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En images et en bulles
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Rien ne va plus chez Lucky Luke : Jolly Jumper fait la gueule, Averell est boulimique et Bouzard nous fait (fou) rire

Comme beaucoup, il y a quelques mois, nous avons eu un peu peur en voyant arriver au loin le poor lonesome cowboy dans un style totalement décomplexé et à des lieues de l’image donnée par Morris, Achdé ou plus récemment Mathieu Bonhomme. En s’attelant à l’homme qui tire plus vite que son ombre (et on va comprendre pourquoi), Guillaume Bouzard et Lucky Comics faisaient un pari très risqué et novateur. Après lecture, on peut vous avouer qu’il est complètement réussi… même si Jolly Jumper fait la gueule. Bonus et preview à la fin.

 

 

 

 

 

© Guillaume Bouzard/Philippe Ory chez Dargaud

 

 

© Guillaume Bouzard/Philippe Ory chez Lucky Comics



Résumé de l’éditeur : Jack Dalton (ou William ? – qui, au fond, sait différencier les deux frères du milieu ?) entreprend une grève de la faim en prison. Lucky Luke est appelé à la rescousse pour résoudre cet énième problème lié aux Dalton. Mais il doit aussi faire face à une autre situation, celle-là inédite et gravissime : Jolly Jumper est boudeur, il fait la tête et ne lui répond plus. Lucky Luke tente désespérément de renouer le dialogue avec son fidèle destrier…

 

 

© Guillaume Bouzard/Philippe Ory chez Dargaud

 

 

© Guillaume Bouzard/Philippe Ory chez Lucky Comics

 

Et si Lucky Luke avait été un imposteur ? Que son ombre avait été trop lambine, lui permettant ainsi de prendre tout son temps pour tirer plus vite qu’elle ? Si, sa répartie habituelle n’avait été que la conséquence d’une incapacité chronique à saisir le second degré ? Regardez-le, ce cavalier en noir-jaune-rouge-bleu totalement démodé, il n’est même plus capable de faire obéir son cheval, ce héros. La triste réalité a rattrapé le héros légendaire et il doit bien faire avec dans une aventure aussi improbable que dangereuse.

 

 

© Guillaume Bouzard/Philippe Ory chez Dargaud

 

 

© Guillaume Bouzard/Philippe Ory chez Lucky Comics

 

Avec un trait depuis toujours à des années-lumière de l’académisme des géants franco-belges, Guillaume Bouzard était bien conscient qu’il lui faudrait puiser dans des ressources bien différentes des naturels argument de Luke pour faire mouche et viser juste.

 

 

© Guillaume Bouzard chez Dargaud

 

 

© Guillaume Bouzard chez Lucky Comics

 

Bien loin du réalisme déployé par un Matthieu Bonhomme, c’est sur le décalage total et barré qu’a misé Guillaume Bouzard. Un déferlement d’humour et de vannes comme on ne pensait jamais en voir, de cette manière, dans Lucky Luke.

 

 

© Guillaume Bouzard/Philippe Ory chez Dargaud

 

 

© Guillaume Bouzard/Philippe Ory chez Lucky Comics

 

Un humour qui n’appartient qu’à Bouzard et qui jaillit quasiment toutes les deux cases, de la couverture à la quatrième de couverture revisitée comme il se doit (« Lucky Luke, l’homme qui… a eu l’idée de tirer sur son ombre »). Bref, on oublie bien vite ce dessin, qui se révèle d’ailleurs terriblement efficace et en osmose avec les couleurs appliquées par Philippe Ory, et on se retrouve fort sensible à cet humour singulier, recherché, cumulant les running gags sans trop en faire et n’hésitant pas à se moquer de ses personnages (les Frères Dalton, du plus petit au plus grand mais, aussi, du plus mince au plus gras). Avec quelques fous rires à la clé !


Alexis Seny


Série : Lucky Luke

Tome : Jolly Jumper ne répond plus

Scénario et dessin : Guillaume Bouzard

Couleurs : Philippe Ory

Collection : Lucky Luke par…

Éditeur : Lucky Comics / Dargaud

Nbre de pages : 48

Prix : 13,99€



Publié le 01/02/2017.


Source : Bd-best


Paysage après la bataille, une expérience intime du deuil qui suspend le temps

Est-on encore en 2016? Ou commence-t-on par anticipation 2017? Entre le 25 décembre et le premier janvier, si l’horloge continue de tourner, le temps semble suspendu. Un bien, un mal, c’est comme ça. Et c’est sans doute le moment propice pour entamer la lecture de Paysage après la bataille des deux Belges Éric Lambé et Philippe de Pierpont. Une oeuvre dépouillée comme une parenthèse entre les drames de la vie et le courage de leur survivre.

 

 

 

 

 

 

© Philippe de Pierpont/Éric Lambé chez Acte Sud/FRMK

 

 

© Philippe de Pierpont/Éric Lambé chez Acte Sud/FRMK

 

Résumé de l’éditeur: L’auto-radio passe Blackbird, Fanny roule vers son ultime refuge, un camping/caravaning sous la neige. Là, avec l’aide des derniers habitants du lieu, elle tentera de chasser ses oiseaux noirs et de soigner ses blessures.

 

© Philippe de Pierpont/Éric Lambé chez Acte Sud/FRMK

 

 

© Philippe de Pierpont/Éric Lambé chez Acte Sud/FRMK

 

Le lapin est mort ce soir, étalé dans un prologue silencieux du récit. Il ne criera pas « je suis en retard » et ça tombe bien, Fanny n’a rien d’une Alice, juste là, entre imaginaire et réalité, au bon moment. Ici, dans les années 2010 ou il y a 200 ans sur le champ de bataille où se fracassent les armes, quelle importance? La douleur et le vide sont les mêmes, il faut enjamber les cadavres et les incertitudes, faire le choix entre renoncer ou continuer. « Blackbird singing at the dead of the night. »

 

 

© Philippe de Pierpont/Éric Lambé chez Acte Sud/FRMK

 

 

© Philippe de Pierpont/Éric Lambé chez Acte Sud/FRMK

 

Pourquoi Fanny est arrivée dans ce coin perdu qui ressemble au bout des Ardennes? On ne le sait pas encore comme on ne sait pas combien de temps tiendra ce refuge face au monde extérieur et ce qu’elle laisse derrière elle. Combien de temps encore les drôles d’habitants (un céphaloclastophile, un vieux couple qui n’a d’autre passe-temps que de juger les autres, un chasseur guère rassurant et… les fantômes) de ce camping de la dernière chance la laisseront tranquille avec ses démons? Le lien humain refera-t-il un jour sens?

 

 

© Philippe de Pierpont/Éric Lambé chez Acte Sud/FRMK

 

 

© Philippe de Pierpont/Éric Lambé chez Acte Sud/FRMK

 

C’est Noël, il y a de la neige et des sapins lumineux, mais la couleur reste terne, grise même si les auteurs essayent de faire poindre quelques couleurs. Timides. Car il faut du temps pour oublier. Véritablement sensoriel, le quatrième album de Philippe de Pierpont et Éric Lambé (le premier depuis 2008, il faut dire que le scénariste a eu une actu chargée côté Septième Art) explore avec justesse et onirisme le chaos qui s’invite dans nos vies terriennes. Le duo fonctionne à l’économie de mots et de cases (le plus souvent, une à quatre par planche) dans une atmosphère quasi-fantasmagorique. Pas étonnant d’ailleurs que de Pierpont ait préféré le Neuvième Art au Septième pour mettre en images cette histoire. Un récit tantôt retenu, tantôt submergé par les émotions.

 

© Philippe de Pierpont/Éric Lambé chez Acte Sud/FRMK

 

 

© Philippe de Pierpont/Éric Lambé chez Acte Sud/FRMK

 

Le dessin d’Éric Lambé est parfait pour mélanger fantasme horrifique, symbolisme intrigant et réalité pure et dure. Et de ce tourbillon de sentiments, de sensations, qui trouve dans l’art un refuge, naît un voyage étrange et affolant, au coeur même du vacillement humain… et de son sursaut! Intense.


Alexis Seny


Titre: Paysage après la bataille

Récit complet

Scénario: Philippe de Pierpont

Dessin et couleurs: Éric Lambé

Genre: Récit initiatique, Psychologique

Éditeur: Actes Sud BD/FRMK

Nbre de pages: 432

Prix: 29€



Publié le 29/01/2017.


Source : Bd-best


La BD n’en finit plus avec le western et les shérifs n’ont qu’à bien se tenir, les croque-morts sont en forme

Faut-il encore vous le marteler ? Alors qu’il s’était quelque peu éteint, il n’y a pas si longtemps, le western revient indéniablement en force depuis quelques temps. Au cinéma, d’abord, suivi de près par la BD qui, sans se défaire des séries qui sont encore dans bien des mémoires de bédéphiles, a publié quelques réussites éclatantes et mémorables, ces derniers mois. Et, a priori, c’est loin d’être fini. La preuve avec trois albums dont on n’a pas fini de parler et qui nous emmène dans les plaines ou dans la poussière, jamais bien loin d’une pétarade bien sentie.

Duke, ultra-western solitude

Résumé de l’éditeur : Duke est un homme tourmenté. Shérif adjoint d’une petite bourgade, convaincu par la dimension morale de sa mission, il est aussi un tireur d’élite habitué à la violence. Quand un conflit se déclare entre mineurs et propriétaires terriens, Duke doit quitter sa neutralité. Et recourir à ce qu’il connaît le mieux et redoute le plus : ses armes.

 

 

© Maffre/Maffre/Durandelle chez Dargaud

 

 

© Yves H/Hermann chez Le Lombard

 

Commençons d’abord par le plus traditionnel, histoire que vous retrouviez vos bonnes vieilles habitudes en compagnie d’un sacré tireur… de portraits burinés par le temps et les affres des aventures risquées. À 78 ans, Hermann ne s’arrête jamais et lance une nouvelle série en compagnie de son fils, Yves H. Son nom ? Duke, un patronyme qui n’est pas sans évoquer une autre gloire du western, à savoir… John Wayne.

 

 

© Yves H/Hermann chez Le Lombard

 

 

 

© Yves H/Hermann chez Le Lombard

 

Pourtant, il n’y a pas à dire, le Duke de BD n’a pas franchement la carrure de l’acteur de Rio Bravo et ressemble plus à Lee Van Cleef. Un héros taiseux, discret, totalement emmêlé dans des démons qui ne veulent pas le lâcher et moqué par les hommes de main du riche industriel minier qui appuie son pouvoir d’une main de fer sur la petite ville d’Ogden. Ici, tout tourne autour de la mine. Une mine ingrate qui fait la richesse des uns mais peine à sortir ses travailleurs acharnés de la misère. Alors une pépite si facile à mettre en poche, l’air de rien, ça donne des envies de fraude. Mais encore faut-il, sous cette terre qui noircit les âmes et les actes, avoir la lucidité de ne pas se faire pendre. Et Cummings va l’apprendre à ses dépens et à celles de sa famille. Car les chiens-fous attendent leur heure pour se répandre et se repaître de violence.

 

 

© Yves H/Hermann chez Le Lombard

 

 

© Yves H/Hermann chez Le Lombard

 

Le monde se divise en deux catégories. Il y a des westerns pour rire et d’autres pour pleurer. C’est indéniablement à cette deuxième qu’appartient le premier tome de Duke, La boue et le sang. Irrésistiblement désespéré, le chemin de croix imaginé par les deux « H » entraîne ce shérif adjoint désillusionné dans une course à la douleur à l’issue bien incertaine. Du printemps florissant à l’hiver enneigé, du jour à la nuit et de la vie à la mort. Peu bavard mais évitant aussi le tout-à-l’action, ce premier tome offre une épopée vengeresse calibrée et aux décors magnifiques. Trash quand il faut l’être, on est presque étonné de savoir que l’aventure se prolongera tant le lecteur n’est sûr de rien. Aucune piste n’est lancée et Hermann et H. en fieffés coyotes ont bien compris que c’est l’incertitude qui génère l’attente.

 

Alexis Seny

 

Série : Duke

Tome : 1 – La boue et le sang

Scénario : Yves H

Dessin et couleurs : Hermann (Facebook)

Genre : Western

Éditeur : Le Lombard

Néré de pages : 56

Prix : 14,45€



Publié le 25/01/2017.


Source : Bd-best


Dobss et Moreau ouvrent la collection HG Wells chez Glénat avec une oeuvre magistrale

Les voyages dans le temps ont toujours fasciné l'humanité. De l'enfance à l'âge adulte, nombres de gens se passionnent pour ce thème largement usité en science-fiction. Cette fois, il ne s'agit pas d'une nouvelle histoire mais plutôt d'une autre adaptation du roman ô combien célèbre d'H.G. Wells.
Ce roman qui a inspiré plus d'un réalisateur de cinéma, de série TV ou encore de jeux vidéo  se voit ici déclinée en BD avec une toute nouvelle collection chez Glénat intitulée "H.G. Wells collection".

Résumé de l'éditeur : Londres, fin du XIXe siècle. Un groupe d'amis écoute les aventures de celui qui prétend être le premier voyageur du temps. Son récit débute en l'an 802 701. La Terre est alors habitée par les Éloïs, descendants des hommes vivant en harmonie, passant leur temps à jouer et à manger des fruits dans un immense jardin d'Éden. Mais derrière ce paradis se cache un terrible secret... Car une autre espèce vit dans les profondeurs de la Terre : les Morlocks, sortes de singes blancs aux yeux rouges ne supportant plus la lumière du jour à force de vivre dans l'obscurité. La nuit, ils remontent à la surface pour kidnapper et se nourrir des Eloïs...

 

 

 

 

 

Cette collection se décline pour ce premier cycle avec "la machine à explorer le temps", "la Guerre des Mondes", "L'homme Invisible" et "L'île du Docteur Moreau".
Dans le premier album qui nous intéresse présentement, le scénariste Dobbs (auteur notamment de Scotland Yard ou encore d'Allan Quatermain et les Mines du Roi Salomon chez Soleil) à été judicieusement choisit pour cette œuvre magnifiquement adaptée en BD. Il ne dénature absolument pas l'œuvre originale et propose un dynamisme régulier et intéressant et une lecture fascinante du récit. L'action et l'intrigue s'enchainent très adroitement et passionnera le lecteur au fil des pages. Les dialogues sont quant à eux, fidèles au language élégant de l'époque Victorienne.

 

 

 

 

 

Nous partons à la découverte du voyage dans le temps, et à l'instar du roman, des Morlocks et des Élois dans un monde étrange le tout dans un bond de plus de 800 000 ans dans le futur. Action...certes mais aussi narration bien orchestrée font toute la saveur de ce one-shot délicieux qui se termine sur une note légèrement dramatique qui pourrait, qui sait, déboucher sur un tome 2, Wells see (si je puis me permettre le petit jeu de mots enfantin).

Le graphisme et le dessin est confié à Mathieu Moreau, connu pour le cycle de Nibiru paru chez Glénat également. Il nous plonge dans une ambiance absolument fidèle à l'original (ceux qui l'ont déjà lu se rendront vite compte de la justesse de ce que l'ont peut découvrir dans le présent opus). Ce fabuleux technicien s'occupe donc aussi de la colorisation et ce avec une maîtrise qui frise la perfection. La machine à explorer le temps elle-même vous fascinera elle aussi même si, elle est en quelque sorte plutôt discrète, préférant une mise en avant plus prononcée des protagonistes. Les "effets spéciaux " sont adroitement agencé pour un résultat magnifique qui nous intègre parfaitement au récit.

 

 

 

 

L'album est de très bonne facture. La couverture est soignée et d'une grande classe. La texture est originale et donne l'impression au touché d'un tissu précieux, comme les livres anciens. Une très bonne idée par conséquent qui ajoute encore plus de valeur ajoutée au concept. Ce premier album du cycle est une totale réussite. Je vous invite à vous le procurer sans tarder et de découvrir si vous ne les connaissez pas encore sous cet angle, les œuvres du grand Herbert Georges Wells.

Damien Caste

 

Titre : La Machine à explorer le Temps

One Shot

Scénario : Dobss

Dessin et couleurs : Mathieu Moreau

Genre : Science-Fiction

Éditeur : Glénat

Nbre de pages : 56

Référence : 9782344012727

Prix : 14.50 €

 



Publié le 24/01/2017.


Source : Bd-best


Desperados Housewives: « les bonniches, les brutes et les truands »… mais plus pour longtemps

Vous trouviez que les Desperate Housewives vivaient dans un environnement trop cosy et avec des problèmes de riches ménagères? Alors, vous devriez être entièrement satisfait(e)s par la poussière et les revolvers des Despera…dos Housewives. Ainsi, le tandem inséparable formé de Sybille Titeux et Amazing Améziane nous dépaysent dans le Mexique des années 1911, un pays dans lequel les Bandidos font la loi (ou essayent) mais, attention, les femmes commencent à sortir de leur réserve.

 

 

 

 

 

© Titeux/Ameziane chez Jungle

 

 

© Titeux/Ameziane chez Jungle

 

Résumé de l’éditeur: L’histoire se passe au Mexique en 1911 en fin de dictature de Porfirio Diaz, dans le petit village de Tetecala dans la région de Morelos, non loin de Mexico. Cette famille vit dans une dynamique traditionnelle : les hommes sont machos et les femmes s’attèlent aux tâches ménagères ainsi qu’à l’éducation des enfants… mais plus pour très longtemps.

 

 

© Titeux/Ameziane chez Jungle

 

 

© Titeux/Ameziane chez Jungle

 

Un an et six mois après avoir magnifié le destin et la course folle de Muhammad Ali (un périple qui continue d’ailleurs outre-Atlantique où la traduction de ce comic book franco-belge vient de paraître et de se hisser parmi les Best Sellers), c’est de manière inattendue que nous retrouvons ce couple à la ville comme à la planche: Sybille Titeux et Amazing Améziane. Alors que nous attendions Sam Hicks chez Le Lombard, ce sont de drôles de dames qui font leur entrée au bal des bulles et des cases. Les sombreros sont de la partie et les sombres… idiots, aussi. Oh, ce n’est pas tant qu’ils soient méchants, Fausto, Tadeo et Dante, mais ils pourraient être plus délicats dans leur rapport aux femmes. Et Pandora, Delfina et Maria, trois soeurs, passent leurs temps entre les casseroles, le ménage et les lessives pendant que leurs hommes mènent la grande vie avec l’argent braqué dans les banques. Mais, au pays des cactus, telle l’eau qui les gorge, la révolution féminine et féministe va peu à peu monter. Au même moment, les maris gangsters vont au-devant d’ennuis car, dans les banques mais aussi à l’assaut des chariots, la bande ne semble plus avoir le monopole. Et une bande rivale en fait ses choux gras.

 

 

 

© Titeux/Ameziane chez Jungle

 

 

© Titeux/Ameziane chez Jungle

 

Une mamie aux poupées vaudou enrichies, des petits-enfants qui redemandent d’histoires passionnantes, et c’est ainsi que naît cette histoire virile mais aussi féminine. Alors que ces dernières années, Amazing Améziane avait donné force et vigueur à des héros masculins, dans des mondes terriblement testostéronés, c’est à trois héroïnes qu’il s’attaque aujourd’hui avec Sybille Titeux. Le caractère est bien trempé et, si elles ne visent pas toujours juste et ont besoin d’entraînement, ces Desperados Housewives n’y vont pas de mains mortes dans l’art de l’efficacité et de charmer le lecteur (tout en ayant le bon goût de ne pas jouer les affriolantes créatures).

 

 

 

© Titeux/Ameziane chez Jungle

 

 

© Titeux/Ameziane chez Jungle

 

Ici, l’écho des armes résonne dans la vallée désertique, mais le sang ne coule pas comme dans Clan, l’humour bien: cette chevauchée de 44 planches ne ménage, en effet, ni l’action ni le pittoresque. Et toujours aussi inspiré, Améziane révèle un peu plus l’étendue de son talent en allant voir du côté des gags sans rien perdre de sa force réaliste. Et ce qui nous fait rire avant tout, ce sont ces hommes qui en prennent pour leur grade (on remarquera qu’après avoir signé Devenir un vrai mâle et Devenir mafieux, le dessinateur en prend le contre-pied) et les héroïnes se révèlent malines, guidée par les « Viva Libertad » dans les traces des femmes révolutionnaires qui rejoignirent le camp de Zapata. À contre-clichés, l’osmose du couple Titeux-Améziane prend une nouvelle fois son sens, de manière plus légère que précédemment, et cette épopée originale sur le mode « Les bonniches, les brutes et les truands » ne manque assurément pas de sel.

Alexis Seny

Titre: Desperados Housewives

Sous-titre: Fille de Pandora

Récit complet

Scénario: Sybille Titeux

Dessins: Amazing Améziane (Fb)

Couleurs: Sybille Titeux et Amazing Améziane

Genre: Humour, Western

Éditeur: Jungle

Nbre de pages: 44

Prix: 10,60€



Publié le 23/01/2017.


Source : Bd-best


Des fantômes à Tchernobyl, une inquiétante disparition chez les raggare suédois et une folle histoire d’amour à Saïgon: la BD voyage

De saisons en saisons, le monde du Neuvième Art s’efforce d’atteindre les horizons qu’ils soient plus ou moins lointains. En l’occurrence, les trois albums que nous vous présentons ici n’ont pas compté les kilomètres pour arriver à leur fin. Tous dans des registres différents: polar, récit autobiographique ou lorgnant vers le fantastique. Alors, vous partez en voyage avec nous?

Les chiens de Pripyat: irradiés mais pas complètement morts
 

Résumé de l’éditeur: À Tchernobyl, des coeurs battent encore… 26 avril 1986 : une série d’explosions ravage la centrale nucléaire de Tchernobyl, contaminant tout dans un rayon de plus de 200 km. Après l’évacuation des plus proches villages, des groupes de chasseurs sont formés avec pour mission d’abattre les animaux touchés par les radiations et qui vivent en liberté dans des villages fantômes. Pour trente roubles par animal tué, une brigade accepte de pénétrer dans la zone. Là, ils croiseront le destin de personnages extraordinaires. Des âmes perdues, abandonnées dans la lande irradiée.

 

 

© Alliel

 

 

© Alliel chez Grand Angle

 

Avec les chiens de Pripyat, Aurélien Ducoudray s’empare d’un sujet radioactif et brûlant, emmenant avec lui, le dessinateur Christophe Alliel. Tchernobyl, ce-lieu-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom à moins d’avoir un surplus de confiance en la science et en l’homme, en sa capacité de pouvoir faire autre chose que s’autodétruire. Symbole des caprices effroyables d’un nucléaire incontrôlable, l’ancienne centrale soviétique n’a cessé, depuis vingt ans, d’alimenter des craintes, des envies de compréhension mais aussi des fantasmes. Avec par-dessus tout l’envie de comprendre ce qu’il s’était passé et surtout de prévenir tout risque que ça se reproduise (bon, il y a eu Fukushima entre-temps).

 

 

© Alliel chez Grand Angle

 

 

Recherches de personnages © Alliel

 

Les deux pieds dans le réel, c’est ainsi que le duo d’auteurs s’avance vers la ville fantôme où la nature a repris ses droits. Ils ne sont pas seuls: sous l’égide du saint patron à tête de chien des voyageurs, Saint Christophe (qui donne son nom à ce premier tome du diptyque et lui confère symbolisme), et dans les rangs d’une bande de mercenaires chargés d’éliminer les animaux errant dans la zone interdite, les chiens en premier.

 

 

Recherches de personnages © Alliel

 

 

© Ducoudray/Alliel/Paillat chez Grand Angle

 

Dans le fatras environnant et l’atmosphère mystérieuse et inquiétante qui règne dans les villes où se sont passées des choses peu heureuses et qui sautent aux yeux à chaque planche, on a l’impression de se retrouver dans la série Seuls. Rien autour, une ville désertée, où la vie semble avoir disparu inopinément, en un claquement de doigts. Quelques vinyles, des cartes postales qui n’attendent plus le facteur depuis longtemps et le crochet d’un téléphone qui pendouille dans une classe dérangée rappellent que, en un temps pas si éloignés, il y avait sans doute de la vie.

 

 

© Ducoudray/Alliel/Paillat chez Grand Angle

 

 

© Ducoudray/Alliel chez Grand Angle

 

Ne restent juste que quelques hommes, ni bons ni mauvais, cherchant à gagner tant bien que mal leur croûte. Une vieille dame, aussi, restée là en concierge de ce domaine sans locataire. Ou presque, car subsistent quelques drôles de cosmonautes attirant l’histoire vers le fantastique. En attendant d’en avoir le fin mot, le dessin de Christophe Alliel et les couleurs de Magali Paillat font merveille, terriblement documentés, efficaces et variés, animés par une galerie de damnés bien incarnés. Une histoire originale, bien faite et sans… nuage.

 

Alexis Seny

 

Titre: Les chiens de Pripyat

Tome: 1/2 – Saint Christophe

Scénario: Aurélien Ducoudray

Dessin: Christophe Alliel (Facebook)

Couleurs: Magali Paillat

Genre: Thriller, Fantastique

Éditeur: Bamboo

Collection: Grand Angle

Nbre de pages: 54

Prix: 13,90€



Publié le 20/01/2017.


Source : Bd-best


Après La mémoire de l’eau, Valérie Vernay dessine une deuxième mini-série chez Dupuis

« - … Allo ?! »

« - Rose Klein ?! »

« - C’est moi… ! »

« - Inspecteur Etchebarne à l’appareil… ! »

« - Je vous écoute… ! »

« - C’est au sujet de votre père. Je…Je suis désolé… ! »

 

Le corps du père de Rose, détective privé, vient d’être retrouvé gisant dans quelques centimètres d’eau en bord de mer. La jeune fille va tout mettre en œuvre pour retrouver son ou ses assassins. Mais Rose a un don, celui de quitter son enveloppe charnelle. Dans la maison de son père, elle va rencontrer trois fantômes qui vont l’aider à mener à bien son introspection.

 

 

 

 

 

 

Plus qu’une enquête policière, c’est un voyage au cœur de l’âme humaine que nous proposent les auteurs.

Au savoir-faire de Denis Lapière, est associée ici la douceur d’Emilie Alibert. Le tout forme un ensemble dont on ne pouvait pas imaginer quelqu’un d’autre que Valérie Vernay au dessin.

Lapière est un scénariste multi-cartes qu’on ne présente plus. On retrouve dans Rose des tourments tels qu’on a pu en rencontrer dans Charly. Après la formidable série Alter Ego, il signe un nouveau scénario à quatre mains. Encore une fois, la formule est gagnante. Emilie Alibert, comédienne, puis directrice des dialogues de la série télévisée Plus belle la vie, fait son entrée dans le monde de la bande dessinée et ne pouvait rêver meilleur parrain.

Après La mémoire de l’eau, Valérie Vernay dessine une deuxième mini-série chez Dupuis. Son trait légèrement charbonneux, ses couleurs « crayons » font flotter les fantômes. Elle est aussi à l’aise dans l’eau qu’entre les murs.

 

Hormis en BD offrant au récit un écrin voluptueux, c’est sur des planches de théâtre que l’histoire de Rose aurait pu trouver une dimension intéressante et inédite. Pourquoi pas un jour ?

 

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

Série : Rose

Tome : 1

Genre : Polar fantastique

Scénario : Alibert & Lapière

Dessins & couleurs : Vernay

Éditeur : Dupuis

Nombre de pages : 48

Prix : 14,50 €



Publié le 19/01/2017.


Source : Bd-best


Starfuckers, un conte sexy et délirant dans un Hollywood pris en défaut

Il y a celles qui restent au Mexique et qui le vivent bien (cfr. nos Desperados Housewives chroniquées pas plus tard qu’il y a quelques heures) et celles qui, cent ans plus tard, le fuient pour soigner leur rêve américain et espérer de meilleurs horizons. Ainsi, un team de luxe composé de Didier Alcante, Gihef, Véra Daviet et le respecté Dylan Teague suit le chemin clandestin de Maria, de la rue aux feux de la rampe… pas forcément extasiants.

Résumé de l’éditeur: Tel un papillon attiré par la lumière, Maria Furia est une jeune et jolie Mexicaine qui se rêve en star américaine. À bientôt 18 ans au compteur, elle est prête à tout, même à un bain de minuit, pour poser enfin ses fesses rebondies de l’autre côté du Rio Grande. C’est donc trempée jusqu’aux os (mais sur le sol américain) qu’elle fêtera son anniversaire ! Cela étant dit, il est parfois long le chemin jusqu’aux étoiles… Avant de goûter au strass et aux paillettes, la belle Maria devra monter quelques marches. Et certaines risquent d’être méchamment glissantes. C’est d’abord dans un club de strip-tease que nous retrouverons sa trace. Certes, elle y croisera quelques stars, mais elles se révéleront un peu moins brillantes que prévu. Ô pauvre Maria, dans ton Mexique natal, tu aurais dû te mater l’intégrale de Californication plutôt que de rêver la bouche ouverte devant Amour, gloire et beauté. Heureusement que tu apprends vite!

 

 

© Alcante/Gihef/Teague

 

 

© Alcante/Gihef/Teague

 

Le Rio Bravo et Le mur de la honte, si futiles et pourtant si durs à franchir. Pourtant, un soir, Maria en a eu mal de prendre son mal en patience et c’est avec Diego, un allié prêt à tous les sacrifices, qu’elle tente la grande évasion. S’évader de la misère, atterrir aux States, conjuguer ses rêves et sa vie de femme libre… ou peut-être est-ce celle d’une femme qui sera un peu plus enchaînée, dépendante des désirs des hommes, qu’ils soient bons ou salauds? C’est clair, les baignades dans les piscines de luxe au pied des villas érigées selon la folie des grandeurs de rigueur, ce n’est pas pour tout de suite, et même pour jamais sauf si la chance veut bien sourire.

 

 

© Alcante/Gihef/Teague/Daviet

 

 

© Alcante/Gihef/Teague/Daviet

 

Alors, Maria n’a que la télé pour s’émanciper de son bordel miteux et pour attendre l’appel du prince charmant. Sauf que dans ce conte californien du XXIème siècle, lui aussi a bien changé sous le poids de la célébrité et des excès du tout Hollywood. Mais il faut bien y passer, car les Indiens sous acides des collines attendent toujours que la si belle Mexicaine paye la dette de cette immigration illégale.

 

 

WIP © Alcante/Gihef/Teague

 

 

WIP © Alcante/Gihef/Teague

 

Sur la couverture, Maria a peut-être des airs de femme-objet servie en cocktail au goût des hommes de biens… mais ne vous fiez pas aux apparences. Cette jeune femme entend bien aller plus loin que ses arguments physiques et a des ressources: elle compte bien ne pas se faire avoir comme le petit oiseau croqué dans la mâchoire des loups. Et si Starfuckers (qui semble avoir mis du temps à trouver la voie de la parution en dépit d’indéniables qualités) est enveloppé d’une couche d’érotisme, c’est une étonnante retenue qui est de rigueur dans le dessin de l’Anglais Dylan Teague. Même si l’explosivité du regard n’est pas en reste et offre quelques scènes d’anthologie.

 

 

© Alcante/Gihef/Teague/Daviet

 

 

© Alcante/Gihef/Teague/Daviet chez Kennes Éditions

 

Bien sûr, il y a quelques inévitables poitrines dénuées, l’une ou l’autre scène de sexe (parfois avortée), mais la substance de cet album (dans les traces totalement assumées des séries Californication, Nip/Tuck ou Masters of sex mais aussi des Coen Brothers) se situe ailleurs. Dans les turbulences et la frénésie de cet univers des Rois du monde (ou serait-ce du star-system), c’est un regard corrosif et hilarant que proposent les auteurs. Avec des personnages jamais aussi bien foutus que les répliques qui fusent, la folle équipe n’hésite pas à tâter de la parodie, entre un cardinale de pacotille et un ersatz de Kill Bill (ou alors de Bruce Lee?)! Rien n’est pourtant noir ou jaune dans ce monde du paraître, où les carrières se font et se défont à la vitesse grand V et où l’inattendu chasse l’inattendu dans ce scénario pétillant.

 

 

© Alcante/Gihef/Teague

 

 

© Alcante/Gihef/Teague

 

Drôlement bien fagoté et se jouant de ce monde de brutes, Starfuckers réussit à imposer une héroïne sexy au possible mais si habile qu’elle évite les clichés. Y compris dans les personnages secondaires, entre un faux-vicelards vraiment laid et un petit soldat aux allures de poupées qui se révéleront être les meilleurs alliés de Maria dans son combat traversé par les vilains défauts des people. Une histoire (ou un début de série? L’univers en a la carrure et le compte Instagram bien fourni de Dylan Teague laisse l’espérer, voyez en fin d’article) sans interdit, déjantée et… oserait-on… d’ores et déjà culte.

 

Alexis Seny

 

Titre: Starfuckers

Récit complet

Scénario: Alcante et Gihef 

Dessin: Dylan Teague 

Couleurs: Véra Daviet

Genre: Comédie, Thriller

Éditeur: Kennes

Nbre de pages: 48

Prix: 14,95€

 

 



Publié le 17/01/2017.


Source : Bd-best


Le maître des hosties noires, A l’image de son scénariste, Olivier Schwartz est extrêmement généreux dans son dessin

« - Chargez-les dans les camions ! »

« - Jawohl herr colonel. »

« - Ne sélectionnez que les hommes les plus jeunes et les plus robustes ! Le travail dans la mine consomme beaucoup de monde, seuls les plus forts survivent…quelques mois… »

« - Le Koso ! Il est là !... Je sens sa présence… »

« - Que voulez-vous dire, maître ? »

« - Le Koso des femmes-léopards !... Il est revenu sur le sol africain ! »

 

            Spirou et Fantasio débarquent au Congo, colonie belge. Ils vont aider Aniota, la femme-léopard, à lutter contre le colonel Von Knochen et ses militaires qui, accompagnés d’un sorcier terrorisant la population, ont main mise sur le pays et cherchent à détruire Bruxelles.

 

            Jamais deux sans trois. C’est déjà le troisième Spirou signé Yann et Schwartz. Dupuis doit à présent se poser la question du concept de cette série des Spirou de… Le lecteur risque de se perdre entre la série mère et une collection parallèle qui intègre des séries de mêmes auteurs en son sein (trois albums de ce duo, bientôt un deuxième Bravo). Cela fait que la numérotation des titres n’a plus aucun sens. Il aurait peut-être mieux valu rester sur des albums uniques pour garder une cohérence et offrir aux lecteurs des albums d’exception comme La lumière de Bornéo ou autre Groom vert-de-gris, s’il était resté le seul du duo.

 

 

 

 

 

 

            Au-delà du concept éditorial bancal, ne boudons cependant pas notre plaisir à lire cet album.

Encore une fois, Yann signe un scénario foisonnant. Il amène ses héros au bout de leur voyage au cœur de l’Afrique. Au-delà d’un hommage à Jijé et Franquin, il ajoute Hergé, Laurel & Hardy et Chaplin à son Panthéon. Il a envie de continuer l’aventure Spirou, mais craint sans doute de ne pouvoir le faire, si bien qu’il met peut-être trop de choses dans cette histoire et que l’on pourrait craindre de se perdre.

A l’image de son scénariste, Olivier Schwartz est comme à l’accoutumée extrêmement généreux dans son dessin. Il est l’exemple même du dessinateur dont on peut lire et relire les albums en découvrant chaque fois de nouveaux détails, comme ici, par exemple, des nids de Marsupilamis abritant des indigènes.

Coup de chapeau à Laurence Croix dont les couleurs d’une part retranscrivent à merveille les ambiances africaines aux différentes heures de la journée et d’autre part aident bien à la lecture dans cet album comme on l’a dit particulièrement dense.

 

            Entrez en communion avec le Maître des hosties noires pour un voyage envoûtant dans l’Afrique coloniale.

 

Laurent Lafourcade

 

 

Série : Le Spirou de …

Tome : 11 - Le maître des hosties noires

Genre : Aventure

Scénario : Yann

Dessins : Schwartz

Couleurs : Croix

Éditeur : Dupuis

Nombre de pages : 64

Prix : 14,50 €

ISBN : 9782800164021



Publié le 16/01/2017.


Source : Bd-best


Du pays des cigognes à l’Inde sauvage, Sherlock Holmes n’en a pas fini de nous surprendre

Et si sur la route des chutes du Reichenbach, Sherlock Holmes et son ami Watson avaient laissé des traces alsaciennes? Déjà présent dans le deuxième opus des films réalisés par Guy Ritchie, Strasbourg joue les prolongations sous les pas des deux héros de Conan Doyle que se sont réappropriés moult auteurs. Après avoir adapté le roman de Jacques Fortier dans un premier tome, le strasbourgeois Roger Seiter et l’Italien Giuseppe Manunta ont reconduit le détective de Baker Street dans deux suites, de la capitale (française) de l’Europe à l’Orient mystérieux. Et ça n’a pas l’air fini.

 

 

 

 

 

© Manunta

 

 

© Manunta

 

C’est loin du fog mais dans les relents de choucroute (oui, j’avoue, c’est facile) strasbourgeoise que le lecteur retrouve ce brave Sherlock et le fidèle Watson. Le Haut-Koeningsbourg du premier tome semblait pourtant déjà loin pour les deux alliés contre le crime, coulant quelques jours heureux à Bruxelles. C’était sans compter le fameux télégramme de Mycroft annonçant à Holmes que le sinistre Moriarty, galvanisé par l’envie de revanche, continue de rechercher le détective plutôt mort que vif. Même pas le temps d’expliquer à Holmes la menace toute proche, voilà que le duo s’engouffre dans le premier train, direction… Strasbourg.

 

 

© Seiter/Manunta chez Le Verger Éditeur

 

 

© Seiter/Manunta chez Le Verger Éditeur

 

D’une capitale européenne à l’autre (certes, en 1891, nos mots seraient anachroniques) et d’un danger à l’autre. Car Sherlock et Watson ne font rien d’autre que de se jeter dans la gueule d’un machiavélique loup. Les sbires de Moriarty (et notamment, John Clay) sont affûtés, Watson enlevé et l’homme de Baker Street ne pourra compter que sur sa méfiance… et sur l’aide inattendue de la steampunk, torride et rusée, Irène Norton-Adler, croisée précédemment. Une alliée qui ne compte pas son énergie, à condition qu’Holmes l’aide à sauver son mari à des milliers de kilomètres de là.

 

 

© Seiter/Manunta chez Le Verger Éditeur

 

 

© Seiter/Manunta chez Le Verger Éditeur

 

Irène et Holmes embarqueront donc, une fois l’éprouvante parenthèse strasbourgeoise refermée, pour un voyage à bord du Jodhpur  à destination de Port Saïd et en direction de Bombay. Une fois encore, il faut se méfier de tout et tous (sauf peut-être de Michel… Strogoff qui s’invite dans l’aventure) et nos héros ne sont pas au bout de leur peine. Le tome 3 ne sera pas plus une ballade de santé.

 

 

© Seiter/Manunta chez Le Verger Éditeur

 

 

© Seiter/Manunta chez Le Verger Éditeur

 

Il n’y a pas à dire, Roger Seiter et Giuseppe Manunta semblent se plaire dans cet univers de Conan Doyle remis à la sauce alsacienne mais pas que. Et ce n’est pas leur éditeur qui va leur mettre des bâtons dans les roues de l’inspiration. Et nous, lecteurs, il nous semble bien difficile de bouder notre plaisir. Ainsi, il semble évident que la série se prolongera bien au-delà des trois tomes déjà parus. Des tomes indépendants, dont la formule « à suivre » ne vient pas surprendre l’intrigue et le suspense, mais qu’il vaut sans doute mieux lire à la suite pour profiter pleinement de l’intrigue élaborée par les deux auteurs.

 

 

© Seiter/Manunta chez Le Verger Éditeur

 

 

© Seiter/Manunta chez Le Verger Éditeur

 

Les fruits du Verger cuisiné par les deux auteurs se révèlent plutôt juteux. Roger Seiter ménage son héros (bien sous tous les rapports et particulièrement athlétique, mais pas forcément infaillible) face à une galerie de personnages tour à tour féroces, malintentionnés ou tout bonnement excentrique et manie le langage de Conan Doyle sans faire le jeu de la référence outrancière. Et c’est là que germe l’intérêt et l’inattendu. Sherlock est un homme traqué, dont la tête est mise à prix, au pays des cigognes mais aussi bien plus loin que nos frontières. Et voilà notre héros qui débarque aux portes de l’Asie (là où l’imaginaire de Sir Arthur Conan Doyle n’avait fait que la suggérer dans Le signe des 4).

 

 

© Seiter/Manunta chez Le Verger Éditeur

 

 

© Seiter/Manunta chez Le Verger Éditeur

 

Dans ces atmosphères fluctuantes, Giuseppe Manunta, appliqué fait fi des difficultés pour imposer son style à la fois réaliste mais lorgnant, dans le personnage d’Irène, vers un style animé. Un procédé judicieux qui fait ressortir et exploser un peu plus la beauté de cette héroïne jamais à court de ressources ni de charme. Le dessinateur italien a fait des pin-up sa spécialité, on le sent, on le voit, et ce n’est pas pour nous déplaire. Mais quand il s’agit de faire un tour au zoo, la sauvagerie d’un tigre lui sied aussi bien. Sans parler de la violence des hommes à laquelle Sherlock tente d’échapper, aidé (ou pas) par les hasards et les rebondissements.

 

 

© Seiter/Manunta chez Le Verger Éditeur

 

 

© Seiter/Manunta chez Le Verger Éditeur

 

Pas de panique, donc. Les deux auteurs se montrent ingénieux et respectueux des personnages tout en n’hésitant pas à les balafrer et à les cogner contre une réalité qui ne sert pas toujours les « gentils ». Retrouvailles à Strasbourg et L’énigme du Jodhpur (qui ne semble être que le début d’une grande explication du grand hiatus) s’en tirent plus qu’avec les honneurs. Mieux, à l’heure où d’aucuns cherchent l’intérêt des reprises à n’en plus finir des héros de bande dessinée ou d’ailleurs (Spirou, Tintin en couleurs, Lucky Luke…), Seiter et Manunta apportent de l’eau au moulin. Ils prouvent, si besoin était, que les héros ne meurent jamais et que, quand la passion et l’envie de bien faire est de mise, le renouveau et l’originalité sont possibles. Et Sherlock Holmes, que le mystère ne laisse jamais en paix, en fait l’agréable expérience.

 

Alexis Seny

Série: Sherlock Holmes

Tome: 2 (Retrouvailles à Strasbourg) et 3 (L’énigme du Jodhpur)

Scénario: Roger Seiter

Dessin et couleurs: Giuseppe Manunta

Genre: Policier

Éditeur: Le Verger

 Nbre de pages: 54

Prix: 14,90€



Publié le 16/01/2017.


Source : Bd-best


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