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Royal City : Jeff Lemire en finit avec la mort après la vie avec un charme indéfinissable

Il y a des histoires qu’on va chercher au bout de ses tripes et, ces derniers temps, Jeff Lemire fait remonter des choses puissantes et de très loin. Royal City en est un nouvel exemple qui nous fait côtoyer les décédés et perpétuer la vie après la mort, au milieu des tourments et des accalmies, des drames et des bonheurs. Parce qu’il faut bien être heureux, de temps en temps. On ne sait pas si on l’est plus, désormais, après lecture. Pas qu’on soit triste. Mais qu’on en sorte chamboulé et vivant, un peu plus vivant.


Résumé de l’éditeur : Depuis plus de trois générations, la petite ville industrielle de Royal City voit naître, grandir, partir, vieillir et mourir les membres de la famille Pike. Patrick, romancier en perte de vitesse ; Tara, bien décidée à relancer la compétitivité de la ville ; et Richard, égaré dans le dédale d’une vie dissolue ; tous sont aujourd’hui réunis par la force des choses, et la crise cardiaque de leur père. Dans cette nouvelle épreuve se fait l’écho du drame qui bouleversa la vie de chaque membre de cette famille : la mort de Tommy, le plus jeune fils, retrouvé noyé alors qu’il n’était encore qu’un enfant, et dont le souvenir hante depuis le quotidien de ses proches.

 

 

 

 

© Lemire chez Image Comics

 

Jeff Lemire, ce n’est pas un crayon ou un feutre qu’il utilise pour coucher ses histoires, c’est l’encre de ses sentiments, un peu de son sang, un héritage de papier un peu plus conséquent à chaque album. Avec Royal City, l’afflux est imposant, auscultant le moment où tout bascule et les années, les lustres qui s’ensuivent toujours obnubilés par cet instant T, tétanisant. Une histoire de fantôme, donc. Comme il y en a déjà eu. Une ville en connexion avec ceux qu’elle abrite sans les protéger des maux du monde, aussi. On a déjà vu ça aussi.

 

 

 

 

© Lemire chez Image Comics

 

Sauf qu’en s’impliquant dans le versant psychologique de ses personnages, cette famille justement décomposée (on ne pouvait rêver mieux comme titre pour ce premier tome), Jeff Lemire va plus loin que beaucoup de choses imaginées jusqu’ici : il ne vit pas avec la mort mais avec la vie, au pays des vivants, il la grandit et l’allonge là où elle s’est arrêtée brusquement. Il y met des couleurs faussement naïves de l’enfance, y implique une grande imagination (un coup de fil mis sur orbite, notamment qui finit de conquérir) et les souvenirs sont pris à leurs propres jeux et libérés de leur écrin, de leur cage.

 

 

 

 

© Lemire chez Image Comics

 

Tommy est toujours là, le petit, le grand, le junkie, l’ado introverti… là en fonction de la manière dont chacun le voyait. Ma chronique va peut-être sembler mystérieuse, mais je ne veux absolument pas briser le charme indéfinissable de cette histoire en en disant trop. Royal City impose sa majesté et son essentialité.

 

 

 

 

© Lemire chez Image Comics

 

 

Alexis Seny

 

Série : Royal City

Tome : 1 – Famille décomposée

Scénario, dessin et couleurs : Jeff Lemire

Traduction : Benjamin Rivière

Genre: Drame, fantastique

Éditeur VO: Image Comics

Éditeur VF : Urban Comics

Collection : Urban Indies

Nbre de pages: 145

Prix: 14,45€



Publié le 02/05/2018.


Source : Bd-best


The End, Zep s’attaque à la fin du monde

Dans le cadre d’un stage, Théodore Atem intègre une équipe de chercheurs basée en Suède qui travaille sur la communication des arbres entre eux et avec nous. Ce groupe de travail dirigé par le professeur Frawley et son assistante Moon, tente de démontrer que les arbres détiennent les secrets de la Terre à travers leur ADN, leur codex. C’est en recoupant ces génomes avec la mort mystérieuse de promeneurs en forêt espagnole, le comportement inhabituel des animaux sauvages et la présence de champignons toxiques que le professeur comprendra, hélas trop tard, que ces événements sonnent l’alerte d’un drame planétaire ?

Avez-vous déjà entendu parler de ce fait divers qui s’est produit il y a quelques années en Afrique du Sud ? Afin de réguler la population des koudous (antilopes), les acacias ont produit des feuilles toxiques empoissonnant  mortellement une grande partie de l’espèce. Les arbres communicants entre eux (démontré scientifiquement) se sont mis à sécrétés une toxine nocive combattant la faune se nourrissant de leurs feuilles. Sur base de cette découverte, Zep nous propose un scénario semblable mais cette fois appliqué à l’espèce humaine ! Que se passerait-il si un jour les arbres au lieu de filtrer l’air rejetteraient des composants mortels pour l’homme ? Reviendrait-on à une situation identique à celle vécue lors de la disparition des dinosaures ?

 

 

 

 

 

 

© Zep - Rue de Sèvres

 

Zep s’attaque à la fin du monde, mais contrairement à ce que nous avons l’habitude de voir au cinéma, cette fois c’est la nature qui prend les commandes déclenchant l’extermination de l’homme sur terre. L’album débute comme un thriller où l’on note des dysfonctionnements de dame nature. Un scientifique soupçonne le drame occupé à se mettre en place, mais personne ne l'écoute. Ensuite, l’histoire bascule remettant l’homme à sa place : celle d'hôte de la planète.

 

 

 

© Zep - Rue de Sèvres

 

 

Oublier le créateur de Titeuf et laissez-vous guider dans cette aventure pour adultes illustrée à l’aide de teintes bichromique donnant au récit une accroche supplémentaire.  Tout a une fin ! Si l’on continue à détruire notre planète, on court le risque de voir celle-ci nous considérés comme nuisibles programmant notre disparition.

 

 

Haubruge Alain

 

Titre : The End

Genre : Thriller écologique.

Web : https://youtu.be/sINXQLAwI8c

Scénario, Dessins & Couleurs : Zep

Éditeur : Rue de Sèvres


Nombre de pages : 88

Prix : 19 €

ISBN : 9782369816058



Publié le 02/05/2018.


Source : Bd-best


Le Sacre du Printemps dans la France se lézarde.  Sous les pavés

       « - Le club des cinq au quartier latin !!! Le 6 mai, lorsque les rues ont été dépavées, les voitures incendiées et les premières barricades érigées, la bande y était ?!?

-          Moi, j’y étais, vous le savez ! Vous avez mes photos… Françoise m’accompagnait, Gilles était de garde à Cochin…

-          Et les deux autres ?

-          J’ignore où ils étaient… Je ne les ai pas vus ce soir-là. »

 

Jay est un photographe américain. En plein cœur du quartier latin, il témoigne des journées d’insurrection. Il suit un groupe d’anarchistes. Arrêté par la police, il est interrogé sur son rôle dans cette « chienlit ».

 

Sarah Tanenbaum, Françoise Bonhivers, Gilles Dussart, Didier Saint-Georges et Jay Fergusson sont plongés dans le tourbillon des événements de Mai 68. Ces cinq jeunes adultes aux origines bien différentes voient leurs destins se croiser en ce printemps déchiré où les étudiants sont opposés aux forces de l’ordre.

 

 

 

© Warnauts & Raives – Le Lombard

 

 

 

 

Sarah est une fille libérée. Elle fabrique des banderoles réclamant la libération des militants du comité Vietnam incarcérés. Elle se drogue, elle couche sans complexe. Le père de Gilles est un de ses amants.

Gilles est le fils d’un chirurgien. Son avenir semble tout tracé. Il succèdera à son père à la tête de la clinique privée de celui-ci.

Didier est d’origine guadeloupéenne. Proche des mouvements nationalistes, son père l’a éloigné en l’envoyant poursuivre ses études en France. Lui aussi est de mœurs libérales. C’est le bon copain.

Françoise est fille de bourgeois. Elle représente la parisienne qui veut s’émanciper. Elle fréquente les cercles estudiantins au cœur du conflit. Entre plusieurs amours, son cœur chavire. Mais elle ne laissera pas sa famille choisir pour elle.

 

Warnauts et Raives témoignent de la plus grande fracture sociale française de la deuxième partie du XXème siècle. Fidèles à leur style, ils y insufflent la délicatesse, la sensibilité et la sensualité qui font leur marque de fabrique.

Ainsi, Sous les pavés est non seulement un livre d’histoire, mais aussi une chronique sentimentale, une histoire d’amour, une histoire d’amours. Acteur ou spectateur, le lecteur prend la place tour à tour de chacun des cinq principaux protagonistes de l’histoire. Qu’aurait-on fait à leur place ? Agir ? Fuir ? Riposter ? S’engager ? Ou tout simplement regarder ?

 

 

 

© Warnauts & Raives – Le Lombard

 

 

 

 

 

Des ciels violets d’un Paris perturbé aux quais de scènes ombragés où le soleil tente de percer à travers les feuillages sur les boîtes vertes des bouquinistes, des barricades dans les nuits enflammées aux ambiances enfumées et alcoolisées des soirées entre amis, les couleurs de Raives reflètent les sentiments.

Les dialogues de Warnauts sont loin d’être caricaturaux. Ils retranscrivent la réalité des positions de chacun : étudiants, adultes, politiques ou policiers. Les voix de RTL ou d’Europe n°1 racontent les événements. Par cet artifice, les auteurs évitent les pavés (le mot est de circonstance) explicatifs et permettent à la lecture de rester fluide.

Les auteurs osent le silence pour les scènes d’affrontements dans les rues. Cela accentue leurs forces et apporte une dramaturgie assourdissante.

 

Intégré, comme les précédents albums des deux comparses, dans le label Signé, Sous les pavés est une pierre supplémentaire dans cette excellente collection.

 

Claude Nougaro le chantait :


«  Là bas brillent la paix, la rencontre des pôles
Et l'épée du printemps qui sacre notre épaule

Gazouillez les pinsons à soulever le jour
Et nous autres grincons, ponts-levis de l'amour

Mai mai mai Paris mai
Mai mai mai Paris »

 

Mai 68, c’était il y a cinquante ans. Sous les pavés, l’amour résiste.

 

Laurent Lafourcade

 

One shot : Sous les pavés

Collection : Signé

Genre : Chronique historique

Scénario, Dessins & Couleurs : Warnauts & Raives

Éditeur : Le Lombard

Nombre de pages : 80

Prix : 16,45 €

ISBN : 9782803671694



Publié le 02/05/2018.


Source : Bd-best


Une BD qui va en-ballet les jeunes filles.  La belle endormie1 – Acte 1

« - Mon dieu, c’est elle ? Elle existe donc vraiment ? Mes recherches ont enfin abouti ! On dirait vraiment la belle au bois dormant. Mais va-t-elle se réveiller ?

-          Hum…

-          Est-ce vraiment dû à la présence de ce médaillon ?

-          Qui êtes-vous ?

-          Peu importe qui je suis. Vous rappelez-vous qui vous êtes ? Votre nom est Oxana Ravenel.

-          Oxana ? Je… Je ne me souviens plus… Je crois que je dansais le rôle d’Aurore, mais ensuite… »

 

Le mystérieux homme en blanc qui gravite la nuit dans les couloirs et les jardins de l’académie vient de réveiller la belle endormie. Une centaine d’années auparavant, la jolie danseuse, victime de la même malédiction que l’héroïne de La Belle au Bois Dormant, a été plongée dans un long sommeil, en pleine représentation théâtrale du ballet dans lequel elle tenait le rôle principal. Aujourd’hui, Oxana ne rêve que de reprendre le rôle qui a fait sa gloire jadis.

 

 

 

 

 

© Karina - Dargaud

 

 

 

            Karina, l’assistante de Patricia Lyfoung sur « La rose écarlate », vole de ses propres ailes. Le dessin est propre. Karina n’est pas encore au niveau de son modèle, mais ne tardera pas à y arriver si elle poursuit sur cette voie.

 

 

 

 

© Karina - Dargaud

 

 

 

A la hauteur d’une petite fille de 8-10 ans, La Belle endormie est une bien belle aventure. C’est sans conteste le public ciblé. Karina, avec grâce et délicatesse, réussit à attraper ses lectrices, et pourquoi pas ses lecteurs, dans ses filets. Un bel héros masqué, un médaillon enchanté, des ados passionnés, le tout est intégré dans le monde merveilleux de la danse classique, du ballet et de la musique. Des regards innocemment amoureux aux vacheries des concurrentes dans un milieu aux coulisses impitoyables, les sentiments sont au cœur du récit.

 

            Côté humour, les gamines avaient Studio Danse. Côté aventure, elles peuvent se ruer sans problème sur cette belle endormie qui gardera leurs yeux éveillés et émerveillés.

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

Série : La belle endormie

Tome : 1 – Acte 1

Genre : Danse et musique

Scénario, Dessins & Couleurs : Karina

Éditeur : Dargaud

Nombre de pages : 48

Prix : 12 €

ISBN : 9782205077001



Publié le 30/04/2018.


Source : Bd-best


Exilium, Sur Terre, l’homme a réussi à dominer la nature. Ici, c’est plutôt l’inverse.

Voici une toute nouvelle série pour Eric Stalner et Cédric Simon sur le thème de l'aventure futuriste et de la science-fiction qui relate les aventures de naufrager de l'espace en proie à d'étranges et dangereuses créatures sur une planète hostile.

Résumé de l'éditeur : 2189, Milan. Le Glory, joyau de la flotte spatiale humaine, s’apprête à effectuer son voyage interstellaire vers la station balnéaire « Paradis Lunella ». Pour le capitaine Sonntag, il s’agit d’un simple vol de routine, 27 petits jours à rêver en chambre de stase... Mais à son réveil, rien ne s’est passé comme prévu : le Glory a dérivé pendant 179 ans pour finalement s’écraser sur une tout autre destination ! Sonntag, comme beaucoup d’autres, est désormais piégé sur Kayenn. Un enfer vert où la forêt est vivante mais mortelle, et où les survivants du crash tentent de survivre dans une cité de fortune construite autour de l’épave du vaisseau. Qui sait les véritables raisons de leur présence dans ce lieu maudit et s’ils seront capable d’en repartir un jour ?

 

 

 

© Eric Stalner - Cédric Simon - Glénat

 

 

 

Prévue en trois tomes donc les parutions s'étaleront sur cette année 2018, Le scénariste et dessinateur Eric Stalner nous propose une saga pleine de mystère. Ce qui devait être une croisière stellaire s'avère être finalement un véritable cauchemar pour les occupants du vaisseaux "Glory". Exilium est donc l'histoire d'hommes en proie à une végétations extrêmement violente et à des forces inconnues (Koïos).

 

 

 

© Eric Stalner - Cédric Simon - Glénat

 

 

 

Clin d’œil volontaire ou coïncidence, la configuration et la forme du vaisseau "Glory" évoque étrangement celle d'un croiseur Cardassien de classe Keldon dans la série tv "Star Trek Deep Space Nine". Les connaisseurs feront aisément le rapprochement (voir le visuel ci-dessous). Mis à part ce petit détail technique, nous suivons donc les péripéties de Sonntag face à des survivants quelques peu agressifs.

 

 

 

 

Eric Stalner nous offre un excellent premier tome où les éléments se mettent en place rapidement et plongent immédiatement le lecteur dans le vif du sujet. Le graphisme conjugué de ce dernier avec Cédric Simon est somptueux et la colorisation soignée de Florence Fantini sublime l'ensemble. Les personnages ont "de la gueule" et les rebondissements ne manquent pas. Vous en dévoiler plus serait gâcher votre surprise. Nous ne pouvons donc que vous conseiller vivement de suivre ce triptyque très prometteur dans un genre qui est admirablement bien rafraîchit par ce tandem d'auteurs efficaces.

Denis Pirlet

 

Titre :  Exilium

Tome : 1

Scénario  :  Eric Stalner

Dessin : Eric Stalner & Cédric Simon

Couleurs : Marie Duvoisin (Page FB)

Genre: Science-Fiction - Aventure

Éditeur: Glénat

Nbre de pages: 56

Prix: 14.50€

ISBN : 9782344019382



Publié le 30/04/2018.


Source : Bd-best


Sur la piste d’une lumière extraordinaire à la croisée des chemins et des doutes, Gwénola Morizur et Marie Duvoisin magnifient nos embellies

"Rien n’est réel, sauf le hasard », disait Paul Auster. Le hasard est omniprésent dans nos vies, pour le beau comme pour le laid, sans que nous sachions nous en passer. La vie serait-elle du jeu si tout était prévu et calculé, au millimètre et jusqu’à la moindre seconde chérie de nos existences ? Portant parfois les plus belles des embellies inattendues. Celles de Gwénola Morizur et Marie Duvoisin (dont c’est le premier album, magnifique), les nôtres aussi, font mouche et nous donnent un peu plus l’éclat du réconfort.

 

 

 

 

 

 

 

© Morizur/Duvoisin chez Grand Angle

 

Résumé de l’éditeur : Lily apprend qu’elle est enceinte, au moment où son compagnon lui annonce qu’il va partir en tournée avec son groupe et lui demande de s’occuper de Balthazar, son neveu, qui arrive du Canada. Lily tente d’apprivoiser ce gamin qu’elle n’a jamais vu et qui traîne avec lui la tristesse de la séparation de ses parents.

 

 

 

 

Recherches © Morizur/Duvoisin

 

Tout plaquer et se ressourcer, c’est une chose. On peut le faire seul ou accompagné. Pour Lily, c’est plus compliqué, elle doit faire avec Balthazar, un petit gars du Canada qui n’a rien demandé à personne et encore moins à ses parents qui se séparent. Du coup le voilà envoyé par sa mère dans les pattes de Félix, son oncle, et… Lily, le temps de gérer les choses. Félix qui porte bien son nom – la chance ! – et qui, trompettiste qu’il est, vient de signer avec son groupe sur un grand label. Il va falloir bosser et tant pis si ça tombe mal : il ne laissera pas passer l’opportunité d’avancer d’un grand bond dans sa carrière.

 

 

 

 

© Morizur/Duvoisin chez Grand Angle

 

Et dans ces circonstances, il est malvenu et insurmontable pour Lily de lui faire part de ce qui la tracasse depuis quelques heures : elle est enceinte. Un peu paf, elle ne sait quoi dire à son amoureux : « Félicitations ». Félix part, Balthazar arrive avec tout son mal-être et son incompréhension face au monde des grands. Et Lily doit faire avec le mystère que représente un enfant, d’autant plus qu’elle ne l’a jamais vu. Il y a meilleur cadre pour faire connaissance, mais elle n’a pas le choix. Est-on jamais prêt à devenir parent ? Pour Lily, c’est un euphémisme.

 

 

 

 

© Morizur/Duvoisin chez Grand Angle

 

De ce télescopage de destinées, un peu paralysées par la succession de nouvelles, bonnes et mauvaises selon les points de vue; les deux autrices incitent au mouvement, au bol d’air qui souffle la réflexion et amène la décision. Plutôt que les fast-food et la Tour Eiffel, Lily loue une voiture et met le cap sur la montagne avec son petit invité. Elle n’avait pas prévu les bouchons sur l’autoroute des destins, à deux pas de Noël, et les deux rencontres que celle-ci vont provoquer, décisives. Et tant pis si les appels de Félix sonnent dans le vide, il attendra.

 

 

 

 

© Morizur/Duvoisin chez Grand Angle

 

En septante planches aérées et dépaysantes, qui porte le style charmant, pur et chaleureux, de Marie Duvoisin, les deux comparses signent une oeuvre qui a beaucoup de choses à dire et dont chacun tirera ses leçons. Le voyage de nos héros est peut-être moins lointain que celui d’Ulysse, et pourtant, mine de rien, ils reviennent de loin. En prenant de la hauteur sur les si beaux reliefs de l’Auvergne, dans un coin perdu, arrêtés là par les flocons insistants, nos héros vont passer quelques jours à se découvrir et à se retrouver.

 

 

 

 

© Morizur/Duvoisin

 

Nos embellies, c’est un conte de Noël du quotidien, la preuve on peut le lire en avril, sans se dire que c’est du réchauffé. Même si ça fait très chaud… au coeur. C’est universel et humain, lourd et léger à la fois. Éminemment bienveillante, cette feeling-good lecture échappe pourtant à la facilité et aux lieux-communs, et à la difficulté de faire parler le naturel dans les dialogues. Cette rencontre, on y croit, elle est réelle, rendue vibrante par l’étincelle si particulière que Marie Duvoisin allume en ses personnages.

 

 

 

 

© Morizur/Duvoisin chez Grand Angle

 

Parce qu’il y a encore une place dans cette chambre d’hôte désertée et réinvestie d’un coup, parce qu’on est le cinquième larron et que ce récit nous donne la force de nous y projeter. Les décors sont banals et pourtant magiques, la lumière extraordinaire comme si le soleil perçait les planches (même les jours de pluie), il y a un peu de musique et un bon repas, beaucoup d’amour et d’amitié. C’était allumé, alors, nous y sommes entrés. Qu’est-ce qu’on a bien fait.

 

 

 

 

© Morizur/Duvoisin chez Grand Angle

 

 

 

Alexis Seny

 

Titre : Nos embellies

Récit complet

Scénario  : Gwénola Morizur

Dessin et couleurs : Marie Duvoisin (Page FB)

Genre: Road Trip, Initiatique, Drame

Éditeur: Grand Angle

Nbre de pages: 72

Prix: 16,90€



Publié le 30/04/2018.


Source : Bd-best


La cuisine coréenne, Robin Ha nous la rend accessible en BD

Vous avez toujours rêvé de vous mettre à la cuisine coréenne. Seulement voilà, vous désirez aussi l'apprendre d'une façon plutôt ludique. Et bien figurez-vous que Glénat à trouvé un bon compromis avec l'album Cook Korean par Robin Ha, une auteure originaire de Séoul et vivant aux états-unis. Elle à travaillé pour des anthologies indépendantes telles que Secret Identities, The Strumpet et pour Marvel Comics et Heavy Metal Magazine.  Cette fois, elle se tourne vers le livre de recettes et un retour à ses origines.

Résumé de l'éditeur : Reconnue pour sa variété et sa qualité, la cuisine coréenne fait désormais un carton hors de son pays d’origine, et particulièrement en hexagone. Kimchi, bulgogi, gimbap, bibimbap... vous raffolez de ces spécialités exotiques, mais elles vous semblent impossibles à réaliser ? Alors Cook Korean est fait pour vous ! Aussi agréable à feuilleter que facile à utiliser, cet hybride unique entre livre de recettes et roman graphique est une introduction idéale pour se mettre à la cuisine coréenne. Finies les fiches de cuisine de mamie aux listes insipides et aux photos plus ou moins appétissantes : régalez-vous avec les recettes dessinées de Robin Ha !

 

 

 

© Robin Ha - Glénat

 

 

 

Entre anecdotes en BD et pas-à-pas illustrés, l’autrice nous décrit de façon détaillée les étapes et ingrédients à respecter pour pas moins de 60 recettes. Simple, ludique, savoureux et précis, Cook Korean se révèle idéal aussi bien pour les débutants que pour les cuisiniers plus aguerris qui souhaitent élargir leurs horizons culinaires !

 

 

 

© Robin Ha - Glénat

 

 

 

Vous voila donc averti, rien ne sera aussi simple à suivre que les recettes illustrées et proposées dans ce recueil. Vous pourrez découvrir tout en vous régalant des dessins de Robin Ha, cette cuisine aussi variée qu'exotique mais aussi des anecdotes que l'auteure partage avec vous au sujet de son rapport avec cet art culinaire coréen et où comment elle est revenue aux saveurs de son pays natal.

 

 

 

 

© Robin Ha - Glénat

 

 

Pas d'inquiétudes, les recettes sont très bien expliquée et le marche à suivre très claire. L'album est très agréable et fluide à la lecture. Il dispose d'un graphisme certes légèrement manga mais sans aucune lourdeur... et cela c'est aussi bon pour nos yeux que pour notre estomac. Un opus gustatif à déguster par conséquent sans modération.




Damien Caste


Titre : Cook Korean, La Cuisine coréenne en BD

Auteur : Robin Ha

Univers: La gastronomie

Collection: Le verre et l'assiette

Format : 180 x 254 mm

Pages : 176

Façonnage: Souple

Prix : 15 €

ISBN : 9782344026649



Publié le 30/04/2018.


Source : Bd-best


Réflexion sur l’espace-temps jusqu’au portail temporel…  Infinity 8 tome 7 – Et rien pour finir

« - Hey, gamin ! Tu t’appelles Douglas, c’est ça ? Ça va pas ?

-          C’est les auuutres ! Mehdi il a passé à Camillo et là j’ai voulu prendre et Carl y dit qu’y a faute alors qu’y a même pas faute et Clem elle a dit elle a dit elle a dit….

-          Whoo ! Whoo ! Ralentis !

-          Que si, y avait faute alors on a perdu et c’est dégueuelaa-haa-haasse !

-          Ha ha ! J’ai exactement ce qu’il te faut ! Tiens ! C’est un porte-bonheur super-puissant : garde-le toujours sur toi, toute ta vie ! Un jour, ce sera très très important ! »

 

Douglas, jeune lézard humanoïde, vient de se faire offrir un pendentif porte-bonheur par un alien. Il lui servira certainement… s’il ne l’égare pas. Par deux fois, il le perdra, par deux fois, Hal, l’alien, sous un déguisement grossier, lui remet en mains propres.

 

 

 

© Trondheim, Boulet – Delcourt

 

 

 

 

Aujourd’hui, Douglas est un jeune homme, amoureux de Carine, les deux jeunes tourtereaux doivent se séparer. Observant leur planète depuis l’espace, la belle veut voir Sirius la cascade de la Méduse et les décombres d’Albon. Douglas, lui s’embarque pour trois ans de service.

La découverte d’une nécropole géante à mi-chemin entre la voie lactée et la galaxie d’Andromède va entraîner notre bon Douglas dans une aventure aux confins de l’univers. Le voyage de l’Yss Infinity n’est pas une croisière sur un long fleuve tranquille.

 

Lewis Trondheim est un scénariste prolifique et polyvalent. Il écrit pour lui, pour les autres et avec les autres. Sur Infinity 8, il est sur ce troisième mode de fonctionnement. Que ce soit avec le dessinateur de l’album concerné (Retour vers le Führer, avec Olivier Vatine) ou avec un scénariste tiers, tous les scenarii de cette série collective sont réalisés à quatre mains. La page titre de Et rien pour finir l’indique clairement : Discussion : Boulet et Lewis Trondheim ; Continuité dialoguée : Boulet. L’histoire résulte donc d’un brainstorming entre les deux auteurs, engendrant une histoire dynamique, sans temps mort et avec des personnages forts, attachants ou détestables. Ces derniers se révèlent au fil de l’histoire, n’étant pas forcément ce que l’on pensait qu’ils étaient.

 

 

 

© Trondheim, Boulet – Delcourt

 

 

 

 

 

Boulet s’est emparé des personnages de façon fort originale. Douglas subit pendant la quasi-intégralité de l’album. C’est un gringalet. Petit à petit, il prend conscience de tout ce qui se passe autour de lui. Ce n’est pas qu’il se résigne sur son destin, il comprend, mais c’est un malchanceux chronique. Son physique est tremblant et terrifié comme ses sentiments.

Hal, ce grand bonhomme au sourire si doux, au départ ange gardien et sauveur, s’avère être en fait du côté obscur de la force. Son visage, simplifié à l’extrême, presque un contresens par rapport à la charte graphique de l’album, est un atout particulier pour son évolution.

Entre les deux, Sergent n’est pas un vrai méchant. C’est un militaire dans l’âme. Un ordre est un ordre. Il ne faut pas réfléchir plus loin. C’est pourtant lui qui est graphiquement le plus intéressant, permettant à Boulet de réaliser pour lui des déplacements d’un dynamisme lyrique.

 

            Embarquez sur l’Yss Infinity pour un voyage que vous ne pourrez oublier et dont il reste encore une étape après celle-ci.

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

Série : Infinity 8

Tome : 7 – Et rien pour finir

Genre : Science-fiction

Scénario : Trondheim

Scénario, Dessins & Couleurs : Boulet

Éditeur : Rue de Sèvres

Nombre de pages : 96

Prix : 17 €

ISBN : 9782369812722

 



Publié le 30/04/2018.


Source : Bd-best


Batman et Robin sont là, ça va faire mal, ça va cogner la bagarre !

Un générique qui détonne, une ombre dans la nuit qui plonge à toute vitesse sur une ville où héroïsme et banditisme se fantasment… Résolument, il y a des oeuvres devant lesquelles on se retrouve, des années plus tard, et qui sont fortiches pour réveiller des souvenirs fastes de l’enfance. Ça tombe bien, c’est dans l’écrin de sa collection Kids (et elle porte bien son nom pour les kids que nous sommes toujours, à certaines heures) qu’Urban Comics publie, en trois volumes, Batman & Robin Aventures. Une série de 1996 dont le charme de cette reparution rend tellement hommage à la série du justicier masqué qui a bercé les belles heures animées des années 90 et qui en retrouve tout l’esprit. Ça cartoon et cartonne !

 

 

 

 

 

 

 

© Dini/Templeton/Burchett/Medley chez DC Comics

 

Résumé de l’éditeur : Rejoint par son plus célèbre sidekick, Robin, le chevalier noir parcourt les rues de Gotham avec pour seul objectif de débarrasser la ville des vermines qui l’occupent. Parmi ses plus grandes menaces, l’excentrique Harley Quinn et son amie la vénéneuse Poison Ivy, le procureur schizophrène Double-Face, l’indéchiffrable Sphinx ou encore le terrible Joker ! Ils ne seront pas trop de deux super-héros pour faire régner l’ordre et protéger les habitants de la ville.

C’est censé être pour nos (futurs) enfants, pourtant, voilà un album qu’on leur chiperait bien ! Un précieux ! C’est fou comme on reste attaché aux premières oeuvres qu’on a vues quand on était gamins. Toy Story, le Roi Lion, Bla Bla (pour les Belges qui regardaient la RTBF). Elles étaient faites de ça les années 90 télévisuelles devant lesquelles j’ai grandi. Aussi, mon premier contact avec Batman, bien avant l’ère plus dark et fragile incarnée par Christian Bale et les récits de Miller, c’était cette série classe portée par la voix, on le découvrirait plus tard, du formidable Richard Dubois. Imparable.

 

 

 

 

© Templeton/Burchett/Medley chez DC Comics

 

Le temps a passé, j’ai quitté le monde des séries animées pour ne me « contenter » (quel euphémisme, à l’heure actuelle) que des films de super-héros qui sortent, année après année, et qui, du côté de la DC, jouent sur la noirceur et prennent des chemins tortueux. Je n’avais pas pour autant oublié cette série de mon enfance et elle m’est revenue comme un boomerang, avec le premier volume de Batman & Robin Aventures. Des aventures respectueuses du climat so 90’s et c’est bien normal, et voulu, puisque se retrouve à la barre et à la batmobile ni plus ni moins que Paul Dini, le co-créateur de la série télévisée aux côtés de Bruce Timm.

 

 

 

 

© Templeton/Harkins/Burchett/Medley chez DC Comics

 

Avec un team affuté et sans doute nostalgique de ces belles heures, Paul Dini retrouve l’ADN du chevalier noir telle qu’elle donnait allègrement corps à notre super-héros tant aimé. Un héros sûr de lui, jamais vraiment mis à mal, et qui peut compter sur son inséparable Robin. Si les présentations avec ces deux gardiens de Gotham n’ont pas lieu d’être faites, de même qu’avec Alfred (peut-être un peu trop absent à notre goût, en figurant) l’ouvrage prend un malin plaisir à introduire un méchant (ou un allié) différent à chaque épisode. Bien sûr, le Joker, Double-Face ou Ra’s al Ghul sont de la partie et de la party (une vraie fête à la richesse du Bat-univers) mais aussi une foule d’autres qu’on avait un peu oubliés. Le tout par jolies tranches de 22 planches. Court mais intense et complètement fun.

 

 

 

 

© Templeton/Burchett/Medley chez DC Comics

 

Il faut dire que les quatre dessinateurs (Ty Templeton, Rick Burchett, Tim Harkins & Brandon Kruse) retrouvaient tout le charme et l’esthétique très cartoon, méchamment sexy et férocement cool de la série d’origine. Le tout en proposant des histoires inédites signées Paul Dini et Ty Templeton, bourrées d’humour et de couleurs. Et si ça date d’il y a plus de vingt ans, ça n’a pas vieilli et c’est toujours autant bien ancré dans notre monde décadent (les journaux à sensation qui font leur beurre sur la prétendue séparation de Batman & Robin sont les mêmes qui palabrent sur l’héritage de Johnny, ces risques de pandémie à cause du virus que veut propager un maniaque ou l’extrême solitude à laquelle sont sujets les moins bien lotis de ce monde.). Le tout, sans accent grave mais avec un aspect très fun, on le redit. Tandis que les couleurs de Linda Medley finissent d’ajouter au tout du pop et de la pulpe. Car, après tout, on a beau bien aimer cette tournure tourmentée que les super-héros ont adapté dans les comics et à l’écran, qu’est-ce que ça fait du bien de retrouver l’insouciance et la légèreté d’un héros imbattable et pourtant si attachant.

 

 

 

 

© Dini/Templeton/Burchett/Medley chez DC Comics

 

 

Alexis Seny

 

Série : Batman & Robin Aventures

Volume : 1

Inspiré de : Batman, la série animée

Scénario : Paul Dini, Ty Templeton

Dessin : Ty Templeton, Rick Burchett, Tim Harkins & Brandon Kruse

Encrage : Rick Burchett

Couleurs : Linda Medley et Lee Loughridge

Genre : Aventure, Super-héros

Éditeur VO : DC Comics

Éditeur VF : Urban Comics

Collection : Urban Kids

Nbre de pages : 268

Prix : 10€



Publié le 29/04/2018.


Source : Bd-best


Condamné par l’absurde et pour l’exemple, huit ans de vie volée : Mohammed El-Gorani n’avait rien fait, il est pourtant devenu Guantánamo Kid

On le dit et on le répète à l’envi : la réalité est toujours habile pour venir dépasser la fiction, toujours avec de grandes longueurs d’avance. Dans le comique mais aussi le tragique. Vous imaginez bien dans quelle case se range l’erreur judiciaire. Si elle dure quelques secondes, elle file des frissons. Mais si elle dure des années… et que cette erreur n’est motivée par rien qui tienne un tant soit peu debout, la tournure est vite effroyable. Cette histoire incroyable, inacceptable dans des contrées qui se disent civilisées, c’est celle de Mohammed El-Gorani, qui voulait juste se former et travailler et va se retrouver, enchaîné, à quasi faire un demi-tour du Monde (hélas pendant plus de 80 et même plus de 800 jours) et à trouver beaucoup plus d’ombre que la lumière qu’il espérait. Il est devenu le plus jeune détenu de cet enfer carcéral qu’est Guantánamo.

 

 

 

 

 

 

© Tubiana/Franc chez Dargaud

 

Résumé de l’éditeur : C’est l’histoire d’un jeune garçon qui se rêve un avenir meilleur et quitte l’Arabie Saoudite pour étudier l’anglais et l’informatique au Pakistan. Deux mois après son arrivée, c’est le 11 septembre 2001. Au mauvais endroit au mauvais moment, le jeune adolescent est vendu par les services secrets pakistanais aux Américains, au prétexte qu’il appartiendrait à Al-Qaïda. C’est une descente aux enfers qui le mène à Guantánamo, au camp X-Ray puis au camp Delta, où il va vitre la routine des tortures, des interrogatoires incessants et vains. Une histoire vraie.

 

 

 

 

© Tubiana/Franc chez Dargaud

 

 

 

 

© Tubiana/Franc chez Dargaud

 

« On observe le même phénomène dans toutes les armées du monde. Prenez 1000 péquenauds. Donnez-leur un fusil chacun. Sur les mille, il y en a toujours un qui chope une érection. Qui éprouve le besoin de décharger. » Les hasards des parutions font parfois dialoguer deux albums pas forcément trempés dans le même genre. En l’occurrence, cette phrase est tirée du dernier (phénoménal) Tyler Cross paru chez Dargaud… tout comme Guantánamo Kid. Et cette phrase qui possède le fumet et la gouaille reconnaissables de Fabien Nury résume ô combien un des thèmes, une des problématiques du deuxième album que nous évoquons ici.

 

 

 

 

© Tubiana/Franc chez Dargaud

 

Parce que le roman graphique que proposent Jérôme Tubiana et Alexandre Franc reflète ce royaume des incompétents qui pourtant, parce qu’ils ont des théories du complot en tête et des moyens de vous faire parler (même là où il n’y a rien à dire et à reprocher) en mains, en sont nuisibles et brisent des destins. Comme celui de Mohammed qui a passé huit ans dans ce centre de détention (et de torture) cubain dont le nom file des frissons : Guantánamo. Mohammed, il était pourtant du genre à ne rien demander à personne (et encore moins aux extrémistes; de toute façon, il n’avait pas le temps de les écouter, il voulait avancer, lui, et pas rétrograder de dix siècles), à forcer le destin avec lucidité, boulot et dépassement de soi et des frontières pour devenir un self-made-man comme disent, paradoxalement les Américains.

 

 

 

 

© Tubiana/Franc chez Dargaud

 

Des frontières, notre héros bien malgré lui en a franchi plus que de raison (mais celle des Amerloques en quête de coupables était la plus forte) et est devenu « by-the-other-broken-man ». Du jour au lendemain, le voilà arrêté dans une mosquée de Karachi (comme si prier était un crime) et pris pour un Saoudien et un terroriste alors qu’il est Tchadien et non-violent, transféré, interrogé maintes fois et incarcéré dans un monde inhumain. Mohammed, ce n’est même pas Diego, derrière ses barreaux: IL N’A RIEN FAIT ! Et pourtant, il va être obligé de se rebeller, de se durcir et devenir une teigne, une terreur (quitte à renforcer les matons dans les certitudes que leur prisonnier a des choses à se reprocher), là où il était doux comme un agneau, dans cette prison qui laisse peu de chance de rédemption… même à ceux qui sont pourtant innocents. C’en est hallucinant de bêtise et d’incompréhension tant la condamnation par l’absurde et pour l’exemple impose sa loi et son univers désespéré. Mohammed n’avait pourtant rien demandé.

 

 

 

 

© Tubiana/Franc chez Dargaud

 

C’est sans couleur mais avec beaucoup de texte (que ce soit dans des dialogues ou des monologues, des pensées), sans s’encombrer d’ultra-réalisme mais en faisant vœu d’un dessin rond et accessible, très didactique, que Jérôme Tubiana et Alexandre Franc nous plongent dans ce zoo infernal, bruyant (et Barney, the purple dinosaur qui balance son « We’re a happy family » à pas d’heure) et violent (« l’équipe de football américain » qui ne fait pas les choses à moitié). Heureusement que la solidarité existe de geôle en geôle, de cri en cri, alors que les détenus ne se verront jamais. Les révélations se suivent, accablantes, jusqu’à ce que vienne, heureusement, l’inespérée libération. Sur papier, d’abord, avant d’être suivie par une libération effective… cinq mois plus tard. C’est clair, nos détenus ont toute la vie devant eux… moins tous ces instants, que dis-je ces années, perdus, volés.

 

 

 

 

© Tubiana/Franc chez Dargaud

 

 

 

 

© Tubiana/Franc chez Dargaud

 

Guantánamo Kid nous renvoie aux tristes heures du monde carcéral (celles qui semblent-ils, tant que le prétexte de la guerre et de l’insécurité nationale auront cours, ont encore de belles heures devant elles). On pense à l’effrayante expérience de Stanford mais aussi aux camps de concentration nazis. On s’interroge sur ce monde qui tourne fou mais aussi sur les chiens décervelés que sont devenus ces gardiens stupides et inhumains (heureusement, il y en a des bons).

 

 

 

 

© Tubiana/Franc chez Dargaud

 

Car si Guantánamo était, aux dernières nouvelles, démantelé; il en existe d’autres dans le Monde, sans doute moins médiatiques mais mués par ce besoin incompressible de brimer les hommes, de les priver non seulement de liberté mais aussi d’humanité, d’éteindre tout désir pour en faire des lavettes ou des bêtes inadaptées en diable pour nos sociétés. Et si, justement, le radicalisme commençait plus là qu’à l’extérieur ? Pour les bandits et criminels qui n’auront sans doute qu’une envie, s’ils sortent un jour : récidiver. Mais peut-être encore plus pour ceux qui, victimes d’un système qui veut des coupables sans investiguer beaucoup plus loin, comme ce fut le cas pour Mohammed, sont jetés au fond du trou et en pâture aux idées noires et sans espoir. Voilà pourquoi il est important de faire circuler ce terrible album qu’est Guantánamo Kid, afin que le vaste monde de quoi il retourne et de ce dont il est question dans les confins de l’inhumanité jugée et classée sans suite. Parce que les « plus jamais ça », ça commence à bien faire ! Pourvu que cette longue et dure infiltration non-consentie dans les murs de la honte ne soit pas vaine.

 

Alexis Seny

 

Titre : Guantánamo Kid

Sous-titre : L’histoire vraie de Mohammed El-Gorani

Récit complet

Scénario: Jérôme Tubiana

Dessin : Alexandre Franc

Noir et blanc

Genre: Biographie, Drame

Éditeur: Dargaud

Nbre de pages: 172

Prix: 19,99€



Publié le 27/04/2018.


Source : Bd-best


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