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Les Pouilles, 1873, soit 2 ans après l'unification de l'Italie, le fossé entre le Nord et le Sud nourrit encore tensions, violences et révoltes.
" Je me suis déjà rendu dans ces miséreuses régions, à la fin des années 1860. Et à l'époque, que ce soit les propriétaires terriens ventripotents ou les paysans faméliques, personnes n'acceptait l'unification du pays décidée par le Nord. Les gens du Sud préféraient encore être gouvernés par les Bourbons ou des envahisseurs autrichiens plutôt que par leurs compatriotes.
L'unification était perçue comme une subordination humiliante au Nord ..."
Au cœur de ce contexte tourmenté, Carmine et Filomena voient leur amour brisé par les ambitions du riche baron Don Michele.
Donné pour mort après avoir défié ce notable tout-puissant, Carmine revient des années plus tard sous les traits du redoutable brigand Tempesta pour assouvir sa vengeance.
" - Devant Dieu Tout-Puisent, devant mes frères, je confesse avoir terriblement péché en pensées ... en paroles ... et par mes actes.
- Carmine ?!
- Que ceux qui tiennent à la vie sortent sur le champ.
- Mécréants ! C'est ici la maison de Dieu, son sanctuaire ! Sortez immédiatement ou ...
PAM ...
- C-Carmine Biccari ... ?! Impossible ... Tu es mort, nous t'avons enterré de nos mains !
- Celui dont tu parles n'existes plus ... Je me nomme Tempesta.
- Roi des montagnes.
- Détrousseur de nos ennemis.
- Tu as raison, Toto. Vous m'avez tué. Mais je suis revenu d'entre les morts. D'abord pour retrouver ma femme ... et obtenir réparation."
Entre vendetta et honneur, une chasse à l'homme s'engage qui ne pourra que mener au sang et au cimetière !
Avec "Jusqu'à la tombe", Stefano Nardella et Vincenzo Bizzarri livrent un roman graphique d'une remarquable intensité, à mi-chemin entre le western spaghetti, la tragédie romantique shakespearienne et le récit historique.

© Nardella - Bizzarri - Sarbacane 2026
L'album explore avec force les thèmes de l'amour contrarié, de la vendetta, du pouvoir oppressif et de la lutte contre un destin qui semble écrit d'avance. À travers cette cavale sanglante, les auteurs dressent également le portrait d'un Sud italien abandonné, miné par la pauvreté et les affrontements entre brigands et autorités.
" Le Sud ... une terre sauvage recouverte de poussière et de sang. Un peuple brutalisé par la misère la plus noire ... gangréné par l'ignorance et la superstition. Oui, la guerre est finie depuis des années ... mais les hommes et les femmes vivent ici-bas encore le poison au cœur ... la rage dans l'âme ... et avec une envie irrépressible de mordre."
Le récit séduit donc par son souffle tragique, sa tension constante et sa capacité à mêler reconstitution historique et dramaturgie classique. Les amateurs de western spaghetti y retrouveront une atmosphère de violence sèche, de passions exacerbées et de fatalité inexorable.
Entre passion et vendetta, personne n'échappera à son destin.

© Nardella - Bizzarri - Sarbacane 2026
Diplômé de l'Université de Florence, Stefano Nardella s'est imposé comme une voix singulière de la bande dessinée italienne contemporaine. Son travail se distingue par son goût pour les contextes historiques complexes et les personnages confrontés à des choix impossibles, au destin brisé.
Dans "Jusqu'à la tombe", il construit un scénario solide où l'histoire intime des protagonistes se confond avec les bouleversements politiques de l'Italie naissante. Loin de se limiter à une simple intrigue de vengeance, il interroge les fractures sociales, les abus de pouvoir et les conséquences de la violence sur les individus. La narration avance avec une grande fluidité, alternant scènes d'action brutales, moments de tension psychologique et passages plus contemplatifs. Chaque personnage est entraîné dans une spirale dont il semble impossible de s'extraire, renforçant cette impression de tragédie antique transposée dans un décor de western.

© Nardella - Bizzarri - Sarbacane 2026
Vincenzo Bizzarri met son dessin au service de la noirceur du récit. Il confirme clairement l'étendue de son talent. En choisissant un noir et blanc intégral particulièrement expressif, il confère à l'album une identité visuelle forte. Son trait nerveux, souvent incisif, épouse parfaitement la rudesse de cette histoire de brigands et de vengeance.
Son travail sur la caractérisation des personnages est plus que remarquable. Les visages portent les marques de la fatigue, de la haine ou du désespoir. Quelques traits suffisent à donner une personnalité immédiatement identifiable aux protagonistes. Carmine, avec son allure de hors-la-loi marqué par les épreuves, ou Filomena, figure féminine complexe et déterminée, gagnent ainsi une présence remarquable.

© Nardella - Bizzarri - Sarbacane 2026
Le découpage privilégie l'efficacité et le mouvement, quasi cinématographique. Les fusillades, les chevauchées et les confrontations bénéficient d'une mise en scène dynamique, tandis que certains plans larges installent l'immensité désolée des campagnes du Sud italien.
Du Sergio Leone mêlé à du Luchino Visconti et du Fellini affleure régulièrement dans les cadrages et la gestion des silences ... Toute une saveur de fresque historique alliant rigueur plastique et analyse sociale.
Ses pleines pages régulières, à la fin de chaque chapitre, clôturent ces derniers par une image forte et annonciatrices d'une suite explosive ou prometteuses.
L'absence de couleurs constitue ici un véritable parti pris artistique. Plutôt que d'appauvrir la lecture, ce choix renforce l'atmosphère crépusculaire du récit et lui confère une grande puissance évocatrice. Les contrastes entre les zones d'ombre profondes et les éclats de lumière sculptent les scènes avec une efficacité remarquable.
Le noir et blanc accentue la brutalité du monde décrit par les auteurs, tout en donnant au livre une dimension intemporelle. Les paysages semblent baignés dans une poussière permanente, tandis que les intérieurs et les scènes nocturnes gagnent en mystère. Cette approche graphique évoque autant certaines photographies du XIXe siècle que le cinéma italien le plus sombre.

© Nardella - Bizzarri - Sarbacane 2026
"Jusqu'à la tombe" marque les retrouvailles d'un tandem déjà bien installé dans le paysage de la bande dessinée italienne. Après "La Cité des Trois Saints", polar historique remarqué jusqu'au Festival d'Angoulême, puis "Les Assiégés", une œuvre ambitieuse où les destinées individuelles se déployaient sur fond de grande Histoire, les deux auteurs poursuivent leur exploration des grandes fractures de l'histoire italienne. Cette nouvelle collaboration témoigne une fois encore de leur talent commun pour associer destinées humaines et contexte historique tumultueux.
Seul, Vincenzo Bizzarri a également marqué les lecteurs avec "Albertine a disparu" ainsi qu'avec "Les Ennemis du peuple", confirmant son goût pour les univers graphiques ambitieux et les récits à forte charge dramatique.

© Nardella - Bizzarri - Sarbacane 2026
Avec ce nouvel album, le duo franchit encore un cap. Leur complémentarité apparaît évidente : l'écriture dense et rigoureuse de Nardella trouve un prolongement naturel dans le dessin habité de Bizzarri. Ensemble, ils signent une œuvre sombre, élégante et profondément marquante, qui revisite les codes du western en les transplantant dans une Italie méridionale en proie aux rancœurs, aux révoltes et aux passions destructrices. "Jusqu'à la tombe" s'impose ainsi comme une tragédie historique puissante, portée par une narration maîtrisée et une réalisation graphique de premier ordre.
Quand l’amour est enterré vivant, seule la vengeance revient à la surface.
Thierry Ligot
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Titre : Jusqu'à la tombe
Scénario : Stefano Nardella
Dessin : Vincenzo Bizzarri
Éditeur : Sarbacane
Genre : western italien
Thèmes : Italie, guerre, récit choral, XIXe siècle, hors-la-loi, rébellion, vengeance
Public : ado, adulte
Parution : 2 septembre 2026
Format : 21,5 x 29 cm
Page : 184
ISBN : 979 1040 80628 8
Prix : 25 €
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