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Les années Georges Marchais ... Communistes !

 

 

Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes.

" Comment faisait –on un sandwich en URSS ?  

Un ticket de jambon entre deux tickets de pain ! "

 

 

 

 

 

 


Né de parents militants communistes, Pascal Thivillon nous propose une plongée dans les années soixante-dix. À partir de ses souvenirs de jeunesse, il nous présente un album empli de vérité et de tendresse de cette époque où l’on rêvait de changer le monde. Une société inconnue pour les moins de trente ans, un monde où la camaraderie faisait bon ménage avec la lutte des classes. Une France tout en évolution après mai 68 et la chute du général. Un monde sans portable et sans internet. Et pourtant nos parents ont survécu à cette époque où je pense que nous étions plus heureux qu’à l’heure actuelle.

 

 

© Pascal Thivillon – Glénat.

 

 

 

 

 

L’ouvrage nous délivre un témoignage sur ce qu’était le communisme français, vu avec les yeux d’un enfant s’exprimant avec son propre vocabulaire sur des événements et une idéologie semblant désuète à notre époque. Au fil des chapitres, on y évoque l’ensemble des composantes de la lutte: du collage sauvage des affiches à la distribution des tracs, des assemblées générales aux manifestations, du journal Pif à la fête de l’Humanité, de la justice sociale aux espoirs des lendemains qui chantent.

 

 

 

 

 

© George Marchais

 

 

Un album qui plaira sans aucun doute aux nostalgiques de cette époque mais qui fera aussi découvrir aux plus jeunes la vie sociale connue par leurs grands-parents.

 

 

Haubruge Alain

 

Titre : Communistes !

 

Collection : 1000 Feuilles.


Genre : Nostalgie, idéologie politique.


Scénario : Pascal Thivillon.


Dessins : Pascal Thivillon.


Couleurs : Pascal Thivillon.


Éditeur : Glénat.


Nombre de pages : 120.


Prix : 15,00 €.


ISBN : 9782344023495.




Publié le 04/09/2018.


Source : Bd-best


Tragédie vers un final incroyable. Frnck 4 – L’éruption.

 

 

« - Yes ! Enfin je l’ai trouvé ! Je me perds tout le temps dans ces couloirs !.... Plus que 2 %... Bon… C’est par ce lac que je suis arrivé. Je suis tombé dedans au XXIème siècle, j’ai été aspiré au fond, et quand je suis ressorti, c’était la préhistoire… Je n’ai jamais réussi à faire le chemin inverse. Le lac est trop profond. J’ignore comment ça fonctionne. Est-ce qu’on peut voyager dans les deux sens ? Est-ce que les dates de départ et d’arrivée sont aléatoires ? Est-ce que c’est un passage qui ne s’est ouvert qu’une fois ? Est-ce que je suis mort ? Je ne sais pas. Mais si un jour vous trouvez ce smartphone et que vous voyez cette vidéo… venez me chercher. »

 

 

 

 

 

 

 

 

Franck commence à avoir le blues. Son portable est en fin de batterie. Alors, avant son extinction, il enregistre un message vidéo puis le balance dans le lac par lequel il est arrivé dans ce monde préhistorique. Le jeune homme, qui essuie des larmes, ne sait pas encore qu’il devra faire face aux flammes, car un monde de feu est en train de se réveiller : le volcan prêt duquel vit la tribu préhistorique qui l’a « adopté ».

 

 

 

 


© Bocquet, Cossu, Guillo - Dupuis

 

 

 

 

Après une introduction émouvante montrant le héros en proie à ses angoisses et ses doutes, Olivier Bocquet poursuit son histoire comme une comédie. Les personnages sont les marionnettes d’un petit théâtre de boulevard aux dialogues percutants et percutés. Le bébé Gargouille, plus cool mais aussi speedé que Baby Herman (Roger Rabbit), prend une place prépondérante. Le malin scénariste fait peu à peu glisser le récit vers la tragédie pour terminer dans un final incroyable.

Brice Cossu tient le rythme. Rapide, enlevé, efficace, son graphisme européen au soupçon de manga suit la cadence d’un scénario d’une apparente légèreté mais qui n’épargne rien aux personnages. La symbiose avec le coloriste Yoann Guillo témoigne d’une sincérité et d’une honnêteté par rapport aux lecteurs. On sent que la troupe des auteurs s’amuse autant que leur public.

 

 

 

 

 

 


© Bocquet, Cossu, Guillo - Dupuis

 

 

Comme quoi, avec de la motivation et du talent, on peut proposer deux albums par an d’une série franco-belge de qualité. Les auteurs ouvrent la voie d’un exemple à suivre.



Laurent Lafourcade

 


Série : Frnck


Tome : 4 – L’éruption


Genre : Aventure préhistorique


Scénario : Bocquet


Dessins : Cossu


Couleurs : Guillo


Éditeur : Dupuis


Nombre de pages : 60


Prix : 10,95 €


ISBN : 9782800173290



Publié le 03/09/2018.


Source : Bd-best


La Schtroumpf expérience marche du tonnerre et on se fait avoir comme des bleus !

Cette année, les petites créatures bleues qui prirent formes sous les traits de crayon de Pierre Culliford, mieux connu sous le pseudonyme de Peyo, fêtent leurs 60 ans d’existence. Pour l’occasion, les Schtroumpfs ont envahi le Palais 4 de Brussel Expo. Grâce à un parcours interactif, immersif, ludique et éducatif de 1500m², cette expérience hors du commun (qui vous donne la chance de vous mettre dans la peau d’un Schtroumpf et de visiter leur forêt, leur village et le château du malfaisant Gargamel) vous est proposée depuis le 9 juin dernier et prendra fin le 2 septembre prochain, avant de réouvrir du 3 octobre au 29 janvier 2019. Branchés Culture est parti à la découverte de cette exposition et vous livre ses impressions sur cette expérience.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis 1958, quel chemin parcouru par les schtroumpfs! 35 albums, vendus dans 70 pays, et quatre longs-métrages sur grand écran (dont « Les schtroumpfs et le village perdu » réalisé en CGI et sorti l’an dernier). Additionnez ça aux 272 épisodes de dessin animés produit par Hanna-Barbera, disponible en 41 langues différentes sur la chaîne Youtube officielle des Schtroumpfs. Ces miniatures hominidés bleutés, originaires du plat pays, ont conquis le monde. Preuve en est, des parcs d’attractions à Dubaï, dans le Minnesota, à Moscou (prochainement) et en Malaisie ont choisi d’inclure les Schtroumpfs aux licences des personnages qui accueillent leurs visiteurs.

 

 

 

 

Pour fêter les 60 ans de cette réussite planétaire, les schtroumpfs sont donc de retour dans le pays qui les a vu naître et ont posé leurs valises au Palais 4 de Brussel Expo pour un séjour qui prendra fin le 29 janvier 2019.

 

 

 

 

Les arguments de vente sont des plus attrayants ; « Exposition dynamique qui vous plonge dans une aventure dont vous êtes le héros », « Devenez un petit être bleu et partez à la rencontre des Schtroumpfs tels que le Schtroumpf grognon ou la Schtroumpfette. Avec eux, échappez au terrible Gargamel », « Promenez-vous dans la forêt enchantée et participez à une fête schtroumpfique ». Sur papier, l’événement promet d’être grandiose mais, dans la réalité, cette exposition est-elle à la hauteur de la promotion qui en est faite ?

 

 

 

 

Au point de vue de la réalisation, le décorum est tout simplement splendide. Après une première salle d’introduction qui fait craindre le pire (grands murs presque vide, orné de quelques crayonnés de Schtroumpfs, quatre petits panneaux d’explications, un banc pour assister à la projection d’un documentaire et un photomaton sur fond vert), la surprise est au rendez-vous. Vous êtes immergé dans le monde des Schtroumpfs dans un décor à l’échelle 1 :1 par rapport à la taille des petits êtres bleus.  Il y en a sous toutes les formes (marionnettes, statues, figurines, costumes-mascottes, projections 3D). À certains moments, le décor se mue en véritable plaine de jeux. À d’autres instants, le visiteur se trouve au centre d’une scène de la vie des Schtroumpfs comme dans une pièce de théâtre. En immersion.

 

 

 

 

 

La technologie mise sur votre route enrichit votre expérience. Les pistes audio automatiques de l’audio-guide dans divers endroits clés de l’exposition, la vidéo à 180° quand vous vous retrouvez derrière les barreaux de la cage à Schtroumpfs de Gargamel, la mise en place d’un dispositif de réalité augmenté pour vous permettre de danser lors d’une festivité schtroumpfienne, les quiz sur la linguistique très complexe des créatures de Peyo et bien d’autres surprises, réalisées grâce aux technologies modernes, se cachent tout au long de votre parcours.

Du point de vue du contenu, l’intérêt de cette exposition est multiple vu les divers chemins de lecture proposés. Premièrement, il vous est offert la possibilité de plonger dans l’univers des Schtroumpfs en vivant une aventure où vous rencontrerez la Schtroumpfette, le grand Schtroumpf et Gargamel. Ensuite, vous avez le choix de suivre le parcours en apprenant comment les Schtroumpfs furent créés (conception) et en comprenant comment ils vivent (mythologie). Vous mettre à la fois la casquette du dessinateur tout en prenant la loupe de l’ethnologue. Enfin, vous avez l’opportunité de prendre une voie plus réflexive. La Schtroumpf Expérience permet de dépasser les représentations de l’univers enchanté de Peyo en ayant un regard critique sur l’humanité. Cette mise en parallèle du réel avec l’utopie de Pierre Culliford permet de mettre en lumière les 17 objectifs du développement durables dont la liste fut dressée par l’ONU.

Néanmoins, même si tout finit toujours bien au pays des petits êtres bleus, tout n’est pas rose à la Schtroumpf Expérience. En vous rendant au Palais 4, il faut faire un certain nombre de choix. Vu le sublime décorum, si vous souhaitez réellement profiter de l’entièreté de l’exposition, il faut peut-être ne pas venir accompagné d’enfants ou y retourner une deuxième fois. Dans cet endroit féérique, il est pratiquement impossible de canaliser un enfant le temps de deux pistes de l’audio-guide. Pourtant, les trois chemins de lecture de cette exposition sont fort agréables et très complets.

 

 

 

 

Ensuite, il est impératif de bien choisir l’horaire où vous vous présentez à Brussel Expo. Effectivement, aux heures de pointes, l’exposition est engorgée à tel point qu’il vous est quasiment impossible de vivre l’expérience finale du parcours, où, par l’utilisation de lunette de réalité virtuelle, vous est offert l’occasion de vivre pleinement un instant schtroumpfesque. La configuration de l’exposition faisant, la file d’attente pour cette apothéose se trouve à la jonction avec la sortie et le magasin de souvenirs (qui pratique des prix plus que corrects, ce n’est pas toujours le cas).  Enfin, si vous ne voulez point perdre une heure en faisant la queue pour l’unique stand ticket, optez pour l’achat de ticket par internet.

 

 

 

 

À côté de ces quelques points négatifs contournables et qui relèvent plus de circonstances que d’erreurs de réalisation, il existe un problème majeur dommageable qui ne peut être incombé qu’aux organisateurs. Face aux milles artifices du décor et à l’intelligence du contenu de l’exposition proposée, le nombre de figurants est véritablement insuffisant… Même s’ils font correctement leur travail, ils ne sont pas assez face aux flux de visiteurs. Prenez pour exemple une mascotte Schtroumpfette prenant des photos avec les visiteurs pendant un court instant avant de devenir introuvable…

 

 

 

 

Si vous aussi vous avez envie de profiter de cette exposition sur l’univers des Schtroumpfs de Peyo, il vous reste jusqu’au 2 septembre pour vous rendre au Palais 4 de Brussel Expo. Ou, si votre fin d’été est trop chargée, après un mois de pause, l’exposition rouvrira ses portes pour une session de prolongation du 3 octobre au 29 janvier 2019.

 

Alexis Seny

 

 

 

 

 

 

FICHE TECHNIQUE :
Prix : de 3 ans à 11 ans : 11 euros
+ de 12 ans : 17 euros
Pass famille (4 personnes) : 52 euros
Ticket collector : + 4,95 euros par ticket et +10 euros pour le pass familial

Horaire : Ouverture à 10 pour une fermeture à 17h. Dernière entrée à 16h.

Site : https://www.smurfexperience.com/



Publié le 23/08/2018.


Source : Bd-best


 

 

 

Cette journée marque la sortie du film réalisé par Christophe Duthuron  tiré de la bande dessinée  « Les vieux fourneaux » scénarisée par Wilfrid Lupano et illustrée par Paul Cauuet. C’est l’occasion pour les afficionados de la BD de découvrir en chair et en os Pierrot, Mimile et  Antoine, nos trois septuagénaires amis depuis l’enfance. 

 

 

 

 

 

 

Sous fond d’une comédie sociale aux parfums de lutte des classes, c’est aussi le choc des générations qui est évoqué. Une histoire commençant  sur les chapeaux de roues avec la poursuite, dans le sud de la France, d’Antoine (trompé quelques dizaines d’années plus tôt)  démontrant qu'il n'y a pas d'âge pour commettre un crime passionnel. Le choix des acteurs cadre parfaitement avec l’ambiance de l’album et l’ajout d’un personnage non présent dans ce dernier renforce le scénario sans dénaturer l’histoire.

 

 

 

 

 

 

En résumé, un très bon moment à passer en compagnie du trio Pierre Richard, Eddy Mitchell et Roland Giraux, nos trois vieux étant épaulés par la charmante Alice Pol. C’est aussi l’occasion de retrouver Henri Guybet, plus connu pour son rôle de Salomon, interprété aux cotés de Louis de Funès dans  « Les aventures de Rabbi Jacob ». Une comédie liée à notre époque à ne rater sous aucun prétexte.

 

NB: Pour les personnes désirant poursuivre l'aventure des Vieux Fourneaux, quatre albums sont disponibles aux Éditions Dargaud, la sortie du cinquième sera effective en novembre 2018.

 

Date de sortie du film: 22 août 2018.

© Dargaud – Gaumont distribution.

Haubruge Alain.



Publié le 22/08/2018.


Source : Bd-best


Nelson, le diablotin, n’est plus du Matin mais continue de faire lever son entourage du pied gauche

Comment ça, je ne vous ai jamais, en ces pages, parlé de Nelson, le petit diablotin orange qui hante les jours, les nuits, la vie sous toutes les coutures de Julie. Et de Floyd, le labrador qui rivaliserait bien avec Rantanplan. Personne n’avait rien demandé, du moins pas à ce point, mais Nelson a débarqué et n’en a fait qu’à sa tête sans que les enfers n’aient l’envie de le reprendre pour de bon. Et voilà comme, depuis plus de 3400 strips, le Suisse Bertschy a non seulement imposé mais aussi développé son petit monstre qui continue de tant me plaire. Un dix-neuvième album vient de paraître, Petit sinistre… Mais grand cynisme.

 

 

 

 

 

 

 

© Bertschy chez Dupuis

 

Résumé de l’éditeur : Nelson, c’est ce petit diablotin orange à l’apparence tout à fait angélique qui pourrit la vie de Julie, une jeune et jolie célibataire, et de Floyd, un labrador engourdi, pour le plus grand bonheur de centaines de milliers de lecteurs. Rappelez-vous : après le vol d’un rouleau de papier-toilette au bureau, Julie se voit condamnée à accueillir, sans possibilité de retour à l’expéditeur, un petit diable relativement inoffensif… mais hyper doué pour les catastrophes ménagères !

 

 

 

 

© Bertschy chez Dupuis

 

Des trublions, dans le monde de la BD, il y en a en pagaille dont beaucoup aux Éditions Dupuis. Pourtant, Nelson a su se faire sa place sans forcer, bien avant que les Very Bad Trip et les Projet X soient en vogue, le petit monstre a su imposer sa folie dévastatrice et pourtant si comique, tout en sachant ne jamais descendre en puissance. Ainsi sans réel fil rouge particulier si ce n’est quelques passages permettant de suivre un Père Noël qui joue au kicker et doit désormais se diversifier, un Hubert qui souhaite devenir un tombeur comme George Clooney ou le véganisme qui va s’insinuer dans les pires cauchemars de Nelson; Bertschy ne laisse pas tomber ses bonnes vieilles habitudes et fait feu de tout bois pourvu que ça fasse rire. Et ça fait rire.

 

 

 

 

© Bertschy chez Dupuis

 

Et tant qu’à faire défaut à la tradition suisse, Nelson est plutôt speedé. Il faut l’être pour faire mouche en un strip horizontal de trois à cinq cases maximum. Assez speedé que pour suivre une nouvelle fois Julie, sa propriétaire malgré elle, dans le moindre millimètre carré de sa vie, en privé comme en public, du saut du lit au sommeil du juste en passant forcément par le bureau où la jeune femme tente vaille que vaille de masquer tout le gâchis dont est capable le démon.

 

 

 

 

© Bertschy chez Dupuis

 

Notez que, parfois, Nelson se repose quand même. La preuve, il laisse un peu de champ libre à ses partenaires et fidèles victimes : Floyd et Hubert. Qui peuvent ainsi vivre leurs trépidantes (je ne crois pas si bien dire) aventures entre un gang de pigeons malfaisants et la quête ultime que peut être la conception d’un presse-papier parfait. Aussi, non content de jouer avec ses personnages, Bertschy n’hésite pas à jouer également avec le lecteur en l’interpellant ou en le mettant à l’écart d’une scène à la violence intenable, en variant les cadrages et les champs/contre-champs et en maîtrisant l’art du running gag. J’ai aussi beaucoup aimé ce voyage dans le temps qui permet à Nelson de revêtir les traits qu’il avait en 1999 lors de sa création. Y’a pas photo, il a bien changé.

 

 

 

 

© Bertschy chez Dupuis

 

Tiens, et puisqu’on en parle de sa création, tout récemment (le 21 juillet dernier), Le Matin a cessé de paraître en journal papier. Outre la perte indéniable pour la diversité journalistique, c’est là que Nelson avait fait ses premières armes et flammes.

 

Alexis Seny

 

Série : Nelson

Tome : 19 – Petit sinistre

Scénario, dessin et couleurs : Bertschy

Genre: Humour, Strips

Éditeur: Dupuis

Nbre de pages: 48

Prix: 10,95€



Publié le 21/08/2018.


Source : Bd-best


Presque maintenant de Cyril Bonin: est-ce encore vivre que de ne jamais lâcher prise ?

Vous n’avez pas peur de mourir, vous ? Je dis ça, je dis rien, mais avec tout ce qu’on nous annonce pour les prochaines décennies sur la planète, le nombre de cancers, la qualité de ce que nous mangeons et buvons sans cesse remise en question… il y a certainement de quoi s’inquiéter. Et ça inquiète de manière différente les trois nouveaux personnages de Cyril Bonin, dans un récit plus contemporain que ça tu meurs… ou tu vis ?

 

 

 

 

 

 

 

© Bonin chez Futuropolis

 

Résumé de l’éditeur : Et s’il était possible de connaître son état de santé en temps réel ? Et de connaître du même coup son espérance de vie ? Ce miracle est à présent rendu possible grâce à un progrès médical révolutionnaire : les Nanopills. Grâce à elles, c’est sûr, nous allons tous mourir… mais en bonne santé. Une histoire qui se passe dans un futur tellement proche… que l’on pourrait dire qu’elle se passe « presque maintenant »…

 

 

 

 

© Bonin

 

L’hypocondrie, c’est la maladie des maladies qu’on croit avoir. Comment peut-on être un scientifique à la pointe des biotechnologies, étudier des traitements révolutionnaires, sans souffrir de ce mal dont Dany Boon n’a pas l’exclusivité. Félix est hypocondriaque à mort et les Nanopils qu’il vient de mettre à jour ne vont pas arranger son cas : il va devoir contrôler les moindres de ses paramètres vitaux (cholestérol, pression, monocytes, potassium et tant d’autres concepts compliqués pour le commun des mortels, qui plus est se sentant en bonne santé).


À côté de lui, dans la collocation, il y a Alexis, étudiant en lettres, russophone et russophile, qui rêve de vivre de sa plume. C’est ce qui l’entraîne à la bibliothèque. Là même où il va faire la connaissance d’Anna. Anna, c’est une violoniste rêvant d’intégrer un grand orchestre philarmonique. Très vite, elle va se lier d’amitié avec Félix et Alexis. Une amitié qui, comme dans la chanson de Fiori, Goldman et Ricol, est bien difficile à gérer et à conserver quand vient s’y heurter l’amour.

 

 

 

 

© Bonin

 

Chacun des deux garçons a eu sa chance mais il n’en restera qu’un pour se réveiller chaque jour aux côtés d’Anna. Ou presque, car si la belle a arrêté de fumer suite à ses prises de bec avec Félix, elle n’a pas laissé tomber ses rêves de symphonie.

 

 

 

 

© Bonin chez Futuropolis

 

Éclairant toujours aussi personnellement et magnifiquement ses personnages pour nous les rendre sympathiques, malgré leurs défauts, dès la première apparition, Cyril Bonin nous entraîne à nouveau entre des destins plus ou moins contrariés. Nouant le drame entre ses trois héros, Bonin questionne ainsi notre propension au « mieux vaut prévenir que guérir », à contrôler tout de ce que notre corps fait ou ingurgite. À se garder de tout excès, tout en étant soi-même excessif. Car est-ce encore vivre que de ne jamais lâcher prise ?

 

 

 

 

© Bonin

 

Encore plus quand votre espérance de vie varie d’une minute à l’autre. Raccrochant ce questionnement à un drame sentimental touchant, beau mais sans vraiment de happy end (ou en tout cas, nuancé), Cyril Bonin fascine une nouvelle fois par ses images intemporelles, comme gravées plutôt que dessinées sur la feuille, déjà patinées; là où il déçoit un peu avec une histoire peut-être un peu trop prévisible (The Time Before nous reste en tête, un cran plus haut) mais qui a le mérite de remettre les choses en place et de nous faire prendre conscience que si on veut lutter contre quelque chose, il convient de bien choisir le combat et de se mettre en tête, que pilules ou pas, tout peut arriver. Malheureusement et… heureusement.

 

 

 

 

© Bonin chez Futuropolis

 

 

Alexis Seny

 

Titre: Presque maintenant

Histoire complète

Scénario, dessin et couleurs: Cyril Bonin

Genre: Drame

Éditeur: Futuropolis

Nbre de pages: 72

Prix: 17€



Publié le 14/08/2018.


Source : Bd-best


Inversion : rêve éveillé, vie endormie, quand la réalité virtuelle n’a jamais semblé aussi réelle

Quelques mois après ces jours qui disparaissent qui a fait éclater un peu plus le talent de Timothée Boucher; Sylvie Gaillard, Frank Woodbridge, KolonelChabert (alias Alexis Chabert) et Renaud Angles y vont eux aussi de leur perte de repères d’un homme entre rêves et réalité, du coup, cauchemardesque. Aussi jubilatoire qu’à faire froid dans le dos. Un cri de Munch dans la nuit qui gagne de plus en plus de terrain sur le jour.

 

 

 

 

 

 

 

© Woodbridge/Gaillard/Chabert/Angles chez Grand Angle

 

Résumé de l’éditeur : Paul est un musicien et un compositeur. Sa femme l’a quitté depuis déjà plusieurs semaines. En perte totale de repères, il choisit de noyer son désarroi dans les antidépresseurs et les somnifères. Paul va s’accrocher de plus en plus à ses pilules qui lui procurent le plus grand des soulagements : la possibilité de dormir pour oublier son mal. Ses longues heures de sommeil remplies de rêves vont se perdre et se confondre jusqu’à absorber la réalité de son quotidien. Paul va alors se mettre à mélanger ce qu’il vit et ce qu’il croit vivre.

 

 

 

 

© Woodbridge/Gaillard/Chabert/Angles chez Grand Angle

 

À bâiller aux corneilles, faites gaffe, vous prenez le risque qu’elles se matérialisent un peu plus, une fois que vous aurez fermé les yeux, assoupis sur votre vie mais pas sur vos désirs qui ont, dès lors, quartier libre. Encore plus quand on est devenu un « type vide et avachi » comme se définit Paul Beaulieu, pianiste qui a perdu sa femme et ses gammes. Même s’il se rêve encore dans le coup, à naviguer vers de nouvelles aventures et symphonies, il est devenu une épave. Vie brisée sur les récifs de la réalité n’empêche pas les projets les plus fous d’aboutir sur un tapis d’écume de rêve.

 

 

 

 

© Woodbridge/Gaillard/Chabert/Angles chez Grand Angle

 

Malgré les bruits de la ville qui, elle, n’a pas cessé de mener grand-train, Paul dort de plus en plus. Et son subconscient lui joue des tours, raccordant ses élucubrations (teintées pourtant de ce qu’il se passe autour de notre personnage endormi) à la partition que notre héros abandonne de plus en plus. Un rêve éveillé ou un éveil endormi qui rend tout confus. Le combat entre le corps qui se laisse aller et l’esprit qui veut encore donner. Bien plus qu’un effet de déjà-vu, désormais Paul croit dur comme fer tout ce que son sommeil lui dicte: les rencontres, le retour de la chance…

 

 

 

 

© Woodbridge/Gaillard/Chabert/Angles chez Grand Angle

 

Et le cocktail alcool-cigarettes-médicaments va le faire s’enfoncer un peu plus dans la torpeur pourtant vivifiante de son monde endormi et qui pourtant fait déboîter son destin. Paul n’est pas narcoleptique, ni Nemo; dans son sommeil, il n’y a pas de place pour l’action, pas d’écriture automatique, pas de sursaut d’un alter-ego qui réparerait les failles de sa vie… Non, Paul dort, et c’est tout, il s’imagine qu’il a à nouveau la grinta mais ne la saisit pas. La grinta qui le grignote et le pousse un peu plus loin dans son chaos, dans son précipice.

 

 

 

 

© Woodbridge/Gaillard/Chabert/Angles chez Grand Angle

 

Drame intimiste dans les quatre murs de cet appartement qui sent peu à peu l’ours en hibernation prolongée, Inversion est un long fleuve pas tranquille, porté par quelques bouleversements et rebondissements bien trouvés. Les couleurs de Renaud Angles font la différence entre les songes éclatants et le morne quotidien. Et nous laisse une petite réserve: pourquoi différencier le réel et l’irréel alors qu’on pouvait les faire se confondre et embarquer un peu plus le lecteur? Le dessin d’Alexis Chabert (qui semble prendre pour modèle Frank Woodbridge, lui-même, avant tout musicien et compositeur, lui, saisit autant l’endormissement que les sursauts, la surprise du personnage principal aux charnières de son dédoublement de personnalité. Par la porte ou par la fenêtre, la musique rentre de tous les côtés et le dessinateur nous en envahit, alignant de belles idées de composition dans ce huis clos que le sommeil voudrait sans frontière. Et à mesure que Paul porte le tube de drogue médicamenteuse, on se dit que cette histoire pourrait être plus proche de la réalité que de la fiction.

 

Alexis Seny

 

Titre : Inversion

Récit complet

Scénario : Sylvie Gaillard et Frank Woodbridge

Dessin : KOLONELCHABERT

Couleurs : Renaud Angles

Genre : Drame

Éditeur : Grand Angle

Nbre de pages : 80

Prix : 16,90 €



Publié le 06/08/2018.


Source : Bd-best


Black Monday Murders : la finance, ce n’était pas trop votre truc ? Elle va devenir votre pire cauchemar dans un livre-objet vénéneux !

Dans une de ses toutes premières chansons, Florent Pagny vociférait qu’Économie était une déesse et il ne croyait pas si bien dire. L’or, l’argent et tous les petits ruisseaux qui font les grandes et colossales fortunes sont toujours assimilés à un lexique extra-large allant des nues aux tréfonds de notre monde plus ou moins civilisé, plus ou moins gangréné par Satan. Avec Black Monday Murders, Jonathan Hickman, Tomm Coker et Michael Garland mettre le chiffre du diable (et plus encore de Mammon) à la une des bourses.

 

 

 

 

 

 

 

© Hickman/Tomm/Garland chez Urban Comics

 

Résumé de l’éditeur : Depuis les premiers trocs et la création de la monnaie, l’argent, au-delà de sa valeur symbolique, se chargea d’une véritable puissance magique. Cette puissance, manipulée et alimentée par un groupe d’individus vénérant Mammon, Prince des Enfers et de la Cupidité, est aujourd’hui au fait de sa gloire. Le premier krack boursier de 1929, le premier choc pétrolier de 1974, la crise bancaire de 2008… Autant d’événements qui furent orchestrés par les serviteurs du Démon pour régenter en sous-main l’humanité. C’est sur cet univers occulte que l’enquêteur s’apprête à braquer les lumières de son enquête liée au meurtre ritualisé de l’une des grandes figures de Wall Street…

 

 

 

 

© Hickman/Tomm/Garland chez Image Comics

 

Des théories du complot, il y en a à la pelle, encore plus à l’heure des réseaux sociaux. Black Monday Murders en est une autre, de derrière les fagots et solidement armée et argumentée par des auteurs qui, en guise de premier tome, Gloire à Mammon, livrent un cheminement épatant d’ésotérisme et d’esthétisme. Black Monday Murders, c’est plus qu’une BD, c’est un livre-objet. Un peu comme quand petit garçon, je m’aventurais dans les incroyables aventures de l’Oncle Ernest sur pc, cherchant les indices pour mieux trouver le fin mot de ses histoires. Il y a de ça ici. Si tout se passe sur papier, sans prolongement sur internet, le trio maléfique s’est chargé d’éparpiller des traces de méfaits satanico-économiques, un langage d’initié impossible à déchiffrer et une succession de légendes urbaines et faits réels qui parcourent l’échine des cours boursiers pour mieux les faire frissonner.

 

 

 

 

© Hickman/Tomm/Garland chez Urban Comics

 

Et on fait bien plus que frissonner devant ce grand déballage de secrets bien gardés, même au prix du sang, qui met à mal les puissantes familles qui jettent les bases d’une saga politico-fantastico-économique dont il est bien trop tôt que pour comprendre vers quoi elle se dirige. Car, oui, il convient d’être accroché et de passer outre la frustration de ne pas toujours tout comprendre à cette histoire retorse mais diaboliquement enlevée. Le mystère est épais et même les auteurs se sont fait avoir : s’ils nous donnent toutes les pièces de leur puzzle au fur et à mesure que l’enquête avance, celles-ci ont été travesties par un dessein intelligent mais néanmoins malveillant. Comme ses interrogatoires et discussions retranscrites dans lesquelles on pourrait saisir plein d’éléments pour dénouer ce noeud semblant inextricable si de nombreux passages essentiels n’étaient pas recouverts d’un noir qui ne présage rien de bon.

 

 

 

 

© Hickman/Tomm/Garland chez Image Comics

 

Pour le reste, le dessin de Tomm Coker et Michael Garland fait bon ménage pour voyager dans ces cités friquées mais maudites, dans les tours d’ivoire calfeutrées, dans la violence des regards acérés et des passages à l’acte (un interrogatoire du principal suspect absolument mémorable), dans les heurts que provoquent les discussions tendues et les visages inquiets. Quelque chose nous échappe, quelque chose leur échappe, mais il est sûr que les trois auteurs ne s’arrêteront pas en si mauvais chemin. Argent comptant ou flanchant. Vénéneux, redoutablement.

 

 

 

 

© Hickman/Tomm/Garland chez Image Comics

 

PS : L’étagère imaginaire l’a également bien placé dans ses rayons !

 

Alexis Seny

 

Série : Black Monday Murders

Tome : 1 – Gloire à Mammon

Scénario : Jonathan Hickman

Dessin : Tomm Coker

Couleurs : Michael Garland

Traduction : Maxime Le Dain

Genre : Drame, Ésotérique, Fantastique, Polar, Thriller

Éditeur VF: Urban Comics

Éditeur VO : Image Comics

Nbre de pages : 240

Prix : 10 €



Publié le 01/08/2018.


Source : Bd-best


Michel Ange, le banquet des damnés de BD : le slasher post-médiéval trouve sa fin entre les têtes coupées et grâce à un pévôt Vittore sur les genoux

Après un premier tome qui nous avait un peu laissés pantois non par rapport à son intrigue fort présente mais par la présence effacée d’un Michel Ange qui donnait pourtant son titre au diptyque élaboré par Didier Convard (dans son roman), Éric Adam, Thibaud De Rochebrune et Delf. Du banquet des damnés, l’illustre sculpteur-peintre au caractère bien trempé s’était semble-t-il éclipsé. À force d’enquête, les auteurs et le prévôt Vittore (qui avait déjà, on s’en souvient, été mêlé à une affaire impliquant Léonard De Vinci. À l’époque, Didier Convard oeuvrait avec le regretté Gilles Chaillet) ont retrouvé la trace du créateur de la mémorable fresque de la chapelle Sixtine. Rusés qu’ils sont.

 

 

 

 

 

 

 

© Convard/Adam/De Rochebrune/Delf chez Glénat

 

Résumé de l’éditeur : 1508. Une sordide affaire de meurtres secoue Milan. Qui est cet étrange bourreau qui décapite ses victimes à la hache d’arme, et quelle hideuse apparence cache-t-il sous ses bandages ? Pourquoi signe-t-il ses crimes VENIT IUSTITIAE SOL – Le soleil de la justice a brillé ? Et pourquoi Michelangelo Buonarroti a-t-il décidé de s’y rendre à la suite d’une mystérieuse convocation, abandonnant sa fresque de la Chapelle de Sixte ? Éprouvé par l’enquête et victime d’une attaque cardiaque, le prévôt Vittore, seul capable de résoudre ces énigmes, reste alité. Et pendant ce temps, les têtes continuent de tomber…

 

 

 

 

© Convard/Adam/De Rochebrune chez Glénat

 

Pas de Da Vinci Code ici, les auteurs ont préféré rester bloqués en 1508, au tournant des arts et de la religion chrétienne, mesurant les implications d’un sinistre massacre perpétré sur ordre de Salomé. Elle qui voulait la tête de Jean-Baptiste sur un plateau. Un souvenir douloureux qui se rappelle au souvenir des Milanais au travers de crimes sordides visant des notables n’ayant a priori rien à se reprocher. Quatorze ans après Vinci, Le prévôt Vittore n’est toujours pas marié et il va devoir remettre la quête d’une âme soeur à plus tard, il y a du pain sur la planche, haché menu par un sordide individu couvert de bandage et d’une cape rouge à hanter vos pires cauchemars. Le prévôt aura bien besoin d’aide car, un peu à l’instar de Clint Eastwood dans Créances de sang, son corps ne suit plus.

 

 

 

 

© Convard/Adam/De Rochebrune/Delf chez Glénat

 

Dès la couverture, formellement noire (dommage, cependant, qu’elle s’abîme très vite), on est plongé dans l’ambiance de ce début de siècle tourmenté. Le deuxième acte peut commencer et amener son lot de réponses, attendues ou pas. Revenant sur les traces de la légende de la mort de Jean-Baptiste mais ne négligeant pas l’intrigue contemporaine de Michel Ange qui précipite d’ailleurs l’action devant mener à la révélation finale, Éric Adam et Thibaud de Rochebrune font du bon boulot, érudit mais pas lénifiant, pour nous faire croire cette thèse selon laquelle le Baptiste était l’envoyé de Dieu et que sa tête dissimule l’esprit de celui-ci. De quoi faire des envieux. Les décors sont variés, visitant les heures du jour mais aussi de la nuit, de quoi donner l’occasion à Delf d’utiliser une belle palette de couleurs.

 

 

 

 

© Convard/Adam/De Rochebrune/Delf chez Glénat

 

Bien sûr, la réponse à cette (en)quête est sous nos yeux, depuis le début, mais il faut être devin pour la voir venir et les auteurs nous mènent par le bout du nez (qu’heureusement, on ne nous a pas encore coupé) et n’ont pas leur pareil pour mettre à mal leurs personnages, les torturer. Espèces de bourreaux ! Le graphisme expressif et donnant de l’amplitude aux cases de Thibaud de Rochebrune parachève ce thriller ésotérico-historique pour lui donner du galon parmi les oeuvres mélangeant ces deux genres. Avec succès et passion, ici.

 

 

Alexis Seny

 

Titre : Michel Ange

Tome : 2/2 – Le Banque des Damnés

D’après le roman de Didier Convard, Michelangelo et le banquet des damnés

Scénario : Éric Adam

Dessin : Thibaud De Rochebrune

Couleurs : Delf

Genre : Thriller, Ésotérisme, Histoire

Éditeur : Glénat

Collection : Les enquêtes du prévôt Vittore

Nbre de pages : 48

Prix : 13,90 €



Publié le 30/07/2018.


Source : Bd-best


Mutations animalières et troubles de la personnalité, Panique au zoo chamboule à fond la faune de tout poil, à en rendre zinzin Darwin

L’été sera chaud, dans les t-shirts, dans les maillots mais aussi sous les fourrures, dans les coquilles. Les animaux de tout poil risquent de frôler l’insolation et de ne plus avoir toutes leurs frites dans le même paquet… mais dans un bon paquet de planches, quand même, tant la bande dessinée aime toujours autant les mondes anthropomorphes. On vous en proposera plusieurs exemples tout au long de l’été. En attendant, quitte à s’offrir une excursion rafraîchissante dans le monde animal, allons-là où il y a le plus de chances d’en observer des spécimens de tous bords : au zoo ! Et pour le coup, votre aide ne sera pas de trop pour résoudre le mystère inquiétant autant que fascinant qui plane sur le zoo autogéré du Chanoine : les pensionnaires mutent inexplicablement et s’hybrident en toute… désharmonie. En plus, il y a eu un mort et un putsch fort en griffes se prépare.

 

 

 

 

 

 

 

© Bagères/Voyelle

 

Résumé de l’éditeur : Rien ne va plus au Zoo du Chanoine ! D’étranges mutations donnent naissance à d’étonnants hybrides tels que le chat-poney, le serpent-pie-thon, les oursins polaires ou les stupéfiantes loutre-Epics. Le directeur du Zoo embauche deux détectives privés, Poulpe et Castor Burma, pour tenter de lever le voile sur cet édifiant mystère, tandis que dans les allées du Zoo, on murmure, on complote, on ourdit…

 

 

 

 

© Bagères/Voyelle/Alvarez chez Delcourt

 

Des enquêteurs animaliers dans le monde de la BD, on en connaît pas mal. Et souvent des fins limiers. Ceux qu’ont imaginé Frédéric Bagères, Marie Voyelle et Jérôme Alvarez aiment plutôt prendre le temps (celui de faire des jeux de mots vaseux, notamment) et se laisser porter. Ils se nomment Poulpe et Castor Burma et leur réputation les précèdent pourtant. C’est la première fois qu’une de leurs enquêtes est rendue publique. Une enquête pas banale.

 

 

 

 

© Bagères/Voyelle/Alvarez chez Delcourt

 

Car dans ce zoo d’un nouveau genre, révolutionnaire, qu’est celui du Chanoine, les événements récent ne sont pas du tout banals. Et à l’heure de la disparition des espèces de plus en plus précipitée, de nouvelles viennent d’apparaître, des combinaisons foutraques et complètement freaks qui rendraient totalement zinzin Darwin. Pas que lui d’ailleurs, imaginez les troubles de personnalité qui vont accompagner le cheminement pour trouver sa place (et c’est pas gagné) de ce gorille croisé avec un flamand rose ou de ces oursins polaires. Et ce chameau qui n’a plus qu’une bosse, vous y avez pensé ? Et ce dromadaire qui, au contraire, en a désormais deux ? Quel choc ! Et encore, on vous garde les surprises au chaud, dans les intrigues parallèles qu’ont goupillé les auteurs. Le seul qui s’en sort bien, c’est l’araconda, ce serpent qui a muté avec un volatile et se prend désormais pour le grand Quetzalcoatl.

 

 

 

 

© Bagères/Voyelle/Alvarez chez Delcourt

 

Bref, si l’anomalie concerne un tout petit pourcentage des pensionnaires du zoo et qu’elle semble se propager par phase, la dawa est bel et bien semée. Et si cela se généralisait à l’entièreté du parc ? Bien sûr, le directeur se frotte les mains en pensant que cette spécificité très particulière pourrait attirer du public. Reste qu’il a fait appel à nos deux enquêteurs qui ont leur entrée gratuite pour ce jardin du bien et du mal.

 

 

 

 

© Bagères/Voyelle

 

C’est comique, dès les premières planches, Panique au zoo m’a ramené à un jeu de société tout simple que j’ai exhumé il y a peu pour jouer avec mon neveu : Animaux Rigolos. Une sorte de jeu de mémo dans lequel il faut reconstituer, avec quatre pièces, les corps d’animaux exotiques en tenues civiles pour gagner la partie. Même si la tentation est grande d’intervertir les pièces et de créer des animaux nouveaux et hilarants.

 

 

 

 

© Bagères/Voyelle/Alvarez chez Delcourt

 

Il y a de ça dans le récit dynamique que proposent Bagères et Voyelle qui ont dû, eux, aussi prendre leur pied palmé (sait-on jamais qu’eux aussi aient muté!) avec cette histoire inventive, farfelue et pourtant drôlement efficace. Cette histoire, si l’idée de départ était cocasse, encore fallait-il la mener à bon porc… euh port, et force est de constater que les trois seuls humains de cette histoire, si on excepte le caméo d’un vétérinaire dont on ne voit de toute façon que les pieds qui sait peut -être a-t-il une tête de moineau ou de rhino, rien ne disant qu’il n’a pas participé aux fêtes du zoo où tout a basculé), s’y engagent bec et ongle, multipliant les à-côtés de bonne facture mais n’oubliant pas de faire progresser l’enquête en s’adressant autant aux jeunes lecteurs premier degré qu’aux plus grands avec un univers bardés de références. Comme au sergent-instructeur Hartman du mémorable Full Metal Jacket, le Livre de la jungle ou encore Fight Club.

 

 

 

 

© Bagères/Voyelle/Alvarez chez Delcourt

 

Quant au dessin de Marie Voyelle, si elle avait déjà fait intervenir un certain Raoul-le-morse dans un précédent album, il fallait aller visiter ses pages et sites (ou ses livres pour enfants, tout simplement) pour mieux apprécier sa délicatesse à apprivoiser les animaux. Panique au zoo fait figure de redoutable carte de visite. Non contente de donner un comportement humain à ces animaux déjantés, sans excès, elle leur donne aussi des personnalités variées (et des tempéraments forts, il y en a!) et trouve son style pour éviter de faire du Sokal, du Guarnido ou du Reculé mais juste du Voyelle. Et tellement Voyelle. Le mouvement, les attitudes, les expressions, tout est rendu à la perfection et rythmé par les couleurs bien choisies de Jérôme Alvarez. Ça a l’air faussement facile mais il doit y avoir un gros boulot de chara-design derrière toute cette ménagerie animée.

 

 

 

 

© Bagères/Voyelle/Alvarez chez Delcourt

 

Guidé par ce duo mal-assorti et pourtant si sympathique et inséparable, voilà un polar qui pète des flammes, pas pressé mais pourtant sans temps mort de par les interventions de tout ce petit monde irrésistible. Il y a de la poésie, de l’esprit et surtout un ton qui nous a fait craquer pour cet album. Loup-phoque et fourmi-lion d’idées.

 

 

 

 

La colorisation © Bagères/Voyelle/Alvarez

 

En espérant qu’il y en ait d’autres, de génisse… oups de génie, pour que d’autres enquêtes de ce duo voient le jour.

 

 

Alexis Seny

 

Titre : Panique au zoo

Récit complet

Scénario : Frédéric Bagères

Dessin : Marie Voyelle (Page Fb)

Couleurs : Jérôme Alvarez

Genre : Anthropomorphisme, Aventure, Humour, Polar

Éditeur : Delcourt

Collection : Humour de rire

Nbre de pages : 48

Prix : 23,95€



Publié le 24/07/2018.


Source : Bd-best


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