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En 1969, au cœur de la guerre du Vietnam, l’armée américaine doit faire face à une menace inhabituelle : des dragons utilisés comme armes de guerre. Quelque part, au-dessus de la jungle, 3 hélicoptères sont détruits par l’une de ces créatures. Le seul survivant découvre alors stupéfait que son maître est un gosse ... juste avant de se faire dévorer.
En planque avec son spotter, Nick, un tireur d’élite expérimenté, assiste à la scène.
" - La cible est dégagée de tout obstacle, distance 327 mètres, plongée à 12 degrés, vent latéral gauche négligeable ... Tu ne peux pas rater ton coup, Nick ! Qu'est-ce que t'attends ?
- C'est qu'un gamin, Don !
- Un gamin qui commande à un foutu dragon ! Une fois que le môme sera mort, sa bête ne sera plus une menace pour nos gars ! Bute-le !"
Un dilemme le traverse alors ... éliminer le maître du dragon ... mais, c'est un gamin ! Somsak est un jeune laotien contraint de combattre aux côtés des forces vietnamiennes.
Marqué par un drame familial et incapable d’abattre un enfant, Nick tire mais ne fait que le blesser. Désobéissant aux ordres, il se refuse de l'achever et prend même la décision de le soigner.
" Une part de moi voulait croire que j'avais croisé ce morpion pour une bonne raison ... mais une autre part savait que c'étaient des conneries."
Après avoir assisté aux violences commises contre des civils, il vient également en aide à Phuong, une jeune Vietnamienne qui devient son alliée et son interprète. Ensemble, ils entreprennent de ramener Somsak dans son village natal, au Laos, afin qu’il puisse retrouver sa famille et échapper à la guerre.
Mais leur voyage est semé d’embûches. Les forces vietcongs, appuyées par d’autres maîtres de dragons, se lancent à leur poursuite pour récupérer le garçon, dont les pouvoirs représentent un atout stratégique. Entre affrontements, trahisons et choix difficiles, Nick doit protéger ses compagnons tout en remettant en question le sens de son engagement militaire.

© Jarry - Bervas - Prianto - Soleil 2026
Avec Vietnam, cinquième volume de la série Guerres & Dragons, Nicolas Jarry ouvre un nouveau cycle tout en restant fidèle au concept fondateur de la saga : lorsque les grandes guerres secouent le monde, des dragons s’éveillent et se lient à des êtres humains appelés à influer sur le destin des nations. Après un premier cycle consacré à différents conflits historiques, ce nouvel album nous transporte au cœur de la guerre du Vietnam, dans une uchronie où les dragons font désormais partie intégrante de l’arsenal militaire.
Une nouvelle porte d’entrée dans la série
L’un des atouts de Vietnam réside dans son accessibilité. Comme les précédents volumes, l’album propose un récit complet qui peut être découvert indépendamment. Toutefois, il marque également le lancement d’une seconde saison et apporte une évolution intéressante à l’univers. Les dragons ne sont plus seulement des créatures extraordinaires surgissant au détour du récit ; ils sont pleinement intégrés aux stratégies de guerre et influencent directement les rapports de force entre les camps.
Mais ici, lorsque Nick découvre que sa cible n’est qu’un enfant, quelque chose se brise en lui. Au lieu d’exécuter ses ordres, il choisit de protéger le garçon et de le reconduire jusqu’à son village natal au Laos. Cette décision déclenche une traque implacable où soldats américains, Vietcongs et dragons convergent vers les mêmes fugitifs.

© Jarry - Bervas - Prianto - Soleil 2026
Une histoire de rédemption au milieu du chaos
Sous ses dehors de récit d’aventure guerrière, Vietnam développe avant tout une réflexion sur la culpabilité, le pardon et l’humanité. Nick n’est pas un héros traditionnel. Marqué par un traumatisme personnel et lassé des violences qu’il observe autour de lui, il incarne le soldat qui commence à remettre en question les ordres qu’il reçoit.
" Je savais désormais ce que j'allais faire.
- On va devoir trouver une carte. les miennes s'arrêtent à quelques kilomètres de la frontière.
- Une carte pour quoi faire ?
- Dites-lui que je vais le ramener chez lui. Lui et son putain de dragon.
- Vous êtes un homme bien.
- Arrêtez avec ça !"
La relation qui se noue entre le sniper américain, le jeune Somsak et la jeune femme Phuong constitue le véritable cœur du récit. À travers ce trio improbable, Nicolas Jarry explore plusieurs thèmes forts : l’innocence sacrifiée par la guerre, la possibilité de choisir sa propre voie malgré les circonstances, mais aussi la capacité de conserver un reste d’humanité lorsque tout pousse à la brutalité.
" - Tuer un enfant ne demande aucun courage... Pour ça, il suffit d'être un monstre."
Le conflit vietnamien se prête particulièrement bien à cette approche. L’auteur ne cherche pas à présenter une vision manichéenne de la guerre. Les atrocités commises contre les populations civiles, les exactions militaires et les conséquences psychologiques du conflit sont montrées sans complaisance. Les dragons deviennent alors une métaphore des pulsions destructrices que les hommes libèrent lorsqu’ils sont emportés par les conflits.

© Jarry - Bervas - Prianto - Soleil 2026
Un récit rythmé et efficace
La force du scénario tient à sa construction solide. L’intrigue adopte la forme d’une longue fuite à travers une jungle hostile, créant une tension constante. Chaque étape du voyage confronte les personnages à de nouveaux dangers et les oblige à faire des choix difficiles.
L’auteur maîtrise parfaitement les codes du récit de guerre : embuscades, progression dans un environnement oppressant, affrontements spectaculaires et menace permanente. Mais il évite que l’action ne prenne totalement le dessus sur les personnages. Derrière chaque combat se cache un dilemme moral qui enrichit l’histoire.
Certes, certains ressorts narratifs peuvent sembler familiers, notamment la figure du soldat désabusé qui se retourne contre sa propre armée. Pourtant, la présence des dragons et le traitement psychologique des protagonistes permettent au récit de conserver sa personnalité. Le mélange entre guerre historique et fantasy continue de fonctionner grâce à un équilibre bien dosé entre spectaculaire et émotion.

© Jarry - Bervas - Prianto - Soleil 2026
Le travail de Nicolas Jarry au scénario
Depuis le lancement de la série, Nicolas Jarry démontre sa capacité à utiliser le fantastique non comme un simple gadget mais comme un outil narratif. Dans Vietnam, les dragons ne servent pas uniquement à multiplier les scènes d’action. Ils sont directement liés aux enjeux humains du récit.
Chien, le dragon vert associé au jeune Somsak symbolise autant une puissance destructrice qu’une innocence détournée à des fins militaires. À l’inverse, l'autre créature, à 2 têtes, plus monstrueuse de l'album incarne la démesure et la sauvagerie de la guerre. Cette utilisation symbolique renforce la portée du récit et lui donne une profondeur supérieure à celle d’un simple divertissement fantastique.
Jarry parvient également à maintenir un bon équilibre entre dimension historique, aventure et introspection. Son écriture donne naissance à des personnages imparfaits, tourmentés et crédibles, qui évoluent au fil des événements plutôt que de subir passivement l’intrigue.

© Jarry - Bervas - Prianto - Soleil 2026
Un graphisme réaliste et immersif
Pour ce tome, Stéphane Bervas succède aux dessinateurs des précédents albums et propose une approche graphique résolument réaliste. Son trait dynamique s’adapte particulièrement bien au cadre vietnamien. La jungle apparaît dense, étouffante et omniprésente, devenant presque un personnage à part entière.
Les scènes d’action constituent l’un des points forts du dessin. Les combats sont fluides, lisibles et bénéficient d’un découpage efficace qui entretient la tension. Les expressions des personnages sont travaillées et traduisent avec justesse leurs doutes, leurs peurs ou leur détermination.
Les dragons impressionnent par leur intégration naturelle dans les paysages et les affrontements. Cependant, contrairement aux tomes précédents, les créatures occupent cette fois-ci moins d'espace visuel. Toutefois, ce choix sert le récit : ici, l’attention reste centrée sur les personnages et sur leur parcours humain.
Le travail d’Arif Prianto à la couleur mérite également d’être souligné. Sa palette dominée par les verts profonds, les brumes tropicales et les teintes chaudes des explosions restitue parfaitement l’atmosphère oppressante de la guerre du Vietnam. Les couleurs renforcent l’immersion et participent largement à la personnalité visuelle de l’album.

© Jarry - Bervas - Prianto - Soleil 2026
Avec Guerres & Dragons : Vietnam, Nicolas Jarry signe l’un des épisodes les plus humains et les plus émouvants de la série. Derrière le spectaculaire des dragons et des combats se cache un récit de rédemption, de culpabilité et d’espoir. L’album réussit à mêler aventure, réflexion morale et fantasy dans un contexte historique authentique et sans jamais perdre son efficacité narrative.
Une quête de liberté et d’humanité dans un conflit où les frontières entre héros et monstres sont souvent floues.
Porté par le dessin réaliste et énergique de Stéphane Bervas, ce cinquième tome constitue une excellente entrée dans le second cycle de la saga. Une uchronie originale qui rappelle que, même au cœur des pires conflits, la véritable bataille reste souvent celle que l’on mène contre soi-même.
Thierry Ligot
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Série : Guerres & Dragons
Tome : 5 - Vietnam
Scénario : Nicolas Jarry
Dessin : Stéphane Bervas
Couleurs : Arif Prianto
Éditeur : Delcourt
Label : Soleil
Genre : guerre fantastique
Thèmes : histoire, uchronie, guerre du Vietnam, rédemption
Parution : 5 mars 2026
Format : 23,5 x 32,5 x 1,2 cm
Page : 56
ISBN : 978
Prix : 15,95 €
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