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La malédiction de Smenkhare, la relève d’Indiana Jones en BD plutôt qu’au cinéma ?

La bande dessinée, c’est une affaire de traits. Dans certains cas, il en faut beaucoup mais parfois quelques-uns suffisent allègrement à faire « passer le message ». Avec « La malédiction de Smenkharê (on a mis un moment avant de bien savoir le prononcer, rassurez-vous), son premier album, Anthony Auffret réalise une bande dessinée d’aventure et d’archéologie sur lequel plane l’esprit d’Indiana Jones mais avec un dessin minimaliste qui n’appartient qu’à lui. D’emblée, étonnant, détonnant même parfois. Dans la lignée des jeunes et talentueux auteurs que Casterman tente de sortir de l’anonymat depuis quelques mois (avec Les lâmes d’Apretagne et Boca Nueva, notamment).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Anthony Auffret chez Casterman

 

Résumé de l’éditeur : La sépulture du prédécesseur de Toutankhamon, Smenkharê, vient d’être découverte. Des terroristes sont prêts à tout pour s’emparer des richesses et des pouvoirs maléfiques du pharaon maudit. Alexandra détient la clef du tombeau et ne les laissera pas faire !

 

 

 

 

© Anthony Auffret chez Casterman

 

C’est parfois des zones d’ombre de l’histoire que naissent les bonnes idées d’histoires. À n’en pas douter, le destin de Smenkharê avait tout pour plaire à Anthony Auffret, jeune diplômé d’histoire de l’art et grand amateur de l’école classique belge mais aussi de la culture pulp. Smenkharê, de mes petits restes de grand amateur de l’Égypte ancienne, je n’en avais jamais entendu parler. Et pour cause, pharaon fantôme dont on ne sait même pas s’il a réellement régné, Smenkharê est le sujet par excellence si vous voulez générer une foire d’empoignes entre égyptologues. Personne ne sait avec précision qui était cet homme qui vécut dans les années 1300 avant J.-C. Et sa maigre histoire de s’écrire avec une multitude de points d’interrogation.

 

 

 

 

© Anthony Auffret chez Casterman

 

Ce n’est pas bien grave pour nous, puisqu’Anthony y a trouvé une belle occasion pour en faire une grande aventure avec un point d’exclamation… et totalement moderne puisqu’en homme bien informé qu’il est, il nous apprend que si les terroristes de l’EI ne détruisent pas les cités antiques pour le plaisir mais plutôt pour assouvir leur quête du pouvoir dévastateur du pharaon Smenkharê. Les nazis ne sont pas là mais on ne peut s’empêcher de penser aux Aventuriers de l’Arche perdue et à l’Arche d’alliance.

 

 

 

 

© Anthony Auffret chez Casterman

 

Sauf que le récit d’Auffret va se révéler nettement plus barré entre serpents, vieilles pierres et las vagues d’une mer vraiment rouge. Dans des décors qu’on dirait dessiné par Brüno et avec des personnages aux traits brouillés (quelque part entre Mique Beltran, Mignola ou le Hergé des Soviets), l’auteur nous entraîne mine de rien dans une aventure fort plaisante même si son dessin, au-delà de sa personnalité, n’évite pas une certaine redondance nous empêchant de prendre intégralement notre pied. D’autant plus que les personnages manquent quelque peu de charisme, qu’est-ce qu’on aimerait mieux les connaître. Rien qui n’enlève cependant l’audace et n’obstrue l’impeccable découpage d’un premier album au charme pulp et vintage? Tout n’est pas encore maîtrisé mais le style est redoutablement imposé.

 

Alexis Seny

 

Série : Les archéologues de l’interdit

Tome : La malédiction de Smekharê

Scénario, dessin et couleurs : Anthony Auffret

Genre : Aventure

Éditeur : Casterman

Nbre de pages : 48

Prix : 13,95€



Publié le 01/05/2017.


Source : Bd-best


En revisitant Antigone, Régis Penet frappe bien plus fort que n’importe quel éclair de Zeus

La mythologie, elle tient en dix lignes ou dans un livre-fleuve, c’est sans doute ce qui lui a permis de traverser les âges et d’exercer, encore aujourd’hui, une fascination sans nom, intemporelle et à la fois moderne. La preuve, depuis quelques temps, le monde de la BD a renoué avec ce patrimoine légendaire gréco-romain, alignant les albums mythologiques, en veux-tu en voilà. Avec des oeuvres remarquables et d’autres moins enthousiasmant. Dans la première catégorie, l’un des derniers en date est la révision spectaculaire et crépusculaire de l’Antigone de Sophocle que nous a offerte (en sacrifice ?) le formidable Régis Penet.

 

 

 

 

 

 

 

© Régis Penet

 

Résumé de l’éditeur : Antigone, fille d’Œdipe, s’apprête à braver l’interdit du roi de Thèbes en accomplissant les rites funéraires destinés à son frère, le paria Polynice. Pour ce geste, elle risque la mort. Mais c’est le prix à payer pour ce qu’elle estime être son devoir : envers l’amour qu’elle porte à son frère, envers les dieux. Son propre oncle, le roi Créon, ira-t-il jusqu’à la condamner en dépit des lois divines, non écrites et éternelles ? Antigone, son fiancé Hémon et le devin Tirésias parviendront-ils à le faire changer d’avis ?

 

 

 

 

© Régis Penet chez Glénat

 

On parle toujours d’Oedipe mais il n’y a pas de raison que sa fille, Antigone, ne lui vole pas la vedette de temps en temps. D’autant plus que si l’on connaît son nom, peut-être a-t-on eu tendance a oublié son histoire qui revêt tous les apparats de la tragédie grecque intense et immortelle. C’est donc une excellente idée qu’a eue Régis Penet en nous la remémorant en pleine face au terme d’une fresque graphique à tomber… de haut. Comme son héroïne qui n’avait pour garantir sa survie qu’à la mettre en veilleuse et à se tenir tranquille. Mais ce n’est pas de ce bois-là que se forgent les héros, les engagés.

 

 

 

 

© Régis Penet chez Glénat

 

On entre dans cet album comme on entre dans une époustouflante exposition, dans le sens où chaque page est un tableau et se vit intensément. L’Antigone de Penet, c’est une fresque peinte par l’huile et sur le bois, qui va chercher toute la puissance de ses espoirs et de son désespoir dans la gravité graphique que l’auteur complet y instaure entre la fureur et le poids des attentes d’un peuple qui veut que le Créon tienne son rôle. Antigone, c’est plus qu’un album, c’est un objet d’art dans lequel Régis Penet a tout donné, repoussant les limites de son art, faisant corps avec son récit comme si celui-ci s’était passé hier.

 

 

 

 

 

© Régis Penet chez Glénat

 

Il n’y a pas de grain de sable dans la mécanique (même si les planches semblent sablées et patinées) et la poussière de cette oeuvre millénaire est tombée. L’antiquité perd de sa splendeur et ne reste que le dilemme, celui auquel s’enjoignent des dizaines de visages défaits et d’où l’humanité ne sortira pas forcément gagnante. En choisissant Antigone comme messagère venue de loin pour nous servir un message universel, Régis Penet frappe fort, bien plus que n’importe quel éclair de Zeus. C’est prodigieux.

 

Alexis Seny



Publié le 26/04/2017.


Source : Bd-best


Hey Jude de Sandrine Revel, une bd qui a du chien et de la tendresse à revendre !

Un chien, ça change la vie, ça y met de la lumière, de l’enthousiasme, de la… vie, quoi ! Alors quand on a appris que la fantastique Sandrine Revel (j’ai toujours en tête le coup de foudre que j’avais eu pour son album sur Glenn Gould) consacrait un album à une amitié qui joint la main à la patte, on n’a pas résisté. On a bien fait. Un voyage tout en tendresse et en spontanéité, mais pas avare d’exubérance, entre une fille et un chien, les meilleurs amis du monde.

 

 

 

 

 

 

 

© Sandrine Revel chez Casterman

 

Résumé de l’éditeur : Julie a tout pour être heureuse. Un papa qui l’aime fort, des copains extras et Nours, l’ours-robot qui la protège et lui cuisine des cookies. Enfin, quand même, elle aimerait bien avoir un vrai chien aussi ! Un chien qui joue avec elle, un chien avec un cœur qui bat au même rythme que le sien, un chien qui mange les chaussettes et qui peut faire de sacrées bêtises si on ne le surveille pas… Mais voilà Jude qui pointe le bout de son museau. Hey Jude, Julie, Nours ! C’est parti pour l’aventure !

 

 

 

 

© Sandrine Revel chez Casterman

 

Meilleur ami de l’homme, le chien ? Pas sûr. Mais d’une petite fille plutôt. Car c’est peu dire qu’en dépit de Julie qui le tanne, son papa n’entend pas céder. Elle a déjà un ours-à-tout-faire et robotisé, que lui faudrait-il de plus? C’est sans compter la force de persuasion de sa gamine, d’autant plus que c’est son anniversaire. Alors, très vite, sur un air des Beatles, voilà que la maison accueille un nouveau petit habitant. Au poil mais pas forcément conciliant avec l’ordre qui régnait jusque-là. De visites précipitées chez le vétérinaire en passant par la jalousie de ceux « qui étaient là avant » et par de grands moments d’amitié et de générosité passés avec ce petit bouledogue français qui tient plus de la tête brûlée que du molosse.

 

 

 

 

© Sandrine Revel

 

Quelque part entre le Petit Nicolas de Sempé et les héros de Nob, Sandrine Revel livre un album hautement coloré dans lequel étincelle la frénésie des personnages tous chamboulés par l’arrivée de ce petit être pour le pire comme le meilleur. Inspirée par son propre compagnon à quatre pattes, la talentueuse autrice n’a pas son pareil pour nous emmener dans son univers touchant et délirant. Si bien que Sandrine évite l’écueil du « guide d’éducation canine amélioré » pour forcément livrer quelques conseils sans pour autant que ceux-ci parasitent cette grande et belle aventure.

 

 

 

 

Portrait réaliste © Sandrine Revel

 

Tous les amis de près ou de loin des chiens de tous bords (on sent d’ailleurs tout l’amour que Revel a dépensé pour représenter, ne fut-ce que le temps de quelques cases, une multitude de races) se reconnaîtront. On est séduit par cet élan de tendresse, cette histoire d’amitié entre l’homme et l’animal qui se vit à 200%. Sur ce, ça m’a donné envie de jouer avec le mien, un boxer, et d’en prendre soin. Par-dessus tout, d’en prendre soin. En bonus, il y a même des recettes de biscuits pour chiens.

 

Alexis Seny

 

Titre : Hey Jude

Histoire complète

Scénario, dessin et couleurs : Sandrine Revel (Facebook)

Genre : Familial, Jeunesse

Éditeur : Casterman

Nbre de pages : 64

Prix : 14€



Publié le 24/04/2017.


Source : Bd-best


Des horreurs aux aurores boréales : premier tour de piste sur la banquise pour le drôle de duo, Arsenio et Barny

On connaissait Starsky et Hutch, Sherlock et Watson, Adamsberg et Danglard ou encore Mulder et Scully et, plus récemment, Rust Cohle et Martin Hart (inoubliables enquêteurs de la première saison de True Detective). Preuve que les bonnes histoires ne tiennent pas toujours à un héros solitaire comme pas un, les grandes aventures policières, sur les traces de suspects coriaces, mettent toutes les chances de leur côté en dédoublant les forces en présence. Et avec Arsènio et Barny, nous ne sommes pas au bout de nos surprises. On fait les présentations avant la sortie du deuxième tome qui changera totalement de décor. Pour l’heure, rallumer le poêle à bois, n’oublier pas l’alcool qui revigore bien comme il faut, Olivier Matejka et Bruno Issaly s’occupent du reste, ça va cailler !

Résumé de l’éditeur : C’est l’horreur à North Pole, Alaska ! Les cadavres surgissent de partout… Et comme si cela ne suffisait pas, cette gentille petite bourgade du «père Noël» perdue entre lacs et forêts n’a plus de chef de la police, celui-ci s’étant donné la mort accidentellement en nettoyant son fusil de chasse. Barny Petrovski, l’adjoint au shérif de North pole, n’a pas le choix, il est obligé de suivre la procédure et prévient ses supérieurs pour qu’on lui détache un nouveau chef : Arsènio “Zoop“ Mc Doherty.

 

 

 

© Matejka/Issaly chez Cerises et Coquelicots

 

Ah l’Alaska, cette neige, ces lacs glacés, ces hommes givrés sans oublier les ours et les caribous. Charmantes contrées n’est-il pas. Ajoutez-y une pincée de sel, non pour faire fondre la glace mais pour y faire couler le sang meurtrier, et vous obtiendrez le combo parfait qui nous fait dire que North Pole a besoin d’un homme, un vrai, qui a les épaules pour subir le froid et débusquer le mystère des talus enneigés. Pourtant, Barny n’est pas franchement convaincu qu’Arsènio sera ce téméraire allié qui lui manque tant. C’est son petit doigt qui lui a dit en parcourant le dossier… à charge de son nouveau partenaire.
Des premières recherches en 2011 témoignent que le projet a mis du temps à faire son chemin

 

 

 

 

© Matejka/Issaly


Tant pis, s’il faut faire connaissance, c’est sur le tas et sur la glace endeuillée qu’il faudra ce faire. Car le crime n’aime pas attendre, et le corps de la jeune fille retrouvé, par hasard par Arsènio lors d’un jogging de découverte, est déjà bien froid. Le duo a déjà du pain sur la planche. Et si Barny connaît plus ou moins son affaire, Arsènio va, en plus de devoir s’acclimater (ce qui n’est pas rien), très vite conjuguer réalité et cauchemar. Alcoolique tentant vaille-que-vaille de se défaire de son addiction, Arsènio n’a pas volé son surnom, Zoop traduisant finement le mal dont il souffre : la Zoopsie.

 

 

 

 

© Matejka/Issaly chez Cerises et Coquelicots

 

Soit une sorte de delirium tremens qui n’entend pas lâcher d’une semelle Arsènio lui faisant engager la conversation avec un ours ou un poisson et être sujet à d’autres plaisirs hallucinatoires. Mais Arsènio ne s’appelle pas Yakari (même si à North Pole, il y a encore quelques Indiens) et il doit se rendre à l’évidence, ce n’est pas ça qui va faire avancer son enquête. Quoique…

 

 

 

 

© Matejka/Issaly chez Cerises et Coquelicots

 

Sur la pente glissante dont leurs deux héros doivent se méfier, Olivier Matejka et Bruno Issaly s’entraînent sur les traces du Insomnia de Christopher Nolan tout en soignant leur originalité et en troublant les pistes entre réalité, fiction et vapeurs d’alcool. Baignés par le vert boréal plus que par le soleil, les deux auteurs jouent ainsi malicieusement sur les terrains, égarant volontairement le lecteur mais se gardant bien de le perdre, tant il peut toujours se raccrocher aux traits bonhommes et sympathiques des deux héros. En une septantaine de planches, Matejka et Issaly mettent North Pole sens dessus dessous et chamboulent le lecteur avant un affrontement final qui tient bel et bien ses promesses.

 

 

 

 

© Matejka/Issaly chez Cerises et Coquelicots

 

La suite de leurs aventures conduira Barny et Arsènio dans un tout autre milieu, puisque c’est autour du spectaculaire site de Nazca que les deux auteurs les feront se retrouver. Finie l’intrigue nordique, il fera caliente dans ce polar sud-américain qui arrivera pour octobre et qui nous garantit un graphisme toujours plus maîtrisé.

 

 

Alexis Seny

 

Série : Arsènio & Barny (Facebook)

Tome : 1 – Les aurores de North Pole (Blog)

Scénario : Olivier Matejka

Dessin et couleurs : Bruno Issaly

Genre : Polar, Mystère

Éditeur : Cerises & coquelicots

Nbre de pages : 72

Prix : 15€



Publié le 18/04/2017.


Source : Bd-best


Élections 2017 : Marine Le Pen devient LA Présidente, et après ? Du bleu Marine au bleu Azur

Dans le rush pré-premier tour, François Durpaire et Farid Boudjellal, ainsi que l’éditeur Laurent Muller qui a mis un peu plus la main à la pâte, concluent leur trilogie présidentielle avec La vague, un titre qui en rappelle un autre mais en prend le contre-pied en proposant enfin un peu d’air mais sans s’ôter la moindre once de réalisme.

 

 

 

 

 

 

 

© Durpaire/Muller/Boudjellal aux Arènes



 

Résumé de l’éditeur : L’heure est à la surveillance globale et totale. En échange de cette aide, la Présidente, va accorder des concessions énormes aux géants du net. Nous voilà plongé dans une dictature inédite, régit par des règles algorithmiques… Mais, la situation économique et sociale se détériore de manière très alarmante. Le peuple descend dans la rue, manifestant son opposition au gouvernement. Marine Le Pen est rappelée au pouvoir. Le clan Le Pen s’entête dans leur idéologie nationaliste.

 

 

 

 

© Durpaire/Muller/Boudjellal aux Arènes

 

Cafouillage à l’Élysée. C’est un fait, depuis l’élection de Marine Le Pen à la tête de la France, ses mesures retentissantes et ne faisant pas forcément l’unanimité, la descente aux enfers mettant Marion Maréchal-Le Pen en pole position pour prendre le pouvoir, François Durpaire (à qui l’homme de l’ombre, Laurent Muller, est venu porter main forte dans l’écriture) et Farid Boudjellal n’ont pas ménagé leur système, toujours en prenant soin de l’étoffer d’un réalisme aussi implacable qu’il fait froid dans le dos. Progressivement, là où le premier tome se voulait être une application quasi « dur comme fer » du programme du FN en vue des élections de ce mois d’avril, les auteurs s’en sont affranchis pour passer de l’essai prédictif au récit d’anticipation politique à ficelles scénaristiques plus que crédibles.

 

 

 

 

© Durpaire/Muller/Boudjellal aux Arènes

 

Nous voilà désormais aux portes de 2023, un nouveau tournant se prépare. Car si le pouvoir est resté dans les mains du FN, en dépit des combats de coqs (français, bien sûr) et de la chute de Marine, le vent change encore. Marine n’a pas dit son dernier mot tandis que Marion consolide sa collaboration avec la Russie de Poutine et l’Amérique de Trump (qui, « malheureusement », ne peut se représenter aux élections). L’heure est aux Big Data, et tandis que la liberté d’expression des rues de France est cadenassée et aidée par les drones et autres caméras de surveillance, le Triumvirat et viral (surtout viral) jette les bases de son sinistre et machiavélique plan dans la Silicon Valley, conseillé par Google et ses sbires… du pire. Car si les trois as(s hole) complotent, il en va de leur volonté d’asservir le peuple comme de vulgaires moutons, bêtes à manger du foin.

Au-delà de la convoitise des informations et données du web sur nos pratiques, nos comportements (y compris à risque), le trio infernal parle d’une refonte du système éducatif : finie l’école, remisés les professeurs garant du savoir critique, place à l’enseignement à domicile promettant un salaire pour les mères qui s’en occuperaient via des programmes strictement uniformisés et sans danger pour le pouvoir. Sans oublier ces bibliothèques universelles et virtuelles promettant de rassembler l’intégralité des livres écrits depuis l’invention de la couverture mais ne mettant en vitrine que ceux appuyant (ou, du moins, ne risquant pas d’être nocif) pour la politique en place. Tout comme la hiérarchisation de l’information circulant sur internet via les réseaux sociaux ou les moteurs de recherche. Par exemple, recherchez l’opposante et humaniste Christiane Taubira et vous ne tomberez que sur « des sites apparentés à nos valeurs [frontistes] et ayant la même estime que nous pour Christiane Taubira. » Bref, plus pernicieux, plus insidieux mais bien plus fort que la censure.

 

 

 

 

© Durpaire/Muller/Boudjellal aux Arènes

 

Sauf que rien ne se passe jamais comme prévu et si le vent change, il souffle aussi de plus en plus, attire le gouvernement dans l’oeil de cyclone du fait d’une résistance qui a pu s’organiser depuis 2017. Une résistance qui a choisi ses leaders : un binôme fédérateur Taubira-Macron. Tandis que la répression continue, y compris en temps de JO parisiens auxquels des sportifs de premier plan refusent de participer en solidarité à d’autres qui se sont vus refuser leur visa. Le clash est en marche.

 

 

 

 

© Durpaire/Muller/Boudjellal aux Arènes

 

Le clash est en marche et le temps est venu du dénouement (même si on sait que l’Histoire est un éternel recommencement). Si l’on n’est un peu déçu que les dessins (basés fidèlement sur des photos) de Farid Boudjellal ne marquent pas plus le temps qui est passé sur les visages des protagonistes (et 2024 ressemble finalement fort à 2017), difficile de lui en vouloir tant la fresque politique est percutante. Les auteurs n’ont pas ménagé leurs effets, tout est crédible, implacable. Et si certains veulent mettre des freins à la connaissance, ils n’en mettront jamais à l’imagination et à l’esprit de la liberté, de la tolérance, du vivre-ensemble qui tôt ou tard se rallume, se ravive.

 

 

 

 

© Durpaire/Muller/Boudjellal aux Arènes

 

Le récit de Durpaire, Muller et Boudjellal va dans ce sens, prenant habilement le contre-pied du film glaçant auquel ce troisième acte a emprunté le nom. La Vague, pas celle qui monte toujours plus haut et nourrit les tsunamis, mais celle qui va calmer les choses dans le clapotis doux des plages, qui ramène d’improbables trésors qu’on ne pensait jamais voir resurgir du coeur noir de la mer, de l’amer. Sonnant ainsi la fin d’un cauchemar en trois tomes et près de 400 pages qui comptera dans les annales de la BD.

 

Alexis Seny

 

Série : La présidente

Tome : 3 – La vague

Scénario : François Durpaire (Facebook) et Laurent Muller

Dessin : Farid Boudjellal (Facebook)

Noir et blanc

Genre : Politique-fiction, Anticipation, Thriller politique

Éditeur : Les Arènes

Nbre de pages : 110

Prix : 22,45€

 



Publié le 18/04/2017.


Source : Bd-best


Maître de l’espace et du temps, l’Imbattable de Pascal Jousselin accomplit ses douze travaux… en un seul album

Petite devinette. Qu’est-ce qui est jaune et noir, a du pain sur la planche, a toutes ses cases et vous entraîne dans son voyage dans le temps sans que vous ne puissiez jamais le quitter des yeux? Alors, vous avez trouvé ?

 

 

 

 

 

 

 

© Pascal Jousselin chez Dupuis (Dans un supplément abonné au journal Spirou)

 

Résumé de l’éditeur : Prenez garde, vilains de tous bords, voici Imbattable ! Il porte secours à la veuve et à l’orphelin comme tout héros qui se respecte, mais il sauve aussi les chiens, les terrains de pétanque, le fils du maire et la ville tout entière. Masqué, comme tout justicier, capé, comme tout justicier, il mène la vie dure aux mauvais plaisantins, sans jamais oublier de ramener le pain.

 

 

 

 

 

© Pascal Jousselin chez Dupuis

 

Elle est curieuse et pas facile tous les jours, la vie de héros de BD. Et si certains se voient très vite un avenir doré et tout tracé, d’autres (et leur(s) auteur(s) avec) doivent batailler pour enfin connaître la joie d’un album. C’est la mésaventure vécue par Imbattable créé par Pascal Jousselin (membre éminent de l’Atelier Mastodonte), dans une tradition fidèle à l’OuBaPo (mouvement cher à Lecroart, Killofer et autres membres de L’Association). En dépit de son potentiel décoiffant, le héros en collant noir et jaune apparu pour la première fois dans le Spirou 3920 du 8 juin 2013 (presque quatre ans, quand même) a mis du temps à passer de la revue à l’album le consacrant enfin et le révélant un peu plus aux yeux du monde bédéphile.

 

 

 

 

© Pascal Jousselin chez Dupuis

 

Si je me souviens bien, il était même question qu’Imbattable paraisse chez un éditeur autre que Dupuis. Avril 2017 arriva et tout rentra dans l’ordre (ou dans le désordre? on ne sait jamais avec ce drôle de héros) avec un premier album-compil. Révélation pour certains, confirmation pour d’autres. Et encore plus.

 

 

 

 

© Pascal Jousselin chez Dupuis

 

Tous les héros de DC, Marvel et les autres, peuvent essayer, ce n’est pas demain (et même en se levant tôt) qu’ils battront notre ami Imbattable. Allez, peut-être, Deadpool mais c’est plus qu’incertain. Imbattable ne paye peut-être pas de mine au premier abord, sous son costume pas franchement clinquant, mais ne vous fiez pas aux apparences : il envoie du lourd. Sans besoin de griffe en adamantium ni de toiles d’araignées sortant de ses poignets, ni même de Batmobile surpuissante. Imbattable pourrait faire office de gendre idéal : serviable, le coeur sur la main, toujours prêt à soulever des montagnes… bref, un homme simple mais efficace. Un homme de terrain, par-dessus tout. Car oui, elle est là la clé de son don insurmontable, à l’instar de quelques héros majoritairement de comics (Deadpool, donc, mais aussi Miss Hulk, Scott Pilgrim ou encore Achile Talon), le savoureux héros de Pascal Jousselin a bien conscience qu’il est partie intégrante d’une bande dessinée. Brisant le quatrième mur et en pleine crise de « conscience comics », s’adresser au lecteur ne lui pose donc aucun problème.

 

 

 

 

© Pascal Jousselin chez Dupuis

 

Mais ça, c’est juste l’apéritif. Car, tant qu’à bien faire les choses, Pascal Jousselin a donné à son héros d’un nouveau genre la capacité de se déplacer de case en case. « Oui, et alors ? N’est-ce pas l’apanage de n’importe quel héros de BD qui se respecte ? » Si bien sûr, mais vous ne m’avez pas compris : dans ses aventures, Imbattable s’impose comme un maître de l’espace et du temps, pouvant à son gré décider du sens de lecture mais aussi filer un coup de pied à un méchant trois cases plus loin, remonter un paquet du bas d’une planche vers son début ou, en toute maladresse, de changer le cours d’un gag ou d’une histoire… Être là où on ne l’attend pas, telle est la force, jubilatoire, de ce petit miquet masqué.

 

 

 

 

© Pascal Jousselin chez Dupuis (Question d’un lecteur dans Spirou)

 

Ce premier album baptisé « Justice et légume frais » se révèle, si besoin était encore de le prouver, un tour de force démentiel, imparable et réjouissant. Dans ce quotidien urbain où pourrait planer l’ennui mortel, Imbattable trouve toujours une astuce pour le subjuguer, le rendre magique. Mieux, ce nouveau venu enchante les clichés, comme ce chat coincé dans un arbre ou les fatidiques combats entre le bon et le savant fou qui prennent un tour insolite et remarquable. Ici, le suspense est toujours entier et ne se limite pas au cliffhanger de fin de page puisque celui-ci se renouvelle à chaque case (celle du haut, du bas, de droite ou de gauche, ou toute ensemble, d’ailleurs). Sans compter les personnages dans la plus pure tradition franco-belge, drôlatiques à mourir mais bousculés sur leurs bases par ce héros qui vient nuancer les règles établies depuis des décennies. Sauf Pépé Cochonnet, Le Plaisantin (pas si loin du Joker) et… Toudi, qui sera bientôt le « Robin » d’Imbattable, et qui lui aussi a un pouvoir incroyable (qu’on vous taira pour vous laisser la surprise… ou parce qu’on est tout bonnement incapables de l’expliquer clairement).

Mais ne vous y méprenez pas, il ne faudrait pas qu’Imbattable vole la vedette à Pascal Jousselin dont le crayon bienveillant n’a certainement d’égal que la torture que l’auteur s’impose pour, non seulement, tirer des idées d’histoires aussi lumineuses mais aussi, et c’est là que le bât aurait pu blesser, les rendre possible graphiquement. À chaque page, on se demande combien d’aspirines l’auteur a dû ingérer pour calmer les maux de tête procuré par ces casses-tête dessinés. Puis, on se rend à l’évidence, l’apprenti sorcier n’en est plus un, réinventant son art pour le faire dialoguer avec la malice de la vie.

 

 

 

 

Bref, si vous avez parfois eu l’impression que la BD stagnait, le Maître Jousselin vous prouve tout le contraire en questionnant son art, mine de rien, et en proposant un premier opus à la classe folle et à l’originalité impériale (qui va quand même jusqu’à « déchirer » génialement une page), surprenant jusque dans ses derniers retranchements. Un début d’oeuvre qui, sous ses dehors gamins, possède une maturité sans faille, celle d’un auteur cumulant près de vingt ans de carrière et qui vient d’accomplir ses douze travaux… en un seul album, et notamment celui de réaffirmer mortellement « l’exception 9ème Art ». Car une telle maestria est difficilement envisageable sur un autre forma, quel qu’il soit. Édifiant et retentissant !

 

Alexis Seny

 

Série : Imbattable

Tome : 1 – Justice et légumes frais

Scénario et dessin : Pascal Jousselin (Page Facebook)

Couleurs : Laurence Croix

Genre : Aventure, Humour, Super-héros, OuBaPo Métalangage

Éditeur : Dupuis

Nbre de pages : 48

Prix : 10,95€

Date de sortie : le 07/04/2017



Publié le 12/04/2017.


Source : Bd-best


Magic 7 se frotte intelligemment à des monstres qui n’ont rien à envier aux Godzilla et autres Pokémon et ça décoiffe

Pour Le retour de la bête, le troisième tome de Magic 7, la série au rythme phénoménale et qui comptera quasiment quatre albums en un an, Kid Toussaint, Rosa La Barbera et Giuseppe Quattrocchi semblent enfin décidés à lever un peu le voile sur l’origine des pouvoirs des six pré-adolescents qui pourraient bien sauver le monde, un de ces quatre. Mais s’ils sont six mages, la question perdure : qui est le septième ?

Vous avez loupé un épisode ? Avant de continuer la lecture, on vous rafraîchit la mémoire : Magic 7, « contre tous » mais avec les arguments de la séduction et du renouveau
Y’a d…u Rembrandt dans l’air dès le storyboard de Geoff!

 

 

 

 

 

 

 Toussaint/Geoff chez Dupuis

 

 

Résumé de l’éditeur : Léo, le spirite, n’a qu’un but : trouver le septième mage ! Grâce aux révélations d’Alice, la devineresse, il sait que c’est quelqu’un qu’il a déjà rencontré et qu’il porte vraisemblablement une tache de naissance comme les six autres. Alice fait une autre prédiction : l’un des cinq rencontrera l’enchanteur le mercredi suivant. Chacun suit alors ses intuitions et tente de provoquer des rencontres qui semblent totalement fortuites avec son suspect favori. L’enchanteur, ignorant tout de son pouvoir, laisse de curieuses créatures sur son passage, aidant bien involontairement les six à le trouver. Une course contre la montre est alors lancée, car une terrifiante et gigantesque bête a envahi la ville et détruit tout sur son passage…

 

 

 

 

© Toussaint/La Barbera/Quattrocchi/Mengozzi/Marcora chez Dupuis

 

Comment ça la bête est de retour? De un, on ignorait qu’elle existait, de deux, comment peut-elle être de retour si nous ne l’avons jamais rencontrée. On ne sait même pas à quoi elle pourrait ressembler. Et la couverture de ce troisième tome ne nous aide pas follement, la bête serait-elle ce tout petit lézard-mutant ? On n’y croit guère. Sous des dehors aussi facétieux que cruels, Kid Toussaint n’a pas son pareil pour attiser l’envie d’en savoir plus. Et si l’auteur nous confiait savoir où il allait et avoir quelques longueurs d’avances dans l’intrigue de sa saga (dont il écrit actuellement le septième tome), force est de constater qu’au fil des deux premiers albums fort bien menés, le scénariste namurois n’avait pas boudé son plaisir de nous faire patienter, nous laissant carrément dans le flou.

 

 

 

 

© Toussaint/La Barbera/Quattrocchi/Mengozzi/Marcora chez Dupuis

 

Cette fois, ça y est, les choses sérieuses semblent s’embrayer et on en apprend plus sur l’histoire ancestrale des dons de nos héros, des pouvoirs fantastiques et puissants qui seraient le fruit de l’union d’un ange et d’un démon. Des capacités surhumaines qui pourraient s’avérer dévastatrices si elles étaient utilisées à mauvais escient. Mais plus loin que la conscience et la maîtrise de ces dons (ce que s’efforcent de faire nos six jeunes héros), le danger guette peut-être encore plus dans l’inconscience et le non-contrôle de ces facultés. Et il semblerait que l’encore inconnu qui fera figure de septième mage ne se soit pas encore rendu compte des horribles conséquences de ces actes quotidiens et néanmoins (et désormais) magiques : ainsi semble-t-il libérer d’infernales créatures qui risquent bien de tétaniser la ville, ou pire, l’anéantir. Une véritable arme de destruction massive qui ne tient qu’à son imagination.
Le storyboard du monstre par Geoff

 

 

 

 

 Toussaint/Geoff chez Dupuis


 

Jouant malicieusement de références allant de Transformers aux Pokémon, c’est un scénario taillé sur mesure que Kid Toussaint « jette » en patûre au talent de Rosa La Barbera et Giuseppe Quattrocchi. Le résultat final n’a rien à envier à un Kong ou à un Godzilla et permet au quintet (n’oublions pas Francesca Mengozzi et Giovanni Marcora à l’oeuvre aux couleurs détonantes) de tâter, sans modération, du monstre de bien beau calibre. Pendant ce temps-là, l’histoire avance et se révèle de plus en plus prenante.


Notons, que le quatrième tome, Vérités, sonnera en quelque sorte l’interlude. Sans négliger le fil rouge qui suit Léo et ses amis, cet album conviera quelques autres auteurs pour plonger dans la mythologie de la série par le biais de sept histoires courtes intégrées dans la narration. Participeront José Maria Beroy, Denis Bodart, Clarke, Benoit Ers, Chris Evenhuis, Jheremy Raapack et Roc Upchurch et des coloristes comme Hamo ou José Villarrubia. Notons encore que les aventures de Léo seront, cette fois, dessinées par Kenny Ruiz. Excusez du peu.

 

Alexis Seny

 

Série : Magic 7

Tome : 3 – Le retour de la bête

Scénario : Kid Toussaint

Storyboard : Geoff

Dessin : Rosa La Barbera et Giuseppe Quattrocchi

Couleurs : Francesca Mengozzi et Giovanni Marcora

Genre : Fantastique

Éditeur : Dupuis

Nbre de pages : 48



Publié le 07/04/2017.


Source : Bd-best


Alex et Ani : la mythologie revue et corrigée en culottes courtes par Legendre et Silvio

Ces gamins, ils ne respectent donc rien! Encore moins quand il s’agit de mythes qu’on pensait inébranlables. Force est de constater qu’avec Alex et Ani, petits héros mythologiques en culottes courtes imaginés par Nathaniel Legendre (avec un coup de pouce de Simon Léturgie) et Silvio Speca, on est loin d’être au bout de nos surprises et c’est Hercule qui en prend pour son grade sur un Mont Olympe délirant. En fin d’article, on vous offre aussi une petite séance de rattrapage avec l' »intégrale » des deux albums consacrés à la mythologie et à Hercule, en particulier, par Serge Le Tendre et Christian Rossi.


Résumé de l’éditeur : En réponse à une provocation stupide voilà Alex, le plus jeune des fils du puissant Héraclès, contraint de devoir marcher sur les traces de son père. Et sa sœur jumelle, Ani, ne manquera pas de partager ces douze travaux-ci avec lui. Mais est-on vraiment obligé de toujours faire la fierté de nos parents, lorsque ceux-ci n’ont su que piétiner les autres tout au long de leurs vies.

Mais, avant toute chose, faisons les présentations des personnages principaux (plein de chouettes bonus et explications, prouvant que malgré la bonne humeur et les délires, rien n’est laissé au hasard et tout est raccord avec la mythologie, à découvrir sur la page Facebook des très chouettes deux héros).

Le soleil est au beau fixe entre centaures et cyclopes dans les jardins du Mont Olympe, de quoi donner à ce paysage déifié des allures de contes de fées. Qui vont pourtant vite tourner en contes… défaits. Ça commence en chamaillerie dans la cour de l’école et ça dégénère très vite. Et ils ont beau être fils et fille de demi-dieu, ce n’est pas pour autant qu’Alex et Ani doivent se croire tout permis. Et cette fois, avec ce provocateur et cafeteur de Phobos, tout petit fiston d’Arès qui l’est. Et voilà que le coup de pied au cul de ce « boloss » va prendre des allures de coups de tonnerre sous la colère du suprêmissime Zeus qui, bien que grand-père de ces deux garnements, doit rester droit dans ces bottes, inconciliable. Et la sentence de tomber : Alex et Ani devront exécuter douze nouveaux Travaux, dans les pas d’Héraclès, leur père.

 

 

 

 

 

 

 

© Legendre/Silvio chez Cerises et coquelicots

 

Avec une préface de Philippe Luguy (dont on espère impatiemment un nouveau Percevan) et des envies mythologiques héritées des fantastiques Centaures de Pierre Seron, c’est peu dire que Nathaniel Legendre et Silvio Speca étaient accompagnés de deux anges gardiens en puissance dans leur création. Et les deux auteurs n’ont pas trahi leur allégeance en s’offrant, avec Alex et Ani, une grande aventure dans des pays légendaires qu’on ne connait que trop bien à force de livres, de films, d’albums de BD ayant remis à leur sauce les grands héros de la Grèce Antique.

 

 

 

 

© Legendre/Silvio

 

Pourtant, ici, l’enjeu est tout autre, il faut sauver le soldat Héraclès et Legendre et Silvio ne se privent pas de l’enfoncer un peu plus dans la mouise. Nous aurait-on menti depuis la nuit des temps, Héraclès n’aurait-il été qu’un imposteur? C’est le postulat tragico-comique des deux auteurs qui envoient valdinguer toute consensualité pour s’amuser comme des petits fous dans ce décor dantesque et impressionnant, apprivoisant même le lion de Némée qui n’était finalement pas bien impressionnant.

 

 

 

 

© Legendre/Silvio chez Cerises et coquelicots

 

Mieux encore, non content d’apprivoiser cet univers trop connu, les deux compères se paient la tête du Zeus créateur et n’hésitent pas à amener leur touche décalée et hilarante. Un petit griffon trop choupinou, un langage djeun qui file un coup de blues à la vieille Grèce et des dangers à n’en plus pouvoir. Sans se hâter, l’intrigue de Nathaniel Legendre prend son temps et serpente dans cette para-mythologie, ne respectant pas ces engagements (les Douze Travaux, comme la guerre de Troie, n’auront pas lieu) pour mieux surprendre le lecteur.

 

 

 

 

© Legendre/Silvio chez Cerises et coquelicots

 

Un lecteur qui peut avoir douze ans comme septante ans, tant le trait de Silvio est universel, expressif, semblant tout droit jouer les prolongations du dessin animé Disney consacré à Hercule tout en gratifiant l’oeil plus averti de quelques jolies muses. Un dessin caricatural mais pas trop, juste ce qu’il faut pour amuser terriblement la galerie mais aussi impressionner par sa maîtrise des éléments. On ne peut pas en dire autant de nos deux héros novices, et c’est ce qui fait le sel de cette aventure.

 

 

 

 

© Legendre/Silvio chez Cerises et coquelicots

 

Une aventure prolongée puisque le deuxième tome, L’épreuve d’Hadès, vient de sortir, coulé dans le même moule que le précédent opus mais peut-être encore plus impressionnant dans la traversée du désert qu’il offre à Alex et Ani, bientôt pris dans le piège des illusions et devant choisir, contre leur gré, le bon ou le mauvais côté de la force.

 

 

 

 

© Legendre/Silvio

 

Pas vieillots pour une drachme mais faisant justement des allers-retours entre hier et aujourd’hui (les super-héros tourmentés des comics ne sont pas franchement loin), Legendre et Silvio, vénérables insolents dont le bagout les pousse même à tutoyer les dieux, semblent bien en avoir sous le pied pour ce qui est moins une parodie qu’une grande aventure comprenant la parodie dans ses ingrédients, mais pas que. Loin s’en faut.

 

Alexis Seny

 

 

Série : Alex et Ani

Tome : 1 – Le secret d’héraclès, 2 – L’épreuve d’Hadès

Scénario : Nathaniel Legendre (avec la participation de Simon Léturgie sur le premier tome)

Dessin et couleurs : Silvio

Genre : Aventure, Mythologie, Humour

Éditeur : Cerise et coquelicot

Nbre de pages : 48

Prix : 15 €



Publié le 07/04/2017.


Source : Bd-best


Les p’tits diables tome 23, Nina est candidate à la présidentielle

« - Qu’est-ce qui se passe avec les enfants ? ça crie partout. »

            « - Nina a été élue déléguée. »

            « - Ah, cool ! »

            « - Et du coup, elle s’est auto-proclamée présidente. »

« - Ah, pas cool ! »

            « - Ben, Tom pense la même chose. Alors, il se rebelle. »

 

            Alors que la France est en pleine campagne présidentielle, tout le monde pense que la liste des candidats est arrêtée à onze noms. C’est faux, méga-faux, archi-faux ! Une douzième prétendante au trône est dans la course.

François Fillon va en perdre les sourcils. Jean-Luc Mélenchon peut se réabonner à Pif Gadget. Emmanuel Macron devrait revoir son projet. Benoît Hamon a de quoi en perdre son latin. Marine Le Pen et Nathalie Arthaud ne sont pas les seules femmes. Jean Lassalle n’a plus qu’à se laver et Philippe Poutou a en faire (des poutous). Jacques Cheminade va reprendre son chemin et Fançois Asselineau peut déjà retourner dans l’anonymat. Nicolas Dupont-Aignan, quant à lui, n’aura jamais autant de voix qu’à Avignon. Mesdames et Messieurs, méfiez-vous, Nina est candidate à la présidentielle.

 

 

 

 

 

 

Rassurez-vous, amis lecteurs, nos p’tits diables ne vont pas s’abaisser à entrer dans le grand cirque de la politique. Ils laissent ça aux guignols qui vont gouverner la France. On va retrouver Nina et Tom dans leurs jeux habituels du chat et de la souris.

 

Dutto approche allègrement des 1000 gags. Il devrait les franchir très rapidement. Mais comment fait-il pour rester aussi frais ? Il applique tout simplement aux gags en une planche le rythme scénaristique des strips. Même si certaines situations pourraient sembler répétitives, il y a toujours le petit plus qui distingue chaque nouveau gag des précédents. Cela prouve que la pratique de la discipline de l’humour, c’est comme le sport : plus on pratique, meilleur on est. Cela nous vaut de grands moments comme le débat, grand moment de politique pas si parodique que ça.

 

            Alors, plutôt que de voter pour les grands démons, votons pour Les p’tits diables !

 

Laurent Lafourcade

 

Série : Les p’tits diables

Tome : 23-Une sœur présidente

Genre : Humour

Scénario & dessins : Dutto

Couleurs : Bekaert

Éditeur : Soleil

Nombre de pages : 48

Prix : 10,60 €

ISBN : 978-2-3020-5968-9



Publié le 04/04/2017.


Source : Bd-best


Pilo : les rêves, c’est toujours mieux que le monde des grands

Près de dix ans après ses débuts, Julien Mariolle s’offre une nouvelle série aux Editions Bamboo sur les couleurs de Benoit Bekaert. Alors voilà Pilo, un « petit spirou » (comme l’évoque un peu la couverture) blondinet jamais à court d’idées et qui n’entend pas choisir un métier qu’il aimerait exercer plus tard tant il regorge de rêve. Des rêves qu’il a tendance à prendre un peu trop pour… réalité. Mais en attendant d’être un super-héros, un ninja ou un pirate (pourquoi pas des Caraïbes), Pilo doit justifier ses phases lunatiques auprès des professeurs, du proviseur qu’il réussit très vite à psychanalyser. Heureusement qu’il y a Janis, éternelle adolescente, qui entend bien Pilo vivre ses délires.

 

 

 

 

 

 

© Mariolle/Bekaert chez Bamboo

 

Il est étonnant, ce Julien Mariolle. Contributeur notamment des actuelles séries de Midam et Adam (Game Over, Grrreeny), auteur de Yul et sa clique, l’auteur a progressivement quitté les traits de ses débuts pour trouver un style qui s’adapte bien au format jeunesse. Un peu de Jojo, pas forcément loin de Kid Paddle, coulé dans la naïveté. Là où Julien Mariolle surprend c’est dans son habileté à transformer un album qu’on pensait à gags en somme de deux histoires courtes d’une vingtaine de pages.

 

 

 

 

© Mariolle/Bekaert chez Bamboo

 

L’auteur se donne le temps de prolonger le plaisir, ça marche et ça se tient plutôt bien. D’autant plus que Julien a cette facilité (tout comme Sébastien Piquet dont on vous parlait avec le Père des étoiles) de s’e/ancrer dans une réalité tout en en décollant le temps d’une seule case. Ainsi, sans avoir eu le temps de s’en rendre compte, nous voilà, comme Pilo, projetés sur les pentes de l’Himalaya, entre dinosaures et monstres ou encore sur une scène bien rock. Ça se lit comme un tour de magie.

 

Alexis Seny

 

Série : Pilo

Tome : 1

Scénario et dessin : Julien Mariolle

Couleurs : Benoît Bekaert

Genre : Humour, Jeunesse, Aventure

Éditeur : Bamboo

Nbre de pages : 46

Prix : 10,60€



Publié le 03/04/2017.


Source : Bd-best


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