"Les Maîtres de guerre, t 3 - Lawrence d'Arabie" où quand un Anglais rêvait d'une nation arabe unie et indépendante
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"Ils n'appartiennent à aucune tribu. Personne ne pourra dire que je m'entoure des Ageyls ou des Howeitates ... Ils sont comme moi, ce sont des orphelins ..."

 

Ainsi parlait non pas Zarathoustra, mais un petit homme de 1,65 m, de son nom de baptême, Thomas Edward Lawrence, lorsqu'il choisit comme gardes du corps 3 gamins voleurs, fripouilles n'appartenant à aucune tribu bédouine !

 

Officier des services de renseignements dans l'armée britannique en Égypte, archéologue de formation, loin d'être un homme de guerre au départ, il était amoureux du désert et surtout de ses hommes libres, les Bédouins !

 

 

 

 

Élément clé de la révolte arabe, il rêvait d'un état arabe indépendant. Il en sera un électron libre ... du moins le croit-il ! Car au final, la dure réalité de la politique, de la diplomatie internationale prendra le dessus sur ses rêves, le reléguant au rôle de pion "inutile", une fois la guerre finie. Néanmoins, son action servira les intérêts arables et l'apparition d'une nation "arabe" ... indispensable pour la fixation future de frontières territoriales.

 

Par sa témérité, son audace stratégique ou sa folie utopique, il forcera l'impossible ... l'unification des tribus bédouines afin de réaliser des coups de force impensables ! Le plus spectaculaire fut la prise d'Aqaba après une traversée jugée pour tous impossible du désert du Wadi Araba, soit plus de 1.000 km dans un enfer de sable, sans point d'eau sous un soleil de plomb ! Un véritable coup de génie ... car il réussit ... le 6 juillet 1917 !

 

© Pécau - Davidenko - Meloni - Delcourt 2025

 

Jean-Pierre Pécau s'attaque donc ici, pour cette collection "Les Maîtres de guerre" a une figure emblématique de la Première Guerre Mondiale au Proche-Orient. Mais comment résumer son épopée syrienne en 64 pages ? Un choix a donc dû être réalisé pour n'en retenir que les événements le plus importants, les plus marquants, ceux qui auront la plus grande influence sur le déroulé des faits. L'attaque ratée sur Médine, la prise d'Aqaba, les renforts et armements fournis après cette victoire, l'épisode controversé de sa capture et son emprisonnement avec tortures et sévices par les Turcs à Deraa, les attaques de trains de ravitaillement turcs pour Médine, obligeant ces derniers à mobiliser d'énormes quantité de troupes pour assurer la sécurité de cette voie de communication vitale à la ville, ...

 

 

© Pécau - Davidenko - Meloni - Delcourt 2025

 

Évidemment, pour celles et ceux qui ont vu la remarquable évocation de cet officier au cinéma (ou plutôt à la télévision désormais), le film "Lawrence d'Arabie" de David Lean (1962) avec un casting 5 étoiles (Peter O'Toole dans le rôle de Lawrence, Omar Sharif dans celui de Shérif Ali Ibn el Kharish, Alec Guinness pour Fayçal ibn Hussein, Anthony Quinn dans la peau d'Auda Abu Tayi, Jack Hawkins jouant le général Allenby, ...), difficile de ne pas comparer certaines planches et cases avec certaines scènes du film mythique !

La similitude est d'autant plus troublante si nous y ajoutons les ressemblances visuelles des personnages de l'album avec les acteurs correspondants.

 

 

© Pécau - Davidenko - Meloni - Delcourt 2025

 

Néanmoins, notons que ce récit n'est pas la "version BD" exacte du film. Le déroulé n'est pas identique et plusieurs faits (authentiques) sont relatés alors qu'absent dans le film et inversement.

Prenons comme exemple, l'envoi de renforts de soldats français, des zouaves algériens qui trahiront rapidement les Alliés pour rejoindre les forces ottomanes. Repris dans la BD mais totalement absent dans le film.

 

Bref, une narration basée à 2/3 sur les actions militaires et 1/3 seulement sur les pourparlers politiques et diplomatiques.

Mais représenter une telle période en si peu de pages allait obligatoirement forcer Jean-Pierre Pécau à faire des choix, des ellipses, des raccourcis ou carrément à ne pas approfondir certains aspects vitaux. C'est malheureusement le cas pour la personnalité même de Lawrence, trop peu détaillée et fouillée !

Les palabres et pourparlers politiques sont également fort peu développés. Dommage ces derniers ont eu des conséquences majeures sur la situation géopolitique actuelle de la région. Mais ceci est compréhensible à nouveau vu la limitation du nombre de planches.

 

De son côté, comme nous l'avons déjà écrit, Vladimir Davidenko reste proche de la réalité dans son dessin. Tant au niveau des personnages, facilement reconnaissables, que des décors, ... Un joli trait réaliste bien mis en valeurs par la palette sableuse et chaude d'Andrea Meloni.

 

 

© Pécau - Davidenko - Meloni - Delcourt 2025

 

Comme pour les tomes précédents, un important dossier documentaire clôture l'album. Détaillé, clair et relevant les informations capitales, il permet de mieux suivre et comprendre le cheminement, les réflexions et l'évolution psychologique de cet "ami anglais des Arabes".

 

 

En conséquence, un 3e opus des "Maîtres de guerre" intéressant sur un homme devenu "guerrier" sans le vouloir ...

 

 

Thierry Ligot

 

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Série : Les Maîtres de guerre

Tome : 3 - Lawrence d'Arabie

Scénario : Jean-Pierre Pécau

Dessin : Vladimir Davidenko

Couleurs : Andrea Meloni (Arancia Studio)

Éditeur : Delcourt

Collection : Histoire & Histoires

Genre : Histoire, biographie, guerre

Public : ado, adulte

Parution : 8/10/2025

Pages : 64

Format : 23,3 x 32,2 cm

ISBN : 978 2 413 03889 4

Prix : 16,5 €



Publié le 07/01/2026.


Source : Bd-best

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