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D'après le roman éponyme de Benoît Philippon, voici le 1er des 3 tomes prévus de son adaptation en BD par Nicolas Kéramidas.

 

" - Madame Gavignol, vous savez pourquoi vous êtes là ?

- Pour avoir tiré des coups de pétoire ?

- Plus exactement du tir de 22. Sur les forces de police et dans le fessier du voisin, notaire de surcroît ...

- T'es bien tatillon, j'fais pas autant dans l'détail."

 

Voilà une entrée en matière qui a de quoi agacer l'inspecteur André Ventura dès le début de l'interrogatoire de cette petite vieille de 102 ans. Il faut reconnaître qu'elle n'a pas sa langue dans sa poche : Berthe Gavignol !

 

 

Placée en garde à vue, ce qui semblait n'être qu'un banal fait divers prend rapidement une toute autre dimension.

 

" - Madame Gavignol, je crois que vous n'avez pas bien saisi la situation. Vous êtes en garde à vue pour avoir tiré sur votre VOISIN ...

- C'est mon doigt qui a RIPé !"

 

Au fil de l'interrogatoire, Berthe revient sur son existence. Née en 1914, orpheline très jeune, élevée par une grand-mère aussi indépendante qu'excentrique, elle raconte les grandes étapes de sa vie, ses rencontres, ses désillusions et les violences auxquelles elle a dû faire face.

 

 

 

© Kéramidas - Casterman 2026

 

Chaque révélation soulève de nouvelles interrogations, d'autant plus que plusieurs cadavres semblent jalonner son passé. Entre aveux, souvenirs et règlements de comptes, le portrait de cette vieille dame se dessine peu à peu, à la fois attendrissant, drôle et inquiétant.

 

" - Reprenons le cours des événements, si vous le voulez bien. Vous venez d'héberger deux FUGITIFS suspectés de meurtre. Vous avez passé la matinée à CANARDER mes troupes. Vous avez tiré sur votre VOISIN, le blessant gravement par deux fois. Vous êtes en possession d'une ARME prohibée et vous m'avouez à présent que vous avez TUé un homme. Un NAZI, certes. Un VIOLEUR, j'entends. MAIS tout de même, avouez que la mule commence à être chargée !"

 

 

 

Une adaptation fidèle de l'univers de Benoît Philippon

Adaptation en bande dessinée du roman à succès de Benoît Philippon, il s'agit plus qu'une simple transposition, Nicolas Keramidas s'approprie pleinement le matériau d'origine. Il conserve l'esprit du livre, son humour mordant et son héroïne hors norme, tout en exploitant les possibilités propres au média graphique. 

L'album est construit autour du face-à-face entre Berthe et l'inspecteur Ventura. Cette structure permet d'alterner constamment entre le présent de l'enquête et les souvenirs de la protagoniste, donnant au récit un rythme particulièrement dynamique. Nous découvrons ainsi progressivement les différentes facettes de Berthe, tout en partageant la stupéfaction croissante du policier.

 

 

© Kéramidas - Casterman 2026

 

Une œuvre féministe portée par un personnage inoubliable

L'une des grandes forces de Mamie Luger réside dans ses thématiques. Derrière l'humour omniprésent se cache un regard lucide sur la place des femmes au cours du siècle dernier. Berthe traverse une époque dominée par les conventions patriarcales, les inégalités et les violences sexistes. Pourtant, jamais elle n'accepte le rôle de victime auquel la société voudrait la cantonner.

Le personnage devient ainsi une figure de résistance. Son parcours est celui d'une femme qui refuse de subir et qui choisit d'agir, parfois de manière radicale. Sans jamais sombrer dans le discours démonstratif, l'album aborde des sujets graves tels que les agressions sexuelles, les rapports de domination ou l'émancipation féminine.

Mais l'ouvrage ne se réduit pas à son propos social. Il est aussi question de liberté individuelle, de vieillesse, de transmission et de mémoire. Berthe apparaît comme le témoin d'un siècle entier, avec ses luttes, ses drames et ses bouleversements.

 

 

© Kéramidas - Casterman 2026

 

Un équilibre remarquable entre humour et émotion

L'autre réussite majeure de l'album réside dans son ton. Nicolas Keramidas parvient à mêler des situations dramatiques à un humour constamment présent. Les dialogues prêtent régulièrement à sourire grâce au franc-parler de Berthe, dont les répliques cinglantes évoquent parfois le cinéma dialogué par Michel Audiard.

 

" - Vous fumez Berthe ?

- Non, ces saloperies-là, c'est un coup à choper le cancer.

- Et ça vous dérange ?

- Ça m'dérange pas, non ... Ça m'incommode."

 

Cette légèreté n'efface pourtant jamais la gravité des événements racontés. Au contraire, elle permet souvent de mieux faire ressortir les moments d'émotion ou de révolte. Le lecteur passe sans cesse du rire à la tendresse, puis à l'indignation, ce qui confère au récit une réelle richesse émotionnelle.

L'attachement que l'on développe pour Berthe constitue également un atout essentiel. Malgré les crimes qu'elle revendique parfois avec une désarmante franchise, elle demeure profondément humaine.

 

"- Vous avez un nazi enterré dans votre cave ?

- C'est bien, tu m'as écoutée.

- Que vous avez assassiné ... donc ...

- Ah non ! T'as raté la partie VIOL !"

 

Ses blessures, sa résilience et son indépendance finissent par susciter autant d'admiration que de sympathie.

 

 

© Kéramidas - Casterman 2026

 

Une narration maîtrisée

Sur le plan scénaristique, Keramidas fait preuve d'une grande habileté. L'utilisation de l'interrogatoire comme fil conducteur permet de ménager efficacement les révélations et de créer un véritable suspense. Chaque souvenir apporte son lot d'informations tout en ouvrant de nouvelles pistes sur le passé de l'héroïne.

Particularité intéressante, les souvenirs ne sont pas toujours racontés directement par Berthe. Un narrateur intervient fréquemment pour mettre en scène les événements du passé. Ce choix crée une certaine distance qui permet de mieux saisir la dureté des situations vécues par la jeune Berthe, tout en évitant que la personnalité haute en couleur de la centenaire ne prenne constamment le dessus sur l'émotion des scènes.

Le récit progresse ainsi avec fluidité, alternant les moments de comédie, les épisodes historiques et les passages plus sombres sans jamais perdre son équilibre.

 

 

© Kéramidas - Casterman 2026

 

Un dessin expressif au service du récit

Graphiquement, le trait souple, dynamique et expressif de Nicolas Keramidas donne immédiatement vie aux personnages. Les visages sont riches en expressions et participent pleinement à l'humour du récit.

Berthe constitue évidemment la grande réussite visuelle de l'album. Qu'elle soit centenaire ou jeune femme, elle conserve une présence remarquable. Son apparence fragile contraste constamment avec la force de son caractère, créant un décalage souvent savoureux.

La mise en scène bénéficie également d'un réel sens du rythme. Les séquences d'interrogatoire jouent avec les codes du polar tandis que les retours en arrière offrent des ambiances variées. La colorisation accompagne intelligemment ces changements temporels où les souvenirs bénéficient de nuances sépias évoquant clairement le passé.

Les décors, parfois minimalistes pour laisser respirer la narration, savent aussi se montrer détaillés lorsqu'il s'agit d'ancrer les personnages dans leur environnement. L'ensemble contribue à une lecture particulièrement fluide et immersive.

 

 

© Kéramidas - Casterman 2026

 

Avec Mamie Luger, Nicolas Keramidas adapte donc brillamment le roman de Benoît Philippon. Sous les traits d'une comédie policière pleine d'humour noir, l'album brosse le portrait d'une femme libre et indomptable qui traverse son siècle sans jamais accepter la soumission.

Porté par des dialogues savoureux, un suspense habilement entretenu et des thèmes forts comme la condition féminine, la résilience ou la lutte contre les violences faites aux femmes, le récit trouve un juste équilibre entre légèreté et gravité.

Soutenu par un dessin expressif et dynamique, ce premier tome séduit autant par la force de son héroïne que par l'intelligence de son propos. Une lecture jubilatoire, drôle et touchante, qui donne irrésistiblement envie de découvrir la suite des confessions de cette mémorable centenaire. Mais pour cela, il nous faudra attendre jusqu'au 14 octobre prochain ... "L'Amour est aux trousses

 

 

Et si vous avez adorez, chose dont je ne doute pas, Benoît Philippon est également l'auteur du roman "Papi Mariole", un autre polar des plus décapants.

 

 

Thierry Ligot

 

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Série : Mamie Luger

Titre : 1/3 - La Tentation du mâle

D'après le roman de : Benoît Philippon

Scénario BD, dessin & couleurs : Kéramidas

Éditeur : Casterman

Genre : polar déjanté, critique sociale, humour noir, comédie burlesque

Thème : crime, féminisme, humour, héroïne, roman policier, société, vieillesse allumée

Public : ado - adulte

Parution : 13 mai 2026

Format : 23 x 30 cm

Page : 80

ISBN : 978 2 203 28181 3

Prix : 18 €



Publié le 26/07/2026.


Source : Bd-best


"Je fus une femme.

Une reine,

Une idée,

Un symbole,

Et ne dit-on pas que les symboles ne meurent jamais ?

Oui, je suis partie. Mais pas vraiment ... n'est-ce pas ? Car tout continuera ...

La fleur s'épanouira !"

 

Le 18 juin 1858, lors de la bataille de Gwalior, la Rani de Jhansi, Lakshmi Bai, scellait son destin ... sa légende dans une dernière charge héroïque face à l'armée anglaise.

 

Mais comment en est-elle arrivée là ?

 

 

Lakshmî Bâî est désormais confrontée à l'offensive politique et territoriale de la Compagnie britannique des Indes orientales. Lorsque les autorités anglaises refusent de reconnaître son fils adoptif, Damodar, comme héritier légitime du trône de Jhansi, son royaume est annexé et elle est écartée du pouvoir.

 

" J'ai envoyé une pétition à Dalhousie, écrit jusqu'à Londres ... En vain ! Les Anglais se sont contentés de m'attribuer une pension annuelle de 60.000 roupies. Et j'ai été contrainte de quitter le palais du fort de Jhansi !

Mais j'y suis revenue ... Et aujourd'hui tout a changé. Rien ne sera plus jamais comme avant. Le Jhansi, leurs "Indes" ne seront plus jamais celles qu'ont connues les Anglais. Car aujourd'hui...

C'est la guerre !"

 

Face aux humiliations répétées, à la confiscation de ses biens et à l'expansion constante de la domination britannique, la reine tente d'abord la voie diplomatique. Mais elle comprend progressivement que la négociation ne suffira plus. La montée du mécontentement populaire, les discours d'un fakir itinérant et l'espoir d'une union entre hindous, musulmans et cipayes nourrissent l'idée d'une insurrection générale.

 

La révolte des Cipayes éclate alors et Lakshmî Bâî devient l'une de ses figures majeures. De régente prudente, elle se transforme en chef de guerre déterminée, prête à prendre les armes pour défendre son peuple et son royaume. Son combat fait d'elle l'un des premiers grands symboles de la résistance indienne à la colonisation britannique.

 

 

 

© Delalande, Mogavino, Gomez & Saponti - Delcourt 2026

 

Cette trilogie retrace ainsi le parcours exceptionnel d'une femme devenue une légende nationale en Inde. Déchue de son trône mais jamais de sa volonté, Lakshmî Bâî voit son royaume tomber sous la coupe des Britanniques.

 

Les scénaristes privilégient une approche centrée sur les dilemmes politiques et humains de leur héroïne plutôt que sur la seule grandeur du personnage historique. La reine de Jhansi apparaît comme une dirigeante lucide, confrontée à l'expansion inexorable de la puissance britannique et à l'impossibilité croissante de préserver son royaume par la négociation.

 

Le récit s'attache à montrer comment une souveraine attachée à la stabilité de son peuple est progressivement poussée vers la confrontation. Les auteurs prennent le temps d'installer les tensions, qu'elles soient militaires, sociales ou religieuses, tout en illustrant la complexité des rapports entre les différents États indiens et l'administration coloniale. Cette construction progressive renforce la crédibilité des événements et donne du poids aux choix effectués par l'héroïne.

 

© Delalande, Mogavino, Gomez & Saponti - Delcourt 2026

 

L'un des points forts du scénario réside également dans sa capacité à mêler la destinée individuelle de Lakshmî Bâî à un mouvement historique plus vaste. Son parcours personnel devient le reflet d'une prise de conscience collective, celle d'un peuple qui commence à envisager une résistance organisée face à l'occupant. La révolte n'apparaît donc pas comme une réaction soudaine, mais comme l'aboutissement d'un long processus d'accumulation de frustrations et d'injustices.

 

Le rythme, soigneusement maîtrisé, alterne scènes d'échanges diplomatiques, moments d'introspection et séquences de tension croissante. Cette variété permet de maintenir l'intérêt tout en donnant de l'épaisseur aux protagonistes. Sans céder à la simplification, les auteurs livrent ainsi un récit historique accessible, porté par une héroïne dont la détermination et l'évolution constituent le moteur principal de l'intrigue.

Cette conclusion offre finalement une dimension à la fois épique et tragique à la figure de la Rani de Jhansi, dont le destin dépasse largement le cadre de son royaume pour rejoindre celui des grandes figures de la résistance et de l'émancipation des peuples.

 

Ce dernier tome se distingue dès lors par la transformation progressive de l'héroïne : militante de la négociation au départ, elle est conduite vers une radicalisation que les événements rendent inévitable. Cette évolution psychologique est au cœur du récit.

 

 

© Delalande, Mogavino, Gomez & Saponti - Delcourt 2026

 

Le dessin réaliste de Carlos Gomez reste exceptionnel. Son trait précis restitue aussi bien les fastes des palais indiens que la violence des combats. Les couleurs chaudes de Luca Saponti, dominées par les rouges et les oranges, renforcent l'atmosphère dramatique et crépusculaire du récit, tout en nous immergeant dans cette Inde des épices et des soies.

 

 

© Delalande, Mogavino, Gomez & Saponti - Delcourt 2026

 

Une conclusion puissante pour une trilogie ambitieuse qui met en lumière une figure historique encore peu connue en Europe. À travers Lakshmî Bâî, les auteurs racontent les prémices du mouvement d'émancipation indien et dressent le portrait inspirant d'une femme déterminée à défendre sa liberté jusqu'au sacrifice ultime. Une bande dessinée historique à la fois instructive, spectaculaire et émouvante.

 

 

 

Thierry Ligot

 

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Série : Les reines de sang

Titre : Rani Lakshmi Bai, la séditieuse

Tome : 3/3

Scénario : Arnaud Delalande & Simona Mogavino

Dessin : Carlos Gomez

Couleurs : Luca Sapoonti

Éditeur : Delcourt

Collection : Histoire & histoires

Genre : histoire, biographie

Thème : Indes, XIXe siècle, Compagnie des Indes

Parution : 22/01/2026

Format : 23,2 x 32,2 x 1,5 cm

Page : 63

ISBN : 978 2 413 08484 6

Prix : 16,50 €



Publié le 24/07/2026.


Source : Bd-best


18 ans, Olivier passe une dizaine de jours de vacances à Cyvette, sa commune de naissance. Vu le superbe temps estival, il va à la piscine municipale. Myope come une taupe, ses lunettes le gênent et il préfère nager sans, quasi à l'aveuglette. Il croise dans un flou plus qu'artistique une jeune femme qui lui avoue qu'elle était amoureuse de lui quelques années plus tôt. Les circonstances, la timidité, le hasard faisant, elle n'avait jamais osé le lui dire à l'époque.

 

Mais voilà, sans ses lunettes, le jeune homme est incapable de distinguer son visage. Décontenancé, il oublie de lui demander son nom, voire de savoir comment la retrouver. Quelques minutes plus tard, elle a disparu. Le genre de moment qui pourrait n'être qu'une anecdote de vacances.

 

" - Bah ! Je peux te le dire maintenant, après tout ... il se pourrait qu'à l'époque, j'aie été un petit peu beaucoup amoureuse de toi ... Je n'osais pas te l'avouer ... ni à toi, ni aux autres, d'ailleurs. Ils n'en ont jamais rien su."

 

 

 

 

Vingt-six ans après, devenu chauffeur de taxi, séparé de sa femme et éloigné de son fils, Olivier n'a pourtant jamais oublié cette voix surgie du passé.

 

Une course pour une cliente pressée le ramène dans son village d'enfance. Et sur la route, entre confidences et échanges anodins ...

 

" - Je repensais à ce que vous m'avez dit tout à l'heure, dans la voiture ...

- J'en ai dit des choses ...

- Cette fille à la piscine.

- Ah oui, l'inconnue ... et alors ?

- Comment vous n'avez pu ne pas la reconnaître ?

- J'avais enlevé mes lunettes pour nager, c'est tout ! Je suis myope : passé 50 cm, tout est flou ! Une vraie taupe !"

 

Arrivé sur place, fatigué par le trajet, petite sortie de route et le voilà contraint à rester plus longtemps sur place que prévu. L'occasion de se replonger dans ses souvenirs, de recroiser ses anciens camarades. Poussé alors par ses derniers, il se lance dans une quête aussi absurde qu'émouvante : retrouver une femme dont il ne connaît rien, sinon qu'elle l'a aimé un jour.

 

" - Oui oui ... puisque vous parlez mathématiques, eh bien, de mon côté, c'est une équation à une inconnue que je n'ai jamais su résoudre. Vous vous souvenez de la piscine lorsqu'on était ados ?

[...]

- Bon, les amis, fin de la récré : j'embauche à 6 heures, moi ! Olive, demain, on démarre l'enquête ! Et comme disait l'père Barrauld : Nous vons bin y arrivaille !""

 

 

© Peynet - Grand Angle 2026

 

Le poids des souvenirs et des occasions manquées

 

" - Si ça se trouve, vous êtes passé à côté d'une belle histoire.

- Voilà qui résume bien ma vie."

 

Sous les apparences d'une comédie romantique légère, Équation à une inconnue s'intéresse à des questions plus profondes. Frédéric Peynet explore la manière dont certains souvenirs s'accrochent à nous, parfois plus fortement que des événements objectivement plus importants. L'inconnue n'est finalement qu'un prétexte. Ce qu'Olivier poursuit réellement, c'est une possibilité perdue, un embranchement de sa vie qu'il n'a jamais pu emprunter.

 

Le récit parle avec beaucoup de justesse de ces moments qui continuent à nous accompagner longtemps après leur disparition. Qui n'a jamais repensé à une rencontre fugace, à une occasion manquée ou à une décision que quelques secondes auraient pu changer ? L'auteur aborde ces thèmes avec délicatesse, sans jamais sombrer dans la nostalgie pesante.

 

" Aidez Olivier Béthany à retrouver l'inconnue de son cœur."

 

Ce sera surtout aussi pour Olivier l'opportunité de se confronter à son présent. Par son retour à Cyvette, il se voit obliger à renouer avec son passé, ses amis d'enfance et ses blessures personnelles.

Le voici ainsi autant sur un chemin vers soi que dans une recherche amoureuse.

 

" Je sais pas ... peut-être que c'est une façon inconsciente pour toi de retourner au croisement des chemins ? Pour pouvoir en suivre un autre ? Prendre un nouveau départ ?"

 

 

© Peynet - Grand Angle 2026

 

Un scénario qui déjoue les attentes

Le point de départ pourrait faire craindre une mécanique romantique assez convenue. Frédéric Peynet évite pourtant ce piège grâce à une écriture centrée sur les personnages plutôt que sur le suspense sentimental.

L'intérêt du récit ne réside pas tant dans l'identité de l'inconnue que dans l'incroyable mobilisation qu'entraîne cette recherche. Anciens camarades, journaliste local, commerçants, élus, jeunes branchés : tout un village s'approprie progressivement l'histoire d'Olivier et se mobilise pour aboutir à une fin heureuse.

L'enquête devient une aventure collective, nourrie d'idées parfois saugrenues, de fausses pistes et d'élans de solidarité.

 

Cette galerie de personnages constitue l'une des principales réussites de l'album. Aucun n'est réduit à une simple fonction narrative. Tous possèdent leur personnalité, leurs fragilités, leurs manies. Leur bienveillance n'efface jamais leur humanité, ce qui rend leur histoire crédible et touchante.

 

L'ensemble trouve un équilibre particulièrement réussi entre humour, émotion et mélancolie. Les situations prêtent souvent à sourire, mais elles révèlent toujours quelque chose de plus intime chez les protagonistes.

 

 

 

© Peynet - Grand Angle 2026

 

Une histoire nourrie par le vécu

L'une des singularités de Équation à une inconnue réside dans son origine. Dans un entretien accordé au Bamboo Mag, Frédéric Peynet révèle que le point de départ du récit lui est directement inspiré d'une expérience personnelle.

 

« J'ai en effet vécu le point de départ de cet album : être abordé au milieu d'une piscine municipale par une fille dont j'ignore toujours l'identité, puisqu'étant très myope, son visage est resté définitivement flou. »

 

Si l'auteur précise que la situation a été largement romancée, cette anecdote apporte une sincérité évidente à l'ensemble. Il reconnaît d'ailleurs avoir beaucoup investi de lui-même dans son personnage principal :

 

« Même si "mon" inconnue ne m'a pas fait de déclaration d'amour, j'ai forcément mis du vécu dans ce personnage. »

 

Cette part autobiographique explique sans doute pourquoi les émotions sonnent aussi juste. Derrière l'humour du postulat se devine une interrogation authentique sur la mémoire et sur les mystères que chacun porte en soi.

L'album marque également une étape importante dans le parcours de l'auteur. Après des décennies passées principalement au dessin, il assume ici seul la construction du récit :

 

« Après quelque 25 années passées à collaborer avec des scénaristes, c'est le premier album que je réalise seul. »

 

Une expérience visiblement réussie tant la narration fait preuve d'une grande maîtrise.

 

 

© Peynet - Grand Angle 2026

 

Un dessin au service de l'émotion

Dessinateur expérimenté, Frédéric Peynet démontre une nouvelle fois l'étendue de son talent graphique. Son trait semi-réaliste se caractérise par une grande souplesse et une remarquable expressivité. Les émotions passent souvent par un simple regard, une moue ou un sourire esquissé.

 

La mise en scène privilégie la lisibilité et l'efficacité. Sans chercher l'esbroufe graphique, l'auteur construit des planches fluides qui servent parfaitement le rythme du récit. Les personnages occupent constamment le centre de l'attention, tandis que les décors du village contribuent à installer une atmosphère chaleureuse et familière.

 

L'une des plus belles trouvailles visuelles apparaît dès les premières pages. La scène fondatrice est représentée à travers la vision déformée d'Olivier privé de ses lunettes. Les contours deviennent flous, les silhouettes indistinctes, les couleurs se fondent les unes dans les autres. En quelques images, le lecteur comprend immédiatement l'origine de cette obsession qui traversera plusieurs décennies.

 

La coloration, lumineuse et chaleureuse, accompagne idéalement ce récit où se mêlent nostalgie, humour et tendresse.

 

 

 

© Peynet - Grand Angle 2026

 

Une comédie romantique profondément humaine

Avec Équation à une inconnue, Frédéric Peynet livre bien davantage qu'une simple romance. Derrière l'enquête sentimentale se dessine le portrait d'un homme en quête de réconciliation avec son passé, entouré d'une communauté prête à l'aider à retrouver un rêve de jeunesse.

 

L'album séduit par la simplicité apparente de son sujet, la sincérité de son écriture et la tendresse portée à chacun de ses personnages. Il rappelle que certains souvenirs demeurent vivants parce qu'ils renferment moins ce qui a été vécu que tout ce qui aurait pu advenir.

 

Une bande dessinée généreuse, drôle et émouvante, qui confirme que les plus belles histoires naissent parfois d'un simple visage entrevu... ou, dans le cas présent, jamais vu.

 

 

Thierry Ligot

 

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Titre : Équation à une inconnue

Scénario - dessin - couleurs : Frédéric Peynet

Éditeur : Bamboo

Collection : Grand Angle

Type : one-shot

Genre : Romance, tranche de vie, amour perdu, amitié

Public : ado - adulte

Parution : 1 juillet 2026

Format : 22,1 x 30 cm

Page : 104

ISBN : 979 1 0411 0777 3

Prix : 19,90 €



Publié le 24/07/2026.


Source : Bd-best


Avec Terre inca, deuxième volet de la série imaginée par Erik Arnoux et mise en dessin par David Morancho, l’aventure automobile change nettement de dimension. Ce qui pouvait encore apparaître comme un récit d’exploration et de dépassement de soi devient progressivement une fresque historique où les ambitions personnelles se heurtent aux réalités politiques et sociales de l’entre-deux-guerres.

 

" - Je vois bien. mais regardez ce qu'il en reste ... des ruines ! Celles d'un peuple soi-disant élu incapable de se défendre face à ses ennemis et qui a lamentablement fini par disparaître ! Ça ne vous fait pas penser à quelques chose ? Hein ? Leçon instructive que l'histoire nous apporte là ! Et qui peut parfaitement se reproduire. N'est-ce pas Gotfried ,

- Jawohl, HerrRosenberg !"

 

 

 

Après avoir traversé les États-Unis, Sigrid Hässler poursuit son tour du monde au Pérou. Inspirée de la pionnière Clärenore Stinnes, cette héroïne moderne continue de défier les conventions de son époque au volant de son Adler. Mais les routes andines se révèlent bien plus dangereuses que prévu. Une panne mécanique l'oblige à trouver refuge dans l’hacienda de Raul de la Hoya, un riche propriétaire terrien dont l’hospitalité cache rapidement des intentions moins bienveillantes.

 

" - Je ne vous ouvrirai pas, Raoul ! Allez dormir ...

- Je ... je ne peux pas ! Je p... pense à vous ... vos seins, vos f... fesses, votre ...

- ? Ce sont là des mots très inconvenants, señor de la Hora ! Et que dirait votre femme ?

- Ma femme ... Mais qu... quelle importance ? restez et je vous offre tout !"

 

 

 

© Arnoux - Morancho  Glénat 2026

 

À travers cette étape péruvienne, le récit s’éloigne du simple carnet de voyage pour explorer des thèmes plus sombres. Sigi découvre les conditions de vie de travailleurs japonais exploités dans les plantations de coton. Derrière les paysages grandioses et l’apparente prospérité de l’hacienda se dévoile une réalité marquée par l’injustice, la violence et les rapports de domination. La jeune aventurière, fidèle à son sens moral, ne peut rester indifférente face à ces abus, ce qui l'entraîne dans une série de choix risqués.

 

" - Alors chez nous, certes, ils travaillent dur ... mais on les nourrit, on les loge, on leur donne un salaire deux fois plus important que ce qu'ils toucheraient au pays. Alors, pensez s'ils s'acclimatent vite. Jamais un mot plus haut que l'autre, travailleurs et dociles ... Hei, mon ami, que tu aimes le Pérou ?

- Si si, señor ... Iclaro. Que si !

- Un homme heureux ... vous voyez ?

- Je vois surtout qu'il dit ce que vous voulez entendre ... Pour moi, vos "chinois" ont tout l'air de prisonniers avec ces gardes en armes autour !"

 

 

Parallèlement, l’intrigue développée à Berlin prend une importance croissante. Le financement de l’expédition par des intérêts liés au nazisme apparaît désormais au grand jour pour le lecteur. Tandis que Sigi poursuit sa route sans mesurer pleinement les enjeux qui la dépassent, son amie Hannah découvre peu à peu la véritable nature des hommes qui orchestrent le voyage. Cette prise de conscience la place dans une situation extrêmement périlleuse et renforce la tension dramatique du récit. Les liens entre l’aventure sud-américaine et les manœuvres politiques européennes se resserrent au fil des pages, annonçant les bouleversements historiques à venir.

 

© Arnoux - Morancho  Glénat 2026

 

L’un des points forts de ce tome réside dans sa capacité à montrer comment les différentes formes d’oppression se manifestent à travers le monde. L’exploitation des travailleurs japonais au Pérou fait écho aux discriminations et à la montée du fanatisme en Allemagne. Sans jamais sacrifier le rythme de l’aventure, Erik Arnoux intègre ces dimensions historiques et sociales avec efficacité, donnant davantage d’épaisseur à son récit.

 

 

Graphiquement, David Morancho signe une prestation remarquable. Son dessin réaliste restitue avec précision les paysages andins, les haciendas isolées et les pistes escarpées parcourues par l’expédition. Les décors impressionnants contrastent avec la dureté des situations vécues par les personnages. La mise en couleur contribue également à l’immersion, alternant les tons chaleureux de l’Amérique du Sud et les atmosphères plus inquiétantes des séquences berlinoises.

 

 

© Arnoux - Morancho  Glénat 2026

 

Certains lecteurs pourraient trouver que les nombreux rebondissements s’enchaînent rapidement au regard du format relativement court d'un 64 pages. Néanmoins, cette densité narrative participe aussi à la sensation d’urgence qui accompagne les protagonistes.

L’histoire ne cesse d’avancer, à l’image de cette expédition lancée sur les routes du monde alors que l’Europe s’approche dangereusement du précipice.

 

© Arnoux - Morancho  Glénat 2026

 

Terra Inca confirme dès lors tout le potentiel de la sériel. Mêlant adroitement aventure, reconstitution historique et réflexion sur les dérives idéologiques, ce deuxième tome enrichit considérablement l’univers de Sigi. Porté par une héroïne attachante et indépendante, un scénario solide et un dessin élégant, l’album offre une lecture captivante qui donne envie de poursuivre ce voyage aux quatre coins du monde.

 

 

 

Thierry Ligot

 

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Série : Sigi

Tome : 2 - Terra Inca

Scénario : Erik Arnoux

Dessin & Couleurs : David Morancho

Éditeur : Glénat

Genre : aventure

Thème : espionnage, aviation

Parution : 11/02/2026

Format : 32,2 x 24,2 x 1,1 cm

Page : 64

ISBN : 978 2 3440 5616 5

Prix : 16 €



Publié le 21/07/2026.


Source : Bd-best


 

« Je ne sais plus si c'est moi qui ai créé Ziggy ou si c'est l'inverse, Ziggy me dévore ! »

 

Avec Starman – Quand Ziggy éclipsa Bowie, Reinhard Kleist ne propose pas une biographie complète de David Bowie, mais se concentre sur une période décisive : celle de la naissance de Ziggy Stardust, de son triomphe, puis de la reconstruction de Bowie à Berlin.

 

« L'époque était sombre et l'avenir incertain. Tu as senti ce que les gens voulaient entendre. » 

 

 

Publié chez Casterman en septembre 2025 (oui d'accord, il y a presque 1 an) l’album de 344 pages réunit en réalité deux récits : l’ascension glam de Ziggy et la période plus intime de Low et de la trilogie berlinoise.

Attention ... voyage dans une constellation de métamorphoses allant de Major Tom à Ziggy Stardust, du Thin White Duke au Bowie berlinois !

 

 

 

Le récit débute au début des années 1970, dans une Angleterre grise où Bowie surgit comme une créature venue d’ailleurs. Avec ses cheveux rouges, ses tenues provocantes, son ambiguïté et son imaginaire spatial, il invente Ziggy Stardust, messie rock destiné à parler à une jeunesse inquiète. Très vite, le personnage dépasse son créateur. Bowie fascine, choque, électrise les foules, mais se retrouve aussi prisonnier de ce double flamboyant. La célébrité, les excès, la drogue et la paranoïa l’entraînent vers une forme de chute, jusqu’à la décision symbolique de « tuer » Ziggy sur scène en 1973.

 

 

© Kleist - Casterman 2026

 

La seconde partie suit un Bowie plus fragile, fuyant Los Angeles pour Berlin-Ouest. Dans cette ville divisée, aux côtés notamment d’Iggy Pop, Brian Eno et Tony Visconti, il tente de reprendre pied. Berlin devient le lieu d’une renaissance artistique et personnelle, moins spectaculaire que l’époque Ziggy, mais plus humaine. C’est là que Bowie se libère peu à peu de ses masques pour inventer une nouvelle manière de créer.

 

 

© Kleist - Casterman 2026

 

Sur le plan scénaristique, Reinhard Kleist évite la simple chronologie. Il construit son récit par fragments, flashbacks et visions intérieures. L’enfance de David Jones, ses débuts difficiles, l’influence de son frère Terry, atteint de troubles psychiatriques, et la peur constante de sombrer à son tour donnent de l’épaisseur au portrait. Bowie apparaît comme un artiste génial, mais aussi anxieux, ambitieux, vulnérable, parfois égocentrique.

 

« Ziggy montrait à chacun d'entre nous que la personnalité d'un être a bien plus de facettes et que nous portons en nous bien plus de créatures que nous le pensons. » 

 

Cette dimension donne à l’album une profondeur réelle. Kleist ne se contente pas d’aligner les dates, les albums, les rencontres et les anecdotes célèbres. Il tente de comprendre ce qui pousse Bowie à se métamorphoser sans cesse. L’artiste apparaît comme un génie visionnaire, mais aussi comme un homme immodeste, anxieux, ambitieux, parfois manipulateur, souvent vulnérable. Le scénariste ne le sanctifie pas. Il montre ses excès, sa consommation de drogue, sa difficulté à aimer, ses relations compliquées avec Angela Bowie, son rapport ambigu à la célébrité et au show-business. Le livre montre surtout comment ses personnages, Ziggy, Major Tom ou le Thin White Duke, deviennent autant de miroirs dangereux.

 

Cette richesse a cependant son revers. L’album est dense, parfois bavard, et les nombreuses références musicales peuvent perdre les lecteurs peu familiers de Bowie. Mais pour les connaisseurs, cette profusion nourrit le plaisir de lecture et restitue bien la complexité d’un artiste en perpétuelle métamorphose.

 

 

© Kleist - Casterman 2026

 

Graphiquement, Kleist adopte un style à l’image de son sujet : excessif, nerveux, changeant. La période Ziggy explose en couleurs pop et psychédéliques, avec des compositions proches du comics et du poster glam. Les scènes de concert deviennent presque hallucinatoires, comme si la musique transformait Bowie en super-héros rock ou en messager cosmique.

La partie berlinoise marque un net changement d’atmosphère. Les couleurs se refroidissent, les rues deviennent humides, les intérieurs plus sombres, les ambiances plus mélancoliques. Berlin n’est pas seulement un décor : c’est un refuge, un miroir, presque un personnage.

Le dessin y gagne en retenue et en émotion.

 

 

© Kleist - Casterman 2026

 

Au final, Starman – Quand Ziggy éclipsa Bowie n’est pas un chef-d’œuvre sans défauts. Il peut sembler long, chargé, parfois trop explicatif. Mais il reste une biographie dessinée puissante, passionnée et habitée.

Reinhard Kleist y saisit Bowie non comme une icône figée, mais comme un artiste en lutte contre ses propres créations.

Un album indispensable pour les fans, et une belle porte d’entrée pour qui veut comprendre pourquoi Bowie continue, encore aujourd’hui, de hanter l’imaginaire du rock.

 

 

 

 

 

Thierry Ligot

 

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Titre : Starman, Quand Ziggy éclipsa Bowie

Scénario : Reinhard Kleist

Couleurs : Thomas Gilke & Re

Traduction de l'allemand : Paul Derouet

Éditeur : Casterman

Genre : biopic, documentaire

Thèmes : musique, célébrité, XXe siècle

Public : ado - adulte

Parution : /09/2025

Format :  18,6 x 25,9 cm

Page : 344

ISBN : 978 2 203 24856 4

Prix : 28 €



Publié le 20/07/2026.


Source : Bd-best


Alors que l'actualité cinématographique ne parle que de cette sortie, Bamboo lance une nouvelle collection avec Nootilus, et un premier titre emblématique. Son ambition est de rendre les grands classiques de la littérature accessibles aux jeunes lecteurs.

Le plus célèbre récit de l'Antiquité est ainsi doublement à l'affiche ... l'adaptation du récit d'Homère, "L'Odyssée" !

Christopher Nolan sur grand écran ... Maxe L'Hermenier et Thomas Labourolt sur papier.

 

"  - Athéna, ma chère fille, que veux-tu nous prouver en nous montrant tout ceci ?

- C'est pourtant simple, père, et vous, dieux bienheureux, il faut que le roi d'Ithaque rentre parmi les siens. Dix ans ... Ça fait maintenant dix années qu'Ulysse a quitté la maudite Troie ! Ayez un peu de pitié pour ce valeureux guerrier qui endure de cruelles souffrances dans l'île où la nymphe Calypso le retient prisonnier."

 

 

L'album débute alors que la guerre de Troie appartient déjà au passé.

 

© L'Hermenier - Labourot - Nootilus 2026

 

Voilà des années qu'Ulysse a quitté le champ de bataille, mais le roi d'Ithaque n'est toujours pas rentré chez lui. Prisonnier de la nymphe Calypso sur une île paradisiaque, il subit la colère tenace du dieu Poséidon.

 

"- Il a été maudit par Poséidon ! Ce mortel a aveuglé son fils, le cyclope ! La rancune de Poséidon n'a pas d'âge."

 

Pendant ce temps, à Ithaque, Pénélope continue de l'attendre malgré le désespoir qui la gagne peu à peu. Assaillie par des prétendants impatients de prendre la place du roi disparu, elle retarde sans cesse le moment de choisir un nouvel époux grâce à la célèbre ruse du linceul qu'elle tisse le jour avant de le défaire la nuit. Touchée par sa fidélité, Athéna obtient finalement l'accord de Zeus pour venir en aide à Ulysse.

 

" - Tu contemples encore l'horizon, comme si ton regard pouvait te ramener parmi les tiens.

- Mon cœur est là-bas, Calypso ...

- Si tu restes avec moi, je t'offrirai l'immortalité. Tu ne vieilliras plus jamais.

- Une vie infinie sans ma femme et mon fils ... Ce n'est pas une vie.

[...]

- Les dieux ont parlé. Tu es libre de quitter cette île."

 

 

Libéré de sa captivité, le héros reprend alors la mer et entreprend le périlleux voyage qui doit le ramener auprès des siens. Mais le péril reste, Poséidon apprend sa libération et est loin de lui avoir pardonner son crime. Un nouveau naufrage le pousse vers la cité des Phéaciens.

 

 

© L'Hermenier - Labourot - Nootilus 2026

 

C'est ainsi qu'Ulysse se remémore les différentes étapes de son infortune, depuis son serment de Tyndare, le liant avec Agamemnon, Nestor et surtout Ménélas, dont la femme, Hélène, s'est enfouie avec le prince Pâris de Troie !

 

" J'étais roi d'Ithaque, mais surtout un soldat de la guerre de Troie. Avant la guerre, je ne voulais qu'une vie simple, auprès des miens. malheureusement, il y a vingt ans, un vieux serment a changé toute ma destinée."

 

 

Monstres, divinités capricieuses, tempêtes et créatures fantastiques vont alors jalonner une aventure qui n'a rien perdu de sa force évocatrice.

 

 

 

L'adaptation choisit une approche fidèle au récit originel tout en cherchant à moderniser sa lecture. Prévu en 2 tomes, les principaux épisodes de l'épopée sont présents et l'ensemble demeure très accessible, même pour un public qui découvrirait l'histoire pour la première fois.

 

Le récit avance cependant à un rythme soutenu. Les nombreuses étapes du voyage s'enchaînent parfois rapidement et certaines rencontres mythiques auraient mérité davantage de pages pour développer leur dimension merveilleuse ou dramatique. Cette condensation est sans doute le principal défaut de l'album, mais elle est aussi la conséquence du pari ambitieux de résumer une œuvre aussi dense en seulement deux volumes.

 

© L'Hermenier - Labourot - Nootilus 2026

 

Graphiquement, Thomas Labourot réussit pleinement son travail. Il apporte son trait dynamique et moderne à cette relecture du célèbre voyage d'Ulysse. Son dessin expressif et coloré insuffle beaucoup d'énergie à l'ensemble. Les dieux de l'Olympe affichent une présence majestueuse, les créatures mythologiques sont impressionnantes et les scènes d'action profitent d'une mise en scène nerveuse qui maintient constamment l'intérêt du lecteur. L'artiste parvient surtout à donner un aspect contemporain à ce monument de la littérature sans lui faire perdre son identité antique.

 

Cette nouvelle collection se veut également pédagogique et un outil facilement utilisable par les enseignants désireux d'introduire, de transmettre les classiques de la littérature sans les figer. Il se clôture donc par un dossier à la fois pédagogique et ludique. Présentant Homère, son œuvre et le thème (Achille, la guerre de Troie, ...), quelques questions, QCM, jeu de piste ou autres offrent la possibilité aux lecteurs de "vérifier" ses connaissances toutes fraîches.

 

© L'Hermenier - Labourot - Nootilus 2026

 

Cette première partie remplit donc largement sa mission. Elle offre une porte d'entrée efficace vers l'œuvre d'Homère, capable de séduire aussi bien les jeunes lecteurs que les adultes curieux de redécouvrir ce classique sous une autre forme.

 

Malgré un rythme parfois trop pressé, le souffle de l'aventure y est bien présent et l'envie de poursuivre le voyage jusqu'au retour d'Ulysse à Ithaque ne fait aucun doute.

Une adaptation intelligente et soignée qui lance de belle manière cette nouvelle collection consacrée aux grands textes de la littérature.

 

Mais également une excellente introduction pour les plus jeunes avant d'aller voir, l'extraordinaire et encensée par tous, adaptation cinématographique de Christopher Nolan.

 

 

 

Thierry Ligot

 

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Série : L'Odyssée, d'après le récit d'Homère

Tome : 1 - Ulysse

Adaptation & Scénario : Maxe L'Hermenier

Dessin : Thomas Labourot

Couleurs : Thomas Labourot, Luc Perdriset & Anne-Lise Sauvêtre

Éditeur : Bamboo

Collection : Nootilus

Genre : antiquité, mythologie, aventure, amour, Homère

Public : ado - adulte

Parution : 8 juillet 2026

Format : 22,5 x 29,9 x 1,1 cm

Page : 64

ISBN : 979 1 0411 2060 4

Prix : 16,9 €



Publié le 19/07/2026.


Source : Bd-best


L'Amérique de la Grande Dépression, Lloyd Fairbanks, jeune pilote et mécanicien talentueux, travaillant pour la compagnie pétrolière Lexoil, poursuit son ascension dans le monde très compétitif des courses aériennes.

 

" - Oh ooh !!! Voyez-vous ça ! A ce propos, je me suis laissé dire que ton père avait trouvé un pilote ! Qui est ce nouveau rival ?

- Tu l'as devant toi. C'est Lloyd Fairbanks ! Celui qui fait le plein de ton Wedell.

- Oh boy ... ravi de faire ta connaissance, Fairbanks ... A la vie comme à la course, je suis impitoyable, mais réglo."

 

 

 

 

C'est ainsi que Lloyd rencontre son "adversaire", Roscoe Turner, vedette sponsorisée par la Gilmore Oil. La rivalité entre les 2 hommes est immédiate, autant sur le plan sportif que sentimentale, puisque Roscoe s'intéresse également ouvertement à Liz Leixter, la fille du patron de la Lexoil.

 

 

© Rousseau - Hugault - Paquet 2026

 

Toutefois, elle ne voit en lui qu'un ami et se montre plus sensible au charme de Lloyd. En cherchant ensemble à lever le voile sur les mystères de leurs origines respectives, sur les liens qui pourraient les unir, ils tissent peu à peu un lien profond qui les attire inexorablement l'un vers l'autre.

 

" Je sais ce qui m'attire chez toi ! Ta façon de ne pas en être et tes manières de gaucher. Mais aussi ton allure, le fait que tu ne renonces jamais, ton audace, ta passion qui m'entraîne. Tu m'as intriguée dès le premier regard. Je suis comme elle. J'étouffe entre les tennismen aux dents blanches et les molosses de la Leix qui m'entourent depuis mes douze ans.

Je ... je crois que ... "

 

Les liens entre leurs parents se révèlent bien plus complexes que prévu, donnant au récit une ampleur qui dépasse progressivement la simple compétition aérienne.

 

Peu avant les Cleveland National Air Race et le prestigieux Thompson Trophy, Lloyd effectue un essai sur un puissant prototype de Gee Bee R1. Un mystérieux problème mécanique provoque une fuite d'huile qui manque de lui coûter la vie. Cet incident renforce ses soupçons de sabotage et de la présence éventuelle d'un traître dans son équipe.

 

© Rousseau - Hugault - Paquet 2026

 

Le tome 3 s'achève sur une spectaculaire course aérienne et un clifhanger explosif, préparant le dénouement du quatrième et dernier chapitre.

 

" Voilà, je crois que ma mission est remplie. Je vous salue."

 

Ce 3e chapitre confirme, s'il en était, les nombreux atouts de la série.

Tout d'abord, le scénario d'Eloi Rousseau continue à gagner en épaisseur. Entre rivalités sportives, romance entre Liz et Lloyd, secrets de famille, manipulations et enjeux financiers autour des compagnies pétrolières, ... nous nous trouvons face à une intrigue dense qui ne cesse de rebondir menant vers un suspense en crescendo.

 

 

© Rousseau - Hugault - Paquet 2026

 

Le graphisme de Romain Hugault est phénoménal d'un réalisme criant. Que ce soient les avions, les scènes de vol spectaculaires et dynamiques, les reconstitutions de l'ambiance des années '30, les décors, architectures Art Déco et costumes, ..., tout témoigne d'un travail particulièrement soigné, recherché, documenté ... et reconstitué !

Les amateurs d'aviation retrouveront avec bonheur les mythiques Bee Gee, Wedelle-Williams et autres appareil emblématiques de ces années-là.

Tous sont largement mis en valeur pour un découpage quasi cinématographique, notamment des scènes aériennes de voltige et de course. Le rythme effréné de ces dernières est parfaitement rendu assurant une lecture nerveuse et addictive, génératrice de sensations fortes, maintenant le lecteur sous tension.

 

 

Mais l'attrait ne s'arrête pas là. Le format "comics pulp" dans une édition souple, le prix (5 €), l'aspect vintage de la mise en page, des couleurs, ... rappellent les fascicules américains des années 1930.

Tout comme les fausses publicités d'époque, les affiches illustrées clôturant ce 3e fascicule, tout est réalisé pour nous plonger dans cette atmosphère de plus en plus sombre.

Mention spéciale pour le mini jeu de l'oie sur le National Air Races ... amusant et ludique.

 

Évidemment ce format "pulp" apporte quelques désagréments durant la lecture dont le plus grand pourrait, pour certains, être le fait de ne pouvoir apprécier toutes les qualités graphiques du trait de Romain Hugault.

Mais pour ceux-là, un album classique cartonné et sa version grand format existent également.

 

Autre plaisir à cette lecture, une playlist est proposée ...

 

 

© Rousseau - Hugault - Paquet 2026

 

En gros, visuels hyper-dynamiques des courses aériennes, romance, suspense, secrets familiaux, immersion passionnante dans l'âge d'or de l'aviation américaine, ... confirment la parfaite symbiose et l'efficacité du duo Rousseau - Hugault dans ce type de récit.

 

 

Thierry Ligot

 

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Série : Godspeed Comics

Tome : Chapitre 3/4 - June 26 - Comète

Scénario : Eloi Rousseau

Dessin & couleurs : Romain Hugault

Éditeur : Paquet

Collection : Cockpit

Genre : aviation, aventure

Public : ado - adulte

Parution : 10/6/2026

Format : 18 x 24 cm

Page : 32

ISBN : 978 2 8893 2714 0

Prix : 5 €



Publié le 19/07/2026.


Source : Bd-best


Entre Marseille, l'Estaque, Cassis et Aix-en-Provence, sous le soleil des Tuileries Saint-Jacques, Toine, ouvrier bossu, nourrit depuis toujours un amour silencieux pour Naïs Micoulin. Cela au point de risquer son amitié pour son ami d'enfance, l'ingénieur de la tuilerie ... récemment fiancé avec Melle Béatrice, la fille de son patron.

 

" - Tu t'imagines que je fais la cour à la petite Naïs. [...]

- Çà je ne me le suis pas imaginé. Je l'ai vu !

- Tu l'as vu parce que c'est vrai. J'ai toujours été gentil avec Naïs parce que c'est une excellente ouvrière ... Parce que je suis ton ami ... et parce que je sais que tu l'aimes.

- MOI ? Forcément que je l'aime ! Comme tout le monde.

- Non. Tu ne l'aimes pas comme tout le monde. Tu l'aimes comme personne ne l'aimera jamais. Je le sais. Je l'ai vu.

- Allons, ne dis pas de bêtises ! Comment voudrais-tu que j'aie le toupet d'être amoureux d'elle. Moi, Toine, le bossu de Saint-Henri ? Il faudrait vraiment que j'aie perdu la tête !"

 

 

 

 

Conscient qu'il ne pourra jamais être davantage qu'un ami, un confident à ses yeux, il accepte son destin avec une extraordinaire dignité.

 

© Stoffel - Ratte - Grand Angle 2026

 

Naïs de son côté, vit sous la coupe d'un père autoritaire et violent qui contrôle chacun de ses faits et gestes. Paysan rude et fier, Micoulin tolère uniquement la présence de Toine auprès de sa fille, persuadé qu'un bossu ne représente aucune menace pour sa vertu.

 

 

" - J'avais une jument, elle m'a fait une petite jument, elle est à moi, parce qu'elle est née chez moi et que je l'ai nourrie. Eh bien, ma fille, elle est née chez moi. Je l'ai aussi nourrie. Alors moi, ma fille est à moi.

- Macoulin, tu penses qu'à toi. Et ta Naïs, tu es sûr que ça lui plaira tant que ça de rester vieille fille ?

- Il faudra bien que ça lui plaise. Il faudra bien."

 

 

L'équilibre fragile de cette existence est remis en cause par le retour de Frédéric Rostaing, fils des propriétaires dont dépend la famille Micoulin. Fils d'un avoué, étudiant en droit peu assidu, davantage attiré par les cartes, les plaisirs et les aventures galantes que par ses examens. Ses parents sont propriétaires d'une villa proche de la ferme louée par les Micoulin. Ils décident d'y passer quelques semaines afin que leur fils s'y repose.

 

 

 

© Stoffel - Ratte - Grand Angle 2026

 

Frédéric retrouve alors Naïs à Cassis. Entre les deux jeunes gens renaît rapidement une passion sincère datant de 3 ans. Mais cette dernière se heurte aussitôt aux barrières sociales et à la fureur du père de la jeune fille. Pour Micoulin, voir sa fille aimer le fils du maître est une humiliation insupportable qui nourrit peu à peu une obsession dangereuse, une envie meurtrière !

Pour Toine, le dilemme devient cornélien : sauver Frédéric ou perdre Naïs !

 

Un récit qui déjoue tous les clichés classiques ... déjà rien que par son titre. En effet, si ce dernier est "Naïs", le véritable héros en est Toine. Dépassant très vite le traditionnel rôle de l'amoureux malheureux, en plus de souffrir de voir celle qu'il aime dans les bras d'un autre, il doit faire preuve d'une générosité exceptionnelle. Son unique préoccupation devient le bonheur de Naïs, quitte à sacrifier ses propres espoirs. Cette noblesse de cœur fait de lui le personnage le plus attachant de l'histoire. Cette grandeur d'âme en fait le pilier de l'intrigue.

Quant à Frédéric, il n'est pas seulement un riche héritier léger et inconséquent ; Naïs pas qu'une simple paysanne naïve rêvant d'un impossible conte de fées.

 

© Stoffel - Ratte - Grand Angle 2026

 

Œuvre plutôt méconnue d'Emile Zola, Marcel Pagnol la sort de l'ombre en l'adaptant au cinéma en 1945. Tout en lui apportant sa touche personnelle et une fin moins "zolienne", il en fait une comédie romantique dramatique articulée autour du sempiternel trio amoureux impossible, l'amoureux transit, la jeune fille naïve et le bellâtre riche, bourgeois (ou noble, ...).

Si Zola lui a donné sa puissance des passions, ses conflits sociaux et la violence des rapports humains, Pagnol y ajoutera l'humanité des personnages, la chaleur provençale et une vision plus optimiste de leur destinée.

 

Amour, jalousie, différence de classes sociales, relations humaines s'entremêlent avec beaucoup de finesse.

La tension dramatique repose essentiellement sur la figure de Micoulin. Sa jalousie maladive et sa violence permanente installent un climat d'inquiétude qui donne parfois au récit des accents de thriller rural. Pourtant l'histoire conserve une tonalité profondément humaine ... Les personnages savent écouter, comprendre et parfois renoncer, ce qui confère au dénouement une émotion particulière.

Éric Stoffel réussit ainsi une époustouflante scénarisation BD d'une adaptation cinématographique d'un roman ... Une modernité d'un récit ancien ? "Naïs" aborde des thèmes universels qui résonnent encore aujourd'hui. L'esprit de Zola-Pagnol y est restitué avec fidélité.

 

David Ratte lui offre alors un écrin graphique séduisant et plein de sensibilité. Son trait chaleureux restitue à merveille la lumière provençale, les paysages de bord de mer et la vie des villages du Sud. Les expressions des personnages sont idéalement rendues, permettant de saisir toute la palette des sentiments qui les traversent. Les couleurs lumineuses renforcent encore l'immersion dans cette Provence chère à Pagnol.

 

Bonus non négligeable, l'album se clôture par un petit dossier sur l'adaptation cinématographique de Marcel Pagnol du roman de Zola. "Naïs - Après la guerre, le retour au cinéma". Tourné entre mai et juin 1945, il verra un casting de choix : Fernandel (Toine), Jacqueline Bouvier (Naïs), Raymond Pellegrin (Frédéric) et Henri Poupon comme le méchant de l'histoire ... Micoulin ! L'occasion d'en savoir plus sur cette étape de réécriture, de recréation d'un roman méconnu qui sent néanmoins bon le soleil et l'air de la mer.

 

 

© Affiche du film de Marcel Pagnol - 1945

 

Au final, une petite pépite portée par un dessin expressif, une narration maîtrisée et surtout l'inoubliable personnage de Toine. Probablement l'une des adaptations BD pagnolesques les plus touchantes actuellement. Une œuvre tendre, émouvante et profondément humaine, qui rappelle combien la bonté et le désintéressement peuvent être des formes de courage exceptionnelles.

 

 

Thierry Ligot

 

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Série : Marcel Pagnol

Titre : Naïs

Auteur du roman : Emile Zola

Scénario adaptation BD : Éric Stoffel

Dessin : David Ratte

Couleurs : Atomix & David Ratte

Éditeur : Bamboo

Collection : Grand Angle

Genre : adaptation littéraire BD, tranche de vie, amour-amitié

Public : adulte

Parution : 1/7/2026

Format : 24,4 x 32 cm

Page : 72

ISBN : 979 1 0411 1280 7

Prix : 16,9 €



Publié le 16/07/2026.


Source : Bd-best


3-4 ans se sont écoulés depuis la parution du tome 1 ... C'est long, parfois très long mais voici enfin la suite de cette saga lovecraftienne.

 

Nous sommes le 24 janvier 1921, Arkham, Massachusetts, Nouvelle-Angleterre, côte est des Etats-Unis.

Seth Armitage reprend enfin connaissance après les terribles événements survenus lors de son expédition en Mongolie.

Pour rappel, il y était parti afin de retrouver un collègue disparu. Il en était revenu avec certaines révélations étranges et avait été engagé par l'université de Miskatonic à Arkham, la seule qui voulait encore de lui.

Marqué par un mystérieux tatouage apparu dans son dos et s'étendant lentement dans d'atroces douleurs, le professeur tente de comprendre ce qui lui arrive.

Aux côtés de la journaliste Skylark Duquesne et d'Howard Philips Lovecraft, le trio décide de se retirer à Providence, dans la maison familiale de Lovecraft.

 

 

 

Seth y découvre une statue de Cthulhu !

 

" - Voilà, c'est comme ça que Cthulhu a fini par s'installer chez moi, pourrait-on dire. Peut-être est-ce d'ailleurs grâce à lui que j'ai récupéré cette maison ...

- Comment ça ?

- Celui qui avait racheté la maison est passé à l'appartement pour un papier à signer. J'ai bien vu la tête qu'il a fait en découvrant la statue. il m'a regardé comme si j'avais la peste et, la semaine suivante, il rendait la maison. La peur que j'ai lue dans ses yeux était éloquente. Il m'avait pris pour un adepte de ce culte impie ..."

 

Il se retrouve plonger dans une nouvelle enquête qui les appelle dans l'asile d'Arkham.

Des pensionnaires dégénérés par la consanguinité, sans raison apparente, se révoltent et tuent des aides-soignantes avant de s'évader. Des âmes perdues errent sans but dans les rues ... Tout cela aurait-il un sens ou non ?

Parallèlement à ces troubles, dans les profondeurs de l'Atlantique, une menace grandit annonçant le retour de Dagon, l'un des Grands Anciens du Mythe de Cthulhu.

 

 

© Nolane - Garcia - Guimaraes - Soleil 2026

 

Richard D. Nolane nous séduit ainsi par sa vision de l'œuvre de Lovecraft en jouant avec les éléments imaginés par l'un des grands maîtres de l'horreur.

Arkham, l'université de Miskatonic, Innsmouth, Dunwich, les cultes oubliés, les Grands Anciens et bien sûr Dagon : tous les ingrédients emblématiques sont réunis pour offrir aux lecteurs une immersion complète dans cet univers d'horreur, dans cette ambiance d'épouvante allant en crescendo avec cette descente aux enfers et ces mystères.

 

" Oui, il y a eu des civilisations non humaines, bien avant que le premier singe se soit redressé. Mais ces créatures qui se sont succédé au fil des éons avaient toutes pour point commun de vénérer des dieux immondes venus des étoiles ... et confinés sur notre planète, sous terre et dans les profondeurs océaniques. Après avoir été vaincus par d'autres entités cosmiques ... dans un combat si titanesque qu'il provoqua la disparition des dinosaures. Depuis, ces Grands Anciens, comme on les appelle, essaieraient inlassablement de manipuler à distance par le rêve les plus malfaisants individus des espèces ... qui ont régné dur la Terre, afin de provoquer leur libération des sanctuaires qui les emprisonnent à jamais ... dans un état mystérieux par-delà le mur du sommeil, mais qui n'est pas la mort. Lloigor ou Cthulhu font partie de ce panthéon, de même que Dagon."

 

L'un des aspects les plus séduisants reste l'utilisation de H. P. Lovecraft lui-même comme personnage central de l'intrigue ... devenu reporter de sa propre enquête. L'auteur devient ici acteur des événements, mêlant habilement réalité et fiction. Une idée particulièrement réussie qui offre à Nolane de multiplier les clins d'œil à la vie et à l'œuvre de l'écrivain sans que cela ne semble artificiel.

 

© Nolane - Garcia - Guimaraes - Soleil 2026

 

Le second fil rouge est évidemment le mystère entourant le tatouage d'Armitage. Progressivement, les révélations le concernant s'accumulent et laissent entrevoir une menace qui dépasse largement les simples phénomènes surnaturels qui se déroulent à Arkham.

 

Ce deuxième volet de cette trilogie (annoncée) occupe ainsi ne position délicate. Après les révélations du premier tome, nous sommes ici face aux enjeux et à l'annonce de la confrontation finale.

Nolane calme alors le rythme de son scénario. Une place importante est consacrée à l'enquête, aux discussions, aux recherches. De multiples questions sont posées.

Que signifient les agissements des pensionnaires d'Arkham ? Pourquoi Dagon, le dieu-poisson tapi dans les profondeurs marines, semble-t-il se manifester à nouveau ? Quel rôle joue réellement Armitage dans les événements à venir ?

 

" - Et vous, professeur Armitage, quel est votre rôle exact dans cette histoire que vous accompagnez avec ce tatouage dans le dos, hein ?"

 

Cette lente montée de la tension ajoute à l'ambiance générale de ce tome. Pourtant un certain manque d'action pourrait lasser quelques lecteurs. Peu de véritables rebondissements, des protagonistes visiblement préservés momentanément de la menace surnaturelle, ... tout cela s'écarte néanmoins un rien du style lovecraftien classique.

 

© Nolane - Garcia - Guimaraes - Soleil 2026

 

Graphiquement, Manuel Garcia livre une prestation contrastée. Sa capacité à installer une atmosphère sombre et oppressante est clairement son atout majeur. Son trait est dense.

Les décors, rues d'Arkham, scènes nocturnes, manifestations surnaturelles, ... profitent d'un traitement efficace, renforcé par la palette de couleurs mise en place par Alex Guimaraes. L'angoisse, le malaise, la peur transpirent dans chaque case.

 

Petit bémol niveau graphique néanmoins, le dessin des personnages et surtout de leur visage qui fait qu'on peut hésiter à les reconnaître.  Mais est-ce volontaire afin d'accentuer cette atmosphère de mystère et de peur latente ?

 

© Nolane - Garcia - Guimaraes - Soleil 2026

 

Bref, "L'Ombre de Dagon" plaira sans aucun doute aux fans de Lovecraft et de son univers. Le Mythe de Cthulhu y est respectueusement mis à l'honneur. Les nombreux liens entre les différentes œuvres du Maître de l'épouvante sont tissés de façon intelligente et plaisante, donnant ainsi une identité propre à la série.

L'intérêt pour l'intrigue centrale est bien maintenu. La lecture est immersive et divertissante, préparant dès lors un superbe terrain à la conclusion future ... que nous attendons avec impatience.

Petit conseil gratuit ... n'hésitez pas à relire le tome 1 afin de bien resituer chaque élément ... aucun détail n'est dû au hasard et inutile ...

 

 

 

Thierry Ligot

 

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Série : Arkham mysteries

Tome : 2 - L'Ombre de Dagon

Scénario : Richard D. Nolane

Dessin : Manuel Garcia

Couleurs : Alex Guimaraes

Éditeur : Soleil

Genre : aventure, fantastique, horreur

Parution : 22/01/2026

Page : 54

Format : 23,5 x 32,5 x 1,3 cm

ISBN : 978 2 3020 9301 0

Prix : 15,95 €



Publié le 15/07/2026.


Source : Bd-best


"Je m'appelle Mattéo Grandpierre. J'ai perdu mon père il y a 3 mois.

J'ai perdu mon père il y a 3 mois et je m'en fous. Ça ne m'a pas affecté. Rien.

Ça a été comme assimiler une information froide, distante, un truc à classer dans un coin de mon hémisphère droit. Et rien de plus.

L'amour filial n'a jamais été un sentiment particulièrement développé dans la famille."

 

C'est ainsi que Mattéo, accompagné de 2 amis, Victor et Lennon, que la passion de la musique unit, prend la route du Pays basque, pour la région de Saint-Jean-de-Luz. Ensemble, leur escapade prend rapidement une tournure autre que prévue. Il s'agit de vider la maison paternelle afin de pouvoir la mettre en vente.

Cette maison ne représente rien aux yeux de Mattéo. C'est celle d'un père qu'il n'a pas vraiment connu car il a abandonné le foyer familial alors que Mattéo n'était encore qu'un enfant.

 

 

 

" - Il a été enterré, ton père ? Ou il voulait être incinéré ?

- C'est une bonne question. Je ne sais même pas. Je me suis tenu à distance ...

- Genre, le fils qui s'intéresse ..."

 

Vidé cette maison, celle d'un quasi "inconnu", où aucun souvenir personnel n'existe, est dès lors une mission bien particulière. Convaincu de ne rien ressentir dans cette tâche, il y va comme un "étranger". Pour lui, cette page "paternelle" est tournée depuis déjà bien longtemps. Par conséquent, il ne craint nullement cette confrontation émotionnelle avec le passé d'un homme qui n'a jamais rien représenté pour lui.

 

© Jim - Bonneau - Grand Angle 2026

 

Mais voilà que le lendemain de leur arrivée, un mystérieux post-it est collé sur un miroir de la salle de bain : "Je suis toujours en vie". Qui l'a écrit ? Pourquoi ? Matéo l'ignore. Cela l'intrigue d'autant plus que le phénomène se reproduit les jours suivants. Un peu comme si le passé refusait de s'éteindre, comme si une présence invisible refusait de disparaître.

 

Dès lors, ce vide-maison va se transformer en un voyage dans le passé ... le passé d'un homme dont il ignore tout finalement ... son père.

Commence une aventure humaine faite de rencontres, de musique, de doutes ... et surtout de remises en question ... Mattéo voit ses certitudes sur cet homme s'effondrer !!! Qui était-il réellement ?

Un regard nouveau voit le jour et l'incite à s'interroger sur ce que nous héritons de ceux qui ont pourtant brillé par leur absence.

 

"Il y a le temps qui passe et ce n'est souvent qu'après qu'on réalise que c'étaient de beaux moments. Ils nous échappent."

 

Jim nous plonge à nouveau dans un scénario subtil mêlant deuil et filiation. Un récit, comme souvent avec lui, intimiste qui évite cependant les écueils classiques des histoires de ce genre. La mort du père ne provoque ici ni effondrement émotionnel, ni débordement mélodramatique. Mattéo se trouve en effet devant une question simple : comment faire le deuil d'un absent dans sa vie ?

Là est donc la véritable ossature de ce récit. Tourner la page n'est pas le seul objectif de Mattéo : tenter de comprendre ce qui le relie à cet homme qu'il imaginait avoir effacé de son existence.

 

© Jim - Bonneau - Grand Angle 2026

 

L'album explore alors avec finesse les non-dits familiaux, les occasions manquées et les blessures silencieuses qui se transmettent parfois de génération en génération. Par son Mattéo, Jim nous livre une personnalité tortueuse qui en cherchant la réponse à ces post-it va découvrir son autre famille.

 

Le récit ne se limite toutefois pas uniquement à cette relation non vécue père-fils. Un second thème transparaît rapidement : celui de l'amitié ! L'amitié entre les 3 amis, Mattéo, Victor et Lennon sont liés par une fidélité touchante et une spontanéité qui apportent chaleur et humanité à l'ensemble de ce périple autant extérieur qu'intérieur. Leurs échanges, tantôt drôles, tantôt tendres ou maladroits, resitue avec justesse la complicité qui unit ces jeunes adultes en quêtes de repères

 

Jim en profite ainsi pour aborder une autre de ses thèmes de prédilection : une réflexion sur le passage à l'âge adulte. Si chacun poursuit ses propres aspirations, percer dans la musique, trouver l'âme sœur ou simplement donner un sens à sa vie ! Entre errances estivales et questionnements existentiels, les protagonistes avancent à l'aveuglette, sans certitudes. Ils évoluent entre insouciance de leur âge et responsabilités futures d'adultes en devenir.

 

La narration adopte ainsi volontairement un rythme contemplatif. Plus qu'une intrigue menée tambour battant, l'album se construit à travers une succession d'instants de vie, de rencontres et de silences. Cette approche confère au récit une authenticité particulière et permet aux émotions d'émerger naturellement.

 

© Jim - Bonneau - Grand Angle 2026

 

Cependant, cette magie narrative n'atteindrait pas son summum s'il n'y avait le remarquable travail graphique de Laurent Bonneau. Une extrême sensibilité, son dessin joue un rôle majeur dans l'identité de l'œuvre. Un trait réaliste, empreint d'une certaine liberté visuelle, donne une approche picturale à la mise en page. Chaque planche, chaque case est conçue comme un tableau où la lumière et les couleurs renforcent l'atmosphère de quête d'identité de Mattéo.

 

Par ses teintes dominantes oscillant entre les jaunes, les ocres et les orangés, l'album est enveloppé dans cette ambiance chaleureuse, lumineuse et mélancolique. Le Pays basque, théâtre de cette quête, apparaît comme un décor suspendu dans le temps ... symbolisant clairement le passage entre ces 2 âges, ces 2 stades de la vie ! La fin de l'une pour le commencement de l'autre !

 

Nous vivons tout cela au travers les expressions faciales fascinantes des différents protagonistes. Leurs émotions transpercent les gros plans, traduisant avec force les doutes, hésitations, fragiles élans d'espoir de chacun. Les cases silencieuses sont aussi parlantes que le moindre des dialogues.

Par cette mise en scène aérée, les grands espaces, les paysages donnent une ampleur incroyable à la narration.

 

© Jim - Bonneau - Grand Angle 2026

 

Bref, œuvre profondément humaine, abordant avec une grande délicatesse les thèmes du deuil, de la mémoire, de la transmission, Jim et Laurent Bonneau privilégient les nuances et les non-dits.

Une réflexion sur les liens familiaux, portée par des personnages attachants et proches de chacun, rend cette lecture à la fois vivante et émouvante.

 

"Et si la mort vous écrivait sur des post-it, que vous dirait-elle ?" 

 

Thierry Ligot

 

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Titre : Les Adieux ne meurent jamais

Scénario : Jim

Dessin & couleurs : Laurent Bonneau

Éditeur : Bamboo

Collection : Grand Angle

Genre : roman graphique

Thèmes : deuil, famille, quête de son passé, amitié

Public : ado - adulte

Parution : 1/7/2026

Format : 22,1 x 29,9 cm

Page : 328

ISBN : 979 1 0411 1776 5

Prix : 29,9 €



Publié le 14/07/2026.


Source : Bd-best


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