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Un genre nouveau : le thriller architectural.  Irons 1- Ingénieur-conseil

           « - J’ai pas toujours été taxi, vous savez ? Avant j’étais pêcheur, pendant vingt ans ! Jusqu’à ce qu’ils nous fassent ce sale pont pour rejoindre le Nouveau Brunswick. Dix ans de travaux ! ça a tué tous les homards à cause des tonnes de sable qu’ils déversaient dans la baie. (…) Moi, ça fait des années que j’essaie de vendre mon bateau, mais personne n’en veut. Alors, je fais le taxi pour les touristes comme vous… Woh !  Vous avez entendu ça !?! Comme une explosion !!!

-          Qu’est-ce que vous dites ?!

-          C’est quoi qui bouge comme ça, simonac !? La route est super weird… Ça roule pas comme d’habitude. Et maintenant, v’là qu’y a pu de lumières ! Tabouère…

-          FREINEZ !!! ARRÊTEZ-VOUS ! TOUT DE SUITE !!! »

 

 

            Unique survivant de sa famille lors de l’effondrement d’un pont, Jack Irons est maintenant adulte. A l’Île du Prince-Edouard au Canada, un taxi le mène à l’aéroport. C’est alors qu’une partie du pont géant qu’ils franchissent s’effondre devant ses yeux. L’histoire se répète… Mais l’ingénieur va tout mettre en œuvre pour trouver la cause de la destruction du pont de la confédération, car pour certains, les conséquences ne sont pas innocentes.

 

            La couverture pourrait laisser penser qu’Irons est une série de S-F. Il n’en est rien. C’est bien un genre nouveau : le thriller architectural.

 

 

 

© Roulot, Brahy, Facio – Le Lombard

 

 

 

 

 

            Le scénario de Tristan Roulot propose de suivre un nouveau personnage à la profession inédite dans la bande dessinée. Le journaliste, auteur des Goblin’s et de Hedge Fund, présente Jack Irons, ingénieur conseil en architecture. L’homme est le Docteur House du bâtiment. Il aime se faire détester. Réflexions désagréables, commentaires secs et cassants, le grand chauve n’est pas là pour se faire apprécier, il est là pour mettre ses compétences au service de l’enquête. Irons est un héros avec des failles. C’est cela qui le rend plus fort et qui démarque la série des derniers épisodes de classiques comme XIII (série de base) ou Largo Winch qui sont nettement moins bons. Irons vient leur donner un coup de pied aux fesses comme ce n’est pas permis : concurrence positive et, espérons-le, stimulante.

 

 

 

© Roulot, Brahy, Facio – Le Lombard

 

 

 

 

 

            Décidemment, Luc Brahy est le stakhanoviste du moment. On ne compte plus les nouvelles séries pour lesquelles il est au dessin. Après Alto Plano et Etoilé, ce Lucky Luke du crayon démarre Irons, dans un trait propre et sans bavure, fidèle, solide et efficace. Le dessinateur dégaine un album en deux mois. Jean-Yves Delitte n’a qu’à bien se tenir.

 

            Les couleurs du mexicain Hugo Facio pénètrent les vêtements du lecteur jusqu’à faire ressentir la glaciale humidité nord-américaine. Les tons s’étalent tout au long de l’album, partant du noir abyssal ou nocturne des drames jusqu’à la blancheur d’un jour ensoleillé éclaircissant le mystère.

 

            Irons fait une entrée fracassante dans la collection Troisième Vague, … de quoi casser un pont.

 

Laurent Lafourcade

 

 

Série : Irons

Tome : 1- Ingénieur-conseil

Collecction : Troisième Vague

Genre : Thriller architectural

Scénario : Roulot

Dessins : Brahy

Couleurs : Facio

Éditeur : Le Lombard

Nombre de pages : 56

Prix : 12,45 €

ISBN : 9782803671847



Publié le 24/04/2018.


Source : Bd-best


Petit bonheur poétique pour une histoire du soir.  Ana Ana 11- Ana Ana très pressée

   « - Qu’avez-vous envie de faire aujourd’hui, les doudous ?

-          Observer les oiseaux !

-          Faire un château de sable !

-          Nous baigner dans la mer !

-          Jouer avec Jérôme et ses doudous !

-          Lire un livre !

-          Faire un gâteau !

-          Oh là là ! ça fait beaucoup de choses à faire en une seule journée !

-          On peut peut-être y arriver, si on se dépêche ! »

 

 

 

 

 

 

 

© Roques, Dormal - Dargaud

 

 

 

Baleineau ne croit pas si bien dire. Le challenge n’est pas tombé dans l’oreille d’une sourde. Ana Ana relève le gant et embarque ses compagnons dans une aventure à tombeau ouvert.

            Zigzag, Touffe de poils, Pingpong, Goupille, Baleineau et Grizzou sont tous motivés pour une folle odyssée. Vont-ils traverser le globe ? Franchiront-ils les océans ? Graviront-ils les plus hautes montagnes ? Feront-ils face aux dangers les plus effroyables ? Pire que ça ! Ces peluches sont les doudous d’Ana Ana. Et avec elle, l’aventure est au fond du jardin ou au coin de la rue.

 

 

 

 

© Roques, Dormal - Dargaud

 

 

 

            Après le succès de Pico Bogue, qui aurait cru que ses auteurs allaient réussir un spin off aussi magique ? Les petits albums d’Ana Ana, petit sœur du gamin philosophe cité précédemment, sont autant de petits bonheurs. Ce sont des chansons de Bénabar ou de Thomas Fersen, des Silly Symphonies à l’humour de Paddington.

 

 

 

© Roques, Dormal - Dargaud

 

 

            Dominique Roques embarque les enfants pour des histoires du soir, ou de n’importe quelle heure d’ailleurs, qu’on n’a jamais envie d’arrêter. Le trait universel d’Alexis Dormal rassurera les parents, qui ne sont peut-être pas lecteurs de BD, comme celui de Nicole Lambert, la maman des Triplés. Quoi de mieux qu’une série comme celle-ci pour donner le goût des livres, celui de la lecture en général et celui de la BD en particulier ?

 

            Non, Papa et Maman, n’éteignez pas la lumière ! Encore une histoire d’Ana Ana !

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

 

Série : Ana Ana

Tome : 11- Ana Ana très pressée

Genre : Petit bonheur poétique

Scénario : Roques

Dessins & Couleurs : Dormal

Éditeur : Dargaud Jeunesse

Nombre de pages : 28

Prix : 7,95 €

ISBN : 9782205077049



Publié le 24/04/2018.


Source : Bd-best


Il n’est jamais trop tard pour croire aux contes de fées et Fables nous a définitivement fait replonger

Spécialiste de la collision d’univers plus ou moins assemblables, Bill Willingham (dont on vous parlait des Legenderry, pas plus tard qu’il y a quelques chroniques) frappait un coup énorme dans le monde des crossovers, en 2003, en posant les bases d’une colossale série : Fables. Ou comment, les habitants des fables, contes et autres légendes connus partout dans le monde se retrouvaient, moins naïfs dans notre monde d’humains. La série connaîtrait 13 années d’aventures, 150 épisodes et quelques séries dérivées. Bref, un monument dans l’univers comics des années 2000 et 2010 dont Urban Comics propose la (re)découverte au format intégral. Allez, petit chaperon rouge, il y a du chemin à faire!

 

 

 

 

 

 

 

 

© Willingham/Medina/Leialoha/Hamilton/Van Valkenburgh chez Urban Comics

 

Résumé de l’éditeur : Chassés de leurs royaumes par l’Adversaire, les Fables trouvent refuge dans notre monde et établissent leur communauté au coeur même de New York. Cependant, aux antipodes du conte de fées, Rose Rouge, la soeur de Blanche Neige, aurait été assassinée, et c’est à Bigby, shérif de Fableville et Grand Méchant Loup repenti, de résoudre l’affaire. Deux suspects se détachent : Barbe Bleue, ex-amant de la jeune victime et serial killer compulsif, et Jack, bon à rien débonnaire, tout juste descendu de son haricot magique.

 

 

 

 

© Willingham/Medina/Leialoha/Hamilton/Van Valkenburgh chez Urban Comics

 

Le monde des Fables se divise en deux catégories, depuis qu’elles ont été chassés de leurs pays imaginaires, ceux qui ont une forme humaine et ceux qui sont plus freaks que n’importe quel freaks dans le monde des communs (autrement dit, les humains). Les premiers vivent en ville, dans un quartier de New York semblable à tant d’autres. Les seconds vivent, on vous le donne en mille, dans la ferme des animaux… avec les nains et les géants, les dragons et autres gobelins. Pour planter le décor, Willingham et consorts vont donc s’aventurer dans les deux parties de cet univers, passant au flou, du moins pour le moment, les événements qui ont causé cette situation et le sinistre Adversaire assoiffé de pouvoir et de terres. Une situation qui n’est pas franchement déplaisante pour certains qui peuvent désormais vivre grand train dans la Big Apple.

 

 

 

 

© Willingham/Buckingham/Leialoha/Vozzo chez Dc Comics

 

Comme Blanche Neige qui a mordu dedans à pleine dent et est la numéro 2 de Fableville et adjointe au maire, M. Cole. C’est leur petit monde bien rangé que la première histoire, Légendes en exil, exploite dans une vrai enquête policière menée par… le grand méchant loup qui a retrouvé forme humaine même s’il peut rechuter à tout moment. Cela dit, pour sûr, ce n’est pas lui qui a commis le carnage dans ce qu’il reste de l’appartement de Rose Rouge, la soeur oubliée – et c’est là le premier drame – de Blanche-Neige, qui semble s’être vidée de son sang et dont l’épitaphe pourrait bien être celui, ensanglanté, qui orne le mur : « et ils ne vécurent plus jamais heureux ». Tout conte de fée, tout compte fait et défait, il y a du monde sur la liste des potentiels meurtriers : de Jack (descendu de son haricot et qui ne chasse plus les géants pour chasser les fausses bonnes occasions de se faire de l’argent), le petit ami ou ex de la victime, au sinistre et néanmoins fine lame Barbe Bleue en passant par le Prince Charmant qui revient en ville pour vendre son titre et qui est aussi l’ex de Rose-Rouge (et de tout qui porte des jupons à Fableville); etc.

 

 

 

 

 

© Willingham/Medina/Leialoha/Hamilton/Van Valkenburgh chez Urban Comics

 

Vous l’aurez compris, cette première pentalogie, c’est l’occasion d’approcher ce monde perdu et retrouvé et ses protagonistes qu’on pensait pourtant connaître mais qui, sortis de nos souvenirs d’enfance, s’affirment, dans leurs qualités mais surtout leurs défauts et aspérités, affranchis de leur naïveté pour entrer de plain pied dans notre monde de brutes, dans lequel mieux vaut ne pas être un agneau. Rose-Rouge l’était-elle ?

 

 

 

 

© Willingham/Buckingham/Leialoha/Vozzo chez Urban Comics

 

Rondement bien mené, ce récit de polar est le meilleur moyen d’entrer dans cette histoire qui se fera touffue et multi-directionnelle. Car qui dit enquête, dit suspects sur lesquels notre détective de luxe va devoir tout savoir et faire remonter le passé. Vous nous suivez ? Il y a donc une vie après Grimm, Andersen et compagnie, et Bill Willingham, armé des traits de Lan Medina (encré par Steve Leialoha et Craig Hamilton et colorisé par Sherilyn van Valkenburgh), fait le pont de la meilleure des façons, provoquant l’attachement à certains personnages et le dégoût de quelques autres. Entre faux-semblants, viles intentions et coups de poker. La récréation se fait re-création et si l’utilisation de cette matière première extraordinaire que forment les contes et les fables peut sembler facile et pourrait vite se retourner sur elle-même, Willingham en fait une toile d’araignée passionnante mêlant les genres et mixant les thèmes.

 

 

 

 

© Willingham/Buckingham/Leialoha/Vozzo chez Urban Comics

 

Comme le prouve le deuxième récit présent dans cette intégrale. Si l’histoire d’introduction pouvait déstabiliser de par son cadre urbain pour des héros plus souvent associé à un décor boisé; la suite va vous contenter puisqu’elle nous emmène du côté des « rebus » malgré eux de cette société qui sous ses allures magiques n’a rien de parfait. Nous voilà à quitter la ville et à couper à travers champs pour nous retrouver du côté de la ferme aux animaux qu’occupent Dun, Posey et Colin (même s’il aime fuguer vers la ville), les trois petits cochons, mais aussi Bagheera et Shere-Khan; Renart ou encore les trois ours et… Boucle d’or. La seule à pouvoir se confondre dans la foule des communs et prétendre à une existence à Fableville. Mais non, elle a voulu rester dans cette ferme un peu ségrégationniste (malgré les beaux discours des autorités de Fableville et tous les fonds qui sont versés à la vie paisible de cette communauté hors de la communauté) et fait partie des figures de proue d’une révolution armée au centre de laquelle Blanche Neige va être mêlée et visée.

 

 

 

 

© Willingham/Buckingham/Leialoha/Vozzo chez Urban Comics

 

 

 

 

© Willingham/Buckingham/Leialoha/Vozzo chez Urban Comics

 

Un petit tour et puis s’en va, dans ce thriller guerrier et forestier, c’est Mark Buckingham qui prend ses quartiers (toujours avec Steve Leialoha à l’encrage et avec Daniel Vozzo aux couleurs) et livre une course-poursuite haletante, tendue et fratricide. L’univers de Fables s’affirme et, en tant que lecteurs, on se retrouve comme des gosses à tourner les pages pour découvrir les surprises réservées par les auteurs. Ce qui est bien, c’est que dans ce monde partagé, rien n’est jamais trop gros et ça marche du tonnerre. D’autant plus que, malgré tous les personnages qu’il nous fait rencontrer, Willingham reste fluide, sans négliger les images fortes et chocs; martyrisant les personnages fondamentaux.
© Willingham/Buckingham/Leialoha/Vozzo chez Urban Comics

Enfin, le troisième long récit de cette intégrale est un peu plus court, quatre épisodes, qui font office de retour du berger à la bergère, l’heure de la revanche après les sombres événements de la ferme aux animaux. Le grand méchant loup et Blanche Neige tombent sous le « charme » d’un maléfice qui les met à la merci de leur ennemi et les emmène, sans méfiance, dans un trip dans les forêts de l’ouest. Chasse à l’homme, survival, Romance se fait fun et badass, dépaysant et fracassant. Mais pas gratuit, car Willingham y distille une donnée qui change tout : un héros de fable, s’il est quasi-immortel, peut néanmoins mourir. Seulement, voilà, il est d’autant plus invulnérable qu’il est aimé par le public. Nul n’est égal devant la mort et alors que l’Adversaire s’apprête à revenir en force terroriser les Fables (ce sera pour la deuxième intégrale, à paraître d’ici… demain).

 

 

 

 

© Willingham/Buckingham/Leialoha/Vozzo chez Urban Comics

 

Ce premier volume ne nous quitte pas en si bonne route et nous propose encore deux plus courtes histoires. Sac d’os qui revient sur les aventures sécessionnaires de cet escroc de Jack qui, suite à un pacte avec le démon déjoué, va obtenir un sac qui permet de tout y faire entrer sans qu’il ne soit jamais plein. Même la Mort. Clic clac, entre dans mon sac. La deuxième met, pour la première fois, frontalement, le monde des Fables en confrontation avec le monde des communs. En l’occurrence, un journaliste qui pense avoir découvert le pot au rose et prend les Fables pour des… vampires. S’il a faux dans sa conclusion, son article risque bien de provoquer l’insécurité dans ce monde jusque-là préservé de la curiosité et du regard des communs. Un plan de casse est mis sur pied par une dream-team de professionnel et avec Églantine, la belle au bois dormant !

 

 

 

 

© Willingham/Talbot/Vozzo chez DC Comics

 

En tout, cela donne plus de 400 pages (commentaires, recherches graphiques et, clou du spectacle, les prodigieuses couvertures de James Jean) mettant en action un casting extra-large et des intrigues riches et variées. Il n’est jamais trop tard pour croire aux contes de fées. On y croyait, on en était revenu, on a définitivement replongé.

 

Alexis Seny

 

Série : Fables

Intégrale

Volume: 1

Scénario : Bill Willingham

Dessin : Lan Medina, Mark Buckingham, Bryan Talbot

Encrage : Steve Leialoha​, Craig Hamilton

Couleurs : Sherilyn van Valkenburgh, Daniel Vozzo

Couvertures : James Jean

Genre: Animalier, Conte, Thriller, Polar, Survival, Fantastique

Éditeur VO : Vertigo (DC Comics)

Éditeur VF : Urban Comics

Collection : Vertigo Essentiels

Nbre de pages: 432

Prix: 28€



Publié le 23/04/2018.


Source : Bd-best


La mise en images d’un roman de 118 ans.  Claudine à l’école

 « - Mesdemoiselles, je compte sur votre collaboration a toutes ! Nous abordons une année difficile et il m’est pénible de vous prendre en charge en cours de trimestre… de plus, nous serons obliges au cours de l’année d’emménager dans la nouvelle école… Pour l’instant, les dortoirs resteront à côte des anciennes classes ; ils seront transférés dans l’autre aile dès que possible…

-          A côte de celle des garçons….

-          Prrrfff…

-          Il est bien malheureux que des jeunes filles de quinze ans ne sachent toujours pas se tenir convenablement. Sortez vos cahiers ! Dictée !

-          Encore !

-          Vous préfèreriez sans doute, Mademoiselle Claudine, que je vous donne un devoir d’arithmétique ? »

 

On ne peut pas dire que Mademoiselle Sergent soit la plus rigolote des institutrices, si tant est qu’il y ait eu des maîtresses d’école amusantes à l’époque. Claudine, elle, est une adolescente moderne. Elle n’a pas l’intention de se laisser embrigader dans un destin tout tracé pour une jeune fille de la fin du XIXème siècle.

 

 

 

 

© Durbiano, Balas – Gallimard

 

 

A l’école de Montigny, tout un petit théâtre de personnages gravite autour d’élèves modèles…ou pas. Mademoiselle Lanthenay est une nouvelle maîtresse qui vient d’arriver. Elle y fait ses classes et sert de préceptrice à Claudine pour les leçons d’anglais. Sa sœur Luce rejoindra l’école. Avec elle, notre héroïne entretiendra des liens de haine/amitié.

 

Messieurs Duplessis et Rabastens sont les maîtres d’école des garçons. Le docteur Dutertre est médecin scolaire et profite bien de sa fonction dans une école de filles. Et puis, il y a le papa de Claudine, bien plus occupé par ses expériences de botaniste que par la scolarité de sa fille qui, heureusement pour lui, se gère toute seule.

 

Claudine à l’école, c’est la chronique d’une vie, celle d’une écolière avec ses amies, ses professeurs et son père.

Claudine à l’école, c’est l’histoire des années d’innocence avant un siècle meurtri par les conflits internationaux, sanglants et dévastateurs.

Claudine à l’école, c’est l’école d’avant, à la pédagogie froide et descendante mais qui donnait des résultats, où le respect était encore de mise et l’autorité des enseignants faisait encore foi.

Pourtant, Claudine à l’école est un récit beaucoup plus subversif qu’il n’y paraît. La jeune femme ne déparerait pas dans une école d’aujourd’hui. Elle n’hésite pas à répondre, à assumer ses choix et à inviter ses camarades à assumer les leurs.

 

Colette a publié le premier des cinq romans de Claudine en 1900 sous le nom de son mari Willy, avec le succès que l’on sait. Suivront Claudine à Paris, Claudine en ménage, Claudine s’en va, puis La retraite sentimentale.

 

 

 

 

© Durbiano, Balas – Gallimard

 

 

 

Qui mieux que Lucie Durbiano aurait pu adapter ce classique de la littérature française ? Personne. Avec son trait ligne claire d’une pureté exceptionnelle, la dessinatrice retranscrit l’ambiance rassurante d’une époque non connectée.

Durbiano est à la bande dessinée féminine ce que Stanislas est chez les auteurs masculins : une héritière d’Hergé qui a su digérer son trait pour en faire un style propre.

 

Espérons que ce Claudine à l’école ne soit que le premier volume d’une série vintage et incroyablement moderne.

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

One Shot : Claudine à l’école

Genre : L’école d’une époque

Scénario & Dessins : Durbiano

D’après : Colette

Couleurs : Balas & Durbiano

Éditeur : Gallimard

Nombre de pages : 122

Prix : 20 €

ISBN : 9782070599769



Publié le 23/04/2018.


Source : Bd-best


Entre Jolies ténèbres et Bone.  Brindille 1- Les chasseurs d’ombre

 - Pas de doute, c’est bien toi !

-          Reste où tu es ou je te brise le crâne !

-          Mais oui, mais oui…

-          Et ne t avise pas de me suivre, tu pourrais le regretter !

-          Comme tu veux, mais sache que ce monstre voulait te dévorer… Je t’ai sauvé la vie ! Enfin la vie… C’est une façon de parler ! »

 

            Une jeune fille, elfe, fée ou autre être fabuleux, nul ne le sait, est recueillie par le petit peuple de la forêt. Qui est-elle ? Quel est son destin ? Elle en saura plus lorsqu’elle croisera le loup, ce loup ange-gardien qui vient d’empêcher un sanglier de l’attaquer.

 

 

 

 

© Brremaud, Bertolucci – Vents d’Ouest

 

 

 

            Brindille est un conte moderne, une quête initiatique. Après une introduction en forme de fuite d’un lieu inconnu, l’histoire commence dans une ambiance bucolique et mignonne. Les personnages semblent tout droit sortis de l’horrifiquement tendre Jolies ténèbres de Vehlmann et Kerascoet. Le récit se poursuit comme un conte d’Hausman, chantre des histoires de la forêt qui nous manque énormément. Il se conclut sur un champ de bataille où des héros innocents font face à une horde sauvage, sanguinaire et sans pitié.

 

 

 

© Brremaud, Bertolucci – Vents d’Ouest

 

 

 

 

            Frédéric Brrémaud signe une œuvre forte et personnelle. Le scénariste compile ses influences, ses lectures d’enfance et ses plaisirs de lecteur dans un récit épique. Brrémaud a vu les films de Disney, de Blanche-Neige et les sept nains à Taram et le chaudron magique et a été bercé par les contes de Perrault où l’apparente naïveté cache une cruauté sous-jacente. Il a lu Hector Malot et écouté la voix des conteurs les soirs sans électricité au coin de feux de bois. Et s’il n’a pas fait tout ça, il synthétise dans Brindille tout ce qu’auraient pu être ces réminiscences.

 

 

 

© Brremaud, Bertolucci – Vents d’Ouest

 

 

 

 

            De la même manière, le graphisme de Federico Bertolucci se positionne au centre de confluences. La rondeur des gros nez des petits êtres des bois rencontre le bestiaire qu’il a su créer dans Love, ainsi que les belliqueux guerriers de Jeff Smith dans Bone.

 

            En ce printemps 2018, Brindille est une jeune pousse faite du bois qui va casser la baraque dans le monde des planches.

 

Laurent Lafourcade

 

 

Série : Brindille

Tome : 1- Les chasseurs d’ombre

Genre : Fantastique forestier

Scénario : Brrémaud

Dessins & Couleurs : Bertolucci

Éditeur : Vents d’Ouest

Nombre de pages : 96

Prix : 17,50 €

ISBN : 978274938432



Publié le 20/04/2018.


Source : Bd-best


L’amour de l’or et l’or de l’amour.  Sonora 2 – Lola Montez

    « - Le congrès des Etats-Unis d’Amérique a accepté que la Californie devienne le trente-et-unième état de l’Union.

-          Mon rôle va bientôt prendre fin, le gouvernement militaire va céder la place aux civils.

-          C’est justement pour ça que j’ai sollicité cette réunion. Je souhaite devenir le premier gouverneur de l’état.

-          Vous, gouverneur ? Mais vous n’êtes même pas américain, mon cher !!

-          Qu’à cela ne tienne, vous pouvez m’accorder la nationalité…

-          Contre quoi ?

-          Ma parole d’honneur que mes hommes ne s’opposeront pas à la cavalerie US. Vous n’êtes pas sans savoir que les placers sont en passe de devenir une sorte de république indépendante. Je suis le seul à pouvoir empêcher cela. »

 

 

 

 

 

 

© Pécau, Dellac – Delcourt

 

 

 

 

Californie, milieu du XIXème siècle. Un placer est un gisement de minerai de métal. Les mineurs les exploitant sont menacés par des canailles voulant mettre la main sur leurs carrières. Max accompagne le général de Freney qui veut conquérir la province mexicaine du Sonora, mais le véritable but de Maximilien Bonnot est de venger la mort de son frère.

            Lola Montez, courtisane d’origine irlandaise, après avoir fréquenté les salons parisiens et munichois, gagne les Etats-Unis en 1851 où elle se produit comme danseuse et actrice, puis rejoint la Californie. C’est là qu’elle croise la route de Max.

 

 

Qu’on ne se laisse pas tromper par la couverture, Sonora n’est pas un western comme les autres. Pécau réalise un cocktail comprenant une dose d’action, une louche d’histoire, une pincée sexy et une cuillerée de quête initiatique. C’est un pari risqué à relever mais qui peut s’avérer gagnant. Et c’est le cas lorsque l’on a compris le concept de Sonora.

            Jean-Pierre Pécau vient du monde du jeu de rôles. Ça se ressent dans la façon dont il conçoit son scénario, chapitré sans l’être vraiment, les choix des personnages influant sur le destin des autres, incluant une fiction calculée dans un contexte historique précis.

            Parmi les protagonistes du récit, Tortillard, enfant sans scrupules et sans pitié, tire son épingle du jeu à la manière de Carl Grimes, le fils de Rick, dans Walking Dead, l’humanité en moins.

 

            Benoît Dellac a un trait épais et crasseux. Le dessinateur fond son style dans la poussière de l’Ouest. Du cow-boy à la pute, du militaire au tueur, Dellac compose une galerie de personnages dans un style unique à mi-chemin entre Swolfs et Delitte.

 

 

 

 

© Pécau, Dellac – Delcourt

 

 

 

Mais dis-donc, Guy Delcourt, tu ne crois que ce type n’est pas capable de faire lui-même ses couvertures lui-même ? N’en a-t-il pas réalisé de forts belles pour Missi Dominici ? Aussi belle soit la couverture de Nicolas Siner, il est urgent de cesser cette mode frauduleuse. On ne vend pas des petits pois dans un emballage de cacahouètes.

 

 

Bref, Sonora fait partie des bonnes séries western du moment qui, sans marcher sur les plates-bandes des autres, apporte sa pierre à l’édifice du genre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Laurent Lafourcade

 
Série : Sonora

Tome : 2 – Lola Montez

Collection : Neopolis

Genre : Western

Scénario : Pécau

Dessins : Dellac

Couverture : Siner

Couleurs : Scarlett

Éditeur : Delcourt

Nombre de pages : 56

Prix : 14,95 €

ISBN : 9782756096193



Publié le 19/04/2018.


Source : Bd-best


James Bond ne peut plus faire confiance en personne, même en ses gadgets !

Après deux tomes réalisés par la même équipe, ce sont Andy Diggle, Luca Casalanguida et Chris Blythe qui rendent à ce James Bond de comics (qui est d’ailleurs moins comique que dans les films) son impact et sa classe dans un monde au plus près du nôtre où une nouvelle arme aussi prodigieuse qu’effroyable risque bien de tomber dans les mains d’un criminel surpuissant. Contre lequel le permis de tuer ne sera pas de trop.

 

 

 

 

 

 

 

© Diggle/Casalanguida/Blythe chez Dynamite Entertainment

 

Résumé de l’éditeur : La mission du célèbre espion au service de sa majesté est d’éliminer Kraken, un terroriste anti-capitaliste, qui vise l’arsenal nucléaire britannique. Mais les choses sont loin d’être ce qu’elles semblent. Son enquête l’entraîne à Dubai où se tient un marché aux armes. Il y est aidé par la sulfureuse Victoria Hunt. Bond dispose du permis de tuer, et cette fois-ci, il a bien l’intention d’en faire usage…

 

 

 

 

© Diggle/Casalanguida/Blythe chez Dynamite Entertainment

 

Après un Warren Ellis en petite forme et tentant trop de faire du cinéma en BD (tout en, paradoxalement, s’éloignant du cahier des charges des films) alors que l’agent 007 fait très bien le boulot sur grand écran sans qu’on en rajoute, Andy Diggle, Luca Casalanguida et Chris Blythe réussissent mieux la passe de trois et donnent enfin de l’allure et du lustre à cette nouvelle mouture des aventures de James Bond dans le monde du Neuvième Art.

 

 

 

 

© Diggle/Casalanguida/Blythe chez Dynamite Entertainment

 

Ça commence par une séquence pré-générique explosive et déjà désespérée qui nous fait comprendre que, dans les 120 planches qui vont suivre, James Bond n’est pas là pour faire de la figuration ni des cadeaux. « Pitié, faut m’aider! Donnez-moi l’immunité… » « Ce n’est pas dans mes attributions ». C’est glaçant et pourtant réconfortant : James Bond, ténébreux, a retrouvé son sang-froid de killer et il n’a pas son pareil pour faire éclabousser celui, bien trop chaud, de ses adversaires.

 

 

 

 

© Diggle/Casalanguida/Blythe chez Dynamite Entertainment

 

Dont la plupart, des sbires du terrible Kraken, sont pieds et poings liés dans la fidélité à celui-ci : éminemment malfaisant, l’anti-capitaliste leur a offert un joli collier… qui explosera au moindre faux pas. Bref, ils sont pris par les bijoux de famille ! Car oui, le bien organisé Kraken et sa guilde anti-capitaliste sont déjà terrifiants à distance. Experts en hacking, ils sont même capables de prendre le contrôle de celle qui permet à James d’être un fast and furious : sa voiture qui devient aussi maléfique que Christine.

 

 

 

 

© Diggle/Casalanguida/Blythe chez Dynamite Entertainment

 

Dans les airs (le temps d’une partie de jambe en l’air avec une James Bond Girl digne de ce titre), sur l’eau, dans le feu ou avec le goût de la poussière, les auteurs livrent une histoire en mouvement, fidèle à ce qu’on attend d’un James Bond avec son lot de scènes intenses et spectaculaires (un luxueux bâtiment avec des murs en aquarium et des requins qui y pataugent qui va malencontreusement exploser, ça calme) et un scénario moderne et bien ficelé même si un poil attendu. On a retrouvé notre espion préféré et il est entre de bonnes mains.

Et ça continuera, le quatrième tome, Kil Chain, par la même équipe, paraîtra le 4 juillet. Aperçu.

 

 

Alexis Seny

 

Série : James Bond

Tome : 3 – Hammerhead

Scénario  : Andy Diggle

Dessin : Luca Casalanguida

Couleurs : Chris Blythe

Traduction : Moscow Eye

Genre: Espionnage, Action

Éditeur VO : Dynamite Entertainment

Éditeur VF: Delcourt

Collection : Contrebande

Nbre de pages: 136

Prix: 16,95€



Publié le 18/04/2018.


Source : Bd-best


Big Fun Familial.  Les p’tits diables 25 – Bête frère for ever



            « - Parfois, je me dis que je devrais être plus gentille avec mon frère. Plus douce, plus compréhensive, plus à l’écoute. Que je devrais le soutenir au lieu de l’enfoncer. Faire preuve de solidarité, d’empathie. Et même que je devrais l’encourager. Lui montrer la voie à suivre. Le guider. Et lui donner tout l’amour qu’il faut pour qu’il puisse enfin s’épanouir. »

 

            Ça vous fait peur, hein ? Vous croyez que Nina a pété un câble, va devenir la sœur rêvée et que la série va s’arrêter car il n’y aurait plus rien à raconter qu’un amour parfait entre un frère et une sœur ? Meuh non ! Rassurez-vous. Ce n’est qu’un rêve que Nina raconte à sa copine, ou plutôt un cauchemar qui la fit se réveiller en sursaut. Ouf ! On l’a échappé belle.

 

 

 

© Dutto, Bekaert - Soleil

 

 

 

 

            Tom et Nina n’ont pas changé. Tom est toujours aussi casse-pompe et Nina aussi fourbe. Tantôt victimes, tantôt bourreaux, les enfants ne se font pas de cadeaux.

 

            BFF : Bof Frère Forever, Blaireau Frère Forever ou Bête frère Forever, peu importe. L’essentiel est que les mioches poussent les limites de leurs fourberies.

            Tom se blesse dans l’escalier ? Nina peut envahir sa chambre.

            La maîtresse de Nina est absente ? Tom fait le chemin sans elle… Pas si sûr.

            Tom envoie une fléchette au pipi de chat sur sa sœur ? La dite développe une allergie.

 

            Kafard, Grippy et Papa complètent ce casting drôle, surveillés par une Maman qui met un peu de stabilité dans ce monde fou, fou, fou.

 

 

 

© Dutto, Bekaert - Soleil

 

 

 

 

            Dutto ne faiblit pas d’un pouce. Avec son graphisme cartoonesque et rondouillard, il arrive à insuffler de la vie dans un simple bac à linge de salle de bain.

 

            Bête Frère Forever est un album des P’tits Diables puissance 2.

BFF2 : Bienheureuse Folie Furieuse d’une Bonne Fournée de Facéties.

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

Série : Les p’tits diables

Tome : 25 – Bête frère for ever

Genre : Humour fraternel

Scénario & Dessins : Dutto

Couleurs : Bekaert

Éditeur : Soleil

Nombre de pages : 48

Prix : 10,50 €

ISBN : 9782302068612



Publié le 18/04/2018.


Source : Bd-best


Un conte en Palombie, merveilleux Marsupilami.  Le Marsupilami 31 – Monsieur Xing Yun

      « - Quelle malchance, je n’ai jamais vu ça ! Un rocher qui tombe du ciel, comme ça, sans prévenir, c’est mucho dangereux !… On a beaucoup de chance de ne pas être blessés !… Soyez raisonnable, señor Ping Boum, il faut rentrer à Chiquito !... La jungle est mauvaise pour qui ne la connaît pas ! Et il n’y a pas de restaurant chinois… »

 

            Monsieur Xing Yùn est l’un des 1 382 494 824 honorables citoyens que compte la république de Chine. Il est normal…en apparence. Le pauvre petit bonhomme est poursuivi par une malchance incroyable. Une bouche d’égout ouverte, il va chuter dedans. Une tuile qui tombe d’un toit, c’est pour sa pomme. Monsieur Xing Yùn est un véritable chat noir à lui tout seul. Le chinois est fataliste, mais jusqu’à un certain point, jusqu’au jour où le plus vénérable des moines du monastère Bruce Lee lui apprend qu’il existerait au plus profond d’une jungle hostile une créature très rare dont les poils garantiraient 100 % de chance à qui en récupèrerait. Inutile d’en raconter plus, vous devinez la suite…

 

 

 

© Batem, Colman, Cerise - Dupuis

 

 

 

 

            Après le contemplatif Palombie secrète, Stéphane Colman écrit un conte. Ce nouvel épisode du Marsupilami a une narration située entre la BD et l’album illustré. Cette approche convient bien aux mésaventures de Monsieur Xing Yùn. Très vite, ce guignard colérique devient attachant. On souffre pour lui tout en souriant de ses avanies.

 

 

 

© Batem, Colman, Cerise - Dupuis

 

 

 

 

            Luc Batem s’éclate comme jamais avec au casting, comme dans l’épisode précédent, tout un panel de races différentes de marsupilamis. Mais pas question pour lui de poser ici les jalons d’un éventuel spin-off. Le dessinateur n’est pas favorable au procédé. De cet univers de marsus, se détache Babahabou, le doyen du groupe, qui nous fera découvrir un étonnant cimetière.

 

 

 

© Batem, Colman, Cerise - Dupuis

 

 

 

 

            Avec le Marsupilami, les auteurs créent un type de lecture universel. Les textes dans les bulles sont souvent remplacés par divers pictogrammes comme autant de langages : les marsupilamis, Xing Yùn ou les Chahutas ont chacun leur lexicologie.

 

            Courage, Monsieur Xing Yùn, la Palombie sera peut-être votre remède.

 

Laurent Lafourcade

 

 

Série : Le Marsupilami

Tome : 31 – Monsieur Xing Yùn

Genre : Aventure exotique

Scénario : Colman

Dessins : Batem

Couleurs : Cerise

Éditeur : Dupuis-Marsu Productions

Nombre de pages : 52

Prix : 10,95 €

ISBN : 9782800173986



Publié le 17/04/2018.


Source : Bd-best


Dans les eaux glacées du calcul égoïste : un espion vénéneux au pays des surréalistes magnifiques

Quand on est journaliste, on sait toute l’importance d’un bon titre. Dans le monde des oeuvres aussi. Quelle que soit la qualité d’un livre, d’un film, si un titre, aussi mystérieux soit-il, vous accroche, vous séduit, c’est déjà ça de gagné. Que diriez-vous de ça, du coup : « Dans les eaux glacées du calcul égoïste ». Ça claque, ça embrase, ça questionne. Comme le regard pensif du grand Luis Bunuel qui laisse sa cigarette se consumer sur la couverture de ce premier tome du diptyque de Lancelot Hamelin et Luca Erbetta. Vénéneux à souhait, patrimonial aussi.

 

 

 

 

 

 

 

© Hamelin/Erbetta

 

Résumé de l’éditeur : Paris, les années 1920. Le mouvement surréaliste embrase la capitale. Les noms d’André Breton, Jean Cocteau ou Pablo Picasso fascinent autant les modernes qu’ils choquent les conservateurs. Leurs œuvres préoccupent sérieusement les pouvoirs en place qui les considèrent comme de dangereux manifestes révolutionnaires. Le dernier objet du scandale étant L’Âge d’or, un film écrit par Salvador Dalí et Luis Buñuel, tellement sulfureux qu’il circule clandestinement sous un faux-titre issu du Capital de Marx : « Dans les eaux glacées du calcul égoïste ». Virgil de la Roche, gueule cassée de la Première Guerre mondiale, est engagé par l’armée française pour infiltrer ce milieu et arrêter la troupe. Mais en fréquentant ces artistes de l’intérieur, Virgil va apprendre à mieux les connaître. Au risque de devenir, à son tour, fasciné par eux…

 

 

 

 

© Hamelin/Erbetta

 

Dans les eaux glacées du calcul égoïste, c’est un titre brillamment emprunté à Marx et qui servira de couverture à une version clandestine de L’âge d’or, chef-d’oeuvre de Bunuel cloué au pilon pendant un demi-siècle. Un titre qui crée l’adhésion et la sensation, mais qui laisse supposer que les choses ne seront pas si simples, qu’il faudra s’y accrocher, bien empoigner ce bouquin pour tout comprendre. C’est le prix de son accessibilité, il faut se poser, y être à son aise et bien reposé pour bien saisir toute la richesse et la virtuosité implacables que ce premier acte soulève. Résolument, on ne lit pas cet album de Lancelot Hamelin (qui signe son premier scénario de BD, alors qu’on ne le présente plus en tant que romancier) et Luca Erbetta comme une série de gags dont on peut arrêter la lecture à n’importe quel moment. Ici, on y va d’une traite, plongé dans le courant surréaliste de ces eaux dont on est bien en peine de voir la destination.

 

 

 

 

© Hamelin/Erbetta chez Glénat

 

Avec ce premier livre, Le bal des matières, du nom de ces soirées qui célébraient l’art en demandant aux invités de s’habiller avec des matières très peu communes à l’époque (cailloux, cartons…); c’est avec un personnage fictif, Virgil De La Roche avec sa gueule cassée (symptôme, comme pour d’autres, d’une bataille de la Somme qui a laissé des traces – on en reparle très vite avec un autre album), que les auteurs nous permettent dans ce drôle de monde où les égos scintillent autant que les paillettes. Virgil, lui, n’a pas besoin de se déguiser : s’il veut avoir visage humain, il n’a d’autre solution (sinon celle de rester cloîtré chez lui) de porter un masque de cire. Au bal des matières, ça lui va bien. Pourtant son regard est noir face à cette société de privilégiés, lui qui est un laissé pour compte de la guerre, un acteur définitivement raté. Alors, il se prend pour un entomologiste, au royaume des araignées, il se voit scorpion, prêt à frapper pour se venger d’on ne sait quoi réellement.

 

 

 

 

© Hamelin/Erbetta chez Glénat

 

Dans les eaux glacées du calcul égoïste, c’est une incursion dans une guerre froide mêlée à celle des égos de ces artistes qui feront date : Cocteau, Dali, De Noailles mari et femme… On se tâte, on s’observe, on s’entend ou on s’écharpe. Et, face à ces équilibristes du verbe ou de l’image, à la charnière de la grandeur et de la décadence qui donne peut-être encore plus d’aplomb à cette réunion au sommet, Virgil s’impose en espion et collabo avec ceux qui aimeraient voir chuter ces surréalistes provocateurs. Et pourtant, Virgil est pris par son propre jeu. La guerre est froide, glacée comme le dit le titre, car dans ce polar artistique et biographique qui se glisse aussi dans les coulisses et la préparation du film L’âge d’or, tout passe par des paroles et des attitudes. Il y a des éclats de voix mais pas d’empoignade (si on excepte les deux dernières planches qui vont peut-être tout changer ?), pas de coup de feu. C’est volubile, bruyant même, et pourtant passionnant. Pour sa première BD, on reconnaît le romancier dans le scénariste qu’est désormais Lancelot Hamelin (d’ailleurs ne parle-t-on pas de roman graphique ?), voltigeur comme les vrais héros qu’il anime mais laissant toute sa mesure et son spectacle au trait de Luca Erbetta.

 

 

 

 

© Hamelin/Erbetta chez Glénat

 

La pellicule est vintage, datée, et on se retrouve d’autant plus parmi ces héros romanesques. La proposition est séduisante, le déroulé est magnifique. Pourtant, à la fin de ce tome, on ne sait toujours pas où l’on va. Et dire qu’on n’a rien vu venir. C’est dire la puissance et la maîtrise de ces deux auteurs qui ne font pas tache au milieu de Cocteau, Dali, Bunuel et les autres. Bourré de références, il convient sans doute de lire cet album plusieurs fois. Allez, on y retourne.

 

 

 

 

© Hamelin/Erbetta chez Glénat

 

 

Alexis Seny

 

Titre : Dans les eaux glacées du calcul égoïste

Livre : 1/2 – Le bal des matières

Scénario : Lancelot Hamelin

Dessin et couleurs : Luca Erbetta

Genre : Espionnage, Histoire

Éditeur : Glénat

Nbre de pages : 108

Prix : 17,50€



Publié le 16/04/2018.


Source : Bd-best


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