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Quelques planches de BD en plus sur la plage de vos vacances, part 5

Après un premier tome glaçant et nous renvoyant à nos pires cauchemars, les deux vénérables et infernaux acolytes Mat Salvia et Djet clôturent leur diptyque consacré aux Croquemitaines, et aux dissensions de ce monde de brutes et d’ombres, à tombeau ouvert. Et le petit Elliott dans tout ça doit bien se cramponner au Chien et au Père-la-Mort s’il veut avoir une chance de survivre dans ce monde ténébreux et lugubres.

 

 

 

 

 

 

 

© Salvia/Djet chez Glénat

 

Amis de l’hémoglobine, avec les chefs-coq Salvia et Djet, vous allez être servi. Le concept original est maîtrisé et les deux auteurs font feu de tout bois et de toutes les références. Sous influence, mais sortant du lot. Proposant des méchants Croquemitaines qui ont des allures de boss impitoyables dans un jeu vidéo prenant. Non, résolument, en ouvrant grand la porte de cette garde-robe d’où on craignait de voir apparaître un monstre carnassier, les deux auteurs réussissent une entrée fracassante et remarquée dans le monde du comics à la française. Avec en plus plein d’hommages et bonus de quelques grands auteurs actuels. On en bégaye, on en transpire, on en redemande !

 

 

 

 

L’hommage de Tébo chez Glénat

 

« Croquemitaines », Livre 2, Mathieu Salvia et Djet, Glénat Comics, coll. « Original Graphic Novel », 128p., 17,95€, sorti le 31/05/2017.



Publié le 07/07/2017.


Source : Bd-best


Quelques planches de BD en plus sur la plage de vos vacances, part 4

Lui, aussi, peut se vanter d’avoir fourni à l’Histoire bien des champs de bataille sur lesquels des hommes se sont trouvés démembrés. Napoléon, le terrible, l’insatiable mais aussi… « votre flétrissure », « votre ventripotence » ou encore « votre impuissance ». Avec un personnage comme ça, comme l’Histoire laisse de la place à l’humour, on ne peut que s’en donner à coeur-joie. Et c’est ce que font, sans se priver, Lapuss et Stédo (qui, même sans Les Pompiers, ne peut s’empêcher de péter des flammes).

Deux matadors pour un empereur qui perd de sa contenance et de sa prestance pour devenir un vrai héros de BD avec son nez pointu, la taille d’Astérix mais le diamètre d’Obélix.

 

 

 

 

 

 

 

© Lapuss/Stedo/Lunven chez Bamboo

 

On rit beaucoup face aux péripéties et à la fougue de ce pathétique empereur mais on saisit aussi le supplément d’âme conféré par les deux auteurs qui varient les plaisirs (et les décors) en farfouillant dans les éléments véridiques de la vie de cet empereur incatalogable. Ainsi apparaissent son sosie, un certain Coluche sans oublier ses soupirantes et la délicate Joséphine. Un joli cocktail.

 

 

 

 

© Lapuss/Stedo/Lunven chez Bamboo

 

« Napoléon », t.2, « Empereur et sans reproche », Lapuss/Stédo/Lunven, Bamboo, 42p. (+ six pages de dossier), 10,60€, sorti le 07/06/2017
 



Publié le 05/07/2017.


Source : Bd-best


Quelques planches de BD en plus sur la plage de vos vacances, part 3

Si vous partez en vacances, faites bien gaffe à ne rien vous casser. Pire, à ne pas perdre un de vos membres. Je sais, c’est gore. Mais, au moins, ça nous met en situation pour entrer dans La fabrique des corps, deuxième volume de la collection Octopus dirigée par Boulet aux Éditions Delcourt. Après être parti à la conquête de l’espace, on revient donc plus terre à terre avec la toute jeune autrice, Héloïse Chochois.

 

 

 

 

 

 

 

© Chochois chez Delcourt

 

Après avoir prouvé sur le net qu’elle avait le trait et la fibre scientifique, voilà qu’elle publie son premier album consacré à l’un des champs scientifiques en constante mutation : celui qui vise à réparer les humains. Vous vous souvenez du Dr. Connor dans Spiderman ? Celui qui s’est transformé en lézard en voulant faire repousser son bras ? Hé bien, ce n’est plus de la science-fiction, et désormais, non content de réapprendre à vivre avec une main ou un pied en moins, l’humain peut aujourd’hui se parer de prothèses de plus en plus performantes.

 

 

 

 

© Chochois chez Delcourt

 

Avec comme guide de luxe Ambroise Paré, Héloïse suit ainsi le parcours du combattant adouci par les progrès de la science d’un jeune victime d’une collision entre son scooter et un cerf à l’orée du bois. Ça fait mal tout de suite et voilà qu’il se réveille amputé de son bras gauche. Passé la surprise, mauvaise et glaçante, le voilà totalement acquis à la cause d’Ambroise Paré qui va lui faire découvrir la Fabrique des corps du Mésolithique à notre futur proche et à son humain augmenté. Faisant de l’épreuve une grande promenade dans les dédales de la science de Vésale, Héloïse Chochois allie l’intime de l’expérience personnelle de cet homme au corps brisé (avec ce que cela comporte d’acceptation, d’habitude et d’attente avant de retrouver pleine possession de ses moyens) à la grande histoire d’une science méconnue mais peut-être encore plus essentielle à l’heure où les guerres déchiquettent et explosent les membres.

 

 

 

 

© Chochois chez Delcourt

 

Le regard d’Héloïse n’est pas pour autant faussé et irraisonné puisqu’il est aussi question des limites et des craintes liées à une telle pratique de renforcement de l’humain meurtri. La dessinatrice qu’elle est trouve un graphisme efficace pour ce cours magistral sans doute un peu trop conventionnel et technique que pour prendre la mesure de ce sujet complexe. Impossible de tout retenir, donc, mais voilà un nouvel exemple de tout ce que la BD peut nous apprendre en un minimum de textes et un maximum de dessins.

« La fabrique des corps. Des premières prothèses à l’humain augmenté », Héloïse Chochois, Delcourt, coll. Octopus, 160p., 18,95€,



Publié le 03/07/2017.


Source : Bd-best


Quelques planches de BD en plus sur la plage de vos vacances part 2

Michigan, sur la route d’une War Bride

Il y a un peu plus de septante ans, au sortir de la guerre, près de 200 000 Européennes ont quitté leur patrie et leur pays pour suivre un soldat américain, un GI comme on les appelle. Une façon de vivre leur rêve américain avec les yeux de l’amour, envers et contre cet océan qui les séparerait de leur ancienne vie. Parmi celles-ci, il y avait ma grand-tante mais aussi celle de la compagne de Julien Frey. C’est son destin entre hier et aujourd’hui, au coeur du Midwest et du Michigan, que le scénariste raconte dans Michigan, sur la route d’une War Bride.

 

 

 

 

© Frey/Varela chez Dargaud

 

Ou comment un Milky Way va influencer le cours d’une vie, le cours de plusieurs vies. Pour ces vacances longue durée en Amérique, Julien Frey a trouvé un allié de choc en la personne du redoutable et remarquable dessinateur argentin Lucas Varela (dont le terrible Jour le plus long du futur nous émeut encore). Le mal de l’air et de l’avion en moins, nous voilà ainsi découvrant cette Amérique sous le filtre d’Odette, cette ancienne Parisienne à la trempe bien affirmée et sous la curiosité de Julien qui, en raconteur qu’il est, voit là un formidable récit à partager.

 

 

 

 

© Frey/Varela chez Dargaud

 

Des petites histoires, des anecdotes qui forment peu à peu une trajectoire de vie sublimée par les choix graphiques simples mais de toute beauté de Lucas Varela qui allie humour et grande sensibilité. Dieu, que cette Amérique-là, à visage humain, faite de différences d’origine, est belle et touchante.

 

 

 

 

© Frey/Varela chez Dargaud

 

« Michigan, sur la route d’une War Bride », de Julien Frey et Lucas Varela, Dargaud, 148p., 19,99€



Publié le 30/06/2017.


Source : Bd-best


Quelques planches de BD en plus sur la plage de vos vacances, part 1

Le couperet est tombé : les vacances sont à notre porte. C’est loin d’être désagréable, ça va nous faire le plus grand bien. Mais c’est vrai qu’on aurait tellement aimé encore vous parler de quelques albums de BD avant le grand départ. Alors, voilà une petite sélection tous azimuts de quelques albums que vous pouvez glisser dans vos valises, sans problème (sinon le poids de celles-ci).

L’été en pente douce de Jean-Christophe Chauzy

On avait laissé Jean-Christophe Chauzy dans une montagne en train de s’ébrécher (d’ailleurs, on espère qu’il donnera une suite au Reste du monde). Cette fois, ce sont les relations humaines qui s’ébrèchent. Sous un soleil de plomb, car, c’est connu depuis Audiard, les fêlés laissent passer la lumière. « Les gens, ce qu’ils aiment bien, c’est quand ça se termine bien ». Il y a trente ans, la radieuse Pauline Laffont se révélait un peu plus dans L’été en pente douce de Gérard Krawczyk et elle ne pensait pas si bien dire. Sauf que rien n’allait bien se terminer. C’est encore vrai dans cette adaptation-anniversaire de Jean-Christophe Chauzy. On y retrouve le triangle amoureux et le péché originel (Fane et son frère simple d’esprit, Mo, ainsi que Lilas, sa compagne rachetée à un homme qui ne la méritait pas et ayant hérité, dans ce coin de France profonde, d’une retraite formidable) coincé entre deux garages appartenant à un couple, lui aussi, en train de « battre la campagne ». L’été, caliente, aidant, au-delà des regards lancés par le reste du village, les langues vont se dénouer et les épaules (et le reste) se dénuder dans une ambiance moite et sensuelle.

 

 

 

 

© Pelot/Chauzy chez Fluide Glacial

 

Au roman de Pierre Pelot, Chauzy apporte son dessin caniculaire et irrésistible pour s’affranchir du film et proposer sa version des choses de la vie, pas toujours favorables au destin absurde des humains. Encore plus quand ceux-ci ne sont pas des tendres.

 

Alexis Seny

 

 

 

« L’été en pente douce », Pierre Pelot et Jean-Christophe Chauzy, Fluide Glacial, 110 pages,  18,90€.



Publié le 28/06/2017.


Source : Bd-best


Durs à suivre, les Vikings givrés et pourtant échaudés d’Ivan Brandon et Nic Klein

« Tu ne sais pas combattre. » « Non, Gyfl. La seule chose que je sache faire, c’est survivre. » Alors que nous parlions récemment (avec Fabienne Pigière, Rudi Miel et Paolo Grella) des pirates, parties intégrantes de l’ADN de la BD franco-belge depuis des décennies, on s’est rendu compte que les Vikings, féroces en diable, n’étaient pas en reste. Sans doute d’autant plus dangereux que complètement frappadingues (Odin n’y a pas été de main morte avec son marteau, se dit-on. Du moins, dans l’histoire concoctée par Ivan Brandon et Nic Klein, c’est le cas. Attention, ça éclabousse.

 

 

 

 

 

 

 

© Brandon/Klein chez Image Comics

 

Résumé de l’éditeur : Scandinavie, IXe siècle. Finn et Egil sont deux frères habitués aux sales combines : racket, vol et pillage en tout genre. Si l’un est mauvais, l’autre est encore pire. Derrière eux, ils ne laissent rien à part un sillage de mort. Mais si tout allait pour le mieux dans le pire des mondes, leur destin bascule lorsqu’ils décident de s’en prendre au roi Bram et à sa fille Annikki… Leur penchant pour la violence risque bien de se retourner contre eux.

 

 

 

 

© Brandon/Klein chez Image Comics

 

Avant toute chose, n’allez pas croire que ce recueil de comics est en lien avec la série télévisée du même nom qui est bien ultérieure au récit graphique proposé par Ivan Brandon et Nic Klein. En effet, les deux auteurs commettaient ce voyage givré en territoire scandinave, en 2009. Entre-temps, le duo a composé son space-opéra-post-apocalyptique avec Drifter et gagné les côtes européennes. C’est sans doute ce qui nous vaut cet assaut tardif des Vikings sans vergogne.

 

 

 

 

© Brandon/Klein chez Image Comics

 

Passé un début sans queue-ni-tête et difficile à suivre de par ses dialogues, on se laisse vite entraîner dans l’univers glacé et sanglant de ces Vikings décérébrés. Le dessin et les couleurs, c’est assez rare que pour le signaler dans un pays des comics où toutes les tâches sont soigneusement décortiquées, de Nic Klein ne sont pas pour rien dans l’emprise qu’exerce ce comics sur nous. Totalement imparfait mais imposant des ruptures graphiques, partant tantôt en véritables toiles et tantôt totalement en live dans les caricatures de têtes morbides, désarçonnées de leurs pauvres victimes. Ce trait, il fusionne avec toute cette tension qui émane de cette aventure désespérée. Cette tension entre la richesse et la famine, l’affrontement et la fuite, le deuil et la furie meurtrière, la folie et la raison.

 

 

 

 

© Brandon/Klein chez Image Comics

 

Pourtant, tout se gâte, car le scénario reste inextricable et c’est en soupirant qu’on assiste aux passations de pouvoir de ces héros qui ne jure que par l’ulfberht et les giclées de sang. L’histoire vacille, incompréhensible, pour se retrouver être à l’image de ses héros, brouillons et bipolaires sur les bords (de planches et de cases), un peu trop fous que pour qu’on parvienne à les suivre dans ce délire hard-boiled où les drakkars se font rares. On ne s’étonne finalement pas de rester plus de glace que de feu. Pas étonnant qu’au bout de cinq épisodes et un cycle, les Vikings s’en soient allés mouillés ailleurs que dans le monde éditorial du comics.

 

Alexis Seny

 

Titre : Viking

Sous-titre : Un long feu de glace

Récit complet

Scénario : Ivan Brandon

Dessin et couleurs : Nic Klein

Traduction: Alex Nikolavitch

Genre : Aventure

Éditeur : Glénat

Nbre de pages : 144

Prix : 19,95€



Publié le 24/06/2017.


Source : Bd-best


Petit Vampire, et si les nouvelles aventures étaient les premières ?

Résumé de l’éditeur : Avoir 10 ans éternellement, c’est vraiment dément !!! Sauf qu’en vivant enfermé dans une grande villa, même entouré d’une joyeuse bande de monstres, de pirates et de morts-vivants, au bout de trois cents ans, on commence à s’ennuyer ! Petit Vampire rêve de découvrir le monde. Mais quand il décide de partir explorer la ville, d’obscures forces se réveillent… Et si les vampires pouvaient finalement être morts-morts ? Petit Vampire aurait-il mis toute sa famille en danger ?

 

 

 

 

 

 

 

© Sandrina Jardel/Joann Sfar/Brigitte Findakly chez Rue de Sèvres

 

Si l’encéphalogramme d’un vampire doit être résolument plat, cela faisait un moment que nous n’avions plus eu de nouvelles de Petit Vampire, et ça nous inquiétait. Sa lumière dans ce monde de brutes aux dents longues nous manquait. À Joann Sfar aussi: il l’a avoué. Et douze ans après sa dernière apparition, voilà que Petit Vampire volette vers de nouvelles aventures. Enfin, nouvelles… Entendons-nous, ce que Joann Sfar propose, c’est un prequel, un retour en arrière reprenant quelques éléments de la rencontre de Michel et de son nouveau copain spécial. Mais fouillant le passé et la légende de ce vampire miniature et plus attachant que Dracula et autres Nosferatu.

En effet, jamais, Joann Sfar n’avait levé le voile sur le mystère des origines de ce petit bonhomme vampirisé. Il aurait pu ne pas le faire et laisser planer de doute, les histoires d’origines (dont sont adeptes les super-héros) pouvant parfois tourner court. C‘était sans compter… Joann Sfar ! Joann Sfar que la poésie de l’univers créé il y a près de vingt ans ne semble pas avoir lâché d’une semelle. Peut-être même s’est-elle renforcée. Toujours est-il que Sfar (accompagné de Sandrina Jardel au scénario et de Brigitte Findalky aux couleurs marquant si bien la fantasmagorie de ce récit tout public) est allé voir ailleurs, larguant les amarres pour ramener de ces envies une histoire de pirates (des figures mythiques de l’histoire de la BD que l’auteur n’avait abordées jusqu’ici que dans son roman Le plus grand philosophe de France ou, plus loin encore, dans le livre illustré de la collection « J’aime Lire » L’île aux pirates).

 

 

 

 

© Sandrina Jardel/Joann Sfar/Brigitte Findakly chez Rue de Sèvres

 

Bref, c’est une première pour l’auteur qui a déjà navigué dans bien des genres, et la confrontation entre ces marins des airs sans pitié et la famille vampire (au coeur de laquelle se retrouve un Michel un peu déboussolé) tient toutes ses promesses. Pour le plaisir (et quel plaisir !) du lecteur, nous ne vous dirons rien du pourquoi du comment. Si ce n’est que la bagarre de monstres à laquelle se livrent les turbulents enfants monstrueux, sous le regard décontenancé de Pandora qui essaie d’asseoir sa légitimité pourtant naturelle, pourrait bien passer du jeu à la réalité. Dans les 60 premières pages de ce qui devrait être un triptyque, on retrouve tous les ingrédients qui nous ont fait aimer Petit Vampire et en ont fait un formidable compagnon de vie : de l’aventure, des bons sentiments pas trop dégoulinants, de la poésie et surtout un énorme capital sympathie qu’on n’avait jamais éprouvé pour un vampire.

 

 

 

 

© Sandrina Jardel/Joann Sfar/Brigitte Findakly chez Rue de Sèvres

 

Des vampires d’autant plus séduisants qu’un réel enjeu de vie et de mort pèse sur eux, comme une épée de Damoclès, en dépit de l’insouciance de Petit Vampire. Et comme si le bonheur n’était pas déjà à son comble, le petit héros connaîtra bientôt des aventures sur grand écran.

 

Alexis Seny

 

Série : Petit Vampire (Nouvelles aventures)

Tome : 1/3 – Le Serment des pirates

Scénario : Sandrina Jardel & Joann Sfar

Dessin : Joann Sfar 

Couleurs : Brigitte Findakly

Genre : Aventure, Fantastique

Éditeur : Rue de Sèvres

Nbre de pages : 68

Prix : 13€



Publié le 22/06/2017.


Source : Bd-best


Caméléon, Emmanuel Reuzé rentre dans le lard et dans l’art (plus si) invisible qu’est le Neuvième Art

Coco, cocotte, tu pensais tout savoir sur la bande dessinée depuis les célèbres romans graphiques et documentaires de Scott McCloud. Tssssss, minute papillon. Parce que l’art n’a rien d’invisible, le cousin de Scott, Scott McCrawd, s’associe à l’excellent Emmanuel Reuzé pour visiter la partie moins visible de l’iceberg et explorer les sujets qui fâchent au pays des phylactères. D’un Tintin la tchole à l’air en passant par l’anatomie des héros et un concours de dessin en apnée opposant Trondheim et Sfar. Sans oublier de parler en long et en large de tous ceux qui font du mal à la BD.

 

 

 

 

 

 

 

© Emmanuel Reuzé chez Fluide Glacial

 

Résumé de l’éditeur : L’Art du 9e Art est l’ouvrage de référence pour apprendre tout ce qu’il faut savoir (ou pas) sur la bande dessinée : dessiner avec un Boeing, réaliser une BD en apnée comme Joann Sfar, étudier l’anatomie de Gros Dégueulasse de Reiser ou réussir une BD autobiographique de fille. Tous les libraires BD connaissent le fameux livre L’Art de la BD de Duc ainsi que les best-sellers de Scott McCloud. Autant d’opuscules insignifiants comparés à l’ambitieux L’Art du 9e Art de l’immense Reuzé !

 

 

 

 

© Emmanuel Reuzé chez Fluide Glacial

 

Mine de rien, Emmanuel Reuzé a bien creusé son sillon, au-delà des chemins faciles et balisés. Si bien qu’après quinze années d’une bibliographie intéressante à plus d’un titre et toujours en quête de nouveautés, Reuzé est toujours imprévisible. Et l’arrivée de l’auteur chez Fluide Glacial semble lui avoir donné des ailes et des envies de creuser sa veine corrosive et un cynisme appréciable. Avec de l’esprit… du mauvais esprit.

 

 

 

 

© Emmanuel Reuzé chez Fluide Glacial

 

Et quand le défi s’est matérialisé dans une parole de Scott (ersatz bedonnant et alcoolisé, pavé de mauvaises intentions, de l’autre Scott), « De qui pourrait-on dire du mal?« , Reuzé ne s’est pas fait prier pour livrer une bible de 130 pages qui oublie en chemin le pompeux si souvent à l’oeuvre dans de telles entreprises. Non ici, le B de Bible est aussi celui de Blague et Reuzé nous fait naviguer à vue mais aussi à l’aventure dans l’Histoire de la Bande dessinée des temps anciens à nos jours, de la tapisserie de Bagieu au Lookbook de Salch.

 

 

 

 

© Emmanuel Reuzé chez Fluide Glacial

 

Fort d’une connaissance impeccable (dans l’art du foutage de gueule, surtout), Reuzé se fait ainsi caméléon pour choper les styles de divers auteurs, se les approprier et les amener là où on ne les attendait pas. Un cocasse pastiche qui ne fera pourtant pas se retourner les auteurs dans leurs tombes tant Reuzé met dans cet exercice de style la passion et le plus grand des respects. C’est un travail de dingue auquel s’est adonné l’auteur qui ferait rougir de jalousie les maudits marchands qui tentent de vendre sur Ebay ou 2ème main des faux Hergé ou Uderzo à la pelle et en toute vulgarité. Ici, c’est du travail d’orfèvre qui prouve que Reuzé pourrait reprendre Corto Maltese comme Pif et Hercule (mis à contribution dans une leçon tripante variant sur « comment faire une critique de BD totalement vide de sens ») ou encore Blake et Mortimer. Sans compter qu’il n’a pas son pareil pour s’immiscer dans le monde des blogs… autobiographiques.

 

 

 

 

© Emmanuel Reuzé chez Fluide Glacial

 

Mais l’usage de tous ses héros classiques n’a rien de gratuit et sert à propulser les chapitres concoctés par Reuzé et… McCrawd. Des chapitres qui mettent tout le monde à contribution (plus loin que Jean-Luc Coudray, Vincent Haudiquet, Pascal Fioretto venus en renfort sur certaines parties) et égratignent… tout le monde. Des lecteurs aux chroniques, des méchants aux gentils et des éditeurs aux auteurs qu’ils soient jeunes ou vieux, en manque d’inspiration et en mode « recyclage » (et donc populaires) ou dans une démarche plus auteuriste (et donc moins populaire). Au-delà des raccourcis faussement innocents, L’art du Neuvième Art est comme la bière, se déguste avec sagesse tout en sachant ne pas se prendre toujours au sérieux.

 

 

 

 

© Emmanuel Reuzé chez Fluide Glacial

 

Pourtant, dans cet album, rien n’est anodin et tout nous ramène à ce monde en mutation qu’est la bande dessinée en 2017, entre les succès faciles et d’autres plus fragile, sans oublier les projets ambitieux et pourtant refusés. Entre ceux qui en vivent et ceux qui en crèvent. Et en conservateur totalement impliqué de son musée de la BD qui n’appartient qu’à lui, Reuzé fait éclater un peu plus son talent, impertinent et pourtant tellement pertinent.

 

Alexis Seny

 

Titre : L’art du Neuvième Art

Récit complet

Textes, dessin et couleurs : Emmanuel Reuzé

Genre : Parodie, Pastiche, Humour, Essai

Éditeur : Fluide Glacial

Nbre de pages : 128

Prix : 18,90€



Publié le 20/06/2017.


Source : Bd-best


Tout tout tout, vous saurez tout sur le bébé, aussi extra-terrestre soit-il et en BD, s’il vous plait !

Dur dur d’être un bébé. Mais être parents, ce n’est pas plus facile. Car si les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus, selon la formule bien connue de John Gray, d’où peut bien venir ce petit habitant tout juste libéré de sa matrice dans un cri ? Véritable extraterrestre que ce nouvel arrivant dont on ne sait encore rien, et dont on a autant de choses à apprendre que lui en a de nous. Peut-être vient-il de Saturne, selon l’hypothèse de Sylvia Douyé et Giorgio Sommacal (et d’autres bien avant eux) qui signent un guide de vulgarisation drôlement documenté et bien fichu, un manuel de survie quand on a un bébé dans les bras (ou pas encore, mais c’est en approche) et qu’on n’y comprend résolument rien.

 

 

 

 

 

 

 

© Sylvia Douyé/Giorgio Sommacal chez Vents d’ouest

 

Résumé de l’éditeur : Pourquoi la maman d’un nourrisson ne doit pas changer de coiffure au cours de la journée ? Quel est le vêtement mode qui fait fureur chez les nouveau-nés ? Un bébé peut reconnaître un objet qu’il n’a jamais vu ! Comment est-ce possible ? Si les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus, alors il n’y a aucun doute : les bébés viennent de Saturne ! Car sinon, comment expliquer que ce petit être fraîchement débarqué sur Terre soit capable dès son plus jeune âge de compter, parler plusieurs langues, tirer des conclusions, prévoir des événements futurs, chercher des explications et même faire des expériences ?

 

 

 

 

© Sylvia Douyé/Giorgio Sommacal chez Vents d’ouest

 

Par où commencer quand bébé pointe le bout de son nez ? Sans doute, la question n’a-t-elle pas lieu d’être posée car vous n’aurez le temps de faire uniquement ce que vous pourrez… c’est à dire improviser. Alors, histoire de préparer le terrain avant le grand saut, il y a ce petit bouquin qui vient de sortir chez Vents d’Ouest. Pas question de gâcher le plaisir mais de tordre le cou aux idées (fausses) reçues et de donner des pistes pour vous épanouir, vous et la relation que vous nourrirez avec ce petit être qui risque bien de vous faire passer par toutes les couleurs.

 

 

 

 

© Sylvia Douyé/Giorgio Sommacal chez Vents d’ouest

 

Véritable objet de dédramatisation et de vulgarisation scientifique, … et les bébés viennent de Saturne se propose de compiler quelques « saviez-vous? » mais aussi des questions fréquemment posées par des parents en détresse ou simplement avide d’en savoir plus sur le mystère « bébé » et une ligne de temps sur laquelle sont décortiquées les différentes caractéristiques que l’enfant va développer au fil des mois. Et mine de rien, il faut vous accrocher car ça évolue très très vite ces affaires-là !

 

 

 

 

© Sylvia Douyé/Giorgio Sommacal chez Vents d’ouest

 

Cette bande dessinée, c’est finalement une invitation à se mettre à la place du petit d’homme/d’femme et de comprendre un peu mieux comment il arrive à se situer dans l’espace, ce à quoi il fait attention pour reconnaître quelqu’un, comment il perçoit la manière dont vous lui parlez (et pour être optimale, celle-ci doit-elle être gagatisée ou pas ?), de quelles performances est capable sa mémoire. Ainsi, on y apprend que des scientifiques d’Harvard ont découvert que si bébé crie la nuit, c’est l’expression d’un instinct de survie primaire et une garantie que papa et maman ne feront pas l’amour et ne lui donneront pas un petit-frère ou une petite-soeur de sitôt. Pas bête, le mioche.

 

 

 

 

© Sylvia Douyé/Giorgio Sommacal chez Vents d’ouest

 

Au fil des pages, il y a bien d’autres choses et astuces (parfois très bêtes mais auxquelles on est loin de penser) pour mettre toutes les chances de son côté pour bien vivre les premiers mois du petit bout de chou. Par exemple, si maman habitue le futur-bébé à entendre une berceuse fréquemment dans les dernières semaines avant le terme, il se pourrait bien qu’une fois à l’air libre et au coeur d’un gros chagrin, le retour de cette berceuse (même si ce n’est pas forcément maman qui la chante) le calme immédiatement et lui ramène la sérénité.

 

 

 

 

© Sylvia Douyé/Giorgio Sommacal chez Vents d’ouest

 

Et si cet album évite de ressembler à un texte scientifique bien assommant, il multiplie les sources pour étoffer son propos et nous dresser l’historique de quelques expériences, sur les 150 dernières années, qui ont permis de mieux connaître et comprendre Monsieur Bébé. Côté dessin, Giorgio Sommacal agit en illustrateur, n’hésitant pas à s’éloigner du texte pour réussir à mieux le rendre percutant… et amusant, surtout. Le propos est tout ce qu’il y a de plus sérieux et recoupé mais le dessin y amène une touche d’humour métaphorique bienvenue. De quoi décomplexer les plus terribles appréhensions face à un petit être pas plus haut que trois pommes mais qui risque bien de vous en faire baver… autant que lui.

 

Alexis Seny

 

Titre : … et les bébés viennent de Saturne (Page FB)

Récit complet

Scénario : Sylvia Douyé

Dessin et couleurs : Giorgio Sommacal

Genre : Vulgarisation scientifique, Humour, Documentaire

Éditeur : Vents d’Ouest

Nbre de pages : 144

Prix : 15€

 



Publié le 16/06/2017.


Source : Bd-best


Cobalt : Papi ne fait plus seulement de la résistance mais se retrouve au coeur de la lutte

Oui, on sait, en ces temps wolveriniens, ça fait un moment que l’adamantium est tendance. Mais il ne faudrait pas négliger les autres métaux pour autant. Et en l’occurrence le cobalt, qui donne son nom au héros créé par les deux Argentins Pablo De Santis et Juan Saenz Valiente. Ou comment un pharmacien vieillissant va se retrouver mêlé à un complot dans les hautes sphères, où s’entrecroisent magnifiquement espionnage et fantastique.

 

 

 

 

 

 

 

© De Santis/Saenz chez Michel Lafon

 

Résumé de l’éditeur : M. Cobalt, un pharmacien sexagénaire, est en réalité un agent « endormi » depuis longtemps. M. Cuivre, une vieille connaissance, se rend à la pharmacie et lui demande de réaliser une toute dernière mission, éliminer quatre personnes ! Cobalt n’a aucune envie de reprendre du service mais il comprend vite qu’il n’a pas le choix car la situation est désespérée…

 

 

 

 

© De Santis/Saenz chez Michel Lafon

 

Encore un héros vieillissant et ayant fait le deuil de ses « années de service » qui se retrouve à devoir le reprendre de gré ou de force. C’est vrai, signe des temps qui changent et d’un vieillissement de la population qui va toujours plus fort, les jeunots n’ont plus le monopole de l’action et des combats. Les Expendables, Harry Brown, The Last Contract, Impitoyable, Au fil de l’eau et autres Vieux Fourneaux sont venus prouver que Papi ne fait plus seulement de la résistance mais se retrouve au coeur de la lutte. Et, ici, avec M. Cobalt, ça ne manque pas.

 

 

 

 

© De Santis/Saenz chez Michel Lafon

 

Le règne des ténèbres approche, la ville est de plus en plus obscure et voilà que son ancien employeur, Zinc, a décidé de rappeler Cobalt à l’ordre pour faire la clarté sur ces sinistres événements. Comme s’il n’y avait pas de sang neuf disponible, on lui demande à lui, sexagénaire aussi méthodique et flamboyant soit-il, de rempiler une dernière fois. Pour quatre contrats, ni plus ni moins. Et selon Zinc, son domaine de prédilection, la pharmacologie, pourrait bien aider l’ancien tueur à gage pour vaincre le mal qui semble ronger la cité.

 

 

 

 

 

© De Santis/Saenz chez Michel Lafon

 

Baraqué en diable, Cobalt pourrait très bien être joué au cinéma par l’impressionnant chanteur Rover. Mais comme on est en bande dessinée, les deux auteurs jouent des codes de celle-ci pour offrir un fantastique album, lancinant et obstinément magnétique. Un monde en sépia, presque, au charme vintage pour mieux figer la temporalité. Quand cette histoire se passe-t-elle ? Hier ou avant-hier ? Et où ? Le doute et le mystère planent pourtant l’histoire inventée par Pablo De Santis fait vite sons chemin jusqu’à nos esprits et notre imagination, jurant que le lecteur n’a pas besoin d’en savoir de trop. C’est d’ailleurs ce qui crée l’effet de surprise, imbibé de fantastique. Quant au dessin de Juan Saenz Valiente, si on y croise l’esthétique qui fait la luxuosité d’un Brüno ou d’un Victor Santos, il est assez particulier que pour n’appartenir qu’à lui. Architectural, vif, inventif, lorgnant vers les jeux vidéo et leurs boss à toute épreuve. De quoi graver dans le marbre ce bien joli univers tragique et mélancolique, dans lequel la quête de la jeunesse éternelle n’est pas loin. C’est désespéré, ni rose ni noir, éprouvant et émouvant à la fois, mémorable.

 

Alexis Seny

 

Titre : Cobalt

Récit complet

Scénario : Pablo De Santis

Dessin et couleurs : Juan Saenz Valiente

Genre : Polar, Espionnage, Fantastique

Éditeur : Michel Lafon

Nbre de pages : 56

Prix : 13,95€



Publié le 16/06/2017.


Source : Bd-best


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