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Vivre, aimer, respirer, l’art de la nature, la nature de l’art. Les grands espaces.
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Vivre, aimer, respirer, l’art de la nature, la nature de l’art.  Les grands espaces.

 

 

            « Longtemps j’ai rêvé d’avoir dans mon appartement parisien une porte spéciale qui s’ouvrirait directement sur les prés. Je l’emprunterais à chaque saison, en un rien de temps en un coup de crayon. J’irais faire des provisions de paysages, d’odeurs, de silence… Peut-être que je m’attarderais un peu. Récitation. »

 

 

 

 

 

 

 

            Catherine Meurisse a grandi à la campagne. Ses parents ont choisi ce cadre pour les élever, sa sœur et elle. La campagne sera leur chance : 200 habitants, de nouveaux amis, des animaux et une ferme en ruine : leur nouvelle maison.

 

            C’est ainsi que démarre une nouvelle vie, où les valeurs sont redéfinies, où deux petites filles ouvrent les yeux sur un monde nouveau.

 

 

 

 

 

© Meurisse, Merlet - Dargaud

 

Quand les deux sœurs trouvent une fleur de lys gravée sur une pierre, marque de maçon, elles imaginent Louis XIV, celui-ci apparaît au fond du jardin, témoin improbable des siècles écoulés.

 

            Les gamines adoptent la campagne, l’apprivoisent et l’honorent. A la manière de Pierre Loti, elles créent un Musée où elles conservent tout ce qu’elles peuvent dénicher, jusqu’aux crottes des animaux. « Tant qu’on chie, on vit. », clame un agriculteur. Dans Le roman d’un enfant, Loti regrette plus tard d’avoir collectionné tant de trésors…puisque tout finit en cendres et aux vers, « à quoi bon » ? « Tout finit…ou tout commence ? » répond la Catherine enfant à sa sœur qui lui raconte cela.

 

 

 

 

© Meurisse, Merlet - Dargaud

 

 

Cette scène a un écho particulier après ce qu’il s’est passé le 7 janvier 2015. Pour la petite fille, la mort appartenait aux guerres 14-18 et 39-45. La mort des hommes, elle ne voyait pas bien, mais celle des animaux, elle connaissait. Elle avait tripoté des types réduits en poussière dans des tombes, mais ce n’était pour elle que des vestiges. On est dans « La légèreté » quand on sait le drame que vivra Catherine lors de l’attentat de Charlie Hebdo. Autre écho, lorsque la famille visite le Louvre, les deux sœurs dissertent sur le romantisme. Alors que Catherine définit le peintre romantique comme quelqu’un qui cherche à retrouver un paradis perdu, sa sœur lui demande ce qu’elle a perdu, elle. « Ben, rien. » répond la future dessinatrice. Une phrase d’anticipation poignante.

 

Marcel Proust est un autre ami de la famille. Catherine baptise un platane Swann, pour mieux aller se reposer de son côté.  Les mots de l’écrivain se posent dans le jardin fleuri de la petite famille.

 

 

 

 

© Meurisse, Merlet - Dargaud

 

 

L’album alterne entre futilité et gravité, entre amusement et dénonciation. Monsanto, les pesticides, le remembrement, les politiciens qui organisent des vins d’honneur pour mieux apprivoiser l’électeur de la cambrousse, tout de qui abîme, pollue ou désertifie la campagne en prend pour son grade.

 

            Isabelle Merlet a tout compris du monde de Meurisse. Sa mise en couleur volète comme les ailes d’un papillon, reçoit les rayons de soleil de fin d’après-midi d’été et sublime tant les fleurs des champs que les feuilles des grands arbres aux verts multiples.

 

 

 

 

© Meurisse, Merlet - Dargaud

 

 

 

            La légèreté ne trouverait-elle pas sa source dans ces grands espaces ? « Si un peu de rêve est dangereux, ce qui en guérit, ce n’est pas moins de rêve, mais plus de rêve » dit Proust. Rêver, c’est devenir, mais c’est aussi se souvenir.

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

One shot : Les grands espaces

 

Genre : Chronique de vie

 

Scénario & Dessins : Meurisse

 

Couleurs : Merlet

 

Éditeur : Dargaud

 

Nombre de pages : 92

 

Prix : 19,99 €

 

ISBN : 9782205074505

 

 



Publié le 22/11/2018.


Source : Bd-best

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