"Les Mystères de Hobtown, 1 - L'Affaire des hommes disparus" Plus qu'une seimple enquête, un voyage en étrangeté déroutant !
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Nouvelle-Ecosse, une ville côtière (fictive) que rien ne différencie de plein d'autres avec ses 2.006 habitants : Hobtown, "The coastal paradise" ! Du moins en apparence car à y regarder de plus près, quelques événements hors-norme s'y déroulent. Depuis 1 an, 5 quinquagénaires disparaissent mystérieusement, sans laisser de trace. La police semble dépassée.

Pourtant, lorsque Max Finch disparaît à son tour, Sam, son fils, décide de revenir à Hobtown en vue de le retrouver.

Il réintègre le lycée de la bourgade alors qu'il est déjà diplômé et rejoint ainsi son club de détectives amateurs, le "Teen Detective Club". Ce dernier est dirigé par la brillante mais autoritaire Dana Nance.

 

" Mon père est le 6e à disparaître cette année. Il ne vient pas d'ici mais comme tous les autres, c'est un homme célibataire dans la cinquantaine. Ce n'est pas une coïncidence."

 

 

 

Mais entre les petites enquêtes passées et celle-ci, la différence est énorme ...

 

" - Je retire ce que j'ai dit.

- Sur quoi ?

- Que c'était pas notre première vraie enquête. Il y a des cadavres et des trésors et des gens bizarres et des chiens diaboliques. T'avais raison ! C'est clairement notre première vraie enquête !"

 

 

Très vite, les jeunes Sherlock Holmes en herbe découvrent que toutes ces disparitions sont liées entre elles. En effet, la ville cacherait un passé assez trouble mais tu.

D'autres phénomènes étranges, tels les visions de Pauline, des comportement absurdes et illogiques, des figures masquées se promenant ici et là, ... brouillent la frontière entre réalité et hallucination.

 

 

 

© Bertin - Forbes - Fisher-Kouhi - Delcourt 2026

 

Une narration dont l'enquête nous fait basculer du polar ado classique vers un univers inquiétant, irrationnel, anxiogène, frisant le fantastique.

Au départ, tous les codes du récit d'énigme sont en place : un groupe d'adolescents soudés, une série de disparitions mystérieuses, des adultes peu coopératifs et des indices disséminés un peu partout que les jeunes vont devoir découvrir pour rassembler les pièces du puzzle.

 

Mais rapidement, Bertin vient saborder cette belle mécanique classique en introduisant dans son scénario des éléments disparates au premier abord. Chacun permet à l'enquête d'avancer par fragments. Nous avons ainsi un homme halluciné sur une plage creusant frénétiquement le sable pour y enterrer des ongles, la présence d'hommes masqués aux costumes grotesques, ...

 

Pour mieux nous embrouiller, Bertin multiplie les pistes possibles. Secte ? Manipulation mentale ? Corruption locale ? Malédiction historique ? Et si finalement ce mystère était lié au passé colonial d'Hobtown, à sa fondation ?

 

 

© Bertin - Forbes - Fisher-Kouhi - Delcourt 2026

 

La vérité serait-elle dans le passé de la ville ? Au fur et à mesure des planches, nous découvrons qu'Hobtown cache bien plus de secrets qu'il n'en paraît. Son histoire passée serait construite sur des mensonges. Elle aurait été enjolivée, falsifiée et vidée de sa violence originelle !

 

"Certains des livres empruntés par mon père parlent de vieilles légendes autochtones et de l’histoire de la ville, de son architecture et de sa démographie."

 

Ses différentes communautés ("Premières Nations", Acadiens, Anglo-Canadiens) connaissent des tensions sous-jacentes. La police, elle-même, ne serait pas épargnée par ces logiques d'appartenance communautaire.

 

" - Tu es autochtone. Ça ne paraît pas vraiment mais je le sais.

- Mon père est à moitié Micmac.

- Ta mère aussi, même si elle ne veut pas l’admettre. Ce que j’essaie de dire, c’est que le sang, ça passe avant ça [son insigne de police].

- Ouin, pis

- Ton frère a raison d’avoir peur. Mais tu peux me faire confiance, on est des frères."

 

C'est ainsi qu'entre les lignes, nous pouvons également y voir comme un message, un enseignement sur l'histoire coloniale canadienne.

Comme trop souvent dans toutes les colonisations, les rapports de force de l'époque ont laissé des traces. Les "Fêtes des Pionniers" font la part belle aux "vainqueurs" par leurs descendants en transformant éventuellement leurs violences coloniales passées en actes héroïques. Mais cela n'efface pas pour autant les vérités historiques.

 

"Il y a longtemps de cela, en 1749, Lord Benedict est arrivé juste ici ! À l’endroit exact où nous sommes ! Mais au lieu d’y trouver une colonie naissante, il a été accueilli par des dizaines de Français et d’Indiens sanguinaires ! C’était un piège ! Même si elles avaient faim et qu’elles étaient moins nombreuses, les troupes de Lord Benedict se sont battues toute la nuit. Le lendemain, leurs ennemis étaient morts. Aujourd’hui nous célébrons l’héritage de ces braves pionniers qui ont transformé ce champ de bataille en paradis côtier."

 

La clé du mystère résiderait donc dans son passé, sa mémoire collective oubliée !

 

Tout est envisagé mais rien n'est confirmé ! Ceci à tel point que nous finissons par perdre nos repères de lecture.

 

 

© Bertin - Forbes - Fisher-Kouhi - Delcourt 2026

 

Le gros atout du récit est clairement son traitement narratif. Kris Bertin ne cherche pas forcément la clarté. Il privilégie les dialogues décalés, les ruptures soudaines, les scènes absurdes ou inquiétantes, les enchaînements qui semblent parfois peu logiques.

 

" - Vous faites quoi d'habitude, quand vous trouvez un cadavre ?

- Je ne sais pas. C'est la première fois que ça se passe."

 

Et pour renforcer cette atmosphère, il n'hésite pas à ajouter des scènes de rêve déroutantes, morbides, des légendes locales où des maisons se transforment ses "visiteurs indésirables" en zombies.

 

" Mais avant ça, ils doivent tuer les zombies et ensuite ils les voient. Il y a aussi un miroir dans lequel ils voient qu'ils sont devenus vieux ! Et c'est EUX qui mangent les murs. Et c'est EUX qui chient dans les tiroirs. Et les zombies, en fait, c'est leurs MEILLEURS AMIS qui ont pourri. Alors, ils écrivent des choses sur les murs et se poursuivent eux-mêmes sans pouvoir se rattraper. Et finalement, ils sont tellement fatigués qu'ils s'asseyent ... et ils deviennent des squelettes."

 

 

© Bertin - Forbes - Fisher-Kouhi - Delcourt 2026

 

Kris Bertin n'est donc pas un scénariste "classique". Originaire de Nouvelle-Ecosse, sa démarche créatrice pourrait s'assimiler à une démarche plus personnelle et identitaire. Cette recherche explore les zones troubles de nos mémoires collectives, et essentiellement celles des petites communautés parfois isolées et minoritaires.

Parallèlement à ce nœud de mystères qui vient parsemer cette narration, d'aucun pourrait y retrouver certaines références à des lectures ou visions de jeunesse. Entre "Le Club des Cinq" ou les aventures de "Michel" de la célèbre collection verte, "Alice détective", "Les Frères Hardy", "Tom Swift", "Les Enquête d'Enola Holmes", le dessin animé "Scooby-Doo", voire la série "Twin Peak", ... Mais ceux-ci s'achevaient généralement bien, de façon ordonnée.

 

Par contre, ici, nous baignons clairement dans une confusion volontaire, dans de la violence latente, de l'ambiguïté morale et une absence de réponse définitive ! Assez déroutant ! Le lecteur ne peut deviner la suite. Il est "obligé" de se laisser conduire par Bertin dans les méandres sombres et quasi surnaturel de son enquête.

 

 

© Bertin - Forbes - Fisher-Kouhi - Delcourt 2026

 

Le travail graphique d'Alexander Forbes renforce l'impression bizarre qui peut nous assaillir à la lecture de ce récit. Un style fort personnel, captivant le regard en usant massivement des hachures, notamment dans les décors, des visages lisses, inexpressifs et inquiétants à certains moments, comme à d'autres où rage et colère sortent carrément de la case.

Il en est de même avec la structure des planches. Ces découpages, ces cadrages donnent une puissance incroyable à l'émotivité des protagonistes.

Bref une façon de maintenir la tension entre réalisme documentaire et les dérives "expressionnistes" qui à la longue installe cette sensation physique de malaise chez le lecteur.

 

Un ensemble qui nous permet de classer cette série dans la culture pulp, un genre littéraire au contenu fort, avec un nombre important de crimes violents et sauvages, dans un contexte macabre.

 

 

 

© Bertin - Forbes - Fisher-Kouhi - Delcourt 2026

 

Si l'album original québécois est en noir & blanc (édition Pow Pow), son adaptation technicolor par Delcourt a été confié à Jason Fisher-Kouhi pour une mise en couleurs fantasmagorique parfaitement adaptée à l'atmosphère du récit. Entre les teintes légèrement sombres, les verts, les bruns, les gris, les ocres et jaunes flash, des contrastes lumineux servent intelligemment l'intensité du suspense et de l'angoisse narrative.

 

 

En conclusion, ce premier tome recèle de nombreux points forts. Récompensé déjà par divers prix (Doug Wright du meilleur livre en 2017 au Canada, ...), ce thriller psychologique nous entraîne dans une enquête passionnante.

Une ambiance unique, déjantée, un univers "indie-punk" inquiétant et cohérent dans son étrangeté, une direction artistique forte, une intrigue parfois opaque, des personnages pas toujours faciles à cerner et pour conclure, des fils narratifs laissés en suspens !

 

 

© Bertin - Forbes - Fisher-Kouhi - Delcourt 2026

 

Le tome 2, "L'Ermite Maudit", est déjà paru en français (7 mai 2026) ... les réponses s'y trouveront-elles ?

Deux autres tomes, récits inédits, sont déjà programmés. "Le Secret de la soucoupe" pour octobre 2026 et "Un Voyage dans les abysses" pour 2028. 

 

 

Thierry Ligot

 

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Série : Les Mystères de Hobtown

Tome : 1 - L'affaire des hommes disparus

Scénario : Kris Bertin

Dessin : Alexander Forbes

Couleurs : Jason Fisher-Kouhi

Éditeur : Delcourt

Collection : Outsider

Genre : thriller fantastique

Parution : 26//03/2026

Format : 19,4 x 28,7 x 3,2 cm

Page : 312

ISBN : 978 2 4130 9157 8

Prix : 29,95 €



Publié le 18/06/2026.


Source : Bd-best

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