Information générale concernant le monde de la BD
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Joyeusement crétin.  Spirou chez les fous

 

« - Par ici !

- Merci d’avoir répondu si vite !

- Désolé de vous recevoir dans ces tristes circonstances… Mais je dois convenir que nos visiteurs viennent rarement ici pour le plaisir. Je suis content de voir quelqu’un se manifester dans l’entourage de Monsieur Fantasio. Nos recherches pour contacter un membre de sa famille étaient restées vaines jusqu’à présent... »

 

 

 

 

 

 

 

 

Lorsque Spirou débarque à l’asile psychiatrique régional des Charentes, ça fait six jours que Fantasio y est interné. Lorsqu’il a été pris en charge, il était en train de se battre avec un lama dans le zoo d’Angoulême. Le professeur Herquin-Frangé, qui dirige l’hôpital depuis de longues années, rapporte une recrudescence des crises de folie ces derniers jours. Fantasio fait partie des derniers admis. Il se prend pour le Capitaine Haddock. Il souffre du syndrome de Jérusalem, du nom de cette maladie qui frappe les visiteurs de la cité Sainte, touchés par l’atmosphère sacrée qui a raison de leur santé mentale. Ici, c’est pareil, sauf qu’on est à Angoulême et que les malades se prennent pour des personnages de BD. Les méthodes thérapeutiques révolutionnaires du professeur sauveront-elles Fantasio ?

 

 

 

 

© Jul, Libon - Dupuis

 

 

Si on en sait beaucoup sur Spirou, on connaît beaucoup moins les origines de Fantasio. C’est de ce postulat qu’est parti le scénariste Jul, déjà aux manettes de Lucky Luke, autre classique parmi les classiques. Le séjour du journaliste en hôpital psychiatrique va obliger Fantasio à faire le point sur lui-même. Il se prend pour Haddock. Comme ça Jul peut dire qu’il reprend aussi Tintin ! Trêve de plaisanterie, Jul tire avant tout son chapeau à Franquin dans une histoire étrange et désopilante de la veine de La mauvaise tête.

 

 

 

 

© Jul, Libon - Dupuis

 

 

Pour illustrer une histoire si déjantée, si débile, avec tout le respect que l’on doit à se terme, qui pouvait-on trouver de mieux que Libon ? Ses personnages aux airs naturellement hallucinés sont les acteurs rêvés de cette comédie joyeusement burlesque. L’auteur des Cavaliers de l’apocadispe rend hommage à un panthéon du Neuvième art. Ayant découvert Spirou sur le tard, Libon avoue ne pas avoir eu de vénération qui l’aurait bloqué dans la réalisation de l’album. Il se lâche et ça détache !

 

 

 

 

© Jul, Libon - Dupuis

 

 

Après avoir lu Spirou chez les fous, les aficionados d’Angoulême n’iront plus jamais sereinement dans la cité charentaise, de crainte de se retrouver dans l’hôpital du professeur Herquin-Frangé.

 

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

 

 

 

 

 

Série : Spirou 

 

Titre : Spirou chez les fous

 

Genre : Aventure

 

Scénario : Jul

 

Dessins : Libon 

 

Couleurs: Alex Doucet

 

Éditeur : Dupuis

 

Nombre de pages : 56 

 

Prix : 12,50 €

 

ISBN : 99782800169910

 



Publié le 20/12/2022.


Source : Boulevard BD


Family Happiness.  Boule & Bill 43 - L’échappée Bill

 

« - Boule, qu’est-ce qu’il fait comme travail ton père ?

- Houlà… Je ne sais pas trop… Ce qui est sûr, c’est que ça doit être très fatigant parce que dès qu’il rentre à la maison, il mange et il dort tout de suite après !

- Oui, c’est bien ce qu’il me semblait… Ton chien doit faire le même travail que lui… ! »

 

 

 

 

 

 

 

                Quel est le point commun entre Bill et le père de Boule ? C’est le farniente au jardin en fin d’après-midi, après une journée ha-ras-sante. Pour le reste, le chien et son maître ne sont pas toujours sur la même longueur d’ondes, en particulier lorsqu’il s’agit de faire prendre son bain au cocker. A part ça, Bill dévoile des qualités incroyables de mime, que décode particulièrement bien Boule. Celui-ci va en reconnaissance au marché pour être certain qu’il n’y ait pas de danger pour son chien, surtout si le marché est « spécial ». Enfin, balades en forêt avec nos amis les animaux sauvages, sorties en 2 CV ou après-midi avec le copain Pouf rythment le quotidien de Boule et Bill.

 

 

 

 

© Bastide, Cazenove - Dargaud

 

 

                Acte sept pour les Boule & Bill de Bastide et Cazenove. La série est définitivement indémodable. Les enfants ne peuvent y voir que du feu avec les Boule & Bille de Roba, pas comme dans l’indigente série de dessins animées actuelle, moche comme c’est pas possible, à mille lieux de la première adaptation sortie en 1975, très réussie, et même de celle de 2005 qui était acceptable. Bref, heureusement que la BD garde les lettres de noblesse de la série.

 

 

 

 

© Bastide, Cazenove - Dargaud

 

 

               La magie de Boule & Bill a su conservée par tous les successeurs de Roba, à commencer par celui qui avait été adoubé par le maître, son élève Laurent Verron. Boule n’ayant pas de téléphone portable, GSM pour nos amis belges, il ne pourra pas être démodé le jour où l’on utilisera autre chose à la place. Pareil pour les tablettes et toutes les technologies modernes. Par contre, les gosses joueront toujours au ballon et aux gendarmes et aux voleurs, ils feront toujours des balades en forêt avec leurs parents, et leurs chiens prendront toujours des bains alors qu’ils n’en ont pas envie. Autre différence notable entre Boule & Bill et les autres séries destinées au même public comme Ducobu ou Cédric, l’école est quasiment absente, sauf parfois sur le chemin du retour.

 

 

 

© Bastide, Cazenove - Dargaud

 

 

                Boule & Bill n’ont pas fini de ravir des générations de lecteurs. Pendant que Papa joue au golf avec son patron, Bill fait sa quarante-troisième échappée pour notre plus grand bonheur.

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Série : Boule & Bill

 

Tome : 43 - L’échappée Bill

 

Genre : Humour 

 

Scénario : Christophe Cazenove 

 

Dessins : Jean Bastide 

 

Couleurs : Luc Perdriset & Jean Bastide  

 

Éditeur : Dargaud

 

Nombre de pages : 48

 

Prix : 11,50 €

 

ISBN : 9782505114284 

 



Publié le 20/12/2022.


Source : Boulevard BD


Au fond de moi.  Deep me

 

« - Adam ne ressent absolument plus rien. Et il ne peut absolument plus rien faire…

- C’est quel type de coma ?

- S’il s’agit d’un coma, alors c’est le pire : celui dont on ne peut rien savoir.

- Score moteur : niveau un sur l’échelle de Glasgow.

- Traduction : niveau zéro de conscience. »

 

 

 

 

 

 

 

                Adam se réveille dans le noir le plus sombre. Il entend les personnes autour de lui. Il les comprend. Mais il ne peut ni leur parler ni interagir avec eux. Il est dans une forme de coma. Comment en est-il arrivé là ? Pour les médecins, la stimulation transcrânienne au niveau du cortex préfrontal n’a rien donné. Les médicaments comme l’amantadine et le zolpidem n’ont eu aucun effet. Adam ne peut pas bouger. Pourtant, il ne se sent ni attaché ni paralysé. Il est quelque part entre la mort cérébrale et le locked-in syndrome (syndrome d'enfermement), état d'éveil et de conscience avec tétraplégie et paralysie des nerfs crâniens inférieurs. Peu à peu, une image arrive au souvenir d’Adam. D’abord fixe, elle évolue légèrement.

 

 

 

 

© Mathieu - Delcourt

 

 

                Marc-Antoine Mathieu signe un album au concept étonnant. Spécialiste du genre, il ne fait jamais un album pour faire un concept. Il met le concept au service d’une histoire. Et c’est cela sa force. La majorité des planches de Deep me sont toutes noires. Adam est un narrateur interne. Le lecteur est dans son cerveau, cherchant avec lui à comprendre. Mathieu ne joue pas seulement avec les cases noires mais aussi avec les intercases, avec les bulles, plus ou moins sombres, plus ou moins éloignées. A la manière d’un film comme Buried, dans lequel Ryan Reynolds passe quatre-vingt-dix minutes dans un cercueil enterré vivant, on ne s’ennuie pas une seconde. Bien sûr, il ne faut pas s’attendre avec Marc-Antoine Mathieu à un scénario convenu. Le final est imprévisible.

 

 

 

 

© Mathieu - Delcourt

 

 

                Delcourt joue le jeu en accompagnant son auteur dans son aventure. D’extérieur, le livre est entièrement noir. La couverture est noire. Le titre se devine à la lumière. La tranche est noire, même le fameux triangle Delcourt traditionnellement rouge s’est habillé de gris. La quatrième de couverture est noire, avec le texte du pitch en noir sur noir. Les bordures des pages sont noires. La seule tâche blanche est celle encadrant le code barre.

 

 

 

 

© Mathieu - Delcourt

 

 

                « La pensée est une des formes de la matière. » Cette maxime en introduction traduit tout le sens de l’histoire, aventure humaine qui se métamorphose en méditation philosophique.

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

One shot : Deep me 

 

Genre : Emotion 

 

Scénario & Dessins : Marc-Antoine Mathieu 

 

Éditeur : Delcourt

 

Nombre de pages : 120

 

Prix : 19,99 €

 

ISBN : 9782413044512 

 



Publié le 20/12/2022.


Source : Boulevard BD


Les parents des étoiles.  Thorgal 40 - Tupilaks

 

« - Toujours autant pétri de nobles sentiments, Thorgal !

- Slive ! Vivante ? Comm…

- Comment ? Ne suis-je pas Slive « celle qui ne meurt jamais »? Ahahah !

- Plus tard les explications ! Il n’y a pas une minute à perdre ! Pour votre salut, suivez-moi ! Neokora va bientôt activer ses « Phulos », les guerriers d’élite atlantes ! Leur armement est tel qu’il vous sera alors impossible de leur échapper ! »

 

 

 

 

 

 

 

Thorgal Aegirsson ne reçoit d’ordres ni des hommes, ni des dieux, et encore moins d’une intelligence artificielle, même si elle est atlante, comme lui. Il vient de mettre à mal Neokora, mais celle-ci a eu le temps de réveiller tous les résidents atlantes du vaisseau. Ceux-ci étaient arrivés sur Terre pour éradiquer la race humaine et prendre leur place. Parmi eux, à l’origine, il y avait les propres parents de Thorgal, avant qu’une mutinerie ne les oblige à fuir. Aujourd’hui, le viking des étoiles se trouve confronté à ses anciens compatriotes. Il va lui falloir choisir un camp.

 

 

 

 

© Vignaux, Yann, Georges – Le Lombard

 

 

Dans la saga de Thorgal, il y a deux types d’histoires : les aventures vikings avec une dose d’Heroïc-Fantasy mais bien ancrées dans la mythologie nordique, et les autres rattachant Thorgal à son passé. Suite du diptyque commencé avec le tome précédent Neokora, Tupilaks fait partie de cette seconde catégorie. Les fins connaisseurs de la série repèreront rapidement que cette aventure découle en droite ligne de L’enfant des étoiles, album mythique de la série, le septième, dans lequel on apprend d’où vient Thorgal.

 

 

 

 

© Vignaux, Yann, Georges – Le Lombard

 

 

Yann nous dévoile ici les conséquences de la scission dans le groupe d’atlantes ayant voulu rejoindre la Terre. Fred Vignaux reste magistral dans cet album, complexe, très narratif, trop verbeux par moments, mais qui se termine façon blockbuster. Comme d’habitude, un mot sur la couverture, encore une fois signée Rosinski. Elle est réussie, certes, mais n’a pas la puissance de celle de L’enfant des étoiles. Mais quand donc l’éditeur laissera-t-il Vignaux les dessiner ? Gardez les tableaux de Rosinski pour de beaux artbooks et permettez à son successeur de signer les couvertures de ses propres albums : ce serait tout simplement être honnête et respecter les lecteurs. On l’a déjà dit et on le redira jusqu’à ce que ce soit fait.

 

 

 

 

© Vignaux, Yann, Georges – Le Lombard

 

 

La sortie de l’album s’accompagne de la parution d’un jeu de société centré sur Qâ, le meilleur arc narratif à ce jour de la série. Les joueurs incarnant Thorgal, Aaricia, Jolan ou d’autres compagnons doivent traverser le grand océan, du pays viking jusqu’au pays Qâ, pour y affronter Ogotaï qui veut devenir le maître du monde. Ce jeu de cartes et de dés conçu par Stéphane Hardy est une véritable immersion dans l’univers créé par Rosinski et Van Hamme.

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

 

 

 

 

 

Série : Thorgal

 

Tome : 40 - Tupilaks

 

Genre : Heroïc Fantasy 

 

Scénario : Yann

 

Dessins : Fred Vignaux

 

Couleurs : Gaëtan Georges

 

Couverture : Rosinski & Vignaux

 

Éditeur : Le Lombard

 

Nombre de pages : 48

 

Prix : 12,95 €

 

ISBN : 9782808203470

 



Publié le 20/12/2022.


Source : Boulevard BD


Baby-sitting not blues.  Astrid Bromure 7 – Comment lessiver la baby-sitter

 

« - Je ne serai pas vraiment seule si je reste avec Gatsby et Fitz.

- Astrid.

- Il ne nous reste plus qu’à annuler l’invitation !

- Nicéphore !... Allô ! L’agence de placement des baby-sitters de luxe ? »

 

 

 

 

 

 

Ce n’était absolument pas prévu mais les parents d’Astrid Bromure sont invités ce soir au restaurant par Hippolyte, le demi-frère de son papa Nicéphore. Alors que ce dernier avait hérité de sa mère d’un portefeuille d’actions, l’autre s’est vu attribué la fabrique de cookies Cookiecrok, entreprise qui périclite. Il va falloir parler affaires. Ce n’est pas la place d’une petite fille. Malheureusement, aucun des domestiques de la maison n’est disponible (ou motivé) pour garder la fillette. Et quand la belle-famille va se pointer avec ses propres bambins à garder, la baby-sitter de luxe qui venait d’être recrutée tourne les talons. Dernier espoir : Patience Poppyscoop, la nièce de Prudence, la préceptrice d’Astrid. Va-t-elle tenir le coup ? Ou bien va-t-elle être lessivée ?

 

 

 

 

 

© Parme, Dreher - Rue de Sèvres

 

 

« C’est en jouant, et peut-être seulement en jouant, que l’enfant ou l’adulte est libre d’être créatif. » Cette citation de Donald Woods Winnicott, en 1971 dans Playing and reality, ouvre cette nouvelle aventure d’Astrid Bromure. En effet, les enfants, quelque soit leur milieu social, qu’ils soient nés avec une cuillère en argent dans la bouche ou de famille modeste, ont pour point commun que leurs principales préoccupations tournent autour du jeu. Astrid Bromure ne déroge pas à la règle. La petite fille riche est une joueuse invétérée. Sa maison même est un terrain de jeu rêvé. Alors, quand il y a d’autres gamins à la maison comme dans cette histoire-ci, et que les parents ne sont pas là, que demander de plus ? Si l’on pousse encore plus loin l’analyse, dans le mot « gamin », on trouve le mot « game » qui signifie « jeu » en anglais.

 

 

 

 

© Parme, Dreher - Rue de Sèvres

 

 

Astrid Bromure rivalise d’inventivité pour s’amuser dans son luxueux appartement au sommet d’un building non moins luxueux. Elle peut le transformer en terrain de golf aussi bien qu’en piste géante de dominos, remplaçant les célèbres pions par des livres. Et pour tout ranger, comment on va faire ? Heureusement, il paraîtrait que Patience a plus d’un tour dans son sac. Fabrice Parme, quant à lui, est toujours au top. Avec un style qui n’appartient qu’à lui, il est l’un des meilleurs et des plus intéressants dessinateurs de sa génération.

 

 

 

 

© Parme, Dreher - Rue de Sèvres

 

 

En attendant, après avoir dézingué la petite souris, atomisé les fantômes, épinglé l’enfant sauvage, lyophilisé le monstre du Loch Ness, refroidit le yéti, fricassé le lapin, venez apprendre avec Astrid Bromure comment lessiver une baby-sitter.

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

 

 

 

 

 

Série : Astrid Bromure

 

Tome : 7  – Comment lessiver la baby-sitter 

 

Genre : Aventure humoristique 

 

Scénario & Dessins : Fabrice Parme 

 

Couleurs : Véronique Dreher 

 

Éditeur : Rue de Sèvres

 

Nombre de pages : 32

 

Prix : 10,50 €

 

ISBN : 9782810215133

 



Publié le 20/12/2022.


Source : Boulevard BD


Scrooge Girl.  Un chant de Noël

 

« - Une obole pour les enfants nécessiteux, madame ?

- Pardon ?

- En cette période festive de l’année, il est souhaitable de venir en aide aux indigents. Des milliers d’enfants n’ont pas de toit sous lequel s’abriter.

- N’y a-t-il pas de prisons ?

- Madame, ce ne sont que des enfants !

- Ce sont des vagabonds.

- Mais… Ce sont aussi des enfants de Dieu.

- Petits ou grands, les vagabonds sont tous pareils. Ils ne connaissent nu l’éducation, ni la propreté. Et ils méprisent toute forme de discipline. (…) C’est ainsi que les rues de Londres se retrouvent infestées de voyous. »

 

 

 

 

 

 

 

 

                Londres, 24 décembre 1843. Elizabeth Scrooge se voit demander l’obole par de bons samaritains venant en aide aux enfants nécessiteux. S’il y a quelqu’un à qui ce n’était pas la peine de demander, c’est bien elle. La dame, usurière, a des oursins dans les poches. Son ancien associé vient de décéder. Exécutrice testamentaire, elle l’a fait inhumer à moindres frais. Ce soir, c’est Noël. Comme tous les soirs, Scrooge regagne sa maison pour dîner et se coucher seule. Cette nuit ne va pourtant pas être comme les autres. Le fantôme de Marley va l’emmener pour un voyage dans le temps. Va-t-il changer sa vie ?

 

 

 

 

© Munuera, Sedyas - Dargaud

 

 

                Classique de Noël parmi les classiques, battu et rebattu, A Christmas Carol, cette histoire de Dickens, valait-elle une énième adaptation ? José-Luis Munuera ayant trouvé un angle d’approche inédit, la réponse est évidemment oui. L’auteur remplace le vieillard aigri et rabougri par une jolie femme, tout aussi aigrie, mais pas du tout rabougrie. Pour le reste, rien ne change. Le fantôme de Marley embarque Scrooge dans différentes époques de Noël de sa vie. Scrooge va ainsi rencontrer l’esprit de ses Noël passés, celui du Noël présent, puis celui des Noël futurs.

 

 

 

 

© Munuera, Sedyas - Dargaud         

 

 

       Scrooge est un personnage mythique de la littérature britannique. N’est-ce pas lui qui a inspiré et donné son nom originel à Picsou ? Ce n’est pas pour rien que le canard joue ce rôle dans le moyen-métrage Le Noël de Mickey. Michael Caine l’a incarné à son tour dans le formidable Noël des Muppets, entouré des marionnettes de Jim Henson. On passe sur la visuellement très moche version en capture motion avec Jim Carrey, pour se rabattre sur le dessin animé qui est sorti récemment sur Netflix. Voilà pour les principales, mais il en existe d’autres. En bande dessinée, Estelle Meyrand avait proposé sa version en 2008 chez Delcourt sur un scénario de Rodolphe. Plus récemment, en octobre, L’Hermenier et Labourot ont raconté l’histoire chez Jungle. Signalons enfin l’étonnant Zombies Christmas Carol, un comics paru en 2012.

 

 

 

 

© Munuera, Sedyas - Dargaud

 

 

                Malgré tout ça, Munuera a réussi à trouver sa place. Après sa sensationnelle adaptation de Bartleby le scribe, il confirme la qualité de ses relectures.

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

 

 

 

 

 

 

 

One shot : Un chant de Noël 

 

Genre : Conte 

 

Scénario & Dessins : José-Luis Munuera

 

D’après : Charles Dickens

 

Couleurs : Sedyas 

 

Éditeur : Dargaud

 

Nombre de pages : 80

 

Prix : 17 €

 

ISBN : 9782505111559 

 



Publié le 20/12/2022.


Source : Boulevard BD


Des Dieux et un Dieu.  Les rivières du passé 2 - Lamia

 

« - Quelle chance pour une jeune et charmante personne comme vous d’avoir pu accompagner de telles sommités scientifiques !

- Vos professeurs sont des imbéciles. Je suis venu à votre inauguration parce que je vous ai entendue mentionner le nom de Ay lors d’une interview à la radio. Figurez-vous que j’ai attendu toute ma vie de rencontrer quelqu’un qui se poserait les bonnes questions. Dites-moi su je me trompe. Vous n’êtes pas une femme comme les autres. Il faut vous aprler de poisons, de momies, de dieux reniés pour faire battre votre cœur. »

 

 

 

 

 

 


                Palazzo Grassi, Venise. Lors de l’inauguration d’une exposition égyptienne, Lamia fait la connaissance d’un étrange homme au masque de carnaval. Il s’appelle Honorius Worn, mais certains l’appellent le seigneur de la peur. Il lui propose de venir visiter son Musée. Elle y découvre la seule représentation de Ay, pharaon maudit. Ce pharaon aurait fait passer l’Egypte du polythéisme au monothéisme. Mais ce n’est pas l’avis de tout le monde. Avec Linn, la voleuse à la mèche bleue, Lamia va se rendre en Egypte à la recherche du secret de Ay. Mais attention, les Shayks rôdent. Mi-stryges, mi-garous, ces créatures se conteront-elles de rester des esclaves meurtriers ?

 

 

 

 

© Desberg, Corboz - Daniel Maghen

 

 

                Fin du diptyque Les rivières du passé signé Stephen Desberg et Yannick Corboz. Le scénariste livre une histoire plus philosophique qu’il n’y paraît. Ajoutant à un récit à la Indiana Jones du fantastique et des sauts temporels, Desberg pose la problématique du passage du polythéisme au monothéisme en Egypte. On suit le destin de ces deux femmes entre un collectionneur fou et des individus qui n’ont pas d’intérêt à ce qu’une autre vérité soit dévoilée. Si Iznogoud n’a jamais réussi à dépasser sa condition de Vizir, il n’en fut pas de même pour tout le monde.

 

 

 

 

© Desberg, Corboz - Daniel Maghen

 

 

                Corboz passe de l’eau des canaux vénitiens au sable du désert égyptien, immergeant le lecteur dans les différents lieux par une mise en couleur enveloppante. Au fil de l’album, le dessinateur ose des découpages de plus en plus originaux, notamment lors du voyage en Egypte. Et que dire de l’envoûtante tenue de Lamia qui restera dans les annales ? La sublime couverture synthétise toute l’ambiance de l’album. Le bleu de l’eau vénitienne en fond s’avance pour se métamorphoser en un beige sable sous le talon de la cuissarde de l’héroïne.

 

 

 

 

© Desberg, Corboz - Daniel Maghen

 

 

                L’histoire se clôt mais on imaginerait bien d’autres aventures avec les mêmes personnages. L’archéologue Indiana Jones est bien revenu plusieurs fois, alors pourquoi pas d’autres ?

 

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

 

 

 

 

 

Série : Les rivières du passé

 

Tome : 2 - Lamia

 

Genre : Thriller fantastique

 

Scénario : Stephen Desberg 

 

Dessins & Couleurs : Yannick Corboz

 

Éditeur : Daniel Maghen

 

Nombre de pages : 72 

 

Prix : 16 €

 

ISBN : 9782356740960 

 



Publié le 20/12/2022.


Source : Boulevard BD


Tintin c'est l'aventure T.14  Voyages en train

 

 

 

En cette veille de congé de Noël, comment ne pas rêver de vacances et donc de voyages, de découvertes, de reportages ici ou là … mais surtout loin de cette grisaille et de cette météo de saison ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lorsque nous parlons de Tintin, chacun pense immédiatement à ce journaliste et notamment à ses premières aventures. Parcourant le monde pour telle ou telle enquête, article, mystère à éclaircir ou simplement ami à sauver, … il en a utilisé des moyens de transport différents.

 

Le bateau évidemment (nous en avions déjà parler avec le « Tintin c’est l’Aventure n°10 : Hergé, Haddock et la mer, une vision des enjeux de demain »), la voiture, la moto, l’avion parfois mais aussi … et n’est-ce pas la première image de voyage et d’évasion qu’Hergé nous a offerte, en train !

 

 

 

 

 

 

© Hergé / Tintinimaginatio - 2022

 

 

 

Rappelez-vous « Tintin chez les Soviets » avec le retour triomphal de notre petit reporter à la gare de Bruxelles Nord !

Ou encore sa longue marche le long de la voie ferrée en Chine, dans « Le Lotus Bleu » !

Il l’empruntera dans quasi tous ses premiers albums : en Amérique, dans la cordillère des Andes, en Ecosse, sans oublier dans « Les Cigares du Pharaon », …

Bref, plus qu’un simple moyen de locomotion, il est évident qu’Hergé adorait les trains ! Les possibilités qu’ils offraient de voyager, se déplacer facilement ici ou là étaient souvent source de péripéties aventureuses, d’espoirs de liberté, de cascades et scènes à sensation.

 

 

 

 

 

© Hergé / Tintinimaginatio - 2022

 

 

 

 

Personnellement, la séquence qui m’a, jeune, le plus marqué dans les aventures ferroviaires de Tintin, est celle où du wagon détaché dévalant à toute vitesse le versant montagneux dans « Le temple du Soleil », il saute du pont dans ce vide vertigineux avec Milou dans les bras.

 

 

 

 

 

© Hergé / Tintinimaginatio - 2022

 

 

 

 

 

 

Quel plaisir dès lors de retrouver ce thème richement développé dans ce numéro exceptionnel de « Tintin, c’est l’aventure » !

Avec des intervenants remarquables, tel Bertrand Piccard, petit-fils du savant qui inspirera le professeur Tournesol, nous sommes emportés dans cet univers également scientifiques et techniques.

Impossible enfin de parler « train » sans donner la parole à un grand admirateur, à la fois d’Hergé et des trains ! Vous avez évidemment compris … François Schuitens et sa révélation face à la mythique « Type 12 ». Un amour qui donnera naissance à un album BD remarquable : « La Douce ». De la puissance de cette imposante machine, symbole même du machinisme, qui ne pourrait reste impassible … ou insensible ?

Comme il le dit lui-même, il « faut réinventer le train ». Que ce soit grâce au musée « Train World » ou profitant d’un regain d’intérêt dû à la sensibilisation environnementale actuelle, le train est et reste la porte vers l’imaginaire et la féérie du voyage.

Voyager en train, c’est pour beaucoup, ou plutôt c’était pour beaucoup aussi, tout un art de vivre. Les trains de légendes qui ont fait fantasmer des générations … tel les trains de nuit et son Orient-Express ! Jean des Cars, journaliste et historien, auteur d’un « Dictionnaire amoureux des trains » nous en parle avec passion et émotion.

 

 

 

 

 

© Hergé / Tintinimaginatio - 2022

 

 

 

 

L’auteur BD « invité » ne pouvait être autre que Stéphane Brangier. La sortie du second et dernier tome de « L’Or des Belges » nous permet de revenir sur cette épopée ferroviaire extraordinaire du XXe siècle. Une course-poursuite en pleine Afrique, au début de la Seconde Guerre mondiale pour sauver les 198 tonnes d’or du Trésor national belge des mains avides nazies.

 

 

 

 

 

© Hergé / Tintinimaginatio - 2022

 

 

 

 

Et si comme à chaque fois, nous nous arrêtons aux esquisses, dessins, images, publicités, souvent rarissimes, de trains imaginés par Hergé, ce numéro est LA pièce indispensable de tout lecteur resté enfant dans l’univers de Tintin.

D’autres surprises, articles, réflexions et découvertes sont à parcourir au travers des différents wagons, euh pardon, des 154 pages de ce numéro 14.

 

 

Thierry Ligot

 

 

Titre : Voyages en trains

 

Série : Tintin c’est l’aventure

 

Tome :14

 

Éditeur : Moulinsart Prisma

 

Collection : Géo Moulinsart

 

Nombre de pages : 144

 

Date de publication : 30 novembre 2022

 

Prix : 17,99 €

 

ISBN : 9782810437481

 



Publié le 19/12/2022.


Source : Bd-best


Sous le sapin de Noël - Les 10 suivants

 

Ils ont failli être dans les 10 premiers, ils sont juste après. Voici donc, sans classement, la sélection des dix albums suivants retenus pour vous.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Djemnah, les ombres corses

 

            Donadille mêle la grande et la petite histoire. La navigation, les villas américaines, la religion, Napoléon Bonaparte et Pascal Paoli, Ogliastro et le Cap Corse, le voyage spatio-temporel est éblouissant. Eblouissant également est le traitement graphique de Patrice Réglat-Vizzavona. Comme Ange, le dessinateur est d’origine corse. Comme Ange, il n’y avait jamais mis les pieds. Il y est allé pour la première fois à l’occasion de repérages pour cet album. Il réussit à dégager toute l’essence de l’île de Beauté. On sent la népéta et les herbes du maquis. On entend l’eau des rivières couler entre les cases. On voit la lumière du soleil filtrer entre les feuillages et on écoute la neige crisser sous les pieds des personnages. Une fusion incroyable s’est créée entre le dessinateur et son œuvre. Il y a quelque chose de magique qui s’est passé, comme s’il n’y avait que quelqu’un avec du sang corse qui pouvait traduire ainsi en dessin cette histoire.

 

One shot : Djemnah, les ombres corses

Genre : Emotion

Scénario : Philippe Donadille

Dessins & couleurs : Patrice Réglat-Vizzavona

Éditeur : Delcourt

 

 

 

Elles 2 - Universelle(s)

 

            Kid Toussaint et Aveline Stokart signent un best seller dans l’air du temps d’une époque anxiogène pour les adolescents. Tout en délicatesse, dans une ambiance graphique sublime. Tout est résumé dans le logo de la page de titre, réalisé comme un arc-en-ciel aux couleurs nouvelles. Stokart matérialise le subconscient d’Elle dans des scènes variées, inattendues, surprenantes comme des rêves dont on se demande d’où ils nous viennent. Elle n’est pas un récit pessimiste. C’est l’histoire d’une ado qui cherche à faire émerger sa véritable personnalité. On l’accompagne dans son combat contre des apparences. Et quand les auteurs rebattent les cartes dans un cliffhanger surprenant, on ne peut qu’en être scié. Ceux qui attendaient une série qui ne ressemble à aucune autre trouveront en Elles ce qu’ils cherchent. Quête de personnalité et/ou difficultés à quitter l’enfance pour passer à l’âge adulte, Elles transcende les sentiments dans un récit d’émotions.

 

 

Série : Elles

Tome : 2 - Universelle(s) 

Genre : Sentiments lycéens 

Scénario : Kid Toussaint 

Dessins & Couleurs : Aveline Stokart 

Éditeur : Le Lombard

 

 

 

Celle qui fit le bonheur des insectes

  

Zidrou invente un nouveau conte des 1001 nuits. Cette histoire aurait très bien pu être racontée par Shéhérazade. Sous couvert d’une légende orientale, il traite de la gestion du deuil. Qu’est-ce qui permet d’en sortir, non pas indemne, mais un peu plus serein ? Sans expliciter ce qu’il faut faire, le scénariste montre en tous cas un chemin inutile à suivre. Au dessin, Paul Salomone propose un voyage aux mille couleurs. Du jaune feu au bleu nuit, Salomone illumine son trait. Les intérieurs du palais sont minutieux. On y est. Réussira-t-elle à faire son bonheur ? A défaut ou en complément, celle qui fit celui des insectes fera aussi celui des lecteurs.

 

One shot : Celle qui fit le bonheur des insectes

Genre : Conte oriental

Scénario : Zidrou

Dessins & Couleurs: Paul Salomone

Éditeur : Daniel Maghen

 

 

La guerre invisible 3 – L’institut

 

            L’institut clôt le tryptique de La guerre invisible. La série créée par le regretté Frank Giroud et poursuivie magistralement par Laurent Galandon s’achève. Le personnage de Fürbringer en est le fil rouge. Le scientifique est un pion que se disputent les blocs de l’Est et de l’Ouest pour mener à bien la chasse aux criminels nazis. Avec La disparition de Josef Mengele et Beate et Serge Klarsfeld, un combat contre l’oubli, La guerre invisible démontre que la seconde guerre mondiale ne s’est pas arrêtée en 1945, loin de là. La guerre invisible est un triptyque redoutable.

 

Série : La guerre invisible

Tome : 3 - L’institut

Genre : Espionnage

Scénario : Laurent Galandon & Frank Giroud 

Dessins : Olivier Martin 

Couleurs : Gaétan Georges

Éditeur : Rue de Sèvres

 

 

 

Au pays de Boby Lapointe

   

Il  est des BD qui sont des succès, il y a des BD d’émotion, de suspens, d’aventures. Et puis il y a les petits bonbons acidulés, qui font du bien, qui chatouillent, des OVNI, on ne sait pas pourquoi. Au pays de Boby Lapointe est de celles-ci. Gaston offre un moment suspendu. On l’ouvre pour en lire quelques pages et la reposer. Mais non. On ne sait pas pourquoi, on l’a terminé. On est parti, ailleurs, le temps s’est arrêté et puis on est revenu. Inexplicable. C’est exactement ce qu’il se passe avec ce petit album, grâce au talent de Gaston, mais aussi à celui de Boby Lapointe. Le dessinateur et le musicien étaient faits pour se rencontrer. Gaston ayant juste sept ans au moment de la disparition de Lapointe, ça ne se fera jamais. Et pourtant, cette rencontre s’est produite, grâce à ce livre. La meilleure chose à faire après avoir effectué ce merveilleux voyage au pays de Boby lapointe ? Ré-écouter un disque de Boby Lapointe. Sa Katie l’a quitté mais lui ne nous quittera jamais.

 

One shot : Au pays de Boby Lapointe 

Genre : Biographie

Scénario, Dessins & Couleurs : Gaston

Éditeur : Idées plus

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Charbon 2 - La révolte

  

            Michel Colline signe un scénario efficace. Dans un graphisme ligne claire très personnel et émouvant, à la fois vintage et moderne, Colline écrit une histoire à grand spectacle, un conte philosophique et écologique tourné vers l’avenir. L’auteur met en garde contre une hyper-industrialisation polluante sans tomber dans un pessimisme fatal. Dans toute situation aussi désespérée soit elle, il y a un espoir, il y a une lueur, il y a un feuillage. Avec la complicité de Maëlys Cantreau qui participe à la colorisation, Colline propose un album qui s’illumine tout doucement comme une ampoule à économie d’énergie.

 

 

Série : Charbon

Tome : 2 - La révolte

Genre : Aventure 

Scénario & Dessins : Michel Colline 

Couleurs : Michel Colline & Maëlys Cantreau

Éditeur : Paquet

 

 

 

Ténébreuse 2 - Livre second

 

Vincent Mallié est magistral. L’ancien élève de Régis Loisel égale son maître. Le château noir, la ville en colère, l’invasion des rats, Mallié réalise des planches d’un aboutissement rare. Ténébreuse pourrait être sa Quête. Après Beauté et Peau d’homme, Hubert offre au Moyen-Âge un nouveau conte d’exception. Avec une relativement courte carrière alignant les albums tous plus réussis les uns que les autres, le scénariste nous a quitté en laissant un vide immense. Il nous restera toujours son œuvre qui a déjà un goût d’éternel, dont Ténébreuse qui brille d’une sombre clarté.

 

 

Série : Ténébreuse

Tome : 2 - Livre second

Genre : Heroïc-Fantasy

Scénario : Hubert

Dessins & Couleurs : Vincent Mallié

Éditeur : Dupuis

 

 

 

A la recherche du Tintin perdu

 

Graphiquement, Ricardo Leite s’applique dans un noir et blanc réaliste à se mettre en scène dans un panthéon inimaginable. Qu’est-ce qui de l’ordre du rêve ? Qu’est-ce qui est de l’ordre de la réalité ? Peu importe. Hergé a dit : « A force de croire en ses rêves, l’homme en fait une réalité. » L’essentiel est de ressentir le goût des madeleines, comme le titre l’éminent tintinologue Olivier Roche dans sa préface. Admirons également les pages de garde représentant les plus grands auteurs de BD du monde pour les unes, une galerie de personnages illustres pour les autres. Outre le tirage classique, l’album est disponible en tirage de tête. Le livre est le dernier ouvrage de la formidable collection Zoom sur Hergé, aux éditions Sépia, avant qu’elle ne change de titre. Elle s’appellera désormais Mille Sabords ! Suivre la quête de Ricardo Leite est un enchantement. « Tous reviennent à l’enchantement incomparable de leur soleil. » Cette phrase du poète et compositeur péruvien César Miro est la meilleure synthèse qu’il puisse y avoir pour cet album, événement majeur de cette fin d’année.

 

One shot : A la recherche du Tintin perdu

Genre : Ode à la bande dessinée

Scénario & Dessins : Ricardo Leite

Éditeur : Sépia

 

 

 

 

Après la rafle

 

            Joseph Weismann a mis longtemps avant d’accepter de témoigner. C’est Simone Veil qui l’a convaincu que c’était nécessaire, pour le devoir de mémoire, afin que le monde ne retombe pas dans un tel chaos. L’homme a participé à l’écriture de divers documentaires et du film La rafle, avec Jean Reno et Gad Elmaleh. Il a raconté sa vie dans un livre paru en 2011 aux éditions Michel Lafon. C’est ce récit qui est aujourd’hui adapté en BD sous son œil d’acteur d’une tragédie pire que toute fiction n’aurait pu imaginer. Romancier et scénariste, Arnaud Delalande s’attache à rester coller aux souvenirs de Joseph. On ne met pas en scène une telle histoire. On ne peut que se contenter de l’exposer. Au dessin, Laurent Bidot s’attache à la vérité historique. Lorsque la famille Weismann découvre l’intérieur du Vél’D’Hiv’, on y entre avec eux. Les odeurs immondes du camp de Beaune, on les sent. Et lorsque les familles des évadés décident des années plus tardde se rendre sur les lieux, à Beaune, où il n’y a plus rien, la mise en scène est remarquable. Après la rafle s’inscrit comme un album majeur de 2022, année du quatre-vingtième anniversaire de la rafle du Vél’D’Hiv’.

           

One shot : Après la rafle

Genre : Drame historique

Scénario : Arnaud Delalande

D’après et avec la participation de : Joseph Weismann

Dessins : Laurent Bidot

Couleurs : Clémence Jollois

Éditeur : Les Arènes BD

 

 

 

Les artilleuses 3 - Le secret de l’elfe

 

            Pierre Pevel et Etienne Willem concluent le premier cycle des aventures inter-mondes des pétaradantes artilleuses. Aux frontières du steampunk et de l’heroic-fantasy, Les artilleuses donnent un coup de frais et offrent un nouveau genre de série. Si le cycle se termine, Lady Remington, Miss Winchester et Mam’zelle Gatling n’ont pas dit leur dernier mot et vont encore avoir du fil à retordre entre les mondes. Le cliffhanger final laisse augurer d’une suite d’une autre dimension. Dansez farfadets, voletez chats ailés, le Paris des Merveilles est envoûtant.

 

 

Série : Les artilleuses

Tome : 3 - Le secret de l’elfe

Genre : Aventure semi-fantastique

Scénario : Pierre Pevel

Dessins : Etienne Willem

Couleurs : Tanja Wenish

Éditeur : Bamboo/Drakoo

 

 

Laurent Lafourcade

 


 



Publié le 18/12/2022.


Source : Boulevard BD


Sous le sapin de Noël - Les 10 indispensables

 

Comment choisir 10 albums sur une année de lecture de plus de 400 titres ? Forcément, le résultat est subjectif, mais il est là. Choisir, c’est renoncer. Voici donc, sans classement, la sélection des dix albums retenus pour vous et qu’il est encore temps de déposer au pied du sapin.

 

 

 


 

 

 


 

 Tanger sous la pluie

 

Janvier 1912, fraîchement débarqués à Tanger, au Maroc, Monsieur et Madame Matisse sont pris en charge par le jeune Amido qui les mène jusqu’à leur hôtel. Un arrêt dans le marché de la ville les enivre déjà des senteurs et des couleurs locales. C’est tellement « pictural » que le peintre jette déjà sur le papier ses premiers croquis. Arrivés à leur lieu de villégiature, le réceptionniste les installe dans la chambre 35, celle qui a la plus belle vue sur le golfe de Tanger. Matisse a hâte de se mettre au travail. Dès demain, à lui Tanger ! Mais, voilà que le lendemain, et pour plusieurs jours qui suivront, il pleut. Il paraît qu’il y pleut assez souvent d’ailleurs.

 

Dès l’avant-propos, les auteurs ne prennent pas leurs lecteurs en otage. Si Matisse est réellement allé au Maroc à cette période, aucun livre n’est là pour raconter ses sensations. Là est arrivée leur imagination. En quatre chapitres, Fabien Grolleau raconte et romance les deux voyages que Matisse fit au Maroc. Chapitre un, il découvre la ville sous la pluie et cherche l’inspiration. Préférant rentrer au pays, sa femme le laisse sur place. Chapitre deux, le peintre trouve en Zorah, une fille qui vend ses charmes, sa muse, son inspiratrice. Elle sera sa Shéhérazade, lui contant une histoire merveilleuse pendant qu’il la peint. Mais tout ça ne sera pas du goût d’Hassan le réceptionniste. Chapitre trois, le soleil est revenu. Matisse profite du pays, de ses paysages, de sa nature, avant de rentrer en France. Chapitre quatre, il est de retour à Alger. Retrouvera-t-il Zorah ? Saura-t-il pourquoi la jeune femme a déclenché les foudres d’Hassan ? Connaîtra-t-il la fin de son histoire ?

 

 

 

© Grolleau, Abdel de Bruxelles - Dargaud

 

 

 

Dans un style graphique cousin de celui d’un Fabien Toulmé, mais avec des aplats de couleurs qui n’appartiennent qu’à lui, Abdel de Bruxelles réalise un album envoûtant. Dès le débarquement à Tanger, on a changé de pays, on est là-bas, on découvre le Maroc avec Matisse et sa femme. Des petites rues aux patios intérieurs des grandes maisons, du marché aux épices au port de Méditerranée, Abdel de Bruxelles invite au voyage. Il y a aussi tout le traitement bleuté duconte narré par Zorah et qui verra sa conclusion dans une réalité dont on ne sait pas vraiment si elle a été inventée ou pas. Et que dire de cette fenêtre qui s’ouvre au premier matin ensoleillé alors que la pluie a cessé dans la nuit. Sublime.

 

Quand on lit des milliers de bandes dessinées et qu’on tombe sur des albums comme ça, on sait pourquoi on le fait. Si le livre était paru chez un petit éditeur peu connu, les sélectionneurs d’Angoulême le trouveraient formidable et il remporterait de multiples prix. Tout n’est pas perdu. De sa couverture magnifique à sa dernière case à la sentence portant à réflexion, Tanger sous la pluie ne peut pas passer inaperçu. On n’est qu’au début de l’année et l’un des meilleurs albums de 2022 est déjà édité.

 

 

 

One shot : Tanger sous la pluie 

Genre : Biographie romancée 

Scénario : Fabien Grolleau 

Dessins & Couleurs : Abdel de Bruxelles

Éditeur : Dargaud

Nombre de pages : 120

Prix : 21 €

ISBN : 9782205079715 

  

 

 

 

 

 

 

 

Edgar P. Jacobs le rêveur d’apocalypses

 

            Paru toute fin 2021, trop tard pour la sélection de l’année dernière, on ne peut pas passer à travers ce chef-d’œuvre.

1921, Edgar Pierre Jacobs et son ami Jacques Van Melkebek prennent une bière chez Leopold à Bruxelles. Les temps sont durs pour les deux jeunes hommes à la recherche d’entrées d’argent régulières. Jacques est passionné de dessin. L’Académie Royale des Beaux-Arts est faite pour lui. Quant à Edgar, il rêve d’opéra. Chanter sur scène, voilà son destin. Mais Edgar est passionné par tous les Arts, que ce soit les Arts antiques qu’il admire dans les Musées ou les arts graphiques. Rattrapé par son talent dans ce dernier domaine, à la faveur de rencontres, son destin l’amène vers le dessin. Edgar passe de l’art lyrique au dessin publicitaire et à l’illustration. 1941, Jacques lui présente un certain Hergé, qu’il assistera. 1942, la guerre empêchant les planches des auteurs américains d’arriver en France, Jacobs se verra proposer de remplacer Alex Raymond. Ainsi naîtra Le rayon U. 1946, c’est avec la naissance du journal Tintin que Blake et Mortimer font leur apparition dans Le secret de l’Espadon.

 

            La vie de Jacobs est si riche que l’auteur a tout d’un héros de bande dessinée. Le scénariste François Rivière s’est entretenu des heures durant avec lui. Si quelqu’un connaissait bien l’ermite du Bois des Pauvres, c’est bien lui. Il était donc l’homme idéal pour raconter sa vie et faire qu’elle se lise « comme un roman ». On croisera bien sûr Laudy et Hergé, mais aussi Franquin et Martin, Leblanc et Duchâteau, pour ne citer qu’eux. La véritable surprise de l’album ne vient pas tant de Jacobs dont bon nombre de lecteurs connaissaient les grandes lignes de la vie, pas tant non plus de François Rivière qu’on savait excellent scénariste (Albany en particulier), mais de Philippe Wurm. Si le dessinateur n’en est pas à son coup d’essai, il publie depuis 1988, il est la révélation de ce Rêveur d’apocalypse. Wurm donne une ahurissante leçon de ligne claire. L’introduction est merveilleuse. Le final est magistral. Le cœur de l’album est un envoûtement.

 

 


© Wurm, Rivière, Bekaert – Glénat

 

 

 

            En complément à cet album, on ne peut que conseiller la lecture de deux ouvrages indispensables. Le fouillé Edgar P.Jacobs, un pacte avec Blake et Mortimer, signé François Rivière et Benoît Mouchard paru aux Impressions Nouvelles, raconte dans le menu détail la vie privé et publique de Jacobs. Dans un autre style, l’intimiste Mystère Edgar P.Jacobs, livre signé Jean Knoertzer aux éditions Maïa, permet de pénétrer dans l’intimité du maître, de visiter sa maison, de partir en vacances et d’admirer des expositions avec lui, à travers de nombreuses photos inédites et documents, de découvrir sa vie et ses projets.  

 

            Grâce à Wurm et Rivière, on a vraiment l’impression d’avoir partagé la vie de Jacobs, de l’avoir côtoyé. Jacobs rêvait d’apocalypses. Son œuvre a fait rêvé, fait rêver et fera rêver des générations de lecteurs, à travers ses livres et ceux de ses repreneurs. Par Jacobs, demeure !

 

 

One shot : Edgar P. Jacobs le rêveur d’apocalypses 

Genre : Biographie

Scénario : François Rivière

Dessins : Philippe Wurm 

Couleurs : Benoît Bekaert

Éditeur : Glénat

Nombre de pages : 144

Prix : 22,50 €

ISBN : 9782344003916

 

 

 

 

 

 


L’enfer pour aube 1 - Paris Apache

 

 

            Janvier 1903, le métropolitain parisien est en plein développement. Les cendres de la Commune sont encore chaudes. Il y a trente ans à peine, Paris a presque été détruite. Incendiée, pillée, saccagée, la capitale a failli finir en ruine. La belle s’est relevée mais la vermine ne meurt jamais. Dans un Paris malade de son peuple, le succès de la ligne Nord-Sud de ce que l’on n’appelle pas encore le métro, mais le métropolitain, était inespéré. Mais alors que Dauger, des Ponts et chaussées, et Ducouroy, conseiller du ministre des travaux publics, essayent la ligne, leur wagon est attaqué par un grand échalas à l’écharpe rouge masquant son visage. Laissant une pièce d’or sur les lieux de ses attentats, l’homme sème la terreur dans Paris avec ses complices les Apaches.

 

            Philippe Pelaez fait partie des scénaristes sur qui il faut maintenant compter. Récemment, entre Maudit sois-tu, Le bossu de Montfaucon et maintenant L’enfer pour aube, il réalise un triplé exceptionnel. Avec L’enfer pour aube, il propose un thriller politico-historique passionnant, un des albums remarquables de ce premier trimestre. Le fond historique est précis. La France sort d’une période de troubles internes et ne sait pas que dix ans plus tard ce sera le chaos. Pelaez se sert du métropolitain qui n’a encore que trois ans pour montrer une lutte de classes impitoyable. Des grands magasins luxueux boulevard Barbès aux ruelles boueuses de Charonne, les dames en crinoline n’ont pas vocation à croiser la route des titis aux mains sales. Le personnage à l’écharpe rouge n’est pas un simple truand de grande envergure. Il a la même classe que plus tard Fantômas, mais les fantômes sont en lui et manifestement ils le hantent.

 

 

 

 

 © Pelaez, Oger - Soleil

 

 

 

            Tiburce Oger signe son meilleur album. Oger dessinateur fait des merveilles. Oger coloriste reste dans des tons de gris limite sépia sans en être, sauf pour l’écharpe du tueur et quelques autres touches rougeâtres. De fausses couvertures du supplément illustré du Petit Journal, quotidien de l’époque, chapitrent le récit. On court sur les toits avec l’inconnu masqué, on sent la chaleur de l’incendie sur le boulevard, on s’enfuit d’une ruelle avec une victime des apaches de Belleville. Cerise sur le gâteau, la couverture et la maquette de l’album sont magnifiques.

 

            L’enfer pour aube est de ces albums qu’on ne referme qu’après l’avoir terminé et grâce auquel on peut dire : « Paris 1903, j’y étais ! ». On frise la perfection. Envoûtant, effrayant, passionnant, c’est une petite histoire ancrée dans la grande qui restera l’une des excellentes surprises de l’année.

 

 

Série : L’enfer pour aube

Tome : 1 - Paris Apache

Genre : Polar

Scénario : Philippe Pelaez

Dessins & Couleurs : Tiburce Oger

Éditeur : Soleil

Nombre de pages : 68

Prix : 15,95 €

ISBN : 9782302094390

 

 

 

 

 

 


Les dames de Kimoto

  

            Accompagnée de sa grand-mère Toyono, Hana se rend au Kôya des femmes, le temple Jison. Hana va bientôt se marier. Jeune femme épanouie, elle a brillé dans les études. Toyono lui a appris les valeurs de savoir-vivre et l’art de la conversation. Bien que regrettant de la voir quitter la maison familiale, la grand-mère trouve pour elle un bon parti : Matani Keisaku. Il est le maire de son village. Après les fiançailles et les préparatifs du mariage, Toyono exprime à sa petite-fille ses vœux les plus sincères. Hana part sur une jonque pour sa nouvelle vie.

 

            Les dames de Kimoto est une ode à la féminité. A travers l’histoire de Hana, le rôle des femmes dans une société patriarcale se montre déterminant. Alors que le pouvoir politique est aux mains des hommes, les femmes sont aux destinées de la famille. L’histoire est un passage de relai entre une grand-mère et sa petite fille, qui elle-même deviendra mère, puis grand-mère à son tour. En filigrane de la vie de Hana, l’histoire du Japon au XXème siècle s’écrit, avec la douleur de la Seconde Guerre Mondiale. Hana est le symbole de l’évolution de la condition féminine dans un Japon qui passe pratiquement d’un stade médiéval à une modernité qu’il lui faut assumer.

 

 


© Bonin - Sarbacane

 

 

 

            Discret mais n’ayant jamais quitté le PBDFB (paysage de la bande dessinée franco-belge) depuis plus de vingt ans, Cyril Bonin construit une œuvre sensible et délicate. D’abord pur dessinateur, puis auteur complet, il se lance dans l’adaptation littéraire. On y retrouve ce qui fait l’essence de sa biographie : l’amour. Bonin met en scène des gens qui s’aiment. Il a raconté des histoires d’amour intenses, des histoires d’amour platoniques, des histoires d’amour charnelles, des histoires qui donnent envie d’aimer. Celle-ci est l’histoire d’un amour non prédestiné qui se construit, l’amour d’une femme pour les siens, un amour que ni les ans ni les frontières ne pourront atténuer, l’amour d’une mère. Hana est belle, très belle, sublime, aussi subtile qu’un cerisier en fleur. Sous le crayon de Bonin, elle est une muse.

 

            Les dames de Kimoto, roman de Sawako Ariyoshi paru en 1959, est un chef-d’œuvre de la littérature japonaise. Cyril Bonin en fait un chef-d’œuvre de la bande dessiné.

 

 

One shot : Les dames de Kimoto 

Genre : Fresque familiale 

Scénario, Dessins & Couleurs : Cyril Bonin

D’après : Sawako Ariyoshi

Éditeur : Sarbacane

Nombre de pages : 112

Prix : 19,90 €

ISBN : 9782377317875

 

 

 

 

 

 

Hoëdic !

  

            Années 70, Teddy, Bubu, Anne, Franck et leurs potes sont élèves d’un collège de Bretagne. Bubu est fan de maquettes et de BD. Il est amoureux d’Anne, un peu comme tout le monde. Elle voudrait l’ouvrir à l’écologie et aux problèmes de société, mais il est tout le temps le nez dans ses bouquins. Ses modèles sont Blueberry et Archie Cash. Teddy est lui aussi un dévoreur de BD. Sa bible, c’est Spirou. Il en pince pour Natacha. Par-dessus tout, son dessinateur préféré est Maurice Tillieux, l’auteur de César et surtout de Gil Jourdan. Teddy ne lit pas que ça. L’empire des 1000 planètes, de Valérian, est l’un de ses albums de chevet. Franck, lui, a déjà une mobylette et lit L’écho des savanes. C’est un peu le grand frère idéal. Tout ce petit monde va vivre les seventies, au rythme du collège et de l’actualité, pas toujours rose.

 

            Le passage de l’enfance à l’adolescence est un cap compliqué à passer. C’est l’heure des premières amours, des premières sensibilisations aux actualités et à la politique. On prend conscience qu’on grandit et que le monde avance. Les parents ne sont pas toujours compréhensifs. Ils sont dans leurs bulles de fatalité. Alors, quoi de mieux que les héros et héroïnes de bande dessinée pour s’évader dans des univers parallèles ? A travers Bubu, Bazile se souvient de son enfance, des matins d’hiver à la Lenorman. Il revoit ses rêves d’îles où il fait toujours beau, où tous les jours sont chauds, avec Le Flagada, Tif et Tondu, Gaston, Sophie, les Schtroumpfs et tous les autres. Un jour, la prof de français rendit les rédactions. Franck avait choisi d’écrire sur Hoëdic, une île proche qui semble particulièrement lui tenir à cœur. C’était si beau que la prof en a lu des passages à la classe. Hoëdic, c’est le rêve à quelques encablures, une centaine d’habitants et pas une seule auto. Ça serait le décor parfait pour une histoire de Tillieux.

 

 

 

© Bazile, Stibane - Editions du Tiroir

 

 

 

            Hêdic ! Ohédic ! Heüdic ! Wêdic ! Whöödic ! Bubu a toutes les peines du monde à prononcer le nom de l’île. Peut-être doit-elle rester imaginaire… L’album de  Bazile est un hommage à toute cette BD des années 70, fin d’un âge d’or  incroyable, peut-être le plus bel hommage qu’il n’y ait jamais eu. C’est aussi une ode à l’imaginaire. Hoëdic démontre aussi comment se construit la personnalité d’un adolescent, entre une marée noire et un deuil… On grandit, on vit, on meurt… Oui, on meurt. On se croit invincible mais le destin ne regarde pas l’âge de ses victimes. A côté, il faut continuer à vivre...

 

            « Faites que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne dévore pas votre rêve. » Cette citation issue du Petit Prince de Saint-Exupéry irait très bien à Bubu, qui a rêvé, comme d’autres, toute son enfance grâce aux plus grands héros de BD. Hoëdic ! est la chronique d’une jeunesse qui s’enchante pour ne pas être désenchantée. Un des meilleurs albums de l’année. Imagine que je croise le dessinateur Bazile, en librairie,… Je lui dis : J’adore ce que vous faites !

 

 

One shot : Hoëdic ! 

Genre : Souvenirs de jeuness 

Scénario & Dessins : Bruno Bazile 

Couleurs : Stibane

Éditeur : Editions du Tiroir

Collection : Roman

Nombre de pages : 144

Prix : 18 €

ISBN : 9782931027486

 

 

 

 

 

 

 

Les cœurs de ferraille 1 - Debry, Cyrano et moi

  

            Dans un univers à la Tom Sawyer avec une technologie hyper-moderne, Iséa est une jeune fille d’une dizaine d’années qui vit seule avec sa mère. Seule, pas vraiment. Iséa a une nounou, Debry, en la personne d’un grand robot humanoïde. La gamine communique en visio avec Tal, une camarade avec qui elle raconte ses journées. Mais par-dessus tout, Iséa est passionnée d’une histoire, celle de Cyrano de Bergerac. Entre une mère autoritaire qui n’a pas pour sa fille l’amour qu’elle devrait lui donner et un robot cœur de ferraille en apparence mais cœur qui bat en réalité, Iséa tente de grandir. « Quand on est triste, il faut regarder la beauté du monde... » lui propose Debry en l’emmenant regarder les étoiles depuis le toit de la maison, simplement regarder les étoiles… Le jour où sa mère va décider de renvoyer Debry, la vie d’Iséa va connaître un tournant : l’adolescente choisit de prendre son destin en mains.

 

            Les BeKa signent un scénario surprenant, une histoire émouvante que l’on n’avait pas vu venir. Des robots dotés de sentiments, ce n’est pas nouveau dans la fiction. Mais au temps de la ségrégation, c’est inédit. Un robot est l’esclave idéal, mais à partir du moment où sa conscience s’éclaire, peut-on toujours le considérer ainsi ? Les cœurs de ferraille est un récit sur la servitude et ses conséquences, non seulement à la fin de ce XIXème siècle uchronique, mais jusqu’à aujourd’hui où des parallèles s’écrivent.

 

 

 

 © Munuera, BeKa - Dupuis

 

 

 

            José-Luis Munuera était le dessinateur idéal pour incarner ce récit. Capable d’alterner des scènes contemporaines à l’histoire et des passages issus de l’œuvre de Rostand, l’auteur espagnol apporte toute l’émotion, toute la tendresse, toute la tristesse parfois, donnant une dimension poignante à un conte dont les relations mère-fille sont au cœur… de ferraille. Munuera s’impose définitivement comme l’un des meilleurs dessinateurs de sa génération. Entre du classique populaire comme Zorglub et un chef-d’œuvre comme son adaptation de Bartleby le scribe, son style élancé marque l’univers du Neuvième Art.

 

            De toutes les séries lancées chez Dupuis cette année, Les cœurs de ferraille est de loin la meilleure surprise. Avec Cyrano en guest star, les auteurs proposent un théâtre graphique d’amour et de tolérance.

 

Série : Les cœurs de ferraille

Tome : 1 - Debry, Cyrano et moi

Genre : Aventure fantastique

Scénario : BeKa

Dessins : José-Luis Munuera 

Couleurs : Sedyas

Éditeur : Dupuis

Nombre de pages : 72

Prix : 13,50 €

ISBN : 9791034765843

 

 

 

 

 

 

 

Darwin’s incident 1

 

Charlie est un humanzee, un être hybride né d’un humain et d’une femelle chimpanzé dans un institut de recherche biologique. Elevé par un couple de scientifiques humains depuis quinze ans, il va aujourd’hui rentrer au lycée. Entre une intégration parmi des adolescents pas toujours bienveillants et un groupe de véganes extrémistes qui voient en lui une icône, Charlie va devoir trouver sa place dans une société formatée pour une soi-disant normalité.

 

On parle souvent de bestialité pour dénoncer des comportements humains violents. Cette histoire démontre que la cruauté humaine est bien plus profonde et que l’on ferait mieux d’attribuer l’adjectif « humanité » à des animaux dangereux. On ne peut s’empêcher de faire un parallèle entre Charlie et César, de la planète des singes. Mais là où, dans la dernière trilogie cinématographique de La planète des singes, César s’affiche en opposant aux humains, Charlie est, pour l’instant du moins, dans une posture d’observation. Le jeune humanzee n’aspire qu’à vivre sa vie d’adolescent. Mais gare à qui s’attaquerait à ceux qu’il aime. Ses capacités animales prendraient rapidement le dessus.

 

 

 

© Shun Umezawa/Kodansha Ltd.

 

 

 

Shun Umezawa signe un manga engagé, engagé contre les dérives scientifiques, mais aussi engagé contre la dictature du véganisme. Le prénom de la lycéenne qui se liera d’amitié avec Charlie n’est pas anodin. Elle s’appelle Lucy, comme le plus vieux squelette d’hominidé découvert par Yves Coppens. La boucle entre l’homme et le singe est ainsi bouclée.

Dans sa bonté, Charlie est redoutable. Plus fort qu’un chimpanzé et plus intelligent qu’un humain, il est avant tout une victime de sa condition particulière. Comment Umezawa le fera-t-il « évoluer » ? La façon dont il orientera la série pourrait en faire une série majeure.

 

« Le courant de la conscience s’étend des humains opprimés à tous les animaux, conduisant à de formidables réponses sur l’évolution. » Cette phrase de Charles Darwin prend une toute autre dimension dans cet « incident » qui est l’un des événements manga de l’année. Le grand prix reçu au Manga Taisho Award 2022 est plus que justifié.

 

Série : Darwin’s incident

Tome : 1

Genre : Anticipation 

Scénario & Dessins : Shun Umezawa 

Éditeur : Kana

Collection : Big Kana

Nombre de pages : 192 

Prix : 7,45 €

ISBN : 978237287

  

 

 

 

 

 

Feuilles volantes

 

            Alors qu’il se promenait en forêt afin de s’inspirer du réel pour dessiner, comme le lui avait conseillé son père, le jeune Max rencontre un olibrius, sorti de nulle part, comme il le qualifie lui-même, qui lui donne des conseils. L’homme semble s’y connaître particulièrement bien en bande dessinée. Qui est-ce type qui vit tout seul dans une maison isolée en forêt ? Toujours est-il qu’il conforte Max dans son objectif de devenir dessinateur de petits miquets. Passionné par le Moyen-Âge, Max entreprend de raconter l’histoire de frère Raoul, un moine copiste. Quelques années plus tard, c’est Suzie, la fille de Max, qui poursuivra la carrière de son père.

 

            Quel est le point commun entre un dessinateur de BD en herbe de la fin du XXème siècle, un moine copiste du XVème qui vit l’invention de l’imprimerie, une graphiste du milieu du XXIème qui utilise une technologie en images virtuelles ? Ce sont des créateurs dont les histoires, à des années de distances, se croisent, s’imbriquent, s’entrechoquent dans une prouesse scénaristique signée Alexandre Clérisse. L’imprimeur naissant qui présente son invention révolutionnaire à frère Raoul et l’ermite forestier qui conseille Max se confondent. Est-ce le même personnage ? A quel moment la réalité prend-elle le pas sur la fiction ? Quels en seront les conséquences sur Suzie en plein questionnement sur sa carrière ? Les pas de son père la guideront vers la réponse à toutes ces questions.

 

 

 

© Clérisse - Dargaud

 

 

            Alexandre Clérisse signe une ode au métier de créateur de bandes dessinées. On ne peut s’empêcher de voir en Max un avatar de lui-même. Il rend hommage à l’imprimerie sans qui le métier ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Il image le futur dématérialisé du métier. Trois époques, trois décors, un traitement graphique commun dans la couleur directe exécutée de façon si particulière qui fait de Clérisse plus qu’un auteur un artiste. Mais ça, on le savait déjà. Les souvenirs de l’empire de l’atome, L’été Diabolik ou encore Une année sans Cthulhu étaient déjà des sommets de dessin, sur des scenarii de Thierry Smoldoren. Ici, il prend la main sur le scénario, comme à ses débuts en prenant des risques dans cette triple histoire qui n’en est qu’une.

 

            Les meilleures histoires s’écrivent-elles sur des feuilles volantes ? Celles-ci sont reliées dans l’un des merveilleux événements de l’année, un album digne de l’Oubapo, l’ouvroir de bande dessinée potentielle.

             

One shot : Feuilles volantes 

Genre : Voyage temporel

Scénario, Dessins & couleurs : Alexandre Clérisse

Éditeur : Dargaud

Nombre de pages : 144

Prix : 23 €

ISBN : 9782205084764

  

 

 

 

 

 


L’institutrice 1 - Ne fais pas à autrui… / 2 - Les enfants de Surcouf

 

            Ploménéac, centre Bretagne, vendredi 23 juin 1944. Dans la petite école intégrée à la Mairie du village, l’institutrice est en train d’expliquer aux élèves les exercices qu’ils vont devoir faire lorsqu’elle aperçoit un véhicule avec des hommes en uniformes. La priorité est de cacher Jacques Le Gall, le seul élève juif de la classe. La suite est de demander à Guénolé, élève modèle, de surveiller la classe pour pouvoir aller voir ce qu’il se passe dans la partie Mairie du bâtiment. Des soldats allemands et des autonomistes extrémistes bretons malmènent le Maire. Il sont en fait à la recherche du petit Jacques, qui ne s’appelle pas Le Gall, mais Rosenthal. Afin que l’enfant ne soit pas « raflé », la maîtresse renvoie une partie des élèves chez eux et part en sortie scolaire en forêt avec les autres dont Jacques. Très vite, ils vont devenir le gibier de chasseurs prêts à tout pour les retrouver… surtout Jacques.

 

            Yves Lavandier signe son premier scénario de bande dessiné et réussit un coup de maître. En pour cause, l’homme est cinéaste, pédagogue et essayiste. Il est l’auteur d’une bible de l’écriture de scénario. Autant dire que la dramaturgie, ça le connaît. Avec le diptyque L’institutrice, il écrit une histoire de haute tension en hommage à tous ces héros du quotidien qui ont sauvé les autres pendant les années de guerre. Il met en avant le rôle prépondérant des enseignants, des instituteurs et institutrices qui ont non seulement véhiculé des messages d’espoir, mais ont également mouillé leurs blouses de maîtres et maîtresses pour extraire les enfants juifs de l’enfer auquel ils étaient destinés.

 

 

 

© Maurel, Lavandier – Albin Michel

 

 

 

            Carole Maurel dessine l’histoire de Marie-Noëlle Moënner avec la sensibilité qui lui est propre. Celle qui se dirige pour dans quelques années vers un grand prix à Angoulême est devenue une dessinatrice indispensable. Qui mieux qu’elle aurait pu transcrire en dessin le destin de cette classe de petits bretons ? On voit mal qui. Tout est dit dans chacune des couvertures de ces deux albums. Dans le premier, l’institutrice fait barrage entre la milice et les élèves. Dans le second, on voit juste sa main qui tire un enfant hors de l’eau. Maurel arrive à rendre des scènes poignantes jusqu’à en extraire des larmes comme la séquence du puits dans le tome 2.

 

            La Seconde Guerre Mondiale est le décor privilégié de bon nombre d’albums d’exception ces dernières années. L’institutrice fait partie de ceux-là. Incontestablement l’un des chocs de l’année.

 

Série : L’institutrice

Tomes : 1 - Ne fais pas à autrui… / 2 - Les enfants de Surcouf

Genre : Résistance

Scénario : Yves Lavandier

Dessins & Couleurs : Carole Maurel

Éditeur : Albin Michel

Nombre de pages : 100 / 104

Prix : 16,90 €

ISBN : 9782226453990 / 9782226477002

  

 

 

 

 

 


La vie me fait peur

  

            Paul, la trentaine, vient de se faire virer de l’entreprise familiale par sa femme. C’est l’occasion pour lui de revenir sur sa vie. Entre un père fantasque et une mère très terre-à-terre qui disparaîtra dans un étonnant accident de la route, le petit Paul a toujours eu du mal à trouver sa place. Ce phénomène le poursuivra toute sa vie. Que s’est-il passé entre son enfance et maintenant pour que celle qui était devenue son épouse se retrouve à diriger l’entreprise de tondeuses autoportées créée par son père et le mette à la porte ?

 

            Plus que l’histoire de Paul, « La vie me fait peur » est avant tout l’histoire de Raoul, son père, meurtri par le deuil d’un enfant, Romain, le frère de Paul, mort à deux jours. La perte d’un enfant quel que soit son âge étant la plus grande douleur qu’un parent puisse vivre, il n’est pas étonnant que Raoul en ait des séquelles. C’est certainement pour cela qu’il n’habite plus le même monde que ses contemporains. Fantasque, immature, il vit pour son entreprise, ses loisirs et son ami Jean, doux dingue. Paul aura toujours du mal à intégrer cette dimension parallèle dans laquelle erre son père et dont la mort de sa femme l’enfonce encore plus dans cet espace entre la vraie vie et le désir d’une autre réalité.

 

 


© Durieux, Tronchet - Futuropolis

 

            Didier Tronchet aime raconter des parcours de vie. C’est peut-être parce que lui-même a beaucoup bourlingué, de Madagascar à l’Amérique du Sud. De L’homme qui ne disait jamais non au Chanteur perdu, ou plus humoristiquement de Jean-Claude Tergal à Raymond Calbuth, l’auteur retrace des parcours singuliers de personnages en marge d’une société qui ne va pas à la même vitesse qu’eux. C’est certainement pour cela qu’il a souhaité s’emparer du roman éponyme de Jean-Paul Dubois paru au Seuil en 1994, pour en offrir une nouvelle structure. Au dessin, Christian Durieux retrouve l’ambiance des Gens honnêtes qu’il a signé chez Aire Libre sur un scénario de Jean-Pierre Gibrat.

 

            Les aléas de la vie peuvent transformer un être du jour au lendemain. Avec La vie me fait peur, les auteurs démontrent qu’il y a toujours une raison d’avancer et qu’un jour on devient le magicien de quelqu’un. Moment fort de cette fin d’année BD, si « La vie me fait peur » peut aider à avoir moins peur d’elle, le contrat est rempli. Incontestablement, il l’est.

 

One shot : La vie me fait peur 

Genre : Emotion

Scénario : Didier Tronchet 

D’après : Jean-Paul Dubois 

Dessins & Couleurs : Christian Durieux

Éditeur : Futuropolis

Nombre de pages : 80

Prix : 16 €

ISBN : 9782754829014

 

 

 

 

 

 

Laurent Lafourcade

 


 



Publié le 18/12/2022.


Source : Boulevard BD


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