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NOBody, une enquête entre le ciel et l’enfer : digne des showrunner US, Christian de Metter conforte les apparences avant de les confronter

Plus le temps, les planches passent et plus on se dit que Christian De Metter devrait s’occuper de la troisième saison, en sursis, de True Detective. Le conteur français a toutes les armes et les pistes en main. Enfin, cela dit, l’auteur n’a rien à lui  envier et tous les éléments sont réunis pour porter sa série d’anthologie, NOBody, à la hauteur de la série américaine qui avait réussi à captiver tout le monde. Ce n’est pas pour rien qu’au couperet final du deuxième album, on avait eu le souffle coupé, autant que quand Negan a sorti sa batte dans The Walking Dead. La preuve avec un avant-dernier épisode de ce premier cycle qui, une nouvelle fois, nous emmène dans une autre direction, en compagnie d’un diable menotté solidement qui pourrait être notre meilleur élément pour faire la lumière sur le mal qui nous entoure.

 

 

 

 

 

 

© Christian de Metter

 

Résumé de l’éditeur : Dans ce nouvel épisode, l’homme révèle avoir travaillé, dans les années 80, en tant que lieutenant sur une mystérieuse affaire de meurtre : le corps d’une seconde jeune fille a été retrouvé dans les bois, près de Springboro. Plusieurs suspects sont en lice…parmi lesquels M. Perkins, un tueur en série dont on n’a jamais retrouvé le corps…

 

 

 

 

© Christian de Metter chez Soleil

 

Les époques sautent et les missions se suivent et ne se ressemblent pas pour cet homme qui s’est montré sous sa figure de héros mais dont on doit pourtant se méfier. On déambule dans ses pas, dans ces bureaux mal éclairés. Et même quand le ciel est bleu pleine puissance, l’enfer sans modération nous guette. D’ailleurs qui peut bien s’en prendre à des enfants ? Qui ? C’est la question qui sera le fil conducteur de cet album en quête de souvenirs pour mieux éclaircir le présent.

 

 

 

 

© Christian de Metter chez Soleil

 

Jouant entre les intérieurs et les extérieurs, entre les éléments qu’il porte à la connaissance du lecteur ou pas, Christian De Metter continue à ouvrir la brèche, béante, qui a fait l’atmosphère malsaine des deux premier opus de cette anthologie (qui se prolongera sans doute avec une deuxième saison avec d’autres personnages, une autre époque et d’autres lieux, dixit Christian De Metter qui a imaginé quatre voire cinq saisons). C’est à tâtons que l’histoire se dévoile, confortant les apparences avant de les confronter pendant que la vérité sur le crime se fait désirer jusqu’à une dernière case encore une fois intolérable de suspense.

 

 

 

 

© Christian de Metter chez Soleil

 

Beaucoup de choses passent par l’ambiance et celle de Christian de Metter pénètre par tous nos pores. Parce qu’en soi, l’enquête n’est pas innovante mais c’est toute l’âme qui l’habite qui la rend passionnante. Il n’y a peut-être pas de corps, no body, mais il y a de l’esprit et des intentions, imparables.

Cette première saison trouvera conclusion dans un quatrième épisode : La spirale de Dante dont Christian de Metter a eu la gentillesse de nous faire parvenir un aperçu de ce qui sera la conclusion de ce tétraptyque.

 

Série : NOBody

Saison : 1

Tome : 3/4 – Entre le ciel et l’enfer

Scénario, dessin et couleurs : Christian De Metter

Genre : Polar, Espionnage

Éditeur : Soleil

Collection : Noctambule

Nbre de pages : 76

Prix : 15,95€



Publié le 01/12/2017.


Source : Bd-best


À leurs risques et périls, dix bandes d’auteurs se sont aventurées en Palombie pour réveiller le Marsupilami dans des hommages tout en rebonds

Le home des vieux héros de bande dessinée peut encore attendre, certains font de la résistance et n’ont pas dit leur dernier mot. Alors que Gaston fête ses 60 ans en bonne compagnie, le Marsupilami en a cinq de plus (et trente pour sa série propre) et est toujours, lui aussi, haut en couleur, fort en bonds et rebonds. Personnage mythique mais pas pour autant abordable, il faut le mériter cet animal de légende. Ce qu’a fait une première salve d’auteurs dans des relectures parfois aux antipodes des dess(e)ins que l’immense Franquin avait pour son sacré animal.

 

 

 

 

 

 

 

 

© Munuera/Sedyas/Ruiz chez Dupuis

 

Résumé de l’éditeur : Marsupilami naît en 1952 sous la plume d’André Franquin dans une aventure de Spirou et Fantasio. Très vite, ce personnage obtient sa propre série dessinée par Batem, avant d’être porté à l’écran dans le film de 2012. Aujourd’hui, les auteurs de la nouvelle génération rendent hommage au célèbre marsupial dans un diptyque d’histoires courtes, dont voici le premier volume. Dix récits qui posent un regard contemporain, éclectique et émouvant sur le célèbre Marsupilami.

 

 

 

 

© Renaud Collin chez Dupuis

 

Si ce n’est pas Tarzan, c’est donc son frère… ou le Marsupilami. Des tréfonds de cette Palombie tant prisée par les explorateurs en manque de sensations, c’est un ouragan jaune et noir qui peut sortir à tout moment, pas toujours aussi bien luné qu’on pourrait le croire. Houba, houba pas, dix teams d’auteurs se sont lancé le défi de réinventer le démon palombien en ne s’encombrant pas de l’ombre pesante de Franquin qu’aucun ne pourrait sans doute égaler pour faire à leur idée.

 

 

 

 

© Reynès/Ramon chez Dupuis

 

C’est ainsi qu’Olivier Bocquet et Brice Cossu rapprochent le Marsupilami du Hollywood des super-héros et du Shield de Nick Fury avec un ersatz qui en perd son pantalon en plus de son oeil. Mais nous ne sommes pas là pour rire, eux pas en tout cas, et les deux auteurs exploitent à fond le potentiel infernal et bestial de cette créature pas contente, mais alors vraiment pas contente d’être dérangée. Les bords sont noirs, c’est du Carpenter ou du Peyo façon Schtroumpfs noirs et ça marche du tonnerre.

 

 

 

 

© Bocquet/Cossu chez Dupuis

 

Habitués du genre, plus souvent délirants que sérieux, quoique, voilà que Lapuss’, Baba et Tartuff offrent de l’air dans la sueur forestière. C’est complètement fou, comme à leur habitude, irrévérencieux et on se dit après coup que, pour son film, Alain Chabat aurait été mieux inspiré de convier ces trois auteurs qui ne se refusent rien mais ont l’imagination débordante.
© Lapuss/Baba/Tartuff chez Dupuis

Visuellement, la version de Denis-Pierre Filippi, Silvio Camboni et Greg Lofé vaut son pesant cacahouète ou de fourmis carnivores pour ceux qui ont de bonnes dents. En voyant les premières cases, on a pensé à la prochaine révision de Mickey chez Glénat que nous mitonnent… Filippi et Camboni. Mélangé aux couleurs de Greg Lofé, on touche au divin même si Backalive, encombré d’une « gamine » de 19 ans, ne touchera pas encore cette fois à un poil du Marsupilami. Aussi fun que beau.

 

 

 

 

© Filippi/Camboni/Lofé/Glogowski chez Dupuis

 

Un cran plus loin graphiquement que ce que proposent la bande à Lapuss’, Baba et Tartuff, Pog et Priou s’adonnent à une BD gros nez et décomplexée. Comme si le Marsupilami avait rencontré un Livre de la jungle façon Dora l’exploratrice. C’est très mignon mais mal calibré et d’un intérêt tout relatif. Un (safari) tour pour rien ou pas grand-chose.

 

 

 

 

© Pog/Priou/Lerolle chez Dupuis

 

Écho ultra-violent à la première histoire de Bocquet et Cossu, Jérôme Hamon et David Tako livrent sans doute la version la plus dark et fratricide. Le Marsupilami se révèle plus que jamais sous son aspect bête de guerre. Ça n’a strictement rien à voir avec Franquin, Spirou etc., c’est désespéré mais ça claque !

 

 

 

 

© Hamon/Tako chez Dupuis

 

Plus Hanna-Barbera que Franquinesque, Sti et Denis Goulet (qui nous avaient déjà faits le (joli) coup pour les Tuniques Bleues) foutent le boxon en Palombie en organisant une mise à prix à laquelle les plus grands chasseurs de ce bas monde vont participer. Et forcément quand on connaît la proie (mais l’est-elle vraiment?), un chasseur chassant chasser ne suffit pas. Et c’est sans doute, à l’image du Marsu, l’histoire la plus montée sur ressorts qui nous est proposée là.

 

 

 

 

© Sti/Goulet/BenBK chez Dupuis

 

Non content de nous avoir offert l’un des plus beaux hommages à Gaston, Renaud Collin est une nouvelle fois comme un piranha dans l’Amazone en compagnie du démon jaune à points noir. Des points un peu pâles, le Marsupilami s’est fait capturer et est désormais l’attraction du jardin zoologique. Renaud Collin zyeute du côté de Fran…k Pé dans un bestiaire magique qui rue dans les brancards et préfère l’économie des mots. Un régal et une belle rencontre, qui nous rappelle celle avec Noël.

 

 

 

 

© Renaud Collin chez Dupuis

 

Un autre qui crève l’écran et le décor, c’est Munuera qui s’offre pourtant une planche de grand calme, de requiem à contempler le poumon vert de cette planète. Toute l’énergie du prodige espagnol, fait pour ça, est au service du Marsupilami et de ses p’tits. De combat en combat, ça ne raconte pas grand-chose mais c’est de la baston pour zygomatiques, on en prend plein les yeux tandis que le guépard en prend plein… la gueule dans un tête-à-queue avec un animal auquel, une fois en colère, il vaut décidément mieux ne pas se frotter.

 

 

 

 

© Munuera/Sedyas/Ruiz chez Dupuis

 

Annoncé par la couverture, tellement mystérieuse et réconfortante, voilà le tour du Leurre préparé par Frédéric Brrémaud et Federico Bertolucci. Les couleurs sont passées, tout semble venir d’un autre âge, vintage et aventurier. D’ailleurs Backalive est encore une fois de la partie. Et la revanche de la nature face aux intrus est encore une fois plutôt bien goupillée.

 

 

 

 

© Brrémaud/Bertolucci chez Dupuis


 

Enfin, la fin de ce premier tome (sur deux) est proche avec le récit le plus iconoclaste de cette centaine de pages intrépides. Un récit, totalement muet mais diablement sonore, confectionné par Mathieu Reynès et Yrgane Ramon qui font du Marsupilami un Picasso kafkaïen, représentant du dévouement amoureux dans toute sa puissance. Les animaux ont des sentiments, et le Marsu est un amoureux transi et aventurier dont on se demande ce qu’il ne ferait pas pour les beaux yeux de sa belle. C’est un peu cauchemardesque et on ne sait qu’en penser en bien ou en mal, des deux assurément. Il fallait oser !

 

 

 

 

© Reynès/Ramon chez Dupuis

 

Entre tradition et fantasme tous azimuts, ce premier recueil d’histoires courtes tient ses promesses et propose un autre panorama de ce que le Marsupilami aurait pu être ou… ne pas être. Les auteurs s’en sont donnés à cœur joie, appliqués, et tout l’amour qu’ils ont pour ce magnifique héros rebondissant du Neuvième Art s’en ressent. Avec l’art et la manière.

 

Titre : Marsupilami – Des histoires courtes par…

Recueil d’histoires courtes

Auteurs : Olivier Bocquet et Brice Cossu; Baba, Lapuss’ et Tartuff; Silvio Camboni, Denis-Pierre Filippi, Greg Lofé et Philippe Glogowski; Thomas Priou, Pog et Christian Lerolle; David Tako et Jérôme Hamon; Denis Goulet, Sti et Ben BK; Renaud Collin; Jose Luis Munuera, Sedyas et Anne-Marie Ruiz; Fédérico Bertolucci et Frédéric Brrémaud.

Genre : Hommage, Humour, Aventure

Éditeur : Dupuis

Nbre de pages : 102

Prix : 19€



Publié le 28/11/2017.


Source : Alexis Seny


Le tandem Le Roux-Froissard invente la mille et unième nuit de Shéhérazade et compagnie et nous piègent dans un désert magnétique et imparable

Elles en auront fait couler de l’encre et de l’inspiration, perler des fronts aussi, ces mille et une nuits de légende qui restent vibrantes dans les mémoires de tous ceux qui aiment lire et s’endormir sur ces histoires sans fin. Comme celles dont Shéhérazade avait le secret. Mais d’où les tenait-elle d’ailleurs ? D’un soupçon de réalité et d’un torrent d’imaginaire ? Peut-être. Avec un truc en plus, quelques gouttes d’éternité pour que jamais ces histoires ne se craquellent. Prenant sa dernière nuit contée comme démonstration, Étienne Le Roux et Vincent Froissard (qui ont souvent croisé les traits et les couleurs avant de s’intéresser en tandem au Dernier voyage d’Alexandre de Humboldt) s’éloignent de l’écrin originel pour proposer une ultime aventure qui se prolongera bien plus loin que la nuit initiale.

 

 

 

 

 

 

 

© Étienne Le Roux/Vincent Froissard chez Soleil

 

Résumé de l’éditeur : Laissez-vous conter l’incroyable mille et unième nuit des célèbres contes de Shéhérazade… Le Sultan Shariar gouverne en imposant ses vues à la ville de Rum. Marié à Sheherazade, une conteuse qui tient le peuple éveillé, il accepte un pari fou lancé par le lion roi, Baali’m : lequel d’entre eux sera  jugé le meilleur roi ? Leur juge sera un vieil homme dont la femme et le fils ont été respectivement transformés en âne et en singe par Lilith, la femme de Salomon, dans d’étonnantes circonstances… Cette mille et unième nuit s’annonce aussi riche en événements qu’en rebondissements…

 

 

 

 

© Étienne Le Roux/Vincent Froissard chez Soleil

 

Sans doute, faut-il être tordu pour inventer une histoire pareille qui a si vite fait de vaciller du rêve à l’horreur et vice-versa. Étienne Le Roux et Vincent Froissard le sont suffisamment que pour rendre l’ensemble merveilleux, ne pouvant trouver mieux que la collection Métamorphose pour les abriter du sable et des tempêtes. On n’ouvre pas cet album comme on s’engouffre dans les albums « classique ». Ici, on admire l’objet avant tout, on se demande ce que peuvent receler les mystères de la couverture. Et ses dorures. On lévite déjà, ne manque plus que le tapis volant (car comment ne pourrait-il pas y avoir un tapis volant dans un tel songe) pour nous envoler.

 

 

 

 

© Étienne Le Roux/Vincent Froissard chez Soleil

 

Shéhérazade est toujours aussi belle malgré le temps passé, son roi toujours aussi cruel… et bon à la fois. C’est la nuit, le marchand de sable (qui n’a pas eu long chemin à faire) engage son bras de fer avec les oiseaux de nuit pendant que Vincent couche ses images fantastiques dans la douceur de tapis persans. Rien ne pourrait venir les perturber et pourtant. Shéhérazade sera bientôt enceinte, Dinarzade est toujours en quête de récits croustillants, un âne qui parle et son guide vont amener une pincée de fantastique à Rum (atchoum) que bientôt une armée de guerriers assiégeront. De quoi forcer le sultan à se jeter dans la gueule du l… ion qui règne en maître dans ce coin du désert qui fait peur à n’importe quel vivant un tant soit peu raisonné. Et c’est face au dilemme lancé Baali’m, le roi lion, que Shariar devra prouver qu’il peut être un grand roi, un homme de promesse et d’honneur. Même s’il doit oublier que pour se venger du mépris du passé il s’est promis de tuer toutes ses conquêtes dès la première nuit passée. Enfin ça, c’était avant de rencontrer l’ingénieuse Shéhérazade.

 

 

 

 

© Étienne Le Roux/Vincent Froissard chez Soleil

 

Ingénieux, nos deux auteurs le sont jusqu’à un certain point : un peu trop de magie, une main de dieu utilisée à mauvais escient pour débloquer trop facilement une situation cruciale et prometteuse (vous savez comme on les déteste ces héros qui ne sont jamais trop mis en péril). C’est dommage car ça nous a un peu fait sortir de la confortable et lumineuse ambiance à laquelle on était tout acquis. Mais pour le reste, on est dans cette Mille et unième nuit comme on s’enivrerait au café des délices. Les visages sont des ombres, le décor est d’ampleur et le grain des couleurs nous fait écarquiller les mirettes. Nous sommes la proie du désert, insignifiant et pourtant essentiel car s’il n’y a plus personne pour écouter ces histoires, comment pourraient-elles vivre. Et, bien plus, que d’y être contraints, on en est tout excités. Du très bel ouvrage. Mais n’est-ce d’ailleurs pas un djinn à la beauté vénéneuse qui malignement répand ce puissant philtre d’adhésion. Enchanteur.

 

Titre : La mille et unième nuit

Récit complet

Scénario : Étienne Le Roux

Dessin et couleurs : Vincent Froissard

Genre : Conte, Fantastique

Éditeur : Soleil

Collection : Métamorphose

Nbre de pages : 82

Prix : 16,95€



Publié le 27/11/2017.


Source : Alexis Seny


Grands crus en eaux troubles : vaudeville… et de vin rocambolesque avec vue sur la vigne claire mais un peu bouchonnée

En cette période de l’année, au coin du feu, on n’a pas trop le choix du grog, d’un cacao chaud ou d’un thé. Notez qu’un bon verre de vin (pas forcément chaud),  ça réchauffe aussi le coeur. Ce n’est pas pour rien que les salons du vin éclosent un peu partout dans la région. Des cépages dont les arômes qui font voyager et nous emmènent dans le Sud où Laurent Panetier, Georges Van Linthout et Alice Fischer sont sur la piste de ce qui pourrait être le plus gros casse viticole et folklorique de l’Histoire.

 

 

 

 

 

 

 

© Panetier/Van Linthout/Fischer chez Glénat

 

Résumé de l’éditeur : Antoine et Julien travaillent pour un mensuel indépendant, La Feuille de vigne, spécialisé dans le milieu du vin. Leur prochaine enquête concerne Jean Poitou, un célèbre collectionneur de grands crus récemment victime d’un cambriolage. Un individu fantasque et singulier, connu pour ses prises de position radicales, en croisade contre la spéculation à tout crin qui fait monter la cote des grands millésimes à des prix plus qu’exorbitants. Quelqu’un qui ne s’est donc pas fait que des amis… Arrivés chez Poitou, Antoine et Julien découvrent un certain nombre de « bizarreries » qui les incitent à rester pour mener leur propre enquête.

 

 

 

 

© Panetier/Van Linthout/Fischer chez Glénat

 

M’enfin ! Un vin, ça se boit. Ça ne s’entrepose pas durant des décennies comme on le fait de bandes dessinées dans une bibliothèque. Et pourtant, Jean Poitou est un as du vin (ou de la vinasse quand elle a tourné des années) et collectionne les vins de prestige comme on collectionne les timbres-poste. Et si le goût de ces grands crus est à relativiser, reste qu’il y a des collectionneurs aussi fous que lui pour les marchander… ou les lui voler. Un sacré magot couleur raisin, mine de rien ! De vent mauvais en vin mauvais, cagoule et armes d’assaut en prime. De vendange en vidange. De quoi secouer ce bout de campagne et de vignobles bien tranquille mais de quoi réveiller la vin-dicte populaire (quoique Poitou l’a peut-être bien mérité, de l’avis de certains) qui entend bien ne pas laisser ce crime, contre l’humanité imbibée, impuni. Si les collectionneurs dégustent, reste à voir si les voleurs seront vinifiés et condamnés à la peine capiteuse.

 

 

 

 

© Panetier/Van Linthout/Fischer chez Glénat

 

Avec vue sur la vigne… pardon la ligne claire, c’est tout un pan du patrimoine franco-belge qui coule dans les veines de Georges Van Linthout, comparse notamment de Walthéry et souvent à l’oeuvre dans des collectifs pour la bonne cause mais aussi papa de Lou Smog. Georges est loin d’être un inconnu, son trait est franc et sympathique, souriant et pertinent dans cette histoire qui titille les zygomatiques à défaut de vraiment nous faire goûter ces grands crus promis qui, entre deux péripéties, ont beau nous mettre l’eau à la bouche mais n’en lâche pas une goutte.

 

 

 

 

© Panetier/Van Linthout/Fischer chez Glénat

 

Par contre, ça faisait longtemps que Laurent Panetier n’avait plus en haut de la couverture, lui qui était si habitué aux livres humoristiques (Blagues bien typées et autres passionnés de la petite reine). S’il n’a rien perdu de ses réflexes, force est pourtant de constater qu’à force de zyeuter sur des références comme Gil Jourdan, cet ouvrage prend des allures de pastiches séparant trop les bons grains de l’ivraie. Et c’est dommage car le casting, de l’excentrique victime au milliardaire russe intéressé par cette collection démesurée, sans oublier les deux enquêteurs amateurs, était plutôt bien mis en place, bien charpenté.

 

 

 

 

© Panetier/Van Linthout/Fischer chez Glénat

 

Mais voilà, cet album (qui sort pourtant de la gamme de produits stéréotypés et se prenant trop au sérieux de ces dernières années)  manque de tanin pour se boire jusqu’à l’ivresse ou, même, sortir de l’immense production livresque que l’or rouge arrose chaque mois. Reste une insouciance effervescente à défaut d’être gouleyante.

 

Titre : Grands crus en eaux troubles

Récit complet

Scénario : Laurent Panetier

Dessin : Georges Van Linthout

Couleurs : Alice Fischer

Genre : Humour, Enquête, Vaudeville

Éditeur : Glénat

Nbre de pages : 56

Prix : 14,50€



Publié le 24/11/2017.


Source : Alexis Seny


Gaston Lagaffe amuse la galerie depuis 60 ans et, avec autant d’hommages, la galerie le lui rend bien

Il y a quelques jours, lorsque le film Gaston s’est révélé un peu plus en quelques clichés, c’est un véritable mouvement « Touche pas à mon Gaston » qu’on a vu fleurir sur les réseaux sociaux. Si, pas forcément convaincus par le premier aperçu de ce film de Pef, nous attendrons d’en voir plus pour juger, le moment est venu de s’interroger sur ce Gaston qui appartient à tellement de lecteurs. « Mon » Gaston est-il celui du voisin? Pas forcément… peut-être même qu’en-dehors des constantes irréfutables à l’art de Franquin, il y a autant de Gaston que de lecteurs… et d’auteurs de BD. Car pour les soixante ans de la terreur des bureaux en col roulé vert, Dupuis a convié 60 auteurs (ou paires ou trios d’auteurs) à ériger une statue de plus en l’honneur de Lagaffe. Et ça ne vaut assurément pas des baffes !

 

 

 

 

 

 

 

© Mathieu Burniat chez Dupuis

Résumé de l’éditeur :  On ne présente plus Gaston, le plus célèbre gaffeur de toute l’histoire de la bande dessinée ! En 2017, cet anti héros débordant de malice et de créativité, créé par Franquin, a fêté ses soixante ans. Soixante ans d’émotions, de gags et d’inventions décalées auxquels la BPI du Centre Pompidou à Paris consacra une exposition durant plusieurs mois. À leur tour, de nombreux auteurs contemporains ont tenu à rendre hommage à cette irrésistible figure de l’humour et à son fameux pull-over vert en se la réappropriant et en lui donnant de nouveau vie à travers leurs dessins.

 

 

 

 

© Tébo chez Dupuis

 

Dans Gaston, il y a ton, et celui employé par Franquin n’appartient définitivement qu’à lui, gravant Lagaffe sur nos rétines pour l’éternité et l’instituant comme un indémodable héros farfelu. Le temps passe, les générations se chassent mais Lagaffe ne s’efface. La preuve, dix-huit ans après la parution du dernier album du King of ze divan (ou du hamac, pendant que le courrier s’entasse), il y a toujours des expos et des panoplies d’ouvrages documentaires pour s’intéresser à ce qui fait la force de frappe de Lagaffe. Une force qui gagne en puissance quand près de 80 auteurs s’invitent dans le monde de Franquin pour faire une gaffe, une planche, et appuyé un peu plus l’événement : 60 ans, ce n’est pas rien dans un monde de la BD qui a changé mais a gardé ses références et son amour pour les géants.

 

 

 

 

© Blutch chez Dupuis

 

Et tous ces auteurs invités à souffler sur le gâteau ont dû le mériter s’imposant comme… des David face aux G… oliath (qui est même Hulkesque dans l’hommage le plus super-héroïque de l’album par Mathieu Reynès) qu’est Gaston. Et dans ces 60 planches, on croise de tout, d’hier et d’aujourd’hui (Yoann, Vehlmann et Croix s’intéressent au rapport qu’aurait pu avoir Gaston avec la réalité virtuelle), à la rédaction ou dans un écrin de verdure (souvent avec Mam’zelle Jeanne, tiens tiens), dans des styles plus ou moins proche de Franquin (Grégory Panaccione et, encore plus, Delaf confondant de mimétisme).

 

 

 

 

© Delaf chez Dupuis

 

L’imagination n’a pas été bridée, cadenassée là où on s’attendait à avoir de l’attendu, du vu et revu, quelque chose de fade. Comme toujours, les hommages sont plus ou moins réussis, plus ou moins recherchés, mais dans l’ensemble (très éclectique, et ça nous botte), on peut se dire que quand elle rend hommage à ses maîtres, la BD ne fait pas les choses à moitié (pas comme une certaine industrie de la musique quand il s’agit de faire chanter Cloclo par Pokora, Goldman par une bande d’argentier ou encore Sardou par des Kids unis mais sans envergure).

 

 

 

 

© Diego Aranega chez Dupuis

 

Dans cet album traversé par des jeunes et des plus vieux, Gaston fait donc sa Galerie des illustres  gaffes et les 400 coups avec Diégo Aranega qui veut lui voler la vedette avec Victor Lalouz, Fabcaro qui fait de l’oeil et des mots à De Mesmaeker, Olivier Pont qui fait rejouer à Prunelle l’envolée sauvage, Tebo qui liste les gadgets foireux (et très crado) de la créature de Franquin, Cromheecke et STi montrant un Gas’tond qui n’est pas un mouton ou Obion qui montre toute l’omniprésence du gaffeur même quand il n’apparaît pas tandis que Frank Pé s’en va déposer une gerbe (ah non, attendez, il semblerait qu’il y ait un accro) sur la tombe de Franquin.

 

 

 

 

©Obion chez Dupuis

 

Alors, c’est vrai, certains hommages ne résistent pas à la comparaison avec le génie de Franquin (et donc l’affirment encore plus, non ?) mais quelques autres jouent d’un amour et d’une finesse qui nous ont embué les yeux. Le premier, c’est celui de Pascal Jousselin qui, tout là-haut sur son petit nuage de rêve, réussit un voyage immobile à travers tout ce que peut générer la lecture d’un album de Gaston, en explosion, en animaux, en inondations jusqu’à ce que le sommeil vous prenne pour vous emmener dans la grotte mythique que Gaston privilégiait pour ses siestes à rallonge. Un vrai bijou.

 

 

 

 

© Pascal Jousselin chez Dupuis


Un peu plus loin, c’est une origin story en une planche que nous livre Fabrice Tarrin en faisant un crossover entre la célèbre naissance d’Astérix de la main de Goscinny et Uderzo (la dernière case du Papyrus de César) et la case de la première apparition de Gaston. Astérix est en bonne voie pour échouer chez… Spirou, c’est sans compter Gaston serveur mais déjà gaffeur qui passe par là et va changer le cours de l’Histoire du Neuvième Art.

 

 

 

 

© Fabrice Tarrin chez Dupuis

 

La page après, c’est Renaud Collin qui fait entrer Gaston à l’heure du BURN OUT avec un Aimé De Mesmaker qui s’est reconverti en gourou zen. Heureusement, Gaston est dans les parages et de la parade. Le dessin de Renaud Collin fonctionne comme sur des roulettes et, en sept cases, l’auteur du monde selon François, grave pour l’éternité l’importance de savoir se défouler et se décontracter. Brillant et tellement d’actualité et de folie. Et tant qu’à parler de roulette, Alain Dodier met tout le monde au home mais la frénésie est de mise et Aimé prend enfin sa revanche.

 

 

 

 

© Renaud Collin chez Dupuis

 

Puis, il y a la mise en abyme de Mathieu Burniat, Blutch qui joue les prolongations à ses Variations (la chronique arrive), Terreur Graphique et ses nuances de Gast…Ron, James et Boris Mirroir qui imaginent la mort de Gaston au bout du clavier ou encore Olivier Bocquet (qui a aussi une bonne idée mois bien concrétisée par un Brice Cossu en petite forme, malheureusement) dans le bon coup avec Florent Sacré et un robot pour remplacer Gaston.

 

 

 

 

© Terreur Graphique chez Dupuis

 

Un dernier pour la route ? M’enfin, mais bien sûr ! Quelques pas de danse avec Benoît Feroumont qui maîtrise le retourné-renversé à la perfection.

 

 

 

 

© Benoit Feroumont chez Dupuis

 

Bref, tant qu’il y a de la vie et du rire, y’a de l’espoir, et Gaston aurait pu tomber plus bas. Ici, il y a du rebond, de la générosité et pas mal de talent pour rajeunir un Gaston qui depuis 60 ans et encore pour longtemps, rend les vies légères et délicieusement cinglées.

 

Titre : Gaston – La galerie des gaffes

Album collectif

Auteurs : Yoann, Fabian Vehlmann, Laurence Croix, Diego Aranega, Fabien Toulmé, Fabcaro, Caro Khaldy, Bertschy, Fabrice Erre, Olivier Pont, Pascal Jousselin, Rudy Spiessert, Fabrice Tarrin, Renaud Collin, José Homs, Madaule, Tebo, Luc Cromheecke, Sti, Fred Neidhardt, Francis Porcel, Philippe Bercovici, Leonardo, Alessandro Barbucci, Nob, Jean-Paul Krassinsky, David De Thuin, Thomas Priou, Olivier Saive, Obion, Delaf, Fabrice Parme, Grégory Mardon, Frank Pé, Blutch, Ian Dairin, Mathieu Burniat, Lewis Trondheim, Jérôme Jouvray, Anne-Claire Jouvray, Olivier Schwartz, Terreur Graphique, Mathieu Reynès, Grégory Panaccione, James, Boris Mirroir, Daniel Goossens, Dab’s, Brice Cossu, Olivier Bocquet, Yoann Guillo, Olivier Dutto, William, Christope Cazenove, Jean-Claude Götting, Hervé Bourhis, Florent Sacré, Étienne Lécroart, Guillaume Bouzard, Nob, Ztnarf, Aude Picault, Lucile Thibaudier, Joris Chamblain, Libon, Alfred, Jose Luis Munuera, Éric Buche, Benoît Feroumont, Alain Dodier, Nicoby, Nix

Couleurs

Genre : Hommage, Humour, Gag

Éditeur : Dupuis

Nbre de pages : 64

Prix : 12,50 €



Publié le 23/11/2017.


Source : Bd-best


Opération Copperhead : à un doigt du sosie parfait

Opération Copperhead, c’est une histoire aussi vraie que rocambolesque du contrespionnage britannique pendant la Seconde Guerre mondiale. À partir d’un fait réel, Jean Harambat crée de toutes pièces une histoire d’une inventivité folle et réalise un pastiche désopilant et fantaisiste de trois protagonistes : les comédiens David Niven, Peter Ustinov et Clifton James. Il s’agit, selon une idée de Winston Churchill, de recruter et de former un sosie (Meyrick Edward Clifton James) pour jouer le rôle du général Montgomery – le général des forces alliées, alors surveillé par les nazis – et ainsi induire en erreur l’ennemi quant au lieu réel du Débarquement. Dans le même temps, alors que la capitale anglaise subit le Blitz, la vie se déploie dans les cabarets où officie une vénéneuse – et néanmoins charmante – jeune femme, Vera.

 

 

 

 

© Jean Harambat chez Dargaud

 

Avec Opération Copperhead, on reste bien au chaud pour se glisser dans l’arrière-cuisine de la guerre avec une folle histoire :  celle de Meyrick Edward Clifton James. Vous ne le connaissez pas, on ne vous en voudra pas, pourtant sachez qu’il a failli avoir un rôle en or et déterminant dans – toujours – cette deuxième guerre mondiale. Bon, il ne fut et ne sera jamais l’égal de Peter Ustinov et David Niven, ses deux comparses de légende dans cette folle aventure, mais Clifton James avait un atout : il était le sosie (comme d’autres grands de ce monde en ont un, fantasmé ou bien réel) de Montgomery en personne… ou en double.

 

 

 

 

© Jean Harambat chez Dargaud

 

Et double, Clifton James voyait plus souvent qu’à son tour, tombé dans l’alcool quand il était petit ou presque. Et ça, ça n’allait pas aider malgré toute la bonne volonté de ceux qui le soutenaient. Monty en pire, donc.

 

 

 

 

© Jean Harambat chez Dargaud

 

Dès le pitch de départ, on se marre. Il faut dire que Jean Harambat a déniché une pépite du contre-espionnage, assez réelle que pour être crédible (notamment par l’apport de morceaux choisis des autobiographies de David Niven, Peter Ustinov et Clifton James) , assez trouble que pour ne pas brider l’imagination fertile de notre auteur, entre esthétique du cinéma de cette époque et un feeling tout britannique. Car, mettre Clifton James dans la peau de Monty, un tant soit peu au moins, en vue de risquer sa peau mais de tromper les nazis en un lieu bien loin du débarquement, ça n’avait rien d’une partie de plaisir. Tout comme il y a un monde entre le cinéma de propagande et la réalité pure et dure, sans artifice.

 

 

 

 

© Jean Harambat chez Dargaud

 

Dans Opération Copperhead, la guerre se joue ainsi dans Londres, à l’abri du fracas… plus souvent dans les bars jusqu’à plus soif que sur les plateaux et les camps d’entraînement. Dans les couleurs de ce temps révolu, Jean Harambat livre un récit haut en couleur dont, à aucun moment, on ne cherche à défaire le vrai du faux. C’est assumé et c’est tant mieux, pétillant et succulent, avec une âme british jusque dans les couleurs d’Isabelle Merlet. Comme quoi, on peut en apprendre sur la guerre sans avoir les larmes aux yeux… ou du moins pas de tristesse mais de joie.

 

Titre : Opération Copperhead

Récit complet

Scénario et dessin : Jean Harambat

Couleurs : Isabelle Merlet

Genre : Espionnage, Histoire, Humour,  Fiction réalité, Réalité fictionnalisée

Éditeur : Dargaud

Nbre de pages : 176

Prix : 22,50€



Publié le 21/11/2017.


Source : Bd-best


Tango : Matz et Xavier passent à l’action dans ce petit coin de désert bolivien, entre lézards et lamas, était décidément trop tranquille

Tango, ce n’est pas une bière (belge, s’il vous plait) avec de la grenadine, encore moins du petit lait. Non, c’est du sérieux dans un cadre de rêve pour célébrer la rencontre entre Matz et le tandem Philippe Xavier/Jean-Jacques Chagnaud. Car même si vous fuyez les ennuis à l’autre bout du monde, dans un océan de pierre où ne vivent que quelques âmes, il y a de grandes chances qu’ils vous rattrapent et que les choses vous échappent. En un claquement de doigt et le fracas des détonations.

 

 

 

 

 

 

 

© Matz/Xavier/Chagnaud chez Le Lombard

 

Résumé de l’éditeur : Après avoir volé des millions à un cartel de la drogue, John Tango s’est installé dans un village perdu de Bolivie, pensant avoir trouvé le coin idéal pour prendre sa retraite. Mais le hasard fait bien mal les choses, son nouveau voisin et son fils semblent fuir eux aussi un passé compliqué. Quand ces derniers sont attaqués par trois hommes armés, Tango prend leur défense et tue les assaillants. Il l’ignore encore mais il vient d’attirer l’attention de deux puissants groupes armés. Le coin le plus tranquille de la Cordillère des Andes ne va pas le rester longtemps.

 

 

 

 

© Matz/Xavier/Chagnaud chez Le Lombard

 

 

 

 

© Philippe Xavier

 

Seul au monde ou presque. Tango, cet étranger dans cette Bolivie ensablée, n’a jamais eu peur de la solitude. On ne vogue pas sur les flots loin des terres, sinon… Troquant son eau contre le sable à perte de vue, Tango a gagné sa retraite, profitant de l’occasion pour s’éloigner du bruit du monde, pas forcément recommandable, pour commencer une seconde vie sereine et souriante, sincère et bénéfique face aux lamas, aux lézards et aux quelques vivants de ce village aéré (ça tranche avec ses buildings l’un sur l’autre) près de Potosi, la montagne d’argent.

 

 

 

 

© Matz/Xavier/Chagnaud chez Le Lombard

 

Tango se rachète une vie (il a de quoi voir venir après avoir filé entre les pattes de ses patrons) près de la belle et incendiaire Agustina mais aussi de Diego et son père, Anselmo. Ici, le coeur n’est pas aussi sec que son environnement. Ces existences au milieu de nulle part semblent être insoupçonnables et pourtant, sans doute ce trou perdu de toute beauté était-il trop petit et trop gros que pour accueillir deux hommes au passé trouble. Et forcément, ça va dégénérer.

 

 

 

 

© Matz/Xavier chez Le Lombard

 

Après l’Hyver et les croisades, le dépaysement est total dans ce rêve aride à perte de vue. Parce que mine de rien, c’est facile d’implanter une histoire à des lieues d’ici mais si on n’y croit pas. Ici, tous les éléments sont réunis pour croire et accéder à la réalité de ce western contemporain dans lequel les opposés s’attirent et où il n’est pas inscrit dans le marbre que les ennemis le seront à jamais.

 

 

 

 

© Matz/Xavier/Chagnaud chez Le Lombard

 

Et c’est quand le jeu de dupes tombe, que les protagonistes se retrouvent face à face et face à eux-mêmes, que la vraie partie commence. Éblouissante dans des paysages indomptables qu’aucun coup de fusil ne parviendra à ébranler. Les hommes peuvent s’entretuer, la montagne ne cillera pas. Mais le lecteur, lui, attendra avec impatience la suite.

 

Série : Tango 

Tome : 1 – Un océan de pierre

Scénario : Matz

Dessin : Philippe Xavier

Couleurs : Jean-Jacques Chagnaud

Genre : Aventure, Thriller

Éditeur : Le Lombard

Nbre de pages : 64 (+ 6 pages de carnet de voyage)

Prix : 14,45€



Publié le 17/11/2017.


Source : Alexis Seny


À l’heure où les super-héros américains prennent le gros coup, les z’héros de Justices prennent le gros nez dans un esprit bon enfant, pas à l’abri des tempêtes de… neige en plein été

Les super-héros américains tentent d’envahir nos vies et nos écrans. Plus raisonnables, les super-héros franco-belges ont pourtant du vent dans les plumes et un beau coup à jouer. Et s’il y en a eu de tout temps, plus ou moins bien mis en valeur, ces dernières années ont vu une jolie galerie se créer loin des modèles des Marvel et DC Comics, et c’est ce qui les rend intéressants. Comme le grand Fox-Boy, C.R.A.S.H. mais aussi Justices qui, au roman comme à l’image, développe un bel univers. Sous les tropiques mais aussi dans un froid polaire qui ne peut être que suspect.

 

 

 

 

 

 

 

© De Vriendt/Gihef/Daviet chez Kennes

 

Résumé de l’éditeur : Pour d’obscures raisons, les deux ligues de justiciers sont accusées et mises en prison sans le moindre procès. Comment prouver son innocence alors qu’on est enfermé dans le plus horrible pénitencier de tous les temps ? Heureusement, Camille ne perd pas espoir. Bravant le froid et les forces de l’ordre, il tente de libérer ses amis et de déjouer le terrible complot dont ils sont victimes. Accompagné de l’ourson P-L, son éternel compagnon, Camille affronte tous les dangers. Mais les deux amis ne sont pas au bout de leurs peines : à Nova City, on ne sait jamais à qui on peut faire confiance…

 

 

 

 

© De Vriendt/Gihef

 

À Nova City comme dans nos contrées, le temps se refroidit. Étrange, il y a quelques heures il faisait pourtant si chaud, sans un nuage à l’horizon. L’hiver en plein été. Bizarre, vous avez dit bizarre ? Pas faux, il y a quelque chose qui cloche et Justice pour tous comme Justice d’élite semblent bien ne pas être étrangers à cette affaire météorologique, envers et contre les apparences. Car un super-vilain excentrique en veut à tous les super-héros de Nova City, les attaquant de manière détournée. En insinuant l’idée que les justiciers créent les situations délicates et nécessitant leur intervention pour en faire un business juteux. Nous aurait-on donc menti ? Le doute  fait son chemin et dans ce deuxième tome de la série adaptée des romans de Renaud De Vriendt, c’est un peu Civil War, toutes proportions gardées et nos super-héros sont traqués pour être emprisonnés.

 

 

 

 

© De Vriendt/Gihef/Daviet chez Kennes

 

Rien de neuf sous le soleil si ce n’est cette insouciance et cette non-prétention qui réussissent bien à cette série avant tout pour les enfants et les ados. Pas si loin de Cosmic Patrouille de Mauricet et avec un côté Bob et Bobette qui lui va bien, Justices tient la route avec ses personnages adorables et son sens de l’aventure et du divertissement. Gihef est comme un poisson dans l’eau pour animer ces super-héros un brin médiocres et d’autant plus sympathiques. Sans melon ni grosse tête mais avec de gros nez et des références (un super-méchant entre Sean Connery et le Jordan Collier des 4400, un autre qui ressemble à Gru), ces super-héros-là et leurs super-pouvoirs pas forcément enviables sont bien dans leurs pompes, s’assument et ça fait plaisir à voir.

 

 

Série : Justices

Tome : 2 – Zéro absolu

D’après la série de romans de Renaud De Vriendt

Scénario et dessin : Gihef

Couleurs : Véra Daviet

Genre : Fantastique, Super-héros, Humour

Éditeur : Kennes

Nbre de pages : 48

Prix : 10,95€



Publié le 15/11/2017.


Source : Alexis Seny


Justice League Anthologie, Les justiciers de A à Z chez Urban Comics

La sortie du film ce 15 novembre 2017 donne l'occasion aux éditeurs de sortir ou ré-éditer quelques comics et autres produits dérivés. C'est de bonne guerre. Cependant, dans le cas qui nous intéresse, Urban Comics vient d'éditer un bien intéressant recueil.

En effet si vous cherchiez une anthologie digne de ce nom pour vous retrouver dans le labyrinthe des productions de La Ligue des justiciers, cet imposant pavé est fait pour vous. Sur 400 pages, l'éditeur vous propose de rentrer dans les détails et fait le pari de vous donner l'occasion d'y voir plus clair.

Ils sont les plus grands super-héros de la Terre, rassemblés en une équipe surpuissante afin de repousser toutes les menaces qu'ils ne peuvent combattre seuls.

 

 

 

 

 

 

 

À partir de 1960, la Ligue de Justice a évolué depuis ses débuts où elle réunissait sept membres fondateurs : elle a ensuite évolué, est devenue internationale et s'est dissoute et reformée plusieurs fois. Pierre angulaire de l'Univers DC, sa série a été supervisée par les auteurs les plus célèbres. Cette anthologie propose onze récits complets évoquant les différentes versions et époques de la Ligue de Justice, réalisées par une multitude d'artistes légendaires.

 

 

 

 

Pléthore d'auteurs constituent le contenu de ce bel ouvrage et relate les changements successifs au sein de la Ligue. Divisée en quatre partie avec "Fondations", "Incarnations", "Mutations" et "Révolutions" et fortement documenté, ces chapitres vous permettrons de bien appréhender l'univers de cette franchise. Un bon compromis qui nous permet de bien saisir les évolution de la Ligue et de s'attarder sur le noyau dur Superman-Wonder Woman-Batman.

 

 

 

 

Le Contenu vo : _ « Starro, the Conqueror » (THE BRAVE AND THE BOLD #28, 1960) par Gardner FOX et Mike SEKOWSKY : La première apparition de la Ligue de Justice. _ « And So, My World Ends » (JUSTICE LEAGUE OF AMERICA #71, 1969) par Dennis O'NEIL et Dick DILLIN : J'onn J'onzz demande l'aide de la Ligue pour sauver sa planète natale, Mars. _ « A League Divided » (JUSTICE LEAGUE OF AMERICA #200, 1982) par Gerry CONWAY et George PÉREZ, Pat BRODERICK, Jim APARO, Dick GIORDANO, Gil KANE, Carmine INFANTINO, Brian BOLLAND et Joe KUBERT : Les recrues de la Ligue affrontent les membres fondateurs, manipulés par les créatures d'Apellax. _ « The End of the Justice League » (JUSTICE LEAGUE OF AMERICA ANNUAL #2, 1984) par Gerry CONWAY et Chuck PATTON : Dissoute par Aquaman, la Ligue se reforme à Detroit et accepte de nouveaux membres. _ « Apokolips No ! » (DC RETROACTIVE: JUSTICE LEAGUE AMERICA – THE 1990s #1, 2011) par Keith GIFFEN, J.M. DeMATTEIS et Kevin MAGUIRE : La Ligue de Justice Internationale tente de sauver New York d'un de leurs ennemis modifié par une arme d'Apokolips. _ «Born Once Again » & « Pawns » (JUSTICE LEAGUE AMERICA #61-62, 1992) par Dan JURGENS, Rick BURCHETT et Jackson GUICE : Superman dirige une nouvelle Ligue de Justice qui fait face au Maître d'Armes. _ « The Bigger They Come... » (JLA #27, 1999) par Mark MILLAR et Mark PAJARILLO : La Ligue de Justice est en pleine période de recrutement quand elle est attaquée par Amazo, l'androïde surpuissant. _ « Two-Minute Warning » (JLA #61, 2002) par Joe KELLY et Doug MAHNKE : Après la disparition d'Aquaman, des créatures mythologiques apparaissent au large de l'Océan Atlantique. _ « Yesterday, Today, Tomorrow » (JUSTICE LEAGUE OF AMERICA V2 #0, 2006) par Brad MELTZER, Eric WIGHT, Ed BENES et Dick GIORDANO, Tony HARRIS, George PÉREZ, J.H. WILLIAMS III, Luke McDONNELL, Gene HA, Rags MORALES, Ethan VAN SCIVER, Kevin MAGUIRE, Adam KUBERT, Dan JURGENS, Jim LEE, Howard PORTER, Andy KUBERT et Phil JIMENEZ : l'histoire de la Ligue vue à travers les yeux de Batman, Superman et Wonder Woman. _ « First Impressions » (JUSTICE LEAGUE #51, 2016) par Dan ABNETT et Paul PELLETIER : Peu après les débuts de la Ligue de la Renaissance et son combat contre Darkseid, Batman présente à l'équipe son partenaire, Robin. _ « Legacy » (TITANS ANNUAL #1, 2017) par Dan ABNETT et Minkyu JUNG : Les héros de la Ligue de Justice et leurs anciens partenaires, les Titans, se retrouvent prisonniers d'un de leurs plus grands ennemis, l'occasion de se pencher sur leurs relations.

Comme vous le voyez, c'est aussi l'occasion de découvrir scénaristes et dessinateurs et de pourquoi pas, compléter votre collection grâce à cette mine de renseignements.


Remerciements particuliers à Yann Graf qui tout au long de cet impressionnant bouquin nous éclaires sur la sélection d'épisode au moyen d'une brillante documentation. Un must have du moment pour tout amateurs des Justiciers.

 

Titre : Justice League Anthologie

Éditeur : Urban Comics

Scénariste : Jurgens Dan, Fox Gardner, Abnett Dan, Johns Geoff, Collectif -

Dessinateur : Jurgens Dan, Pérez George, Collectif

Collection : DC Anthologie
    
Pagination : 400 pages

EAN : 9791026811848

Prix : Prix : 25 €



Publié le 15/11/2017.


Source : Damien Caste


Les vieux fourneaux reviennent, francs à la relance (économique) et prouvant qu’il n’y a pas d’âge pour jouer les apprentis sorciers

Alors qu’ils sont déjà promis à une belle destinée cinématographique sous les traits d’Eddy Mitchell, Pierre Richard et Roland Giraud, il serait trop facile pour Les vieux fourneaux de se reposer sur leurs lauriers et de lâcher leur si cher Neuvième Art. Non contents d’être un véritable phénomène d’édition (de société aussi, cela dit tant ils sont emblématiques d’une vitalité qui repousse les limites de la vieillesse), les voilà plus jeunes que certains jeunes pour expérimenter encore et toujours ce que leur réserve cette vie qui leur donne un sursis qui, on l’espère, sera le plus éternel possible. Mais trêve de plaisanterie, à bond de sauterelle, nos trois larrons (enfin deux, le dernier est en voyage) ont du pain sur la planche dans ce quatrième tome.


Résumé de l’éditeur : Après une tournée d’été du théâtre du « Loup en slip », Sophie et Antoine rentrent au bercail… pour découvrir leur charmant village en pleine effervescence ! Le projet d’extension de l’entreprise Garan-Servier, qui relancerait l’économie de la région, est menacé… par une mystérieuse « magicienne dentelée » occupant le terrain. Branle-bas de combat pour les zadistes ! Cela dit, c’est un coup de bol pour les vieux fourneaux, qui peuvent enfin partir à la recherche de leur trésor oublié… Quant à Sophie, elle apprend une délicate vérité au sujet de son père…Confidence pour confidence, révélera-t-elle enfin l’identité du père de sa fille, Juliette ?

 

 

 

 

© Lupano/Cauuet/Gom chez Dargaud

 

Mine de rien, ça lui a fait du bien à notre Antoine de suivre sa fille dans sa tournée d’été : campagne, quiétude, liesse populaire et soleil au menu, sans compter l’adorable petite Juliette qui a bien grandi. Pourtant la tournée du Loup en slip se termine (et il aurait dû prendre une doudoune, car il se les gèle dans le deuxième tome de ces aventures) et les ennuis recommencent. Alors qu’Antoine se réjouissait de voir Garan-Servier enfin s’étendre (et il est bien l’un des seuls à s’être prononcé aussi fièrement), toute une série de déconvenues pointe à l’horizon.

 

 

 

 

© Lupano/Cauuet/Gom chez Dargaud

 

À commencer par la magicienne dentelée, sauterelle incapable de bondir mais néanmoins protégée. Pas une des sept plaies d’Égypte qui anéantirait les prés et champs souriants de ce coin de Tarn-et-Garonne mais assez que pour mettre des bâtons dans les roues de Garan-Servier. Et s’il n’y avait que ça ! Non résolument, les vacances sont passées, les tracas sont de retour.

 

 

 

 

© Lupano/Cauuet/Gom chez Dargaud

 

Plus que l’Astérix en roue livre proposé par Ferry et Conrad sans doute, la fresque du banal trépidant offerte par Wilfrid Lupano, Cauuet et Gom est clairement, pour moi, l’événement éditorial de cette rentrée 2017. C’est tellement, infiniment bien fagoté, cet âge de déraison en roue libre (et à contre-clichés, hollywoodiens notamment) pour donner lieu à des péripéties toujours hautes en couleur mais trempée dans le réel (Gom est fortiche), profondément. Parce que plus que jamaisLupano et Cauuet font la paire et l’accord parfait pour dépeindre avec sérieux un récit rocambolesque mais pas totalement invraisemblable.

 

 

 

 

© Lupano/Cauuet/Gom chez Dargaud

 

Parce que dans ce monde fictif au bord duquel les auteurs se sont installés tels un Francis Cabrel, notre monde à nous se révèle à chaque planche. Dans la fin de l’innocence et le mal que voit cette mère partout une fois confrontée à un petit théâtre éveilleur de conscience avec son loup en slip et pourtant inoffensif. Dans cette peut d’avancer. Dans les jours sans lendemain, une fois que les sociétés veulent prendre leurs cliques et leurs claques. Dans les secrets de famille complexes et enfermés dans le silence. Dans ce désert médical qui s’étend dans la ruralité (Jean-Jacques est à a retraite, place à Madame Gheorgiu). Dans une quête du… wi-fi et de la connexion permanente aussi (avec un second-rôle formidable). Et dans bien d’autres choses encore.

 

 

 

 

© Lupano/Cauuet/Gom chez Dargaud

 

Lupano (qui nous a offert une superbe relecture de Valérian) et Cauuet ne lésinent pas sur les couches qu’ils mettent et remettent mais la mécanique est si bien huilée et aérée qu’elle entraîne tout sur son passage, dans une chasse au trésor menée plus à l’instinct que dans la préparation en bonne et due forme. Tout est laissé à l’euphorie et aux éclats de rire, dans les seconds-rôles éclatants (Le Zébu !). Quel plaisir, à l’heure où certains de nos aînés ont oublié de vivre, ce retour de la vitalité aux cheveux blancs mais au moral intact orchestré par ces auteurs est imparable.

 

Série : Les vieux fourneaux

Tome : 4 – La Magicienne

Scénario : Wilfrid Lupano

Dessin : Paul Cauuet

Couleurs : Gom

Genre : Chronique sociale, Aventure, Humour

Éditeur : Dargaud

Nbre de pages : 56

Prix : 11,99€



Publié le 13/11/2017.


Source : Alexis Seny


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