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Sur les murs de Poussière de Geoffroy Monde, on ne s’est pas brûlé les yeux, on les a… écarquillés face aux cyclopes!
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Sur les murs de Poussière de Geoffroy Monde, on ne s’est pas brûlé les yeux, on les a… écarquillés face aux cyclopes!

Geoffroy Monde, vous connaissez ? Mais si, on vous en avait parlé comme d’un prestidigitateur de l’absurde à l’époque où il avait sorti De rien. On aurait pu se dire qu’il resterait dans cette veine encore un petit moment, tant son style pouvait encore être développé avec une audace et une marque de fabrique déjà bien installées. Que nenni, s’il se la joue encore magicien dans une histoire oscillant entre le visible et l’invisible, Geoffroy Monde propose avec Poussière d’investir une planète pas si lointaine croit-on, où un combat sans fin se mène dans un cercle vicieux et sur fond d’écologie. Inattendu.

 

Résumé de l’éditeur : Deux ans que Poussière et les habitants de la planète Alta combattent les Cyclopes. Deux ans que les Augures ramènent ces derniers à la vie après chaque bataille. Quand l’équilibre d’un écosystème repose sur une force qui le menace, quelle solution reste-t-il à l’humanité?

 

 

 

 

 

 

 

© Geoffroy Monde chez Delcourt

 

C’est un drôle de zigoto, ce Geoffroy Monde ! À 32 ans, celui qui a commencé sa carrière chez les Éditions Lapin a décidément plus d’un tour dans son sac et son chapeau. Avec ses précédents ouvrages, maniant un style très particulier et personnel, Geoffroy Monde faisait court et direct, sans s’en aller par quatre chemins. Avec Poussière, la démarche est tout autre et Geoffroy Monde passe au long, maîtrisant son art pour le rendre protéiforme, lui adjoindre des décors fournis ou pour faire le vide, changeant de styles comme pour marquer des chapitres de ce premier tome. C’est étonnant et déboussolant, c’est une véritable expérience de lecture.

 

 

 

 

 

 

© Geoffroy Monde chez Delcourt

 

Nous voilà donc embarqués sur une terre un peu semblable à la nôtre… Si ce n’est que c’est Alta et que cette planète est peuplée d’humains évolués et dotés d’une technologie permettant de réparer quasi n’importe lequel de leurs membres et de leur donner des capacités quasi super-héroïques. Une société à la pointe donc mais ramenée aux temps anciens (la Grèce Antique, par exemple) par cette mainmise qu’ont des Augures sur la société et ses choix cruciaux.

 

 

 

 

© Geoffroy Monde chez Delcourt

 

D’autant plus cruciaux que, désormais, les cyclopes, montagnes d’éther magnifiques (les patronus d’Harry Potter peuvent aller se rhabiller), ont perdu la boule et attaquent désormais les humains avec qui ils vivaient auparavant en harmonie, en symbiose, pour le meilleur équilibre de leur planète. S’il faut riposter, ce petit monde a aussi peur de voir ces géants à l’énergie destructrice et comme en pilote automatique disparaître.

 

 

 

 

© Geoffroy Monde chez Delcourt

 

Ce pour quoi, ils sont ressuscités (lors d' »effluences » offrant un magnifique spectacle) par les Augures, de quoi donner lieu à un éternel recommencement de combats, toujours plus rapprochés dans le temps et l’espace. Le dilemme ne se pose même plus et pourtant les voix s’élèvent. Celle de Poussière, notamment. La vaillante et aguerrie combattante est d’autant plus touchée par cette tragédie que son frère et sa soeur pourraient bien être réquisitionnés en vue de quelques expériences. En effet, Ayame et Pan ont un don inexplicable, celui de voir et communiquer avec les cyclopes, là où le reste du monde ne les voit se matérialiser que quand ils partent au combat.

 

 

 

 

© Geoffroy Monde chez Delcourt

 

Chroniquer une telle première pierre à l’édifice est bien compliqué tant l’imagination de Monde est fertile et qu’il a peut-être voulu en mettre trop que pas assez. L’ébauche de cet univers très attrayant est donc touffue, rentabilisant chaque case pour apporter mystère et infos sur la vie à Alta. Au bord du chaos, l’histoire est même parfois un peu chaotique, de quoi nous mettre un peu plus dans la peau des personnages, plongés dans l’urgence de la survie et du solutionnement d’un problème démesuré. En soixante pages, Geoffroy multiplie les intrigues et prend bien soin de donner de la cohésion à son monde tout en éparpillant le lecteur.

 

 

 

 

© Geoffroy Monde chez Delcourt

 

Ne fût-ce que par les identités visuelles et colorées différentes qu’il confère aux rêves et aux réveils, aux souvenirs, aux scènes de combat ou à celles plus contemplatives. Comme si cet ouvrage était collectif. Pourtant, à la barre, il n’y a qu’un Geoffroy Monde, artiste schizophrénique impressionnant et dont la seconde nature absurde revient au galop dans une dernière planche conjuguant le n’importe quoi. Ça pourrait rebuter, nous ça nous a confortés dans l’idée qu’il faudra sans doute attendre quelque chose d’encore plus grand et totalement imprévisible dans les tomes à venir. D’autant plus, qu’entre les lignes, il y a encore une fois beaucoup de choses à retirer de ce cercle vicieux qui est semblable à nos addictions et dépendances (pétrole, nucléaire, alimentation…) d’hommes modernes.

 

Alexis Seny

 

Série : Poussière

Tome : 1

Scénario, dessin et couleurs : Geoffroy Monde

Genre : Aventure, Guerre, Science-fiction

Éditeur : Delcourt

Nbre de pages : 65

Prix : 15,50€



Publié le 04/10/2018.


Source : Bd-best

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