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Ralph Azam 9, Trondheim signe  un chapitre supplémentaire de la vie de son héros

     « - Je vais vous demander de remettre les poules à leur place. »

            «  - T’as vu ça où qu’on allait t’obéir ? »

            «  - Je suis Ralph Azam. C’est-à-dire l’Elu et le surintendant d’Astolia. »

            «  - T’es surtout une grosse merde sur mon chemin. »

            «  - Zania ! Il m’a dit que j’étais un peu comme du caca… Je fais quoi ? »

            «  - Explique-leur que tu es super fort. »

 

            Effectivement, Ralph Azam est super fort et il n’est jamais bon de lui tenir tête. Et maintenant que Ralph a des responsabilités politiques et morales, il tient à être à la hauteur de ce qu’attend la population. Son but est à présent de former une armée de bleuis pouvant tenir tête aux troupes de son ennemi : Tilda Pönns.

 

            Lewis Trondheim ne signe pas ici un énième album d’une série qui en a encore sous la pédale, mais plutôt un chapitre supplémentaire de la vie de son héros. La preuve, la numérotation des planches continue sans interruption depuis le tome 1. Alors que certains épisodes pouvaient sembler poussifs ou lents, celui-ci marque une importante avancée dans la psychologie des personnages : Ralph Azam d’une part, mais aussi Zania, que l’on pourrait croire spectatrice mais qui est d’une influence non négligeable sur le canard au bec bleu.

 

 

 

 

            Qu’est-ce qu’il en a fait du chemin, Lewis, depuis Lapinot et les carottes de Patagonie !  Certaines cases sont superbes, que ce soit de grandes vues d’ensemble ou bien qu’elles soient plus petites comme celle où le héros plonge dans une rivière. Les effets sont très efficaces : envolées, poursuites, combats,… Tout semble si simple, si naturel, si enfantin parfois, mais on est en plein dans l’action. L’ensemble est enveloppé des couleurs de Brigitte Findakly qui maîtrise son sujet et dont les ciels sont en particuliers travaillés.

 

            Cerise sur le gâteau : la fiction rejoint la réalité. Sur spirou.com/astol/, il est possible le lecteur peut devenir un citoyen d’Astolia et gagner un astol, monnaie utilisée par Ralph Azam dans la cité.

 

Entre quête de soi et aventure épique, cet épisode ancre Ralph Azam dans la grande famille des importantes sagas d’Heroic-Fantasy.

 

Découvrez une interview sur le site Dupuis : http://blog.dupuis.com/interviews/ralph-azham-quelques-secrets-devoiles-par-trondheim/

 

Laurant Lafourcade

Série: Ralph Azam

Tome: 9 – Point de rupture

Scénario & Dessin : Lewis Trondheim

Couleurs: Brigitte Findakly

Genre: Heroïc-Fantasy

Éditeur: Dupuis

Nbre de pages: 48

Prix: 12 €

ISBN : 9782800167022



Publié le 05/09/2016.


Source : Bd-best


Effroi, humour et deuxième guerre mondiale, la joyeuse déconfiture de Pascal Rabaté

Dans sa nouvelle aventure en solo, Pascal Rabaté nous emmène sur les routes de la guerre, où se croisent exode forcé et compagnie militaire, entrecoupés imparables filets de balles tirés par quelques avions allemands et intraitables. D’ici quelques heures, ce sera la débâcle, mais en attendant, on tient, on tombe, on meurt, on erre ou on attend encore un peu. On rit aussi, ironiquement ou de bon coeur.

 


La déconfiture - Tome 1 - Rabaté - tracts

 

 

Résumé de l’éditeur: Juin 1940. La débâcle de l’armée française et l’exode pour des millions de civils. Les repères quotidiens ont éclaté. C’est le grand chaos. À travers le destin d’un simple bidasse, Pascal Rabaté raconte cet été de désordres et de bouleversements extraordinaires.

 

 

La déconfiture - Tome 1 - Rabaté - exil

 

 

 

Une guerre en retard et pourtant le cauchemar ne fait que commencer. On entre dans cette première partie de La déconfiture comme si on avait raté le début du film. Les avions ennemis s’en vont déjà, l’action est passée et on compte les blessés. Dans les fossés de la route, les vivants se relèvent et les défunts jettent un froid et l’effroi. La mort vient de faire cartons sur peau d’homme et ce régiment de l’armée française se pince pour sortir de ce cauchemar qui se révèle être le quotidien de cette seconde guerre mondiale naissante.

 

 

La déconfiture - Tome 1 - Rabaté - trou

 

 

D’ailleurs, le cratère au milieu de la route est bien réel et très vite, on délègue à Videgrain le soin d’avertir les suivants et d’attendre la Croix Rouge. Le temps passe, la caravane aussi, et tant qu’à faire les militaires railleurs. « T’as eu une promotion? » « Ouais, panneau indicateur ». C’est caustique, il fait soleil, la Croix Rouge viendra bien assez tard. Et de toute façon Videgrain peut compter sur sa moto. Sauf que… Trop présomptueux sur les hasards d’un destin joueur et moqueur, il est loin de s’imaginer qu’il va lui falloir plus de temps que prévu pour rallier son régiment. Heureusement, le chemin n’est pas semé que d’embûches mais aussi de bonnes rencontres.

 

 

La déconfiture - Tome 1 - Rabaté - croix rouge

 

 

Véritable récit de route, ce premier acte du drame tragi-comique et -ironique de Rabaté fait une nouvelle fois (souvenez-vous Vive la marée) la part belle aux personnages. Le temps de deux cases ou beaucoup plus, le petit peuple de l’errance se lève et se raconte. Des croque-morts improvisés aux soldats en perdition, des exilés apeurés aux ombres de la nuit, sans parler des vaches toutes perturbées. Mélangeant les genres, Rabaté se fait grand-mère pour composer sa déconfiture avec les fruits de l’excellence. Ça se lit vite et bien. Et l’envie nous prend de se dire que Rabaté, c’est comme la (dé)confiture, plus on l’étale, plus on a envie d’en reprendre et plus on l’adore. Et nous voilà bien intrigués de voir ce que nous réservera le deuxième acte!

 

Alexis Seny

 

Titre: La déconfiture

Tome: Première partie

Scénario et dessin: Pascal Rabaté

Genre: Guerre, Road-trip, Humour

Éditeur: Futuropolis

Nbre de pages: 96

Prix: 19€



Publié le 31/08/2016.


Source : Bd-best


Ça ne rigole plus au Fort Boyard: assiégé de monstres, il ne peut compter que sur de jeunes aventuriers

Dans la série « vu à la télé », voilà un nouveau venu (enfin, c’est vrai, un premier essai non confirmé avait eu lieu en 2005), et quel nouveau venu! Émission mythique de France Télévisions, voilà que Fort Boyard s’attaque au Neuvième Art (ou peut-être est-ce l’inverse?) dans un récit d’héroïc fantasy mettant en récit tous les pièges et épreuves pour une quête mystique et la sauvegarde de l’équilibre universel.

 


Fort Boyard - tome 1 - BenJ - Lannes - Le Roc'h - Odonne - gardiens

 

À voir sur la page de fortboyard.net

Résumé de l’éditeur: L’un des jeux télé les plus populaires devient une grande BD d’aventure !!
Un groupe de cinq jeunes ados vient participer aux jeux du Fort Boyard. Mais un événement incroyable se produit : trois monstres marins venant d’une autre dimension fondent sur le fort dans le but de dérober le trésor de Boyard… Dès lors, le jeu n’en est plus un : nos cinq héros devront affronter des monstres et des épreuves bien réels pour sauver le Fort Boyard. Que l’aventure commence !

 

 

Fort Boyard - tome 1 - BenJ - Lannes - Le Roc'h - Odonne - tempete monstres

 

 

Rassurez-vous Père Fouras, Passe-Partout, Passe-Muraille ou encore Felindra sont bien au rendez-vous pour incarner les personnages-clé de cette histoire. Car de clés, il en est aussi question et, alors que le Fort le plus célèbre de la télévision et des Charentes Maritimes est assiégé de monstres et créatures parées de très mauvaises intentions, c’est d’un groupe de cinq enfants que va dépendre le sort du monde. Rien que ça!

 

 

http://www.fortboyard.net/Fort-Boyard-les-monstres-des-oceans-une-nouvelle-BD-officielle.html

À voir sur la page de fortboyard.net

 

 

Maléfices, épreuves bien connues Fort et emprunts à quelques histoires mythiques (Excalibur ou Blanche Neige, par exemple), voilà le programme de cette aventure créée par BenJ, Christopher Lannes, Gildas Le Roc’h (le trio déjà à l’oeuvre dans le « rugbylistique » Top 14) et Joël Odone. Dans les traces du Grimoire d’Arkandias, du Collège Invisible ou encore du tout récent Magic 7 avec une touche « Chevalier du Zodiaque », ce premier opus, petit plaisir d’été, joue à la fois la carte du fan service et du récit jeunesse à suivre, tout en sortant du carcan du simple produit dérivé et en appuyant un peu plus le talent de Lannes et Le Roc’h (voyez d’ailleurs leurs excellents mash-up BD!!!) qui, mine de rien, savent férocement y faire. D’ailleurs en bonus, on vous propose quelques étapes de leur travail.

 

Alexis Seny

 

Série: Fort Boyard

Tome: 1 – Les monstres des Océans

Scénario: BenJ

Dessin: Christopher Lannes & Gildas Le Roc’h

Couleurs: Joël Odone

Genre: Fantasy, Aventure

Éditeur: Soleil

Collection: Jeunesse

Nbre de pages: 48

Prix: 10,95€



Publié le 29/08/2016.


Source : Bd-best


Si vous l’avez raté cet été – Episode 1 , XIII : 24 : L’héritage de Jason Mac Lane

« - Au nom de mes collègues administrateurs, j’aimerais faire le point sur la situation, Mme la présidente… Depuis quatre siècles, nos ancêtres ont fait prospérer l’héritage des puritains arrivés à bord du Mayflower… Face à la déliquescence des valeurs de notre pays, nous avons tenté une première fois de prendre le pouvoir. Hélas, la conjuration dite « des XX » s’est soldée par un échec… Cependant, elle nous a permis de découvrir l’existence d’un autre héritier du Mayflower qui aurait survécu au « nettoyage » de 1620 : Jason Mac Lane. Non seulement, vos agents n’ont pas réussi à convaincre cet amnésique de rejoindre nos rangs, mais ils ont poussé ce « numéro XIII » à rechercher les documents qui prouvent ses droits de cohéritier de notre fondation. C’est très préoccupant ! »

 

 

 

 

            Il n’a pas fini d’en voir et de nous en faire voir, ce sacré Jason. A travers une traque haletante, chasseurs et chassés s’engagent dans une course poursuite dans laquelle les cartes vont s’abattre dévoilant quelques zones du passé de XIII.

            Le scénario d’Yves Sente équilibre bien scènes d’actions qui ont fait le succès de la série et explications pompeuses, mais nécessaires (?), sur le passé du personnage. Cet album a le mérite de synthétiser tout ce que le lecteur a à savoir sur son amnésique préféré. Cependant, contrairement à ce qui est annoncé çà et là, il ne clôt rien, ou pas grand-chose. Le final présente même un doute sur les intentions mêmes du héros. Espérons que la suite n’ouvrira pas encore de multiples pistes dans lesquelles une truie n’y trouverait pas sa portée.

 

 

 

 

            Iouri Jigounov semble dans des chaussons. Propre, dynamique, précis, son style efficace manque d’une petite personnalité qui lui donnerait de l’originalité.

            L’édition collector limitée à 5000 exemplaires est agrémentée d’un DVD : la conspiration dans la peau, documentaire de 52 minutes. Treize personnalités, auteurs, comédiens ou journalistes, analysent le succès de la série, parmi lesquels Fabien Nury, Stephen Desberg, Marc Lévy, Caterina Murino ou encore un certain Jean Van Hamme.

            En bref, XIII 24 séduira les purs de durs, en perdra peut être certains en route, mais ne fera pas gagner des lecteurs. Un coup de boost simple et percutant est attendu pour la suite.

 

Laurent Lafourcade

 

Série: XIII

Tome: 24 – L’héritage de Jason Mac Lane

Scénario: Yves Sente

Dessin: Iouri Jigounov

Couleurs: Bérengère Marquebreucq

Genre: Thriller

Éditeur: Dargaud

Nbre de pages: 56

Prix: 11,99€

ISBN : 9782505063513



Publié le 29/08/2016.


Source : Bd-best


Red Skin, la tornade russe de Dorison et Dodson qui rafraîchit le paysage des super-héros

Alors qu’on vous parlait de super-héros russes de pacotille, grossiers et nous ayant laissés totalement pantois et indifférents, voilà une héroïne soviétique qui nous a fait totalement l’effet inverse. Elle s’appelle Red Skin, est plutôt très avenante, a un tempérament de feu et est d’humeur plutôt frivole. Rien de bien méchant si ce n’est que, en plus de toutes ses qualités qui lui permettraient sans aucun doute de trouver le mari idéal, elle manie la faucille et le marteau comme personne et est l’une des meilleures recrues de sa mère patrie, l’URSS. C’est un joyeux divertissement à mille lieues des héros actuels que nous proposent le Frenchie Xavier Dorison, Terry et Rachel Dodson.

 

Résumé de l’éditeur: Le plus grand super-héros américain… est une espionne russe. Vera Yelnikov est une bombe atomique ! De ces femmes qui réveilleraient un mort ou auraient rendu lesbienne Margaret Thatcher. Mais si le sexe est son grand plaisir dans la vie, elle doit consacrer la plupart de son temps à son métier : agent d’élite au service de l’URSS. En pleine guerre froide, Vera est envoyée à Los Angeles par les bureaucrates du Kremlin. Sa mission ? Devenir une véritable « super-héroïne américaine » pour propager les valeurs communistes au pays de l’Oncle Sam et lutter contre le « Charpentier », un serial killer fasciste qui s’en prend à tout ce qui ressemble de près ou de loin à un gauchiste. À peine arrivée, elle doit trouver une couverture pour son identité secrète… Un job lui paraît tout indiqué pour se fondre dans la masse et répondre à ses aspirations profondes : actrice porno !

 

 

Red Skin - Terry Dodson - travail - super-heroine - entrainement

 

 

Tempête noire et rouge (forcément), Vera est Russe. De ces Russes acquises à leur cause, surentraînées et au tempérament aussi volcanique que la plus forte des vodkas. Sauf qu’elle va devoir la troquer contre les sodas et l’eau de feu. Car Vera, un peu contre son gré, vient d’atterrir aux States, ce pays auquel la Guerre Froide lui avait jusqu’ici interdit de rêver et lui avait induit l’intime conviction que ce pays-là était tout ce qu’elle devait combattre. C’est peu dire que l’American… pire… le Los Angeles Way of life un peu bling-bling n’était pas vraiment fait pour elle. Ce n’est pas ce que pensent ses commanditaires (et notamment le camarade Brejnev) qui voient en cet ouragan de Vera la recrue idéale pour devenir Red Skin, la super-héroïne n’ayant rien à envier à Catwoman, La Chatte Noire ou Wonder Woman et qui saura conquérir le coeur des Yankees. Un étendard de propagande en quelque sorte.

 

 

Red Skin - Terry Dodson - recherches 3

 

 

D’ailleurs, le moment est propice, puisque c’est en pleine campagne électorale américaine (toc toc toc l’actu) que Vera est propulsée. Une campagne qui tourne à l’avantage d’une certaine Jacky Core, pasteur-e puritaine aux principes conservateurs qui pourrait réchauffer la guerre froide et qui ont fait de la lutte contre l’industrie du porno et la libération des moeurs et individuelle (re-toc toc toc les polémiques stériles du moment, burkini etc) son le crédo populiste et redoutable de cette candidate.

 


Red Skin - Terry Dodson - Rachel Dodson - moto

 

 

Comme si sa campagne offensive ne suffisait pas, cette « servilité guidant le peuple » semble bien aidée par un justicier, Le Charpentier, s’amusant (sic) à zigouiller les pontes de l’industrie du vice et du plaisir sur grand ,écran. Un ennemi tout trouvé et à la hauteur de la légende naissante Red Skin. Pin-up un peu cruche et femme de maison pour un producteur du X (qui l’engage d’ailleurs sous le nom d’Alabama Jane), le jour, et super-héroïne débutante mais n’ayant pas le droit à l’erreur, le soir; l’aventure de Red Skin risque bien d’être plus cocasse que celles de la majorité des super-héros américains.

 

 

Red Skin - Xavier Dorison - Terry Dodson - Rachel Dodson - tome 1 - welcome to america - P.37

 

 

Et en effet, on ne s’y est pas trompé. Combinaison moulante, tout seins en avant et irrévérence notoire font de ce personnage créé par Xavier Dorison, une héroïne certes sexy mais aussi atypique et attachante dont les traits (donnés par l’incroyable Terry Dodson) ne peuvent que rivaliser avec ses confères outre-atlantique (en même temps, c’est normal, Terry vient de là-bas et a suivi le chemin inverse de beaucoup d’auteurs européens partis faire du comics: voilà dix ans qu’il s’adonne joyeusement et avec plaisir à faire aussi de la BD européenne).

 

 

Red Skin - Xavier Dorison - Terry Dodson - Rachel Dodson - tome 2 - Jacky - P.4

 

 

Avec l’insolence des débutantes n’ayant rien à perdre, Red Skin possède aussi cette fraîcheur des nouveaux arrivants qui est salvatrice dans un paysage du comics qui s’est peut-être un peu sclérosé sous le coup de la Dark Knight attitude. Dans les pages des deux premiers opus de Red Skin, de A à Z, ce jeu du chat et de la souris (ou de l’aigle et de l’ours, pour américano-russifier le débat) se veut bon enfant, sans se prendre au sérieux mais sans pour autant faire n’importe quoi. Le rythme est  vivifiant, les dessins au point et aux poings (quand il s’agit de tuméfier les visages) tandis que le scénario multiplie les bonnes idées. Red Skin est la bombe a(na)tomique qu’on n’attendait peut-être pas mais qui fait mouche et voit quand même nettement plus loin que l’héroïne simplement sexy. Dorison a de la suite dans les idées, et on attend bien de savoir quoi!

Red Skin - Terry Dodson - travail - couverture Image Comics

 

 

En plus, cette série est en route pour les States puisqu’il est prévu qu’elle paraisse également chez Image Comics sous le nom de Red One! Un site lui est consacré.

 

Alexis Seny

 

Série: Red Skin

Tomes: 2 tomes disponibles – Welcome to America & Jacky

Scénario: Xavier Dorison

Dessin et couleurs: Terry Dodson (FB)

Encrage: Rachel Dodson

Genre: Super-Héros, Humour

Éditeur: Glénat

Nbre de pages: 61 & 56

Prix: 14,95€ et 14,50€



Publié le 27/08/2016.


Source : Bd-best


Rétrofuturisme mais pas rétropédalage, « Les trois fantômes de Tesla » épate et passionne

Esprit steampunk es-tu là? Sans doute plus que jamais. Depuis le Tesla apparu dans Le prestige de Nolan jusqu’au monumental Avril et le monde truqué, sans oublier de passer par le Château des étoiles et Lady Mechanika ou la dernière tournée étrange et incroyable de Stephan Eicher, conjugué à toutes les sauces, le steampunk n’a cessé de revenir en puissance. Rétrofuturiste sans oublier d’être inventif, le premier acte des Trois fantômes de Tesla signe le grand retour du redoutable Guilhem en compagnie d’un Marazano qui ne cesse de se réinventer au fil de ses nombreux albums. 

 


Les trois fantomes de Tesla - Marazano - Guilhem Bec - fuite

 

 

Résumé de l’éditeur: « Rumeurs de débarquement de sous-marins allemands sur la côte est… Mystérieuses apparitions, et disparitions, sur les bords de l’East River… Mise sous tutelle des laboratoires d’Edison par le FBI… Expérimentations de terribles armes secrètes par les forces japonaises dans le Pacifique… Pour celui qui sait voir au-delà des apparences de calme trompeur, tout démontre que New York sera bientôt plongée au coeur des événements qui ravagent aujourd’hui le reste du monde… Et nous sommes toujours sans nouvelles de Nikola Tesla, probablement le seul savant dont l’originalité et les inventions géniales sont susceptibles de nous fournir une aide décisive dans cette guerre destructrice ! New York, un été 1942… Une enquête de T.S. Billing, notre reporter du Daily Worker. Au même moment, le jeune Travis emménage avec sa mère dans un hôtel meublé de Manhattan. Il ne sait pas encore que son énigmatique voisin de palier va l’entraîner dans une aventure aux ramifications scientifiques terribles et galvanisantes…

 

 

Les trois fantomes de Tesla - Marazano - Guilhem Bec - scaphandres

 

 

Gratte-ciels chatouillant dieu, contre-plongée judicieuse et drôles (quoique mieux vaut s’en méfier) d’engin: voilà une couverture qui met l’eau à la bouche avant même qu’on ne sache un mot de l’intrigue. Puis quitte à lire le titre alliant fantôme et l’énigmatique Tesla (archétype de l’inventeur fou et prolifique avec ses pas moins de 300 créations), on est encore plus emballés. Les premières pages défilent et nous voilà tout de suite happés dans cet hiver new-yorkais où se trament de sordides histoires et l’été de Manhattan dans lequel débarquent Travis et sa maman, venue chercher un emploi dans ces usines qui engagent à tour de bras.

 

Ce sont les vacances, Travis aurait pu s’ennuyer. Mais c’est sans compter la bande de gamins qui traîne au bas de chez lui, le sinistre original qui lui sert de voisin de palier et les créatures semblant venues d’un autre monde qui hantent et sondent chaque nuit l’East River à la recherche d’un mystérieux et puissant secret.

 

 

Les trois fantomes de Tesla - Marazano - Guilhem Bec - ovni

 

 

Avec Les trois fantômes de Tesla, la BD tient peut-être son Stranger Things (vous savez cette série dont on ne cesse de parler depuis des semaines tant elle est réussie). Référentiel et animé d’un amour incomparable pour la culture steampunk, ce premier tome éblouit le lecteur même s’il se passe la plupart du temps de nuit. Réticent à lever le voile tout de suite, ce récit noue différentes intrigues avec maestria, sens du rythme et un découpage qui n’a rien à envier aux meilleurs comics. Le scénario de Marazano se fait intelligent et astucieux, érudit mais intelligible tandis que ses couleurs explosent le décor entre hier et aujourd’hui, modernes et nostalgiques.

 

 

Les trois fantomes de Tesla - Marazano - Guilhem Bec - nuit

 

 

Pourtant tous ces efforts ne seraient que peine perdue si le dessin ne se révélait pas à la hauteur. Force est de constater que depuis sa sympathique et délirante Zarla, Guilhem (Bec) a pris du galon et maîtrise totalement son art et ses atmosphères. Comme un poisson dans l’eau (celle de l’East River, forcément), Guilhem nous embarque totalement dans cette aventure survolée de zeppelins majestueux.

 

 

Les trois fantomes de Tesla - Marazano - Guilhem Bec - scaphandriers

 

 

Mieux, Marazano et Guilhem nous inocule le virus inoffensif mais grisant de ce rétrofuturisme de bon aloi, palpitant et emballant. Et réservant plein de surprise comme un duel qui s’annonce d’anthologie. On en redemande. Ça tombe bien, deux autres tomes sont prévus. Cette première partie est, en attendant, un des événements incontournables de la rentrée.

 

Ps: Restez attentifs, quelques secrets risquent aussi d’être dévoilés sur le mini-site consacré à la série!

 

Alexis Seny

 

Série: Les trois fantômes de Tesla

Tome: 1 – Le mystère Chtokavien

Scénario: Richard Marazano

Dessin: Guilhem Bec

Couleurs: Richard Marazano

Genre: Steampunk, Fantastique, Uchronie

Éditeur: Le Lombard

Nbre de pages: 48

Prix: 13,99€



Publié le 26/08/2016.


Source : Bd-best


Au Grand Est comme à l’ouest, il n’y a plus d’Eden et toujours rien de nouveau

Une ombre sur la couverture comme celle au tableau. Pour leur deuxième collaboration après Le circuit Mandelberg, Denis Robert et Franck Biancarelli se rapprochent un peu de nous avec un road-trip lorrain qui n’oublie jamais de regarder du côté des rêves américains. Tout en faisant le point sur quelques enjeux bien contemporains.

 


Grand Est - Denis Robert - Franck Biancarelli - adaptation Cri Munch

(c) Denis Robert/Franck Biancarelli

 

 

Résumé de l’éditeur: Grand Est est un road-movie qui démarre par un stage de conduite à l’automobile club de Metz. En le quittant, un père embarque son fils de huit ans pour une balade pleine de surprises dans un territoire post industriel aux allures de Far west.

 

 

Grand Est - Denis Robert - Franck Biancarelli - recherche chien

(c) Denis Robert/Franck Biancarelli

 

 

Woody, c’est le nom d’une mascotte, d’un héros bien connu de l’enfance, un cowboy sans peur et sans reproche qui n’en a pas fini de faire ses preuves (en témoigne le succès du troisième Toy Story et la préparation de sa suite). Dans le livre de Robert et Biancarelli (d’ailleurs adapté du Vue imprenable sur la folie du monde de Denis Robert), ça n’a aucun rapport. Ou peut-être que si d’ailleurs, bien loin du symbole américain, Woody s’est fait homme, gamin qui rêve de zoo et de divertissement emmené dans le passé, et un peu de force, par son père dans un voyage entre souvenirs et état des lieux d’un monde bizarre.

 



(c) Denis Robert/Franck Biancarelli

(c) Denis Robert/Franck Biancarelli

 

 

Grand Est, en tant que bon lecteur belge qui se respecte et ne va parfois pas plus loin que le bout de son nez, je viens d’apprendre, à l’aube de cette chronique, ce que cela signifiait: la nouvelle appellation de la région Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine. Grand Est, comme antagonisme du grand ouest américain, ça ne pouvait pas mieux tomber dans l’esprit aguerri de Denis Robert. Car dans ce livre une nouvelle fois remarquablement mis en image par Franck Biancarelli, il est plus que jamais question de savoir où sont passés nos rêves globaux, ceux lumineux que nourrissait notre société il n’y a pas si longtemps.

 

 

(c) Denis Robert/Franck Biancarelli

(c) Denis Robert/Franck Biancarelli

 

 

Sur la route comme dans un livre de Cormac McCarthy (d’ailleurs cité), entre Metz et Amnéville (celle qui se prenait pour la Las Vegas de Lorraine), entre Florange et Petite-Rosselle, Denis et Woody se baladent entre les fantômes du passé: celui forcément du petit Grégory, les crevasses laissées par les mines et pouvant engloutir à tout moment les maisons du coin, les boutiques de luxe qui ont mis la clé sous la porte en passant par les fleurons industriels de tout un pays laissés à l’abandon. Et dans cette terre de mines, il faut parfois creuser pour retrouver ses racines, remonter le temps et comprendre ce qui a foiré à ce point. « Qu’est-ce qui nous a collectivement échappé pour que la situation se dérègle à ce point? » Car non, il n’est pas question de jouer les cowboys solitaires, dans sa réflexion mise en récit (on pense à l’incroyable et puissant Saison Brune de Philippe Squarzoni), Denis Robert n’implique personne et implique tout le monde à la fois. Quant à la fuite? Où aller? Loin du blason doré, l’Amérique n’est pas à envier.

 

 

(c) Denis Robert/Franck Biancarelli

(c) Denis Robert/Franck Biancarelli

 

 

Un ouvrage brillant, un chant du cygne qui vient à nous par ce « Eastern » hasardeux et en proie au doute mais criant d’une vérité documentée et se donnant un pouvoir aussi grand que le talent de Biancarelli. Dessin en osmose avec le propos pour un témoignage qu’on n’oubliera pas de sitôt. Pessimiste mais humaniste, par-dessus tout!

 

Alexis Seny

 

Titre: Grand Est

Récit complet

D’après Vue imprenable sur la folie du monde de Denis Robert

Scénario: Denis Robert

Dessin et couleurs: Franck Biancarelli

Genre: Essai, Road-Trip, Documentaire

Éditeur: Dargaud

Nbre de pages: 152

Prix: 22€



Publié le 24/08/2016.


Source : Bd-best


Tiss du Bouclier: la force et le courage des femmes chez les Nains

Depuis cinq tomes, les Nains de Nicolas Jarry prouvent qu’ils ont bien eu raison de quitter parterre et brouettes du jardin pour prendre les armes et les états d’âme face à leurs pires ennemis (qui se révèlent d’ailleurs souvent être enfoui au coeur d’eux-mêmes). Dans cette série, qui à y regarder de plus près se conçoit comme un véritable miroir de la modernité, Nicolas Jarry a, à chaque fois (comme  ou ), réussi à mélanger à l’héroïc-fantasy des thèmes très actuels. Ce dernier (? avant les autres?) tome n’y déroge pas en laissant la virilité des premiers tomes pour mettre en lumière la féminité d’une héroïne, une vraie de vraie! Tiss du Bouclier. Et sans doute n’oublierez-vous pas de sitôt.

 


Nains - T.5 - Tiss du bouclier - Jarry - Demare - pluie

(c) Jarry/Demare

 

 

Résumé de l’éditeur: Tenir ou périr ! « Qu’importe que nos ennemis brisent nos rangs, qu’ils brisent nos lames, qu’ils brisent nos casques et nos os… jamais ils ne briseront notre volonté. » Brahm, capitaine de l’ordre du Bouclier, perd son épouse alors qu’elle met au monde son fils. Tiss, sa fille, s’occupe de son mieux de leur foyer, mais elle échoue à protéger son petit frère d’une bande d’Ogres. L’enfant est gravement blessé, il sera un boitard pour le reste de sa vie, un infirme incapable de tenir le rang. Tous les espoirs que Brahm avait placés en son fils sont anéantis, celui-ci ne sera jamais le grand cognar qu’il avait espéré. Malgré l’opposition de son père, Tiss décide de prendre la place de son petit frère et d’apprendre le métier des armes…

 

 

Nains - T.5 - Tiss du bouclier - Jarry - Demare - Double-page

(c) Jarry/Demare

 

 

Ce n’est pas la première fois, dans cette série dérivée, qu’il est question du rapport au père et aux erreurs de celui-ci, encore moins de la quête personnelle du héros. À la liaison de ces deux grandes thématiques, Tiss devient aussi le symbole de l’égalité homme-femme. Et si dans Nains, l’époque semble lointaine, les lieux fictifs et les monstres inventés de toutes pièces, force est de constater que les lignes de force de Jarry et les traits malins de Nicolas Demare secouent une nouvelle fois le cocotier de notre époque.

 

 

Nains - T5 - Tiss du Bouclier - Jarry - Demare - trolls

(c) Soleil – Jarry/Demare

 

 

En Tiss, brille l’aura d’une nouvelle Jeanne D’Arc dans un monde où les mâles se réservent une nouvelle fois le monopole de la guerre et des armes et ne sont pas prêts à laisser une chance à l’intuition, au courage et au sens du sacrifice des femmes, réduite au rôle de « pisseuse ». C’était sans compter la ténacité de Tiss, bravant ainsi les regards noirs de ses pairs et les interdictions de son père. Oscillant entre fresque épique sous les coups de trolls plus hideux que jamais et récit de l’intime sous le signe des regrets et des mots inavoués, Jarry et Demare résistent à l’essoufflement pour proposer du pain et des jeux mais toujours accompagné d’un supplément d’âme. La série (divisée en tomes indépendants, rappelons-le) fait mouche et on ne s’étonnera pas qu’un sixième tome soit prévu.

 

Alexis Seny

 

Série: Nains

Tome: 5 – Tiss du Bouclier

Scénario: Nicolas Jarry

Dessin: Nicolas Demare

Designer: Pierre-Denis Goux

Couleurs: Digikore Studios

Genre: Heroïc Fantasy

Éditeur: Soleil

Nbre de pages: 56

Prix: 14,95€



Publié le 23/08/2016.


Source : Bd-best


Un homme de joie: dans un New York de haut en bas, les monstres ne sont jamais ceux qu’on croit

Oh, surprise, le temps d’une histoire en deux tomes, Régis Hautière et David François ont pris soin de détourner l’expression populaire pour prendre soin d’un homme de… joie. Dans un récit new-yorkais, tantôt freak, tantôt mafieux, assez somptueux.

 


(c) Hautière - François

 

(c) Hautière – François

 

 

Résumé de l’éditeur: New York, 1932 – Chassé d’Ukraine par la Grande Famine orchestrée par Staline, Sacha Stasevytch Bujak débarque aux États-Unis. Il espère trouver rapidement un toit et de l’argent mais va très vite comprendre que l’Amérique n’est pas l’El Dorado qu’on lui avait décrit. Le pays peine à se remettre de la crise de 1929 et le travail manque. Deux rencontres providentielles feront bientôt basculer sa vie… « Les monstres, ça tombe pas amoureux. C’est même pour ça que ce sont des monstres. »

 

 

Un homme de joie - Hautiere - Francois - T.2 - La ville monstre - pauvreté

 

(c) Casterman – Hautière/François

 

 

C’est drôle comme les choses tombent souvent à pic. Au sortir de la vision de la quatrième saison d’American Horror Story (que je vous conseille si vous aimez le monde lugubre, insolite et un peu gore du Cirque Freak), voilà que je retrouve un personnage dual qui m’est familier. Dans les brumes new-yorkaises du début des années 30, Magda et Lena, siamoises à jamais unie par la chair font sensation dans le petit monde de la prostitution. Sacha, lui, débarque à peine, troquant une famine orchestrée contre celle subie par les milliers d’immigrés qui profitent du rêve américain pour oublier tous leurs malheurs. Pensent-ils. Car la réalité est bien plus infernale.

 

 

(c) David François

 

(c) David François

 

 

Ici, c’est marche ou crève, ou plutôt élève-toi. Car au pays des gratte-ciels, mieux vaut ne pas avoir le vertige. Heureusement, très vite, l’insouciant et gentil Sacha va être pris sous l’aile d’un petit truand de bordels, avec des idées derrière la tête pour gagner en importance. Mais quand on veut monter plus haut que la raison, la chute peut être bien lourde.

 

 

La documentation de David François.

 

La documentation de David François.

 

 

Des chiens héritiers d’une baraque démentielle, un concierge à cheval sur les principes, un mafieux bon copain, une créature aussi monstrueuse que de rêve et surtout un héros naïf mais qui n’a rien à perdre. Une nouvelle fois, Régis Hautière nous fait profiter d’un casting aussi improbable que cruellement réjouissant. Pour une histoire qui prend le ton et l’ambiance du New-York des années 30, monde de tous les possibles à condition de marcher entre les lignes qui nous sont imposées.

 

 

(c) David François

 

(c) David François

 

 

Cette Big Apple trouée d’un « Fog » inquiétant est plus vraie que nature sous le trait est les couleurs de David François. Marchant dans les traces d’un gars comme Benn, le dessinateur fait épreuve de sensation dans cette fable vertigineuse qui tutoie les hauteurs sans se dépêtrer des bas-fonds. Fable louvoyant vers le polar et s’offrant à des découpages majestueux, Un homme de joie réserve son lot de surprises, dont une qui devrait plaire au Joker de Batman.

 

Alexis Seny

 

Titre: Un homme de joie

Tome: 2/2 – La ville monstre

Scénario: Régis Hautière

Dessin et couleurs: David François

Genre: Historique, Polar, Fantastique

Éditeur: Casterman

Nbre de pages: 54

Prix: 13,95€

 



Publié le 08/08/2016.


Source : Bd-best


Larcenet provoque l’effet miroir et nous renvoie à nos propres peurs

Un an plus tard, nous sommes toujours en été, et pourtant c’est dans la neige froide, celle qu’on a en sainte horreur, que nous replonge Manu Larcenet pour le deuxième acte du Rapport de Brodeck, adapté du livre de Philippe Claudel. Et si on pensait la tension et la puissance à leur comble sur le premier livre, le deuxième vient nous ébranler un peu plus, racontant une histoire de peur et d’horreur effroyablement humaine. Et si, finalement l’adaptation en bande dessinée est à peine plus courte que le roman original, Larcenet n’a pas brodé son Brodeck, mais peaufiné un peu plus un chef d’oeuvre à graver dans les annales.

 


Le rapport de Brodeck - Manu Larcenet - t.2 - L'indicible - Paysage

 

(c) Dargaud / Larcenet

 

 

Du fond de sa forêt, en repli d’un village lui-même bien caché (en montagne, non loin de l’Allemagne), Brodeck pensait être tranquille après avoir traversé l’horrible guerre en tant que prisonnier. Pourtant, le village l’a accablé de la lourde tâche de retracer la terrible nuit de l’Ereigniës où un énigmatique étranger (L’Anderer) fut tué par la majorité du village. L’honnête garde-forestier n’y était pas et il doit mener l’enquête et séparer l’acceptable de l’inacceptable dans une version complaisante avec ce que veulent entendre ceux qui l’ont mandaté. Tout en n’oubliant pas la vérité crue et… indicible et en protégeant sa famille encore sous le coup d’une guerre qui avait déjà trop duré que pour endurer une nouvelle atrocité. En témoigne la mélopée d’une des filles de Brodeck dont les mots et la parole semblent avoir été chassés à jamais.

 

 

Le rapport de Brodeck - Manu Larcenet - t.2 - L'indicible - fuite

 

(c) Dargaud / Larcenet

 

 

Là où le premier tome était un choc, ce deuxième tome est un bouleversement. Âpre, certainement, mais aussi investi de toute l’humanité dont l’immense Manu Larcenet est capable. Dans ce deuxième volume, l’auteur ne change rien de sa vitesse de croisière. Sans précipiter les choses (puisque le monde se précipite bien tout seul dans le chaos), Larcenet prend son temps pour bien décrypter cet univers où d’un moment à l’autre, l’irrémédiable va se produire. De son noir et blanc vivifiant, Larcenet fait sien, sans la trahir, le conte de Claudel.

 

 

Le rapport de Brodeck - Manu Larcenet - t.2 - L'indicible - arrivée étranger

 

(c) Dargaud / Larcenet

 

 

Dans son rapport, chaque mot a son importance, chaque point des dessins aussi. En lisant le Rapport de Brodeck version BD, c’est l’oeuvre d’un esthète qui se profile. Un artiste qui arrive à faire cohabiter le propos et des dessins, des tableaux mêmes d’une beauté folle (visez un peu la formidable séquence dans laquelle Brodeck découvre le monde de l’Etranger). Tour à tour naturaliste, bourreau, par-dessus tout sociologue du pire quand il est confronté à quelque chose ou quelqu’un qui vient d’ailleurs, qui lui fait peur (ça vous rappelle quelque chose dans l’actualité, ah bon?).

 

 

Le rapport de Brodeck - Manu Larcenet - t.2 - L'indicible - cabinet de curiosite

 

(c) Dargaud / Larcenet

 

 

 

Distillant à la dosette les éléments susceptibles de comprendre la sinistre affaire, Larcenet prend la place de l’étranger, l’artiste inconnu dont la seule dimension fait peur, pour provoquer l’effet miroir et nous renvoyer à nos démons. « Je voulais voir comment vivent les gens qui sont loin de tout. » Et si finalement, ils étaient bien plus près de nous, collés à nos pores, comme autant de noirs desseins prêts à s’assouvir. Édifiant et viscéral.

 

 

Le rapport de Brodeck - Manu Larcenet - t.2 - L'indicible - chaine

 

(c) Dargaud / Larcenet

 

Alexis Seny

 

Titre: Le Rapport de Brodeck

Tome: 2/2 – L’indicible

D’après l’oeuvre de Philippe Claudel

Scénario et dessin: Manu Larcenet

Noir et blanc

Genre: Drame, Enquête

Éditeur: Dargaud

Nbre de pages: 168

Prix: 22,50€



Publié le 08/08/2016.


Source : Bd-best


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