La BD de A à Z
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« Pleins gaz, Derby ! » En une bulle, tout est dit. L’ADN de la série est résumé dans cette case.

 

                Je m’appelle Tim Toronto ; je suis journaliste au Clairon. J’ai rencontré Rock Derby à cause d’une stupide panne d’essence. Il tenait la station service Presto avec son frère Skip, en pleine montagne canadienne. Greg nous a créés en 1960, grâce à l’augmentation de la pagination du journal Tintin. Pendant quatre ans, Rock vivra sept grandes aventures. Il reviendra plus tard pour un revival express. Mais je m’éloigne. On y reviendra plus tard. Je reprends le récit de ma rencontre au moment où je demandais aux frères Derby le meilleur moyen pour moi de gagner le plus rapidement possible l’aéroport. J’avais rendez-vous avec un passager devant débarquer d’un avion…que nous vîmes se poser en catastrophe dans la montagne ! Je devais récupérer une mystérieuse mallette, également convoitée par des truands. Plus de peur que de mal dans l’accident qui ne fait que quelques blessés légers. Dans cette mallette, se trouvent les preuves de matchs de boxe truqués. Ces requins du ring auront fort à faire face à un Rock Derby qui n’hésitera pas à prendre les gants pour décocher quelques directs et uppercuts.

 

 

 

 

 

                Nous avons ensuite affronté des voleurs de poupées. Colossus, un antiquaire tout ce qui semble de plus banal, a vendu sept poupées péruviennes. J’en avais une, on me l’a volée. Les collectionneurs sont aux abois. Avec Rock et skip, nous tentons de piéger les voleurs sans succès. Pourquoi ces pantins venant de Costar-Impec sont-ils si convoités ? L’une d’entre elles contenait un bracelet de diamants. Mais grâce à la force, au courage et à la malignité –et oui, on n’est pas héros de BD pour rien- de Rock Derby, tout finira bien, après une belle poursuite en voiture. Quand on pense que Greg trouvait sa série mal dessinée. J’ai aussi failli finir empoisonné dans cette histoire.

 

Panique au paradis : Quelques semaines plus tard, direction Halahaki, le « jardin de corail », une des stations balnéaires les plus élégantes d’Hawaï. Deux palaces se font face et concurrence. L’un d’eux, le Flamingo, a invité des athlètes de tous les coins du monde, si tant est que le monde ait des coins, pour son inauguration. Son propriétaire, Tony Aloha, est le principal rival de Johnny Cargo, le patron du « Paradis ». ce dernier semble prêt à tout pour avoir le monopole de cette industrie touristique. Mais quelqu’un tire les ficelles deriière tout ça, quelqu’un qu’avec Rock, nous connaissons bien. Ça sera ma dernière aventure, ainsi que celle de Skip, avec le garagiste canadien. Dès le récit suivant, nous serons remplacés…

                Hé oui, par Baba et moi, Pedro Arara. Nous sommes brésiliens. Il est mince et noir ; je suis enrobé et blanc. Ce n’est pas pour me vanter, mais Baba restera un troisième rôle bien fade, figurant sans réelle consistance.

                Dans La rivière de diamants, nous aidons Rock Derby à ouvrir une route en pleine forêt amazonienne, une aventure pas franchement écologique, un scénario qui aurait peut-être du mal à passer de nos jours. Rock nous a sorti du poste de police, où nous faisions une petite garde à vue de rien du tout. Entre la prison et les coupeurs de tête d’Amérique du Sud, nous avons vite fait notre choix : nous nous sommes lancés dans cette aventure pleine de testostérone aux allures de Salaire de la peur.

                En Californie, une étoile a disparu. Sweet Melody, le célèbre acteur des studios Thunderbros est aux abonnés absents, volatilisé de sa villa de Mabuli-Beach. Il devait commencer le tournage d’une superproduction historique : « le Gaulois masqué ». Parallèlement, les pensionnaires de Sweethome, maison de retraite pour vieux comédiens, sont en passe d’être expropriés. En véritable héros de BD, nous allons gérer les deux affaires d’un coup. Sans vouloir me vanter, depuis que j’ai débarqué dans la série, les gags que je provoque amènent un équilibre entre aventure et humour, qui sera une des marques de fabrique de notre auteur. Notons que ce récit est à la base une histoire du détective Félix, rachetée à Tillieux par Greg. Celui-ci aurait-il pensé à Allume-Gaz, faire-valoir de Félix, pour me créer dans l’aventure précédente ?

                L’or des Navajos me permet de montrer tout mon talent dans le rodéo. Pour le centenaire de Tomahawk City, la ville a décidé de revivre l’époque glorieuse de ses débuts. Pour trois jours, le vieil Ouest renaît. Mais comme au bon vieux temps, la banque est cambriolée. Rock va faire son Chick Bill pour tout remettre en ordre…et me permettre de rembourser quelques dégâts que j’ai causés.

                Le défi de l’invisible, en 1963, est notre dernière grande aventure. Un mystérieux bandit, se faisant appeler l’homme invisible, provoque le shérif de flat Creek. Les habitants de la ville voient ce voleur partout. Il apparaît et disparaît lors de courses poursuites. Nous étions dans une réelle énigme à devenir fou, un mystère digne de Gaston Leroux.

 

 

 

 

 

                Nous reviendrons pour deux rebonds.

                Le premier, en 1981, Quatuor pour une fausse note, est un court récit dessiné par Dimberton, un « Whodunit » dans un hôtel américain. J’y suis seul avec Rock, Baba n’est plus avec nous. Enfin, en 1997, Le mystère de l’aéroport est un bref album publicitaire destiné aux aéroports de Paris.

                Au milieu des années 60, Greg créé Les As pour le journal Vaillant, devient rédacteur en chef du journal Tintin, commence à fournir de plus en plus de scénarii pour ses confrères. Ce touche-à-tout regrettera plus tard de ne pas s’être occupé de nous plus longtemps. Cependant, il mettra des ingrédients de Rock Derby dans Bernard Prince, Chick Bill ou autres de ses multiples héros. C’est en relisant nos aventures qu’on s’en rend compte à posteriori.

                « Trois compagnons s’en allaient sur la rou-oute… » Ainsi se terminaient certaines de nos aventures. Nous sommes maintenant sur la route des héros éternels. Qui sait ? Peut-être recroiserons nous un jour celle des lecteurs…

 

Laurent Lafourcade

 

 

 

Intégrale disponible chez Lombard. 256 pages, 25.50 € ISBN : 9782803632954



Publié le 28/01/2014.


Source : Bd-best


Dans la rubrique Case à Part, cette fois il s'agit de Bidouille et Violette vu par le père de Bidouille.

 

 

Ce n’est pas facile d’élever un gosse quand on est tout seul et qu’on tient une baraque à frites pour joindre les deux bouts. C’est même très difficile quand c’est un adolescent un peu replet et pas forcément très bien dans sa peau. Mon prénom n’est jamais cité. Peut-être parce que je suis un Monsieur Tout-le-monde.

                C’était du temps où Yslaire s’appelait Hislaire, c’était dans le Nord, à Mayon. Mon fils venait d’intégrer le lycée Machain où tous les garçons n’avaient d’yeux que pour une fille : la belle, fluette et délicate Violette, la fille du fleuriste, en cours à l’institut Saint-Tutty. Bidouille a voulu lui aussi tenter sa chance. Mais comment faire quand on est trop gros, trop timide et trop tout pour être son Roméo, à Violette ?

Samedi Sam, vendeur à la sauvette de l’édition spéciale, est un poète philosophe, le Jiminy Cricket de la série. Il va aider Bidouille à gravir des montagnes, lui faire prendre conscience qu’aucune ascension n’est impossible. Et si Juliette ne s’appelait pas tout simplement Violette ? A dater de ce jour, Bidouille va prendre son destin en mains. Un cornet de frites va faire rougir Violette bien plus que klaxons et vrombissements des mobylettes en chasse des loulous du quartier.

                Puis viendra le temps du premier rendez-vous, en pleine période d’examens, sur un banc public si cher à Georges Brassens. Mais Bidouille est encore loin de la chanson. C’est encore le temps des silences éloquents. A la maison, ce ne sont pas les silences, mais les premiers reproches. Mon fils est amoureux mais ne travaille plus. Ça ne me plaît pas. Je vais essayer de le faire rentrer dans le droit chemin, avec la maladresse d’un père esseulé qui veut tout faire mais qui ne peut rien. Ni mon fils, ni moi, ne savions que pendant ce temps Violette rédigeait son journal intime où elle décrivait tous ses sentiments pour lui. Les vacances arrivent allaient-elles les aider à dépasser leur timidité respective ?

 

 

 

 

 

 

                Violette est embarquée par sa copine Noisette, aux beaux yeux de la même couleur, en vacances à Deauville, la ville du romantisme lelouchien, la plage d’Un homme et une femme. Max, loubard lui aussi amoureux, amène Bidouille retrouver sa belle, alors que je signale sa disparition à la gendarmerie. On a beau comprendre son fils, un père reste un père. Dans la boîte de nuit de la station balnéaire, Hislaire commence à laisser exploser son talent. Textes et notes des chansons du dancing deviennent des éléments clefs de l’histoire. L’auteur continue à jouer avec la taille des lettres des mots quand mon fils crie tout doucement son amour à sa belle. Les gendarmes me ramèneront mon fils. Mais je suis si maladroit face à cette idylle naissante. Ce n’est pas facile d’être père. Ce qui me rassure, c’est que les parents de Violette, dans un autre style, sont tout aussi maladroits que moi. Mon fils prétextera des problèmes de maths à résoudre chez un copain les samedis après-midis pour rejoindre sa chérie en cachette.

                Les saisons défilent, des premiers mots jusqu’aux jours sombres. La chronique mélancomique de ce premier amour s’écrit au fil du temps.

 

L’histoire de Bidouille et Violette, c’est aussi un romantisme épistolaire désuet. Ce n’était pourtant pas il y a si longtemps que ça. Les lettres raturées, faites et refaites, relues et déchirées. Autant de petits bonheurs que les e-mails d’aujourd’hui ne permettent plus. Mon timide de fils est un des derniers poètes des temps modernes.

Puis, comme dans toute histoire d’amour, vint le temps des malentendus, les quiproquos des rendez-vous manqués, les scènes équivoques volées par la fenêtre et qui laisseraient penser des sentiments qui ne sont pas. Bidouille est jaloux mais exprime gauchement son désarroi. Mais Samedi Sam aidera les amoureux dans leur cheminement. Moi, à mon âge, je ne comprends plus. Violette essaiera de me le faire entendre : « Si à notre âge vous avez commis les mêmes crimes, dites-moi pourquoi est-on coupable d’aimer à seize ans ? » Les questions que l’on crie n’ayant jamais de réponses, je mettrai Violette à la porte car l’avenir d’un fils est le plus grand souci d’un père.

Je le sais, moi, qu’un amour tout jeune reste parfois trop jeune. Je me recueillerai auprès de la photo de Madeleine, ma femme décédée, pour qu’elle me conseille. C’est vrai, je ne suis qu’un vieux schnock. De son côté, Samedi Sam console mon fils. « Il y a des jours comme ça où tout va mal, où tout se goupille mal et ne finit pas bien… Mais quand s’accumulent les jours sombres, il faut que les nuages crèvent en orage… (…) Demain…d’autres couleurs !... »

 

La Reine des Glaces est peut être le chef-d’œuvre d’Hislaire, le récit où les sentiments prennent corps. Le père de Violette a toujours voulu lui faire aimer les fleurs. Il en vend, c’est sa vie, les roses. Mais sa fille, sur les toits de Mayon, sait que la vie ne l’est pas, rose. C’est sa sœur Zeff qui la comprend le mieux. Son cousin Lazone sert parfois d’intermédiaire avec ses parents, mais la différence de mentalités est là. De mon côté, je tente la méthode inverse. J’invite mon fils au cinéma, qui, bouche bée, préfère retourner s’enfermer dans sa chambre. Le cœur de cette Reine des Glaces est un rêve que fait Violette et qu’elle raconte à Tom, son journal intime, après la lecture de la Reine des Neiges, le conte de fées d’Andersen. L’ophtalmologiste rencontré l’après-midi se transforme en diable manipulateur, marionnettiste tirant les ficelles des destins. Ce rêve permet à la jeune fille de revoir Bidouille, Samedi Sam, la glace, la ville en couleurs et le rose en hiver. Un des récits les plus poétiques de l’histoire de la bande dessinée.

La Ville de Tous les Jours semble commencer aujourd’hui. Alors que je me rase dans ma salle de bains, le poste annonce que c’est la crise. En amour aussi, c’est la crise. Je refuse toujours que mon fils voit sa promise. Ça l’empêche d’étudier. Qu’il aille à l’école ! Au lieu de ça, je le retrouve à la télévision. Il escalade les immeubles de la ville avec Violette. Les pompiers viennent à leur secours. Même à son âge, je n’ai jamais fait de bêtises pareilles ! Puis, chez la jeune fille, comme à la maison, c’est un véritable conflit de générations. Avec mon fils, nous en viendront aux mains. Jusqu’à sa fugue dans une scène poignante.

Une fin ouverte. Le succès de Sambre et d’Yslaire a laissé  Violette en voiture en partance pour le ski et Bidouille en bien mauvaise posture sur le bord d’une route pluvieuse. Nous ne mordrons pas au travers ; la suite est sûrement chez la reine des Glaces qui doit être la seule à la connaître…

D’aucuns diront que Sambre est le chef-d’œuvre de l’auteur. Pourtant, si l’on y regarde en profondeur, Bidouille & Violette est tout autant poignant. Ce n’est pas facile d’élever un gosse…

 

Laurent Lafourcade.



Publié le 16/12/2013.


Source : Bd-best


Case à part, la rubrique du patrimoine de la BD s'interesse cette-fois à la série culte créé par Seron :  Aurore & Ulysse qui sont cette fois, vu du côté de Zeus lui-même.

 

 

 

 

 

Chassés de l’Olympe pour désobéissance, Aurore et Ulysse, les centaures, errent dans le monde des mortels à la recherche d’une porte qui leur permettrait de rentrer chez eux. Trois pointes noires indiquent l’existence d’une porte vers un autre monde. Mais elles sont nombreuses et situées à toutes les époques de l’humanité. Ainsi a été ma sentence, la sentence de Zeus. On n’est pas dieu des dieux pour rien !

Vous savez ce qu’ils ont fait ? Non, mais vraiment ! Vous savez ? Non ! Et bien, vous n’avez pas besoin de le savoir. C’est comme ça. Un point, c’est tout. Non, mais, qui c’est le chef, ici ? C’est peut-être parce qu’ils sont partis d’eux-mêmes galoper chez les humains. Chassés, échappés ? Dans les premiers récits, l’un ou l’autre des arguments est avancé. Seron a créé la série, aidé sur quelques courts récits au scénario par Desberg ou Mittéï.

Aurore et Ulysse sont deux centaures, frères et sœurs mi-humains mi-chevaux, perdus dans les temps et les lieux. Lorsque débute La porte du néant, j’ai déjà banni les centaures de l’Olympe. Aurore, dans le monde contemporain, est blessée par un chasseur. Ulysse la sauvera, mais un méchant rabatteur pour cirque tente de les kidnapper. C’est à la même époque, dans Le visiteur, qu’Ulysse, seul, doit accomplir une mission mystérieuse, à la grande satisfaction de son père.

Les hommes des bois amènent Aurore et Ulysse au temps somptueux des Rois de France et des combats au fleuret, pour déjouer une conspiration.

Les deux histoires suivantes marquent leur retour dans le XXème siècle. Ces téméraires bestiaux n’hésitent pas à s’engager dans le monde des humains sans savoir s’ils pourront aisément rentrer chez eux. Le trophée du bestiaire est un concours de déguisements animaliers, ce qui leur permettra, pour une fois, de passer inaperçus. Trésor de guerre les met aux prises avec des allemands revenant dans la campagne française pour récupérer un magot caché.

L’étoile du Nord est aussi une histoire de guerre, mais de Sécession celle-ci. Les centaures se retrouvent en 1864, aidant un jeune esclave noir à fuir les confédérés pour porter une précieuse sacoche aux tuniques bleues. Cette histoire aux accents du Nom de la Rose est antérieure au livre et au film du même nom. Elle date de 1979, alors que le livre est paru en Italie en 1980 et le film date de 1986. Umberto Eco a donc certainement lu Seron.

Puis, c’est Attelage de rêve, court récit de Noël où Aurore et Ulysse rendront bien service à un vieillard barbu… Pas moi… L’autre ! Cette histoire et la suivante La dent couronnée sont totalement inédites en album. On peut cependant lire la première sur le web à l’adresse : http://www.bdoubliees.com/journalspirou/sfigures1/centaures/index.html.

Vint ensuite l’époque de trois longs récits, la trilogie de l’heure de gloire, au milieu des années 80. Cela correspond aux albums Dupuis 2, 3 et 4, aux couvertures toutes plus belles les unes que les autres.

Commençons par Le loup à deux têtes, en 1346, sur les terres du comte de Selenvrac dont les armoiries sont craintes de tous et représentent une tête de loup sur fond rouge. L’histoire nous apporte la certitude que si les centaures traînent sur terre c’est bien parce que je les ai chassés de l’Olympe, et non parce qu’ils en sont partis d’eux-mêmes. Toujours est-il qu’au Moyen-âge, gueux et bouseux les prennent pour des démons. Le comte sanguinaire les poursuit jusqu’à une « porte » et sa vie va changer. Ses cheveux bleuissent ; il est pris d’une amabilité indéfectible. Oui, mais…en passant par la porte, ce qui était mauvais s’est séparé de lui et s’est matérialisé en un second lui-même, très cruel. Pour sauver Aurore, j’ai exceptionnellement permis à Ulysse de venir chercher ses frères centaures, dont le célèbre Chiron, aux portes de l’Olympe, pour combattre les soldats du mauvais Selenvrac.

Dans L’Odyssée, co-scénarisée par Homère (Vous connaissez ? Il paraît qu’il a écrit un livre dont on parle un peu.), Aurore et Ulysse tombent dans une crevasse qui les conduit dans l’antique et mythologique bassin méditerranéen. Dès le début, cet idiot d’Ulysse se met à dos des sirènes qui n’en resteront pas là. Je vais personnellement confier aux centaures une grande mission : rapporter au « vrai » Ulysse un objet destiné à Pénélope qu’il a oublié chez Calypso. Mais le chemin sera parsemé d’embûches, de la rencontre avec Polyphème le cyclope jusqu’à l’envoûtant chant des sirènes.

Les Amazones opposent Aurore et Ulysse à une tribu de femmes guerrières, au plus profond de l’empire des Hittites. La confrontation avec cette société, aux haines tout autant externes qu’internes, demandera aux centaures de développer leurs capacités de dialogue, d’astuce et de diplomatie, avec Alexandre le Grand au beau milieu de tout ça. En fin de récit, j’interviendrai à la demande d’Ulysse pour l’aider face à un dangereux ennemi casqué.

Le frère et la sœur feront face aux Châtiments d’Hermès dans leur aventure suivante. Mégalomane, facétieux et paranoïaque, le messager des dieux est jaloux de la notoriété des -pourtant punis- centaures. Hermès va garder Aurore en otage et imposer à Ulysse des épreuves plus sadiques les unes que les autres. L’intervention de ma douce Athéna leur évitera le pire.

 

 

 

 

J’apparais encore une fois au début du Volcan d’or, cross-over (comme on le dit dans les séries américaines) entre les deux séries de Seron : Les centaures et Les petits hommes. Paru dans le journal Spirou sous le titre Uwélématibukaliné, j’envoie dans cette histoire Aurore et Ulysse au XXème siècle pour secourir une tribu africaine retenue en esclavage et à qui j’avais promis de venir en aide. Ils seront épaulés dans la tâche par les habitants d’Eslapion : Renaud et ses camarades petits hommes. Je m’occuperai de l’action finale.

Dans Kelvinhator III, ce sont les petits hommes qui voyageront dans l’Egypte du XVIIIème siècle avant notre ère. Renaud aidera les centaures à sauver le fils de Pharaon, dont tout le monde ne souhaite pas la guérison.

La dernière aventure d’Aurore et Ulysse est un court récit sans titre complétant l’album des Châtiments d’Hermès. Au Vème siècle avant Jésus-Christ, près de Persipolis, un prince tyrannique reçoit une bonne leçon des dieux. Une belle petite histoire de rédemption.

La série est restée ouverte. Aurore et Ulysse n’ont pas regagné leurs pénates. Ils errent encore dans les époques. Peut-être atterriront-ils un jour chez une bonne âme désireuse de relancer leur quête et de mettre un peu d’ordre dans leur aventure éditoriale. Quatre albums, cinq, six ou sept ? Selon qu’on comptabilise les différentes séries, collections ou éditeurs, on tombe sur des résultats différents. Il y a eu en effet quatre albums dans la collection Les centaures…Aurore et Ulysse chez Dupuis. Un cinquième album chez le même éditeur est paru dans la collection Les petits hommes (Le volcan d’or). MC productions, Soleil, puis Jourdan ont complété ou réédité dans le désordre le plus total certains titres de la collection…mais pas tous, Les Amazones n’en faisant pas partie.

Sur le web, quelques belles illustrations d’Aurore et Ulysse, signées Richard Sirois pour Square Enix, démontrent l’aura que les centaures pourraient avoir sur une nouvelle génération : Key bearers of Olympus.

C’est vrai que je n’ai pas fait de cadeaux à mes deux petits centaures préférés, mais c’était pour votre plus grand plaisir, n’est-ce pas ? Finissons sur cette phrase qui résume la série et le bonheur que le lecteur a à la lire : « Tout être qui franchit « la porte » la haine au cœur ressort la paix dans l’âme. »

 

Laurent Lafourcade.



Publié le 02/12/2013.


Source : Bd-best


 

 

 



Publié le 14/11/2013.


Source : Bd-best


Dans la rubrique du patrimoine BD "Case à Part" Voici le point de vue de la série Yvain & Yvon par le Loup Ysengrin.

 

 

 

 

L’Ardenne…L’Ardenne des roches moussues, des cours d’eau qui viennent d’on ne sait où, l’Ardenne des légendes et du mystère…L’Ardenne des enfants…et des loups.

            Tel est le décor des aventures des jumeaux Yvain et Yvon et des miennes, moi, le loup Ysengrin. Duo ou trio ? Trio ou duo ? Toujours est-il que je vis en Yvon. Parfois, j’apparais à sa place. Notre symbiose va au-delà de la métamorphose. Nos deux corps, nos deux âmes vivent l’une et l’autre en complément. Je ne suis pas Yvon. Yvon n’est pas moi. Mais chacun sait ce que fait l’autre et nous n’existons pas en même temps. Bref, c’est l’un ou l’autre. Parfois, je vous jure, quelle vie ! Plus le temps de savoir qui on est.

 

 

 

 

            Le premier album, qui n’est pas notre première grande aventure, pose les jalons dès les premières cases. C’est l’été, deux enfants, deux jumeaux, se promènent dans la nature en fête. L’un s’appelle Yvain, et l’autre, Yvon, possède l’étrange et merveilleux pouvoir de se métamorphoser en loup, un mystérieux loup aux yeux rouges. Alors, il change de nom et s’appelle Ysengrin. C’est moi. Quand Yvon devient moi, il devient vraiment quelqu’un de différent, avec sa propre vie, son propre passé, comme si deux êtres différents habitaient le même corps. Et quand la promenade se termine, ce sont bien deux jumeaux qui rentrent chez leurs parents. Mais ils sont trop bavards. Ils jurent de garder leur secret pour eux, mais le dévoileront à plus d’un de leurs amis, qui, eux, sauront garder leur langue…heureusement.

 

 

 

 

Yvain est habillé en rouge et a trois tâches de rousseur sur chaque joue. Yvon est vêtu de bleu. Leurs écharpes ont les couleurs inversées. Chaque récit se passe dans un décor différent : le Midi, l’Alsace, les Ardennes forêt, les Ardennes ville.

Avant de parler de nos quatre albums, revenons sur notre genèse. Nous apparaissons dans une Ronde de nuit en février 1985 dans les pages du journal Tintin. Yvain et Yvon sont tous petits et trapus. Je suis fin et élancé avec un regard plus que sévère. Les parents, caricaturaux, sont là ; maman sert le repas à papa qui lit le journal en fumant sa pipe. Plus tard, seule la mère sera régulièrement présente, totalement relookée. Le père ne reviendra que furtivement dans la dernière aventure. Dans cette première apparition, sitôt couchés, je prendrai la place d’Yvon pour amener Yvain dans une balade en ville. Au fil des histoires courtes, les enfants prendront quelques années. Si on peut estimer qu’ils ont plus ou moins 7 ans dans ce premier récit, ils se stabiliseront autour de 10, pour terminer vers 13 ans dans le dernier grand récit. Les auteurs ont-ils voulu les faire grandir avec leur lectorat ? C’est également au fil du temps que je distille mes pouvoirs. Les yeux du sanglier, bien que montrant la cruauté de la nature, dévoile une de mes étonnantes capacités. Dans plusieurs récits, Yvain pourra voler grâce à trois poils arrachés de mon pelage. Au départ, Yvain devait récupérer les habits d’Yvon pour me les remettre lors de la transformation inverse. L’idée sera abandonnée. Plus aucune explication vestimentaire ne sera donnée.

L’enfant de la terre, récit diabolique, est mon premier galop d’essai sur 16 planches. Puis, une histoire de 31 planches en deux parties (Les chercheurs de menhir & Un loup dans la débâcle) préfigure ce que sera la série en albums. On s’y fera un ami scout, Merle Joyeux, que l’on retrouvera quelques années après.

 

 

 

 

Je reviendrai avec les enfants dans les pages du magazine pour quelques gags ou histoires courtes à l’occasion de numéros thématiques (les clowns, les inventions, les iguanodons, le modélisme, les champignons) On voit là la grande force de la presse magazine, aujourd’hui réduite à peau de chagrin, qui permettait aux lecteurs d’attendre notre retour entre deux grandes aventures. C’était par ailleurs un véritable laboratoire d’idées.

A part ça, quatre albums ont jalonné notre carrière aux éditions du Lombard.

Dans La piste du Baphomet, fable sur la méchanceté des hommes, Yvain et Yvon, en vacances dans le Midi, partent à la recherche du trésor des templiers. Ils rencontreront un monstre jadis adoré par les templiers et qui aurait ressuscité pour terroriser la région. Cette bête s’avèrera beaucoup moins dangereuse que certaines personnes mal intentionnées. Cadot et Bom définissent clairement leurs personnages et posent les jalons de la série trop vite arrêtée. Le professeur meurt-il sous les éboulis ou les auteurs s’apprêtaient-ils à le faire revenir dans une future aventure ?

Le roi des loups est un joli conte animalier. Dans une forêt d’Alsace, des loups venus d’Europe entière se retrouvent pour élire un nouveau roi, successeur du vieux loup blanc Tétramund. Mais un baron sanguinaire, à la tête de chasseurs snobs, organise une chasse meurtrière.

Le cheval des étoiles, sur fond de la légende des quatre fils Aymon, est un récit classique sur un promoteur qui veut détruire une forêt, où l’on retrouvera Merle Joyeux. Histoire pouvant paraître simplette pour un lecteur avisé, c’est là qu’on voit que les auteurs ont bien ciblé leur lectorat. Yvain et Yvon est une série à découvrir à huit ans, à réfléchir à douze ans, à savourer comme une madeleine tout le reste de la vie.

L’enfant de la nuit conclue la série dans une injuste indifférence. En effet, le journal Tintin ayant disparu, la sortie discrète de l’album sonne le glas de la saga. J’y ai un rôle tout aussi décisif que symbolique. « Sans famille » moderne, cette histoire raconte les difficultés que rencontre Gilles, un orphelin incompris, dans l’impasse, sans solution aucune, avec qui correspondent les jumeaux. Cette histoire pose la question du passage à l’âge adulte. Déjà, graphiquement, Yvain et Yvon ont grandi. Le seul adulte fréquentable de l’orphelinat s’appelle Monsieur Manset. Quoi de mieux comme nom que celui de ce voyageur en solitaire que rien n’oblige à se taire. J’interviens au moment crucial du récit, sauvant l’enfant pour qui il n’y a plus d’issue dans l’enfance, en usant d’un pouvoir magique épatant.

 

 

 

 

Personne ne connaîtra le contenu du Trésor du Grand Romain, cinquième album avorté de la série. J’ai disparu avec les jumeaux prématurément, victimes collatérales de la cessation du titre du journal Tintin aux éditions du Lombard, conjuguée à de trop faibles ventes des albums parus. Nos auteurs en avaient pourtant encore beaucoup à raconter, notamment sur mes origines. Nos anciens lecteurs sont aujourd’hui tous adultes. « Et quand on est adulte, il y a des choses auxquelles on ne croît pas, tout simplement parce qu’on se dit qu’elles sont impossibles, juste bonnes à raconter aux enfants. Mais certains adultes, sous la rude carapace du travail et des responsabilités, ont conservé un cœur d’enfant et, à ceux-là, il arrive parfois des choses extraordinaires. » Gardez votre âme d’enfant. Cela vous permettra de continuer de rêver avec nous le plus longtemps possible.

Cette série des années 80 figure parmi les plus attachantes et regrettées. Elle fleure bon l’innocence candide. Un jour, j’expliquais à Yvain, en arrivant en ville, qu’il ne faisait pas beau par là, dans la banlieue. Ce dernier me demanda ce qu’était la banlieue. Un dialogue qui veut tout dire sur les intentions des auteurs. Mêlant aventure et mythologie fantastique, les histoires sont tout autant instructives que constructives. Ces histoires font partie de la « nostalgie heureuse » pour le reste de la vie.

Comme l’écrivent les auteurs en conclusion du Roi des loups : « Ce jour-là, Yvain apprit que lorsqu’un ami vous quitte, il faut se taire et penser très fort à lui. Alors, il sera toujours là ! » C’est pour cela qu’Yvain & Yvon resteront toujours dans nos cœurs.

 

Laurent Lafourcade.

 

 



Publié le 30/10/2013.


Source : Bd-best


 

 

"Case à part" ... la rubrique qui  traite du patrimoine du neuvième art avec cette fois, Laurent Lafourcade qui fait parler Monsieur Dussiflard & Madame Adolphine, personnages de l'univers de Benoit Brisefer.

 

Une belle nuit étoilée à Vivejoie-la-Grande. Un petit garçon dans le ciel, sautant les murs avec une mamie dans les bras. Quoi de plus banal ?

 

-          Hep, taxi !

-          Bonjour, Madame Adolphine !

-          C’est vous, Monsieur Dussiflard. Pouvez-vous mettre mon cabas dans le coffre de votre automobile, s’il vous plaît ? Je reviens du marché. Il y avait un monde fou, ce matin.

-          Y avez-vous croisé Benoît ?

-          Oui, cet adorable petit garçon a porté mes affaires pendant toutes mes courses. Il vient de partir jouer aux billes avec ses copains.

-          Je n’oublierai jamais qu’il m’a bien aidé lorsque la compagnie des Taxis Rouges s’est montée et a bien failli me mettre au chômage.

-          Monsieur Poilonez, le directeur de cette compagnie, était en fait le chef d’une bande de malfaiteurs ; je me rappelle… Dans cette aventure, Peyo, notre auteur, a fait un bien bel hommage à Jijé.

-          A propos, Madame Adolphine, comment avez-vous fait la connaissance de Benoît ?

-          Tout simplement, sur un banc du square de Vivejoie-la-Grande, nous avons entamé la causette. J’ai proposé de m’amuser avec lui car il était tout seul. Quelle rigolade ! On a joué aux cow-boys et aux indiens. Et puis, il y a eu ces soucis avec le robot…

-          …Le robot à votre effigie fabriqué par Monsieur Vladlavodka. La machine est devenue méchante suite à l’inversion de deux fils.

-          C’est cela ! Cette pâle copie m’a valu un séjour en prison. Elle a entaché plusieurs fois ma réputation, en commettant des casses sur la côte d’Azur sous le nom de Lady d’Olphine, ou encore en m’enlevant pendant un tournage de cinéma. (Hold-up sur pellicule)

-          Une autre fois, c’est moi qui ai tiré Benoît d’un bien mauvais pas. Un forain l’accusait d’avoir cassé une attraction. Ce fou croyait que le gamin avait assez de force pour exploser son engin d’un coup de masse. Quel idiot ! Benoît m’a ensuite aidé à récupérer l’héritage d’un émir. (Les 12 travaux de Benoît Brisefer)

-          Je crois avoir lu ça. Il y a aussi un certain Bébert Brisenoix qui y a participé…

-          Heu, non ! Ça, c’était le treizième travail, une potacherie signée Walthéry et Delporte.

-          Pauvre Benoît ! Si frêle, si fragile… Pas comme son Tonton Placide, une force de la nature. Qu’est-ce qu’il est fort cet oncle de Benoît qui est garde du corps. Lui, au moins, il est costaud.

-          Je ne vous le fait pas dire. Heureusement qu’il est là pour protéger son neveu que le moindre courant d’air enrhume.

-          Il est si mignon notre petit garçon. Dites-moi, Monsieur Dussiflard, savez-vous si Benoît revoit encore Mona, la fillette du cirque Bodoni ?

-          Au moins une fois par an, quand le cirque vient en tournée. Je crois qu’il l’aime bien. Hi ! Hi ! Hi ! Mais il ne l’a pas vue la fois où cette harpie de Démonia a demandé à Monsieur Bodoni comment le contacter. Elle a voulu entraîner Benoît dans de bien mauvais coups.

-          Il s’est retrouvé plusieurs fois embarqué dans de drôles d’histoires, notre petit ami.

-          C’est vrai, Madame Adolphine. Sur l’île de la désunion, il s’est trouvé au cœur d’un coup d’état militaire pour sauver Monsieur Vladlavodka. Puis, il m’a accompagné sur la route du Sud dans une course automobile. Je conduisais le véhicule d’assistance de Victor Martin, un jeune pilote prometteur. La course a été perturbée par deux malfrats dont le véritable but n’était pas de gagner.

-          Un jour, Benoît a pris le bus tout seul comme un grand pour partir à la campagne. Il est allé chercher des fleurs chez un horticulteur afin de me les offrir pour ma fête. Il y a rencontré Eglantine, une petite fille qui a un grand secret. Je n’ai jamais su lequel.

-          Pour ma part, j’ai eu vraiment peur la fois où il s’est embarqué dans une histoire de chocolats qui cachaient des sachets de drogue. Quand il m’a raconté ça, j’ai eu des frissons en apprenant qu’il a été aux prises avec de si dangereux bandits.

 

 

 

 

-          Et dans sa dernière aventure, il a retrouvé Tonton Placide. Ils sont partis tous les deux à la montagne pour s’occuper de John-John, un enfant de l’âge de Benoît, dont le père est un acteur célèbre.

-          Vous savez, Madame Adolphine, que toute une pléiade d’auteurs du neuvième art ont collaboré aux aventures de Benoît ? Peyo, Will, Delporte, Gos, Blesteau,…

-          Oui. Et plus tard, Garay, Dugomier, Jannin et Culliford, le propre fils de Peyo, avec des couleurs de Nine, alias Madame Peyo. Mais ça va faire bientôt dix ans qu’il n’y a rien eu.

-          C’est bien triste. Espérons que l’année prochaine le film relancera la série.

-          Un film ?

-          Oui, une histoire tirée des Taxis Rouges, dont je vous parlais tout à l’heure.

-          J’ai hâte… Nous voici déjà arrivés devant chez moi, Monsieur Dussiflard. Merci beaucoup et à très bientôt.

-          Si vous recroisez Benoît avant moi, vous l’embrasserez de ma part, Madame Adolphine.

-          C’est promis. Et comme dit toujours la maîtresse d’école : « Quand on promet, il faut tenir, sinon, c’est mentir ! »

 

 

 

 



Publié le 14/10/2013.


Source : Bd-best


"Case à part" ... une nouvelle rubrique qui a la vocation de parler du patrimoine du neuvième art d'une façon originale. Cette fois, Laurent Lafourcade vous invite à découvrir ou redécouvrir : Ali Béber.

 



 Cette splendide vue résume bien l’univers féérique d’Ali Béber, série éphémère née en 1980 dans les pages du journal Tintin. Sur le dos d’une autruche, nous survolons une vallée. Décors et vêtements donnent le ton : nous sommes dans un univers proche des mille et une nuits. Sur cette autruche qui vole ( !), c’est moi, Mustapha, derrière mon frère Ali Béber. Nous avons vécu de trop rares aventures pendant trois ans, dans un pays ressemblant à la Perse antique et alentours.

Pour vous situer mon frère, alors qu’un sultan nous remerciait d’avoir sauvé son fils, Ali répondit :

« - Tout homme digne de nom aurait agi semblablement ! Nous n’acceptons aucune récompense ! »

Et voilà, ça, c’est mon frère : « Modestie de héros ! ». Il donnerait son burnous et se priverait de tout pour défendre la veuve et l’opprimé. Heureusement que je suis là pour lui rappeler les réalités du terrain.

Au départ marchands ambulants (tapis, breloques, …), nous avons ensuite ouvert une échoppe de brocante dans une rue de Dakblad. Hormis quelques très courts récits, nous avons vécu quatre aventures plus longues, réunies au milieu des années 80 dans trois albums de la collection Bédéchouette au Lombard.

Dans Le Scorpion Noir, nous fîmes la connaissance de Kif-Kif, un djinn sorti d’une lampe magique. Ce génie gaffeur allait constamment rater la réalisation de nos vœux. Sauf une fois où il nous tira d’un bien mauvais pas. Bref, lors de notre première rencontre, il nous remit à flot une épave, que nous avons rafistolé, et qui devait nous permettre d’atteindre plus rapidement le califat pour y faire notre négoce. Passons sur mon allergie au poisson, le problème n’était pas là. Non, là où la babouche blessait, c’était que cette felouque était l’ancien navire du Scorpion Noir, terreur des mers qui n’aspirait qu’à reprendre son butin caché à l’intérieur, au grand dam de ce fourbe de Rachid le bossu. Ce n’est pas pour dévoiler la fin du récit, mais plutôt pour vous montrer que mon frère est très (trop ?) honnête : il distribua le trésor aux nécessiteux et aux opportunistes, nous contraignant à finir l’aventure en faisant la manche.

 

 

 

 

 

Nous devions affronter une seconde fois le Scorpion Noir dans Le mystère de Mekel-Fatrah. Nos affaires ayant pas trop mal marché, nous pûmes débourser les mille dinars nécessaires pour passer deux semaines de vacances sur l’île paradisiaque de Mekel-Fatrah. Ce club Med avant l’heure était en fait une façade permettant au Scorpion Noir de s’adonner au trafic d’esclaves. Et qui tira les malheureux touristes des griffes des pirates ? Ali ? Pieds et poings liés, ça ne risquait pas. Ce fut moi, Mustapha.

La clef du bonheur fut notre plus belle aventure. Le mendiant Biribi, sage parmi les sages à qui nous avons offert le gîte et le couvert, nous offrit un coffret ciselé d’or. Il était bon Biribi. Il apprécia même mon couscous, peut être un poil épicé. En nous quittant, sur son esquif conduit par quatre cygnes majestueux, un guideur et deux laquais, il nous lança une énigme : « Si vous réussissez à vaincre la serrure magique de cette cassette, vous y découvrirez le merveilleux secret du bonheur éternel. » La réponse se trouvait au pays des enchantements. Ça ne servait à rien que je m’escrime à essayer de la casser pour l’ouvrir, ni de demander à Kif-Kif d’user de sa magie maladroite.

L’ombre blanche clôtura notre courte carrière. Un mystérieux voleur nous fit accuser à sa place, mais nous délivra quand il vit que ça allait mal tourner pour nous. L’honnêteté de mon frère et sa clémence nous firent prendre une décision médiane au cœur de cette vengeance familiale.

Voilà pour l’essentiel. Nous avons également rencontré nos auteurs dans un court épisode de deux pages que l’on peut relire sur le net : http://bedu.businesscatalyst.com/les-inédits-d-ali-béber.html.

Bédu, notre dessinateur, s’était fait la main sur Beany le raton, qui n’a jamais eu la chance de connaître d’album. Il nous anima en parallèle avec Le P’tit Prof, série humoristico-didactique qui nous survécu de quelques mois. Puis, Bédu nous abandonna pour Hugo, puis Clifton, deux séries dans lesquelles il laissa éclater son talent, avant de rejoindre l’écurie Dupuis, pour Les Psy, avec l’icône Raoul Cauvin.

Christian Blareau, notre scénariste, fit peu de BD. Il collabora essentiellement avec Bédu sur Ali Béber, Le P’tit Prof et pour le lancement de Hugo. Puis il disparut de la circulation. On ne sait s’il se tourna vers une autre carrière. Si quelqu’un a des infos,…

Messieurs les éditeurs du Lombard, ou autres bienfaiteurs Coffre-à-BD oubliées ou Vache méditant, une belle intégrale d’Ali Béber serait une bonne idée. Outre les quelques récits inédits, L’ombre blanche et Le mystère de Mekel-Fatrah ont chacune été amputée d’une planche pour la parution en album.

La conclusion de La clef du bonheur résonne comme un hommage à tous les auteurs magiciens qui nous ont enchantés et qui nous enchantent encore : « Regarde autour de toi… L’eau des sources est pure comme du cristal, le soleil pourpre embrase chaque été et toi tu as le fabuleux pouvoir d’illuminer le visage des enfants. Alors, prends le temps de vivre et sois heureux. »

 

Laurent Lafourcade

 



Publié le 30/09/2013.


Source : Bd-best


Le Scrameustache vu par l'Oncle Georges

"Case à part" ... une nouvelle rubrique qui a la vocation de parler du patrimoine du neuvième art d'une façon originale. En effet, Laurent Lafourcade vous propose ici un article écrit avec le point de vue d'un personnage de Bande Dessinée par rapport à la série ou il est impliqué. Pour ce premier article, Laurent à choisit l'Oncle Georges de la célèbre série créée par Gos "Le Scrameustache".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Ça alors, une soucoupe volante ! » s’étonne Khéna en découvrant pour la première fois un objet volant non identifié. Cette rencontre allait changer sa vie, et par conséquent la mienne, moi, Georges Caillaut, archéologue et ethnologue. Après avoir bourlingué autour du monde, je rédige mes mémoires et m’occupe de mon neveu d’une quinzaine d’années : Khéna. Je ne me doutais pas que cette partie de ma vie allait être beaucoup plus mouvementée que prévue à cause d’un chat venu de l’espace.

Une série de plus dans la longue liste au style ligne claire ? Non, Khéna et le Scrameustache, qui sera rebaptisée Le Scrameustache au tome 7 est une suite d’histoires bien plus réfléchie qu’il n’y paraît au premier abord. Le matou n’est pas un simple extra-terrestre, mais est issu de manipulations génétiques. On l’apprendra plus tard (T.18 : D’où viens-tu Scrameustache ?, pré-publié dans Spirou sous le titre moins simplet : La genèse du Scrameustache). Khéna n’est pas non plus un adolescent comme les autres. Je l’ai recueilli lors d’une expédition en Amérique du Sud (T.1 : L’héritier de l’Inca). Il vient en fait lui aussi de l’espace et ses parents sont prisonniers du temps (T.9 : Le dilemme de Khéna). Et je n’ai pas rangé définitivement ma truelle de chercheur et mes carnets de notes (T.19 : La caverne tibétaine).

Khéna et son compagnon vont m’en faire voir des pas mûres et des vertes, ou plutôt des verts. Une communauté de petits hommes…verts, les galaxiens, aussi organisés que drôles, accompagne une bonne partie des aventures. On pense aux Schtroumpfs. Gos n’a pas fait l’école Peyo pour rien. Il a participé au scénario et aux dessins du Cracoussas. Mais la communauté des galaxiens a un côté beaucoup plus scientifique, politique et tayloriste dans leur façon de vivre. Le Grand Schtroumpf y est remplacé par un quatuor d’anciens, plus intéressés par se faire des farces que pour servir d’exemple (T.10 : Le prince des galaxiens). Dans ce même volume, une galaxienne naît par magie, acte manqué en hommage à une certaines Schtroumpfette.

Mais revenons à mon neveu d’adoption. Dès le tome 3 (Le continent des deux lunes), j’apprends que qu’il a débarqué sur terre avec ses parents dans un vaisseau d’exploration. Son père et sa mère ont disparu. Khéna réussira à les ramener du passé (T.16 : Le grand retour).

Expatrié, le Scrameustache se pose des questions existentielles sur sa place dans la société. Il va mettre la panique dans le village. Ses tourments l’amènent à faire tout un tas de potacheries (T.6 : La fugue du Scrameustache). Cet épisode voit également la première apparition des galaxiens, mise à part la dernière case du tome 3.

C’est très souvent aussi que les militaires, ou les gendarmes, passent pour de sombres crétins dépassés par les événements (T.7 : Les galaxiens, T.27 : Les naufragés du Chastang,…) Est-ce une réminiscence du premier métier de Gos ?

Je vais me retrouver au premier plan du diptyque La saga de Thorgull/Le secret des trolls (T.12/13) à cause d’un casque de viking bloqué sur ma tête. Revenus de cette légende nordique, nous quitterons notre maison de Chambon-les-roses, pour aménager, toujours dans le même village, à la tour Agnar qui va devenir un véritable centre de communication névralgique entre la terre et l’espace. Cette grande bâtisse me permettra d’accueillir souvent -et avec joie- les galaxiens. Notons que c’est à partir de ce treizième épisode que Gos sera épaulé de son fils Walt.

 

 

 

 

 

Gos, Walt et Seron ont réalisé un bien bel exercice de style dans un épisode où, faute de goût (?), je n’apparais pas. Kromoks en folie (T.14) est à lire en parallèle avec Le pickpocket (T.18 des Petits Hommes). Les auteurs ont inventé le cross-over, à la mode aujourd’hui dans les séries américaines, en mélangeant leurs deux univers.

Le monde du Scrameustache est peuplé de bien d’autres personnages dont voici une liste non exhaustive :

-          - L’oncle Yamouth, relais de Khéna sur le continent des deux lunes ;

-          - Tobor, le robot de compagnie du Scrameustache. Cet « aspirateur volant » le tirera de bien des mauvais pas ;

-          - Falzar, l’Arbacès de la série, dont les retours ponctuels sont un réel plaisir (T.2 : Le magicien de la grande ourse, T.19 : Les figueuleuses, T.34 : Le retour de Falzar) ;

-          - Waterloo, mon chien, qui, s’il pouvait parler, en aurait à raconter ;

-          - Les Ramouchas, sortes de félidés aux allures de gorilles, dont la particularité est de coller des décharges électriques à qui ils veulent. L’un d’eux, à l’oreille coupé, est un grand copain du Scram ;

-          - Les Kromoks, butors simiesques, dont le chef Patarsort est aussi bête que méchant ;

-          - Zoltic et Zoltac, deux scientifiques parias exilés dans l’espace.

 

Je vais rester pratiquement absent de neuf albums consécutifs pour ne revenir que dans les vingt-troisième et vingt-quatrième albums, La caverne tibétaine et Le cristal des Atlantes, nouveau diptyque au scénario très travaillé sur le mythe de l’Atlantide.

Les naufragés du Chastang (T.27), aventure scientifique, est une bonne synthèse de l’univers du Scrameustache : un problème dans l’espace, des aliens en péril que Khéna et le Scrameustache doivent aider et qui débarquent sur terre, des militaires hébétés, et moi au milieu de tout ça. L’action se déroule autour du barrage éponyme, centre hydro-électrique corrézien existant. Rebelote dans Les petits gris (T.28), dont l’action se déroule à Pommerol en Drôme provençale, basé sur un schéma narratif semblable, les militaires en moins.

Le retour de Falzar (T.34) est aussi le mien, après une nouvelle éclipse. C’est le dernier album sous le label Dupuis. Dans cette histoire et dans sa suite, j’ai plutôt un rôle de figurant et de comique involontaire de service. Ce tome 35, L’antre de Satic, est le premier album publié aux éditions Glénat sous le label Paris-Bruxelles géré par Walt. Je n’ai jamais compris comment les éditions Dupuis avaient pu laissé filer une telle série comportant l’ADN de leur maison. Même si le Scrameustache continue dans le giron de Glénat, la série a la goût et la couleur de Dupuis.

 

 

 

 

 

Je reprends mon rôle d’archéologue dans Casse-tête olmèque (T.36), le pied dans le plâtre. Après une très courte apparition au début des Exilés (T.37), qui voit le retour de ces débiles de Kromoks, les galaxiens viennent me casser les pieds chez moi dans L’elfe des étoiles (T.38), joli conte de fées. Je retrouve un rôle majeur dans La clef de l’hexagramme (T.39) dans lequel j’examine le tracé d’une future route pour d’éventuelles fouilles préalables. Dans les deux derniers épisodes parus à ce jour, je fais une figuration dans Les passagers clandestins (T.40) et un caméo dans la première case du Lauréat K22 (T.41).

De la BD tous publics, intéressante et distrayante, le Scrameustache est une série bien plus intelligente qu’on ne pourrait le penser au premier abord. Depuis quelques années, les albums s’espacent de plus en plus. C’est regrettable pour la fidélisation des lecteurs. Espérons qu’un rythme de parution annuel revienne vite.

Gos et Walt ont eu l’intelligence d’alterner épisodes sur terre, dans lesquels j’apparais plus volontiers, et aventures dans l’espace, récits archéologiques ou écologiques et science-fiction pure. Mais une chose que je ne leur pardonnerai pas, c’est de m’avoir fait faire le voyage Amérique du Sud-France ficelé sur le dos du Passe-Partout. Qu’ils soient changés en statues de sel !

 



Publié le 17/09/2013.


Source : Bd-best


Gaston fac-similés

Présentons quand même Gaston pour donner une envie de lecture aux novices de la série. Gaston Lagaffe est un garçon à tout faire qui travaille dans l’immeuble des éditions Dupuis éditant entre autres le beau journal de Spirou. Inventeur invétéré et gaffeur patenté, il est un boulet attachant pour tous ses collègues de travail, avec en premier lieu Fantasio, son supérieur hiérarchique, que Gaston fait constamment sortir de ses gonds et qui sera plus tard remplacé par Prunelle lorsque Franquin abandonnera Spirou. Sa collègue Mam’zelle Jeanne est transie d’amour pour lui. Monsieur de Mesmaeker tente de venir régulièrement à la rédaction du journal pour signer d’éternels contrats, ce qu’il ne réussira jamais à faire, on le devine dès sa première apparition. Gaston conduit une Ford T bricolée par ses soins, faisant le bonheur (?!) du carnet à souches de l’agent Longtarin.

On pourrait faire une longue liste des avantages de ces cinq petits livres. Les maquettes identiques à celles d’origine, avec des couleurs restaurées par Frédéric Jannin, présentent les couvertures où le nom de Jidéhem était, à juste titre, au même niveau que celui de Franquin. Le luxe est poussé jusqu’au code barre, qui est collé, et non pas imprimé, ce qui permet au collectionneur de l’ôter aisément. Les pages de garde en particulier sont de véritables petits bijoux. Différentes à chaque album, certaines sont de véritables œuvres d’art, comme dans le tome 5 où Gaston tire une ficelle d’un damier ce qui le transforme en un tableau de Vasarely.

 

 

 

 

                Couvertures, pages de garde, pages de titre, quatrièmes de couvertures, quatre premières raisons d’acquérir ces premiers exploits de Gaston. Mais ce n’est pas tout. Avec cette publication à l’italienne présentant un gag par page, chacun d’entre eux est isolé et ainsi mieux mis en valeur. Ceux-ci, présentés dans un ordre non chronologique, présentent sans tarder les principaux personnages secondaires : De Mesmaeker, Prunelle, Mam’zelle Jeanne, l’agent Longtarin sont là dès le premier volume. C’était une excellente idée pour entrer de plain-pied dans l’univers de Lagaffe. Cela prouve le génie de Franquin dans la conception de cette œuvre intemporelle dans laquelle on peut pénétrer par n’importe quelle porte.

                Si de nouveaux lecteurs découvrent Gaston grâce à ses rééditions, Dupuis aura réussi son pari. N’en déplaise aux possesseurs des véritables éditions originales qui risquent de voir la côte de leurs albums sérieusement baisser au prochain BDM. Par ailleurs, si ce format à l’italienne pouvait être généralisé à toutes les séries de gags en demi-pages, ce serait un grand pas en avant dans le monde de l’édition. Notons que c’est sous ce format qu’est paru également chez Dupuis L’atelier Mastodonte.

 

 

 

 

                Pour un chroniqueur BD, faire un papier sur Franquin, c’est comme si un fidèle écrivait sur Dieu. Pourtant, la réédition en fac-similés des cinq premiers petits albums de Gaston mérite plus qu’une sortie discrète aux portes de l’été. Cette parution est une madeleine de Proust pour les uns et la meilleure façon de découvrir Lagaffe pour les autres…s’il en reste encore.

 

Laurent Lafourcade.

 

 

Album cartonné - 64 pages en couleurs

ISBN/Code-barre: 9782800159065

Belgique:   10.60 EUR

France:   10.60 EUR

Suisse:  15.90 CHF



Publié le 26/08/2013.


Source : Laurent Lafourcade


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