses genres. Une œuvre rare qui marque la carrière d’un auteur virtuose

 

 

 

 

L’auteur

Sonny Liew est à la fois auteur de bandes dessinées, peintre et illustrateur. Plusieurs fois récompensé, il a collaboré avec Gene Luen Yuang pour The Shadow Hero (Urban China) qui figure sur la liste des best-sellers du New York Times, avec Mike Carey pour My Faith in Franky (DC Vertigo), avec Nancy Butler pour Sense & Sensibility (Marvel Comics) et avec Paul Levitz pour Doctor Fate (DC Comics). Il a été nominé au prix Eisner pour The Shadow Hero et Wonderland (Disney Press), ainsi que pour son rôle majeur dans le projet Liquid City (Image Comics), anthologie en plusieurs volumes d ’artistes d ’Asie du Sud-Est. Il a reçu en 2004 une bourse Xeric pour sa série Malinky Robot et il a remporté le prix du meilleur comic book de science-fiction au festival Utopiales SF de Nantes en 2009. Il a été lauréat du prix du jeune artiste du Conseil National pour les Arts de Singapour en 2010. Né en Malaisie, il vit à Singapour, où il partage ses nuits avec les poissons.

 

 

Collection : URBAN GRAPHIC

Pagination : 488 pages

Prix : 22,50 €



Publié le 01/12/2017.


Source : Bd-best


Prix Papiers Nickelés SoBD / Stripologie, Livres, études et discours sur la bande dessinée #1

Depuis sa première édition, le SoBD prête une attention constante et soutenue aux discours, aux études et aux ouvrages sur la bande dessinée. Une attention qui se traduit par un triple dispositif faisant la spécificité du salon de la bande dessinée au cœur de Paris :

La remise du Prix Papiers Nickelés SoBD récompensant le meilleur ouvrage sur la bande dessinée et le patrimoine graphique.

Les Rencontres du SOB, une série de tables rondes consacrées aux discours sur la BD.

Stripologie.com, une exposition de livres sur la BD unique en France, probablement en Europe et peut-être même dans la galaxie toute entière... Détail ci-dessous.

Le Prix Papiers Nickelés SoBD

Il existe de nombreux prix récompensant des bandes dessinées en France et ailleurs. Dans tout l'Hexagone, les Festivals de BD mettent à l'honneur chaque année des bandes dessinées. Aussi avons-nous choisi de nous abstenir : les lecteurs disposent de suffisamment de pistes pour s'orienter.

En revanche, il n'en va pas de même avec les ouvrages sur la BD. Ces livres sont nombreux, existent depuis longtemps, mais ils souffrent d'une insuffisante exposition. Même les librairies des Musées les ignorent, ne proposant dans le meilleurs des cas que deux ou trois dizaines de titres quand des centaines sont disponibles.

C'est pour cette raison militante que le SoBD s'est associé avec la revue Papiers Nickelés pour décerner chaque année depuis 2013 un prix du meilleur ouvrage sur la bande dessinée et le patrimoine graphique. Et ainsi mettre en lumière sur une production riche et abondante, injustement laissée de côté. Et ce faisant, montrer que le 9e art, comme toutes les disciplines artistiques, dispose d'un abondant corpus savant mettant en évidence son importance et sa vivacité.

Parmi les dizaines de titres sortis depuis la dernière édition du salon (nov. 2016 - oct. 2017), une première sélection est effectuée par la jury, aboutissant cette année à 12 nominés au sein desquels sera choisi le lauréat 2017, dont l'annonce sera faite publiquement, le samedi 9 décembre à 17h30, dans le Musée Éphémère du SoBD.

Voici la liste des 12 nominés 2017 :
 
Case, strip, action !, d'Alain Boillat, Marine Borel, Raphaël Oesterlé et Françoise Revaz, chez In Folio - Ouvrage universitaire d'études d'un corpus précis.

Hermann, l'encre noire du sanglier des Ardennes, de Philippe Tomblaine, chez PLG, collection Mémoire vive - Monographie d'artiste.

Images populaires, de André et Marie-Thérèse Jammes, chez Les Cendres - Monographie thématique.

Jean Frisano, une vie d'artiste, de Philippe Fadde, Thomas et Sylvia Frisan, chez Neofelis - Monographie d'artiste.

Krollebitches, souvenirs même pas en bande dessinée, de Jean-Christophe Menu aux Impressions nouvelles - Mémoires d'un artiste-éditeur.

Le monde selon Topor, Collectif, édité par la BNF et Les Cahiers dessinés - Catalogue d'exposition.

Le statut culturel de la bande desinée, ambiguïtés et évolutions, direction Stéphanie Delneste, Ahmed Maaheen, Jean-Louis Tilleuil, chez Academia - Collectif universitaire, actes de colloque.

Mangasia, de Paul Gravett, chez Hors Collection - Catalogue d'exposition.

Mickey Mouse : icône du Rêve Américain, de Gary Apgar, traduit aux Éditions Glénat - Monographie thématique.

Noirs desseins, de Philippe Aurousseau, aux Éditions de l'Oncle Archibald - Monographie thématique.

Pulp Science Fiction, aux origines de la Science-Fiction, de Jean-Yves Freyburger chez Black Coat Press - Monographie thématique.

Shoah et Bande dessinée : le dessin au service de la mémoire, direction Didier Pasamonik et Joël Kotek, chez Denoël, colleciton Denoël Graphic - Catalogue d'exposition.

 

SoBD, les 8, 9 et 10 décembre, halle des Blancs Manteaux, 48 rue Vieille du Temple, 75004 Paris

Web : http://www.sobd2017.com/


Pays : France

Publié le 01/12/2017.


Source : Bd-best


Fresque René Hausman inaugurée à Verviers

En hommage à René Hausman décédé le 28 avril 2016, les autorités de Verviers et à l'initiative du conseiller communal Jean-François Denis, ont inauguré le 29 novembre 2017 un square et une fresque portant son nom à la Porte d’Heusy.

Une fresque intitulée les 4 saisons (constituée de 4 panneaux représentant chacun une saison) orne le Square René Hausman inaugurant un projet de parcours BD lancé par la ville de Verviers avec comme prochaine étape, une fresque Yoko Tsuno par Roger Leloup qui prendra place rue Peltzer de Clermont en juin 2018.

 



Publié le 01/12/2017.


Source : Bd-best


Enki Bilal en dédicace à la librairie Comme un roman

ENKI BILAL viendra dédicacer son nouvel album BUG, Tome 1, Editions Casterman à la librairie Comme un roman.
 
Résumé de l'éditeur :  L'ensemble des sources numériques a disparu brutalement de la surface de la Terre et le monde est paralysé. Les autorités découvrent que le seul survivant d'un équipage rentré d'une mission sur Mars est habité par un alien qui a accès à toutes les données perdues. Les Etats, les entreprises, les mafias et même des particuliers se jettent sur les traces de l'astronaute et de son extraterrestre.

Horaire de 16h à 18h
 
Lieu : Librairie Comme un roman
39, rue de Bretagne
75003 Paris
 
Contact : +33 01.42.77.56.20

Web : https://www.comme-un-roman.com/


Pays : France

Date de l'événement : du 10/12/2017 au 10/12/2017.

Publié le 01/12/2017.


Source : Bd-best


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