"Beau comme tu changes" Entre déracinement et redécouverte de soi
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Nour est un jeune Libanais installé à Paris. Son l'existence semble avoir trouvé un certain équilibre auprès de son compagnon Sol. Pourtant, une rencontre inattendue fait remonter à la surface des interrogations longtemps enfouies.

Autour de lui, ses proches traversent eux aussi des remises en question sentimentales et identitaires.

 

 

" - Ton storyboard avance bien ?

- Un peu de mal avec la fin ... Et toi ?

- Bof. Entre ma séparation avec Mona, l'actu, les génocides en direct, la famille, j'ai du mal à avancer. On doit quand même vivre dans des pays qui financent notre effacement. Tu te rends compte, Nour ?

Et leur servir nos histoires de pédé gouines en dép' ... voir si ça rentre dans leurs cases.

- Ha ha, c'est grave ça.

- D'ailleurs, tu vas faire comment pour tes preuves de revenus ?

- Je cherche.

- Putain, tout ça pour rester ici, alors qu'on l'a même pas choisi."

 

 

Après "L'Intranquille", ce nouveau roman graphique raconte ainsi ces périodes de flottement où rien n'est encore décidé, où les certitudes s'effritent sans que de nouvelles réponses apparaissent immédiatement.

Joseph Kai compose un récit où les bouleversements intérieurs prennent davantage de place que l'action elle-même.

 

 

© Kai - Casterman 2026

 

"Beau comme tu changes"  interroge la manière dont chacun construit sa place lorsqu'il vit loin de son pays d'origine, mais aussi lorsqu'il refuse les cadres dans lesquels la société voudrait l'enfermer. Désir, appartenance, mémoire, identité de genre et liberté affective s'entrecroisent dans un récit qui préfère l'exploration à la démonstration.

La grande réussite de l'ouvrage réside dans sa capacité à montrer des personnages en mouvement, constamment tiraillés entre ce qu'ils ont été et ce qu'ils pourraient devenir.

 

" - T'as raison ... Je ne sais pas pourquoi tu me manques. En vrai, peut-être que j'aimerais passer plus de temps avec toi ailleurs qu'à l'appart ... C'est relou de se voir tout le temps ici.

- Ne me regarde pas comme ça. Tu sais que j'aime bien sortir, mais tu sais aussi qu'en ce moment je me sens bizarre. Je te l'ai déjà dit.

- T'inquiété. Je ne dis pas ça pour te mettre la pression."

 

Né au Liban et installé en France, Joseph Kai poursuit ici une réflexion déjà présente dans ses précédents travaux. Il y transforme l'expérience vécue en matière romanesque. Son regard se nourrit de l'expérience du déplacement et de l'entre-deux culturel. Sans chercher à délivrer un discours théorique, il s'intéresse aux conséquences concrètes de l'exil sur les relations humaines, les attachements et la perception de soi.

 

" - C'était assez cool, en vrai. On est rentrés chez lui. On a parlé de plein de trucs, ça nous a fait du bien. J'ai senti une belle connexion, c'est tout. C'était un peu magique. Oui, c'est ça ..."

 

Dans "Beau comme tu changes", cette dimension personnelle irrigue tout le récit. Les souvenirs, les lieux quittés et les traces du passé ne sont jamais loin. Ils ressurgissent au détour d'une conversation, d'une rencontre ou d'une image, rappelant que l'identité reste une construction mouvante plutôt qu'un état figé.

 

 

© Kai - Casterman 2026

 

Le scénario avance par touches successives, dans la nuance. Joseph Kai privilégie les conversations, les instants de vie et les émotions discrètes plutôt que les effets dramatiques. Les personnages se dévoilent progressivement, à travers leurs hésitations, leurs envies contradictoires ou leurs difficultés à nommer ce qu'ils ressentent.

 

Cette écriture délicate permet de rendre crédibles les trajectoires de chacun. Les relations amoureuses ne sont jamais réduites à des schémas simples et les choix des protagonistes échappent constamment au jugement moral.

 

" - Mais nos yeux étaient différents. On se regardait d'un autre façon.

- Hm ... Genre comment ?

- Avec la passion du début. Je sais pas ... avec moins d'habitudes. Plus de mystère. Et plus d'excitation.

- Genre quand on baisait 10 fois par jour comme dans les films ? Hé hé ! Ça, c'est clairement du cinéma ! En même temps, Sol, c'est normal que ça change. Même au cinéma ça finit par changer."

 

Le récit célèbre au contraire la complexité des sentiments et l'idée qu'il peut être nécessaire de se perdre un temps pour continuer à avancer. Avec comme axe central, le fait d'habiter le doute pour mieux habiter sa vie.

 

 

 

© Kai - Casterman 2026

 

Graphiquement, Joseph Kai adopte une approche minimaliste. Son dessin se tourne vers l'essentiel, sans fioritures inutiles, ni excès.

Son trait va droit à l'essentiel et élimine le superflu. Les personnages occupent le centre de la page, tandis que les décors apparaissent souvent comme des prolongements de leur état d'esprit plutôt que comme des reproductions réalistes du monde.

 

Cette sobriété crée une lecture fluide et contemplative. Le regard circule naturellement d'une case à l'autre, porté par un découpage qui privilégie les ambiances et les émotions. Plus que la précision documentaire, c'est la sensation qui guide la mise en scène.

 

© Kai - Casterman 2026

 

La couleur joue un rôle majeur dans l'identité de l'ouvrage. Sa palette lumineuse et expressive fait vibrer chaque page dans des tons chauds, de violets profonds, de verts éclatants ou de nuances presque fluorescentes. Ce mix confère à l'ensemble une atmosphère singulière. Loin d'un simple habillage esthétique, cette palette accompagne les états émotionnels des personnages et souligne les moments de transformation.

 

Ce travail chromatique apporte une véritable douceur au récit tout en lui donnant une forte personnalité visuelle. Il crée un contraste intéressant avec la simplicité du trait et participe largement au charme de l'album.

 

 

© Kai - Casterman 2026

 

Au final, "Beau comme tu changes" est moins un récit à rebondissements qu'une immersion dans les incertitudes de l'âge adulte, lorsque l'amour, l'identité et le sentiment d'appartenance deviennent des questions ouvertes.

 

Joseph Kai y propose une œuvre sensible et profondément humaine, attentive aux fragilités comme aux possibles renaissances.

 

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Changer n'est pas se perdre, c'est parfois se trouver ... enfin !

Une ode lumineuse à la liberté d'être.

 

 

 

Thierry Ligot

 

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Titre : Beau comme tu changes

Scénario, Dessin & couleurs : Joseph Kai

Éditeur : Casterman

Genre : Roman graphique intimiste

Thèmes : LGBTQIA+, amour, différence, quête d'identité et de genre, sentiments, le désir et ses incertitudes,

Public : adulte

Parution : 26 août 2026

Format : 21,1 x 25,9 cm

Page : 240

ISBN : 978 2 2032 4510 0

Prix : 25,95 €



Publié le 21/10/2026.


Source : Bd-Best

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