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Au cœur de la Judée du Ier siècle, le tétrarque Hérode Antipas voit son pouvoir menacé par la guerre menée par Arétas, émir de Pétra, roi des Arabes dont il vient de répudier la fille, sa 1ère épouse pour épouser Hérodias. Mais cette dernière intrigue également dans son dos !
A ceci, s'ajoute la peur provoquée par la popularité croissante du prophète Iaokanaan (Jean-Baptiste) ... qui est finalement emprisonné par Hérode.
" - Dans une de tes geôles sous terre, il s'est calmé. Il ne cesse de répéter des mots étranges ... auxquels je ne comprends rien.
- !! Lesquels ??!
- Je l'ai entendu dire, "Qu'importe ! Pour qu'il grandisse, il faut que je diminue".
- !! De qui parle-t-il ?
- D'un moins que rien, du fils d'un charpentier qui se prétend le Sauveur et qui parle d'un royaume nouveau, promis à tous !"
C'est alors qu'Hérodias fait revenir de Rome sa fille, Salomé.
" - Tout est pesant ici.
- Ah bon ?! Que veux-tu dire ?! Quelqu'un t'a manqué de respect ? N'es-tu pas bien traitée ? Sache que ta famille pourvoira à te satisfaire ...
- Oui ... ma très chère famille ... où nous nous aimons tous.
- Je n'aime pas beaucoup ce ton, ma fille ! Si tu dois te plaindre de quelque chose, dis-le clairement.
- Je ne me plains de rien. Je dois juste m'habituer à ce sentiment nouveau que j'ai ressenti dès que je me suis installée parmi vous ...
- Et qui est ... ?
- La haine."
Pour lutter contre Arétas, Hérode est contraint de faire appel à Rome ... C'est ainsi que le proconsul Vitellius arrive à la citadelle de Machaerous accompagné de ses légions. Pourtant ce soutien ne sera peut-être pas "gratuit" ! Mais cela, Hérode le découvrira au fur et à mesure des années !

© Dufaux - Torrents - Denoulet - Delcourt 2026
Dans toutes ces intrigues et tensions, voilà que Salomé tombe sous le charme du prophète ...
" - Tu es un homme étrange. Tu hurle et pourtant ... je ne peux pas croire en ta cruauté ! Il y a autre chose ... Tu n'es pas seul, n'est-ce pas ? Tu espères que quelqu'un vienne te délivrer.
- Me délivrer ? Comment pourrait-on me délivrer puisque je suis libre ?"
avant d'être humiliée par son rejet, ses sentiments se changent en désir de vengeance.
" - La puanteur de la mère atteindra la fille ! Vous vous étalerez dans la poussière ! Les sanglots vous briseront les dents ... Ôtez vos ceintures ... Montrez votre nudité honteuse aux chiens du désert !!! Rien ne vous arrêtera sinon le regard du Seigneur !!
- Oh ! Mère avait raison ! ... La fureur l'habite ! ... mais quelle folie m'a prise de m'éprendre de lui !?!"
Dans ce climat de tensions politiques, religieuses et familiales, elle utilisera son pouvoir de séduction pour obtenir la tête de celui qui a bouleversé son destin, précipitant tous les protagonistes vers une issue tragique.

© Dufaux - Torrents - Denoulet - Delcourt 2026
Avec La Légende de Salomé, Jean Dufaux s'empare d'un des récits les plus célèbres de l'imaginaire biblique et occidental pour en proposer une lecture résolument tragique. L'album nous plonge dans les dernières années du règne d'Hérode Antipas, au moment où circonstances et événements convergent vers un drame annoncé.
Entre l'offensive d'Arétas contre le tétrarque, l'agitation populaire suscitée par Jean-Baptiste et les intrigues d'Hérodias, Salomé devient peu à peu le centre de toutes les convoitises et de toutes les manipulations.

© Dufaux - Torrents - Denoulet - Delcourt 2026
Une tragédie historique fondée sur les passions humaines
L'ouvrage aborde plusieurs thèmes entremêlés : l'ambition politique, le désir, la vengeance, le fanatisme religieux et le poids du destin. Jean Dufaux ne cherche pas à reconstituer un épisode historique au sens strict, mais à explorer la mécanique tragique qui transforme des êtres prisonniers de leurs passions en acteurs de leur propre chute.
Le récit trouve ainsi sa force dans l'atmosphère d'inéluctabilité qui l'habite dès les premières pages. Chacun semble avancer vers une issue connue d'avance, incapable d'échapper aux forces qui le dépassent. Cette dimension fataliste constitue l'un des intérêts majeurs de l'album, tout comme sa capacité à inscrire l'intime au cœur d'un contexte historique particulièrement mouvementé.
Le scénario adopte ainsi une approche nourrie de multiples influences, de Flavius Josèphe à Oscar Wilde en passant par Flaubert. Plutôt que de présenter Salomé comme une simple manipulatrice ou comme une jeune fille soumise à sa mère, Dufaux en fait un personnage plus complexe, mû par ses propres blessures et ses propres désirs. Son attirance pour Iaokanaan, puis sa transformation progressive après le rejet humiliant du prophète, constituent le moteur émotionnel du récit. Cette relecture accorde davantage d'autonomie à Salomé et renforce la dimension psychologique de l'intrigue.
" Et, seule dans sa chambre, Salomé laissa place à la haine. Un sentiment proche de cet amour violent, inattendu, irraisonné, qui l'avait poussée vers Iaokanann."
Jean excelle également dans la peinture des jeux de pouvoir. Hérodias apparaît comme une femme d'une redoutable intelligence politique, tandis qu'Hérode Antipas est présenté comme un dirigeant hésitant, constamment tiraillé entre ses pulsions, ses responsabilités et ses peurs.
Même les personnages secondaires bénéficient d'une caractérisation travaillée, à l'image de Lucius Vitellius ou de son fils Aulus. Cette galerie de protagonistes contribue à donner de l'épaisseur au récit et à faire exister le monde qui gravite autour de Salomé.
Toutefois, cette richesse documentaire et cette volonté d'embrasser de nombreux enjeux peuvent parfois nuire au souffle dramatique. Le récit privilégie souvent l'exposition historique et les dialogues explicatifs au détriment de l'émotion pure. Certaines scènes semblent davantage destinées à contextualiser les événements qu'à les faire ressentir. De même, la dimension symbolique ou mystique associée à la figure de Salomé demeure relativement discrète alors que le sujet aurait pu se prêter à une interprétation plus audacieuse ou plus lyrique.
En synthèse, il est évident que les points forts du scénario sont les suivants : une solide documentation historique, une relecture personnelle et nuancée du mythe de Salomé, des personnages complexes et crédibles, une atmosphère tragique dominée par la fatalité, les intrigues de pouvoir efficaces et captivantes et enfin, des dialogues soignés et souvent un rien théâtreux.

© Dufaux - Torrents - Denoulet - Delcourt 2026
Une reconstitution graphique spectaculaire et expressive
Graphiquement, l'album se révèle en revanche d'une remarquable maîtrise. Eduard Torrents livre un travail ambitieux qui impressionne autant par la qualité de la reconstitution que par l'expressivité de ses personnages. Les palais, les forteresses, les temples, les camps militaires et les paysages désertiques témoignent d'un important travail de documentation. Chaque décor contribue à ancrer le lecteur dans cette Judée du Ier siècle sous domination romaine.
L'un des points forts de Torrents réside dans sa capacité à donner vie aux protagonistes. Les visages traduisent avec finesse les ambitions, les frustrations ou les désirs qui animent chacun d'eux. Salomé oscille constamment entre innocence apparente et pouvoir de séduction. Hérodias impose sa présence avec une autorité presque théâtrale, tandis qu'Hérode affiche une fragilité qui contraste avec son statut de souverain.
Torrents varie également les cadrages et les compositions pour mettre en valeur tant les scènes intimistes que les moments de tension politique ou militaire.
En résumé, les forces visuelles sont multiples et donnent une dimension cinématographique particulièrement séduisante au récit. Que ce soit dans la reconstitution historique minutieuse et crédible, dans les personnages expressifs immédiatement identifiables, ou encore les décors riches et détaillés, le tout dans une mise en scène dynamique et élégante.
Un régal pour les yeux du lecteur !

© Dufaux - Torrents - Denoulet - Delcourt 2026
Une atmosphère riche et immersive par une colorisation subtile
La couleur de Bertrand Denoulet participe pleinement à cette réussite visuelle. Les jeux de lumière soulignent la chaleur écrasante des paysages orientaux, tandis que les intérieurs du palais se parent d'ombres profondes qui renforcent l'atmosphère de complot et de corruption morale. Cette palette élégante apporte du relief à chaque planche et accentue le caractère sensuel ou dramatique des situations.
Elle donne, par sa subtilité, une atmosphère immersive, renforçant aussi bien la sensibilité que la dimension tragique du récit, jouant adroitement sur les contrastes, les ombres et les lumières.

© Dufaux - Torrents - Denoulet - Delcourt 2026
Au final, La Légende de Salomé constitue une relecture sérieuse et ambitieuse d'un mythe qui continue de fasciner depuis des siècles. Sans atteindre la puissance dramatique de certaines grandes tragédies auxquelles elle se réfère, cette bande dessinée séduit par la solidité de sa documentation, la richesse de ses personnages et la qualité exceptionnelle de sa partie graphique.
Jean Dufaux nous livre un récit dominé par les passions humaines et les luttes de pouvoir, magnifiquement porté par le dessin réaliste et élégant d'Eduard Torrents.
Une œuvre dense et immersive qui intéressera autant les amateurs d'histoire antique que les lecteurs sensibles aux grandes figures tragiques.
Quand la passion défie la foi et le pouvoir, le destin exige son tribut de sang !
Thierry Ligot
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Titre : La légende de Salomé
Scénario : Jean Dufaux
Dessin : Eduard Torrents
Couleurs : Bertrand Denoulet
Éditeur : Delcourt
Type : one-shot
Genre : Histoire, péplum
Thèmes : histoire de famille, haine, convoitise
Parution : 7 mai 2026
Format : 22,6 x 29,8 cm
Page : 88
ISBN : 978 2 41308 240 8
Prix : 17,95 €
"Mudlarks : écumeurs des berges - A l'époque victorienne, enfants pauvres qui fouillaient les berges de la Tamise à la recherche d'objets perdus et de déchets à revendre."
Londres, 1824, la capitale anglaise est notamment marquée par sa misère sociale, l'emprisonnement pour dettes, l'exploitation des enfants, ...
Dans ce décors miséreux, deux garçons se rencontrent et se lient d'amitié : le jeune Charles Dickens et Oliver, un adolescent des quais de la Tamise, un mudlark !
" - Mais dis-moi, tu ne t'es pas présenté. Tu es qui ... et c'est quoi ton truc, dans la vie ... la magie ?
- Je m'appelle Charles Dickens et je suis ... apprenti écrivain !
- Tu écris des histoires ?
- J'essaye ..."
Charles, 12 ans, est contraint d’abandonner l’école pour travailler après l’incarcération de son père, pour une malheureuse dette de 40 livres et 10 shillings. Sa mère et ses plus jeunes frères et sœurs sont également emprisonnés avec son père. Il se retrouve donc seul ... et doit apprendre à se débrouiller pour trouver l'argent nécessaire à la libération de sa famille.
Il découvre grâce à Oliver les réalités les plus dures de la capitale.
" - Charles ! Ne crois pas que tu reprendras tes études. Sortis d'ici, nous aurons tout autant besoin d'argent. Les études, c'est fini pour toi."
Entre enquête autour d’une noyée, secrets de famille et quête de liberté, cette amitié devient le moteur d’un récit initiatique qui éclaire les futures inspirations du grand romancier.

© Charlot - Cassier - Grand Angle 2026
Un personnage central à la croisée de la fiction et de l’Histoire
Le cœur de l’album repose sur la figure de Charles Dickens enfant. Les auteurs choisissent de raconter une période peu connue de sa jeunesse, lorsque les difficultés financières de sa famille l’obligèrent à travailler alors qu’il rêvait déjà d’écrire. Ce Dickens en devenir n’est pas encore l’écrivain célèbre, mais un garçon sensible, observateur et ambitieux, confronté brutalement aux injustices sociales.
Face à lui, Oliver apparaît comme un double romanesque. Débrouillard, courageux et habitué à survivre dans la rue, il incarne ce peuple de laissés-pour-compte qui nourrira plus tard l’univers de Dickens.
" - Crois-moi, si tu veux raconter des aventures, il faut en vivre, en provoquer. En commençant par regarder autour de toi. Voyons ce que tu as sous le coude. qui pourrait te faire une histoire magnifique et qui te rendrait riche et célèbre !
Un gamin et sa petite sœur qui refusent de rentrer dans leur famille ... Un apprenti écrivain qui ne sait pas quoi écrire ... Un père en prison pour dettes ... Et cerise sur le gâteau : un jeune malin plein de ressources ! MOI ! Ah ! Ah ! "
Le personnage évoque naturellement les héros enfantins du futur romancier, à commencer par Oliver Twist, sans que l’album ne cherche à établir une filiation directe. Il représente surtout le lien entre l’expérience vécue et l’imaginaire littéraire.
La force du récit réside dans cette complémentarité. Charles possède les mots et les rêves ; Oliver détient l’expérience du terrain. L’un apprend à observer, l’autre à raconter. Leur relation offre une explication crédible et poétique de la manière dont un futur écrivain a pu développer une telle empathie pour les plus faibles.

© Charlot - Cassier - Grand Angle 2026
Les thèmes : pauvreté, enfance et naissance d'un regard d'écrivain
L’album aborde plusieurs thèmes majeurs qui traverseront ensuite toute l’œuvre de Dickens.
Le premier est évidemment la pauvreté. Londres apparaît comme une ville où la richesse côtoie une misère extrême. Les enfants y sont souvent abandonnés à eux-mêmes, exploités dans les manufactures ou contraints d’inventer mille stratagèmes pour survivre.
Les mudlarks, ces "chercheurs de boue" qui fouillaient les berges de la Tamise, symbolisent cette réalité sociale aujourd’hui largement oubliée.
L’enfance constitue le deuxième grand sujet du récit. Les protagonistes doivent assumer des responsabilités d’adultes alors qu’ils ne sont encore que des enfants. Pourtant, le récit évite constamment le misérabilisme. Charles, Oliver, Amy ou David conservent leur énergie, leur sens de l’aventure et leur capacité à rêver malgré des conditions de vie particulièrement difficiles.
Enfin, l’album explore la naissance de la vocation littéraire. Les auteurs montrent comment l’observation du réel nourrit l’imagination. À travers une formule qui résume parfaitement cette idée, Oliver explique à Charles qu’il faut parfois vivre les aventures avant de pouvoir les écrire.
L’écriture apparaît alors moins comme un don que comme une manière de transformer l’expérience humaine en récit.

© Charlot - Cassier - Grand Angle 2026
Les points forts de l’album
La principale réussite de Mudlarks réside dans l’équilibre entre vérité historique et fiction. Philippe Charlot s’appuie sur des éléments biographiques authentiques de la jeunesse de Dickens tout en construisant une aventure accessible et captivante. Cette approche permet de découvrir une période importante de la vie de l’écrivain sans jamais donner l’impression de lire une leçon d’histoire.
L’autre qualité majeure est l’humanité des personnages. Même les situations les plus sombres sont abordées avec délicatesse. Les thèmes de l’abandon, de la violence familiale ou de l’exploitation sont présents, mais toujours traités à hauteur d’enfant.
Le récit bénéficie également d’un rythme efficace. L’enquête autour de l’identité de la noyée, le mystère du médaillon ou les difficultés rencontrées par Oliver maintiennent constamment l’intérêt du lecteur.
Ces éléments romanesques s’intègrent naturellement à une histoire qui reste avant tout centrée sur l’amitié et l’apprentissage.

© Charlot - Cassier - Grand Angle 2026
Une scénarisation fluide et intelligente
Philippe Charlot construit son récit avec une grande simplicité apparente. Les informations historiques sont intégrées à travers les actions et les dialogues plutôt que par de longues explications. Cette fluidité rend l’album accessible aux jeunes lecteurs tout en satisfaisant un public adulte.
Le scénariste joue également avec les références à l’œuvre future de Dickens. Certains personnages, certaines situations ou certains thèmes semblent annoncer les romans à venir sans que cela devienne démonstratif. Cette subtilité donne une saveur particulière à la lecture, notamment pour ceux qui connaissent déjà Oliver Twist, David Copperfield ou Un chant de Noël.
L’intrigue repose enfin sur une belle progression émotionnelle. Derrière l’aventure et les péripéties, c’est la construction d’un regard sur le monde qui se dessine. Charles apprend à voir ceux que la société ignore, tandis qu’Oliver découvre qu’il peut compter sur quelqu’un d’autre que lui-même.

© Charlot - Cassier - Grand Angle 2026
Un graphisme sensible et immersif
Le dessin de Manu Cassier constitue un atout essentiel de l’album. Son trait semi-réaliste privilégie l’expressivité des personnages et facilite l’identification des jeunes lecteurs. Les visages demeurent doux et attachants, même lorsque le contexte se fait plus rude.
Les décors jouent un rôle majeur dans l'immersion. Les quais de la Tamise, les ruelles sombres, la prison de Marshalsea ou les ateliers de travail restituent avec justesse l'atmosphère du Londres du début du XIXe siècle. Sans rechercher une reconstitution photographique, Manu cassier parvient à rendre palpable la boue, l'humidité et l'activité incessante de la ville.
Les couleurs contribuent également à l’identité visuelle de l’album. Les tonalités nuancées et légèrement feutrées adoucissent la dureté du sujet tout en conservant la crédibilité du cadre historique. Cette douceur chromatique crée un contraste réussi avec la violence sociale décrite.

© Charlot - Cassier - Grand Angle 2026
Mudlarks : Charles Dickens, apprenti écrivain est une bande dessinée historique particulièrement réussie. En imaginant l’amitié entre le jeune Dickens et un enfant des rues, Philippe Charlot et Manu Cassier proposent un récit touchant qui éclaire les origines d’une œuvre littéraire majeure.
À travers une narration fluide, des personnages attachants et un graphisme empreint de sensibilité, l’album évoque la pauvreté, l’enfance et le pouvoir des histoires sans jamais céder au pathos.
Une lecture aussi accessible qu’émouvante, qui donne envie de redécouvrir Dickens tout en rappelant les réalités sociales qui ont façonné son regard sur le monde.
Thierry Ligot
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Titre : Mudlarks, Charles Dickens, apprenti écrivain
Scénario : Philippe Charlot
Dessin & couleurs : Manu Cassier
Éditeur : Bamboo
Collection : Grand Angle
Catégorie : one shot
Genre : policier, chronique sociale
Thèmes : misère, Londres victorien, Dickens, pauvreté, enfance
Public : tout
Parution : 1/7/2026
Format : 22,2 x 30 cm
Page : 64
ISBN : 979 1 0411 1665 2
Prix : 16,90 €
" - Qu'est-ce que j'fous là ?! Oh la vache, j'ai encore abusé de la vodka grenadine, hier soir ! Qui c'est ce type ?! Mais attends, c'était pas un ingénieur que j'ai rencontré hier ? Un mec un peu allumé qui prétendait avoir inventé un truc bizarre ... Mais c'était quoi déjà, son invention ? ...
Ça y est ! Je me rappelle ! La machine à remonter le temps !"
Avec cette intégrale de 240 pages, Katia Even réunit l’ensemble des aventures de Marie, une ingénue projetée malgré elle à travers différentes époques par une étrange technologie capable de manipuler l’espace-temps.
Au fil de ses déplacements incontrôlés et totalement aléatoire, l’héroïne croise de grandes figures de l’histoire des sciences, des arts et des inventions, ...
Archimède, de Vinci, Tesla, Einstein, Gutemberg, Braille, Hawking, Pasteur, Fleming, Nabuchodonosore, Watt, Graham Bell, Meucci, Lovercraft, ...
La liste est longue ... et reprise en fin d'album avec un petit dossier pédagogique de "rattrapage".
A chaque fois, elle les influence parfois de manière aussi inattendue que décisive. Le feu, la roue, l'imprimerie, l'écriture braille, la paratonnerre, le savon, la loi d'Archimède, l'ornithoptère, la cymatique, ...
Et sitôt que l'idée géniale à germer dans l'esprit de son hôte du moment, Marie se voit retransporter dans l'espace-temps ...
" - Oh non ... C'est reparti ... Me voilà à nouveau SDF de l'Histoire ... et du temps qui passe ..."
... pour se réveiller ensuite ici ou là ...

© Even - Duclos - Tabou BD 2025
L’originalité de l’album réside dans sa capacité à mêler plusieurs registres. D’un côté, il s’agit d’un récit de voyage temporel ponctué de rencontres historiques ; de l’autre, l’œuvre adopte un ton léger, volontiers espiègle, avec une dimension érotique assumée destinée à un lectorat adulte. Ce mélange donne naissance à une lecture singulière qui transforme les grandes découvertes de l’humanité en autant d’occasions de revisiter l’Histoire sous un angle inattendu.
" L'humilité de l'élève reste essentielle dans la pédagogie."
Parmi les principaux atouts de l’ouvrage figure son aspect ludique. Derrière les situations cocasses et les anachronismes volontaires se cache une véritable curiosité pour les inventions et les personnalités qui ont marqué leur époque. L’album s’amuse à imaginer ce qui aurait pu se passer dans les coulisses de la grande Histoire et propose une réflexion amusante sur la place souvent oubliée des femmes dans la transmission des savoirs et l’émergence des idées.
L’intégrale bénéficie également d’une progression narrative plus ambitieuse que ne le laisse supposer son concept initial. Ce qui commence comme une succession de rencontres humoristiques évolue progressivement vers une intrigue plus construite autour des paradoxes temporels, des conséquences des voyages de Marie et de sa quête pour reprendre le contrôle de son destin.
Cette évolution apporte davantage d’épaisseur au récit et renforce l’intérêt de la lecture sur la durée.

© Even - Duclos - Tabou BD 2025
Une scénarisation inventive entre humour, science-fiction et vulgarisation
Le scénario de Katia Even repose sur une idée simple mais particulièrement efficace : faire de Marie le lien invisible entre de nombreuses avancées historiques. Ce principe permet de multiplier les situations improbables tout en conservant un fil conducteur cohérent.
L’autrice parvient à équilibrer plusieurs dimensions sans que l’une n’écrase totalement les autres. L’humour reste omniprésent, souvent alimenté par les décalages entre les connaissances modernes de l’héroïne et les mentalités des époques traversées.
Cependant, la série ne se contente pas d’enchaîner les gags. Les enjeux liés aux voyages temporels prennent progressivement de l’importance et offrent une véritable continuité dramatique.
" - Tu voulais me dire un truc, au fait ?
- Oui, j'ai peut-être une théorie : tu ne cicatrises pas alors que moi je survis à des morts certaines. Et si, finalement, nous n'étions pas sur le même plan temporel ? Mais sur la tangente commune de deux plans ?
- Le point de contact !"
L’un des aspects les plus réussis du récit est sans doute la manière dont il rend accessibles des notions historiques et scientifiques. Sans chercher l’exactitude académique absolue, l’album utilise la fiction pour susciter la curiosité du lecteur.
" Et maintenant, un petit cours de rattrapage d'histoire revue et corrigée ..."
Ces séquences complémentaires, clôturant chaque tome, consacrées aux inventeurs, leurs théories et à leurs découvertes renforcent cette dimension pédagogique. Tout comme les quelques pages sur la "machine" et sa technologie. L'ensemble donne davantage de profondeur aux épisodes précédents.
" Si vous voulez trouver les secrets de l'univers, pensez en termes d'énergie, de fréquence, d'information et de vibration.
Nicola Tesla"
Marie constitue également une héroïne attachante. Intelligente, indépendante et pleinement consciente de ses choix, elle ne se réduit jamais à un simple prétexte narratif. Son tempérament affirmé et sa capacité à s’adapter aux situations les plus improbables lui permettent de conserver une véritable présence au cœur du récit.

© Even - Duclos - Tabou BD 2025
Un univers graphique chaleureux et expressif
Sur le plan visuel, Le Petit Derrière de l’Histoire adopte une esthétique volontairement éloignée du réalisme. Katia Even privilégie un dessin souple, arrondi et très expressif, qui évoque parfois certains codes du dessin humoristique ou du style "chibi" popularisé par la bande dessinée et l’illustration japonaises.
Ce choix graphique contribue fortement à l’identité de la série. Il atténue toute recherche de réalisme spectaculaire au profit de la fantaisie, de la comédie et de l’attachement immédiat aux personnages. Les expressions faciales, très travaillées, participent largement à l’efficacité des scènes humoristiques.
La mise en scène se révèle quant à elle dynamique. Les cadrages varient régulièrement et les planches alternent entre compositions classiques et séquences plus élaborées lorsque le récit l’exige. Cette diversité visuelle évite la monotonie et accompagne efficacement les changements de ton.
Le travail de Marina Duclos à la couleur apporte enfin une dimension essentielle à l’ensemble. Les palettes utilisées permettent de différencier les époques traversées et de créer des ambiances adaptées à chaque contexte historique. Bien souvent, ses couleurs renforcent la lisibilité des planches tout en donnant au récit une atmosphère chaleureuse et vivante.

© Even - Duclos - Tabou BD 2025
Cette intégrale réussit le pari de combiner science-fiction, humour, aventure historique et érotisme léger dans une formule originale et accessible.
Derrière son ton volontiers irrévérencieux, l’œuvre témoigne d’un réel intérêt pour l’histoire des idées et pour ceux qui ont contribué à façonner notre monde. Portée par une héroïne attachante, un scénario inventif et un graphisme plein de charme, elle constitue une lecture divertissante qui sait conjuguer amusement, imagination et curiosité culturelle.
Thierry Ligot
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Titre : Le petit Derrière de l'Histoire - l'intégrale
Scénario & dessins : Katia Even
Couleurs : Marina Duclos
Éditeur : Tabou BD
Genre : humour, Histoire, érotisme, fantastique, science-fiction
Thèmes : les grandes inventions, voyage dans le temps, émancipation féminine, destin, libre-arbitre, l'héritage, le continuum espace-temps
Public : averti
Parution : 6 novembre 2025
Format : 23,5 x 32,3 cm
Pages : 240
ISBN : 978 2 35954 230 1
Prix : 49 €
" - Tenir un restaurant, c'est ça le métier de tes rêves ?
- Non ! Plus tard, je veux dessiner les histoires que j'ai dans ma tête.
- Faudrait déjà qu'on comprenne ce que t'as dans la tête !"
Après "Toi et moi" en 2024, Pacco retrace, avec Un plan infaillible, son parcours de vie, depuis son enfance de garçon rêveur passionné par le dessin jusqu’à son accomplissement en tant qu’auteur de bande dessinée reconnu.
Plus qu’un simple témoignage, un nouvel ouvrage singulier, à mi-chemin entre le roman graphique autobiographique et le guide de développement personnel.
L’album se veut une réflexion sur la manière de poursuivre ses aspirations malgré les obstacles, les doutes et les injonctions extérieures.
" - Quels sont tes projets pour ces vacances ?
- Aller à la plage, me faire des copains ... dessiner.
- Dessiner ? Il paraît que tu passes ton temps à ça ... et que tu ne fais rien à l'école. C'est comme ça que tu comptes réussir ta vie ?
- Heu ... non.
- On est d'accord."

© Pacco - Drac - Casterman 2025
Le récit repose sur une idée simple mais universelle : les rêves ne se réalisent ni par magie ni grâce à une méthode miracle, mais à travers une série de choix, d’erreurs, de remises en question et d’efforts répétés. Pacco raconte comment son envie de devenir dessinateur a longtemps été considérée comme irréaliste par son entourage, notamment par son père qui l’imaginait suivre une voie plus conventionnelle. Cette tension entre désir personnel et attentes sociales constitue l’un des fils rouges de l’album.
" - Qui a eu son bac et du premier coup ? Et un bac scientifique en plus !!!
- Tu ne vas pas devenir avocat ?
- Ben, non.
- Mmmhhm ... Ce n'est pas grave. Tu vas être médecin, comme ton oncle ! Tu vas l'appeler !
- Non ... Je veux apprendre à dessiner pour raconter des histoires. Je veux faire de la BD."
Parmi les thèmes les plus marquants figurent la quête d’identité, la confiance en soi, la persévérance face aux échecs et la nécessité de prendre des risques pour vivre en accord avec ses convictions.
Pacco insiste sur l’importance de l’expérimentation et de l’apprentissage par l’erreur. Son parcours illustre que les revers ne sont pas des impasses mais des étapes qui permettent d’avancer et de mieux comprendre ses propres limites.
Le livre aborde également les questions du bonheur au travail, de l’équilibre personnel et de la responsabilité familiale, notamment à travers son désir d’offrir une vie plus épanouissante à sa fille.

© Pacco - Drac - Casterman 2025
L’un des principaux atouts de l’ouvrage réside dans son ton sincère et accessible. Pacco ne cherche jamais à se présenter comme un modèle inatteignable ou un gourou du développement personnel. Au contraire, il expose ses fragilités, ses hésitations et ses erreurs avec beaucoup de franchise. Cette authenticité confère au récit une dimension humaine qui le distingue de nombreux ouvrages de coaching plus théoriques.
L’humour, omniprésent, allège les moments plus difficiles et rend la lecture particulièrement fluide. Les conseils pratiques disséminés au fil des chapitres apparaissent davantage comme des pistes de réflexion que comme des recettes toutes faites, ce qui renforce l’impression de proximité avec l’auteur.
Cependant, cette orientation vers le développement personnel pourra en perturber certains. D'aucuns apprécieront l’aspect motivant et l’énergie positive qui se dégage de l’ensemble, tandis que d’autres pourront juger certaines recommandations assez classiques ou avoir le sentiment de retrouver des principes déjà largement développés ailleurs.
L’album assume néanmoins pleinement cette dimension inspirante, sans jamais prétendre détenir une vérité universelle.

© Pacco - Drac - Casterman 2025
Une scénarisation intime et pédagogique
Sur le plan narratif, Pacco adopte une construction chronologique qui suit les grandes étapes de son existence. L’enfance, les études, les difficultés professionnelles, la création de son agence de publicité puis le saut vers la bande dessinée s’enchaînent avec naturel. Cette progression permet au lecteur de comprendre les mécanismes qui l’ont conduit à transformer un rêve ancien en projet de vie concret.
La particularité du scénario réside dans l’alternance entre récit autobiographique et séquences plus réflexives. Régulièrement, l’auteur interrompt son histoire pour partager des outils, des listes d’objectifs ou des conseils issus de son expérience. Ces respirations donnent à l’album une structure originale, mêlant émotion et transmission. L’ensemble conserve néanmoins une bonne cohérence grâce à la voix de l’auteur, constante et bienveillante.
" C'est le moment parfait pour faire une pause et réfléchir à la réalisation de vos rêves ! Savez-vous ce que vous voulez ? Sans essayer de faire plaisir à vos parents, à vos proches ou à la société."
Le récit séduit surtout par sa spontanéité. Pacco ne cherche pas à embellir son parcours ni à construire une légende personnelle. Il parle aussi bien de ses réussites que de ses périodes d’errance, de ses échecs scolaires ou professionnels, de ses moments de découragement et de ses difficultés à trouver sa place. Cette honnêteté donne du poids à son message et évite l’écueil du discours triomphaliste.
" - C'est pour les auteurs débutants que c'est dur ... J'ai un ami, ils l'ont pas payé depuis un an. La BD, c'est pas un métier facile !"

© Pacco - Drac - Casterman 2025
Un graphisme efficace au service du propos
Graphiquement, Un plan infaillible s’inscrit dans la continuité de son style. Son dessin repose sur une ligne claire expressive et immédiatement lisible. Les personnages sont croqués avec vivacité et les émotions se transmettent avec une grande efficacité grâce à des visages très expressifs et à une gestuelle dynamique.
Le choix d’une bichromie dominée par le bleu constitue l’une des signatures visuelles de l’album. Cette palette limitée apporte une forte cohérence à l’ensemble et favorise une lecture confortable sur près de 250 pages. L’économie de moyens n’empêche jamais la richesse visuelle : les scènes sont rythmées, les cadrages variés et les gags visuels nombreux. Bref, un superbe travail de Drac.
La mise en page reste volontairement classique, privilégiant la lisibilité à l’expérimentation graphique. Ce parti pris correspond parfaitement au contenu, centré sur la transmission d’une expérience personnelle. Le dessin accompagne le texte sans jamais l’écraser, tout en conservant suffisamment de personnalité pour donner du relief aux anecdotes racontées.
L’humour graphique joue également un rôle essentiel. Les situations du quotidien, les souvenirs d’enfance ou les périodes de doute sont souvent traités avec une autodérision qui désamorce la gravité du sujet. Cette légèreté contribue à rendre l’album accessible à un large public, des adolescents aux adultes en quête de réflexion sur leur propre parcours.

© Pacco - Drac - Casterman 2025
Un plan infaillible n’est pas seulement l’histoire d’un auteur qui a réussi à vivre de sa passion. C’est avant tout le récit d’un homme qui a appris à écouter ses aspirations profondes et à accepter les détours nécessaires pour les atteindre. Sans prétendre livrer une formule universelle du succès, Pacco propose une lecture chaleureuse, drôle et souvent inspirante. Porté par une narration sincère et un dessin expressif, cet album trouve un équilibre convaincant entre confidence autobiographique et invitation à croire en ses propres projets. Une œuvre optimiste qui rappelle que les rêves se construisent davantage par la persévérance et la lucidité que par la chance ou les solutions miracles.
Thierry Ligot
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Titre : Un Plan infaillible - Comment j'ai réalisé mes plus beaux rêves
Scénario - dessin : Pacco
Couleurs : Drac
Éditeur : Casterman :
Genre : autobiographie, tranche de vie, récit intimiste, roman graphique
Thèmes : quête de soi, parcours de vie, vie quotidienne, introspection, résilience
Public : ado - adulte
Parution : 8 octobre 2025
Format : 19,6 x 26,3 cm
Page : 256
ISBN : 978 2 2032 9078 5
Prix : 25 €
Chassé de France pour son opposition à Napoléon III, Victor Hugo vit en exil à Jersey, entouré de sa famille et de quelques proches. Néanmoins, il demeure prisonnier d'une blessure qui ne s'est jamais refermée : la disparition tragique de sa fille Léopoldine, noyée dix ans auparavant.
" Ce jour-là, je suis mort ... c'était le 9 septembre 1843"
À travers le regard d'Herbert Salliès, un jeune admirateur fictif venu rencontrer son idole, nous découvrons un Hugo bien différent de l'image du grand homme de lettres.
Nous sommes le 12 septembre 1853 ...
" Monsieur Hugo m'avait donné rendez-vous l'après-midi en un lieu appelé "Le trou du Diable" mais il n'y était pas ... Je l'ai attendu plus d'une heure, quand ...
- Excusez mon retard. mais il m'est arrivé cette nuit quelque chose de si extraordinaire !!"
Éprouvé par le chagrin, fasciné par les questions de l'au-delà et de la survie de l'âme, il se laisse progressivement entraîner dans les séances de spiritisme organisées autour des célèbres tables tournantes. Convaincu d'entrer en contact avec les morts, il croit entendre la voix de Léopoldine, mais aussi celles de personnages illustres ...
" - Nous avons eu ces derniers temps beaucoup de connexions ... beaucoup d'esprits différents, aussi !
- La mort, le drame, l'ombre du sépulcre ...
- Quel nom étrange. Bien peu engageant !
- C'est v rai ! mais c'est celui que cet esprit nous a donné comme le sien ...
- Nous avons eu la visite d'hommes célèbres aussi ! ... Platon, Jésus-Christ, Dante, Shakespeare ..."

© Rodolphe - Roman - Anspach 2026
Avec Victor Hugo, La Bouche d’ombre, Rodolphe et Olivier Roman choisissent de délaisser la figure officielle du monument littéraire pour s’intéresser à un moment plus secret de son existence. L’album se concentre sur les années d’exil à Jersey, après le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, alors que l’écrivain vit encore sous le choc de la disparition de sa fille Léopoldine, noyée dix ans plus tôt.
Plutôt qu’une biographie exhaustive, les auteurs privilégient une tranche de vie marquée par la souffrance intime, l’isolement politique et l’attirance grandissante de Hugo pour les séances de spiritisme. Autour des fameuses tables tournantes, l’écrivain croit retrouver la voix de sa fille disparue, mais aussi dialoguer avec Shakespeare, Galilée, Molière ou même l’Océan. De cette expérience naît une réflexion sur le deuil, la création artistique, la foi, la folie et les frontières incertaines entre le réel et l’invisible.
L’un des principaux atouts de l’album réside justement dans cet angle original. En montrant un Hugo vulnérable, hanté par ses fantômes et cherchant dans l’au-delà une consolation impossible, les auteurs dévoilent une facette moins connue de l’homme derrière la légende. Le récit met également en lumière la manière dont cette période nourrit son inspiration poétique et participe à l’émergence d’œuvres majeures comme Les Contemplations.

© Rodolphe - Roman - Anspach 2026
Un scénario entre reconstitution historique et questionnement intérieur
Rodolphe construit son récit à partir d’éléments historiques solides, notamment les comptes rendus des séances spirites consignés par Hugo et son entourage. Cette documentation donne une véritable crédibilité aux échanges et replace le lecteur dans un XIXe siècle où le spiritisme fascine autant qu’il intrigue.
Pour faciliter l’immersion, le scénariste introduit Herbert Salliès, un jeune admirateur fictif qui découvre l’intimité du poète et sert de regard extérieur. Ce procédé s'avère pertinent, car il permet d'observer Hugo avec admiration mais aussi avec une certaine distance critique. À travers les interrogations du jeune homme, le lecteur se demande continuellement si le génie romantique est visionnaire, victime de son chagrin ou simplement prisonnier d'une croyance devenue obsession.
L’album séduit par son atmosphère mélancolique et son approche sensible du deuil. Rodolphe parvient souvent à établir des passerelles entre la souffrance personnelle de Hugo et sa création littéraire. Les dialogues issus des séances spirites apportent une tonalité étrange, parfois poétique, parfois inquiétante, qui imprègne l'ensemble du récit.
Toutefois, le scénario n'est pas exempt de limites. Certaines pistes narratives semblent insuffisamment exploitées. La relation entre Herbert et Adèle Hugo, par exemple, occupe plusieurs passages sans réellement influencer la progression du récit.
D’autres aspects essentiels de cette période, comme le combat politique de Hugo contre Napoléon III ou la genèse plus concrète de certaines œuvres majeures, restent en arrière-plan. Il en résulte parfois une impression de dispersion, comme si plusieurs thèmes concurrents empêchaient le récit d’atteindre toute sa profondeur émotionnelle.
Malgré ces réserves, l’ensemble demeure captivant grâce à la sincérité du propos et à la volonté de montrer un homme en pleine métamorphose intellectuelle et spirituelle.

© Rodolphe - Roman - Anspach 2026
Un graphisme classique au service de l’ambiance
Au dessin, Olivier Roman adopte une approche réaliste et élégante parfaitement adaptée au contexte historique. Son trait précis restitue avec soin les décors de Jersey, les intérieurs bourgeois de Marine Terrace et les paysages marins qui entourent les personnages. L’île devient presque un protagoniste silencieux, tant sa présence contribue à l’atmosphère de solitude et d’étrangeté qui traverse l’album.
L’artiste excelle particulièrement dans la représentation des visages. Les regards, les postures et les expressions traduisent avec finesse le poids du deuil, l'épuisement moral ou l'émerveillement mystique des protagonistes.
Victor Hugo apparaît tour à tour imposant, fragile, habité ou presque halluciné, tandis qu’Adèle laisse déjà entrevoir une certaine fragilité psychologique.
Les couleurs de Cerise jouent un rôle important dans cette réussite visuelle. Les tonalités douces, souvent crépusculaires, renforcent la dimension mélancolique du récit. Les scènes de spiritisme bénéficient d’une mise en couleurs subtile qui entretient constamment l’ambiguïté entre phénomène surnaturel et projection mentale.
On pourra apprécier dans son dessin un certain classicisme. La mise en scène demeure souvent sage et théâtrale, ce qui limite parfois l’impact dramatique des séquences les plus intenses. Néanmoins les pleines pages et scènes de tempête sont superbes, nous entraînant dans des voluptés de sentiments, d'émotions qui se déchirent, explosent dans les cris de l'âme.
" Toutes mes absurdes certitudes volaient en éclats : oui, la mort n'était pas une fin. Nos disparus existent toujours : Léopoldine est vivante !"
Face à des thèmes aussi puissants que le deuil, la folie ou les visions mystiques, certains lecteurs auraient sans doute apprécié davantage d’audace graphique pour traduire les tourments intérieurs de Hugo.

© Rodolphe - Roman - Anspach 2026
Une évocation intéressante mais pas totalement aboutie
Ceci dit, était-ce le but premier ?
Sans révolutionner le genre de la bande dessinée biographique, Victor Hugo, La Bouche d’ombre propose une plongée singulière dans l’une des périodes les plus troublantes de l’existence du grand écrivain.
L’album séduit par son sérieux documentaire, son atmosphère envoûtante et la qualité de son illustration. Il rappelle combien le deuil de Léopoldine a marqué durablement l’auteur des Misérables et nourri son imaginaire poétique.
On peut regretter que certains enjeux demeurent seulement esquissés et que le récit hésite parfois entre chronique historique, portrait psychologique et récit fantastique.
Mais cette approche permet également de préserver le mystère entourant ces séances spirites dont personne, pas même Hugo, ne semblait réellement détenir la clé. Et rien que pour cela, sa lecture est captivante et addictive ...
" - Vous savez, je tends beaucoup l’oreille à ce que me dit la « Bouche d’Ombre ». Dieu me parle et je l’écoute."

© Rodolphe - Roman - Anspach 2026
Au final, Rodolphe et Olivier Roman livrent une œuvre sensible et érudite qui éclaire un épisode méconnu de la vie de Victor Hugo. Une lecture séduisante par son ambiance et son sujet, qui donne surtout envie de redécouvrir l’œuvre de l’écrivain et de s’interroger sur les liens complexes entre la douleur, l’imagination et la création.
A recommander durant ces vacances estivales bien chaudes ... histoire de se rafraîchir un peu l'esprit !
Nous avions rencontré Olivier Roman le 26 mars pour une petite capsule de "Derrière la palette" : ici
Thierry Ligot
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Titre : Victor Hugo, La Bouche d'ombre
Scénario : Rodolphe
Dessin : Olivier Roman
Couleurs : Cerise
Éditeur : Anspach
Genre : biopic, fantastique, drame
Thèmes : spiritisme, deuil, création poétique, littérature, Victor Hugo, Jersey
Parution : 20 mars 2026
Format : 24 x 32 cm
Page : 48
ISBN : 978 2 9311 0554 2
Prix : 15,50 €
" - Monsieur Braxon a tout misé sur ce concert. Vous n'allez pas lui faire un coup pareil ! Haaan ... la cata, s'il apprend ça ! Bon écoutez, en attendant de trouver une solution, il ne faut suuurtout pas que monsieur Braxon sache ... QUE GIOVANNA-ROSE NE PEUT PAS JOUER !!!
[BOUM]
- Hum ... Possible qu'il ait entendu ...
- Nan nan nan nan nan ! Mais QUI lui adit ?!
- Vous !"
À quelques heures du dernier concert d’une tournée triomphale, Giovanna-Rose, pianiste virtuose adulée, se retrouve incapable de jouer la moindre note.
Alors que le public s’apprête à remplir le théâtre Braxon, la tension monte parmi les musiciens, les organisateurs et les proches de l’artiste.
Ce qui semble d’abord être un simple blocage technique devient progressivement le symptôme d’un malaise plus profond.
Avec Au temps pour elle, Christophe Cazenove et Stéphanie Mullié livrent un récit centré sur une crise aussi soudaine que révélatrice.

© Cazenove - Mullié - Theraulaz - Grand Angle 2026
Derrière cette intrigue minimaliste se cache une réflexion sensible sur l’épuisement, la pression de la réussite et le besoin de redonner du sens à sa vie. L’album explore avec justesse le moment où une existence parfaitement maîtrisée se fissure, obligeant à remettre en question des choix que l’on croyait définitifs.
" - On a tous connu ça, jongler entre école et le Conservatoire ! Ta vie, tu la mets de côté ... Les sorties entre potes, les cinés, les bowlings, les restos ... C'était pas pour nous, vous le savez bien ! Elle est passée aussi par ces sacrifices, mais pour les prodiges comme elle, c'est un cran au-dessus ! Je l'ai bien vue, moi, bosser comme une tarée non-stop ! Et pas que pour le concert du trimestre ! Ce rythme-là, elle, elle l'avait toute l'année."
Le silence de Giovanna-Rose devient alors un langage à part entière, une forme de résistance inconsciente face à une routine artistique devenue étouffante.
L’un des principaux atouts de l’album réside dans l’universalité de son propos. Bien qu’ancré dans le milieu de la musique classique, le récit parle à tous ceux qui ont déjà ressenti le poids des attentes, la lassitude du quotidien ou la nécessité de s’autoriser un nouveau départ. Les auteurs délivrent ainsi un message optimiste sur la capacité à écouter ses limites et à réinventer sa propre trajectoire lorsqu’elle ne correspond plus à ses aspirations.
© Cazenove - Mullié - Theraulaz - Grand Angle 2026
Une scénarisation entre huis clos et réflexion intime
Le scénario repose sur une structure de huis clos particulièrement efficace. L’essentiel de l’action se déroule dans l'enceinte du théâtre, transformé en caisse de résonance des angoisses et des frustrations des personnages. Le compte à rebours avant le concert crée une tension permanente tandis que chacun tente de trouver une solution au problème de la pianiste.
L’originalité du récit tient également au fait que Giovanna-Rose, pourtant au cœur de l’intrigue, demeure longtemps en retrait. Son silence pousse les autres personnages à occuper l’espace, à projeter leurs propres peurs et à révéler leurs attentes.
Cette approche permet de mettre en lumière les mécanismes collectifs qui entourent une figure artistique et la manière dont l’entourage peut parfois parler à la place de celui qui souffre.

© Cazenove - Mullié - Theraulaz - Grand Angle 2026
Les auteurs choisissent un ton oscillant entre comédie légère et réflexion existentielle. Certaines situations, proches du vaudeville, apportent de la légèreté à un sujet pourtant sérieux. Les allées et venues des différents protagonistes, les tentatives maladroites pour résoudre la crise ou encore les réactions excessives de certains personnages créent des moments d’humour qui empêchent le récit de sombrer dans le pathos.
Si cette tonalité rend la lecture agréable et accessible, elle peut aussi donner l’impression que certaines problématiques auraient mérité davantage de profondeur. Les questionnements liés au burn-out artistique, à la perte de sens ou à la construction identitaire sont parfois effleurés là où l’on aurait aimé une exploration plus poussée. Néanmoins, cette retenue participe également à la délicatesse de l’ensemble et évite tout discours démonstratif.

© Cazenove - Mullié - Theraulaz - Grand Angle 2026
Un graphisme chaleureux au service de la musique
Au dessin, Céline Theraulaz propose un style immédiatement accessible. Son trait souple et expressif privilégie la lisibilité et l’émotion plutôt que la recherche du réalisme. Les personnages sont rapidement identifiables et leurs attitudes traduisent efficacement la nervosité, le doute ou la bienveillance qui traversent le récit.
La colorisation participe grandement à l’identité de l’album. Les teintes chaudes dominées par les rouges, les orangés et les nuances rosées enveloppent les planches d’une atmosphère douce et rassurante. Ce choix chromatique contraste subtilement avec les tensions qui agitent les personnages et contribue à maintenir un sentiment de chaleur humaine tout au long de la lecture.
L’un des aspects les plus réussis du travail graphique concerne la représentation de la musique. Bien que médium silencieux par nature, la bande dessinée parvient ici à suggérer la présence sonore grâce à des compositions fluides, des envolées de notes et des séquences presque contemplatives. Certaines planches donnent véritablement l’impression que la musique déborde des cases et accompagne le lecteur.
Les décors restent relativement épurés, mais cette sobriété s’accorde avec la dimension théâtrale du récit. Le Braxon devient un décor unique dont chaque espace participe à l’atmosphère du huis clos. Cette simplicité visuelle permet surtout de concentrer l’attention sur les personnages et leurs interactions.

© Cazenove - Mullié - Theraulaz - Grand Angle 2026
Au temps pour elle est une bande dessinée sensible et lumineuse qui aborde avec finesse le besoin de ralentir, d'écouter ses limites et de retrouver sa propre voix. Sous l'apparence d'une comédie douce-amère, l'album interroge le rapport à la réussite, à la création et au bonheur. Si certains aspects psychologiques auraient gagné à être davantage développés, la sincérité du propos, l'originalité du dispositif narratif et la chaleur du dessin en font une lecture touchante.
Une œuvre qui rappelle que parfois, le silence n'est pas une panne, mais le premier pas vers une nouvelle mélodie.
Thierry Ligot
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Titre : Au temps pour elle
Scénario : Christophe Cazenove & Stéphanie Mullié
Dessin & couleurs : Céline Theraulaz
Éditeur : Bamboo
Collection : Grand Angle
Genre : tranche de vie
Thèmes : épuisement mental, surmenage, burn out, quête de soi, musique
Public : tout public
Parution : 1/7/2026
Format : 22,1 x 29,9 x 1,3 cm
Page : 80
ISBN : 979 1 0411 1222 7
Prix : 18,9 €
" La prophétie va se réaliser, je le sens.
- Temps des haches, temps des épées ... Temps des tempêtes ... Temps des loups ... Le dernier âge va bientôt s'achever. Alors le monde disparaîtra ... dans le flot des flammes. Ce sera le Ragnarök."
Je suis la dernière elfe nous entraîne dans une France contemporaine au bord de la rupture. Lif, ultime représentante du peuple des elfes, erre depuis 1534 ans dans un monde qu’elle ne reconnaît plus. Dealeuse, fournissant du pain elfique, le lembas, à ses clients, elle est néanmoins fatiguée par son immortalité, hantée par les disparitions successives de ceux qu’elle a aimés. Elle ne nourrit plus qu’un seul espoir : quitter définitivement cette Terre qu’elle juge condamnée.
"Je devrais m'en foutre. Votre destin n'est pas le mien. D'ailleurs, on appelle mon peuple "Les Alfes sans destin"."
Secondée dans son trafic par sa voisine, Wafa, cette dernière est à la fois sa couverture et l'intermédiaire entre elle et ses clients.
Pourtant, le destin la place pourtant sur la route de Tyr, une épée légendaire liée aux mythes nordiques et convoitée par un mouvement d’extrême droite, dirigé par Hansburger, persuadé de pouvoir s’approprier des forces anciennes. Grâce à elle, il espère gagner les prochaines élection présidentielle ... Comme un air d'actualité ...

© Quenehen - Mousse - Casterman 2026
Entre son désir de fuite et la menace d’un cataclysme annoncé, Lif doit choisir : sauver sa propre âme ou tenter de préserver une humanité qu’elle a depuis longtemps cessé de comprendre.
" Bientôt le soleil et la lune seront dévorés par les loups. Mais je m'en fous ... parce que je serai déjà loin d'ici."

© Quenehen - Mousse - Casterman 2026
La grande réussite de l’album réside dans sa capacité à mêler fantasy, thriller politique et chronique sociale. Derrière les elfes, les dieux nordiques et les prophéties apocalyptiques, le récit parle surtout de notre époque : crise écologique, désenchantement collectif, montée des radicalités politiques et sentiment d'impuissance face à l'effondrement du monde. Cette lecture à plusieurs niveaux donne une véritable épaisseur à l'ouvrage.
Lif constitue également l’un des principaux atouts du livre. Son regard blasé sur les humains, son humour désabusé et sa profonde solitude en font une héroïne attachante et complexe. Contrairement aux figures héroïques classiques de la fantasy, elle n’aspire pas à accomplir une destinée exceptionnelle. Elle cherche simplement à mettre fin à une existence devenue trop lourde à porter.
"Qui es-tu, inconnue de moi ? Toi qui as suscité mon périlleux voyage. Il est imprudent de venir frapper à ma porte ...

© Quenehen - Mousse - Casterman 2026
Un scénario ambitieux entre mythe et critique sociale
Martin Quenehen construit un récit particulièrement audacieux en confrontant les légendes nordiques à des préoccupations très actuelles. Le Ragnarök n’apparaît plus comme une menace lointaine relevant uniquement du folklore scandinave ; il devient une métaphore du dérèglement général qui traverse la société moderne.
L’intrigue avance à un rythme soutenu, alternant scènes d’action, révélations mythologiques et confrontation politique. La quête de l’épée Tyr sert de colonne vertébrale à une histoire qui ne cesse d’hésiter entre le conte fantastique et la fable contemporaine. Cette hybridation constitue à la fois sa force et sa principale limite.

© Quenehen - Mousse - Casterman 2026
Lorsque le récit se concentre sur l’univers mythologique, il déploie toute sa puissance évocatrice. Les références aux croyances nordiques enrichissent l’histoire et donnent à l’ensemble une dimension épique particulièrement séduisante.
En revanche, la multiplication des thèmes abordés peut parfois donner une impression de dispersion. Certaines idées auraient mérité davantage de développement tandis que certaines transitions paraissent abruptes, notamment dans la dernière partie.
Malgré ces quelques flottements, le scénario conserve une réelle cohérence émotionnelle grâce à son personnage principal.
Au fond, l’histoire ne parle pas seulement de la fin du monde, mais de la possibilité de retrouver un sens à l’existence quand tout semble perdu.

© Quenehen - Mousse - Casterman 2026
Un graphisme puissant et résolument punk
Le travail graphique de Marion Mousse constitue sans doute l’élément le plus immédiatement marquant de l’album. Son dessin adopte une esthétique rugueuse, nerveuse et profondément expressive qui correspond parfaitement au climat de désolation du récit.
Les planches reposent sur de forts contrastes lumineux. Les ombres envahissent fréquemment l’espace tandis que des couleurs vives surgissent brutalement pour souligner la violence, la colère ou le surnaturel. Cette approche crée une atmosphère inquiétante et parfois oppressante qui accompagne idéalement la trajectoire de Lif.
On retrouve dans certaines compositions une influence évidente du comics fantastique américain, notamment dans le traitement des masses noires et des créatures mythologiques. Toutefois, Marion Mousse conserve une personnalité graphique propre, plus brute, presque punk dans son énergie et dans son refus du réalisme académique.
Cette stylisation extrême peut parfois nuire à la lisibilité de certaines scènes d’action, mais elle participe aussi à l’identité visuelle singulière de l’ouvrage. L’artiste privilégie l’impact émotionnel et l’ambiance à la précision documentaire, un choix qui renforce le caractère crépusculaire du récit.

© Quenehen - Mousse - Casterman 2026
En conséquent, Je suis la dernière elfe est une bande dessinée ambitieuse qui ose mélanger fantasy nordique, critique sociale et réflexion existentielle. Si son scénario se montre parfois trop chargé pour pleinement exploiter toutes ses idées, il est porté par une héroïne mémorable et par un univers riche en symboles. Le travail graphique de Marion Mousse imprime durablement la rétine grâce à son énergie sombre et rebelle.
Un album original, engagé et mélancolique, qui raconte autant la fin d'un monde imaginaire que les inquiétudes bien réelles du nôtre.
Thierry Ligot
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Titre : Je suis la dernière elfe
Scénario : Martin Quenehen
Dessin & couleurs : Marion Mousse
Éditeur : Casterman
Genre : fantastique, héroïc fantasy moderne, roman graphique,
Thèmes : elfe, mythe nordique, politique contemporaine et fin du monde, solitude et immortalité, égoïsme, sacrifice, rédemption, identité,
Public : ado - adulte
Parution : 13 mai 2026
Format : 19 x 26,8 cm
Page : 190
ISBN : 978 2 2032 5148 9
Prix : 25 €
" - Vous allez pas mourir, hein ? Le Guerillero c'est vous, non ? Vous êtes ...
- Je suis ... ce qu'ils ont fait de moi.
Fornellis de la Selva, quelques kilomètres au sud de Gérone, le 5 janvier 1960, 5h45.
Les compagnons ... et les salauds.
Les premiers, qui voulaient suivre une légende ...
Et les autres, qui cherchaient un monstre à abattre ...
Ils ne m'ont pas laissé le choix.
Et moi ? Puisque la vérité se trouve toujours entre deux mensonges ... Quel choix leur ai-je laissé ? Après tout ..."
Llibertat, jusqu'au dernier retrace le destin des frères catalans Pep et Quico Sabaté, figures emblématiques de la résistance anarchiste au franquisme.
Issus d'un milieu ouvrier profondément marqué par les idéaux libertaires, ils s'engagent très tôt dans le combat contre les injustices sociales et le fascisme.
" - C'est quoi cette histoire, Quico ? On ne parle que de ça dans la rue !
- Quoi ?
- Les 2 gars à qui t'as refait la devanture ...
- Eh ben ?
- C'est des putains de Carlistes ! Des gars des syndicats patronaux !
- Et ça change quoi ?
- Ça change que j'avais pas remarqué que t'avais l'âge que je te parle de la CNT ..."
CNT ... La Confédération Nationale du Travail, fondée en 1910 à Barcelone, elle deviendra rapidement la plus importante formation syndicale espagnole !

© Orveillon - Kerros - Millet - Marabulles 2026
Pep et Quico gagnent rapidement leurs galons par leurs actions, les braquages de banques afin de financer la CNT, les ouvriers grévistes, les familles dans le besoin, ...
En 1932, ils fondent Los Novatos, affiliés à la FAI (Fédération Anarchique Ibérique, fondée en 1927). Avec leurs compagnons, ils ne rêvent que d'en découdre avec le pouvoir républicain en place.
La lutte ne cessera plus ...
" Désormais la situation en Espagne est claire : soit le Front Populaire emporte les élections et la droite se soulèvera, soit c'est la droite qui gagne ... et c'est nous qui nous soulèverons. Dans tous les cas, camarades, voilà mon mot d'ordre : allez déposer votre bulletin dans l'urne, et rentrez chez vous charger votre arme ..."
Après la victoire de Franco en 1939 et l'effondrement du camp républicain, les deux hommes refusent l'exil résigné ou la soumission.
Entre guérilla urbaine, passages clandestins des Pyrénées, actions armées et soutien aux réseaux de résistance, ils poursuivent un combat qui semble perdu d'avance.

© Orveillon - Kerros - Millet - Marabulles 2026
Tandis que leurs camarades tombent les uns après les autres, les frères Sabaté continuent de défier le régime franquiste, malgré l'isolement croissant de leur cause et la traque incessante de la Guardia Civil, secondée, efficacement, par le Bureau de la Brigade Politique et Sociale, la BPS, chargée de chasser et d'éliminer tous les anarchistes, notamment ceux refugiés en France !
" A partir de maintenant (1er avril 1945), la BPS centralise toutes les infos sur les anarchistes et coopère totalement avec la police française. ne vous fixez que ce seul but : traquer ce gibier comme il le mérite, et ne pas hésiter à appliquer la ley de fugas. Ils viennent s'emparer de l'or de nos banques, on va leur offrir du plomb ! Messieurs, faites-leur mal !"
Néanmoins, à aucun moment, ces derniers ne cessent de poursuivre leur lutte et à frapper durement.
" Dans une lutte entre deux adversaires, le plus puissant apprécie rarement que le plus faible rende coup pour coup."
À travers leur parcours, l'album couvre près de quarante années d'histoire, depuis la montée des mouvements ouvriers catalans jusqu'aux dernières heures du maquis anarchiste espagnol.

© Orveillon - Kerros - Millet - Marabulles 2026
Un scénario puissant au service de la mémoire
Le principal mérite de Llibertat réside dans sa capacité à transformer une page méconnue de l'histoire européenne en un récit captivant, épique par moment et profondément humain.
Les auteurs ne se contentent pas de raconter les exploits de Quico et Pep Sabaté ; ils replacent leur engagement dans un contexte politique complexe où se croisent guerre civile, exil, Résistance française, rivalités idéologiques et répression d'État.
" - Mais dans l'enfer de Barcelone, notre violence était la seule forme possible d'opposition. C'est ce qui la rendait légitime. Et c'est ce qui rendait légitime ce qu'on allait faire ..."
Le scénario met en lumière des thèmes universels : la fidélité à ses convictions, le prix de la liberté, le sacrifice, mais aussi la solitude du combattant lorsque l'Histoire semble avoir tourné la page. La question centrale qui traverse l'album est simple : jusqu'où peut-on aller pour défendre un idéal lorsque toute victoire paraît impossible ?
L'œuvre évite en grande partie l'hagiographie, même si la figure d'El Quico prend parfois une dimension presque mythique. Cette héroïsation reste toutefois cohérente avec la légende qui entoure encore aujourd'hui ce résistant devenu symbole de l'opposition au franquisme.
On apprécie également le travail de documentation qui nourrit constamment le récit. Au-delà des scènes d'action, l'album rappelle le rôle souvent oublié des anarchistes espagnols dans la lutte contre le fascisme, aussi bien en Espagne qu'en France. Cette dimension mémorielle donne à la lecture une résonance particulière et invite à réfléchir sur les mécanismes de l'oubli historique.
Enfin, pour replacer plus précisément le récit dans son contexte historique, l'album se clôt sur un dossier de quatre pages. Une frise chronologique y retrace les principaux faits et événements qui ont marqué la lutte antifranquiste entre 1910 et 2022. Plusieurs articles viennent également approfondir certains personnages, mouvements ou épisodes marquants, en apportant des éclairages synthétiques et pertinents.

© Orveillon - Kerros - Millet - Marabulles 2026
Un travail graphique immersif et expressif
Graphiquement, Llibertat séduit par son atmosphère sombre et intense. Yannick Orveillon privilégie un dessin énergique, aux traits affirmés, qui restitue efficacement la brutalité d'une époque dominée par la guerre, la clandestinité et la peur.
Les personnages possèdent une forte présence visuelle grâce à des visages expressifs et facilement identifiables. Les scènes d'action sont particulièrement réussies : fusillades, poursuites, passages en montagne ou opérations clandestines bénéficient d'un découpage fluide qui maintient constamment la tension.
La mise en couleurs de Robin Millet joue un rôle essentiel dans l'ambiance générale. Les teintes chaudes, terreuses et souvent assombries participent à la sensation d'étouffement et de danger permanent. Elles renforcent également le caractère tragique du récit.
Les nombreuses pleines pages et certaines compositions spectaculaires donnent une dimension épique à l'ensemble sans nuire à la crédibilité historique. Enfin, le dossier documentaire et la chronologie proposés en fin d'ouvrage complètent utilement la lecture en offrant des repères historiques précieux.
© Orveillon - Kerros - Millet - Marabulles 2026
À la fois fresque historique, récit de résistance et hommage à des combattants oubliés, Llibertat, jusqu'au dernier impressionne par son ambition et sa force narrative. Malgré quelques passages très denses en informations, l'album réussit à transmettre avec émotion la détermination de celles et ceux qui refusèrent de renoncer face à la dictature.
Une bande dessinée engagée, instructive et profondément humaine, qui rappelle que certaines défaites peuvent devenir des symboles durables de courage et de liberté.
" Il faut croire au jour ...
Chaque soleil qui se lève ...
C'est un peu de nuit qui crève ..."
Thierry Ligot
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Titre : Llibertat
Scénario : Yannick Orveillon
Dessin : Hervé Kerros
Couleurs : Robin Millet
Éditeur : Marabout
Collection : Marabulles
Genre : docu-fiction, histoire, biopic, roman graphique
Thèmes : Espagne, Barcelone, révolution, Franco, anarchistes, guerilla urbaine
Parution : 7 janvier 2026
Format : 22,4 x 29,4 cm
Page : 224
ISBN : 978 2 501 1830 1
Prix : 26,99 €
" - La ville est à nous, Ô Grand Roi. Le roi des Jébuséens est en fuite, doit-on le poursuivre ?
- Laissez-le, il faut d'abord éteindre les incendies. Suivez-moi, je ne veux pas de pillages. Que les combats cessent partout, c'est un ordre.
Que le sang cesse de couler. La ville est à nous !! C'est un ordre de votre roi.
Je ferai de cette ville ma capitale, j'y construirai des palais qui émerveilleront le monde."
Ainsi David prend possession de Jébus, la citadelle de Sion ... Petite place forte isolée de toute route commerciale et perdue dans les montagnes de Judée !
Soucieux d'instaurer la paix avec ses habitants, il sauve un potier et son épouse d'une agression faite par ses propres soldats. En remerciement, le potier lui offre une superbe coupe !
" - Tu n'as rien à craindre ... Cette ville sera ma ville. Je ne veux pas qu'on la souille du sang de ses habitants.
- Ô Grand Roi, attends ... Prends ce présent, comme gage de notre concorde."
Convaincu d'œuvrer dans le dessein de Yhwh, il fait transporter l'Arche d'Alliance contenant les Tablettes de la Loi dans sa nouvelle capitale, renommée désormais Jérusalem !
" - Ainsi, l'ancienne prophétie s'accomplit, les Hébreux ont enfin trouvé un refuge et une terre donnée par Yhwh."
Le récit s’ouvre sur la conquête de Jébus par le roi David. Située autour de la source de Gihon et protégée par ses fortifications, cette petite ville ne semble alors promise à aucun destin exceptionnel. Pourtant, David en fait la capitale de son royaume et y installe l’Arche d’Alliance, donnant ainsi à la cité une dimension sacrée. L’album suit ensuite les soubresauts de son règne : ses victoires militaires, sa relation tragique avec Bethsabée, les conflits familiaux qui déchirent sa descendance, la révolte d’Absalon ou encore les fléaux qui frappent la ville. Après sa mort, Salomon accède au trône et concrétise le rêve de son père en érigeant le premier Temple, symbole de la puissance grandissante de Jérusalem.

© Pécau - Jubran - Denoulet - Delcourt 2025
Avec Salem, premier volet de la trilogie consacrée à l’histoire de Jérusalem dans la collection Histoire & Histoires de Delcourt, Jean-Pierre Pécau et Alexandre Jubran s’attaquent à un sujet aussi fascinant qu’ambitieux : raconter les origines de l’une des villes les plus emblématiques de l’humanité.
Ce premier volume retrace la transformation de la modeste cité de Jébus en Jérusalem, future ville sainte des trois grandes religions monothéistes. À travers le règne de David puis celui de Salomon, l’album explore la naissance d’un mythe politique, religieux et culturel dont l'influence traverse les millénaires.
L’un des principaux intérêts de l’ouvrage réside dans sa capacité à mettre en lumière les fondements mythiques et politiques de Jérusalem. La ville apparaît comme le produit d’une alliance complexe entre pouvoir temporel et légitimité divine. Les auteurs montrent comment la foi, les ambitions royales, les guerres, les trahisons et les luttes de succession participent à la construction de son identité. En filigrane, l’album interroge aussi la notion de destinée historique : comment une simple bourgade isolée a-t-elle pu devenir l’un des centres spirituels et géopolitiques les plus importants du monde ?

© Pécau - Jubran - Denoulet - Delcourt 2025
Le scénario de Jean-Pierre Pécau témoigne d’une documentation importante et d’une réelle maîtrise du contexte historique et biblique. L’auteur privilégie une approche chronologique qui permet de suivre l’évolution de Jérusalem sur plusieurs générations. Cette volonté pédagogique offre une vision globale des événements fondateurs de la cité et permet de mesurer la portée symbolique de chacun d’eux.
Toutefois, cette ambition a également ses limites. La densité des faits relatés, la multiplication des personnages et les fréquentes ellipses temporelles peuvent parfois rendre la lecture exigeante. Plusieurs épisodes majeurs sont évoqués rapidement, au détriment de l’émotion ou de l’approfondissement psychologique. Cela nous donne parfois davantage l’impression de parcourir une grande fresque historique que de suivre un véritable récit centré sur des destins individuels.
Ce choix narratif n’en demeure pas moins cohérent avec le projet de la série. Plus que les personnages eux-mêmes, c’est la ville qui constitue le véritable protagoniste de l’histoire. David, Salomon et leurs héritiers apparaissent avant tout comme des acteurs de la construction progressive de Jérusalem.
Cette perspective originale donne à l’album une dimension presque documentaire qui séduira les amateurs d’histoire antique et de récits fondateurs.

© Pécau - Jubran - Denoulet - Delcourt 2025
Graphiquement, Alexandre Jubran réalise un travail particulièrement convaincant. Son dessin réaliste s’appuie clairement sur une solide recherche documentaire et archéologique. Les reconstitutions de la cité, des fortifications, des palais ou du Temple de Salomon impressionnent par leur précision et leur crédibilité. Les nombreuses vues d’ensemble permettent d’observer l’évolution urbaine de Jérusalem et renforcent la dimension épique du récit.
Les décors constituent sans doute la plus grande réussite de l’album. Qu’il s’agisse des paysages arides de Judée, des murailles de la cité ou des scènes de construction monumentales, chaque planche participe à l’immersion du lecteur dans une époque lointaine.
La mise en scène est efficace et privilégie la lisibilité malgré l’ampleur du sujet. Les personnages sont expressifs et élégamment dessinés, même si leur ressemblance physique occasionnelle peut parfois compliquer l’identification des nombreux protagonistes.

© Pécau - Jubran - Denoulet - Delcourt 2025
Au final, Jérusalem, tome 1 : Salem constitue une introduction ambitieuse et instructive aux origines de la ville trois fois sainte. Si son approche très chronologique peut parfois manquer de souffle romanesque et rendre la lecture dense, la richesse de sa documentation et la qualité remarquable de son illustration en font une œuvre passionnante.
Porté par le sérieux historique de Jean-Pierre Pécau et le trait précis d’Alexandre Jubran, cet album offre une plongée captivante dans les premiers siècles d’existence d’une cité dont l’histoire continue encore aujourd’hui de façonner le monde.
Espérons que les tomes suivants soient de la même veine.
Thierry Ligot
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Série : Jérusalem
Tome : 1 - Salem
Scénario : Jean-Pierre Pécau
Dessin : Alexandre Jubran
Couleurs : Bertrand Denoulet
Éditeur : Delcourt
Collection : Histoire & histoires
Genre : Histoire, Mythe
Thèmes : Antiquité, foi, religion, pouvoir royal et succession, fondation de Jérusalem
Parution : 22 octobre 2025
Format : 23,3 x 32,2 cm
Page : 64
ISBN : 978 2 41304 287 7
Prix : 17,95 €
Dans un futur lointain, au sein d’une colonie spatiale isolée, Coppelia est un robot expérimental créé par le scientifique Coppelius.
" Qui je suis ? Un robot ... plus exactement une gynoïde. Je ne sais depuis combien de temps je suis là ... On m'a dit d'attendre et j'attends ... Mais attendre quoi ? Je ne sais pourquoi je suis ici ... Je suis là, c'est tout ..."
Conçue à l’origine pour remplir une fonction précise, elle développe pourtant une conscience propre dès son activation. Capable de ressentir des émotions, des désirs et des questionnements, elle s’affranchit progressivement de sa programmation et entreprend un voyage à travers l’espace à la recherche de son créateur, mais aussi de sa propre identité.
Au fil de ses rencontres avec des humains, des mutants et diverses espèces extraterrestres, Coppelia découvre un univers complexe où les frontières entre l’artificiel et le vivant, entre la création et le créateur, deviennent de plus en plus floues.
" - Tu aurais dû être produite en masse ... mais tandis que tu prenais forme ... Coppelius t'a modifiée pour que tu sauves l'humanité ... Coppelia, créatrice d'humains ..."
Cette quête initiatique l’amène à s’interroger sur sa nature profonde et sur ce qui définit véritablement l’humanité.

© Livio Labuz - Tabou BD 2026
Sous ses apparences de récit de science-fiction pour adultes, Coppelia aborde plusieurs thématiques classiques du genre. La plus évidente est celle de la création qui échappe à son créateur. À l’image de nombreuses œuvres de science-fiction, l'album questionne les limites de la science et les conséquences imprévues de l’émergence d’une conscience artificielle.
Le principal intérêt du scénario réside dans le parcours identitaire de son héroïne. Coppelia cherche à comprendre qui elle est, pourquoi elle a été créée et quelle place elle peut occuper dans un monde qui la considère avant tout comme un objet. Les questions autour du libre arbitre, de la conscience et de l'humanité sont donc au cœur du récit.

© Livio Labuz - Tabou BD 2026
Cependant, l’album ne convainc pas toujours sur le plan narratif. L’intrigue reste relativement simple et que certains éléments de l’univers auraient mérité un développement plus approfondi.
Les motivations des personnages secondaires, les relations entre Coppelia et Coppelius ou encore certains aspects du contexte politique et social demeurent parfois superficiels.
Le récit privilégie davantage l’atmosphère et l’exploration de son héroïne que la construction d’un scénario riche et complexe.
Malgré ces limites, l’album parvient à proposer une aventure originale et dépaysante, qui évoque par moments l’imaginaire de la science-fiction populaire des années 1970 et 1980. On y retrouve un goût prononcé pour l’exotisme spatial, les créatures étranges et les mondes mystérieux.

© Livio Labuz - Tabou BD 2026
C’est incontestablement sur le plan visuel que Coppelia impressionne le plus. Livio Labuz livre un travail remarquable en noir et blanc, avec un encrage précis et des contrastes très marqués qui donnent une forte personnalité à l’ensemble.
Son style évoque plusieurs grands noms de la bande dessinée italienne, notamment Magnus ou Baldazzini. Le trait est épais, élégant et extrêmement lisible. Les personnages bénéficient d’un soin particulier, tandis que les jeux d’ombres et de lumière renforcent l’atmosphère rétro-futuriste de l’album.
Le choix du noir et blanc légèrement ombré n’a rien d’anodin. Il permet à l’auteur d’aller à l’essentiel et accentue le côté intemporel du récit. Cette esthétique rend hommage aux pulps et aux bandes dessinées de genre des années 1970-1980 tout en conservant une identité moderne. Certaines planches frappent par leur efficacité graphique et leur composition soignée.
On pourra toutefois regretter que les décors et les arrière-plans soient parfois moins développés que les personnages, ce qui donne parfois une impression de dépouillement. Mais cette approche contribue aussi à centrer l’attention sur le parcours de Coppelia et sur la dimension symbolique de son voyage.

© Livio Labuz - Tabou BD 2026
Coppelia est une bande dessinée de science-fiction qui séduit avant tout par son esthétique élégante et son superbe noir et blanc ombré. Si son scénario reste relativement simple et parfois superficiel dans le développement de ses idées, il propose néanmoins une réflexion intéressante sur l’identité, la conscience artificielle et la relation entre créateur et création.
Un album dont la principale force réside dans la qualité graphique exceptionnelle de Livio Labuz et dans son hommage assumé à la science-fiction classique.
Thierry Ligot
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Titre : Coppelia
Scénario & dessin : Livio Labuz
Couleur : Noir & blanc
Éditeur : Tabou BD
Genre : érotique, S.-F. rétro
Public : averti
Parution : 18 juin 2026
Format : 23,5 x 32,3 cm
Page : 48
ISBN : 978 2 35954 249 3
Prix : 17 €
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