"Le Visage du Créateur" l'humanité derrière la tragédie du Challenger !
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" Dans son discours prononcé à la Maison-Blanche le soir du 28 janvier 1986, le Président Ronald Reagan a évoqué "le visage du Créateur". Ces mots sont un emprunt à un poème du pilote anglo-américain John Gillespie Magee JR. [...]

 

- ... And, while with silent, lifting mind I've trod

The High untrespassed sanctity of space,

Put out my hand, and touched the face of God.

 

(- Alors, silencieux, mon esprit a gagné de nouvelles hauteurs

Jusqu'à rejoindre le sanctuaire inviolé de l'espace,

Pour y tendre ma main et toucher le visage du Créateur.) "

 

Avec "Le Visage du Créateur", Laurent-Frédéric Bollée et Cristiano Spadoni s’emparent d’un événement gravé dans la mémoire collective : l’explosion de la navette "Challenger" le 28 janvier 1986, soixante-treize secondes seulement après son décollage. Loin de se limiter à la chronique d’une catastrophe spatiale, cet album reconstitue minutieusement les années qui ont précédé le drame et redonne un visage aux sept membres de l’équipage disparus.

 

 

© Bollée - Spadoni - Rue de Sèvres 2026

 

Le récit s’ouvre à la fin des années 1990 lorsqu’un pêcheur floridien et son fils découvrent dans leurs filets un fragment marqué du logo de la NASA. Cette trouvaille réveille le souvenir de la tragédie et sert de porte d’entrée à un long retour en arrière. Les auteurs remontent bien avant l’explosion et mettent en place un compte à rebours qui accompagne chaque étape du récit jusqu’au décollage fatal.

Celui-ci débute très exactement ...

 

" Atlanta, novembre 1967. Dix-huit ans et deux mois avant la désintégration."

 

Il s'achèvera ...

 

" 2 minutes et 45 secondes après la désintégration."

 

 

© Bollée - Spadoni - Rue de Sèvres 2026

 

L’album s’inscrit dans un moment charnière de l’histoire américaine. Après l’âge d’or du programme Apollo, la NASA cherche à retrouver l’enthousiasme du grand public pour la conquête spatiale. Le programme « Teacher in Space », voulu par l’administration Reagan, répond à cette ambition.

 

" - Je m'adresse à vous solennellement aujourd'hui pour vous annoncer le lancement du programme "Teacher In Space" ! Je demande à la NASA de démarrer un processus de sélection d'un professeur de collège ou de lycée, qui deviendra le premier citoyen civil d'une mission spatiale ... Ainsi quand la navette décollera, tout le monde prendra conscience du rôle crucial que les professeurs jouent dans la vie de notre nation ..."

 

 

Le choix de Christa McAuliffe, enseignante appelée à devenir la première professeure dans l’espace, symbolise cette volonté de rapprocher l’exploration spatiale des citoyens ordinaires.

Il en fut de même pour les autres membres de cette dramatique mission ...

Comme Ronald McNair, 35 ans, spécialiste de mission 3 ... astronaute ... et musicien ! L'homme qui prévoyait de jouer un morceau de saxophone dans l'espace et qui pour cela rencontrera Jean-Michel Jarre qui lui écrivit un petit morceau ...

 

" 8 novembre 1985. deux mois et vingt jours avant la désintégration.

- Je suis Jean-Michel Jarre ! Heureux de vous rencontrer ! [...] Je vous ai préparé une petite composition. Ça vous dit de la répéter tout de suite ?"

 

Les thèmes abordés dépassent largement le cadre technique. L’ouvrage interroge le rapport entre communication politique et science, les enjeux budgétaires de la NASA, la pression médiatique exercée sur les responsables du programme spatial, mais aussi la fragilité humaine face aux impératifs institutionnels. Derrière les fusées, les calculs et les procédures, ce sont avant tout des hommes et des femmes que l’on découvre, avec leurs ambitions, leurs doutes et leurs sacrifices.

 

" Gardons la tête dans les étoiles, certes ... mais aussi les pieds sur terre !"

 

La grande force du livre réside dans cet équilibre entre rigueur documentaire et émotion. Bollée évite soigneusement le sensationnalisme. Le lecteur connaît d’avance l’issue de l’histoire, mais la tension ne cesse pourtant de croître au fil des pages. Ce compte à rebours permanent agit comme une mécanique dramatique redoutablement efficace. Chaque réussite, chaque moment de joie ou d’espoir est chargé d’une inquiétude diffuse liée à l’inéluctabilité de la catastrophe.

 

 

© Bollée - Spadoni - Rue de Sèvres 2026

 

Mais si la fin est connue aujourd'hui, l'album met également en évidence qu'elle était déjà "crainte" bien avant le lancement ... Ce qui ferait de ce drame un ... crime ... un assassinat "programmé", par "cupidité" ...

 

" Siège de Morton Thiokol, Promontory, Utah, 13 décembre 1985. un mois et quinze jours avant la désintégration.

- Ne fais pas semblant de ne pas comprendre ! Comme on récupère toujours nos boosters, nous avons pu les étudier à fond et depuis l'an dernier, nous savons justement à quoi nous attendre ... Et je te dis que nos joints toriques ne restent plus assez étanches en dessous d'une certaine température ! C'est passé l'an dernier mais je te dis que c'était un miracle ! Qui voudrait retenter pareil pari ? Tu vas me dire qu'il en va de notre réputation [...] Bon Dieu, tu m'écoutes, oui ? La navette va exploser !"

Et que cette crainte n'était pas non plus "entendue" des autorités de la NASA.

 

" - La NASA a vendu au Congrès une vingtaine de vols chaque année ... Si tout était repoussé, les subventions chuteraient ... et ça les grands pontes à Washington ne le veulent certainement pas !

- Il y a aussi autre chose, en l'occurrence ...

- Le programme "Teacher in Space", c'est ça ? [...]

- Donc, si je comprends bien ... la mission STS-51-L partira dans un mois, quoi qu'il advienne ! On n'a pas le choix."

 

 

 

© Bollée - Spadoni - Rue de Sèvres 2026

 

Laurent-Frédéric Bollée, un scénariste du réel

Journaliste de formation, Laurent-Frédéric s'est imposé ces dernières années comme l'un des grands spécialistes de la BD historique et documentaire. Son nom est particulièrement associé à "La Bombe", fresque consacrée à la création de l’arme atomique, qui avait démontré sa capacité à transformer une matière historique complexe en récit passionnant. 

 

Dans "Le Visage du Créateur", il applique la même méthode. Son travail repose sur une solide documentation et sur une volonté manifeste de s’effacer derrière les faits. Plutôt que de construire artificiellement du suspense, il mise sur la reconstitution minutieuse des événements et sur la force intrinsèque de l’histoire.

 

Son scénario adopte une structure chronologique ponctuée par un décompte des années, des mois puis des jours précédant l’accident. Ce procédé narratif simple mais particulièrement efficace donne au récit un rythme soutenu.

Bollée réussit également à humaniser son sujet sans tomber dans le mélodrame. Les astronautes ne sont pas présentés comme des héros mythologiques mais comme des individus confrontés à des choix professionnels, familiaux et personnels.

 

L’une des réussites du scénariste est aussi d’intégrer des figures parfois inattendues, comme l’actrice Nichelle Nichols, célèbre interprète du lieutenant Uhura dans "Star Trek", dont le rôle dans la diversification du recrutement de la NASA demeure méconnu.

 

" - Je ne doute pas que la majorité des candidatures viendra d'hommes ingénieurs ou militaires ... Mais avouez que l'image véhiculée est toujours la même au final dans les programmes de la NASA : l’équipage est masculin, avec une moyenne d'âge de 45 ans au moins. Et donc, si souhaite que notre message s'adresse aussi aux jeunes, aux femmes et aux minorités ! Il faut élargir l'horizon !

- Mais ... Oui, bien sûr ! Je suis d'accord !

- Ce n'est pas tout, John ... Vous m'avez bien dit que les premiers recrutements seraient effectifs dès l'année prochaine ? Alors, je vous demanderai des preuves de votre action pour la diversité ! Sinon, j'arrêterai aussitôt ma collaboration !"

 

Ces détours enrichissent le récit et replacent l’aventure spatiale dans son contexte culturel et social.

 

 

 

© Bollée - Spadoni - Rue de Sèvres 2026

 

Cristiano Spadoni, un dessin au service du témoignage

Le travail graphique de Cristiano Spadoni surprend d’abord par sa sobriété. L’album est intégralement réalisé en noir, blanc et nuances de gris. Un choix qui pourrait sembler paradoxal pour un sujet aussi spectaculaire que l’exploration spatiale, mais qui se révèle particulièrement pertinent.

 

Son trait évoque souvent l’esquisse ou le croquis saisi sur le vif. Les personnages sont dessinés avec économie de moyens, parfois réduits à quelques lignes essentielles. Cette apparente simplicité confère pourtant une grande vitalité aux planches et renforce le caractère documentaire de l’ensemble.

 

L’absence de couleurs éclatantes éloigne volontairement le récit de l’imagerie triomphante associée à la conquête spatiale. Spadoni privilégie une approche presque journalistique, comme si le lecteur consultait un carnet de reportage consacré à l’un des plus grands drames du programme spatial américain.

 

Sa mise en scène se montre particulièrement efficace dans les séquences collectives. Les regards, les attitudes et les silences prennent souvent davantage d’importance que les dialogues.

Les dernières pages, notamment celles qui précèdent le lancement, atteignent une intensité émotionnelle remarquable grâce à cette économie de moyens.

 

Des influences graphiques perceptibles

Le style de Cristiano Spadoni peut rappeler plusieurs auteurs contemporains. On pense par moments à Bastien Vivès pour la spontanéité du trait et cette capacité à suggérer davantage qu’à détailler. Certains lecteurs pourront également y voir une filiation avec Martin Quenehen dans la manière d’utiliser l’esquisse comme outil narratif.

 

Son approche se distingue cependant par une dimension documentaire plus affirmée. Là où Vivès privilégie souvent l’émotion immédiate et le mouvement, Spadoni conserve constamment une distance d’observateur.

Son dessin évoque parfois le storyboard de cinéma ou le carnet de reportage, ce qui correspond parfaitement à la démarche historique voulue par le scénariste.

 

 

 

© Bollée - Spadoni - Rue de Sèvres 2026

 

 

"Le Visage du Créateur" n’est pas seulement une bande dessinée sur la catastrophe de Challenger. C’est avant tout le récit d’un rêve collectif, de ses espoirs et de ses dérives.

 

Grâce à une documentation rigoureuse, un scénario remarquablement construit et un dessin sobre mais expressif, Laurent-Frédéric et Cristiano livrent un hommage particulièrement émouvant aux 7 membres de l'équipage de la mission STS-51-L.

En transformant un événement dont chacun connaît l’issue en une lecture captivante et profondément humaine, les auteurs signent une œuvre mémorable qui éclaire autant l’histoire de la conquête spatiale que les mécanismes politiques, médiatiques et humains ayant conduit à l’une de ses plus grandes tragédies.

 

 

 

"Le Visage du Créateur" ... l’humanité derrière la tragédie de Challenger

 

 

Lien "Minute de Rey - mars 2026"

 

 

Thierry Ligot

 

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Titre : Le Visage du Créateur

Scénario : Laurent-Frédéric Bollée

Dessin & couleurs : Cristiano Spadoni

Éditeur : École des Loisirs

Label : Rue de Sèvres

Genre : drame historique

Thèmes : Challenger, espace, technologie spatiale, NASA, enjeux politique spatiale

Public : ado - adulte

Parution : 11 février 2026

Format : 19,4 x 26,2 cm

Page : 264

ISBN : 978 2 8102 0530 1

Prix : 25 €



Publié le 08/09/2026.


Source : Bd-best

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