"Hérédique" ou quand la raison affronte l'ombre, la vérité devient un danger
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"Henri-Corneille Agrippa de Nettesheim ! Vous êtes convoqué devant la Sainte Inquisition sur ordre de Sa Sainteté le Pape Clément VII."

Cela commence comme la découverte d'un manuscrit d'un certain Wier, caché dans la demeure de Freud à Londres, ...

" ... un réquisitoire contre la barbarie des procès de sorcières et la tyrannie de l'Inquisition."

Robbie Morrison et Charlie Adlard nous plongent dans l'Anvers de 1549, une ville prospère mais pas que ...

"Anvers : les bas-fonds de l'humanité dans toute leur splendeur."

Anvers, rongée par la peur, alors que l'Inquisition commence à y imposer son autorité.

 

 

 

L'histoire débute avec un crime spectaculaire : l'évêque est retrouvé crucifié dans sa propre église. Très vite, la rumeur d'une intervention démoniaque se répand, alimentant les tensions religieuses et la paranoïa collective. D'autres crimes secouent alors la ville

 

 

© Morrison - Adlard - Delcourt 2026

 

Pour élucider cette série de meurtres qui s'étend à d'autres victimes, les autorités font appel à Cornelius Agrippa, érudit aux multiples facettes, accompagné de son jeune élève, Johann Wier. Tandis que l'Inquisition privilégie la torture et les accusations hâtives, Agrippa et Wier mènent une enquête plus méthodique, au cœur d'un labyrinthe de mensonges, de manipulations et de croyances dangereuses, jusqu'à une conclusion où la vérité elle-même semble incertaine, suspendue entre rationalité et occultisme.

 

" - Nos méthodes sont parfois regrettables. Une lourde croix à porter. En d'autres mains, elles pourraient même sembler impies. Voilà pourquoi nous avons obtenu le pouvoir - par décret papal - de nous absoudre de toute irrégularité que nous sommes obligés de commettre pour accomplir la volonté de Dieu.

- Que Son nom soit loué."

 

 

© Morrison - Adlard - Delcourt 2026

 

L'un des grands atouts de l'œuvre réside dans la richesse de ses thèmes, qui s'entrelacent avec habilité.

Au centre, l'opposition entre raison et superstition structure tout le récit. Agrippa et Wier incarnent une pensée humaniste émergente, cherchant des causes rationnelles là où la société voit l'œuvre du diable.

 

Ce contraste nourrit une réflexion plus large sur le pouvoir : celui de l'Église, qui instrumentalise la peur pour asseoir son autorité, mais aussi celui des croyances, capables de transformer une population entière en foule hystérique. Morrison propose ainsi une critique nette du fanatisme religieux et de ses dérives politiques, notamment à travers les persécutions contre les Juifs et les supposées sorcières.

 

"La politique n'est que rarement affaire de morale."

 

En parallèle, la question de la nature du mal demeure volontairement ambiguë : les crimes sont-ils le fruit d'une folie humaine ou d'une force surnaturelle ? cette incertitude participe à la tension du récit et empêche toute lecture simpliste. Enfin, le savoir apparaît comme une forme de résistance. Résistance face à l'obscurantisme essentiellement. La connaissance devient une arme fragile mais indispensable. Morrison l'incarne par son dur maître-élève !

 

 

© Morrison - Adlard - Delcourt 2026

 

Les dialogues, souvent denses, contribuent à donner de l'épaisseur aux personnages, notamment à Agrippa, figure complexe oscillant entre rationalité et fascination pour l'occultisme. La relation entre lui et son élève fonctionne particulièrement bien, rappelant un duo d'enquêteurs classique, tout en étant enrichie par un véritable rapport de transmission intellectuelle. Nous pourrions éventuellement en faire un parallèle avec les deux enquêteurs franciscains d'un célèbre roman d'Umberto Eco, "Au nom de la rose".

 

 

Le scénario de Robbie Morrison se distingue par son ambition et son atmosphère. L'intrigue est solidement construite, avec un rythme qui maintient le suspense et une immersion historique convaincante.

 

 

© Morrison - Adlard - Delcourt 2026

 

Cependant, certaines limites apparaissent. Le récit, en cherchant à maintenir une ambiguïté constante, peut donner une impression de flottement dans la résolution de l'enquête, et la conclusion semble parfois précipitée au regard de la complexité mise en place. De plus, quelques anachronismes dans les idées ou les attitudes des personnages peuvent affaiblir la crédibilité historique, bien qu'ils servent le propos contemporain de l'auteur. Cette tension entre rigueur historique et message moderne constitue d'ailleurs une caractéristique du travail de Morrison, qui privilégie la résonance thématique à la stricte fidélité.

 

"Je brûlerais une centaine d'innocents s'il y avait un seul coupable parmi eux. Dieu reconnaîtra les siens."

 

© Morrison - Adlard - Delcourt 2026

 

Sur le plan visuel, Charlie Adlard livre un travail remarquable, en parfaite adéquation avec le scénario. Le choix du noir et blanc renforce l'atmosphère oppressante du récit, accentuant les contrastes entre lumière et ténèbres, entre savoir et ignorance. Les ombres envahissent les cases, traduisent visuellement la menace diffuse qui pèse sur les personnages.

Les regards, signature du dessinateur, jouent un rôle central : ils expriment la peur, la folie ou le doute, et participent pleinement à la tension dramatique. Les décors, particulièrement soignés, ancrent solidement l'histoire dans son contexte historique, donnant à la ville d'Anvers, une présence presque palpable. Les rares touches de couleur, utilisées avec parcimonie, viennent marquer des moments de rupture ou de basculement, comme des irruptions de violence ou d'irrationnel.

 

La collaboration entre Morrison et Adlard apparaît ainsi particulièrement cohérente. Le scénariste construit une intrigue fondée sur l'ambiguïté et la tension idéologique, tandis que le dessinateur traduit ces enjeux par une mise en image sombre et expressive. Là où Morrison installe le doute entre rationalité et surnaturel, Adlard le matérialise dans ses contrastes visuels et ses visages troublés. Cette complémentarité renforce l'immersion du lecteur et donne à l'œuvre une véritable unité graphique.

 

© Morrison - Adlard - Delcourt 2026

 

Au final, "Hérétique" s'impose comme un thriller historique dense et réfléchi, porté par un duo d'auteurs en parfaite synergie. Malgré quelques faiblesses dans sa conclusion, il séduit par la profondeur de ses thèmes, la qualité de son atmosphère et la force de son identité visuelle.

Une œuvre qui, au-delà de son intrigue, interroge avec pertinence les rapports entre savoir, pouvoir et croyance.

 

Un récit qui sent le brûlot ... un thriller historique à faire frémir les moins sensibles !

 

 

 

Thierry Ligot

 

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Titre : Hérétique

Création : Robbie Marrison & Charlie Adlard

Scénario : Robbie Marrison

Dessin & Couleurs : Charlie Adlard

Éditeur : Delcourt

Collection : Contrebande

Genre : thriller historique, fantastique, religion

Public : ado - adulte

Parution : 22/01/2026

Page : 128

Format : 22,5 x 28,7 x 1,7 cm

ISBN : 978 2 4130 9113 4

Prix : 19,50 € 



Publié le 23/06/2026.


Source : Bd-best

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