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La vie passionnée de Monsieur Le Mans, une rencontre avec Jean-Marc Krings
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La vie passionnée de Monsieur Le Mans, une rencontre avec Jean-Marc Krings

Fils d’un grand journaliste sportif et frère du plus jeune pilote d’avion au monde, Jacky Ickx montre très vite qu’il a lui-aussi de l’essence dans le sang. À seize ans à peine, il participe à ses premiers championnats. En trial d’abord, puis en tourisme, en courses d’endurance et en monoplace, Jacky cultive un éclectisme et une polyvalence qui le rendront invincible sur tout type de circuit. Évoluant en F2 en 1967, il fait sensation sur le circuit de Nurbürgring en surclassant la plupart des F1 malgré son manque de puissance. Quelques années plus tard, dans une édition des 24 Heures du Mans restée mythique, son « départ marché » et sa victoire finale le feront entrer définitivement dans la légende...

Grâce à ce diptyque 100% belge de la collection Plein Gaz, découvrez la vie de Jacky Ickx, probablement l’un des pilotes automobiles les plus célèbres de tous les temps, renommé à la fois pour son palmarès, sa belle gueule et son comportement de gentleman.

 

 

Bonjour Jean-Marc. Nous te retrouvons au volant d’un diptyque sur Jacky Ickx. Comment as-tu embarqué sur ce projet ?

Bonjour. En fait, c’est l’éditeur qui me l’a proposé directement. On venait de faire « La dernière Targa Florio » avec Dugomier dans la collection Plein Gaz. C’était une fiction qui parlait de la fameuse course qui avait eu lieu en Sicile pendant presque un demi-siècle. On avait fait un album là-dessus où on avait évoqué Jacky Ickx qui devait y participer. L’éditeur nous a proposé d’embrayer sur un nouvel album si j’ose dire. Il nous a spontanément proposé de faire une biographie de Jacky Ickx. Il voulait que ce soit des auteurs belges qui s’en chargent, donc Dugomier et moi, parce que Jacky Ickx est un coureur automobile belge. On a poussé le concept belgo-belge jusqu’au fait que le coloriste soit aussi belge afin de bien comprendre les atmosphères. La Belgique est bien mise à l’évidence surtout dans le premier tome. On voulait que ce soit vraiment dans l’esprit de notre pays.

 

 

 

 

© Krings - Dugommier - Glénat

 

Es-tu à la base passionné de sport automobile ?

Non, pas du tout. En fait, j’aime bien dessiner des voitures mais je n’y connais pratiquement rien. J’ai dû m’y intéresser par la force des choses. On ne fait pas un album comme ça sans s’intéresser un minimum au sujet et en se documentant un maximum quand même, ce que j’ai fait avec Dugommier. J’ai découvert l’univers du sport automobile mais je ne le suivais pas du tout. J’ai trouvé le challenge intéressant parce que c’était quelque chose que je n’avais jamais fait. J’aimais bien dessiner des voitures et l’éditeur croyait en mes capacités à faire l’album, et on s’est lancé.

La grande époque de Jacky Ickx en Formule 1 et aux 24 heures du Mans correspond à ton enfance et ton début d’adolescence. Suivais-tu de prêt sa carrière ?

Je connaissais le coureur comme tout le monde bien sûr, mais j’avais juste souvenir qu’il avait fait le Paris-Dakar avec l’acteur Claude Brasseur. Par contre, mon scénariste était beaucoup plus intéressé à sa carrière que moi.

 

 

 

 

© Krings - Dugommier - Glénat

 

Le point de vue que tu as adopté avec Dugomier au scénario fait le choix de suivre la vie du pilote d’un point de vue chronologique, avec de nombreux récitatifs. Comment avez-vous fait pour ne pas tomber dans un album trop littéraire ou descriptif ?

Ça, c’est le talent de Vincent. C’est un grand scénariste. Je dois dire qu’il a fait un travail remarquable. J’ai pas mal souffert sur l’album quand même. Passer d’un univers comme la Ribambelle à celui-ci, ce n’est pas rien. Mais je pense qu’on s’en est bien sorti. La qualité de l’album au niveau du récit, on la doit énormément à Vincent bien sûr. Moi, je n’ai fait que le mettre en image.

Lorsque son père l’amène pour la première fois sur un circuit, Ickx ne semble pas franchement intéressé.

Non, c’est un fait. On a voulu aller au-delà de l’exploit sportif. On trouvait cela un peu trop basique comme récit. On voulait s’intéresser au bonhomme. On a donc visité des expositions qui lui étaient consacrées à l’époque à Bruxelles. On s’est très vite rendu compte que Jacky Ickx n’était au départ pas du tout intéressé par le sport automobile, et même qu’il n’aimait pas ça. Lui était, et il l’est toujours, attiré par la nature. Il se voyait garde-forestier, ce genre de chose. C’est par une suite d’événements qu’il s’est retrouvé dans la course et qu’il y a fait la carrière qu’on connait.

 

 

 

 

© Krings - Dugommier - Glénat

 

 

Il signe sa première victoire en F1 au Grand Prix de France de 1968, à Rouen, sous une pluie battante, ce qui lui vaudra son surnom de « maître de la pluie » : « The Rain Master ». Ce titre s’est-il vite imposé pour la première partie de ce diptyque ?

Oui. Il avait pas mal de fans en Belgique. Il y pleut beaucoup. Il a eu plusieurs surnoms. Il s’est d’abord appelé « Ring Master » en référence au Nurburgring allemand où il s’était distingué. Mais les deux surnoms qui ont le plus marqué sa carrière sont Rain Master et Monsieur le Mans. C’est pour cela que le tome deux s’appelle Monsieur le Mans.

Deux albums pour une vie si remplie que celle de Jackie Ickx, n’est-ce pas un peu frustrant ?

Non, parce que l’on a pu exploiter toutes les parties de sa vie qui nous paraissaient les plus intéressantes. Le deuxième album sera très Porsche, notamment la 935 et la 936 qui sont mises vraiment en vedette. C’est à ce moment-là qu’il a signé son contrat avec ce constructeur après avoir signé une victoire fracassante contre eux. Après, on embraye sur sa participation au Dakar. On y verra aussi un accident spectaculaire en Formule 1 où il s’est brisé les deux chevilles. Il a dû sortir du véhicule en marchant sur ses chevilles cassées pour éviter de brûler dans la voiture. Il y a eu d’autres accidents bien sûr, dont un en Espagne avec son père. Nous avons visionné une vidéo avec Vincent où Jacky fait le tour d’un circuit avec d’autres pilotes de sa génération. Aujourd’hui, Ickx est le seul qui soit encore vivant. Il y avait pratiquement un mort par mois à une époque. Ça n’a plus rien à voir avec ce que l’on voit maintenant. Ils risquaient réellement leur vie. J’ai pu approcher les bolides que Jacky Ickx pilotait, notamment la 312 qu’on voit sur la couverture. Ce sont de vrais tubes à dentifrice. Moi-même, je ne rentre pas dans l’habitacle. Ils avaient des physiques de jockey. Ces voitures étaient des tape-culs, avec un moteur explosif à l’arrière. On pouvait partir dans le décor comme un rien, ce qui lui est arrivé plusieurs fois.
Evidemment, on a dû faire l’impasse sur certaines courses parce que Jacky Ickx en faisait pratiquement une par semaine à une période. Il y a forcément des choses dont on n’a pas pu parler. Avec Vincent, on s’était mis d’accord sur les scènes les plus emblématiques, les choses les plus intéressantes par rapport au personnage lui-même et sur sa vie. On s’est plus attardé là-dessus. On a du faire des choix scénaristiques.

Ce n’est pas la première fois que Jacky Ickx flirte avec la BD puisqu’il a été « personnage » dans Michel Vaillant, de Jean Graton. Etais-tu lecteur de cette série ?

Ickx connaissait très bien Graton qui l’appelait l’enfant terrible. En fait, Graton l’a connu tout petit parce que son père était chroniqueur sportif. Jacky Ickx s’appelait d’ailleurs Jacques Ickx. Graton a vu grandir Jacky et a suivi sa carrière de près, d’où les clins d’œil dans plusieurs albums.

 

 

 

 

© Krings - Dugommier - Glénat

 

As-tu rencontré Jacky Ickx ?

Pas encore. J’ai rencontré sa fille Vanina qui est coureur aussi. Elle a beaucoup aimé l’album. J’ai eu Jacky plusieurs fois par mails.

Sais-tu s’il a lu l’album ?

Sa fille et lui ont beaucoup apprécié l’album et j’ai spontanément proposé de leur offrir des originaux. Contrairement à ce que j’aurais pu penser au départ, Vanina n’a pas demandé les planches où son père est au volant d’une voiture ou un exploit sportif. Elle désirait avoir des planches qui racontent son enfance et qui ne parlent absolument pas des voitures ou très peu. Elle a voulu vraiment ces scènes-là qu’elle trouvait vraiment très justes. Elle a trouvé l’album très humain. Ce sont ces scènes-là qui l’ont le plus touché au départ. Elle les a prises pour les offrir à son propre enfant, le petit fils de Jacky Ickx.
On avait réussi à trouver des détails très précis de sa vie d’adolescent, notamment la maison de la famille qui est dessinée dans l’album. Quand il reçoit sa première moto, la devanture du magasin est authentique. C’est vraiment le modèle en question et le nom du vendeur qui lui a vendu sa moto. C’est un travail de fourmi.

La conception de cet album est vraiment une belle histoire.

On a recueilli plus de deux mille documents : des photos, des vidéos, des bouquins, des gens qui l’on rencontré. On a eu beaucoup de détails. Nous sommes ravis que l’album ait plu à la famille. Il est toujours délicat de faire un livre sur quelqu’un. Ça peut parfois être mal perçu par la personne elle-même, mais ce n’est pas le cas ici.

L’album est paru sous le label Plein Gaz chez Glénat. C’est ta deuxième participation à cette collection après La dernière Targa Floria, déjà avec Dugomier au scénario. Après le second Ickx, poursuivrez-vous votre collaboration dans la collection ?

 

Je suis sur tout à fait autre chose. Je viens de clôturer un album sur lequel j’ai travaillé en même temps. Je viens de signer un gros contrat avec l’éditeur néerlandais Standaard. C’est la maison d’édition de Bob et Bobette. Ils m’ont confié un spin-off de De kiekeboes, une série culte qui est tirée à très gros exemplaires en Flandres et en Hollande. Je crois qu’elle atteint les deux cent mille. Je viens de finir le premier tome. C’est un thriller, un polar. On est à mille lieux de Jacky. C’est aussi un graphisme semi-réaliste par contre. Le premier tome est sous presse en ce moment. Il sortira en avril. Il y aura tout un événement parce qu’en Flandres c’est un personnage très connu. En Hollande aussi ils vont faire plein d’événements autour de la sortie du bouquin. Je viens d’entamer le tome deux.  La série De kiekeboes en est à cent quarante épisodes. C’est une série fleuve au même titre que Bob et Bobette, série néerlandaise très connue. L’éditeur est venu me voir parce qu’il aimait beaucoup ce que je faisais. Il m’a demandé de créer ce spin-off avec la complicité de l’écrivain de thrillers néerlandais Toni Coppers. Nous avons mis en scène Fanny, la jeune fille de la famille De kiekeboes, le personnage principal de la série. Il y aura une version luxe et un tas d’événements liés à la série et au personnage Fanny. En Flandres, on en a déjà énormément parlé. On a fait la une des journaux et du journal télévisé. L’album sera traduit en Français.

Après des participations à des guides juniors, tu as fait ton entrée dans le métier par la grande porte, chez Dupuis, sur des scénarios de Didier Tronchet, en reprenant en plein tome 3 le dessin de Violine. Comment t’es-tu retrouvé sur cette reprise ?

Je connaissais très bien Fabrice Tarrin que j’avais rencontré sur le net. J’avais sympathisé avec lui avant que je sois professionnel dans la BD. Au moment où j’ai rencontré Fabrice, je venais d’entamer le Guide Junior des Filles qui était mon tout premier album. Fabrice m’avait dit qu’il arrêtait Violine. Il m’a spontanément proposé de la reprendre. J’ai fait ça sans conviction parce que je ne pensais vraiment pas pouvoir avoir la chance d’être sélectionné. A ma grande surprise, si. La série s’est arrêtée d’un commun accord quelques albums après.

 

 

 

© Krings - Tronchet - Dupuis

 

 

Parallèlement, tu signes des albums de gags chez Bamboo, séries qui auraient très bien pu se retrouver dans Spirou. Pourquoi, alors que tu avais un pied dans l’hebdomadaire, ça ne s’est pas fait ?

C’était un graphisme type Marcinelle qu’affectionnait également Bamboo. Comme le contrat était arrêté chez Dupuis et qu’on ne m’avait rien proposé pour redémarrer, j’ai naturellement été ailleurs.

Est-ce que faire des séries de gags (Livraison express, Les informaticiens) ne serait pas la meilleure école pour s’entraîner à tout dessiner dans toutes les situations ?

Je dirais plutôt que les séries de gags obligent à être efficace, à aller droit au but et à éviter de se perdre dans des dessins trop compliqués ou qui finalement n’apportent rien au récit. Il faut se concentrer sur le récit lui-même et veiller à ce que le dessin serve vraiment le récit.

Est-ce que le gag est un domaine dans lequel tu pourrais retourner ?

Je ne pense pas. J’en ai fait, ça m’a plu, mais je me plais beaucoup plus dans les longs récits, et dans le semi-réalisme actuellement.

En 2011, tu relances La Ribambelle avec Zidrou, une reprise parfaite. Est-ce toi ou Zidrou qui en a eu l’initiative ?

C’était tout un tas d’événements. A l’époque, j’étais en contact avec les éditions Dupuis. Le rédacteur en chef de Spirou Olivier Van Vaerenbergh m’avait contacté. Pour les 70 ans du journal qui se préparaient à l’époque, il voulait demander à différents dessinateurs d’illustrer par un récit ou par une illustration un des personnages du patrimoine Dupuis. Avec Zidrou, on a tout de suite pensé à La Ribambelle parce que l’on est tous les deux amoureux de cette série. On avait commencé à écrire et dessiner une petite histoire courte pour le journal, puis il y a eu un changement de cap radical aux éditions Dupuis comme c’est souvent le cas dans les grandes maisons d’édition. On a dû renoncer à ce projet là, mais nous nous étions trop amusés à le faire. Comme on savait que la série n’appartenait pas à Dupuis, si on voulait la continuer, il allait falloir convaincre Dargaud. On a fait ni une ni deux. On est allé trouver Philippe  Ostermann qui a dit oui tout de suite. On a donc fait ces albums chez lui. Le deuxième, La Ribambelle au Japon, est un des albums dont je suis le plus fier. On espère en faire d’autres, même si pour l’instant rien n’est prévu. Nous avons chacun tellement de projets.

 

 

 

© Krings - Zidrou - Dargaud

 

 

As-tu eu des difficultés à prendre en mains les personnages de Roba, créés à l’origine par Jo-El Azara ?

En fait, oui sur certains personnages. Celle qui m’a le plus compliqué la vie c’est Grenadine. On la voulait plus sexy sans être vulgaire. On lui a fait des seins ce que Roba n’a pratiquement pas fait. Mais la grosse difficulté fut de dessiner le bus. Roba ne l’a dessiné que de dos, sauf une seule fois où il a été dessiné de face par Jidéhem, dans l’album La Ribambelle contre-enquête. J’ai ainsi pu repérer le modèle que c’était. Après plein de recherches, j’ai découvert que c’était un Renault MP4H qui a servi à la RATP Paris de 1935 à 1970. Dernièrement, j’ai eu la bonne surprise en visitant un musée de l’automobile dans la région à Ludon-Hénaux de passer devant une salle où il y avait le bus qui était exposé. J’étais tout fou comme un gosse. Le conservateur m’a fait le plaisir de me laisser entrer dans le véhicule. J’ai pu aller m’asseoir au volant. C’était vraiment le bus de la Ribambelle, le modèle exact.

Toujours avec Zidrou, en 2015, tu signes Waw chez Paquet. Au niveau automobile, tu t’en donnes aussi à cœur joie. Est-ce que ce one shot va devenir une série ?


A l’origine, il devait y avoir trois tomes. Pour l’instant, on n’a pas de retour de l’éditeur, donc on ne sait pas trop si cette série va se poursuivre. Je ne pense pas car, ayant d’autres engagements ailleurs, ça va être compliqué.

 

 

 

© Krings - Zidrou - Paquet

 

 

Avec l’Agence Quanta, en 2014, tu es enfin à 100 % aux commandes d’une série. Peux-tu nous en raconter la genèse ?

Zidrou est derrière cette histoire aussi. Il faut savoir qu’il est un peu mon grand frère dans la BD. C’est un des premiers auteurs que j’ai admiré avant même d’être dans la profession. J’ai eu la chance de le rencontrer assez tôt quand j’ai débuté. Il m’a vite pris sous son aile. Quand j’ai un souci dans le métier, ou que j’ai un doute sur une idée ou sur un contrat, il est toujours là pour me guider. Ce que j’aime bien avec lui, c’est qu’il n’a pas la langue de bois. Quand c’est mauvais, il te le dit cash. Quelqu’un qui m’a beaucoup aidé comme ça aussi, c’est Eric Maltaite. Ce que j’apprécie aussi avec lui c’est qu’il est très très franc. S’il y a quelque chose de mauvais, il te le dira et s’il te fait un compliment, c’est qu’il le pense vraiment. Ça a d’autant plus de valeur.
J’avais donc fait part à Zidrou mes idées de scénariste seul, mais je n’osais pas me lancer. Il m’a encouragé, Gihef également. J’ai trouvé un éditeur et signé le contrat. La série va être éditée en néerlandais et un éditeur néerlandais souhaite faire la suite.

 

 

 

© Krings - Vent d'Ouest

 

 

Outre la suite de Ickx, quels sont tes projets à venir ?

Je suis sur Fanny K. Je dois aussi faire un Bob et Bobette avec Zidrou dans le même esprit que les one-shot parallèles de Spirou, aux éditions Standaard. Nous sommes Zidrou et moi parmi les auteurs qui ont été sélectionnés, après deux pages d’essais qui ont été validées. L’album va se faire, mais pas avant 2018- 2019.

Merci, Jean-Marc.

Propos recueillis par Laurent Lafourcade



Publié le 26/02/2017.


Source : Bd-best

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