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Coup de coeur : Les Petites Gens ont leur histoire
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Coup de coeur : Les Petites Gens ont leur histoire

Une ville, une rue, deux immeubles qui se font face et quelques personnages comme on en croise tous les jours. Ils sont emportés par leur vie, de la maison au bureau, de la crèche au cimetière. Parmi ces gens, certains fonctionnent moins bien que d'autres. Des petites gens. Ils sont là mais on ne les voit pas. Ils sont six à vivre leur petite vie. Vingt-quatre heures de la vie de deux femmes, trois hommes et un enfant... certains sont nostalgiques, d'autres tristes et d'autres encore pleins d'espoirs. Banal ? Attendez d'abord de voir ce qui se trame derrière leurs rideaux jaunis.... Parmi ces petites gens, quelques-uns ont l'air d'encore aimer la vie. Ils l'aiment assez pour essayer de lui donner un sens, d'y trouver le bonheur. On dirait des révolutionnaires. Silencieux et pacifiques.

 

 

 

 

Il y a Paul, employé aux chemins de fers, qui ne comprend pas que l'un de ses collègues sourie. Il y a Monsieur Armand, qui s'est improvisé bibliothécaire, et entend contribuer à la résolution des problèmes de ses voisins en leur proposant ses livres. Il y a Lucie, vieille technicienne de surface qui construit des maquettes, Louis et son papa qui n'arrivent pas à communiquer, et Irina une ancienne danseuse...

 

En offrant des premiers rôles à ces anti-héros, Vincent Zabus, homme de théâtre (on retrouve indirectement Shakespeare et une vieille et très belle salle de théâtre « squattée » par Irina), dénonce indirectement une société dans laquelle ces « petites gens » ne trouvent pas leur place. Un monde où la communication semble avoir la part belle alors qu'y règne l'incommunication. Qui n'a jamais pensé pouvoir communiquer dans le monde entier grâce au web alors qu'il ne connaît même pas ses proches voisins ? Comme le scénario, l'histoire de ses « petites gens » sans histoire s'est construite progressivement, et c'est le personnage de Lucie, qui, le premier, s'est imposé à l'auteur. Peu à peu, au long de ces 72 pages, les petites gens prennent corps, sortent de l'oubli ou de l'ignorance du regard. Ils évoluent, se croisent, se rencontrent, et apprennent à se connaître, vraiment, avec de jolies surprises à la clé. Avec un départ qui semblait sombre, alors que se précise le destin de ces quelques personnes, c'est un sourire un peu émerveillé qui, lui, se dessine sur le visage du lecteur. Plusieurs fois on a envie de s'exclamer « c'était donc ça ». Le poids de la vie des petites gens s'allège à mesure que les personnages trouvent leur chemin. On pense à « Amélie Poulain », on pense aux « Gens honnètes » de Durieux et Gibrat, mais les Petites gens ont peut-être quelque chose d'encore plus touchant parce que plus fragile. Aux antipodes des critères commerciaux classiques, Zabus et Campi nous offrent un plaisir rare avec cet album délicat. Thomas Campi, d'un trait frêle, répond à toute la sensibilité des petites histoires savamment entremèlées par Vincent Zabus. Celui-ci, surtout connu en BD pour Agathe Saugrenu et le monde selon François, séries clairement estampillées «enfants », fait ici son entrée dans un registre plus adulte, et au vu des prochaines parutions annoncées, nul doute que l'on reparlera de lui. A noter que parmi celles-ci se trouve une autre collaboration avec le même dessinateur. D'une douceur et d'une poésie rares, ce très bel album ressemble au rayon de soleil qui éclaire sa formidable couverture. Une BD qui fait vraiment du bien et qui s'immisce, petit à petit, dans votre coeur et dans vos yeux !



Pierre Burssens



Les Petites Gens, Vincent Zabus et Thomas Campi, le Lombard



Publié le 09/10/2012.


Source : Graphivore

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