"Juste après la vague", survivre à la catastrophe, survivre à ses choix
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La fin du monde serait-elle arrivée ? L'effondrement d'un volcan suivi par le passage d'une gigantesque et terrifiante vague engloutit le monde. Les eaux montent inexorablement ! Sur une colline devenue un minuscule îlot, une famille tente de survivre ... Patrick et Madie et leurs neuf enfants voient néanmoins leur refuge condamné.

 

" - Ne sois pas butée, il est impossible de les prendre tous. On ne tiendra pas 3 jours. Il nous faut Liam et Matteo pour ramer, et on ne peut pas abandonner les petites. En ramant fort, cela nous prendra 12 jours pour rejoindre les Terres Hautes. Louie, Noé et Perrine dorment dans la même chambre. Ce serait plus simple de ne pas les réveiller en partant. Ils sont débrouillards, ils peuvent tenir jusqu'à notre retour.

- Tu crois que j'ai mis des enfants au monde pour que tu les tues ?"

 

 

 

 

C'est alors qu'une barque est découverte. Avec elle, il y aurait moyen de rejoindre des mystérieuses "terres hautes" où d'autres survivants se seraient réfugiés. Si elle est grande, elle ne peut néanmoins prendre toute la famille. Un choix crucial est à prendre ! 8 personnes peuvent embarquer ... 3 doivent rester ! Un dilemme insoutenable, cruel et déchirant pour des parents aimants !

Abandonner provisoirement Louie, Perrine et le petit Noé, avec la promesse de revenir les chercher.

 

À partir de cette séparation, le récit suit en parallèle les trois enfants livrés à eux-mêmes sur leur îlot et le reste de la famille affrontant les tempêtes, la faim et les dangers de l'océan.

 

 

 

© Monféry - Rue de Sèvres 2026

 

Du roman de Sandrine Collette à la bande dessinée de Dominique Monféry

 

Adapté du roman éponyme publié en 2018, Juste après la vague, ce dernier marque une parenthèse singulière dans l'œuvre de Sandrine Collette. Jusqu'à, présent, l'œuvre de l'autrice était essentiellement centrée sur des polars et thrillers particulièrement sombres. Or, elle s'aventure ici dans un récit postapocalyptique particulièrement humain.

Cependant, malgré le changement de registre, on retrouve ce qui fait sa force : une tension constante, des personnages confrontés à l'extrême et une réflexion implacable sur les instincts humains.

 

Pour son adaptation chez Rue de Sèvres, Dominique Monféry ne se contente pas d'illustrer fidèlement le roman. Il se l'approprie véritablement. Là où le livre mettait en scène une famille plus réduite, l'auteur choisit d'élargir considérablement la fratrie et de développer un récit à deux voix, entre ceux qui partent et ceux qui restent.

 

Cette liberté d'adaptation s'avère particulièrement pertinente. Elle renforce la dimension dramatique du récit tout en donnant davantage de place aux enfants, qui deviennent les véritables héros de l'histoire. Le résultat n'est pas une simple transposition, mais une œuvre qui fonctionne pleinement en tant que bande dessinée.

 

" - L'eau a encore monté. Pata pourrait ne pas reconnaître l'île et passer à côté de nous sans s'arrêter.

- Hein ?! On fait quoi alors ?

- Il faut guetter.

- Tu crois que Pata peut déjà revenir ? Ça ne fait que quatre jours. Je ne vois rien.

- C'est parce que tu es vraiment trop petit. On va construite u e tour de garde."

 

 

© Monféry - Rue de Sèvres 2026

 

Un scénario centré sur l'humain

 

L'une des grandes réussites de Dominique Monféry réside dans son approche scénaristique. Si le décor est celui d'une apocalypse climatique, le récit ne cherche jamais à multiplier les explications scientifiques ou les scènes spectaculaires. La catastrophe constitue avant tout un cadre permettant d'explorer les réactions humaines face à une situation impossible.

 

La question centrale est simple : comment choisir quels enfants sauver lorsque l'on ne peut pas sauver tout le monde ?

 

Ce dilemme moral irrigue l'ensemble de l'album. La culpabilité de la mère, le pragmatisme du père, l'incompréhension des enfants abandonnés ou encore la solidarité entre frères et sœurs construisent un drame familial d'une grande intensité.

 

" - Je me demande comment ils ont réagi en se réveillant et en découvrant la maison vide ... Ont-ils trouvé la lettre ?

- Arrête ça tout de suite, Madie. Coupe les tranches et coupe ta cervelle. Il n'y arien de bon là-dedans, après tu vas pleurer."

 

 

La narration alternée entre l'île et la barque maintient constamment la tension.

D'un côté, Louie, Perrine et Noé apprennent à survivre seuls.

De l'autre, leurs parents affrontent une traversée semée d'embûches.

Cette construction parallèle permet de varier les registres, alternant moments d'intimité, séquences d'aventure et scènes de pure angoisse.

 

Ce qui frappe également, c'est le regard porté sur l'enfance. Malgré la dureté des événements, Monféry conserve une forme de tendresse à travers les jeux, les rêves, les peurs et les espoirs des plus jeunes. Cette innocence confrontée à un monde brutal confère au récit une profonde émotion.

Si certains lecteurs pourront trouver certains aspects du scénario peu crédibles ou regretter une conclusion un peu rapide, l'ensemble demeure remarquablement efficace et ne laisse jamais retomber la tension.

 

 

© Monféry - Rue de Sèvres 2026

 

Un travail graphique d'une grande beauté

 

Visuellement, Juste après la vague est sans doute l'un des albums les plus impressionnants de Dominique Monféry.

Son dessin expressif parvient aussi bien à saisir les instants du quotidien que la puissance terrifiante des éléments déchaînés. Les personnages sont immédiatement attachants grâce à la justesse de leurs attitudes et de leurs regards. Louie, Perrine et Noé existent pleinement à travers leurs expressions, souvent plus éloquentes que les dialogues.

Mais c'est surtout la représentation de la mer qui impressionne. Omniprésente, elle devient presque un personnage à part entière. Tantôt calme et fascinante, tantôt monstrueuse et meurtrière, elle envahit chaque planche et rappelle constamment la fragilité des survivants.

 

Le travail à l'aquarelle constitue l'un des grands atouts de l'album. Les nuances de bleu, de gris et de vert créent une atmosphère à la fois poétique et inquiétante. Certaines planches consacrées aux tempêtes ou aux cauchemars de Louie atteignent une puissance visuelle remarquable et figurent parmi les plus belles séquences de l'ouvrage.

 

Les décors bénéficient également d'un soin particulier, qu'il s'agisse de l'îlot familial, des étendues océaniques ou des visions oniriques qui ponctuent le récit. Cette richesse graphique contribue largement à l'immersion et à la singularité de l'album.

 

 

© Monféry - Rue de Sèvres 2026

 

Avec Juste après la vague, Dominique Monféry signe une adaptation ambitieuse et profondément humaine du roman de Sandrine Collette. En privilégiant les émotions, les liens familiaux et le regard des enfants plutôt que le spectaculaire, il livre un récit de survie intense et touchant.

Portée par une narration efficace et un somptueux travail à l'aquarelle, cette bande dessinée réussit à concilier aventure postapocalyptique et drame familial. Malgré un final un peu abrupt et quelques libertés parfois discutables, l'album s'impose comme une œuvre forte, sensible et visuellement splendide, qui interroge avec justesse ce que signifie survivre lorsque l'on est confronté à des choix impossibles.

 

 

 

Thierry Ligot

 

 

 

Lien BA "Rue de Sèvres" : ici

 

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Titre : Juste après la vague

Scénario, dessin & couleurs : Dominique Monféry

D'après le roman éponyme de : Sandrine Collette

Éditeur : Rue de Sèvres

Genre : postapocalyptique

Thème : famille, solidarité, culpabilité parentale, peur, perte de l'innocence, résilience face à l'adversité

Parution : 21 janvier 2026

Format : 24,3 x 32 cm

Page : 152

ISBN : 978 2 8102 0973 6

Prix : 25 €



Publié le 30/07/2026.


Source : Bd-best

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