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Dans ma hotte de Noël, il y a…  Episode 2 : Un précis de philosophie  Le chat 21 – Chacun son chat

Chacun son chat, un recueil de citations ancrées dans leur siècle.

« - Euh… Le chat, c’est moi. Je suis né en 1983 dans le journal le soir. Mon métier consiste à faire des gags à propos des grands problèmes du monde pour amuser mes concitoyens. Comme tous mes confrères, je mange des souris et des oiseaux. Mais, à choisir, je préfère des coquilles rôties au beurre blanc accompagnées d’un chablis bien frais. »

 

 

 

 

 

 

 


 

            Même si on ne présente plus le chat, celui-ci est tellement cabotin qu’après vingt albums, il a besoin de se raconter au début du vingt-et-unième. C’est sûr que sa principale qualité n’est certainement pas l’humilité. Mais il n’oublie pas dès cette introduction de rendre hommage à son créateur, le modeste Philippe Geluck. Après cette brève entrée en matière, le chat nous livre un album tout ce qu’il y a de plus banal pour un album du Chat : c’est-à-dire hilarant, tordant, poilant, bidonnant…et philosophique.

 

 

 

 

 

 

            Après la mort, l’esprit quitte le corps. Sauf chez les cons. Chez eux, ça s’est passé avant.

            J’attends l’inattendu. Je cherche l’introuvable. J’imagine l’impensable.

            Quand on boit de l’eau, on est mouillé de l’intérieur.

 

            Voici à la volée quelques-uns des aphorismes qui composent ce recueil.

            Il y a eu Sacha Guitry, il a eu Pierre Dac, il y a eu Tristan Bernard, il y a aujourd’hui Steven Wright ou Philippe Geluck. Ce belge de génie est le pape de l’humour. Son personnage assène des vérités percutantes, des évidences auxquelles on n’avait pas pensé. Au détour de réflexions, l’auteur montre également son amour pour les grands maîtres de la BD. Geluck idolâtre Hergé, Morris, Uderzo et Goscinny. C’est discret mais ça se sent.

 

            Madame Bovary, c’est Flaubert ; le Chat, c’est Geluck.

            Hé, Ben-Hur, arrête ton char ! Hé, Geluck, poursuis ton Chat !

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

Série : Le chat

Tome : 21 – Chacun son chat

Genre : Humour

Scénario & Dessins : Geluck

Couleurs : Dehaes

Éditeur : Casterman

Nombre de pages : 48

Prix : 11,95 €

ISBN : 9782203148581



Publié le 06/12/2017.


Source : Bd-best


Mirages, la première monographie consacrée à Will

La galerie Maghen édite en ce dernier trimestre 2017, un impressionnant recueil en l'honneur d'une grande figure de la bande dessinée : Will. Un écrin de 408 pages consacré à l'auteur d'Isabelle et de Monsieur Choc ainsi que bien entendu, aux emblématiques personnages de Tif Et Tondu par Vincent Odin ( il travaille notamment pour la pub, la BD et l'animation. Il a travaillé sur de nombreux projets aux éditions de La Martinière Jeunesse, Demain le Monde et plusieurs titres dans les collections Oxygène et Hydrogène). V. Odin est le créateur de la collection "Biographie en images". Sur le même principe des volumes précédents, ce livre rassemble certes, des dessins connus mais présentés sous un jour nouveau.

Cette première monographie qui lui est consacré souligne les grandes périodes de son œuvre.

Reprenons sa biographie en quelques lignes :
Tout d'abord, Willy Maltaite alias Will (né en 1927 à Anthée dans la province de Namur en Belgique) entre au début des années 1940 en apprentissage chez Joseph Gillain (Jijé) qui deviendra plus tard son ami. « J’ai appris mon métier chez lui, mais il m’a tout d’abord communiqué l’ABC du dessin. Je ne savais rien du tout et il m’a montré comment voir juste. En plus, c’était un type universel, il faisait aussi bien de la gravure sur bois que de la sculpture ou de la peinture. J’ai tout fait avec lui, sans réaliser de BD, jusqu’à l’âge de 20 ans. ».

 

 

 

 

 

© Will - Maghen 2017

 

En 1946, Will réalise tout d'abord des cartoons et des illustrations publiés dans Bonnes soirées et Le Moustique. C'est l'année départ de Jijé pour les États-Unis. A cette époque, Will réalise sa première bande dessinée en 30 planches avec le titre :  "Le Mystère de Bambochal". Un tirage de 15 000 exemplaires qui fut publié à compte d’auteur. Ensuite Charles Dupuis lui confie la série Tif et Tondu, qu'il tiendra de main de maître avec Dineur, Tillieux, Rosy et Desberg jusqu'en 1990.

 

 

 

 

© Will - Maghen 2017

 

 

En 1957, en parallèle, il aide Franquin pour les décors de l’album Les Pirates du silence. Ensuite, sur des des scénarios de Goscinny il dessine Lili mannequin  et illustre des jeux dans le magazine Record sur scénario de Charlier. Un pause de deux ans et une interruption de la série Tif et Tondu lui permet de devenir directeur artistique du journal de Tintin.
L'année 1960 le voit revenir au journal de Spirou où il animera Éric et Artimon sur scénario de Vicq. Il collabore également avec Peyo sur la série Jacky et Célestin puis sur les décors de Benoît Brisefer.
Will sera également directeur de la collection Carrousel chez Dupuis entre '66 et '69.

 

 

 

 

© Will - Maghen 2017

 

 

En 1970, il crée une nouvelle série intitulée "Isabelle" et s'adjoint la participation d'Yvan Delporte, Raymond Macherot et Franquin aux textes.

À partir de 1988, Will change de registre, se tournant vers un dessin où la couleur joue une importance de plus en plus grande. Et en 1991, il finit par abandonner définitivement la série Tif et Tondu. Avec Desberg au scénario, Will produit alors en couleurs directes Le jardin des désirs et La 27e lettre pour la collection Aire Libre, puis L'Appel de l'enfer pour P&T Production.

Will nous quitte en 2000 sans avoir terminé L'arbre des deux printemps, sur un scénario de Rudi Miel.
Il était un peintre à part entière jouant sensuellement avec les matières et les coloris.

 

 

 

 

© Will - Maghen 2017

 

 

Au fil des pages, nous découvrons donc ses écoles chez Jijé, ses travaux dans les pages du Spirou magazine, sa poésie avec Isabelle mais surtout ses peintures au lavis, à l'aquarelle et à l'huile qui furent premièrement exécutées dans le plus grand secret dans son atelier et plus tard exposées en France et en Belgique.

Le travail de documentation de Vincent Odin est impressionnant et une préface de Stephen Desberg vient agrémenté judicieusement l'ouvrage. Rédigée avec une typographie d'un autre âge, elle nous plonge par ce biais, directement dans l'ambiance d'époque. On en sentirait presque l'odeur du vieux papier. Mirages non seulement souligne la grande modestie de l'auteur mais sublime dans une composition délicieuse, son grand talent. Une mise en page soignée, de nombreux extraits de planches, d'illustrations raviront le lecteur et le fan assidu.

Cesser de ronronner, prendre des risques, se remettre en cause, se faire plaisir aussi... comme le disait Will, "Moi ce qui me fait vivre, c'est de m'amuser ! M'amuser à aller plus loin, et si possible continuer à progresser". Cette déclaration orne parfaitement la quatrième de couverture de cet admirable pavé de toile jaune vêtu. Un incontournable qui trouvera tout naturellement sa place dans votre bédéthèque.

 

Titre : Mirages

Auteur : Will

Réalisation : Vincent Odin

Pages : 408

Format : 22 x 29,7 cm

Édité par : Éditions Daniel Maghen

Prix : 59 €

ISBN : 978-235674-053-3

 

 



Publié le 05/12/2017.


Source : Damien Caste


Dans ma hotte de Noël, il y a…  Episode 1 : Une fresque historique  Mattéo 4 – 4ème époque

« - Alors, maintenant qu’on n’a plus que des copains dans cette ville, on va pouvoir proposer notre bonne volonté combattive…

-          On est venus pour se battre, on est bien d’accord… Contre qui, c’est facile, mais avec qui ? Socialistes, communistes, anarchistes ?

-          Personnellement, après ma petite expérience de 17, j’élimine les bolcheviks.

-          Mais ce ne sont pas les mêmes, ici…

-          Ah, parce que tu crois que c’est une question de géographie ? Pourquoi pas de climat tant que tu y es ? Les communistes veulent tout partager, sauf le pouvoir…

-          Un peu comme toi avec le blanc… »

 

1936 : Mattéo et ses compagnons sont en Espagne. A Barcelone, ils s’engagent auprès des combattants. Mais Roberto et Mattéo n’ont pas les mêmes opinions politiques. Amélie choisit de suivre ce dernier dans un idéal anarchiste. Combattre pour qui ? Combattre pour quoi ? A cette heure, l’action précède la réflexion. Après tout, du moment que l’on fait la révolution.

 

 

 

 

 

 

C’est une fresque historique que nous propose Gibrat. A travers l’histoire de Mattéo, l’Histoire s’écrit sous les yeux du lecteur. L’originalité est que cela ne se fait pas autour d’un événement ou d’un lieu, mais par le biais d’un voyageur, qui, refusant de rester spectateur des aventures d’un siècle, choisit de prendre son destin en mains et d’assumer des choix.

 

            Gibrat est un des meilleurs dessinateur réaliste contemporain. Les décors nous entraînent dans l’Europe du milieu XXème. Ses personnages féminins se ressemblent ? Et alors ? Elles sont si belles…

 

 

 

 

 

Gibrat est le maître de la couleur directe. Pour autant, il ne privilégie pas l’esthétisme, mais la vitalité, grâce aux coups de crayons qui restent apparents sous des tons divers. Et personne mieux que lui ne peut représenter ombres et lumières sous le chaud soleil catalan.

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

Série : Mattéo

Tome : 4 – 4ème époque (août-septembre 1936)

Genre : Histoire

Scénario, Dessins & Couleurs : Gibrat

Éditeur : Futuropolis

Nombre de pages : 60

Prix : 17 €



Publié le 05/12/2017.


Source : Bd-best


Calypso, cinégénique et BDgénique, Cosey rattrape le temps perdu à courir des chimères pour suivre une petite sirène qui a bien vieilli

Après le péril jeune, c’est bien au péril vieux que nous devons faire face. Les Expendables, les braquages à l’ancienne, les vieux Rambo ou même dans Amour de Hanneke, les rides défilent sur les écrans. Et la BD intègre l’âge d’or, souvent avec bien plus de finesse qu’Hollywood. Regardez les Vieux Fourneaux, les sept héros et tous les autres. Dans son oeuvre d’après Grand Prix d’Angoulême, entre Septième et Neuvième Arts, Cosey ranime les rêves, ceux qui faisaient danser la Calypso infiniment.

 

 

 

 

 

 

© Cosey chez Futuropolis

 

Résumé de l’éditeur : En Suisse, dans les montagnes. Après leur journée, deux ouvriers se retrouvent au comptoir. À la télé, passe « Calypso », avec la mythique Georgia Gould. Gus apprend à son collègue que lorsqu’il avait 15 ans, Georgia s’appelait Georgette. C’était son premier amour. Quelques jours plus tard, Georgia est de retour au village, internée dans la luxueuse clinique dirigée par son mari. Dépossédée de tous ses biens, l’actrice déchue en est prisonnière. Gus est prêt à tout pour la libérer.

 

 

 

 

© Cosey chez Futuropolis

 

L’âge d’or est passé, l’autre âge d’or est venu, loin des sirènes, cette fois dans la quiétude des montagnes qui étouffe les détresses et étrangle la jeunesse. On peut la quitter mais elle semble toujours plus vous ramener à elle. Enchaînés que vous êtes. Encore plus quand vous creusez des trous à longueur de journée dans les rocs. Une vie de douleur et de sueur, surtout quand on a passé l’âge, mais heureusement qu’il reste le godet à partager, le soir venu. Dans ce bar où les hommes empoussiérés retrouvent forme humaine, l’improbable va se passer matérialisé en une créature de rêve luttant par sa cinégénie à travers les âges et les décennies.

 

 

 

 

© Cosey chez Futuropolis

 

Ah, Calypso, c’était quand même le bon temps, celui des fantasmes, celui où une simple fille des montagnes, tout edelweiss soit-elle, pouvait devenir une étoile. Cette femme, Gus la connaissait, la fréquentait, rêvait d’autre chose… qui ne s’est jamais réalisée. Sauf que Georgia est redevenue Georgette dans un hospice de luxe (aussi isolé que l’hôtel Overlook dans Shining!) qui, au-delà des apparences, est une prison dorée où finir des jours maudits à l’ombre d’une carrière qui a duré moins longtemps que prévu. Comme celle de Copenhague, la sirène a vendu son âme au diable; C’est sûr, peu importe le prix, il faut la sortir de là, la faire évader. Mais sera-t-elle partante, elle qui est désormais clouée sur une chaise roulante ?

 

 

 

 

© Cosey chez Futuropolis

 

Ce qui est bien avec Cosey, le lieu qu’il a choisi, la simplicité et la pureté qui s’en dégagent, c’est qu’il ne peut offrir qu’une histoire autrement que cash. Sans besoin de fleurs, d’envolées, d’effets spéciaux. Brut de décoffrage. Ces personnages, ils parlent vrai et ne perdent pas cette immense qualité lorsqu’il s’agit de passer à l’action. Éh ouais, ils ne sont pas rouillés les vieux et ils ont encore des ressources. Et ces héros différents, plus matures tu meurs (quoiqu’en fait, est-on vraiment mature quand on se lance dans une telle aventure ?), ils valent tout l’or du monde, toute la testostérone des chiens fous. Avec ça, on ne peut que céder au chant de la sirène même si celle-ci s’est écaillée.

 

Titre : Calypso

Récit complet

Scénario et dessin : Cosey

Noir et blanc

Genre : Chronique sociale, Drame

Éditeur : Futuropolis

Nbre de pages : 102

Prix : 20€



Publié le 01/12/2017.


Source : Alexis Seny


NOBody, une enquête entre le ciel et l’enfer : digne des showrunner US, Christian de Metter conforte les apparences avant de les confronter

Plus le temps, les planches passent et plus on se dit que Christian De Metter devrait s’occuper de la troisième saison, en sursis, de True Detective. Le conteur français a toutes les armes et les pistes en main. Enfin, cela dit, l’auteur n’a rien à lui  envier et tous les éléments sont réunis pour porter sa série d’anthologie, NOBody, à la hauteur de la série américaine qui avait réussi à captiver tout le monde. Ce n’est pas pour rien qu’au couperet final du deuxième album, on avait eu le souffle coupé, autant que quand Negan a sorti sa batte dans The Walking Dead. La preuve avec un avant-dernier épisode de ce premier cycle qui, une nouvelle fois, nous emmène dans une autre direction, en compagnie d’un diable menotté solidement qui pourrait être notre meilleur élément pour faire la lumière sur le mal qui nous entoure.

 

 

 

 

 

 

© Christian de Metter

 

Résumé de l’éditeur : Dans ce nouvel épisode, l’homme révèle avoir travaillé, dans les années 80, en tant que lieutenant sur une mystérieuse affaire de meurtre : le corps d’une seconde jeune fille a été retrouvé dans les bois, près de Springboro. Plusieurs suspects sont en lice…parmi lesquels M. Perkins, un tueur en série dont on n’a jamais retrouvé le corps…

 

 

 

 

© Christian de Metter chez Soleil

 

Les époques sautent et les missions se suivent et ne se ressemblent pas pour cet homme qui s’est montré sous sa figure de héros mais dont on doit pourtant se méfier. On déambule dans ses pas, dans ces bureaux mal éclairés. Et même quand le ciel est bleu pleine puissance, l’enfer sans modération nous guette. D’ailleurs qui peut bien s’en prendre à des enfants ? Qui ? C’est la question qui sera le fil conducteur de cet album en quête de souvenirs pour mieux éclaircir le présent.

 

 

 

 

© Christian de Metter chez Soleil

 

Jouant entre les intérieurs et les extérieurs, entre les éléments qu’il porte à la connaissance du lecteur ou pas, Christian De Metter continue à ouvrir la brèche, béante, qui a fait l’atmosphère malsaine des deux premier opus de cette anthologie (qui se prolongera sans doute avec une deuxième saison avec d’autres personnages, une autre époque et d’autres lieux, dixit Christian De Metter qui a imaginé quatre voire cinq saisons). C’est à tâtons que l’histoire se dévoile, confortant les apparences avant de les confronter pendant que la vérité sur le crime se fait désirer jusqu’à une dernière case encore une fois intolérable de suspense.

 

 

 

 

© Christian de Metter chez Soleil

 

Beaucoup de choses passent par l’ambiance et celle de Christian de Metter pénètre par tous nos pores. Parce qu’en soi, l’enquête n’est pas innovante mais c’est toute l’âme qui l’habite qui la rend passionnante. Il n’y a peut-être pas de corps, no body, mais il y a de l’esprit et des intentions, imparables.

Cette première saison trouvera conclusion dans un quatrième épisode : La spirale de Dante dont Christian de Metter a eu la gentillesse de nous faire parvenir un aperçu de ce qui sera la conclusion de ce tétraptyque.

 

Série : NOBody

Saison : 1

Tome : 3/4 – Entre le ciel et l’enfer

Scénario, dessin et couleurs : Christian De Metter

Genre : Polar, Espionnage

Éditeur : Soleil

Collection : Noctambule

Nbre de pages : 76

Prix : 15,95€



Publié le 01/12/2017.


Source : Bd-best


À leurs risques et périls, dix bandes d’auteurs se sont aventurées en Palombie pour réveiller le Marsupilami dans des hommages tout en rebonds

Le home des vieux héros de bande dessinée peut encore attendre, certains font de la résistance et n’ont pas dit leur dernier mot. Alors que Gaston fête ses 60 ans en bonne compagnie, le Marsupilami en a cinq de plus (et trente pour sa série propre) et est toujours, lui aussi, haut en couleur, fort en bonds et rebonds. Personnage mythique mais pas pour autant abordable, il faut le mériter cet animal de légende. Ce qu’a fait une première salve d’auteurs dans des relectures parfois aux antipodes des dess(e)ins que l’immense Franquin avait pour son sacré animal.

 

 

 

 

 

 

 

 

© Munuera/Sedyas/Ruiz chez Dupuis

 

Résumé de l’éditeur : Marsupilami naît en 1952 sous la plume d’André Franquin dans une aventure de Spirou et Fantasio. Très vite, ce personnage obtient sa propre série dessinée par Batem, avant d’être porté à l’écran dans le film de 2012. Aujourd’hui, les auteurs de la nouvelle génération rendent hommage au célèbre marsupial dans un diptyque d’histoires courtes, dont voici le premier volume. Dix récits qui posent un regard contemporain, éclectique et émouvant sur le célèbre Marsupilami.

 

 

 

 

© Renaud Collin chez Dupuis

 

Si ce n’est pas Tarzan, c’est donc son frère… ou le Marsupilami. Des tréfonds de cette Palombie tant prisée par les explorateurs en manque de sensations, c’est un ouragan jaune et noir qui peut sortir à tout moment, pas toujours aussi bien luné qu’on pourrait le croire. Houba, houba pas, dix teams d’auteurs se sont lancé le défi de réinventer le démon palombien en ne s’encombrant pas de l’ombre pesante de Franquin qu’aucun ne pourrait sans doute égaler pour faire à leur idée.

 

 

 

 

© Reynès/Ramon chez Dupuis

 

C’est ainsi qu’Olivier Bocquet et Brice Cossu rapprochent le Marsupilami du Hollywood des super-héros et du Shield de Nick Fury avec un ersatz qui en perd son pantalon en plus de son oeil. Mais nous ne sommes pas là pour rire, eux pas en tout cas, et les deux auteurs exploitent à fond le potentiel infernal et bestial de cette créature pas contente, mais alors vraiment pas contente d’être dérangée. Les bords sont noirs, c’est du Carpenter ou du Peyo façon Schtroumpfs noirs et ça marche du tonnerre.

 

 

 

 

© Bocquet/Cossu chez Dupuis

 

Habitués du genre, plus souvent délirants que sérieux, quoique, voilà que Lapuss’, Baba et Tartuff offrent de l’air dans la sueur forestière. C’est complètement fou, comme à leur habitude, irrévérencieux et on se dit après coup que, pour son film, Alain Chabat aurait été mieux inspiré de convier ces trois auteurs qui ne se refusent rien mais ont l’imagination débordante.
© Lapuss/Baba/Tartuff chez Dupuis

Visuellement, la version de Denis-Pierre Filippi, Silvio Camboni et Greg Lofé vaut son pesant cacahouète ou de fourmis carnivores pour ceux qui ont de bonnes dents. En voyant les premières cases, on a pensé à la prochaine révision de Mickey chez Glénat que nous mitonnent… Filippi et Camboni. Mélangé aux couleurs de Greg Lofé, on touche au divin même si Backalive, encombré d’une « gamine » de 19 ans, ne touchera pas encore cette fois à un poil du Marsupilami. Aussi fun que beau.

 

 

 

 

© Filippi/Camboni/Lofé/Glogowski chez Dupuis

 

Un cran plus loin graphiquement que ce que proposent la bande à Lapuss’, Baba et Tartuff, Pog et Priou s’adonnent à une BD gros nez et décomplexée. Comme si le Marsupilami avait rencontré un Livre de la jungle façon Dora l’exploratrice. C’est très mignon mais mal calibré et d’un intérêt tout relatif. Un (safari) tour pour rien ou pas grand-chose.

 

 

 

 

© Pog/Priou/Lerolle chez Dupuis

 

Écho ultra-violent à la première histoire de Bocquet et Cossu, Jérôme Hamon et David Tako livrent sans doute la version la plus dark et fratricide. Le Marsupilami se révèle plus que jamais sous son aspect bête de guerre. Ça n’a strictement rien à voir avec Franquin, Spirou etc., c’est désespéré mais ça claque !

 

 

 

 

© Hamon/Tako chez Dupuis

 

Plus Hanna-Barbera que Franquinesque, Sti et Denis Goulet (qui nous avaient déjà faits le (joli) coup pour les Tuniques Bleues) foutent le boxon en Palombie en organisant une mise à prix à laquelle les plus grands chasseurs de ce bas monde vont participer. Et forcément quand on connaît la proie (mais l’est-elle vraiment?), un chasseur chassant chasser ne suffit pas. Et c’est sans doute, à l’image du Marsu, l’histoire la plus montée sur ressorts qui nous est proposée là.

 

 

 

 

© Sti/Goulet/BenBK chez Dupuis

 

Non content de nous avoir offert l’un des plus beaux hommages à Gaston, Renaud Collin est une nouvelle fois comme un piranha dans l’Amazone en compagnie du démon jaune à points noir. Des points un peu pâles, le Marsupilami s’est fait capturer et est désormais l’attraction du jardin zoologique. Renaud Collin zyeute du côté de Fran…k Pé dans un bestiaire magique qui rue dans les brancards et préfère l’économie des mots. Un régal et une belle rencontre, qui nous rappelle celle avec Noël.

 

 

 

 

© Renaud Collin chez Dupuis

 

Un autre qui crève l’écran et le décor, c’est Munuera qui s’offre pourtant une planche de grand calme, de requiem à contempler le poumon vert de cette planète. Toute l’énergie du prodige espagnol, fait pour ça, est au service du Marsupilami et de ses p’tits. De combat en combat, ça ne raconte pas grand-chose mais c’est de la baston pour zygomatiques, on en prend plein les yeux tandis que le guépard en prend plein… la gueule dans un tête-à-queue avec un animal auquel, une fois en colère, il vaut décidément mieux ne pas se frotter.

 

 

 

 

© Munuera/Sedyas/Ruiz chez Dupuis

 

Annoncé par la couverture, tellement mystérieuse et réconfortante, voilà le tour du Leurre préparé par Frédéric Brrémaud et Federico Bertolucci. Les couleurs sont passées, tout semble venir d’un autre âge, vintage et aventurier. D’ailleurs Backalive est encore une fois de la partie. Et la revanche de la nature face aux intrus est encore une fois plutôt bien goupillée.

 

 

 

 

© Brrémaud/Bertolucci chez Dupuis


 

Enfin, la fin de ce premier tome (sur deux) est proche avec le récit le plus iconoclaste de cette centaine de pages intrépides. Un récit, totalement muet mais diablement sonore, confectionné par Mathieu Reynès et Yrgane Ramon qui font du Marsupilami un Picasso kafkaïen, représentant du dévouement amoureux dans toute sa puissance. Les animaux ont des sentiments, et le Marsu est un amoureux transi et aventurier dont on se demande ce qu’il ne ferait pas pour les beaux yeux de sa belle. C’est un peu cauchemardesque et on ne sait qu’en penser en bien ou en mal, des deux assurément. Il fallait oser !

 

 

 

 

© Reynès/Ramon chez Dupuis

 

Entre tradition et fantasme tous azimuts, ce premier recueil d’histoires courtes tient ses promesses et propose un autre panorama de ce que le Marsupilami aurait pu être ou… ne pas être. Les auteurs s’en sont donnés à cœur joie, appliqués, et tout l’amour qu’ils ont pour ce magnifique héros rebondissant du Neuvième Art s’en ressent. Avec l’art et la manière.

 

Titre : Marsupilami – Des histoires courtes par…

Recueil d’histoires courtes

Auteurs : Olivier Bocquet et Brice Cossu; Baba, Lapuss’ et Tartuff; Silvio Camboni, Denis-Pierre Filippi, Greg Lofé et Philippe Glogowski; Thomas Priou, Pog et Christian Lerolle; David Tako et Jérôme Hamon; Denis Goulet, Sti et Ben BK; Renaud Collin; Jose Luis Munuera, Sedyas et Anne-Marie Ruiz; Fédérico Bertolucci et Frédéric Brrémaud.

Genre : Hommage, Humour, Aventure

Éditeur : Dupuis

Nbre de pages : 102

Prix : 19€



Publié le 28/11/2017.


Source : Alexis Seny


Le tandem Le Roux-Froissard invente la mille et unième nuit de Shéhérazade et compagnie et nous piègent dans un désert magnétique et imparable

Elles en auront fait couler de l’encre et de l’inspiration, perler des fronts aussi, ces mille et une nuits de légende qui restent vibrantes dans les mémoires de tous ceux qui aiment lire et s’endormir sur ces histoires sans fin. Comme celles dont Shéhérazade avait le secret. Mais d’où les tenait-elle d’ailleurs ? D’un soupçon de réalité et d’un torrent d’imaginaire ? Peut-être. Avec un truc en plus, quelques gouttes d’éternité pour que jamais ces histoires ne se craquellent. Prenant sa dernière nuit contée comme démonstration, Étienne Le Roux et Vincent Froissard (qui ont souvent croisé les traits et les couleurs avant de s’intéresser en tandem au Dernier voyage d’Alexandre de Humboldt) s’éloignent de l’écrin originel pour proposer une ultime aventure qui se prolongera bien plus loin que la nuit initiale.

 

 

 

 

 

 

 

© Étienne Le Roux/Vincent Froissard chez Soleil

 

Résumé de l’éditeur : Laissez-vous conter l’incroyable mille et unième nuit des célèbres contes de Shéhérazade… Le Sultan Shariar gouverne en imposant ses vues à la ville de Rum. Marié à Sheherazade, une conteuse qui tient le peuple éveillé, il accepte un pari fou lancé par le lion roi, Baali’m : lequel d’entre eux sera  jugé le meilleur roi ? Leur juge sera un vieil homme dont la femme et le fils ont été respectivement transformés en âne et en singe par Lilith, la femme de Salomon, dans d’étonnantes circonstances… Cette mille et unième nuit s’annonce aussi riche en événements qu’en rebondissements…

 

 

 

 

© Étienne Le Roux/Vincent Froissard chez Soleil

 

Sans doute, faut-il être tordu pour inventer une histoire pareille qui a si vite fait de vaciller du rêve à l’horreur et vice-versa. Étienne Le Roux et Vincent Froissard le sont suffisamment que pour rendre l’ensemble merveilleux, ne pouvant trouver mieux que la collection Métamorphose pour les abriter du sable et des tempêtes. On n’ouvre pas cet album comme on s’engouffre dans les albums « classique ». Ici, on admire l’objet avant tout, on se demande ce que peuvent receler les mystères de la couverture. Et ses dorures. On lévite déjà, ne manque plus que le tapis volant (car comment ne pourrait-il pas y avoir un tapis volant dans un tel songe) pour nous envoler.

 

 

 

 

© Étienne Le Roux/Vincent Froissard chez Soleil

 

Shéhérazade est toujours aussi belle malgré le temps passé, son roi toujours aussi cruel… et bon à la fois. C’est la nuit, le marchand de sable (qui n’a pas eu long chemin à faire) engage son bras de fer avec les oiseaux de nuit pendant que Vincent couche ses images fantastiques dans la douceur de tapis persans. Rien ne pourrait venir les perturber et pourtant. Shéhérazade sera bientôt enceinte, Dinarzade est toujours en quête de récits croustillants, un âne qui parle et son guide vont amener une pincée de fantastique à Rum (atchoum) que bientôt une armée de guerriers assiégeront. De quoi forcer le sultan à se jeter dans la gueule du l… ion qui règne en maître dans ce coin du désert qui fait peur à n’importe quel vivant un tant soit peu raisonné. Et c’est face au dilemme lancé Baali’m, le roi lion, que Shariar devra prouver qu’il peut être un grand roi, un homme de promesse et d’honneur. Même s’il doit oublier que pour se venger du mépris du passé il s’est promis de tuer toutes ses conquêtes dès la première nuit passée. Enfin ça, c’était avant de rencontrer l’ingénieuse Shéhérazade.

 

 

 

 

© Étienne Le Roux/Vincent Froissard chez Soleil

 

Ingénieux, nos deux auteurs le sont jusqu’à un certain point : un peu trop de magie, une main de dieu utilisée à mauvais escient pour débloquer trop facilement une situation cruciale et prometteuse (vous savez comme on les déteste ces héros qui ne sont jamais trop mis en péril). C’est dommage car ça nous a un peu fait sortir de la confortable et lumineuse ambiance à laquelle on était tout acquis. Mais pour le reste, on est dans cette Mille et unième nuit comme on s’enivrerait au café des délices. Les visages sont des ombres, le décor est d’ampleur et le grain des couleurs nous fait écarquiller les mirettes. Nous sommes la proie du désert, insignifiant et pourtant essentiel car s’il n’y a plus personne pour écouter ces histoires, comment pourraient-elles vivre. Et, bien plus, que d’y être contraints, on en est tout excités. Du très bel ouvrage. Mais n’est-ce d’ailleurs pas un djinn à la beauté vénéneuse qui malignement répand ce puissant philtre d’adhésion. Enchanteur.

 

Titre : La mille et unième nuit

Récit complet

Scénario : Étienne Le Roux

Dessin et couleurs : Vincent Froissard

Genre : Conte, Fantastique

Éditeur : Soleil

Collection : Métamorphose

Nbre de pages : 82

Prix : 16,95€



Publié le 27/11/2017.


Source : Alexis Seny


Grands crus en eaux troubles : vaudeville… et de vin rocambolesque avec vue sur la vigne claire mais un peu bouchonnée

En cette période de l’année, au coin du feu, on n’a pas trop le choix du grog, d’un cacao chaud ou d’un thé. Notez qu’un bon verre de vin (pas forcément chaud),  ça réchauffe aussi le coeur. Ce n’est pas pour rien que les salons du vin éclosent un peu partout dans la région. Des cépages dont les arômes qui font voyager et nous emmènent dans le Sud où Laurent Panetier, Georges Van Linthout et Alice Fischer sont sur la piste de ce qui pourrait être le plus gros casse viticole et folklorique de l’Histoire.

 

 

 

 

 

 

 

© Panetier/Van Linthout/Fischer chez Glénat

 

Résumé de l’éditeur : Antoine et Julien travaillent pour un mensuel indépendant, La Feuille de vigne, spécialisé dans le milieu du vin. Leur prochaine enquête concerne Jean Poitou, un célèbre collectionneur de grands crus récemment victime d’un cambriolage. Un individu fantasque et singulier, connu pour ses prises de position radicales, en croisade contre la spéculation à tout crin qui fait monter la cote des grands millésimes à des prix plus qu’exorbitants. Quelqu’un qui ne s’est donc pas fait que des amis… Arrivés chez Poitou, Antoine et Julien découvrent un certain nombre de « bizarreries » qui les incitent à rester pour mener leur propre enquête.

 

 

 

 

© Panetier/Van Linthout/Fischer chez Glénat

 

M’enfin ! Un vin, ça se boit. Ça ne s’entrepose pas durant des décennies comme on le fait de bandes dessinées dans une bibliothèque. Et pourtant, Jean Poitou est un as du vin (ou de la vinasse quand elle a tourné des années) et collectionne les vins de prestige comme on collectionne les timbres-poste. Et si le goût de ces grands crus est à relativiser, reste qu’il y a des collectionneurs aussi fous que lui pour les marchander… ou les lui voler. Un sacré magot couleur raisin, mine de rien ! De vent mauvais en vin mauvais, cagoule et armes d’assaut en prime. De vendange en vidange. De quoi secouer ce bout de campagne et de vignobles bien tranquille mais de quoi réveiller la vin-dicte populaire (quoique Poitou l’a peut-être bien mérité, de l’avis de certains) qui entend bien ne pas laisser ce crime, contre l’humanité imbibée, impuni. Si les collectionneurs dégustent, reste à voir si les voleurs seront vinifiés et condamnés à la peine capiteuse.

 

 

 

 

© Panetier/Van Linthout/Fischer chez Glénat

 

Avec vue sur la vigne… pardon la ligne claire, c’est tout un pan du patrimoine franco-belge qui coule dans les veines de Georges Van Linthout, comparse notamment de Walthéry et souvent à l’oeuvre dans des collectifs pour la bonne cause mais aussi papa de Lou Smog. Georges est loin d’être un inconnu, son trait est franc et sympathique, souriant et pertinent dans cette histoire qui titille les zygomatiques à défaut de vraiment nous faire goûter ces grands crus promis qui, entre deux péripéties, ont beau nous mettre l’eau à la bouche mais n’en lâche pas une goutte.

 

 

 

 

© Panetier/Van Linthout/Fischer chez Glénat

 

Par contre, ça faisait longtemps que Laurent Panetier n’avait plus en haut de la couverture, lui qui était si habitué aux livres humoristiques (Blagues bien typées et autres passionnés de la petite reine). S’il n’a rien perdu de ses réflexes, force est pourtant de constater qu’à force de zyeuter sur des références comme Gil Jourdan, cet ouvrage prend des allures de pastiches séparant trop les bons grains de l’ivraie. Et c’est dommage car le casting, de l’excentrique victime au milliardaire russe intéressé par cette collection démesurée, sans oublier les deux enquêteurs amateurs, était plutôt bien mis en place, bien charpenté.

 

 

 

 

© Panetier/Van Linthout/Fischer chez Glénat

 

Mais voilà, cet album (qui sort pourtant de la gamme de produits stéréotypés et se prenant trop au sérieux de ces dernières années)  manque de tanin pour se boire jusqu’à l’ivresse ou, même, sortir de l’immense production livresque que l’or rouge arrose chaque mois. Reste une insouciance effervescente à défaut d’être gouleyante.

 

Titre : Grands crus en eaux troubles

Récit complet

Scénario : Laurent Panetier

Dessin : Georges Van Linthout

Couleurs : Alice Fischer

Genre : Humour, Enquête, Vaudeville

Éditeur : Glénat

Nbre de pages : 56

Prix : 14,50€



Publié le 24/11/2017.


Source : Alexis Seny


Gaston Lagaffe amuse la galerie depuis 60 ans et, avec autant d’hommages, la galerie le lui rend bien

Il y a quelques jours, lorsque le film Gaston s’est révélé un peu plus en quelques clichés, c’est un véritable mouvement « Touche pas à mon Gaston » qu’on a vu fleurir sur les réseaux sociaux. Si, pas forcément convaincus par le premier aperçu de ce film de Pef, nous attendrons d’en voir plus pour juger, le moment est venu de s’interroger sur ce Gaston qui appartient à tellement de lecteurs. « Mon » Gaston est-il celui du voisin? Pas forcément… peut-être même qu’en-dehors des constantes irréfutables à l’art de Franquin, il y a autant de Gaston que de lecteurs… et d’auteurs de BD. Car pour les soixante ans de la terreur des bureaux en col roulé vert, Dupuis a convié 60 auteurs (ou paires ou trios d’auteurs) à ériger une statue de plus en l’honneur de Lagaffe. Et ça ne vaut assurément pas des baffes !

 

 

 

 

 

 

 

© Mathieu Burniat chez Dupuis

Résumé de l’éditeur :  On ne présente plus Gaston, le plus célèbre gaffeur de toute l’histoire de la bande dessinée ! En 2017, cet anti héros débordant de malice et de créativité, créé par Franquin, a fêté ses soixante ans. Soixante ans d’émotions, de gags et d’inventions décalées auxquels la BPI du Centre Pompidou à Paris consacra une exposition durant plusieurs mois. À leur tour, de nombreux auteurs contemporains ont tenu à rendre hommage à cette irrésistible figure de l’humour et à son fameux pull-over vert en se la réappropriant et en lui donnant de nouveau vie à travers leurs dessins.

 

 

 

 

© Tébo chez Dupuis

 

Dans Gaston, il y a ton, et celui employé par Franquin n’appartient définitivement qu’à lui, gravant Lagaffe sur nos rétines pour l’éternité et l’instituant comme un indémodable héros farfelu. Le temps passe, les générations se chassent mais Lagaffe ne s’efface. La preuve, dix-huit ans après la parution du dernier album du King of ze divan (ou du hamac, pendant que le courrier s’entasse), il y a toujours des expos et des panoplies d’ouvrages documentaires pour s’intéresser à ce qui fait la force de frappe de Lagaffe. Une force qui gagne en puissance quand près de 80 auteurs s’invitent dans le monde de Franquin pour faire une gaffe, une planche, et appuyé un peu plus l’événement : 60 ans, ce n’est pas rien dans un monde de la BD qui a changé mais a gardé ses références et son amour pour les géants.

 

 

 

 

© Blutch chez Dupuis

 

Et tous ces auteurs invités à souffler sur le gâteau ont dû le mériter s’imposant comme… des David face aux G… oliath (qui est même Hulkesque dans l’hommage le plus super-héroïque de l’album par Mathieu Reynès) qu’est Gaston. Et dans ces 60 planches, on croise de tout, d’hier et d’aujourd’hui (Yoann, Vehlmann et Croix s’intéressent au rapport qu’aurait pu avoir Gaston avec la réalité virtuelle), à la rédaction ou dans un écrin de verdure (souvent avec Mam’zelle Jeanne, tiens tiens), dans des styles plus ou moins proche de Franquin (Grégory Panaccione et, encore plus, Delaf confondant de mimétisme).

 

 

 

 

© Delaf chez Dupuis

 

L’imagination n’a pas été bridée, cadenassée là où on s’attendait à avoir de l’attendu, du vu et revu, quelque chose de fade. Comme toujours, les hommages sont plus ou moins réussis, plus ou moins recherchés, mais dans l’ensemble (très éclectique, et ça nous botte), on peut se dire que quand elle rend hommage à ses maîtres, la BD ne fait pas les choses à moitié (pas comme une certaine industrie de la musique quand il s’agit de faire chanter Cloclo par Pokora, Goldman par une bande d’argentier ou encore Sardou par des Kids unis mais sans envergure).

 

 

 

 

© Diego Aranega chez Dupuis

 

Dans cet album traversé par des jeunes et des plus vieux, Gaston fait donc sa Galerie des illustres  gaffes et les 400 coups avec Diégo Aranega qui veut lui voler la vedette avec Victor Lalouz, Fabcaro qui fait de l’oeil et des mots à De Mesmaeker, Olivier Pont qui fait rejouer à Prunelle l’envolée sauvage, Tebo qui liste les gadgets foireux (et très crado) de la créature de Franquin, Cromheecke et STi montrant un Gas’tond qui n’est pas un mouton ou Obion qui montre toute l’omniprésence du gaffeur même quand il n’apparaît pas tandis que Frank Pé s’en va déposer une gerbe (ah non, attendez, il semblerait qu’il y ait un accro) sur la tombe de Franquin.

 

 

 

 

©Obion chez Dupuis

 

Alors, c’est vrai, certains hommages ne résistent pas à la comparaison avec le génie de Franquin (et donc l’affirment encore plus, non ?) mais quelques autres jouent d’un amour et d’une finesse qui nous ont embué les yeux. Le premier, c’est celui de Pascal Jousselin qui, tout là-haut sur son petit nuage de rêve, réussit un voyage immobile à travers tout ce que peut générer la lecture d’un album de Gaston, en explosion, en animaux, en inondations jusqu’à ce que le sommeil vous prenne pour vous emmener dans la grotte mythique que Gaston privilégiait pour ses siestes à rallonge. Un vrai bijou.

 

 

 

 

© Pascal Jousselin chez Dupuis


Un peu plus loin, c’est une origin story en une planche que nous livre Fabrice Tarrin en faisant un crossover entre la célèbre naissance d’Astérix de la main de Goscinny et Uderzo (la dernière case du Papyrus de César) et la case de la première apparition de Gaston. Astérix est en bonne voie pour échouer chez… Spirou, c’est sans compter Gaston serveur mais déjà gaffeur qui passe par là et va changer le cours de l’Histoire du Neuvième Art.

 

 

 

 

© Fabrice Tarrin chez Dupuis

 

La page après, c’est Renaud Collin qui fait entrer Gaston à l’heure du BURN OUT avec un Aimé De Mesmaker qui s’est reconverti en gourou zen. Heureusement, Gaston est dans les parages et de la parade. Le dessin de Renaud Collin fonctionne comme sur des roulettes et, en sept cases, l’auteur du monde selon François, grave pour l’éternité l’importance de savoir se défouler et se décontracter. Brillant et tellement d’actualité et de folie. Et tant qu’à parler de roulette, Alain Dodier met tout le monde au home mais la frénésie est de mise et Aimé prend enfin sa revanche.

 

 

 

 

© Renaud Collin chez Dupuis

 

Puis, il y a la mise en abyme de Mathieu Burniat, Blutch qui joue les prolongations à ses Variations (la chronique arrive), Terreur Graphique et ses nuances de Gast…Ron, James et Boris Mirroir qui imaginent la mort de Gaston au bout du clavier ou encore Olivier Bocquet (qui a aussi une bonne idée mois bien concrétisée par un Brice Cossu en petite forme, malheureusement) dans le bon coup avec Florent Sacré et un robot pour remplacer Gaston.

 

 

 

 

© Terreur Graphique chez Dupuis

 

Un dernier pour la route ? M’enfin, mais bien sûr ! Quelques pas de danse avec Benoît Feroumont qui maîtrise le retourné-renversé à la perfection.

 

 

 

 

© Benoit Feroumont chez Dupuis

 

Bref, tant qu’il y a de la vie et du rire, y’a de l’espoir, et Gaston aurait pu tomber plus bas. Ici, il y a du rebond, de la générosité et pas mal de talent pour rajeunir un Gaston qui depuis 60 ans et encore pour longtemps, rend les vies légères et délicieusement cinglées.

 

Titre : Gaston – La galerie des gaffes

Album collectif

Auteurs : Yoann, Fabian Vehlmann, Laurence Croix, Diego Aranega, Fabien Toulmé, Fabcaro, Caro Khaldy, Bertschy, Fabrice Erre, Olivier Pont, Pascal Jousselin, Rudy Spiessert, Fabrice Tarrin, Renaud Collin, José Homs, Madaule, Tebo, Luc Cromheecke, Sti, Fred Neidhardt, Francis Porcel, Philippe Bercovici, Leonardo, Alessandro Barbucci, Nob, Jean-Paul Krassinsky, David De Thuin, Thomas Priou, Olivier Saive, Obion, Delaf, Fabrice Parme, Grégory Mardon, Frank Pé, Blutch, Ian Dairin, Mathieu Burniat, Lewis Trondheim, Jérôme Jouvray, Anne-Claire Jouvray, Olivier Schwartz, Terreur Graphique, Mathieu Reynès, Grégory Panaccione, James, Boris Mirroir, Daniel Goossens, Dab’s, Brice Cossu, Olivier Bocquet, Yoann Guillo, Olivier Dutto, William, Christope Cazenove, Jean-Claude Götting, Hervé Bourhis, Florent Sacré, Étienne Lécroart, Guillaume Bouzard, Nob, Ztnarf, Aude Picault, Lucile Thibaudier, Joris Chamblain, Libon, Alfred, Jose Luis Munuera, Éric Buche, Benoît Feroumont, Alain Dodier, Nicoby, Nix

Couleurs

Genre : Hommage, Humour, Gag

Éditeur : Dupuis

Nbre de pages : 64

Prix : 12,50 €



Publié le 23/11/2017.


Source : Bd-best


Opération Copperhead : à un doigt du sosie parfait

Opération Copperhead, c’est une histoire aussi vraie que rocambolesque du contrespionnage britannique pendant la Seconde Guerre mondiale. À partir d’un fait réel, Jean Harambat crée de toutes pièces une histoire d’une inventivité folle et réalise un pastiche désopilant et fantaisiste de trois protagonistes : les comédiens David Niven, Peter Ustinov et Clifton James. Il s’agit, selon une idée de Winston Churchill, de recruter et de former un sosie (Meyrick Edward Clifton James) pour jouer le rôle du général Montgomery – le général des forces alliées, alors surveillé par les nazis – et ainsi induire en erreur l’ennemi quant au lieu réel du Débarquement. Dans le même temps, alors que la capitale anglaise subit le Blitz, la vie se déploie dans les cabarets où officie une vénéneuse – et néanmoins charmante – jeune femme, Vera.

 

 

 

 

© Jean Harambat chez Dargaud

 

Avec Opération Copperhead, on reste bien au chaud pour se glisser dans l’arrière-cuisine de la guerre avec une folle histoire :  celle de Meyrick Edward Clifton James. Vous ne le connaissez pas, on ne vous en voudra pas, pourtant sachez qu’il a failli avoir un rôle en or et déterminant dans – toujours – cette deuxième guerre mondiale. Bon, il ne fut et ne sera jamais l’égal de Peter Ustinov et David Niven, ses deux comparses de légende dans cette folle aventure, mais Clifton James avait un atout : il était le sosie (comme d’autres grands de ce monde en ont un, fantasmé ou bien réel) de Montgomery en personne… ou en double.

 

 

 

 

© Jean Harambat chez Dargaud

 

Et double, Clifton James voyait plus souvent qu’à son tour, tombé dans l’alcool quand il était petit ou presque. Et ça, ça n’allait pas aider malgré toute la bonne volonté de ceux qui le soutenaient. Monty en pire, donc.

 

 

 

 

© Jean Harambat chez Dargaud

 

Dès le pitch de départ, on se marre. Il faut dire que Jean Harambat a déniché une pépite du contre-espionnage, assez réelle que pour être crédible (notamment par l’apport de morceaux choisis des autobiographies de David Niven, Peter Ustinov et Clifton James) , assez trouble que pour ne pas brider l’imagination fertile de notre auteur, entre esthétique du cinéma de cette époque et un feeling tout britannique. Car, mettre Clifton James dans la peau de Monty, un tant soit peu au moins, en vue de risquer sa peau mais de tromper les nazis en un lieu bien loin du débarquement, ça n’avait rien d’une partie de plaisir. Tout comme il y a un monde entre le cinéma de propagande et la réalité pure et dure, sans artifice.

 

 

 

 

© Jean Harambat chez Dargaud

 

Dans Opération Copperhead, la guerre se joue ainsi dans Londres, à l’abri du fracas… plus souvent dans les bars jusqu’à plus soif que sur les plateaux et les camps d’entraînement. Dans les couleurs de ce temps révolu, Jean Harambat livre un récit haut en couleur dont, à aucun moment, on ne cherche à défaire le vrai du faux. C’est assumé et c’est tant mieux, pétillant et succulent, avec une âme british jusque dans les couleurs d’Isabelle Merlet. Comme quoi, on peut en apprendre sur la guerre sans avoir les larmes aux yeux… ou du moins pas de tristesse mais de joie.

 

Titre : Opération Copperhead

Récit complet

Scénario et dessin : Jean Harambat

Couleurs : Isabelle Merlet

Genre : Espionnage, Histoire, Humour,  Fiction réalité, Réalité fictionnalisée

Éditeur : Dargaud

Nbre de pages : 176

Prix : 22,50€



Publié le 21/11/2017.


Source : Bd-best


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