Case à part : Ali Béber
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"Case à part" ... une nouvelle rubrique qui a la vocation de parler du patrimoine du neuvième art d'une façon originale. Cette fois, Laurent Lafourcade vous invite à découvrir ou redécouvrir : Ali Béber.

 



 Cette splendide vue résume bien l’univers féérique d’Ali Béber, série éphémère née en 1980 dans les pages du journal Tintin. Sur le dos d’une autruche, nous survolons une vallée. Décors et vêtements donnent le ton : nous sommes dans un univers proche des mille et une nuits. Sur cette autruche qui vole ( !), c’est moi, Mustapha, derrière mon frère Ali Béber. Nous avons vécu de trop rares aventures pendant trois ans, dans un pays ressemblant à la Perse antique et alentours.

Pour vous situer mon frère, alors qu’un sultan nous remerciait d’avoir sauvé son fils, Ali répondit :

« - Tout homme digne de nom aurait agi semblablement ! Nous n’acceptons aucune récompense ! »

Et voilà, ça, c’est mon frère : « Modestie de héros ! ». Il donnerait son burnous et se priverait de tout pour défendre la veuve et l’opprimé. Heureusement que je suis là pour lui rappeler les réalités du terrain.

Au départ marchands ambulants (tapis, breloques, …), nous avons ensuite ouvert une échoppe de brocante dans une rue de Dakblad. Hormis quelques très courts récits, nous avons vécu quatre aventures plus longues, réunies au milieu des années 80 dans trois albums de la collection Bédéchouette au Lombard.

Dans Le Scorpion Noir, nous fîmes la connaissance de Kif-Kif, un djinn sorti d’une lampe magique. Ce génie gaffeur allait constamment rater la réalisation de nos vœux. Sauf une fois où il nous tira d’un bien mauvais pas. Bref, lors de notre première rencontre, il nous remit à flot une épave, que nous avons rafistolé, et qui devait nous permettre d’atteindre plus rapidement le califat pour y faire notre négoce. Passons sur mon allergie au poisson, le problème n’était pas là. Non, là où la babouche blessait, c’était que cette felouque était l’ancien navire du Scorpion Noir, terreur des mers qui n’aspirait qu’à reprendre son butin caché à l’intérieur, au grand dam de ce fourbe de Rachid le bossu. Ce n’est pas pour dévoiler la fin du récit, mais plutôt pour vous montrer que mon frère est très (trop ?) honnête : il distribua le trésor aux nécessiteux et aux opportunistes, nous contraignant à finir l’aventure en faisant la manche.

 

 

 

 

 

Nous devions affronter une seconde fois le Scorpion Noir dans Le mystère de Mekel-Fatrah. Nos affaires ayant pas trop mal marché, nous pûmes débourser les mille dinars nécessaires pour passer deux semaines de vacances sur l’île paradisiaque de Mekel-Fatrah. Ce club Med avant l’heure était en fait une façade permettant au Scorpion Noir de s’adonner au trafic d’esclaves. Et qui tira les malheureux touristes des griffes des pirates ? Ali ? Pieds et poings liés, ça ne risquait pas. Ce fut moi, Mustapha.

La clef du bonheur fut notre plus belle aventure. Le mendiant Biribi, sage parmi les sages à qui nous avons offert le gîte et le couvert, nous offrit un coffret ciselé d’or. Il était bon Biribi. Il apprécia même mon couscous, peut être un poil épicé. En nous quittant, sur son esquif conduit par quatre cygnes majestueux, un guideur et deux laquais, il nous lança une énigme : « Si vous réussissez à vaincre la serrure magique de cette cassette, vous y découvrirez le merveilleux secret du bonheur éternel. » La réponse se trouvait au pays des enchantements. Ça ne servait à rien que je m’escrime à essayer de la casser pour l’ouvrir, ni de demander à Kif-Kif d’user de sa magie maladroite.

L’ombre blanche clôtura notre courte carrière. Un mystérieux voleur nous fit accuser à sa place, mais nous délivra quand il vit que ça allait mal tourner pour nous. L’honnêteté de mon frère et sa clémence nous firent prendre une décision médiane au cœur de cette vengeance familiale.

Voilà pour l’essentiel. Nous avons également rencontré nos auteurs dans un court épisode de deux pages que l’on peut relire sur le net : http://bedu.businesscatalyst.com/les-inédits-d-ali-béber.html.

Bédu, notre dessinateur, s’était fait la main sur Beany le raton, qui n’a jamais eu la chance de connaître d’album. Il nous anima en parallèle avec Le P’tit Prof, série humoristico-didactique qui nous survécu de quelques mois. Puis, Bédu nous abandonna pour Hugo, puis Clifton, deux séries dans lesquelles il laissa éclater son talent, avant de rejoindre l’écurie Dupuis, pour Les Psy, avec l’icône Raoul Cauvin.

Christian Blareau, notre scénariste, fit peu de BD. Il collabora essentiellement avec Bédu sur Ali Béber, Le P’tit Prof et pour le lancement de Hugo. Puis il disparut de la circulation. On ne sait s’il se tourna vers une autre carrière. Si quelqu’un a des infos,…

Messieurs les éditeurs du Lombard, ou autres bienfaiteurs Coffre-à-BD oubliées ou Vache méditant, une belle intégrale d’Ali Béber serait une bonne idée. Outre les quelques récits inédits, L’ombre blanche et Le mystère de Mekel-Fatrah ont chacune été amputée d’une planche pour la parution en album.

La conclusion de La clef du bonheur résonne comme un hommage à tous les auteurs magiciens qui nous ont enchantés et qui nous enchantent encore : « Regarde autour de toi… L’eau des sources est pure comme du cristal, le soleil pourpre embrase chaque été et toi tu as le fabuleux pouvoir d’illuminer le visage des enfants. Alors, prends le temps de vivre et sois heureux. »

 

Laurent Lafourcade

 



Publié le 30/09/2013.


Source : Bd-best

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