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Information générale concernant le monde de la BD
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Entre sang neuf et héritage, les monstres d’aujourd’hui n’ont rien à envier à ceux d’hier #2 : Les Savage Brothers, fuir les zombies, c’est bien; les traquer, c’est encore mieux !

Plus d’un mois avant la date fatidique et mortelle, les magasins s’habillent déjà de leurs plus frissonnants atours et mettent en vitrine des costumes plus halloweenesque les uns que les autres. Les monstres sont de retour. Et même si leur âge d’or est passé depuis longtemps, ces créatures, nouvelles ou archaïques, n’ont pas dit leur dernier mot. Alors que Universal se prépare à réveiller un peu plus les monstres les plus incontournables du cinéma avec son Dark Universe, la bande dessinée n’est pas en reste. Petit tour d’horizon des parutions récentes, histoire que vous soyez fin prêts pour le 31 octobre. Épisode 2 en compagnie des Savage Brothers.

 

 

 

 

 

 

 

© Stokes/Cosby/Albuquerque/Peter chez Ankama

 

Premier épisode : Curse, les loups ne se mangent pas entre eux

Résumé de l’éditeur : Les Savage Brothers sont juste des rednecks violents qui aiment l’argent et l’alcool. Ça tombe bien ! Quand l’enfer vient sur Terre, nos deux bouseux, Dale et Otis, n’auront plus besoin de se livrer à leurs petites arnaques habituelles : la chasse aux zombies est ouverte et sera bien plus lucrative ! Une chasse aux zombies fun et contagieuse, teintée de mystère !

 

 

 

 

© Stokes/Cosby/Albuquerque/Peter chez Boom! Studios

 

Toujours en adaptation de Boom! Studios (comme Curse), l’éditeur français Ankama n’a pas eu peur de dépoussiérer une mini-série en triptyque totalement barge et publiée en 2006 aux States sans jamais bénéficier d’une adaptation en français jusqu’ici. C’eut été dommage de s’en priver, encore plus à l’heure où le public retient son souffle en attendant le prochain épisode des Walking Dead. C’est vrai, il y a de ça dans les Savage Brothers même s’ils étaient là bien avant que le grand public découvre la série adaptée de l’univers de Robert Kirkman, Tony Moore et Charlie Adlard. Sauf que la fratrie Savage ne se prend pas au sérieux, lâche du lest pour se lancer à la poursuite des zombies tout en faisant fi des peurs, des enjeux dramatico-psychologique et se concentrer sur le fun, rien que le fun… et un peu le pognon aussi.

 

 

 

 

© Stokes/Cosby/Albuquerque/Peter chez Boom! Studios

 

Car s’il est vrai que Ankama et Boom! Studios, c’est une affaire qui roule, celle de ces frères alcooliques n’est pas mal dans son genre non plus, elle roule du tonnerre. Avouez, il fallait être génial (ou simplement fou-à-lier, en fait) pour mettre au point cette combine aussi périlleuse que novatrice ? Son crédo ? Admettez qu’un de vos proches ait passé l’arme à gauche mais que, à la faveur d’une morsure contagieuse, il n’ait pas rangé ses dents pour autant et erre désormais comme une âme en peine; le duo fraternel se propose de tuer le mort-vivant (pour qu’il soit mort-mort) ou de vous le ramener afin que vous puissiez en faire votre animal de compagnie (bien en laisse et muselé, alors, hein ? Pas de blague…).

 

 

 

 

© Stokes/Cosby/Albuquerque/Peter chez Boom! Studios

 

Ajoutez-y une jeune strip-teaseuse géorgienne promise en sacrifice à une horde de zombies des villes (il y en a des champs aussi) avec à sa tête (et sans corps, comme le Fuhrer d’Infinity 8) les restes d’un savant fou. Mais aussi un gang de motards cannibales qui a fait de la chanson des Smiths (Meat is murder… en lui rajoutant « and that’s a good thing ») et du jus de crapauds qui traverseraient imprudemment la route à l’heure où Dale (qui pourrait être le cousin de Daryl Dixon, incarné par Norman Reedus dans la série Walking Dead) et Otis Savage sont en heure de pointe. Secouez le tout et vous obtiendrez en condensé ce coulis savamment dosé qui nous a fait penser à Une nuit en enfer de Robert Rodriguez. Plus fun que trash, surtout léger dans ce monde de brutes, The Savage Brothers s’assume et trouve même le temps d’un coup de foudre. Après tout, les morts(-vivants) leur vont si bien.

 

Alexis Seny

 

Titre : The Savage Brothers

Récit complet

Scénario :  Johanna Stokes et Andrew Cosby

Dessin : Rafael Albuquerque, Keith Giffen et J.K. Woodward

Couleurs : Cris Peter

Traduction : Nicolas Meylaender

Genre : Aventure/Humour/Horreur

Éditeur : Ankama

Éditeur VO: Boom! Studios

Nbre de pages : 96 p.

Prix : 13,90€



Publié le 29/09/2017.


Source : Bd-best


Salon de la BD de Verneuil-sur-Seine

Chaque année, la ville de Verneuil-sur-Seine accueille les amateurs de BD ou néophytes curieux de tous âges au complexe François-Pons à l'occasion du salon de la BD.

Au programme : animations pour tous les âges : caricatures, ateliers dessin, expos, coin lecture, concerts, jeux, concours de jeunes talents, jury des lecteurs, prix de la BD aux Couleurs du Blues coin restauration

Les auteurs présents cette année :
Angux
Axendre
Cédric Babouche
Maud Bégon
Boutanox
Michel Borderie
Thierry Boulanger
Élodie Bourdeau
Philippe Bringel
Michel Burdin
Ned Christensen
Fred Coconut,
Linda Conchaudron
S.R. Cosset
Alexandre Crochet
Pascal Croci
C.Debard
Artin et Jason Dilukeba
Stéphane Douais
Elinska
Christelle Friaud
Philippe Guillaume
Blaise Guinin
Christophe et Rodolphe Hoyas
Éric Ivars
Kiarkk
Kickliy
Grazia La Padula
Leen
Didier Mada
Fred Mannicot
Mariko
Carole Martinez
Christian Maucler
Léa Mazé
David Morancho
Jonathan Munoz
Odrade
Laurent Panetier
Christian Peultier
Éric Peyron
Pascal Piatti
Stéphane Piatzszek
François et Luc Plisson
Éric Puech
Rockwood
Olivier Romac
Rückstühl
Alex Sierra
Joe Skull
Slim
Tamarit
Frédéric Toublanc
Jovan Ukropina
Virgile

Lieu : Complexe François-Pons, route de Chapet

Contact : par tél +33 (0)1 39 71 57 00 par mail communication@ville-verneuil-sur-seine.fr

Webwww.ville-verneuil-sur-seine.fr


Pays : France

Date de l'événement : du 18/11/2017 au 19/11/2017.

Publié le 28/09/2017.


Source : Bd-best


Entre sang neuf et héritage, les monstres d’aujourd’hui n’ont rien à envier à ceux d’hier #1 : Curse, les loups ne se mangent pas entre eux

Plus d’un mois avant la date fatidique et mortelle, les magasins s’habillent déjà de leurs plus frissonnants atours et mettent en vitrine des costumes plus halloweenesque les uns que les autres. Les monstres sont de retour. Et même si leur âge d’or est passé depuis longtemps, ces créatures, nouvelles ou archaïques, n’ont pas dit leur dernier mot. Alors que Universal se prépare à réveiller un peu plus les monstres les plus incontournables du cinéma avec son Dark Universe, la bande dessinée n’est pas en reste. Petit tour d’horizon des parutions récentes, histoire que vous soyez fin prêts pour le 31 octobre. Épisode 1 avec Curse.

 

 

 

 

 

 

© Colin Lorimer

 

Résumé de l’éditeur : Laney Griffin est prêt à tout pour sauver son fils atteint de leucémie. Ruiné par le coût du traitement, il se lance à la poursuite d’un tueur insaisissable dans l’espoir de toucher la récompense. Il n’aurait jamais imaginé qu’il se retrouverait confronté à une créature surnaturelle… Une rencontre qui va bouleverser sa vie et le forcer à faire face aux fantômes de son passé dans une course contre-la-montre mortelle.

 

 

 

 

Étapes de création © Moreci/Riley/Lorimer/Rossmo/Bonvillain

 

Pour commencer et vous tirer d’une longue nuit (de pleine lune ?), quoi de mieux qu’un bon vieux loup-garou. De ceux plus intenables et plus sanguinaires que jamais. La couverture (signée Shane Pierce) parle d’ailleurs d’elle-même avec ce loup qui bave le sang sur ces cahutes isolées qui vont devoir trouver le courage d’affronter les pires des peurs. Et quand on parle de courage, on pense moins à tous ces chasseurs de monstre, dont la quête tient plus de la folie que de la raison, qu’à cet homme à sec financièrement et dont la capture de ce lycanthrope affamé (avec la récompense qui va avec) représente désormais la seule chance d’entretenir l’espoir de guérison de son fils leucémique.

 

 

 

 

© Moreci/Riley/Lorimer/Rossmo/Bonvillain chez Ankama

 

Impitoyable, bestial, dévoreur, les qualificatifs ne manquent pas pour caractériser cette bête qui, dans le froid de l’hiver, laisse les traces de ses festins humains sur le linceul neigeux. Sans en faire des tonnes, le quintet d’auteurs sait comment s’y prendre pour représenter une ambiance à laquelle on aime goûter depuis la nuit des temps monstrueux. Pourtant, on se dégage bien vite d’une course contre-la-montre qui pourrait paraître décérébrée pour entrer dans la modernité.

 

 

 

 

© Moreci/Riley/Lorimer/Rossmo/Bonvillain chez Ankama

 

Même si ce petit village semble hermétique à toute nouvelle technologie qui lui permettrait d’appeler au secours (un Van Helsing ou un autre). Entre hier et aujourd’hui, entre souvenirs et présent, Colin Lorimer et Riley Rossmo engagent toute leur esthétique fascinante (et dont les traits apparents du dessin laissent planer toute l’urgence de ce récit) en guise de transition qui nous emmène vers une conclusion inattendue dans laquelle le monstre s’efface un peu sous l’espoir de ne plus crier au loup mais de vivre avec.

 

Titre : Curse

Récit complet

Scénario : Mike Moreci et Tim Daniel

Dessin : Riley Rossmo et Colin Lorimer

Couleurs : Tamra Bonvillain

Traduction : Nicolas Meylaender

Genre : Épouvante/Horreur/Thriller

Éditeur : Ankama

Éditeur VO: Boom! Studios

Label : Label 619 (Page FB)

Nbre de pages : 112 p.

Prix : 14,90€



Publié le 28/09/2017.


Source : Bd-best


Lancement d'une soirée autour d'Hugo Pratt

À l’occasion de la parution du coffret Hugo Pratt au Tripode le 5 octobre, nous recevrons Dominique Petitfaux. Préfacier de l’ouvrage, il a également connu Hugo Pratt de son vivant. En tant que spécialiste de l’auteur, il pourra donc en parler à La Mouette rieuse avec l’intime connaissance qu’il a de son œuvre. Vous pourrez aussi rencontre Frédéric Martin, l’éditeur de ce très beau coffret.

Pourquoi a-t-il illustré ces grands auteurs de la littérature ? Quelle relation avait-il avec chacun des thèmes que ces poètes évoquent ? À la demande de qui s’est-il lancé dans ces projets ? Pourquoi le Tripode a-t-il choisi de rééditer ces ouvrages tombés dans l’oubli ? Ce sont autant de questions auxquelles vous trouverez réponse lors de cette rencontre. Elle sera par ailleurs suivie d’un apéritif offert par la Mouette rieuse, autour duquel vous pourrez discuter avec nos invités.

« Le monde est très grand et plein de contrées magnifiques que l’existence de mille hommes ne suffirait pas à visiter ». [Lettre d’Arthur Rimbaud, 15 janvier 1885, Aden.]

 

Lieu : La Mouette rieuse, 17 bis rue Pavée, Paris 4e

Contact : Tél +33(0)1 43 70 34 74  par mail lamouetterieuse.librairie@gmail.com

Web : www.lamouetterieuse.fr & www.facebook.com/events/539928166352429/


Pays : France

Date de l'événement : du 05/10/2017 au 05/10/2017.

Publié le 28/09/2017.


Source : Bd-best


Carloni, Roels et De Lazare en dédicaces au Skull BD

Programme des prochaines séances de dédicaces organisées par la :
Librairie The Skull


VENDREDI 29 SEPTEMBRE 2017 DE 14H30 à 19H00.
 
STEFANO CARLONI pour sa dernière nouveauté “CLEMENCEAU” + “LES SAVANTS” + “SINCLAIR”
 
BENOIT ROELS pour “QUIPOU L’INCA”
 
 
LUNDI 9 OCTOBRE 2017 DE 14H00 à 19H00.

 
DRAGAN DE LAZARE - AUTEUR QUI AVAIT REPRIS LA SÉRIE DE WALTHERY "RUBINE”

Il dédicacera le livre “MORCEAUX CHOISIS DE RUBINE”

Librairie The Skull S.A.
Chaussée de Waterloo, 336
1060 Bruxelles
Belgique
Tél 02.538.36.99
skullbd@hotmail.com
www.skullbd.com


Pays : Belgique

Date de l'événement : du 29/09/2017 au 09/10/2017.

Publié le 28/09/2017.


Source : Bd-best


Fer contre fer avec Renaud Farace : « Ma première version du Duel de Conrad? J’étais tellement respectueux que ça n’avait aucun intérêt ! »

Un auteur de BD, ça ne se fait pas en un jour. Parfois, ça peut aller très vite, d’autres fois, la patience est de mise. Comme pour Renaud Farace. Riche de collaborations dans des collectifs notamment, le jeune quadragénaire révèle un peu plus toute l’étendue de son talent avec Duel. Une adaptation de Joseph Conrad fidèle mais différente, pleine de fulgurances, dans laquelle celui qui rêve de reprendre Spirou et Fantasio le temps d’un album a cherché le côté pile et côté face pour consolider un duo fratricide et pourtant lié à jamais. De bonnes raisons de croiser le fer avec un auteur qui a du faire du chemin et noircir bien des pages pour en arriver là.

 

 

 

 

 

 

 

Autoportrait en Jack Sparrow © Renaud Farace

 

Bonjour Renaud. On vous attendait avec un récit de pirates, vous voilà avec un premier album qui fait briller les lames, mais de manière moins maritime, n’est-ce pas  ?

C’est vrai, au départ, j’avais prévu d’adapter Frères de la côté de Joseph Conrad. Un gros pavé de 500 pages qui devait être mon premier album.

 

 

 

 

Recherche pour Frères de la côté © Renaud Farace

 

Mais un ami éditeur m’a conseillé de commencer avec une adaptation plus courte. Par hasard, dans un recueil de nouvelles, j’ai eu un coup de foudre magnifique pour Le Duel, toujours de Joseph Conrad. Le genre me plaisait, Napoléon et sa campagne de Russie, le renversement qui allait s’y dérouler.

 

 

 

 

© Renaud Farace chez Casterman

 

Encore du Conrad !

Oui, il a écrit des textes de genre, d’aventure, très divertissant tout en arrivant à y mêler, à chaque fois, une vision très fine de l’âme humaine. Ce qui permet de (se) faire plaisir avec du fond. Exactement comme un Sergio Leone et sa façon d’aborder la guerre de sécession ou un Coppola au coeur de la guerre du Viêt-Nam. Joseph Conrad faisait pareil avec quelque chose d’universel aussi, car l’histoire aurait pu être transposée dans une autre époque. Au temps des samouraïs, par exemple. J’avais le désir de cet univers.

 

 

 

 

Recherche et rough © Renaud Farace

 

Mais…

J’avais trouvé l’histoire. Restait à l’adapter. Je me suis ainsi lancé dans une version scolaire, linéaire. Je l’ai relue et me suis rendu compte que je n’avais pas choisi le bon biais, j’étais tellement respectueux que ça n’avait aucun intérêt. Alors, je me suis demandé pourquoi j’étais fasciné par ce récit. J’ai relu le dernier paragraphe de la nouvelle et j’ai eu une révélation. J’ai ôté le « Le », pour me retrouver avec « duel », et cette notion de dualité sur plusieurs plans.

 

 

 

 

© Renaud Farace chez Casterman

 

Quel a été votre apport, du coup ?

Dans le texte original, le lieutenant D’Hubert est le personnage principal, froid, renfermé. Féraud, lui, est important mais sert plutôt de révélateur de D’Hubert.

Du coup, il m’importait de traiter la dualité pile-face d’une même pièce, de réhabiliter Féraud et de le laisser vivre sa vie. Féraud, c’est quelqu’un de populaire, de chaleureux, avec une certaine aisance dans les relations qu’il mène. Cela m’a amené à créer plein d’autres personnages pour l’entourer.

 

 

 

 

Première version du personnage de Féraud © Renaud Farace

 

 

On a parlé de Conrad, mais n’y a-t-il pas un peu d’Hugo aussi dans Duel ? Votre culture serait-elle plus littéraire que bédéphile ?

Je ne lis, en effet, pas beaucoup de bande dessinée, même si j’adore ça. En revanche, je suis passionné de cinéma et littérature, celle qui partage ma vie est d’ailleurs professeure de lettres. Elle me nourrit constamment (et pas que culinairement)… c’est elle qui m’a mis la Légende des Siècles de Hugo entre les mains, qui allait m’inspirer le texte d’introduction à la campagne de Russie, qui est une référence directe au grand Victor. C’est elle, encore, qui a suggéré l’idée de la chanson de geste quand je cherchais la forme pour raconter le troisième duel… Et c’est après avoir vu les Liaisons dangereuses au théâtre que nous avons imaginé ensemble la scène « épistolaire » avec Féraud et ses deux amantes…

 

 

 

 

© Renaud Farace chez Casterman

 

Comment êtes-vous passé d’une version à l’autre ?

La première était donc littérale, sans changer une virgule, ni les couches dramaturgiques.  Le fait de travailler les dialogue m’a remis les idées en place. Après, j’ai écrit au fur et à mesure, en soumettant les séquences à l’éditeur qui m’encourageait. Cela s’est corsé les trois derniers mois, où j’ai dû abattre le tiers du livre, soixante pages. Sans sommeil, quasiment.


La transition d’une version à l’autre se voit, sur votre blog notamment, avec des pages inédites.

Oui, c’est rigolo, ces planches, ces dessins non-retenus, je les appelle les bébés Féraud, les bébés D’Hubert. Plus caricaturaux, plus manga. J’avais la volonté de dessiner comme ça, mais ce n’était pas finalement mon style.

Au final, votre album est essentiellement noir et blanc, avec des notes de rouge.

Le noir et le blanc sont des contraires parfaits. Ils impliquaient la notion de dualité. Ce à quoi j’ai ajouté le rouge à certains moments pour suggérer une dimension supplémentaire. J’ai pensé à utiliser le rouge sur tout l’album, mais je trouvais cela trop chargé. Suffocant, à vrai dire.

 

 

 

 

Recherches de personnages © Renaud Farace

 

Comment êtes-vous arrivé chez Casterman ?

J’avais maquetté et imprimé mon projet en A3, avec une couverture rouge pétant, pour qu’il dépasse obligatoirement des piles de dossiers et se repère à plus de 50 mètres… Vincent Petit, mon éditeur chez Casterman, m’a confié qu’il l’avait effectivement remarqué grâce à cette ruse, et aussi parce qu’il adorait le film de Ridley Scott.

Honnêtement, comme je ne lis plus beaucoup de BD, je n’étais pas très au fait du catalogue Casterman. Mais je savais que c’était un éditeur qui n’avait pas peur de soutenir des projets en noir et blanc (j’ai essuyé quelques refus à cause de l’absence de couleur). Puis j’ai découvert, lors de nos premiers rdv, que nous partagions le même goût pour le grand romanesque qui met en scène des personnages travaillés, pour le divertissement intelligent. Là encore, que de bienveillance, de compréhension et d’encouragements… pour moi, c’est une belle rencontre, sans flagornerie aucune !

 

 

 

 

Strasbourg © Renaud Farace chez Casterman

 

C’est votre premier grand album rien qu’à vous. Mais on vous avait déjà vu sous le pseudonyme de Lu-k chez Petit à Petit, dans des ouvrages collectifs sur les Beatles, The Doors, la mythologie…

Oui, mais avec Olivier Petit, il y avait une sorte d’émulation, c’était différent, plus simple à dépasser.

 

 

 

 

The Doors © Renaud Farace chez Petit à Petit
Le Minotaure © Renaud Farace chez Petit à Petit

 

Ici, si j’étais tout seul, il y avait quand même Joseph Conrad. Son texte m’a accompagné. Je suis hyper-content d’avoir su mener ça à bien.


Avec des doutes ?

Duel, c’est une BD sans doute plus classique que ce qui parait actuellement. J’avais peur que ça paraisse austère. On est très loin de l’expérimental et fou Détective Rollmops que j’ai scénarisé pour Olivier Philipponneau.

Puis, j’ai douté d’y arriver dans les délais impartis. Je suis arrivé chez Casterman fin 2014, j’ai signé en janvier 2015, ce fut le feu vert pour la version finale. Jusqu’il y a un an et demi, quand on a arrêté le nombre de pages. J’ai commencé à voir le bout… avec la difficulté de finir.

Malgré vos expériences, vous êtes finalement un « jeune auteur ». Il est comment le monde de la BD vu de vos yeux ?

Ce n’est pas facile. C’est différent de Petit à Petit pour lequel je travaillais sur commande. Je n’avais pas à réfléchir au scénario. Ça m’a permis d’en apprendre sur ce milieu stakhanoviste.

 

 

 

 

Dans un tout autre genre, une membre de The Zombie Girls Gang Band © Renaud Farace

 

Vous saviez que derrière l’histoire passée à la postérité, il y avait deux personnages ayant réellement existé ?

Pas du tout, c’est mon éditeur, Vincent Petit, qui m’a aiguillé vers l’histoire réelle qui était derrière. Celle de François Fournier-Sarlovèze (Féraud) et  Pierre Dupont de l’Étang (D’Hubert). Une histoire avec des éléments intéressants, comme cette charte qui obligeait les deux à se battre dès qu’ils se croisaient.  Ainsi :

« Article 1er. Chaque fois que MM. Dupont et Fournier se trouveront à trente lieues de distance l’un de l’autre, ils franchiront chacun la moitié du chemin pour se rencontrer l’épée à la main ;

Article 2. Si l’un des deux contractants se trouve empêché par son service, celui qui sera libre devra parcourir la distance entière, afin de concilier les devoirs du service et les exigences du présent traité ;

Article 3. Aucune excuse autre que celles résultant des obligations militaires ne sera admise ;

Article 4. Le traité étant fait de bonne foi, il ne pourra être dérogé aux conditions arrêtées du consentement des parties. »

Fournier était un guerrier beaucoup plus cruel, un démon presque, antipathique et sanguinaire.

 

 

 

 

© Renaud Farace chez Casterman

 

Il y a un troisième personnage, non ?

Oui, le Corse, Paoli. Il est  important, c’est lui qui fait le lien. Je me suis projeté en lui. Tellement que quand il m’a fallu le tuer, ce fut très douloureux. J’étais très triste. Je rentrais chez moi avec le moral dans les chaussettes. Mes enfants, ma femme me demandaient pourquoi. Je leur disais que j’avais dû tuer un personnage qui m’était cher.

 

 

 

 

© Renaud Farace chez Casterman

 

Vous avez fait de l’escrime, ça aide dans le dessin des postures des deux personnages ?

J’en ai fait en tant que sport, pas en tant qu’escrime de guerre. C’est d’ailleurs comique parce que j’ignorais totalement que Ridley Scott avait fait un film sur base de la nouvelle de Conrad. En l’apprenant, je suis tombé sur l’affiche qui m’évoquait un lointain souvenir : c’était celle qui, des lustres auparavant, trônait au-dessus de la salle d’escrime dans laquelle je m’entraînais.

Après, oui, j’imagine que ma pratique de l’escrime m’a aidé à mieux saisir des attitudes, les parades. En plus, quand je dessine, je mime. Je me suis mis à faire des feintes, des parades devant mes camarades à qui je demandais de me prendre en photo.

Plus loin, pour le duel relaté en alexandrins, j’ai du faire pas mal de recherches pour retrouver les termes techniques et précis de l’époque.

Finalement, le film de Ridley Scott, vous l’avez vu ? Verdict ?

Vu ! Et assez conforté dans ma décision de ne pas le regarder durant la conception de mon Duel, tant les somptueuses images m’auraient complexé ! Sinon, au-delà de la magnifique photo, j’ai beaucoup apprécié le scénario de la première demi-heure, je suis moins friand des choix faits pour la suite…

 

 

 

 

Recherches de personnage © Renaud Farace

 

Il est donc différent de votre œuvre ? En quoi ? Finalement quelles sont les limites du cinéma que la BD compense et vice-versa ?

Ce qui est très intéressant, c’est qu’il s’agit réellement de deux adaptations distinctes, chacune s’étant attachée à ce qui la passionnait dans le récit de Conrad. Pour ma part, j’y ai vu, et développé, une thématique de la dualité, choisissant de traiter les deux duellistes à part égale, alors que Ridley Scott et son scénariste ont privilégié d’Hubert, Féraud (Harvey Keitel) restant cantonné à son rôle de brute épaisse. En ce sens, ils ont été plus respectueux du matériau d’origine, mais ils se sont moins glissés dans les interstices du texte…

 

 

 

 

Étude de personnage © Renaud Farace

 

Le film déroule également une adaptation que je qualifierais « d’anglaise »… attention, rien de péjoratif dans ma formulation, je suis loin d’être chauvin, mais dès les premières minutes du film, on constate un certain parti pris dans le traitement de l’épopée napoléonienne, l’empereur étant d’emblée traité comme un dictateur sans foi ni loi, et un conquérant sanguinaire… je n’ignore pas les réalités du règne de Bonaparte, mais le film fait l’impasse sur l’émulation et l’euphorie qu’il provoqua à ses débuts. De plus, on sent bien que Ridley Scott apprécie particulièrement l’oncle aristocrate de la promise de d’Hubert, personnage très réussi au demeurant.

Vous avez passé votre enfance sous d’autres latitudes. Vous étiez en contact avec de la BD ? Qu’est-ce qui a fait votre culture, vos premiers coups de cœur ?

Étonnamment, partout où nous résidions avec mes parents, je trouvais facilement Pif Gadget, Rahan et divers comics américains traduits par LUG, j’ai donc pu dévorer toutes ces publications dans ma langue maternelle, très jeune.

 

 

 

 

Illustration d’un bateau pirate © Renaud Farace

 

Comme je vivais dans des pays très chauds, je passais le plus clair de mon temps dehors, et le retour définitif sur Paris posa quelques problèmes : plus question d’aller jouer dehors à cause du trafic et du climat. Pour palier l’ennui qui me menaçait, mon père a installé sa collection de BD dans ma chambre, plus de 400 albums qu’il avait acquis durant son adolescence (à l’époque, c’était énorme), et ma passion est née, principalement à la lecture des Spirou de Franquin (que je rêvais — et rêve toujours — de reprendre le temps d’une aventure), mais aussi avec Johan & Pirlouit, Gil Jourdan, Marc Dacier, Achille Talon, Barbe-rouge, Buck Danny, Lucky Luke, Oumpa Pah, Benoit Brisefer, la Ribambelle, et les recueils brochés de Spirou Magazine datant des années 60… du old school, en somme !

Plus tard, vous gagniez le concours Jeune Talent d’Angoulême. Ça aide ? Ou c’est une arme à double-tranchant ?

J’ai effectivement fait partie de la sélection des 20 lauréats du concours Jeunes Talents, en 2005. Cela faisait quelques temps que je me demandais si j’allais continuer la BD, car, à part mes collaborations actives dans le fanzinat, je n’étais toujours pas édité… cette sélection a confirmé mes choix et mes envies, m’a re-motivé… et m’a ouvert les portes de l’édition professionnelle, principalement avec des mini-récits de commande qui m’ont permis de vivre et surtout de me roder.

 

 

 

 

Une planche de La querelle des arbres, première mouture © Renaud Farace

 

Entre-temps, c’est la psychologie que vous avez étudiée. Pourquoi, ce choix ? L’attraction pour la BD n’était pas assez forte ? Vous y êtes revenu assez vite quand même, mais quel a été votre apprentissage du Neuvième Art ?

Je n’étais pas bien au courant des diverses formations artistiques post-bac, et c’était une culture assez éloignée de mon milieu (je dis cela sans rancœur aucune, c’était juste comme ça). Il semblait aussi assez sage de se former à un métier via l’obtention d’un bon diplôme… mais en réalité, je me suis tourné vers les sciences humaines par goût intellectuel, tout en sachant que jamais je ne pratiquerai, car je voulais vraiment faire de la BD. Ainsi, j’ai passé mes cinq années d’études à créer des fanzines, qui ont constitué l’essentiel de mon apprentissage, que ce soit dans la pratique ou grâce aux rencontres d’autres auteurs en herbe (la plupart sont d’ailleurs édités aujourd’hui). Rétrospectivement, ce fut la meilleure école : tout faire soi-même, de la réalisation de sa BD, à l’édition d’une revue amatrice, en passant par le maquettage, l’impression, etc. En parallèle, j’ai découvert, à la fac, la psychanalyse, la philosophie, la littérature, le cinéma… et j’espère que tout cela fait un bon mix aujourd’hui !

 

 

 

 

Un shérif de l’espace © Renaud Farace

 

Vous avez rencontré des auteurs ? Quels conseils vous ont-ils donné ?

Selon la tradition qui semble toujours aussi tenace depuis la nuit des temps de la BD, je suis allé effectivement présenter mon travail à certains « maîtres », au culot, en trouvant leur numéro de téléphone dans l’annuaire ou en les «pistant » sur les salons. J’en retiens essentiellement une réjouissante bienveillance, très motivante, même si tous n’appréciaient pas forcément ce que je leur montrais… Ils ne se souviennent probablement pas de moi, mais je me permets de les citer, car chacune de ces rencontres m’a profondément marqué : Mézières, Margerin, Stan & Vince, Johan de Moor, Moebius…

 

 

 

 

Un hommage à Adèle Blanc-Sec et Tardi © Renaud Farace

 

Des coups de cœur récents ou plus anciens en BD ? La Bible pour vous, c’est quoi ?

Récemment, j’ai été littéralement soufflé par la Terre des fils de Gipi. J’ai également adoré Une Fessée et au lit de Boris Délévègue et Alcibiade de Rémi Farnos… et j’attends le(s) prochain(s) Pedrosa avec impatience !

Sinon, pour ma petite liste de mes incontournables (et j’en oublie sûrement!) :
– Qrn sur Bretzelburg, Spirou & Fantasio n°18, André Franquin
– La Valléé des bannis,  Spirou & Fantasio n°41, Tome & Janzy
– 3 ombres, Cyril Pedrosa
– Vitesse moderne, Blutch
– Les 5 conteurs de Bagdad, Duchazeau & Vehlmann
– Ici même, Tardi
– Dieu est mort ce soir, Soda n°4, Tome & Gazzotti

Finalement, l’album est sorti en avril. On en parle toujours dans un monde de la BD où les nouveautés se chassent les unes après les autres. Belle performance, donc ? Vous avez dû avoir des retours, que disent-ils ? On parle de vous comme d’un auteur révélé. Au bon moment ?

L’accueil critique est effectivement très chaleureux, et c’est un beau cadeau pour mes quarante ans ! J’espère qu’on lira encore Duel à mes cinquante…

Que nous réservez-vous pour la suite ? La querelle des arbres en album, c’est ça ? D’aussi longue haleine que Duel ? Et Frères de la côte, alors ?

Je vais sauter d’un empire à l’autre, puisque la Querelle des arbres se situe dans l’Indochine des années 30. Il s’agit, pour moi, de comprendre les ambiguïtés de la colonisation, de confronter son discours et ses intentions « humanistes » à sa dure réalité, à travers un récit toujours aussi romanesque que Duel, avec beaucoup plus de personnages principaux… et je ne vois pas comment la raconter avec moins de 200 pages…

Je garde le Frère-de-la-côte pour plus tard, déjà pour ne pas me limiter aux adaptations du grand Conrad (la Querelle est un scénario original), et aussi pour me laisser le temps de le penser sous forme de mini-série.

 

Propos recueillis par Alexis Seny



Publié le 28/09/2017.


Source : Bd-best


Baudoin, Loustal, deux master class exceptionnelles au SoBD 2017

Praticien du crayon et de la plume depuis belle lurette ? Jeune amatteur du pinceau et du feutre ? Amoureux du dessin en bande à lui consacrer vos heures ? Voici une perspective qui pourrait vous enchanter : profiter de l'enseignement de deux maîtres.

C'est pour vous que le SoBD a mis en place il y a trois ans ses Master Class. Cette année deux grands artistes du 9e Art vous offrent l'opportunité de deux scéances de travail d'une heure et demi chacune :  Edmond Baudoin et Jacques de Loustal.

Limités à 25 inscrits, ces deux sessions se tiendront le vendredi 8 décembre 2017, à partir de 15h30, sur le SoBD. Pour le prix d'une place de concert (26€), mais avec moins de monde dans la salle (clôture après les 25 premières inscriptions), vous assisterez à un cours suivi d'un échange avec l'un de ces deux artistes.

Attention, ces deux Master Class sont uniques. Il n'y aura pas d'autre sessions à l'avenir.

Pour plus d'infos sur les Master Class, cliquez ici

Pour vous inscrire sans tarder, c'est par



Publié le 28/09/2017.


Source : Bd-best


Aude Mermilliod, sur une ode de Trenet, au coeur des Reflets Changeants : « Une envie de bonheur et de chocs qui font se rencontrer des inconnus »

Depuis Trenet, on le sait, « la mer à des reflets changeants ». Que les gens, qu’ils soient côtiers ou pas, lui envient. Même si la course a parfois été suspendue et qu’une affiche de Godard « À bout de souffle » traîne dans les parages, c’est un véritable second souffle, avec tout ce qu’il a de salvateur et d’imprévisible, qu’Aude Mermilliod donne, sans compter, à ses personnages. Ils sont trois, de différents âges, de différents doutes, de différents problèmes… mais tous reprennent du poil de la bête pour composer cette grande histoire chorale intelligente et chatoyante, dure aussi, parfois.

Les reflets changeants, c’est tout ça et bien plus encore. Quelque part entre sa Méditerranée et ma Sambre, cela valait bien une interview (épistolaire) de celle qui a gagné le Prix Raymond Leblanc en 2015 et conquiert désormais notre coeur. Alors, à la une, à la deux, à la trois, plongeons !

 

 

 

 

© Aude Mermilliod chez Le Lombard

 

Bonjour Aude. Même en septembre, il a le bon goût de l’été cet album, non ? C’est en été que les humains, et vos personnages de surcroît, sont les plus aptes à se découvrir ?

Bonjour ! en ce qui me concerne, je ressens un vrai attachement à la Méditerranée, et elle prend toute son ampleur en été. Ce sont des souvenirs sensitifs très vifs, liés à mon enfance… le sel sur la peau, rentrer dans une voiture bouillante de soleil, manger le soir au son des cigales… Après, je pense qu’on peut se rencontrer toute l’année ! Ce choix est plus lié à des souvenirs de vacances.

Vous êtes-vous éveillée au Neuvième Art, très tôt, dès votre enfance ? Avec des lectures favorites ?

J’ai lu pas mal de bandes dessinées quand j’étais petite. Des classiques comme Tintin, Astérix ou les Tuniques Bleues, mais ce sont surtout les bd de mes voisins dont j’ai le plus de souvenirs. Notamment les Philémon ou Tendre Violette, ou encore les Peeters/Schuiten. Je ne comprenais pas grand-chose, mais c’était vraiment des supports d’évasions.

 

 

 

 

 

© Aude Mermilliod chez Le Lombard

 

Aujourd’hui, qui sont vos maîtres ?

Aujourd’hui je lis beaucoup beaucoup beaucoup de bandes dessinées, donc mes maître-sse-s sont de plus en plus multiples. J’aime aussi bien Jilian Tamaki et Craig Thompson que Pascal Rabaté ou Désirée et Alain Frappier. Les styles et les propos sont de plus en plus variés, c’est un vrai bonheur de lectrice !

Qu’est-ce qui vous a appris le métier ?

Mon parcours n’est pas du tout linéaire. Durant mes études de mode (que j’ai totalement échouées), j’étais souvent absente en cours (ceci explique cela) et je filais dans la librairie de ND Expérience, à Lyon, qui jouxtait l’école. Ce sont les libraires qui m’ont mis dans les mains des albums aux couleurs différentes, qui m’ont éveillée à la Bande dessinée.

 

 

 

 

© Aude Mermilliod chez Le Lombard

 

Ensuite, lors de mes deux années de Beaux-Arts à Toulouse (… dont je me suis fait virer), je vivais non loin d’une autre très bonne librairie bd, et je suis tombée amoureuse du libraire, qui était également auteur. C’est donc de le voir dessiner, et de piocher dans sa bibliothèque qui a confirmé mon intérêt pour le 9e art.

J’ai donc fait quelques planches par-ci par-là, mais sans grande conviction. C’est en ouvrant mon blog « La fille voyage » que j’ai commencé à davantage dessiner, grâce à la tablette graphique et à son merveilleux ctrl-Z qui m’a permis de ne plus trop avoir peur du dessin raté.

 

 

 

 

© Aude Mermilliod

 

Après tout ça, j’ai travaillé sur le scénario des Reflets changeants, et j’ai présenté le concours Raymond Leblanc. Et me voila !

Dès le titre, Les reflets changeants, sa poésie nous emporte. Est-il venu rapidement ?

Non, j’ai fait pas mal de brainstorming. Mais la chanson La mer de Charles Trenet, me revenait sans cesse en tête. J’ai appris par la suite qu’il l’avait écrite dans un train longeant la mer, magnifique non?

 

 

 

 

© Aude Mermilliod chez Le Lombard

 

Cet album, c’est le premier de votre parcours de jeune autrice, ça fait quelque chose, non ?

Ah ça ! On peut le dire ! Depuis le temps que je fantasme sur le moment où j’allais enfin tenir mon premier livre dans mes mains ! C’est un moment de joie pure, vraiment.

Cela dit, ça a déjà dû vous marquer de gagner le Prix Raymond Leblanc, non ? Un gros et vrai coup de pouce ?

Un immense coup de pouce ! Un coup de pouce inespéré ! Débuter dans une maison telle que le Lombard, en étant considérée comme tous les autres auteur-e-s, avec en plus un apport financier qui permet de ne faire que son album sans s’inquiéter, c’est une chance inouïe.

 

 

 

 

© Aude Mermilliod chez Le Lombard

 

Vous remerciez particulièrement Jean-Louis Tripp, il fut d’une grande aide ?

Jean-Louis Tripp est mon conjoint, donc il a été, durant les premiers pas de l’album, mon premier lecteur. Il a pu m’indiquer certaines erreurs de débutante. Ensuite, j’ai finalement très peu fait appel à lui, même s’il était dans la pièce à côté. Parce que je débutais et que je voulais être seule à bord, avec mon éditrice.

Son dernier album, Extases, fait l’unanimité ces dernières semaines. Vous l’avez lu ? Y’a-t-il eu des échanges entre les deux projets sur lesquels vous travailliez, tous deux ?

J’ai lu au fur et à mesure les planches d’Extases. Jean-Louis fait une planche par jour, je la lisais le soir… ou par-dessus son épaule dans la journée. Mais nos projets sont totalement distincts. Cela dit il n’est pas exclu que nous écrivions un jour un scénario ensemble.

 

 

 

 

© Jean-Louis Tripp chez Casterman

 

Autres bonnes fées, Régis Loisel, Max Cabanes et Fabrice Néaud ? Excusez du peu, comme on dit ! Et pourtant, tous ont des univers très différents les uns des autres, non ? En quoi vous ont-ils aidé ?

C’est drôle comme les gens ne se rendent pas compte de l’importance qu’ils ont pu avoir, parfois. Régis Loisel et Max Cabanes ont lu des parties de l’album, à des moments donnés, ils ont pris le temps de me faire des retours, et ça a été pour moi autant de petits moments encourageants et revigorants durant cette longue traversée du désert que peut être la réalisation d’un livre.

Fabrice Neaud, lui, a pris le temps, un soir, de me faire des retours très judicieux sur la couverture, qui serait moins belle sans lui.

 

 

 

 

 

Couverture finale de l’album © Aude Mermilliod

 

Cerise sur le gâteau, la force de la couverture. Elle est, à peu de choses près, la dernière planche de votre album qui elle-même se prolonge sur la quatrième de couverture. Une manière de prolonger la narration ? Ou de la commencer avant même d’avoir ouvert l’objet ?

Comme on le découvre en finissant l’album, la couverture ne correspond pas à un moment réel de l’histoire, en revanche elle représente cet élan vital, cette propension à la joie que j’espère avoir exprimé dans ce livre.

Il était important pour moi que la couverture soit énergique, joyeuse, sans mélancolie. Ce livre parle surtout de ça, d’une envie de bonheur, et de comment on l’atteint.

 

 

 

 

© Aude Mermilliod

 

Mine de rien, quand on arrive en tant que jeune auteur sur ce marché difficile qu’est la BD d’aujourd’hui, c’est un parcours du combattant ? Avec des galères ? Encore plus quand on propose un récit hors-format, un roman graphique de 200 pages ?

J’ai eu la chance de ne pas connaître ces galères, dans la mesure où Les reflets changeants est mon premier projet, et qu’il a été très soutenu par le Lombard. Mais je sais que je suis une exception.

Quand on voit le projet que vous avez soumis au concours, il y a deux ans, et l’album final, la métamorphose est irréfutable. Au niveau du graphisme, des couleurs… Qu’est-ce qui a permis, cette métamorphose ?

La grande différence c’est le temps, et le nombre de pages. Le dossier était d’uniquement 3 planches, et je dessinais bien moins. Quand j’ai su que l’album allait exister, j’ai tout mis à un autre niveau, j’ai remis certaines choses en questions, notamment la couleur.


Dans Les reflets changeants, le lecteur est amené à rencontrer trois personnages qui se frôlent mais ne se connaissent pas. Ces trois personnages pourraient-ils être les trois facettes d’une même personne ?

Non, pas d’une même personne, du moins pas de moi. Je peux avoir de l’empathie pour les trois, mais ils ne me ressemblent pas pour autant, et je les ai construits de manière bien distincte. Mais ensuite le lecteur ou la lectrice a le droit d’y voir ce qu’il-elle veut.

Comment sont-ils nés graphiquement ces personnages ? Le reflet extérieur doit-il être accordé au reflet intérieur ?

Je voulais qu’ils ressemblent à des « vrais » gens. À savoir pas parfaits ni physiquement ni dans leurs traits de caractère. Ils ont des défauts, des forces et des impuissances, comme dans la vie.

 

 

 

 

© Aude Mermilliod chez Le Lombard

 

Vous, comment avez-vous fait leur connaissance ? Sont-ils tout droit sortis de votre imagination ou y avez-vous mis un peu de personnes réelles que vous auriez rencontrées ?

Elsa ne me ressemble pas, mais elle vit des choses que j’ai pu vivre, à savoir une fin d’histoire d’amour un peu tendue, et une attirance pour des personnes variées, de tous âges et de tous horizons sociaux.

Jean est inspiré d’un ancien amoureux, mais il a bien pris sa vie en main, il ne lui ressemble sans doute plus tant que ça.

Même chose pour Émile, il est inspiré de mon grand-père mais a également pris son envol vers une personnalité qui lui est propre.

 

 

 

 

© Aude Mermilliod

 

Votre grand-père qui donne plus esprit que corps à Émile, le quasi-octogénaire du trio, qui était en Algérie dans les années 60 et qui ne portait pas les Arabes dans son coeur. Vous revenez sur ce destin (de ce qui est finalement un quatrième personnage « dans le troisième ») grâce à un carnet laissé, perdu, sur un banc. C’est via un carnet que vous avez pu aborder cette facette moins reluisante de sa personnalité ? Jusqu’à quel point cette histoire est inspirée de votre grand-père ? Était-il sourd, lui aussi ?

Oui, mon grand-père était sourd. Il n’a pas à proprement parler « fait l’Algérie », il y est né, et y a vécu jusqu’en 62. La genèse de ce livre est la fin de vie de mon grand-père, et rapidement j’ai voulu en dire plus de sa vie, de ses opinions, et surtout de cette situation commune à bien des gens : avoir une personne de sa famille aimante, mais avec qui on a que des divergences au niveau politique.

Ses journaux intimes ont été des outils précieux pour dire cela. Sans eux, la voix d’Émile aurait été plus creuse, aurait peut-être sonné moins juste.

 

 

 

 

© Aude Mermilliod

 

Représenter ce vacarme dans le silence qu’il subit à chaque seconde uniquement par le dessin qui n’est pas définition pas sonore, c’est un défi ?

J’avais fait des recherches peu concluantes sur le comment représenter les acouphènes. C’est très compliqué, effectivement. J’ai rapidement choisi de me placer uniquement du point de vue d’Émile, et de rendre les lecteurs-ices sourd-e-s elleux aussi.

Il a fallu un peu plus « expliquer » via le texte off des pensées d’Émile, ses ressentis vis-à-vis des acouphènes, je ne voulais pas rendre le dessin trop lourd et saturé comme l’est la réalité des gens qui vivent ça.

 

 

 

 

© Aude Mermilliod chez Le Lombard

 

Dans vos cases, vous mettez aussi un peu de musique, Bashung mais aussi Katy Perry. Si vous deviez prolonger cette BO, que mettriez-vous dans votre playlist pour accompagner la lecture de cet album ?

 

 

 

 

© Aude Mermilliod chez Le Lombard

 

Hummm dure question… Ce qui me vient en premier serait sans doute l’excellent dernier album de Leonard Cohen, saupoudré d’un peu d’Ibrahim Maalouf, de Nick Cave, et terminer dans la joie avec Mika et Cindy Lauper !
 

Il est aussi question de cinéma. Godard n’est pas loin à faveur de la beauté d’une affiche, celle d’À bout de souffle. Son premier film et qui a aussi eu un prix emblématique. Un réalisateur que vous affectionnez ?

Oui, j’aime beaucoup Godard. Mais le choix de cette affiche était un peu une légère et tendre moquerie me concernant à l’âge d’Elsa, où il était de bon ton d’aimer Godard. Tout le monde aimait Godard en école d’art, c’était la suite de la tenture exotique sur le mur, on avait ensuite l’affiche de Pierrot le fou.

 

 

 

 

© Aude Mermilliod chez Le Lombard

 

Puis, il y a des lieux réels, comme la maison d’… Edmond Baudoin ! Un autre grand qui vous a accompagnée un peu ?

Edmond est un ami, et sa maison un lieu parfait pour représenter une nette rupture avec la ville. Elle est tout proche de Nice, ça m’est donc venu assez naturellement. Edmond ne m’a pas accompagnée dans la réalisation de cet album, en revanche ses livres ont fait partie de ma bibliothèque de jeune lectrice de bd, ils ont donc eu une vraie importance pour moi, au même titre que ceux de Manu Larcenet ou Frédérik Peeters.

Ce livre, il a la couleur de l’été mais aussi celle du sud, des environs de Cannes, des bords de mer. Pourtant, une partie a été créée à Montréal ! Dépaysement total, non ? Parfois, mieux vaut se fier à ses souvenirs et impressions qu’au paysage saisi sur le vif ?

Quand j’ai su que j’allais réaliser cet album, je suis repartie seule à Nice pour me réimprégner de cette ambiance. L’album vient donc en grande partie de souvenirs mais aussi de ce que j’ai pu glaner durant ce trip en solo. Y retourner seule avait de l’importance, j’aime tout particulièrement la disponibilité qu’on a lors de voyages solitaires.

 

 

 

 

© Aude Mermilliod chez Le Lombard

 

C’est une œuvre chorale, comment vous êtes-vous arrangée pour équilibrer le « temps » de présence de ces trois personnages ? Sur le mode choral, y’a-t-il des œuvres qui  vous ont marquée (cinéma, littérature…) ?

Les trois personnages sont principaux. Elsa n’est pas plus l’héroïne que les autres. J’ai voulu bien marquer cela, même si on a encore tendance à lui donner plus d’importance qu’aux deux autres, peut-être parce qu’elle appartient au même genre que le mien. Je voulais démarrer avec un vrai temps pour chacun, qu’on apprenne à les connaitre. Ensuite, il a fallu trouver des chocs, des lieux de croisement… Le chien y a été d’une grande aide.

 

 

 

 

© Aude Mermilliod chez Le Lombard

 

Le livre qui me vient tout de suite à l’esprit pour son aspect choral est le prodigieux David, les femmes et la mort de Judith Vanistendael, qui aborde le cancer d’un homme vu par les femmes de sa vie. Ma-gni-fique !

Une dynamique chorale, c’est la meilleure façon de traverser une œuvre avec des multiples thèmes  comme (pèle-mêle parmi ceux que vous évoquez) la rupture, la séparation, la solitude, l’envie d’en finir… ?

Ce qui était primordial pour moi était que ce livre soit intergénérationnel, qu’il soit une fenêtre ouverte vers les problématiques de différents âges de la vie. À cette fin, effectivement la forme chorale a été un vrai outil.

 

 

 

 

© Judith Vanistendael chez Le Lombard

 

Quelle est la suite pour vous ? Des projets en perspectives ? Des voyages aussi comme vous êtes blogueuse globe-trotteuse ?

Peu de voyages malheureusement car le métier d’autrice prend vraiment beaucoup de temps. Par contre je suis en train de réaliser mon second livre, chez Casterman, qui a pour sujet l’IVG, de façon autobiographique.

 

Propos recueillis par Alexis Seny



Publié le 26/09/2017.


Source : Bd-best


Les Cahiers de la BD en kiosque et en librairie le 26 septembre

Après une campagne participative réussie sur Kiss Kiss Bank Bank, Les Cahiers de la BD sortent en kiosque et en librairie ce mardi 26 septembre.
 
Un peu moins de cinquante ans après leur création par Jacques Glénat (en 1969), Les Cahiers de la BD vont vivre une nouvelle aventure critique et journalistique menée par le journaliste et éditeur Vincent Bernière.
 
Pour ce premier numéro tiré à 20 000 exemplaires, vous y trouverez, entre autres : Alan Moore, François Boucq, Hugo Pratt, Goscinny, Blutch, Crumb, Bob De Moor.
 
Et un cahier thématique : Blake et Mortimer, Spirou, Corto Maltesse... Pourquoi les héros ne meurent jamais ?
 
 
Son credo :

Pas élitiste mais accessible !
Ne reniant pas les origines populaires du médium tout en essayant d'en proposer une lecture sérieuse.
Évoquer des sujets pointus de façon lisible et passionnée.
Privilégier l'intemporalité à l'actualité immédiate.
Donner de la place au grands formats et aux belles images.
" Toutes les bandes dessinées nous intéressent, sans distinction de public ou de genre, pourvu qu'elles soient de qualité et qu'elles nous procurent du plaisir. C'est ce plaisir que nous cherchons à approfondir et à partager avec rigueur et passion, en gourmets, en amoureux."
 

Au final Les Cahiers de la BD c'est :  500 00 signes, 18 pages de bande dessinée inédites, 200 images, 200 pages et 576 grammes.



Publié le 26/09/2017.


Source : Bd-best


Boucq et Yves Sente en dédicace au Brüsel pour Le Janitor 5

François Boucq et Yves Sente viendront dédicacer leur nouvel album, Le Janitor tome 5 “La crèche de Satan” (parution le 29 septembre aux Editions Dargaud).

Le Janitor tome 5 :
Le théâtre de cet épisode mouvementé est l’île de Cozumel, au large du Mexique. C’est là que mène la piste suivie par Vince et que se cachent les laboratoires du “Nouveau Temple” où se poursuivent les travaux, entrepris pendant la guerre par Mengele, sur la reproduction, le clonage et le conditionnement in utero…

Un épisode digne d’un James Bond. Qui lèvera également le voile sur le passé mystérieux de Vince et l’implication des membres de sa famille.

 

Inscriptions : info@brusel.com ou en librairie.

Pour l’occasion, la librairie Brüsel édite une version spéciale du Janitor tome 5 “La Crèche de Satan” de François Boucq et Yves Sente.
Cette édition, limitée à 600 exemplaires, comprend :

- Une jacquette exclusive
- Un ex-libris inédit, numéroté et signé

Infos  : https://www.brusel.com/boutique/janitor-tome-5-creche-de-satan-boucq-sente-edition-brusel/

Librairie-Galerie Brüsel
Boulevard Anspach 100, 1000 Région de Bruxelles-Capitale


Pays : Belgique

Date de l'événement : du 18/10/2017 au 18/10/2017.

Publié le 25/09/2017.


Source : Bd-best


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