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Dans ma hotte de Noël, il y a…  Episode 14 : Le premier scénario BD d’un écrivain célèbre  La brigade des cauchemars 1 - Sarah

« C’est dans cette immense forêt que le professeur Albert Angus m’a recueilli il y a trois ans. Je ne me souviens plus de mon passé. Ni qui je suis vraiment, ni d’où je viens… Albert m’a élevé comme son fils, et Tristan m’a accueilli comme son frère. Ils sont ma seule famille. Ensemble, on aide des jeunes comme nous à guérir de leurs terribles rêves. On forme la « Brigade des cauchemars ». »

 

            C’est une nouvelle vie qui démarre pour Esteban en étant pris en charge par un scientifique bien particulier. Il intègre un groupe d’action très spécial, une brigade composée de gamins, jeunes ados, auxquels les lecteurs peuvent facilement s’identifier, dans des aventures qu’ils auraient rêvé de vivre… « Rêvé de vivre… », on est dans le thème. Mais plutôt qu’à des rêves, c’est à des cauchemars que Tristan et Esteban s’attaquent. Ils pénètrent les songes. Dans ce premier épisode, la clinique du professeur Angus accueille Sarah, 14 ans, dont les parents sont en train de divorcer. Elle est harcelée toutes les nuits par un cauchemar récurrent. Pour la guérir, nos deux jeunes héros vont pénétrer dans son rêve où le temps n’est pas le même que dans la réalité.

 

 

 

 

© Franck Thilliez, Yomgui Dumont - Jungle

 

 

Avec « la brigade des cauchemars », on assiste au retour de la bande dessinée « Okapi », avec tout le respect que l’on peut accorder au genre, signée par le dessinateur des aventures de Raph et Potétoz, justement publiées dans ce magazine. Yomgui Dumont a un trait et des personnages bien à lui. Leurs grands yeux allongés sont vecteurs d’émotions. Aussi à l’aise dans l’histoire d’un peintre (Toulouse-Lautrec) que dans la BD jeunesse (L’école de Pan), il démarre une série tendre et sombre, montrant que la lumière est au bout du chemin. Entre des planches classiques, il signe de belles composition originales comme la planche 39 naviguant entre rêve et réalité.

 

 

 

© Franck Thilliez, Yomgui Dumont - Jungle

 

 

 

            Ce n’est pas à Franck Thilliez qu’on va apprendre à raconter une histoire. Auteur de thrillers à succès, il signe son premier scénario de BD. Dans une atmosphère de « nid de coucou », il campe ses personnages sans tout dire et en posant des jalons de mystère dans leurs passés. Intelligemment, il en garde sous le coude pour faire de « La brigade des cauchemars » une série qui raconte à chaque fois une histoire mais dont on attend la suite avec impatience pour en apprendre plus sur les principaux personnages. L’album se termine par un cliffhanger bien envoyé.

 

Jungle ! a publié des albums populaires, surfant sur des succès télévisés, mais pas toujours d’une grande valeur. En signant des dessinateurs de qualité comme Yomgui Dumont, on ressent la volonté de la maison de se faire une place respectée dans la cour des grands éditeurs reconnus.

 

Lecteurs, dormez sur vos deux oreilles, la brigade des cauchemars veille sur vous.

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

Série : La brigade des cauchemars

Tome : 1 - Sarah

Genre : Aventure fantastique

Scénario : Franck Thilliez

Dessins : Yomgui Dumont

Couleurs : Drac

Éditeur : Jungle !

Nombre de pages : 54

Prix : 11,95 €

ISBN : 9782822221603



Publié le 22/12/2017.


Source : Bd-best


Dans ma hotte de Noël, il y a…  Episode 13 : Un voyage dans le temps  Léo Loden 25 - Massilia Aeterna

« - Voilà, je soupçonne mon époux d’avoir une liaison… Depuis quelques semaines, il n’arrête pas de venir à Massilia, prétextant son combat contre le nouveau-port. Mais le soir, quand il rentre, toujours tard, il empeste le parfum de femme, du jasmin ! Et j’ai horreur de ça ! Il me faut des preuves. Le cas relève de vos compétences ?

-          Tout ce qui me permet de payer mon loyer relève de mes compétences… Je peux commencer tout de suite. Mon tarif est de quinze sesterces par jour, plus les frais, et quatre jours d’avance ! »

 

            Leo Lodanum est questeur privé à Massilia. (Tiens, Lodanum ? On a connu un camp romain qui s’appelait Laudanum) Il a la même fonction, les mêmes partenaires et les mêmes problèmes que son illustre descendant Léo Loden. L’ancêtre est chargé d’enquêter sur les infidélités de Claudius Vacumjtepus, propriétaire des thermes de la ville, opposé au projet de construction d’un nouveau port. Ce dernier ne va pas tarder à être victime d’un malencontreux accident. Leo Lodanum va se trouver au cœur d’une affaire politico-adultérine, aidé par la centurionne Marlena et Ulysse, son tonton marin.

 

 

 

 

©  Carrère, Arleston & Nicoloff - Soleil

 

 

 

            Faire de personnages de fiction des personnages de fiction, il suffisait d’y penser. Les scénaristes ne sont pourtant pas les premiers à utiliser cette stratégie ; les plus anciens se souviendront de la série mi-fiction mi-dessin animé Waldo Kitty mettant en scène des chats et des chiens à des époques différentes.

            Arleston et Nicoloff ont transposé leurs héros marseillais, au même endroit, mais quelques 2000 ans avant. Dans cette époque gallo-romaine, les protagonistes gardent leurs rôles respectifs pour nous amener dans une enquête policière classique. Et heureusement qu’il en reste des BD comme ça. Ça rassure, ça assoie les fondements qui font que le lecteur enfant se forge une famille de papier. Léo Loden, au même titre que Jérôme K.Jérôme Bloche, fait partie de ces séries qui, contre vents et marées, montre que la bande dessinée populaire a encore des histoires à raconter.

 

 

 

© Carrère, Arleston & Nicoloff - Soleil

 

 

            Avec ce « voyage dans le temps », Arleston étanche sa soif d’Astérix qu’il n’a pas pu assouvir. On connaît l’adoration du scénariste pour le petit monde de Goscinny et Uderzo. Cette enquête de Léo Loden transpire l’hommage aux irréductibles gaulois. Les pirates ne diront pas le contraire, ni Romainmontaigus, tout droit sorti du « Cadeau de César ».

 

            Serge Carrère semble aussi à l’aise dans la Gaule antique que dans la France du XXIème siècle. Les poursuites dans Massilia en char remplacent aisément celles en voiture dans Marseille. Un tout petit reproche : les ombres portées sur les visages des personnages sont trop souvent utilisées.

 

            On ne sait pas encore si les auteurs proposeront d’autres aventures de leurs héros à des époques différentes. Toujours est-il, que ce soit en 2017, en -50, en 800 ou en 1930, on sera ravi de les retrouver.

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

Série : Léo Loden

Tome : 25- Massilia Aeterna

Genre : Policier/Humour

Scénario : Arleston & Nicoloff

Dessins : Carrère

Couleurs : Cerise

Éditeur : Soleil

Nombre de pages : 48

Prix : 10,95 €

ISBN : 9782302059740



Publié le 21/12/2017.


Source : Bd-best


Dans ma hotte de Noël, il y a…  Episode 12 : Une déclaration d’amour à la bande dessinée Variations

« - C’est quand même chic, ici !

-          Oui, ça fait plaisir d’avoir une situation stable et de ne plus être obligés de courir d’aventure en aventure pour gagner notre vie…

-          Bonsoir Marquis. Comment allez-vous ?

-          Très bien, mes chers amis… Et vous-mêmes ?

-          Voilà les trois types dont je vous parlais… Repérez-les bien.

-          On les a photographiés, patron. Vous pouvez compter sur nous ! »

 

Les pieds nickelés ont bien raison. Il est chic, ce bel album de Blutch. Composé de la revisite des trente planches qui ont marqué la destinée de Blutch, qui ont tracé un sillon dans sa future carrière d’auteur professionnel, ce livre est une déclaration d’amour. Quand on aime, on n’arrive pas forcément à parler. Alors, certains chantent, certains écrivent des lettres ou des poèmes. Blutch, lui, dessine. Il ne cherche pas à dupliquer. Il traduit les planches des meilleurs auteurs du monde en langage Blutch.

 

 

 

 

 

© Blutch - Dargaud

 

 

Recopier, c’est comprendre. Alors, Blutch parfois recopie, mais parfois aussi adapte, distord, remodèle. Et entre ses mains, sous son pinceau, dans son encre de Chine, passent des planches d’inconnus dont les noms vous disent peut-être quelque chose : Hergé, Jijé, Jacobs, Mézières, Hermann et autres gribouilleurs. La plupart des références datent des années 70 et du début des années 80. La planche de « La grande traversée » est aussi différente et aussi belle que celle d’Uderzo. Dans l’univers de Graton, des voitures, des voitures, uniquement des voitures ; coup de génie : à quoi bon y mettre autre chose. Chez Martin, il travaille une scène de nu que l’on avait oublié chez le pudibond auteur d’Alix. Il a même fallu aller vérifier qu’elle existait bel et bien. Là où la mise en abyme atteint son paroxysme, c’est lorsque Blutch parodie Gotlib parodiant Morris dans un Lucky Luke spaghetti paru à l’origine dans Pilote, ou encore lorsqu’il inverse les rôles de De Mesmaeker et du gaffeur le plus célèbre du monde dans une planche de Gaston.

 

 

 

 

 

 

            Il aurait été intéressant que Dargaud publie les véritables planches de leurs auteurs, non pas en vis-à-vis ce qui aurait gâché la beauté des retranscriptions de Blutch, mais dans un fascicule complémentaire. C’est certainement une question de droits qui les en empêche, les albums dont elles sont issues venant d’éditeurs divers et variés.

 

On attend à présent Blutch dans sa reprise de Tif et Tondu prévue pour le printemps prochain chez Dupuis.

 

 

Laurent Lafourcade

 

One shot : Variations

Genre : Hommage

Auteur : Blutch

Éditeur : Dargaud

Nombre de pages : 64

Prix : 29,99 €

ISBN : 9782205063592



Publié le 20/12/2017.


Source : Bd-best


Dans ma hotte de Noël, il y a…  Episode 11 : Une madeleine de Proust  Le petit Nicolas, la bande dessinée originale

« - Et ceci, c’est pour toi, mon petit Nicolas.

-          Vous n’auriez pas dû… Qu’est-ce qu’on dit, Nicolas ?

-          On dit : Merci Madame pour ce joli tambour !

-          Un tambour ! Vous n’auriez pas dû… »

 

C’est sûr qu’elle n’aurait pas dû la gentille dame. Le petit Nicolas va rabattre les oreilles de tout le quartier avec son tambour. Et c’est son père qui en fera les frais ! Comme souvent d’ailleurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

© Goscinny - Sempé - Imav

 

Mais comment se fait-il que ces merveilleuses planches du Petit Nicolas soient restées inédites en album si longtemps ? Péché de jeunesse de ses auteurs, ce recueil est une délicieuse madeleine de Proust. D’une part, on retrouve un personnage qui fait partie de l’imaginaire collectif. D’autre part, on y découvre un graphisme désuet, très marqué années 50, les planches ayant été publiées dans l’hebdomadaire Le Moustique en 1955 et 1956.

 

Les scenarii de René Goscinny, qui signait à l’époque Agostini, font la part belle aux facéties du petit garçon. Ce qui est drôle, c’est que Nicolas ne cherche pas à faire des bêtises. Toutes ses actions, tous ses choix, toutes ses décisions sont régis par l’innocence de l’enfance. On y retrouve également un élément qui a fait le sel des gags de Modeste & Pompon ou d’Achille Talon : les relations avec son voisin, dans un quartier résidentiel.

 

 

 

 

© Goscinny - Sempé - Imav

 

 

Le trait de Jean-Jacques Sempé n’a pas encore l’élégance de celui qui a fait son succès, mais il a quand même un charme fou. Il sent bon les sucettes Pierrot Gourmand et les goûters de maman.

 

La carrière du Petit Nicolas s’arrêtera là, au terme de ces 28 trop courtes planches. Les nouvelles de Goscinny prendront le pas sur les cases des planches de Sempé. La collaboration entre les deux hommes restera fusionnelle puisque les illustrations de Sempé compteront autant que la verve de Goscinny dans le succès des histoires du Petit Nicolas. A ce propos, cet album est complété de deux nouvelles illustrées directement tirées de planches de la BD.

 

Le Petit Nicolas est la BD qui donne envie de redevenir (ou de rester) un enfant.

 

 

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

One shot : Le petit Nicolas, la bande dessinée originale

Genre : Humour

Scénario : Goscinny

Dessins & Couleurs : Sempé

Éditeur : IMAV

Nombre de pages : 48

Prix : 12,90 €

ISBN : 9782365901369



Publié le 19/12/2017.


Source : Bd-best


Dans ma hotte de Noël, il y a…  Episode 10 : Un grand classique de demain  Undertaker 4 – L’ombre d’Hippocrate

« - Eh oui… Je vois tout plus vite et plus loin que mes congénères. C’est précisément pourquoi les règles communes ne s’appliquent pas à moi ! Les lois des cafards ne s’appliquent pas aux lions…

-          Rien ne peux justifier ça ! C’est…monstrueux !

-          Ah, Rose… Je pourrais vous dire que j’ai vu des milliers de morts pour rien et qu’au moins, les miens, serviront à quelque chose. Que la science sera à mes pieds quand je réussirai ma première greffe0 Mais la vérité est que quand les gens cous prenne pour un monstre, il ne vous reste qu’une chose à faire…Dépasser leurs attentes ! »

 

Otage de Jeronimus Quint, Rose est contrainte d’accompagner son bourreau qui lui seul peut la soigner. La technique de l’ogre de Sutter Camp est de blesser ses proies pour en faire des pantins dépendants de lui, car lui-seul a les compétences médicales requises pour les soigner. Il passe ainsi pour un bon samaritain aux yeux du peuple. Mais Jonas Crow n’est pas dupe et poursuit sa quête de justice à la recherche du si bon Docteur Quint. 

 

Xavier Dorison compose un suspens croissant jusqu’à un final émouvant. C’est à un véritable scénario horrifique auquel il nous convie. Rarement un personnage aura été aussi détestable et ambigu. Pourri jusqu’aux tréfonds de son âme, Jeronimus Quint, tel un gourou de secte, parvient à mettre le monde à ses pieds. La séquence la plus cruelle n’est pas une scène de boucherie ou de fusillade, c’est celle où un petit garçon montre au médecin un dessin de cheval qu’il a fait après une blessure à la main.

 

 

 

 

 

La principale qualité du scénariste est d’aller directement à l’essentiel. Si des ellipses peuvent sembler brutales, elles sont toutes justifiées, prouvent l’inutilité de ce qui n’est pas montré et assurent un rythme et une densité à l’histoire. Il n’y a pas une page qui ne fasse pas avancer l’action. Par ailleurs, Dorison ne cède jamais à la facilité et fait évoluer le destin des personnages principaux.

 

Dans ce quatrième tome, aidé par Caroline Delabie pour les couleurs, Ralph Meyer conduit le road-movie entre fleuve et montagne boisée, où les ambiances font ressentir l’humidité des nuits en forêt ou la sécheresse des poussières de cavalcades.

            Le dessinateur est devenu en quatre albums LE maître du western du moment. Si Giraud a pris des leçons avec Jijé, si Rossi s’est appuyé sur le travail de Giraud, si Meyer lui-même a fait ses gammes sur ses prédécesseurs, nul doute que l’auteur de l’ouest de demain aura à son chevet les albums d’Undertaker.

 

Laurent Lafourcade

 

 

Série : Undertaker

Tome : 4 – L’ombre d’Hippocrate

Genre : Western

Scénario : Dorison

Dessins : Meyer

Couleurs : Delabie & Meyer

Éditeur : Dargaud

Nombre de pages : 48

Prix : 13,99 €

ISBN : 9782505068204



Publié le 17/12/2017.


Source : Bd-best


Dans ma hotte de Noël, il y a…  Episode 9 : Une adaptation littéraire  En attendant Bojangles

«  - Oh, Georges, remettons Bojangles !

-          D’accord Antoinette, mais seulement si vous me servez un nouveau cocktail ! J’ai la gorge sèche comme un champ de blé en plein été !

-          Je m’en voudrais de vous laisser brûler au soleil, mon amour.

-          Maman, Papa, je vais encore être en retard à l’école.

-          Oh, mais je n’ai pas entendu le jour se lever !

-          Mais on ne peut pas faire attendre Mister Bojangles ! »

 

Rien n’est plus important que de danser sur la chanson Mister Bojangles de Nina Simone. Dans cette famille, maman vit sur son nuage de poésie, Papa l’accompagne d’un amour indéfectible et le fils est le plus terre à terre du trio. Leur appartement abrite également Mademoiselle Superfétatoire, grue de Numidie, qui, comme son nom l’indique, est inutilement ajoutée, vient en sus, de façon peu naturelle, mais symbolise tant. Parfois, l’Ordure, gras sénateur ami de la famille, est invitée. Mais lorsque la réalité des obligations de la vie rattrape ce petit monde, père et fils offrent à leur épouse et mère le cocon dans lequel sa douce extravagance reste protégée. The show must go on.

 

 

 

 

 

© Chabbert - Maurel - Stenkis

 

 

Mais au fait, qui est ce Bojangles ? Il s’agit de William Luther Robinson, danseur de claquettes américain mort à New York en 1949. Son surnom vient de la contraction de « bones jangle » qui signifie « tintement d’os ». La chanson Mr. Bojangles  a été écrite en son hommage en 1968 par Jerry Jeff Walker. Interprétée par Bob Dylan, Sammy Davis Junior, Whitney Houston ou encore Robbie Williams, seule Nina Simone l’a transcendée pour en faire un des plus beaux titres de son répertoire : http://www.jukebox.fr/nina-simone/clip,mr-bojangles,q8ms8l.html. L’écoute de ce morceau est indissociable de la lecture de ce livre.

 

 

 

 

 

 

© Chabbert - Maurel - Stenkis

 

 

C’est un voyage aux frontières de la folie que nous convie Olivier Bourdeaut dans son magnifique roman adapté ici par Carole Maurel et Ingrid Chabbert. Surréaliste, envoûtant, délicat, le récit est d’une forte sensibilité, une des plus belles histoires d’amour qui aient été écrites. La maman, dont le prénom change tout au long de l’histoire comme un oiseau qui se pose à chaque fois sur une branche différente, vit dans un autre monde, celui où le temps est important, celui où les gens qui s’aiment, où les gens qu’on aime, passent avant tout le reste. Chronique de l’égarement d’une femme entraînant celle de sa famille, « En attendant Bojangles » pose une question essentielle : Et si les fous, c’étaient les autres ?

 

Il est toujours difficile d’adapter un roman en BD, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’un grand succès. On ne voit pas qui mieux que ces deux autrices auraient pu le faire. Plus que d’adaptation, parlons ici de contemplation. L’album est un délicieux complément au livre. On y retrouve toute la sensibilité des personnages, la volupté de leurs extravagances. Le pinceau de Maurel flotte dans l’univers de Bourdeaut, l’enveloppant de couleurs à la douce chaleur des fins d’après-midi de mi-saisons.

 

            Je connaissais un homme, Bojangles, et il dansait pour vous, dans des chaussures complètement usées, cheveux gris, chemise en loques et pantalon large. C'était le vieux spectacle habituel. Il sautait si haut... il sautait si haut… Puis il redescendait légèrement. Je l'ai rencontré dans une cellule, à la Nouvelle-Orléans. J'étais déprimé et trompé. Il m'a regardé avec le regard de la vie comme s'il s'y connaissait. Il a parlé de la vie, il a parlé de la vie, il a ri. Il a fait un pas de danse.

            Mister Bojangles, Mister Bojangles, Mister Bojangles, dansez !

"Please, Come back and dance, dance, dance, please dance, Mister Bojangles"

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

One shot : En attendant Bojangles

Genre : Drame

Scénario : Chabbert

Dessins & Couleurs : Maurel

Adapté de : Olivier Bourdeaut

Éditeur : Steinkis

Nombre de pages : 105

Prix : 18 €

ISBN : 978236841099



Publié le 15/12/2017.


Source : Bd-best


Balzac et la petite tailleuse chinoise : le propos graphique de Freddy Nadolny Poustochkine uni au propos littéraire de Dai Sijie

Balzac et la petite tailleuse chinoise, ce titre vous dit sans doute quelque chose. Au moins si, comme moi, vous avez dû le lire au temps béni de vos études. L’oeuvre emblématique de Dai Sijie a bientôt vingt ans et reste un ouvrage marquant de dissidence face à un pouvoir despotique qui veut contrôler de A à Z toutes les belles lettres littéraires mises à la portée du peuple. Pour créer cette histoire, l’écrivain chinois installé depuis trente ans en France n’a pas dû aller bien loin : il l’a vécue. Témoin et souffre-douleur de la Chine de Mao Zedong, alors que ses parents contestataires étaient envoyés en prison, le jeune Dai fut intégré durant trois ans dans un camp dit de rééducation, un camp de travail ayant pour but de purger les esprits de leurs jeunes résidents de toute idée opposée à l’ordre en place. Aujourd’hui, c’est Freddy Nadolny Poustochkine qui donne puissance à cette oeuvre décloisonnée.

 

 

 

 

 

 

 

© Freddy Nadolny Poustochkine

 

Résumé de l’éditeur : Deux amis de 17 et 18 ans, le narrateur et son ami Luo, qui se connaissent depuis l’enfance, sont envoyés en rééducation dans la province du Sichuan, car ils sont considérés comme des « intellectuels ». Nous sommes en pleine période de la Révolution culturelle lancée par Mao Zedong, en 1971. Le narrateur est plutôt réservé et joue du violon. Luo, son meilleur ami, était son voisin de palier avant leur départ pour la rééducation. Il est beaucoup moins timide, il est même un bon conteur. Il raconte toutes sortes d’histoires au chef du village, et surtout les films que ce dernier leur demande d’aller voir en ville. Les deux amis rencontrent la fille du tailleur du village voisin. Elle est considérée comme la plus belle de la montagne, pleine de vie, mais sans aucune instruction. Tous deux en tombent immédiatement amoureux. Luo devient l’amant de la petite tailleuse. Pour service rendu, le Binoclard, un autre garçon lui aussi en rééducation dans un village voisin, prête aux deux amis Ursule Mirouët, un roman de Balzac. Fascinés, les deux amis volent toute la valise de livres interdits du Binoclard, valise contenant les romans des plus grands auteurs occidentaux du XIXe siècle. Luo fait alors un serment : « Avec ces livres, je transformerai la Petite Tailleuse. Elle ne sera plus jamais une simple montagnarde ».

 

 

 

 

© Freddy Nadolny Poustochkine chez Futuropolis

 

C’est vrai que des profondeurs de la mine, de cette gueule du loup terreuse et dangereuse, il est bien difficile de voir la lumière du jour, de l’espoir de jours meilleurs. Mais pour nos deux héros, malgré les peines et les efforts surhumains qu’on demande à leurs jeunes corps, il n’est pas difficile de s’apercevoir que ce coin de montagne isolé recèle deux trésors : la jolie petite tailleuse volontaire dans les pas de son père et des livres interdits que Le Binoclard semble garder précieusement, sans vouloir partager ce monde de sensations.

 

 

 

 

 
© Freddy Nadolny Poustochkine


L’heure viendra pour nos deux prisonniers de les découvrir mais, en attendant, Freddy Nadolny Poustochkine ne se prive pas de déjà entrouvrir la porte de ce monde de sensations. Graphiques tout d’abord, dès un prologue où l’on ne voit goutte sinon l’essentiel, les corps meurtris, le combat face à la mine. L’art de Poustochkine prend place par tache, par goutte, plus que par des cases conventionnelles. Comme dans un rêve qui tiendrait plus du cauchemar.

 

 

 

 

© Freddy Nadolny Poustochkine chez Futuropolis

 

Ça désarçonne, ça déstabilise (d’autant que c’est peut-être un peu trop linéaire) mais ça donne du biscuit et on découvre un vrai propos graphique (d’une beauté affolante) qui s’unit à celui, littéraire, de Dais Sijie. Inutile de dire que le pari pas forcément évident de l’adaptation d’un tel monument, d’une telle promesse de vie au-delà des barrières est réussi.

 

 

 

 

© Freddy Nadolny Poustochkine


On sent que ce récit, non content de le représenter, Freddy s’y est investi, l’a vécu. Et ses exploits graphiques tiennent la route (et sur 318 pages, il faut y aller) entre redondance assumée pour les scènes minières et une évasion sans modération. Une grande rencontre entre deux arts engagés.


Titre : Balzac et la petite tailleuse chinoise

Récit complet

D’après le roman de Dai Sijié

Scénario, dessin et couleurs : Freddy Nadolny  Poustochkine

Genre : Historique, Drame

Éditeur : Futuropolis

Nbre de pages : 318

Prix : 32€



Publié le 14/12/2017.


Source : Alexis Seny


Dans ma hotte de Noël, il y a…  Episode 8 : La nouvelle série d’un scénariste prolifique  Alto Plano 1 – Colombie

« - Votre CV m’indique que vous n’êtes pas mariée… Mais êtes-vous fiancée…engagée ? Avez-vous des projets qui vont dans le sens de fonder une famille ?

-          Ma priorité reste ma carrière pour les trente prochaines années…

-          Une dernière question… Pourquoi souhaitez-vous quitter Guardiani ? C’est une grosse enseigne avec pignon sur rue dans le monde entier…Et elle n’est pas réputée pour sous-payer ses employés…

-          La raison principale qui me pousse à partir, c’est l’inertie… Le job d’un aromatologue devrait être à mon sens plus créatif et plus expérimental… »

 

Albane Desroches est une véritable working girl. Elle n’est pas de ces femmes que la routine métro-boulot-dodo peut satisfaire. Et alors donc, devenir mère de famille, ce n’est pas du tout à l’ordre du jour. Aromatologue dans le domaine du café, elle va devoir développer ses talents dans des exploitations de café dans l’Alto Plano, région andine de la Colombie, pour les comptes d’une Start up de commerce équitable. Mais tout ne va pas se passer comme prévu. Et entre un contremaître abusant de son statut et les magouilles boursières autour de cet or brun, Albane va devoir revoir son jeu afin d’abattre les cartes qui lui permettront de moudre son destin à son goût.

 

 

 

 

© Corbeyran - Postec - Brahy - Delcourt

 

Luc Brahy est maintenant bien installé dans le monde des dessinateurs réalistes populaires. A l’instar d’auteurs comme Lucien Rollin ou Francis Vallès, il enchaîne les séries dans un style propre, sans faire de bruit, mais en étant toujours présent dans le paysage malgré la surproduction ambiante. Avec Alto Plano, il laisse éclater ses qualités de paysagiste dans les grandes étendues de caféiers.

 

 

 

 

© Corbeyran - Postec - Brahy - Delcourt

 

Eric Corbeyran s’associe à la romancière Vanessa Postec pour un scénario à quatre mains. Surfant sur le succès des séries consacrées au business du vin, c’est au café que s’attaque le bordelais. Instructif et malin, le récit amène le lecteur à suivre une jeune louve ambitieuse jusqu’aux confins de l’Amérique du Sud. Les personnages secondaires sont bien campés et s’apprêtent à jouer des rôles décisifs dans les prochains albums, en particulier Hernan et la belle et déterminée Estrella Villalobos, victimes d’une concurrence dont le fair-play n’est pas la première qualité. L’ensemble est exemplairement équilibré entre actions et conversations, dans une fluidité qui peut se permettre de surclasser le scénario incompréhensible du dernier Largo Winch. Bref, de la BD d’aventure comme on l’aime.

 

 

 

Après avoir lu cet album, vous connaîtrez les jacus et vous ne boirez plus jamais du café comme avant.

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

Série : Alto Plano

Tome : 1 – Colombie

Collection : Machination

Genre : Thriller

Scénario : Corbeyran & Postec

Dessins : Brahy

Couleurs : Saint-Blancat

Éditeur : Delcourt

Nombre de pages : 46

Prix : 12 €

ISBN : 9782756052052

 



Publié le 14/12/2017.


Source : Bd-best


Kid Paddle # 15 : pas au bout de son trip geek, Midam est toujours le roi du game

Depuis 2014, Kid Paddle avait ralenti la cadence au profit de la décadence (bien orchestrée et ensanglantée) de sa créature, Le petit barbare, qui en a profité pour rattraper le temps perdu. En cette année 2017, Game Over, le spin-off a dépassé la (série-) mère en nombre d’albums et avec, pourtant, dix ans de moins que Kid Paddle (qui fêtera en 2018 son quart de siècle, vous imaginez ???). C’est dire si l’univers – que dis-je, l’empire – érigé par Midam et ses sbires a pris et bien pris et que le chaudron est toujours à même de bouillonner. Au bonheur des geeks, des blorks et des autres.

Résumé de l’éditeur : Entre expériences scientifiques bizarres qui dégénèrent, cauchemars à base de licornes en peluche, fraude au cinéma pour adultes, massacres de blorks dans une salle d’arcade au gardien aussi teigneux que son molosse : la vie de Kid Paddle n’est jamais sereine, mais toujours drôle !

Avec Men in Blork, un titre forcément inspiré de deux chasseurs d’aliens aux lunettes noires devenus cultes, Midam et ses personnages auraient très bien pu aller à la chasse aux ET. Il n’en est rien, car aussi vrai que qui va à la chasse perd sa place… à la borne d’arcade, il y a déjà bien trop à faire sur cette terre de gamers. Alors Kid, Horace, Big Bang et les autres restent sur les mêmes bases, entre réalité et virtualité, et réalité virtuelle.

 

 

 

 

© Midam chez Glénat

 

D’ailleurs, à l’heure où l’on met des lunettes à smartphones sur le bout de notre nez pour se persuader qu’on peut se téléporter sur une île paradisiaque ou simuler une chute libre, on oublierait presque que Midam fut un sacré précurseur. Car y’a-t-il arme plus fatale pour intégrer une dimension parallèle que le seul pouvoir de l’imagination ? Et dès le début des années 1990, plus performant que certains jeux vidéo désormais démodés, Midam apposait sa marque, ses codes de couleurs et sa patte graphique pour nous emmener dans le monde  et le game cruels et sans pitié des jeux pour ados pas si boutonneux et attardés.

 

 

 

 

© Midam chez Glénat

 

La preuve, le temps a passé, ils y sont toujours et s’ils ont bien tenté d’évoluer (bon s’ils s’y prennent comme ils tentent d’entrer au cinoche pour un film qui n’est pas de leur âge, on comprend que ça n’ait pas marché), Kid et ses amis n’ont rien perdu de leur ferveur à dézinguer des Blorks, pitoyables joueurs qu’ils sont. Car en 15 tomes de Kid Paddle (et 16 de Game Over, donc), nos zéros n’ont pas vraiment été flamboyants face aux créatures hideuses et bébêtes sorties de l’imagination sans fond de Midam. On pourrait presque compter sur les doigts de la main les méchants que cette bande de loosers a pu anéantir. Tout cela n’est pas brillant mais quel plaisir coupable on prend toujours à les voir se faire ratatiner.

 

 

 

 

© Midam chez Glénat

 

Et, dans le même esprit qu’un Skottie Young avec I Hate fairyland, Midam réinvente la mythologie de ses héros sans panne d’inspiration. Mieux, puisqu’il ne quitte jamais vraiment le pâté de maisons vu et revu dans lequel évoluent ses personnages (le home « gore home entre papa le poltron et Carole qui veut désormais être une grande sportive, le cinéma interdit aux gnomes, le palace des jeux vidéo et le décor de ceux-ci, et c’est à peu près tout… ah non, ils vont aussi au… Musée), Midam le réinvente.

Mieux, il établit un réel univers en expansion avec des licornes débiles, des petits garçons qui se transforment en Rikiki (mais si, cet imbécile de canard rose) et des monstres plus répugnants les uns que les autres. Midam n’est pas au bout de son trip de geek tout public, développe des envies graphiques nouvelles, des expérimentations (des moustiques, une planche « à l’oeil ») et ça nous botte. GG comme on dit !

 

Série : Kid Paddle

Tome : 15 – Men in Blork

Scénario et dessin : Midam (avec la collaboration d’Adam, Steve Piraux et Valérian)

Couleurs : Angèle

Genre : Humour, Gag, Geek

Éditeur : Glénat

Collection : Mad Fabrik

Nbre de pages : 45 (+ 2 pages de bonus)

Prix : 10,95€



Publié le 13/12/2017.


Source : Alexis Seny


Dans ma hotte de Noël, il y a…  Episode 7 : Une biographie délicate  Les grands peintres : Tamara de Lempicka

« - Vous peignez, donc ? Le prince me disait que vous avez un don pour les nus féminins. Je brûle d’envie de les découvrir.

-          Je fais aussi des portraits. J’essaie d’aller au-delà de l’image. Je peins les gens comme ils sont mais surtout ce qu’ils ont dedans. J’utilise mon intuition pour capturer leur vraie personnalité.

-          Ce que vous me dites me plaît. Accepteriez-vous de faire mon portrait ?

-          C’est, Mme de La Salle, un défi que je ne peux refuser. »

 

Tamara de Lempicka fréquente le Tout Paris. Tamara de Lempicka a du talent et elle le sait. Tamara de Lempicka a du charme et elle en joue. Elle aime le luxe et se définit comme moderne.

Dans les années 20, être féministe est d’un courage avant-gardiste. L’artiste tient à sa liberté et rien ni personne ne pourra l’en empêcher. Ce n’est pas son mari Tadeusz qui décidera à sa place. Tamara choisit ses fréquentations. Hommes ou femmes, anonymes ou célébrités de l’époque (on croisera André Gide), la peintre a un pouvoir d’attraction hors du commun.

 

 

 

 

 

© Greiner - Collignon - Glénat

 

 

Virginie Greiner et Daphné Collignon signent un bel album, esthétique, mettant en valeur l’aura de Tamara de Lempicka, dont l’action résonne aujourd’hui comme un fondement parmi d’autres pour donner aux femmes une place égale aux hommes dans une société qui a encore du chemin à faire pour cette cause.

Les couleurs de la dessinatrice, dans une unité beige-dorée s’accordent avec le style Lempicka. Après celui de Vanna Vinci paru en 2015 chez Nouveau Monde Graphic, gageons que ce deuxième album consacré à la figure de proue de l’Art déco qu’est Tamara remettra son talent sur le devant de la scène et ses tableaux sur les murs des musées.

 

 

 

 © Greiner - Collignon - Glénat

 

Les éditions Glénat, bien qu’en ayant abandonné la maquette, poursuivent leur collection consacrée aux grands peintres. L’idée de génie de ce concept est d’avoir choisi de ne pas tomber dans la biographie fastidieuse de chacun d’entre eux mais de s’axer sur un fragment de vie ou sur la genèse d’un tableau. En l’occurrence, Tamara de Lempicka raconte la création de l’œuvre La belle Rafaëla, peinte en 1927.

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

Collection : Les grands peintres

Tome : Tamara de Lempicka

Genre : Biographie historique

Scénario : Greiner

Dessins & Couleurs : Collignon

Éditeur : Glénat

Nombre de pages : 56

Prix : 14,50 €

 ISBN : 9782344008263



Publié le 13/12/2017.


Source : Bd-best


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