"Les Adieux ne durent jamais" Quand l'absence est une invitation à une renaissance
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"Je m'appelle Mattéo Grandpierre. J'ai perdu mon père il y a 3 mois.

J'ai perdu mon père il y a 3 mois et je m'en fous. Ça ne m'a pas affecté. Rien.

Ça a été comme assimiler une information froide, distante, un truc à classer dans un coin de mon hémisphère droit. Et rien de plus.

L'amour filial n'a jamais été un sentiment particulièrement développé dans la famille."

 

C'est ainsi que Mattéo, accompagné de 2 amis, Victor et Lennon, que la passion de la musique unit, prend la route du Pays basque, pour la région de Saint-Jean-de-Luz. Ensemble, leur escapade prend rapidement une tournure autre que prévue. Il s'agit de vider la maison paternelle afin de pouvoir la mettre en vente.

Cette maison ne représente rien aux yeux de Mattéo. C'est celle d'un père qu'il n'a pas vraiment connu car il a abandonné le foyer familial alors que Mattéo n'était encore qu'un enfant.

 

 

 

" - Il a été enterré, ton père ? Ou il voulait être incinéré ?

- C'est une bonne question. Je ne sais même pas. Je me suis tenu à distance ...

- Genre, le fils qui s'intéresse ..."

 

Vidé cette maison, celle d'un quasi "inconnu", où aucun souvenir personnel n'existe, est dès lors une mission bien particulière. Convaincu de ne rien ressentir dans cette tâche, il y va comme un "étranger". Pour lui, cette page "paternelle" est tournée depuis déjà bien longtemps. Par conséquent, il ne craint nullement cette confrontation émotionnelle avec le passé d'un homme qui n'a jamais rien représenté pour lui.

 

© Jim - Bonneau - Grand Angle 2026

 

Mais voilà que le lendemain de leur arrivée, un mystérieux post-it est collé sur un miroir de la salle de bain : "Je suis toujours en vie". Qui l'a écrit ? Pourquoi ? Matéo l'ignore. Cela l'intrigue d'autant plus que le phénomène se reproduit les jours suivants. Un peu comme si le passé refusait de s'éteindre, comme si une présence invisible refusait de disparaître.

 

Dès lors, ce vide-maison va se transformer en un voyage dans le passé ... le passé d'un homme dont il ignore tout finalement ... son père.

Commence une aventure humaine faite de rencontres, de musique, de doutes ... et surtout de remises en question ... Mattéo voit ses certitudes sur cet homme s'effondrer !!! Qui était-il réellement ?

Un regard nouveau voit le jour et l'incite à s'interroger sur ce que nous héritons de ceux qui ont pourtant brillé par leur absence.

 

"Il y a le temps qui passe et ce n'est souvent qu'après qu'on réalise que c'étaient de beaux moments. Ils nous échappent."

 

Jim nous plonge à nouveau dans un scénario subtil mêlant deuil et filiation. Un récit, comme souvent avec lui, intimiste qui évite cependant les écueils classiques des histoires de ce genre. La mort du père ne provoque ici ni effondrement émotionnel, ni débordement mélodramatique. Mattéo se trouve en effet devant une question simple : comment faire le deuil d'un absent dans sa vie ?

Là est donc la véritable ossature de ce récit. Tourner la page n'est pas le seul objectif de Mattéo : tenter de comprendre ce qui le relie à cet homme qu'il imaginait avoir effacé de son existence.

 

© Jim - Bonneau - Grand Angle 2026

 

L'album explore alors avec finesse les non-dits familiaux, les occasions manquées et les blessures silencieuses qui se transmettent parfois de génération en génération. Par son Mattéo, Jim nous livre une personnalité tortueuse qui en cherchant la réponse à ces post-it va découvrir son autre famille.

 

Le récit ne se limite toutefois pas uniquement à cette relation non vécue père-fils. Un second thème transparaît rapidement : celui de l'amitié ! L'amitié entre les 3 amis, Mattéo, Victor et Lennon sont liés par une fidélité touchante et une spontanéité qui apportent chaleur et humanité à l'ensemble de ce périple autant extérieur qu'intérieur. Leurs échanges, tantôt drôles, tantôt tendres ou maladroits, resitue avec justesse la complicité qui unit ces jeunes adultes en quêtes de repères

 

Jim en profite ainsi pour aborder une autre de ses thèmes de prédilection : une réflexion sur le passage à l'âge adulte. Si chacun poursuit ses propres aspirations, percer dans la musique, trouver l'âme sœur ou simplement donner un sens à sa vie ! Entre errances estivales et questionnements existentiels, les protagonistes avancent à l'aveuglette, sans certitudes. Ils évoluent entre insouciance de leur âge et responsabilités futures d'adultes en devenir.

 

La narration adopte ainsi volontairement un rythme contemplatif. Plus qu'une intrigue menée tambour battant, l'album se construit à travers une succession d'instants de vie, de rencontres et de silences. Cette approche confère au récit une authenticité particulière et permet aux émotions d'émerger naturellement.

 

© Jim - Bonneau - Grand Angle 2026

 

Cependant, cette magie narrative n'atteindrait pas son summum s'il n'y avait le remarquable travail graphique de Laurent Bonneau. Une extrême sensibilité, son dessin joue un rôle majeur dans l'identité de l'œuvre. Un trait réaliste, empreint d'une certaine liberté visuelle, donne une approche picturale à la mise en page. Chaque planche, chaque case est conçue comme un tableau où la lumière et les couleurs renforcent l'atmosphère de quête d'identité de Mattéo.

 

Par ses teintes dominantes oscillant entre les jaunes, les ocres et les orangés, l'album est enveloppé dans cette ambiance chaleureuse, lumineuse et mélancolique. Le Pays basque, théâtre de cette quête, apparaît comme un décor suspendu dans le temps ... symbolisant clairement le passage entre ces 2 âges, ces 2 stades de la vie ! La fin de l'une pour le commencement de l'autre !

 

Nous vivons tout cela au travers les expressions faciales fascinantes des différents protagonistes. Leurs émotions transpercent les gros plans, traduisant avec force les doutes, hésitations, fragiles élans d'espoir de chacun. Les cases silencieuses sont aussi parlantes que le moindre des dialogues.

Par cette mise en scène aérée, les grands espaces, les paysages donnent une ampleur incroyable à la narration.

 

© Jim - Bonneau - Grand Angle 2026

 

Bref, œuvre profondément humaine, abordant avec une grande délicatesse les thèmes du deuil, de la mémoire, de la transmission, Jim et Laurent Bonneau privilégient les nuances et les non-dits.

Une réflexion sur les liens familiaux, portée par des personnages attachants et proches de chacun, rend cette lecture à la fois vivante et émouvante.

 

"Et si la mort vous écrivait sur des post-it, que vous dirait-elle ?" 

 

Thierry Ligot

 

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Titre : Les Adieux ne meurent jamais

Scénario : Jim

Dessin & couleurs : Laurent Bonneau

Éditeur : Bamboo

Collection : Grand Angle

Genre : roman graphique

Thèmes : deuil, famille, quête de son passé, amitié

Public : ado - adulte

Parution : 1/7/2026

Format : 22,1 x 29,9 cm

Page : 328

ISBN : 979 1 0411 1776 5

Prix : 29,9 €



Publié le 14/07/2026.


Source : Bd-best

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