"Marcas - Le rituel de l'ombre" - Interview de Giacometti & Ravenne
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A l’occasion de la sortie du premier volume de l’album le rituel de l’ombre de la série Marcas, Maître Franc-maçon, nous avons eu l’honneur de pouvoir rencontrer les deux auteurs de cette série, Eric Giacometti et Ravenne.

 

Alexandra Veldeman (A.V.) : Comment vous est venue l’idée d’adapter le roman le rituel de l’ombre en bande dessinée ?
 

Eric Giacometti (E.G.) : On a eu quelqu’un qui s’occupait de nous en termes de presse, qui était lectrice de bande dessinée et de Marcas, elle était en contact avec la maison d’édition Delcourt. Elle a donc transmis les romans à la maison d’édition Delcourt. Delcourt a accroché, ils ont vu le succès de la série, ils sont revenus vers nous pour nous proposer une adaptation, et ça c’est la partie que je dirai plus technique. La partie plus émotionnelle, je dirais que c’est un rêve de gamin de faire une bande dessinée avec Marcas. Voir tout d’un coup son héros en bande dessinée, c’est un peu comme un film, pour vous donner une image.

 

A.V. Peut-être un film de Marcas ?

Jacques Ravenne (J.R.) : On a vendu  les droits une première fois, mais le  film ne s’est pas fait pour des raisons  assez évidentes, ça a un coût quasi prohibitif puisqu’il y a plusieurs lignes à la fois contemporaines et historiques. Le projet a été abandonné. Là pour l’instant, une série télévisée est peut-être envisageable.

 

A.V. : Quelle est votre méthode de travail en temps normal ? Votre collaboration est particulière puisque vous êtes deux à écrire l’histoire.

J.R. : A la base, on a d’abord une idée, Marcas dans chaque tome évolue dans un univers ésotérique particulier : les templiers, les alchimistes, les grandes thématiques légendaire. A partir  du moment où l’on connaît l’univers, il faut que l’on détermine ensuite le secret, l’idée forte ; puisque tout repose sur un secret. Une fois que le secret est déterminé, on commence à élaborer un plan, à travailler dessus et on commence à l’affiner au fur et à mesure. A partir de là, on sait que l’on va avoir deux lignes de narrations et on pourra commencer à bâtir nos intrigues.

 

A.V. : Parallèlement à votre travail d’écrivain, vous avez un autre travail. Comment faites-vous pour gérer votre temps ?

J.R. : Dans la vie, il y a la nuit et le jour.  Les soirées sont souvent dévolues à l’écriture, assez tardivement  et les journées sont dévolues à d’autres activités.

E.G. : Je considère le travail d’écriture c’est devenu au fil des ans assez vital. Je vous donne un exemple, je fais du service économique dans le parisien, travailler dans le réel tous les jours : la crise, le chômage,…au bout d’un moment, c’est assez dur comme quotidien. Ecrire les Marcas, c’est de l’évasion, on s’évade à Rome, à New-York, Salvator de baya, on va dans un univers ésotérique merveilleux, ça c’est très important. Là, j’ai donc arrêté le journalisme temporairement.

Pour Jacques c’est pareil. Lui, il est président d’une communauté de commune, il exerce une fonction politique avec des contraintes de gestions, d’organisations, mais aussi par rapport à la population, à ses administrés. Du coup, je pense que Marcas lui fait une porte de sortie vers un ailleurs.

J.R. : J’ai tellement de contraintes que j’ai dû engager un porte-parole qui parle pour moi en ce moment. (Rire)

 

 

A.V. : Dans une interview octroyée en octobre 2011 à la télé Vesdre, vous mentionnez monsieur Giacometti que Jacques Ravenne vous avait fait rencontrer des francs-maçons afin d’éviter que vous gardiez une image faussée de la franc-maçonnerie.

Peut-on dire que dans la bande dessinée Marcas correspondrait plus à Jacques Ravenne puisqu’il tente d’ouvrir l’esprit de Zewinski par rapport à l’idée faussée qu’elle a de la franc-maçonnerie et le lieutenant Zewinski à Eric Giacometti ?

E.G. : oui, il y a de ça, absolument. Mais après, dans ma vision critique que j’avais de la franc-maçonnerie, il y a des réflexions de la part de Jacques. En revanche, ce n’est qu’une partie c’est-à-dire après la priori beaucoup plus fort et là pour le coup, ce n’est pas moi, c’est simplement ce qui pouvait être véhiculé par les médias sur les francs-maçons. On a un fait un travail de synthèses la dessus, parce que ça vient bien au-delà. Zewinski projette des choses très négatives mais qui sont réelles pour une partie de la population.

 

A.V. : Quelle est l’apport de la franc-maçonnerie pour vous qui êtes franc-maçon (Jacques Ravenne) ? Mais aussi pour vous qui êtes un profane (Eric Giacometti) qui avez eu l’occasion d’en apprendre un peu plus.

J.R. : L’apport personnel c’est que la franc-maçonnerie n’est pas un club, c’est une organisation dans laquelle vous rentrez, une société, un milieu que vous allez partager, dans lequel vous rentrez par l’initiation. L’initiation d’un côté et la pratique du rituel de l’autre, ont effectivement un impact sur les personnalités, en principe, c’est censé vous améliorer. En tout cas, comme il s’agit d’une discipline librement consentie, volontairement partagé, on a progressivement la lumière. On a une approche en particulier de la question d’autrui qui est différente. En franc-maçonnerie, on vous apprend moins à vous occuper et à vous écouter vous que vous occupez et écoutez les autres.

Du point de vue sociable, la franc-maçonnerie est une organisation qui existe la première moitié du 18ème siècle en Europe continentale et elle a toujours eu une influence sociale prépondérante dans l’évolution progressive des idées intellectuelles et politiques ; peut-être un petit peu moins aujourd’hui parce que nous sommes dans une ère de globalisation et la franc-maçonnerie se globalise elle aussi. Mais elle a toujours ce rôle, de former non pas des élites mais des personnalités libres.

Dans le livre, on peut remarquer que la franc-maçonnerie n’est pas uniquement un décor puisque dans la mesure où l’on a un personnage qui est un franc-maçon, un flic franc-maçon et pour lequel, c’est un dilemme parce qu’il est amené à enquêter sur la franc-maçonnerie, c’est un élément à mon avis, dynamique du texte, pour moi cela me paraît toujours curieux. C’est comme le visage de Marcas, voir une figure maçonnique dans une bande dessinée, j’ai une impression d’une reconnaissance.

 

E.G. : Je pense qu’il y a eu un apport à la fois humaniste et spirituel mais aussi plus sombre. Sur le plan humaniste ça joue un rôle vraiment incontournable aux 18ème – 19ème siècles, au moment de l’essor de la démocratie. Cela a favorisé l’essor de la démocratie partout dans le monde où à chaque fois la majorité des personnes sont sous un régime totalitariste ou du moins face à un régime totalitaire.

D’un point de vue politique, cela joue un rôle en France, sous la troisième république. Après je dirai en revanche ça a eu un impact aussi dans les années 1970. Le côté plus sombre s’est écorné par l’arrivé de gens qui se sont servis de la franc-maçonnerie plus qu’ils n’ont servi la franc-maçonnerie, et là ça a éclaboussé la franc-maçonnerie. Je pense que la franc-maçonnerie par son opacité qui est tout à fait acceptable, en revanche elle n’a pas été assez vigilante par rapport à ses brebis galeuses et elle en paie aujourd’hui le prix et ça dans tous les pays.


 

 

A.V. : Dans la page de garde de ce premier tome, nous pouvons voir grâce à vous un tablier franc-maçon, pouvez-vous nous expliquer les différents symboles qui s’y retrouvent et pourquoi avoir pris la décision de partager cet élément avec les lecteurs de la bande dessinée ?

J.R. : Premièrement, il s’agit d’un tablier maçonnique qui est derrière-moi dans mon bureau. C’est un tablier du 18ème siècle, il y a des symboles qui ne sont plus employés. Les trois premiers symboles ne sont plus employés de nos jours (le symbole avec l’homme et les abeilles, la tour et les gouttes).

En loge, on utilise encore le delta lumineux (triangle tout en haut du tablier) qui représente le symbole de l’orient, de la force, de la puissance et de l’esprit. La lune et le soleil qui apparaissent aussi dans l’Eglise catholique. Le plus intéressant ce sont les trois personnages (petits squelettes se retrouvant dans le bas du tablier) qui ont avoir avec l’histoire. La manière dont l’archéologue juif est tué de manière très symbolique. Il va être tué par trois personnages de manière spécifique et à des endroits du corps spécifique et effectivement cela reprend le mythe fondateur de la franc-maçonnerie qui est le mythe des trois mauvais compagnons, ce sont nos judas à nous, qui vont tuer maître Hiram qui est le maître fondateur de la symbolique et de l’ordre maçonnique.

On peut dater facilement le tablier, il n’est pas du 18ème siècle mais plutôt 1810-1812. On retrouve, ici, ces abeilles (sur l’un des symboles) que l’on ne voit apparaître qu’à l’époque impériale. Ce qui est assez curieux c’est que l’on sait dater ce tablier uniquement grâce aux décors qu’il contient.

Ceci est un tablier, il se porte autour de la taille.  C’est un souvenir des maçons coopératifs qui lorsqu’ils taillaient la pierre, se protégeaient le bas ventre avec un tablier en cuir. La bavette que l’on trouve ici (le sorte de V sur le tablier) indique le grade, le degré où vous êtes arrivé.

C’est très curieux, parce que ce tablier je l’ai dans le dos lorsque je travaille, je le vois rarement.

E.G. : Ce serait bien de mettre l’explication dans le second tome.

J.R. : Oui, c’est vrai mais je devrais trouver des explications plus claires. Et puis, j’ai plusieurs tabliers maçonniques, selon l’endroit où je me situe.

 

 

A.V. : Il s’agit d’une première pour vous au niveau de la bande dessinée, votre roman existe, mais il a fallu l’adapter, comment avez-vous vécu cette adaptation ?

E.G. : Comme on l’a réalisé, on a lu notre bande dessinée. C’est vraiment un plaisir de pouvoir découvrir notre bande dessinée. A chaque fois qu’une planche était dessinée, on a pu voir le travail au fil du temps et une fois le travail fini, lorsque la reçoit, on lit plusieurs fois la bande dessinée. J’ai dû la lire quatre ou cinq fois d’affilé. Une première fois avec le côté gamin, une seconde fois avec le côté pour voir si l’histoire s’articulait bien, une troisième fois avec un regard plus critique,… au contraire, je trouve cela magnifique. Et puis, il y a le fait où  d’abord c’est notre premier album de bande dessinée, ça nous fait donc quelque chose. Deuxièmement, comme on travaille sur les tomes successifs et cela nous sert aussi pour progresser. Chez les francs-maçons, il y a des grades d’apprenti, compagnons et maîtres, et bien, là c’est pareil, on est pour l’instant au stade de l’apprentissage, on va essayer de se perfectionner et l’on a besoin de se travailler là justement pour essayer de rendre le bébé encore plus beau.

 J.R. : Moi ce qui me fascine, Eric est un amateur de bande dessinée, un connaisseur fervent de la bande dessinée.

E.G. : Non, non, un modeste connaisseur.

J.R. : J’adore quand il dit ça. Et moi, il est vrai que mes connaissances en bande dessinée sont extrêmement limitées. Je me forme donc au contact des spécialistes qui sont autour de moi. Je me suis achetée une bande dessinée hier, par exemple. Moi ce qui m’intéresse énormément, quand on avait écrit tout le bouquin, au moment où l’adaptation de la bande dessinée avait démarré. Notre personnage devenait au fur et à mesure extrêmement envahissant c’est-à-dire les lecteurs nous en parlaient énormément, ils nous demandaient des nouvelles de sa vie comme s’il s’agissait d’un personnage réel, il y avait un problème pour moi c’est le fait qu’il s’agissait d’un personnage sans visage et je pense qu’Eric ressentait le même problème. J’avais donc hâte de lui faire un visage et le personnage sur la couverture correspond assez bien de l’idée que je me faisais de Marcas.


 

 

A.V. : D’autres romans seront-ils adaptés en bande dessinée ?

 J.R. Oui, trois romans sont prévus. Le second tome du rituel de l’ombre sortira dans six mois et nous travaillons actuellement sur la scénarisation du roman « Le frère de sang » qui apparaîtra dans un an en deux tomes semblent-ils.

 

A.V. : Quels conseils donneriez-vous aux lecteurs ayant lu les romans de Marcas et qui voudront lire cette bande dessinée ?

J.R. : Les lecteurs, en tout cas ceux qui suivent toute la série, se font une image d’Antoine Marcas qui est la leur. La littérature permet aux lecteurs de construire son propre imaginaire alors qu’au cinéma, l’image vous est imposée et dans la bande dessinée, il y a un petit peu de ça. Je suis donc curieux comment vont réagir les lecteurs par rapport justement à ce nouveau visage d’Antoine Marcas et le fait aussi que l’on passe d’un livre qui fait cinq cent pages à deux fois quarante-huit pages, cela peut être peut-être déconcertant pour certains lecteurs. En même temps, je pense que certains lecteurs vont découvrir le personnage via la bande dessinée et qui ensuite, pourront peut-être passé aux livres.

 E.G. : Mon seul conseil au lecteur serait de se laisser emporter par l’histoire.

 

 

A.V. : Avez-vous eu des craintes pour cet album de bande dessinée ?

J.R. : Oui, déjà arriver à faire la scénarisation, savoir passer de cinq cent à deux fois quarante-huit pages, c’était un travail assez important. Et puis, c’est vrai que le visage d’Antoine Marcas ça a été un long cheminement pour y arriver. Je peux dire que ce n’était pas tellement des craintes mais plutôt des interrogations.

 

E.G. : A partir du moment où l’on avait vu les premières planches de Parma, on s’est dit : « c’est bon, il a pigé le style, c’est exactement ça qu’il nous fallait ». Je n’ai pas eu de craintes particulières et puis, on était entouré de professionnels, on a un storyboarder qui s’appelle Ullcer et on était entouré par des personnes de chez Delcourt. C’est bien de commencer une bande dessinée en étant entouré de cette manière-là.

 

A.V. : Votre roman a été traduit dans dix-sept langues différentes, voudriez-vous le même succès pour cette série de bande dessinée ainsi que des traductions dans différentes langues ?

E.G. : Evidemment, on espère qu’elle soit traduite et diffusée de par le monde.

 

Propos recueillis par Alexandra Veldeman

Photos © Alexandra Veldeman

Images © Delcourt 2012

Interview © Graphivore - Alexandra Veldeman & Jonathan Feito Cigarria 2012

 

 

 


Pays : Belgique

Publié le 14/10/2012.


Source : Graphivore

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