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Le duo Kerascoët vogue dans un univers lugubre avec grâce. Jolies ténèbres
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Le duo Kerascoët vogue dans un univers lugubre avec grâce.  Jolies ténèbres

« - Bonjour, Aurore ! Comment se passe la cueillette ?

-          Euh, ça va… Et votre chasse ?

-          Elle se déroule à merveille ! Certes, il faut être patients… Cerfs et sangliers sont des animaux vifs et malins qui ne se laissent pas approcher facilement. Mais faites-moi confiance –chomp chomp- nous mangerons bientôt tous un excellent gigot !

-          Je n’en doute pas une seule seconde !

-          Aurore, je voulais vous dire… Nous n’avons pas eu l’occasion de nous voir autant que je l’aurais voulu ces derniers jours… Mais à chaque instant, je n’ai que vous en tête !... Même au plus chaud de notre chasse effrénée, mes pensées volent vers vous !! »

 

            Une belle histoire d’amour entre un prince et une princesse s’écrit dans la forêt. Animaux merveilleux et sentiments mielleux vont écrire devant nos yeux un conte à l’eau de rose…ou pas. Qu’on ne s’y trompe pas, c’est à une tragédie dramatique que les auteurs nous invitent.

 

 

 

 

© Vehlmann, Pommepuy,  Kerascoët - Dupuis

 

 

            Huit ans après sa première publication, Jolies ténèbres, initialement paru hors collection, intègre la prestigieuse galaxie Aire Libre de chez Dupuis. Et ce n’est que justice pour cette histoire délicieusement morbide.

 

            Que les amateurs de Vehlmann ne soient pas surpris, cet album n’a rien à voir avec le reste de sa production. Quoi que… le thème principal en soit la mort, comme dans Seuls.

 

            Aux côtés et à l’intérieur du corps d’une petite fille gisant morte apparemment depuis plusieurs jours dans la forêt, de mignons (en apparence) petits personnages gravitent, vivent leur vie, dans une ambiance doucereuse et cruelle. On ne saura jamais comment cette gamine s’est retrouvée dans cette situation. Mais qu’importe. Là n’est pas le sujet.

 

            Au milieu de la nature, on suit le quotidien sans concessions de ces minuscules êtres imaginaires. Si l’un d’entre eux arrache la patte d’une coccinelle pour s’en faire une baguette, un autre n’hésite pas à gober l’une de ses camarades de jeu. Si l’un coupe les ailes d’un oiseau avec une paire de ciseaux, l’autre se délecte et se régale des vers qui se forment dans le corps abandonné. Mais la nature et les animaux montrent aussi leur sauvagerie. Un personnage se fera engloutir par un crapaud tandis qu’un autre se verra happé par une colonie de fourmi. Mais chez tous ces petits bonshommes, la mort fait tellement partie de la vie qu’elle est naturelle. La disparition de l’un d’entre eux ne les affecte nullement. Tant pis pour lui, il n’avait qu’à faire attention.

 

 

 

© Vehlmann, Pommepuy,  Kerascoët - Dupuis

 

 

            Au milieu d’entre eux, la jolie Aurore, qui a volé son patronyme à la petite fille décédée, évolue dans ce monde malsain et étonnamment presque fascinant. Spectatrice tout au long de l’histoire, elle sera l’actrice d’un final…définitif.

 

            Le duo Kerascoët vogue dans cet univers lugubre avec grâce. Les personnages mignons et rondouillards vivent dans des décors proches du réalisme. Les lutins sont dessinés rapidement, esquissés presque, comme va leur vie.

 

 

 

© Vehlmann, Pommepuy,  Kerascoët - Dupuis

 

 

            Le couple de dessinateur donne au deux personnages humains (la petite fille décédée et l’homme de la forêt) des apparences réelles, contrebalançant avec l’imaginaire du monde minuscule.

            Avec cette réédition, ils passent d’une couverture bleue nuit, dans laquelle Aurore se fond devant le visage de la fillette dont on peut supposer qu’elle dort, à une couverture vert jardin mettant la princesse en évidence à côté de la main de ce que l’on suppose déjà être un cadavre. Cette nouvelle version est agrémentée de magnifiques illustrations pleine page.

 

            « - Ne t’inquiète pas. Je te promets qu’il ne t’arrivera plus rien de grave, maintenant. Je fais de mon mieux pour que les choses redeviennent comme avant, tu me crois ? »

 

            Si Tim Burton était invité chez les Minimoys, ça donnerait quelque chose de proche de cet oxymore, semblable à ces Jolies ténèbres.

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

One shot : Jolies ténèbres

Genre : Fantastique/ésotérique

Scénario : Vehlmann & Pommepuy

Dessins & Couleurs : Kerascoët

Éditeur : Dupuis

Nombre de pages : 112

Prix : 24 €

ISBN : 9782800174587



Publié le 08/01/2018.


Source : Bd-best

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