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Sous une fausse identité et vêtu de l'uniforme américain, Ferdinand espérait enfin tourner la page. Mais lorsqu'un officier français le reconnaît, il n'a d'autre choix que d'accepter une mission particulièrement périlleuse, et ce même si dans un premier temps, il tente de la refuser.
" - Vous vous êtes trompé de bonhomme, mon commandant. Ferdinand Tirancourt est un embusqué, un margoulin de première, une charogne, une tête de pioche et un tricard qui a passé sa vie à mentir et à macaroner les autres. Cherchez un autre héros, un vrai. Moi, je ne suis qu'un imposteur.
- Vous avez un sens de l'autodépréciation assez élevé, monsieur Tirancourt !"
En échange, s'il réussit, il pourra repartir librement ... et libre de son passé surtout.
" - Je parle de donner une chance à la chance, parce qu'être à court d'idées pendant une guerre est le chemin le plus rapide vers la défaite. Vous ne serez que 3, avec le caporal Folsom et le soldat Fleetwood.
- Cela ressemble à une mission suicide, commandant.
- Bien sûr, mais ... les missions suicides, ça vous connaît, non ?"
Aux côtés de Talako, un Indien choctaw chargé de transmettre des messages codés dans sa langue, et de Virgil, un tireur d'élite afro-américain confronté au racisme de ses propres camarades, il doit tester un nouveau système de communication susceptible de changer le cours du conflit. Dans un environnement où chaque transmission interceptée peut coûter des centaines de vies, l'enjeu est considérable.
" - Voilà le futur de la guerre, Tirancourt. Les communications.
- Ah ben, alors, si la guerre a un futur, ça veut dire que l'homme, lui, n'en a pas."

© Pelaez - Porcel - Grand Angle 2026
Avec "Dollars de guerre", 4e et dernier volet de la série consacrée à Ferdinand Tirancourt, Philippe Pelaez et Francis Porcel concluent avec panache le parcours mouvementé d'un personnage aussi attachant qu'insaisissable. Après avoir traversé les tranchées françaises, connu le bagne puis les soubresauts de la révolution mexicaine, l'ancien forçat se retrouve une nouvelle fois rattrapé par son passé et projeté au cœur de l'un des épisodes les plus sanglants de la Première Guerre mondiale : la bataille du bois de Belleau.
" - Tu vois l'ami, le guerrier farouche n'est pas celui qui n'a jamais peur ... c'est celui qui vit le moins longtemps."
Au-delà de son intrigue de guerre menée tambour battant, l'album développe plusieurs thèmes particulièrement forts. L'utilisation de la langue choctaw comme moyen de cryptage militaire met en lumière une page méconnue de l'histoire américaine, tandis que la situation de Virgil rappelle la ségrégation et les discriminations qui frappaient encore les soldats noirs, même lorsqu'ils risquaient leur vie au front. Le récit évoque également le sort réservé aux peuples autochtones, contraints d'abandonner leur culture tout en étant sollicités lorsque leurs compétences deviennent stratégiques.
" - Talako n'est ni Apache, ni Américain.
- C'est quoi ces conneries ?
- Ce que je veux dire, c'est que les Indiens n'ont pas la citoyenneté américaine. Quant à nous, les noirs, nous sommes brancardiers ou cantonnés au ravitaillement."
À travers ces destins croisés, l'album interroge la notion d'engagement, de loyauté et de sacrifice dans un contexte où les institutions censées protéger les hommes les condamnent souvent.

© Pelaez - Porcel - Grand Angle 2026
Le scénario de de cet "ogre d'écriture" Philippe Pelaez trouve un équilibre remarquable entre aventure, reconstitution historique et évolution psychologique. Fidèle à lui-même, Ferdinand conserve son tempérament de survivant, sa gouaille et son opportunisme. Pourtant, derrière le cynisme qui le caractérise depuis le début de la série, l'auteur laisse apparaître une forme d'humanité grandissante. Le personnage continue de chercher avant tout à sauver sa peau, mais le contact avec Talako et Virgil l'oblige progressivement à dépasser son individualisme. Cette évolution subtile donne toute sa profondeur à ce dernier épisode et offre une conclusion cohérente au parcours d'un homme constamment ballotté par l'Histoire.
L'écriture se distingue également par la qualité de sa documentation. Les combats du bois de Belleau, l'arrivée des forces américaines en France, les problématiques liées aux transmissions militaires ou encore les tensions raciales sont intégrés naturellement au récit sans jamais donner l'impression d'une leçon d'histoire. Pelaez utilise ces éléments pour nourrir son intrigue et renforcer la crédibilité des situations, tout en conservant un rythme soutenu qui maintient la tension jusqu'aux dernières pages.

© Pelaez - Porcel - Grand Angle 2026
Graphiquement, Francis Porcel reste aux qualités qui ont fait le succès de la série. Son dessin réaliste, précis et parfaitement lisible restitue avec efficacité la violence du conflit sans tomber dans la surenchère. Les paysages dévastés, les tranchées noyées dans la boue, les attaques sous les bombardements ou les ravages des gaz de combat composent un décor oppressant où la mort semble omniprésente. Les personnages bénéficient d'une caractérisation soignée, chacun affichant une identité visuelle et une expressivité qui renforcent leur crédibilité.
Les couleurs participent pleinement à cette immersion en privilégiant des tonalités souvent terreuses et sombres qui traduisent l'atmosphère pesante du front. Le découpage dynamique accompagne parfaitement les scènes d'action, tandis que les séquences plus intimistes laissent respirer les personnages et mettent en valeur les enjeux humains du récit.

© Pelaez - Porcel - Grand Angle 2026
Avec "Dollars de guerre", les auteurs offrent une conclusion solide à une série qui aura su mêler aventure populaire, réflexion historique et étude de caractère. De "Pinard de guerre" à ce dernier volume, Ferdinand Tirancourt aura traversé les grandes secousses du début du XXe siècle en demeurant un protagoniste complexe, ni véritable héros ni authentique salaud, mais un homme façonné par les circonstances.
Cette ultime mission synthétise parfaitement ce qui fait la richesse de la série : un regard lucide sur les absurdités de la guerre, une attention constante portée aux oubliés de l'Histoire et un personnage principal dont les contradictions nourrissent sans cesse l'intérêt du lecteur.
"Dollars de guerre" : l'ultime mission d'un anti-héros dans la tourmente de 1918.

© Pelaez - Porcel - Grand Angle 2026
Une conclusion réussie pour une tétralogie historique singulière et particulièrement convaincante.
Thierry Ligot
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Série : ... de guerre
Tome : 4 - Dollars de guerre
Scénario : Philippe Pelaez
Dessin & couleurs : Francis Porcel
Éditeur : Bamboo
Label : Grand Angle
Genre : récit de guerre, Histoire
Thèmes : 1ère GM, rédemption, vengeance, courage, racisme, survie ou héroïsme, oubliés de l'Histoire,
Public : ado, adulte
Parution : 19/8/2026
Format : 24,2 x 32,2 cm
Page : 56
ISBN : 979 1 0411 1867 0
Prix : 15,90 €
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