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Udama chez ces gens-là, quand penser à soi tient moins de l’égoïsme que du besoin de se sentir en vie
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Udama chez ces gens-là, quand penser à soi tient moins de l’égoïsme que du besoin de se sentir en vie

On connaissait Zelda, Zebda, mais jamais nous n’étions tombés sur une BD signée par Zelba (alias Wiebke Petersen, un nom qui met la puce à l’oreille sur ses origines allemandes). Il faut un début à tout. En l’occurrence, Udama chez ces gens-là. L’exotisme d’un nom qui côtoie la formule tant répétée de Brel et voilà une histoire singulière qui tranche par rapport aux grands héros et à leurs qualités enviables. Car ça se passe ici et aujourd’hui et qu’il faut parfois penser à soi.

 

 

 

 

 

 

© Zelba

 

© Zelba

 

Résumé de l’éditeur : Claire et Hervé sont parisiens et habitent un appartement cossu, au pied de la Tour Eiffel. Ensemble, ils viennent d’avoir une petite fille, Rose, mais pour Claire, pas question de délaisser sa carrière : il faut engager au plus vite une nounou. Udama, elle, est malienne. Elle vit en périphérie de la capitale, dans une mansarde minuscule et insalubre, avec sa cousine et ses enfants. Répondant à leur annonce, la jeune femme sonne à la porte de Claire et Hervé. C’est elle qui s’occupera de Rose, quitte à tout accepter et à négliger ses propres enfants.

 

 

© Zelba chez La boîte à bulles

 

 

© Zelba chez La boîte à bulles

 

Il y a « New York, New York » mais Paris, Paris, comme rêve un peu plus accessible, c’est pas mal non plus. Enfin, bon, n’allez pas dire ça à Udama que la Ville-Lumière n’a pas mis longtemps à recracher dans l’ombre de la miséreuse piaule qu’elle occupe avec sa cousine et leurs quatre enfants. Udama pouvait rêver mieux mais, dans son malheur, elle a la chance d’être plutôt bien intégrée et d’avoir un caractère sociable et maternel qui va plaire à Claire et Hervé. Claire qui, sous la pression de son emploi d’agente immobilière, ne compte pas user et abuser de toute la durée de son congé de maternité.

 

 

© Zelba chez La boîte à bulles

 

 

© Zelba chez La boîte à bulles

 

Pourtant dieu sait qu’elle en aurait bien besoin au vu de sa fatigue, de la mélancolie qui semble l’avoir agrippée et de la tragédie dont les plaies du couple sont loin d’être refermées. Et même si Hervé tente de la raisonner, rien n’y fera, Claire veut se réfugier dans le boulot. Remarquez, ça fait les affaires d’Udama même si elle va vite se rendre compte que son confort personnel et sa vie familiale vont être remis en jeu, d’horaires tardifs en avances malsaines mais peut-être rentable.

 

 

© Zelba

 

 

© Zelba

 

La boîte à bulles n’a pas tort en présentant son mois de février comme social et sociétal. Avec les aventures d’Udama, c’est exactement ça, mais peut-être pas forcément dans le sens où on l’entend habituellement. S’offrant une plongée sans pathos dans le monde des nounous mais aussi dans les failles d’un couple qui tente de tenir bon et dans le revers du rêve européen, Zelba réussit à brasser une multitude de thèmes sans en faire de trop et avec une simplicité redoutable. Redoutable comme cette héroïne qui, à force de ne plus penser à elle, va revenir au « chacun sa pomme » pour ne plus jamais transiger sur son bonheur et celui des siens, et profiter des opportunités qui se profilent devant elle sans, pour cela, avoir peur de passer pour une égoïste.

 

 

© Zelba chez La boîte à bulles

 

 

© Zelba chez La boîte à bulles

 

Égoïste, elle ? Plutôt mue par le besoin de mener sa vie du mieux qu’elle peut, et tant pis si cela fait des déçus. Ainsi, Zelba s’amuse à esquisser un triangle amoureux et à faire quelques mauvais coups derrière le dos des seconds-rôles. Un bien, un mal ? Moins que ça et plus que ça à la fois, tant on a dépassé depuis bien longtemps le manichéisme simpliste et tronqué. Car si la vie est faite de hauts et de bas, elle compile aussi des moments où l’on peut être fier ou pas de soi, des moments où l’on tend la main et d’autres où on la replie sur soi.

 

 

© Zelba chez La boîte à bulles

 

 

© Zelba chez La boîte à bulles

 

Et Zelba réussit, à l’heure des beaux discours et des (trop) belles valeurs utopiques, à livrer un récit fait de nuances, de réalisme, qui remet les choses à leur place, dans leur juste valeur et joue aux jeux des sept (mais il y en a bien plus) différences. Dans la forme et dans le fond, Zelba manie gracieusement de bonnes idées de composition. Dans les pas d’une femme qui tente juste de vivre un peu plus fort. Car, chez ces gens-là, Monsieur, avant tout, on vit !

Alexis Seny

Titre : Udama chez ces gens-là

Récit complet

Scénario, dessin et couleurs : Zelba

Genre : Chronique sociale

Éditions : La boîte à bulles

Collection : Hors champ

Nbre de pages : 104

Prix : 20€



Publié le 20/03/2017.


Source : Bd-best

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